‹ Traité des maladies des articulations, ou observations pathologiques et chirurgicales sur ces maladiesChapitre 11 sur 26 · XXIII«. OBSERVATION · texte numérisé non relu

XXIII«. OBSERVATION

Une fille de sept ans fut admise a riiôpital St.- Georges , en Mal 1809, pour une douleur dans la hanche gauche. Elle souffrait du genou ; le membre était plus court qu’à l’ordinaire , et la fesse était diminuée et aplatie. On pratiqua une issue derrière le grand trochanter , à l’aide du caustique. Bientôt après son entrée, un abcès se creva vers la crête de l’iléon* La maladie de la hanche en parut beaucoup diminuée ; mais au commencement d’Août , cette lille mourut d’un érysipèle accidentel.

A l’examen du corps, les muscles fessiers du côté gauche étaient diminués, et d’une couleur foncée. Il s’étendait un sinus de l’orifice externe de l’abcès , à travers les parties molles, qui communiquait avec l’articulation iléo-fémorale , par une ouverture ulcérée du bord de la cavité colyloïde.

Il ne restait aucun vestige de cartilage dans la surface de cette cavité. L’os mis à nu était dans un état de carie et avait une couleur foncée. La cavité cotyloïde offrait plus de profondeur et de largeur qu’à l’ordinaire. La plus grande partie du cartilage de la tête du fémur était détruite, et la

zn.

petite portion qui en restait fut facilement détachée de fos. Cette circonstance se rencontre souvent lorsque le carlilage est rongé par fuicération.

Le ligament capsulaire était tant soit peu plus épais que de coutume , et plus adhérent aux partie* environnantes : il ne restait rien du ligament rond.

Dans la partie antérieure de Farticulation , se trouvait une certaine quantité de substance molle organisée; elle était interposée entre la tête du fémur • et la cavité qui la reçoit , et sur le derrière était r une collection de pus d’une couleur foncée. C’est [ par là que la tête du fémur se trouvait séparée de ] l’os innominé, et chassée au-dehors ; par la suite, elle avait été amenée en haut par l’action des 1 muscles , de telle sorte qu’elle était reçue dans ) la partie supérieure du rebord osseux de la cavité ( cotyloïde. La membrane synoviale^ était d’une î couleur foncée, mais elle n’était nullement malade.

En examinant la hanche du côté opposé , je ne

(trouvai nulle apparence de maladie dans les parties molles externes, ni dans le ligament capsulaire, ni dans la substance graisseuse de la jointure. La cavité de l’articulation contenait environ un drachme de pus d’une couleur foncée. Le cartilage était . absorbé dans un tiers à peu près de sa surface, i L’os mis à nu présentait , dans sa plus grande pari lie, une surface uniformément compacte; mais en j deux endroits, il était attaqué superficiellement

par la carie. Dans quelques points de la tête du* fémur ^ le cartilage avait une apparence fibreuse semblable à ce qui a déjà été décrite j sur d’autres ^ il était entièrement absorbé et découvrait dans l’os une surface cariée; ailleurs, elle était dans son état naturel. Le ligament rond était rompu par la plus légère force, ce qui paraissait tenir à ce que le cartilage avait été détruit vers son insertion dans la cavité iléo-fémorale.

Les os, dans le voisinage des surfaces cariées de la hanche gauche, étaient plus foncés qu’à l’ordinaire ; mais une telle apparence ne s’observait pas dans les os de l’autre hanche , qui se trouvaient , à tous égards, dans un état naturel.

