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LUSÂTIONS DE3 VERTÈBRES DU COU

être portés très-loin sans être suivis d’aucun trouble fonctionnel. Ordinairement la maladie est très-longue et se termine par la mort.

. Traitement.,

Je rie dois m’occuper ici que du traitement mécanique. Celui qui est destiné à combattre la lésion des vertèbres varie suivant la nature de celle-ci et a été exposé dans les articles inflammation cbronique, tumeurs fougueuses, abcès, tubercules, etc.

Tant que la luxation n’est point opérée , le traitement mécanique consiste à prévenir les positions vicieuses de la tête, à empêcher celle-ci de s’incliner en avant et sur les côtés , et à la maintenir aussi fixement que possible sur la région cervicale de la colonne.

L’importance de ce traitement mécanique a été signalée par Richter, Rust, MM. Bérard j Ollivier d’Angers et surtout par M. Teissier ; tous ont très-bien compris que pour prévenir la luxation des premières vertèbres cervicales , il fallait empêcher la tête de se pencher dabs quelque sens que ce fût, spécialement en avant, et prévenir tous les mouvements brusques dans lesquels celle-ci ne suit pas complètement les mouvements du tronc. Bans ce but ils ont conseillé de faire porter au malade ùn collier solide qui embrasse le cou.

Je ne me contenterai point de faire remarquer avec M. Teissier qu’il 'est à regretter que ce conseil ne soit jamais suivi dans les hôpitaux ; je dirai que ce collier est insuffisant pour remplir le but qu’on se propose. Que désire-t-on en eS’et? faire que le tronc ne puisse être entraîné dans aucun sens sans que la tête ne suive tous ses mouvements^, et que cette solidarité, si je puis m’exprimer ainsi, se retrouve dans la position verticale, dans la position horizontale et dans le passage de Tune de ces positions à l’autre; or, je le demande, un collier est-il suffisant pour remplir ce but? probablement il pourrait suffire^ si le malade se tenait toujours debout, mais il n’a plus assez d’action lorsqu’il s’incline ou qu’il se couche. Il faudrait, pour réussir^ un appareil qui embrassât tout à la fois la moitié postérieure de la tête, le cou et la partie supérieure delà poitrine. Je

ne sache pas qu’un appareil de ce genre ait été construit j il serait à désirer que l’on s’en occupât.

Lorsque la luxation est opérée, mais qu’elle est assez faible pour que la compression exercée sur la moelle entraîne seulement une paralysie commençante , doit-on chercher à réduire cette luxation ?

Pour traiter cette question sur laquelle je n’ai du reste aucune expérience personnelle, je ne puis mieux faire que de citer textuellement ce qu’a dit dans sa thèse M. Teissier :

a Schupke et M. Bérard jeune proscrivent toute espèce de moyens mécaniques propres à tenter la réduction des vertèbres luxées. Suivant eux de pareilles manœuvres sont imprudentes, blâmables, et peuvent amener instantanément la mort : les liga-^ ments étant ramollis et détruits en partie, les moindres tractions peuvent les déchirer complètement et par suite produire un chevauchement de l’atlas ou de l’axis qui anéantisse brusque^ ment les fonctions de la moelle épinière.

Sans doute si l’on agissait sans aucune connaissance de la variété des déplacements à laquelle on a affaire , et si l’on tirait sur la tête avec peu de ménagement , on pourrait déterminer d’aussi graves désordres, mais si d’une part le redressement ne se fait qu’avec une extrême douceur et par degré, et si, d’une autre part, après avoir reconnu la variété du déplacement , on n’imprime aux vertèbres luxées que des mouvements qui tendent à les ramener dans le sens de l’axe qu’elles ont abandonné , il devient alors difficile , je crois , de courir des dangers aussi grands que ceux qui ont été signalés par Schupke et M. Bérard » M. Teissier, après avoir dit qu’on peut ainsi prévenir les blessures de la moelle, arrive à cette conclusion, que dans les cas où l’atlas est luxé en avant et où la tête est fléchie , on doit tenter le redressement, parce qu’ alors le canal rachidien ne peut que regagner sa capacité ordinaire par le rétablissement des rapports normaux ; mais que dans les cas où la luxation est en arrière et la tête dans l’extension , on doit se contenter de maintenir cette position de peur que les efforts de flexion propres à réduire la luxation, venant à ronipre le ligament transverse de l’atlas, ne précipitent brusquement l’apophyse odon-

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LUXATIONS DES VERTÈBRES DU &Oü.

toïde contre la moelle et n’amènent de la sorte là compression immédiate et la mort.

