CHAPITRE IV
De l’ulcération des cartilages des articulations.
SECTION I”
Observations pathologiques.
JL E s cartilages des articulations diffèrent , par quelques circonstances essentielles , de ceux dont sont pourvus les autres organes. Ceux-ci sont plus vasculaires, plus sujets a l’inflammation, qui ordinairement se termine en y déposant une matière osseuse. Les cartilages articulaires de l’adulte ne présentent point de vaisseaux capables d’y charrier le sang rouge. On y rencontre rarement l’inflammation , et lorsqu’elle a lieu , elle se termine par l’ulcération et non par la formation d’une substance osseuse. L’ulcération du cartilage peut être la conséquence de l’inflammation du cartilage lui-même , ou de la surface osseuse avec laquelle il est en contact* mais il y a des cas dans lesquels on ne voit aucun signe qui prouve que l’action inflammatoire la précède , soit dans l’une ^
soit dans l^autre partie ÿ et l’inflammation qui a lieu par la suite paraît plutôt être la conséquence que la cause de l’ulcération. L’ulcération des parties molles est ordinairement , et autant que je sache , toujours accompagnée d’une sécrélion puriforme: mais il en est autrement dans les carti-
I îages articulaires où la suppuration a rarement i lieu 5 où l’ulcère est petite et dans lesquels souvent ; la maladie vient de si loin qu’elle occasionne la [ carie des os dans une grande étendue, sans qu’il y ait dans l’articulation formation de matière. Cette ; circonstance est notable ; il a été longuement déi montré que la supuration peut survenir sans ulcéî ration, et il paraît que dans ce cas l’ulcération ; peut avoir lieu sans formation de pus*
Dans les faits rapportés , l’ulcération des cartii lages des articulations malades était une affection { secondaire, suite d’une action morbide née dans tî les parties molles circonvoisines. Il y a d’autres J) cas, et ils ne sont pas rares, où l’ulcération des i cartilages articulaires existe comme maladie pri- :i mitive (i).
) (i) Il me serait encore plus éifScile de concevoir ici
[j l’ulcération sans un travail inflammatoire préalable ; f. j’aime mieux croire qu’il faut que les surfaces articu^ ] iaires parviennent jusqu’à l’ulcération pour donner des indices de maladie j mais l’inflammation aura été
Lorsque Fuîccralion du carllla^e survient dans les articulations superficielles , elle constitue une maladie connue sous le nom de tumeur blanche. iJ’ap rès les cas qui se sont présentés à mon observation, je crois pouvoir dire que lorsqu’on la jencontre dans la hanche, c’est cette maladie diversement appelée par les auteurs ; morhus coxarius ^ malacHe de' la hanche ^ hanche scropJiLileuse . carie scrophuleuse de la hanche. Du moins, c’est à cette maladie que l’on a principalement appliqué ces dénominations , bien qu’il soit arrivé, et c’est probable, que l’on ait confondu avec elle d’autres maladies.
XXr. - OBSERVATION.
, A l’examen d’un cadavre qui avait été apporté dans, la salle de dissection de Windrnill-strcet, je trouvai dans un état pathologique le cartilage articulaire des deux hanches, d’un des genoux, et des deux coudes. En quelques endroits , les cartilages de ces articulations étaient entièrement
sourde et lente, insensible comme le sont les cartilages dans l’état de santé: l’inflammation développe la sensibilité -, et , dans ce cas , la douleur est le symptôme de l’ulcération; mais alors la maladie a commencé par l’inflammation. L’ulccration ne peut être qu’un degré de l’inflammation.