XXIV^ OBSERVATION

John Catnack, âgé de quarante-quatre ans, fut reçu à l’hôpital St. -Georges , le 29 Septembre l8l3 : il ressentait des douleurs dans le membre inférieur du côté droit; elles s’étendaient de la hanche au genou, et ressemblaient à des douleurs rhumatismales. Il attribuait ces douleurs au froid auquel il s’était exposé, un mois environ avant $011 admission. Il était aussi affecté de douleurs d’entrailles dont il mourut , le 4 Décembre. A l’ouverture, on ne découvrit rien d’extraordinaire, si ce n’est dans la hanche droite. Le ligamentcapbiliaire et la membrane synoviale étaient dans leur

ëlal naturel ; les cartilages enveloppant la tête da fémur et tapissant la cavité cotyloïde étaient détruits par l’ulcération dans presque la moitié de leur étendue - et partout où le cartilage était ané^ anti 5 une surface ulcérée mettait l’os à découvert. Le ligament rond se déchirait facilement en conséquence de l’ulcération qui l’avait envahi vers la partie où il fait son insertion à la cavité Cotyloïde.

Les os avaient leur texture et leur dureté natu- ' . . ^ relies. L’articulation ne renfermait point de pus.

On observa que la surface ulcérée de la cavité correspondait à celle du fémur, car ces surfaces étaient [ restées dans un contact fixe, le malade ayant touj jours gardé la même position.

XXV«. OBSERVATION

William Bridges, de l’âge de vlngt-un ans, fut [ reçu à l’hôpital St.-Georges, le 28 Novembre 1810. [ 11 donna sur sa maladie les détails suivans : Vers

1 le milieu du mois de Mai précédent, il commença q par éprouver de la douleur dans le genou droit, P qui augmentait par la marche. Au bout d’un mois, b! la douleur devint si intense, qu’il fut obligé de garder le lit. Il ressentit une légère souffrance dans g1 la hanche^ mais celle du genou était si atroce, P qu’il ne put se livrer au sommeil de la nuit. Il se d forma un abcès qui s’ouvrit en Septembre suivant , i: dans la partie interne de la cuisse.

A l’époqne de son admission , la fesse était appauvrie et mince; le membre du coté affecté semblait être plos long que l’autre d’un pouce et demi; il y avait un large abcès dans la partie postérieure de la cuisse. Il tomba alors dans l’émaciation et dans la fièvre hectique. On pratiqua une issue avec le caustique j derrière le grand trocliantcr , et dans la suite une seconde issue fut faite de la même manière, sur le bord antérieur du fascia lata. Ce traitement amena pour 'quelque temps un grand soulagement, non obstant plusieurs abcès qui se formèrent et s’ouvrirent dans les différentes régions de la cuisse. La douleur disparut ; le malade reprit de l’embonpoint; la fièvre hectique tomba ; et la matière purulente donnée par les abcès diminua beaucoup. Le membre parut être alors plus court que l’autre. Son

état continua à s’améliorer, jusqu’à la mi-Février 1811. cette époque, les premiers symptômes alarrnans se manifestèrent de nouveau. 11 fut pris d’une diarrhée continuelle et de sueurs ahondanles; il mourut, le 26 Mars suivant.

A l’inspection du cadavre , les muscles fessiers se trouvèrent diminués et dépéris; et dans plusieurs parties, leur structure était détruite par les abcès qui communiquaient avec la cavité de l’articulation par deux ouvertures ulcérées, l’une sur la partie antérieure, et l’autre sur la partie pos-

térleure. Les abcès formaient plusieurs sinus dans le voisinage de la jointure, et le ligament capsulaire, par suite, adhérait aux autres parties molles et se confondait, en quelque sorte, avec elles. L’articulation contenait une matière purulente. La membrane synoviale était plus foncée qu’à l’ordinaire , mais d’ailleurs elle offrait l’apparence accoutumée. Il ne restait pas vestige du ligament rond ; les cartilages étaient entièrement absorbés , et les surfaces osseuses mises à nu étaient I dans un état de carie ; la tête du fémur était ré- I duite aux deux tiers environ de sa grosseur ordij nalre , et la cavité cotyloïde se trouvait plus pror fonde et plus étendue , presque dans la même pro- ( portion. Au centre de cette même cavité, il y avait b une ouverture ulcérée, justement assez grande pour 3 laisser pénétrer une sonde ordinaire, qui faisait > connaître sa communication avec un abcès dans 1® ( bassin. Les surfaces cariées des os avaient la même ) couleur foncée et la même fétidité que dans les jj autres cas de carie; mais autrement, elles n’of- .j fraient rieri de plus particulier que dans les os sains.