À l’appui de son opinion^ M. Teissier cite une observation remarquable de luxation spontanée de l’atlas guérie par un traitement mécanique qu’a dirigé M. Milliet de Lyon , je vais reproduire cette observation avec tous ses détails i

Observation. — Luxation spontanée de Varis sur Vatlas guérie par un traitement mécanique, — M. Emile de Saint-G...., d’un tempérament lymphatique, fut atteint d’un torticolis à l’âge de treize ans et demi, dans rétablissement où il faisait ses études. Cette affection fut occasionnée par un Courant d’air froid, auquel cet enfant était exposé dans lé réfectoire. En effet, pendant le repas, il se trouvait placé de telle sorte que l’air venait frapper directement sur lui. Il consërva cette place deux mois ; ce ne fut qu’àu bout dé six semaines qu*il ressentit des douleurs dans les membres inférieurs, puis dans le dos, èt enfin dans le cou. Un exercice violent, une transpiration abondante firent facilement disparaître ces accidents ; mais l’entant ayant été de nouveau exposé au courant d’air, les douleurs du cou reparurent. La nuque commença à se gonfler, et l’enfant fut placé à l’infirmerie, où il passa trois semaines, depuis la fin de mai Jusqu’aux premiers Jours de Juin. Le traitement qu’on lui appliqua sé composait de vésicatoires,. de frictions sédatives, d’applications dé sangsues sur la partie malade. Après quinze Jours deSoins, les douleurs étaient devenues moins vives, mais le gonflement du cou persistait ; en sorte quë la nuque était plus saillante et plus large (pie dans l’état nofmàb

G’est à cette période de la maladie que l’enfant fut améhe auprès du docteur ViriCel, qui indiqua les eaux d’Aix. I^endant tout lè voyage, le malade ressentit des douleurs violentes dans le cou et dans tète à cbaquè mouvement de la voiture ; la déglutition devint très-difficile ; l’appétit disparut, et l’enfant devint pâle et maigre.

Émile de Saint-G...., resta trente Jours à Aix, pendant lesquels il prit des douches et des bains. Les premières l’ayant fatigué, on fut obligé de les supprimer ; les seconds seuls le soulagèrent d’une manière notable, Il revint après ce traitement à Lyon, et M. Viricel remarqua alors une amélioration sensible dans l’état du cou; le côté droit, qui était autrefois très-gonflé, ne l’était presque plus.

Lejeune malade partit pour la compagne elle mieux continua. Au mois de septembre, il vint rendre visite à M. Viricel, qui constata de nouveau un mieux sensible. L’enfant repartit. En route, par un accident arrivé à la voiture, l’enfant reprit froid ; les douleurs sé renouvellèrent pendant une dizaine de Jours, et cessèrent ensuite par l’usage d’un Uniment. Le 10 novembre, sans cause connue, les accidents se manifestèrent d’une manière intense, et augmentèrent successivement Jusqu’au 18 dé- Tome 2. 35

MALADIES DES ARTICÜLATIOXS.

cembre. On avait négligé de supporter la tète, ainsi que M. Viricel l’avait recommandé, et les muscles extenseurs, ayant perdu leur force, ne contrebalançaient plus la puissance des fléchisseurs. Alors survint une série d’accidents que voici : la tête était fléchie, portée plus fortement sur l’épaule droite ; le menton était dirigé à gauche. Cinq jours après cette nouvelle invasion, on s’aperçut que les mouvements du bras gauche étaient moins libres, et bientôt ceux du membre abdominal devinrent aussi plus difficiles. Dans les premiers jours de décembre, la vessie et le rectum se paralysèrent ; alors les évacuations alvines et l’émission de l’urine cessèrent de s’accomplir sous l’influence de la volonté. Des douleurs violentes se firent sentir sur le sommet de la tète, et on ne parvint à les calmer qu’au moyen de linges très-chauds. L’enfant fut amené à Lyon, le 12 décembre, M. Viricel reconnût qu’il existait une luxation de la première sur la deuxième vertèbre cervicale, qui produisait, par la diminution du canal vertébral, la compression de la moelle et la paralysie secondaire. Cette luxation était caractérisée par un enfoncement sensible au-dessus de l’apophyse épineuse de l’axis, et par une saillie très-prononcée de celle-ci en arrière. Le cas étant de la plus haute gravité , le docteur Gensoul fut appelé en consultation ; et les médecins réunis décidèrent qu’un traitement mécanique, sagement dirigé, était seul capable de faire cesser les accidents. '

Traitement mécanique. — Emile de Saint-G . entra dans l’établisse¬

ment orthopédique de M. Milliet, le 17 décembre. Le 18 commença l’application des moyens mécaniques tendant à ramener les parties dans leur état normal.

Les moyens employés furent les suivants : un coUîerJmatelassé avec soin dont l’action avait lieu sur l’extrémité du menton, à l’aide d’un coussin épais tendant à faire basculer la tête d’avant en arrière; un appareil à glissant dont l’extrémité, en forme de croissant, s’appuyait sur la parde supérieure du cou ; deux courroies embrassant le front, de manière à le porter en arrière et à le fixer dans cette position. Ces divers appareils prenaient leur point d’appui sur un feuteuil, où le malade était placé et soutenu au moyen de supports pour les bras, et de coussins pour le corps. Le collier recevait son action extensive d’un ressort à doubles lames cintrées et articulées par leur extrémité; ces lames étaient traversées, en outre, par une tige métallique graduée, assujettie du côté supé^ rieur par un écrou, et terminée en bas par un treuil avec sa poulie, sur laquelle s’enroulait la corde destinée à produire l’extension. Cet appareil était arrêté sur une traverse placée à 63 centimètres au-dessus de la tête.

L’appareil à glissant, destiné à la pression, .se composait d’une tige en bois terminée par un croissant de même substance, matelassé ; cette tige traversait la mortaise d’un support fixé sur le montant du fauteuil, et était arrêtée par une clavette ; les courroies venaient prendre leur insertion sur ce support. Plus tard, on ajouta deux petits points d’appui pour la partie supérieure de la tête, afin d’en empêcher le balancement.

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