‹ Traité des maladies des articulationsChapitre 6 sur 74 · DES TUBERCULES · texte numérisé non relu

DES TUBERCULES

peut exister une inflammation avec sécrétion d’une matière qui, en s’organisant, devient osseuse ; c’est cette sécrétion qui indure le tissu des os ; si elle coexiste avec les tubercules, il y a induration ; si elle ne coexiste point avec eux, ce qui s’observe principalement chez les individus profondément détériorés, il y a ramollissement. Il est d’autant plus naturel d’admettre des productions osseuses interstitielles en même temps que des sécrétions de tubercules, que ces productions osseuses s’observent fréquemment dans le périoste, autour des tubercules. On sait combien ces stalactites osseuses sont fréquentes dans les affections tuberculeuses de la colonne vertébrale.

Les cas où les tubercules ne s’observent que dans les parties molles articulaires sont plus rares que ceux où on les retrouve seulement dans les os ; 'ils s’observent toutefois , ainsi que M. Nicbet en a cité des exemples. Cet auteur a montré qu’autouT des corps et des articulations des vertèbres peuvent exister des productions tuberculeuses qui sont le point de départ d’abcès par congestion ; ceux-ci font croire à une maladie de la colonne elle-même, tandis que les parties molles qui l’entourent sont seules altérées, Des observations analogues ont été faites sur les articulations des membres, et en particulier sur le genou. Là on a trouvé des tubercules dans les fausses membranes qui tapissent la surface interne de la membrane synoviale, dans cette membrane elle-même, ainsi que dans les parties environnantes, sans que les os soient atteints. Ces tubercules s’observent dans ces cas, soit à l’état d’infiltration, soit à l’état de masses dont le volume varie depuis celui d’un grain d’orge jusqu’à celui d’uue noisette et au-delà. Quoi qu’il en soit, ces tubercules des parties molles, comme ceux des os, ne tardent pas à être le point de départ des abcès froids, qui suivent les phases successives que nous avons décrites dans le chapitre précédent.

Les cas qui viennent de nous occuper sont ceux où les productions tuberculeuses se forment isolément dans les os et dans les parties molles : ce ne sont pas les plus ordinaires. Trop souvent les divers tissus élémentaires qui forment les articulations sont simultanément envahis et des abcès froids se forment au-

lourdes productions tuberculeuses. Bien plus, celles-ci existent â la fois dans plusieurs parties du corps, ainsi que nous l’avons vu chez une jeune fille de 18 ans, qui mourut après plus d’un an de séjour à l’hôpital.Cette fille, naturellement bien constituée, avait demeuré pendant près d’une année dans un appartement humide. Sous l’influence de cette habitation funeste, il se développa chez elle des tubercules et des abcès au genou droit, autour de l’os des îles du même côté, au coude gauche, au pariétal gauche, et enfin des cavernes dans les poumons. Voici les observations que nous fîmes sur ces os :

Dans le genou malade, les trajets fistuleux aboutissaient à la rotule ; la moitié antérieure de cet os était d’un blanc jaunâtre, sans vaisseaux, évidemment infiltrée de matière tuberculeuse ; on ne trouvait aucune ligne de démarcation entre elle et la partie saine de l’os, la coloration les différenciait seule ; la partie saine était recouverte de stalactites osseuses en assez grand nombre.

2° En suivant un immense abcès non ouvert, et situé sur le côté externe de la cuisse jusqu’à l’os des îles, je trouvai celui-ci recouvert de quelques masses molles, blanchâtres*, et de nature tuberculeuse ; l’os était ulcéré dans les points correspondants à ceux où la matière tuberculeuse était infiltrée dans l’épaisseur de l’os, d’où on pouvait l’exprimer en grumeau par la pression ; il J avait aussi des stalactites osseuses autour des tubercules.

3" L’articulation du coude était le siège d’un abcès qui s’était fait jour au dehors, les cartilages étaient absorbés, les fongosités purulentes recouvraient la surface interne de la synoviale ; les os étaient sains, à l’exception de la petite tête de l’humérus dont une partie était infiltrée de matière tuberculeuse.

Les poumons étaient remplis de cavernes.

Symptômes,

Les tubercules des os ne peuvent être reconnus tant qu’il ne s’est produit aucune difformité, consécutivement à la destruction qu’ils exercent , ou tant que des trajets fistuleux ne

DES TÜBERGÜLES.

permettent pas de faire pénétrer un stylet jusqu’à eux. Je me réserve de traiter de ce diagnostic, dans les articles consacrés aux maladies de la colonne vertébrale et aux maladies du pied.