XXVP. OBSERVATION.

Jemima Holloway, âgée de 25 ans environ, fut admise à l’hôpital St.-Georges, le 5o Mai^ i8l4, pour une maladie de la hanche droite. Dans \ le voisinage de celte arliculation, il y avait un large

abcès; la fesse était appauvrie et amincie. La malade prétendait qu’elle avait ce mal depuis plusieurs années. Le 6 Juin suivant, elle mourut.

L’examen cadavérique offrit les muscles fessiers décolorés et dans un état d’amincissement et de dépérissement. Il y avait un large abcès dans la fesse ^ qui communiquait avec la hanche, au moyen d’une ouverture dans la partie postérieure du ligament capsulaire et de la membrane synoviale. Au reste, la membrane synoviale et le ligament capsulaire étalent dans un état parfaitement naturel.

Les cartilages qui couvrent la tête du fémur et qui tapissent le fond de la cavité cotyloïde étaient détruits par l’ulcération. L’ulcération s’était tellement étendue aux os , que la tête du fémur était moitié moins grosse, et la cavité avait le double de sa grandeur ordinaire. Les os possédaient leur t^lure et leur dureté naturelles. 11 y avait une ouverture ulcérée qui allait du fond de la cavité cotyloïde dans la partie interne du bassin.

Je pourrais ajouter plusieurs autres cas aux précédons, dans lesquels l’examen cadavérique démontre que la hanche peut être atteinte de la même maladie; mais ce serait occuper inutilement l’attention du lecteur, que d’entrer dans de plus grands détails; il doit suffire d’observer que: l”. Dans

les périodes Jes plus avancés de la maladie ^ aucune des parties cjui concourent à la composition de Farticnlation ne conserve sa structure naturelle. Les parties molles, réduites en une meme masse, ne présentent que confusion. Quelquefois la tête du fémur est complètement détruite, et il ne reste de cet os que le cou, ou meme qu’une portion. Souvent le bord projeté de la cavité cotyloïde est entièrement absorbé, au point qu’au lieu d’une cavité, il y a une large surface cariée des os innominés. On trouve peu de cas dans lesquels on ait vu l’os carié passer à l’état de nécrose et d’exfoliation , ou s’èlre déjà exfolié dans la cavité de l’articulation.

2^. A quelque époque de la maladie que l’examen soit fait, les cartilages présentent un état d’ulcération, mais les affections morbides des parties molles et des os varient beaucoup, et ils ne s’éloignent très-sensiblement de leur état naturel, que dans le stade le plus avancé de la*" maladie.

De ces circonstances et des apparences de plusieurs des cas précités où la maladie se trouvait dans ses premiers momens et entièrement limitée aux surfaces cartilagineuses, nous pouvons, je crois, conclure que dans les cas ordinaires de la carie de la hanche,' le cartilage est la partie primitivement affectée , et que ce qui s’en suit doit être regardé comme la marche de la maladie, i®. L’ul-

cérallon a lien dans le cariilage : génëralemenl dans celui de la cavité cotyloïde, d’abord y et dans celui de la télé du fémur, ensuite* cjuelquefois elle commence dans les deux à-la-fois.

2°. L’nlccralion s’étend aux os, qui se carient j la tête du fémur diminue de volume, et la cavité qui la reçoit est plus profonde et plus large.

5®. L’abcès se forme dans l’articulation qui, après quelque temps, se pratique une issue par l’ulcéra.tion, à travers la membrane synoviale et le ligament capsulaire, dans la cuisse ou la fesse; ou meme , à travers le fond de la cavité cotyloïde, dans le bassin. M. Astley Cooper m’a montré deux échantillons dans chacun desquels l’abcès s’était ouvert dans le rectum.

4®. Par suite de l’abcès, la membrane synoviale et le ligament capsulaire s’enflamment et s’épaississent. Les muscles éprouvent de l’altération dans leur tissu; des sinus se forment sur divers points; et enfin toutes les parties molles se confondent dans une seule masse informe, ressemblant aux parois d’un abcès ordinaire.