détruits par Fulcéralion , et la carie mettait à découvert des surfaces osseuses; en d’autres, le cartilage n’était pas tout-à-fait absorbé et laissait voir des fibres apparentes qui allaient s’attacher par un bout à l’os , tandis que l’autre bout était flottant dans la cavité de la jointure. Je trouvai aussi les cartilages inter-vertébraux qui unissent les corps de quelques vertèbres dorsales, dans un état pathologique. Ils avaient l’apparence ordinaire vers la circonférence ; mais dans le centre, au lieu d’une [ substance blanche , demi fluide, qu’on y rencontre 1 le plus souvent, on les trouva d’une couleur brune et d’une contexture solide et cassante , com- [ posés de plusieurs parties adhérentes légèrement B les unes aux autres. Les llgamens, les membranes r synoviales et les os étaient dans un état tout-às fait naturel , à l’exception de ces derniers qui par rurent un peu cariés par suite de l’absorption du E cartilage; mais la caiie n’avait produit aucune f matière qui en fût le résultat.
Dans ce cas, la maladie primitive paraît avoir J été un état maladif, donnant lieu à l’ulcération % des cartilages. Il montre que lorsqu’il y a une dls- 0 position , la destruction du cartilage peut survenir B dans toutes les jointures à la fois ; j’ai fait la meme (| observation dans plusieurs autres circonstances.
Je suis disposé â croire que la conversion du cartilage en une structure molle et fibreuse est
iVéquemie, bien qu’elle ne précède pas constaminenl rulcérallon. Dans une l'emme qui mourut une semaine après une forte contusion de la hanche, le cartilage de la têle du fémur fut en partie absorbé; en partie, converti en apparence fibreuse semblable à ce qui en a été dit; et j’ai noté la meme circonstance dans d’autres cas, quel(j[uefois dépendante , quelquefois indépendante de toute injure locale.
^ XXir. OBSERVATION.
Un garçon de dix ans fut admis à l’hôpital St.- Georges, en Avril 1809, pour une maladie du genou gauche. La fesse avait diminué et s’était amiu' cie ; il n’y avait de douleur ni dans la hanche ni dans le genou ; un large abcès s’était formé et produisait une tumeur sur le côté externe de la cuisse. On pratiqua, à l’aide du caustique , une ouverture derrière le grand trochanter. Un mois environ après son admission, l’abcès s’étant enflammé , j’ouvris supérieurement la peau avec la lancette, et il en sortit une demi-pinte de pus. L’ouverture faite par l’instrument se ‘ferma par première intention; mais peu de jours après, le pus se rassembla dans l’abcès , et la tumeur devint plus grosse et plus tendue que jamais. Le membre perdit de son volume, l’abcès se creva extérieure-
ment, le malade tomba dans le marasme, et
mourut le 21 Octobre.
A Fexamen du corps, on trouva que l’abcès communiquait avec la cavité de la hanche gauche. On ne put distinguer le ligament capsulaire et la membrane synoviale des autres parties molles, formant les parois de l’abcès. Il n’y avait nul vestige du ligament rond, nuis restes du cartilage et des os qui composent l’articulation. La tête du fémur était quasi détruite par la carie , dans presque touie sa moitié; la même cause avait donné de la profondeur et de l’ampleur à la cavité cotyloïde. A la partie postérieure, le rebord de cette cavité se trouvait absorbé bien davantage ; la tête du fémur avait été forcée de quitter sa place ■naturelle , et de s’appuyer derrière l’iléon.
Il n’y eut pas raison de croire à l’existence de toute autre maladie, pendant la vie de l’individu. Si ce garçon eut à se plaindre de douleur dans la hanche droite , on oublia de mentionner celle circQiJstance , à cause de l’intensité de la maladie du coté opposé. Ayant ouvert par hasard l’articulation de la cuisse droite , je trouvai le cartilage enveloppant la tête du fémur absorbé dans un tiers environ de son étendue , et la surface de l’os , qui conséquemment était à découvert, était tapissée d’une légère tunique de lymphe coagulable. Le cartilage recouvrant la cavité cotyloïde, et toutes
les autres parties molles appartenant à la jointure, étaient dans un état très-naturel, et les os avaient conservé leur texture et leur dureté ordinaire».