Je dirai seulement ici quelques mots sur le diagnostic des tumeurs articulaires , formées par l’infiltration de la matière tuberculeuse dans les parties molles extérieures aux articulations des membres.

J’avais observé depuis longtemps que parmi les maladies chroniques et graves du genou ,"il en était plusieurs que je ne pouvais rapporter à aucune des classes précédemment décrites; le genou était tuméfié , mou , pâteux ; tous ses enfoncements avaient disparu, les ligaments étaient ramollis et les cartilages absorbés ; la constitution était celle des tuberculeux.

Je ne trouvais pas là les caractères des inflammations chroniques avec induration. Dans ces lésions , les ligaments sont indurés et devenus plus résistants et la coDstitution est plus ou moins forte.

Je n’avais pas non plus”sous les yeux des abcès froids, puisqu’il n’y avait pas de fluctuation ni accumulation de liquide. Ge n’était pas non plus des fongosités simples , celles-ci acquièrent plus de volume ; la peau qui les recouvre est moins pâle ; ils coexistent avec des formes plus ou moins bouffies , et , en général , avec des signes de la diathèse scrofuleuse. Quel était donc le genre de tumeur blanche , pour me servir d’une expression vieillie , que j’avais sous les yeux? Je pensai que c’étaient des tumeurs formées par l’infiltration de la matière tuberculeuse dans l’épaisseur de la synoviale et des ligaments , et accumulée dans la cavité articulaire. J’ai fait un grand nombre d’autopsies, qui ont confirmé ce diagnostic. J’ai trouvé dans ces cas des grumeaux d’apparence caséeuse, sans aucune trace de vaisseaux dans la cavité articulaire. Les cartilages étaient plus ou moins absorbés , et la matière tuberculeuse qui recouvrait la superficie des os et de la membrane synoviale était infiltrée à une profondeur plus ou moins considérable dans ces diverses parties. Sans doute , si la mort n’eût point arrêté ces maladies dans leur cours, une quantité plus ou moins grande de suppuration serait venue s’ajouter aux tubercules, et l’on aurait

MALADIES DES ARTICüLATIONb.

lOS

eqi sous les yeux un abcès froid ayec tous les caractères décrits dans le chapitre précédent.

Le pronostic qu ou doit porter sur ces maladies tuberculeuses des parties molles est des plus gravesj cette gravité dépend, d’une part , des accidents locaux qui peuvent se manifester à l’ouverture des abcès par congestion dont elles sont le point de départ^ de l’autre , des lésions concomitantes qui peuvent exister dans d’autres organes et de l’altération plus ou moins profonde qu’a subie la constitution.

Le traitement des maladies tuberculeuses des articulations doit être avant tout un traitement général , propre autant que possible à détruire la diathèse dont les lésions locales sont la conséquence. Ce traitement est le même que celui de la diathèse purulente chronique; je ne puis dès lors que renvoyer à ce que j’ai dit de ce dernier, tout en prévenant que la puissance de l’art dans un cas n’est pas plus grande que dans l’autre.

Les moyens locaux que l’on doit mettre en usage sont surtout ceux qui sont propres à calmer les douleurs , et à éloigner les causes qui aggravent le mal^ telles que les mauvaises positions^ l’immobilité trop prolongée, etc. Les cautérisations par la potasse, les moxas , le fer rouge, sont nécessairement inutiles; elles ont déplus l’inconvénient de faire souffrir les malades et de les affaiblir par les suppurations qu’elles provoquent. Je terminerai en citant un cas où l’immobilité dans une bonne position et la cautérisation ont été mises en usage ; cette observation servira à démontrer combien sont bornés les effets que l’on peut en attendre ; elle fera aussi connaître sous le rapport de l’anatomie pathologique , les altérations que peuvent présenter les articulations , lorsque des tubercules des os et des synoviales coexistent avec des abcès froids.

Observation. — ün jeune homme de 21 ans, d’une constitution affaiblie sous l’influence de travaux dans des lieux humides, vint à l’Hôtel-Dieu de Lyon, pour être traité d’un abcès dans l’articulation du genou. Cet abcès était accompagné des plus vives douleurs, quoiqu’il datât de plus de 10 mois ; j’attribuai ces douleurs à la position du mera-

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