Quoi qu’il en soit, on ne peut garantir C]ue la hanche ne soit sujette à d’autres affections morl)idcs ; et ordinairement , une maladie qui a son origine dans les os et les parties molles, peut finalement occasionner la destruction des surfaces cartilagineuses, dans cette articulation aussi biai

que dans d’autres ; mais on n’en a pas encore conclu , dans la maladie ordinaire de l’articulation de la cuisse^ (maladie qu’un habile chirurgien^ dans / un livre ex professo sur ce sujet a dénommée (( carie scropbuleuse de la hanche » ) y que y l’ulcération des cartilages est l’affectioii primitive, et que les autres parties dans ou près la jointure, sont affectées seulement d’une manière consécutive.

Comme, d’après la situation et les connexions spéciales de la hanche , les affections de cette partie s’accompagnent particulièrement de suites dangereuses, j’ai la confiance que Ton ne me saura pas mauvais gré d’avoir donné tous ces détails, puisque ainsi on prévient surtout la nécessité d’entrer minutieusement dans l’histoire de l’ulcération des cartilages des autres articulations, dans lesquelles la marche de la maladie^ exception faite de la différence de structure et de situation, est la même que dans la hanche.

XXVIP. OBSERVATION.

David Martin, âgé de 26 ans, fut reçu â l’hdpital St.-Georges, le 26 Juin 1810, pour une maladie du genou droit. Il l’attribuait à un coup qu’rl avait reçu, quelques années auparavant; mais il nous dit que les symptômes n’étaient parvenus entièrement à un haut degré d’intensité, que dans les derniers six mois, A l’époque de son admis-

sion clans l’nôpilal y le genou paraissait gonflé ; mais en l’examinant attentivement, on voyait que cela tenait à l’amaigrissement des muscles, plutôt cpi’à la grosseur actuelle. La jambe était tenue presque demi-liécbie ; les condyles du fémur se projetaient au-delà de la tête du tibia ; il se plaignait d’une douleur cjui se faisait sentir, surtout pendant la nuit. On pratiqua, à l’aide du caustique, une issue sur chaque côté de la rotule; mais les symptômes n’cn éprouvèrent aucun amendement ; et l’abcès s’ouvrant en dehors de l’articulation , laissa écouler une grande c|uantilé de matière.

Bientôt après son admission, il éprouva, en premier lieu , une douleur intense dans l’autre genou } mais ce symptôme ne s’accompagnait ni de gonflement ni d’aucune altération particulière à l’articulation; la jambe admettait le mouvement complet de la flexion et de l’extension sur la cuisse, La douleur persista , mais le gonflement n’eut jamais lieu.

Au commencement de Septembre, il fut atteint d’un érysipèle accidentel : des abcès se formèrent dans dilférentes parties de la jambe et de la cuisse; il dépérit peu à peu, et mourut, le 7 Novembre.

A l’examen du cadavre, on trouva que la jambe droite formait un angle droit avec la cuisse. La tête du tibia se trouvait amenée vers le jarret,

par l’aclion des muscles extenseurs , de façon que les condyles du fémur faisaient une très- grande saillie. Les ligaraens latéraux ne présentaient rien que de naturel; il ne restait pas de vestige des ligamens cruciaux et des cartilages sérailunaires. Les cartilages du tibia, du fémur et de la rotule étaient entièrement absorbés. 'La carie avait atta- C|ué la surface des os qui , au reste , n’olfraient aucune altération. La membrane synoviale était exempte de toute apparence morbide, si ce n’est dans ses points d’insertion avec les os , ou seulement en quelques endroits , la lymphe coagulable s’étant répandue sur la surface.-

Le genou gauclie conservait extérieurement soi* apparence naturelle, quant à la forme et à la -grosseur. La jambe jouissait de la faculté entière de la flexion et de l’extension. L’inspection présenta les ligamens et la membrane synoviale dans un état parfaitement sain ; mais environ un tiers des surfaces cartilagineuses du tibia et du fémur était détruit par l’ulcération ; car l’ulcération avait principalement porté son action , mais non entièrement , près de la circonférence. Le cartilage de la rotule et les cartilages sémilunaires étaient entiers ; mais ceux-ci étaient en quelques endroits plus mous qu’à l’ordinaire. Les os n’avaient rien de malade, et l’articulation ne contenait ni pus,' ni toui autre liquide.

L’examen anatomique de ce cas, où l’ulcëraralion des surfaces cartilagineuses était évidemment la maladie primitive , explique du moins assez bien la nature de plusieurs cas de cette espèce de tumeur blanche ^ que quelques auteurs ont décrite , et dans laquelle on observe une douleur longue et intense j sans engorgement prcalal>Ie.

XXVIlIe. OBSERVATION.

William Bowles, de l’âge de dix-huit ans , fut reçu à l’hôpital St, -Georges, le Décembre 1810. Il disait qu’cnviron onze mois avant son entrée , il avait ressenti de la douleur dans le genou droit, qui était si intense qu’elle l’empêchait souvent de dormir pendant la nuit. Six semaines après l’invasion de la douleur, l’articulation, pour la première fois , devint enflée. Il s’adressa alors à un praticien 5 le traitement que celui-ci prescrivit , et le repos le plus absolu dissipèrent la douleur et le gonflement , ce qui le mit en état de se promener. En Septembre suivant , ayant repris ses occupations ordinaires, et l’articulation ne pouvant résister à un exercice pénible, la douleur et le gonflement reparurent.

A l’époque de son admission , le genou aflècté était en circonférence environ un pouce et demi plus gros que l’autre. Le gonflement avait la forme

des extrémités articulaires des os. La jambe était demi-fléchie 5 et le moindre effort pour la remuer causait beaucoup de souffrance. La douleur qu’il éprouvait était toujours très-vive 5 mais surtout pendant la nuit, au point de troubler son sommeil.

Bientôt après son admission , on s’aperçut, sur la partie externe du genou , dôm abcès qui s’ouvrit au commencement de Février, et donna issue à une grande quantité de matière. Le 18 Mars, on lit l’amputation du membre.

En examinant l’articulation , on trouva la plus grande partie des surfaces cartilagineuses du tibia , du fémur, et de la rotule, détruites par l’ulcéralion. L’os mis à nu par la destruction du cartilage , était carié , et en quelques endroits couvert d’une couche légère de lymphe coagulable. Il y avait a peine une trace des cartilages sémiliinaires. L’articulation contenait du pus, et l’abcès qui lui servait de réservoir s’était ouvert dans les parties externes , à travers une ulcération de la membrane synoviale. Cette membrane était saine , à l’exception de quelques points que tapissait sur leur surface une couche légère de lymplie coagulable, qui, évidemment, venait de se répandre. L’abcès avait détruit le ligament latéral externe ; les autres n’avaient pas reçu la moindre atteinte.

Dans ce cas, la maladie primitive observée par l’autopsie fut fulcération des cartilages. La mem-

l)rane synoviale n’avait d’autre afleelion que celle (jue l’on peut considérer comme provenant de la iormation du pus dans rarticulalion et l’explosion de l’abcès en dehors. Lorsque l’inllammation de cette membrane est l’affection primitive, le gonllemcnt a souvent Heu en peu d’heures , et toujours deux ou trois jours après son invasion. Au lieu qu’ici , le malade répondait constamment a toutes les questions qu’on lui faisait, qu’il n’avait ressenti de douleur violente que six semaines avant que l’articulation fût visiblement tuméfiée. De toutes ces circonstances nous pouvons conclure , que , dans ce cas comme dans le précédent , les cartilages étaient le siège originel de la maladie , et que les apparences morbides, observées dans les parties molles, étaient la suite de la formation de l’abcès dans l’articulation.

On peut tirer la meme conclusion des deux observations suivantes ;

XXIXe. OBSERVATION.

Mary Anderson, âgée de vingt-huit ans, fut admise à l’hôpital St.-Georges , le 6 Avril 181 5.

A cette époque elle se plaignait d’une douleur vive dans le genou droit , qui devenait si intense pendant la nuit , qu’elle l’empêchait de se livrer

ïtiî sommeil. Elle répondait principalement à la tête du tibia. La jointure , légèrement enflée, avait la forme des extrémités articulaires des os, et ne donnait pas à la main la plus petite sensation de fluctuation. La jambe pouvait se mouvoir sur la cuisse; mais tout mouvement aggravait la douleur.

Il fut impossible de se procurer des détails plus particuliers sur l’histoire préalable de cette malade, que les suivans. Elle avait souffert des douleurs dans le genou droit pendant près de six ans , dont elle avait été soulagée quelquefois; et la pre* mière invasion de la douleur n’avait pas été accompagnée de gonflement.

Aussitôt après son admission, on pratiqua avec le caustique une issue sur chaque côté de la ro« Ude. Le q Avril la douleur était beaucoup diminuée ; les ouvertures furent entretenues par des applications de caustique ; et les souffrances abandonnèrent très-promptement la malade , qui voyait diminuer en même temps le gonflement.

Ve rs le 8 Juin , elle commença à se plaindre de nouvelles douleurs dans le genou; et, dans l’espace de quatre à' cinq jours , elles devinrent si intenses qu’elles l’empêchaient de dormir pendant la nuit. Il survint des mouvemens convulsifs du membre , et l’articulation devint aussi enflée que dans le principe du mal. Les douleurs augmenlèrenl avec tant de violence, que sa santé décli-

naît considérablement. Le 5 Juillet , on amputa le membre.

En examinant le genou , on trouva de la lymphe et du sérum répandus dans le tissu cellulaire externe.

La cavité articulaire contenait environ une demi- once d’un fluide purulent clair. Le cartilage qui enveloppe la rotule était , en quelques endroits, dans un état sain ; en d’autres, son tissu flbreux était tel que je l’ai décrit dans la première partie de ce chapitre 5 et en d’autres j il était si complètement détruit par l’ulcération , que l’os était à découvert. Le cartilage qui couvre l’extrémité articulaire du fémur présentait en tout la même variété. On voyait dans la partie interne une espèce de tache de quelque étendue , qui , au lieu de cartilage , était revêtue d’une substance organisée , ressemblant à la substance des adhésions , mais un peu plus épaisse dans sa structure ; comme si la lyniphe coagulable , qui s’était répandue sur la surface ulcérée de l’os, où elle se serait organisée, avait remplacé le cartilage déjà détruit dans cette partie.

Les cartilages du tibia n’étaient ulcérés que dans une très-petite étendue.

La membrane synoviale était généralement dans un état naturel : en quelques endroits, légé- < rement enflammée. Sur la partie externe de la

, elle était plus enflammée que partout ailleurs j elle s’ëialt épaissie, et avait commencé à s’ulcérer par suite évidente de l’abcès de la join-" ture, qui s’était déjà ouvert à la surface externe.

Les os possédaient leur texture et leur dureté naturelles.

XXX«. OBSERVATION

Jane Bannister , âgée de quarante ans , fut admise à Lhôpital St.- Georges, en Septembre iBio, pour une maladie du pied droit. Elle donna les détails suivans Sa maladie :

Dans le mois de Septembre de l’année précédente, elle se donna une entorse (i) dans le cou-

(i) L’entorse est une des causes les plus fréquentes de ! la maladie dont il est question ; et dans ce cas- ci elle a [ pu en être la seule cause. Mais qu’on ne pense pas que î l’entorse en elle-même , soit aussi fréquente qu’on pouri raitle croire-, car les accidens qui proviennent de légère» > causes , comme de la marche , de la danse, de la ) course, etc. , bien qu’ils en aient tous les phénomènes » 1 ne produisent pas une véritable entorse, qui n’cst que le résultat d’une action violente et brusque, capable b de résister à la force locomotrice du pied. Ainsi le :j pied pris dans une ornière , une chute d^un lieu !l V élevé, sur la main ou sur le pied, etc. , peuvent donner , J lieu à une vérilable entorse, qui est toujours un mal J 1 local, tandis que l’autre n’est que le symptôme d’un*

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de-pied , et bientôt après elle éprouva dans celle partie une douleur si violente qu’elle ne pouvait ni se tenir debout , ni même dormir pendant là nuit. La douleur persista dans un état cruel d’inlenslté ; et au bout de quatre mois, elle aperçut , pour la première fois , un léger gonflement sur la partie interne du pied , provenant d’un abcès qui avait été ouvert en Avril suivant, par la personne qui la soignait.

A l’époque de son admission dans l’hôpital , tout le pied était enflé, et se trouvait le siège d’une

faiblesse du grand nerf sciatique , produite par dès causes éloignées, de quelque nature qu’elles soient. La preuve en est que le membre est ici toujours plus mince que l’autre, et quelquefois plus court; il est impossible que dans l’entorse vraie^ il y ait amincissement et raccourcissement du membre , par la seule cause de l’accident. D’ailleurs le traitement en est une preuve aussi évidente; celle-ci cède aux moyens locaux ordinaires, celle-là y résiste. Mais si l’on fait usage d’un traitement dont l’action se déploie sur les organes frappés de faiblesse ; si l’on fait avec un liniment volatil camphré des frictions sur l’épine du dos et sur la cuisse, la douleur et le gonflement cessent ; le membre se fortifie et reprend sa grosseur naturelle, surtout si l’on y joint l’emploi des bains d’eaux de Barrèges et de vapeurs dé plantes aromatiques. On conçoit aisément que ce traiteaicat ne pourrait convenir dans l’autre cas.

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violente douleur. L’abcès restant ouvert , il s’en écoula une petite quantité de pus. Si l’on y introduisait une sonde, on sentait que l’os était à nu. On essaya tous les moyens de guérison ; tous furent sans succès, et l’on se détermina à amputer la jambe , îe 25 Février 1811.

En examinant le pied affecté , on trouva les cartilages de l’articulation formée par l’astragale et. l’os naviculaire détruits par l’ulcération; une portion y de l’astragale était frappée de mort , et commençait à s’exfolier. Il y avait la même altération dans les cartilages des jointures , formées par les os cunéiformes , naviculaire et les os du métatarse ; la carie s’était portée sur les surfaces osseuses mises à nu. Les ligamens et la membrane synoviale étaient dans leur état naturel , à l’exception de peu d’endroits , sur lesquels l’abcès avait laissé des traces de destruction. Les os possédaient leur texture et leur dureté ordinaires; et le tissu cellulaire du pied contenait de la lymphe coagulable et du sérum.

Il serait superflu^ d’ajouter aux observations précédentes d’autres observations , dans lesquelles la maladie serait dans un période encore plus avancé. Sa marche, dans les autres articulations^ ©St comme celle de la hanche ; et quelle que soit la

jointure affectée, la même deslruciion complète des cartilages en est toujours le triste résultat, et les mêmes ravages s’étendent aux os et aux parties molles.

Dans quelques cas l’ulcération du cartilage d’une arlibulation commence à la surface qui regarde l’os 5 et c^est pour avoir observé cette circonstance, que je fus conduit, en premier lieu, à adopter une opinion, qu’on disait celle de Hunier, laquelle paraissait appuyée sur le peu de vascularité que possède le cartilage , dont l’ulcération peut avoir lieu , non par l’action de ses propres vaisseaux , mais par suite de cette action portée sur les vaisseaux de l’ps auquel le cartilage est attaché. Subséquemment , j’ai vu que dans plusieurs cas , le cartilage , avant de s’ulcérer , éprouve un changement notable de structure^ il devient mou, et prend une apparence fibreuse , ce qui m’a conduit à conclure que cette opinion n’est pas tout-à“fait exacte. Je puis maintenant produire deux cas , qui prouvent, à mon avis, que le cartilage, aussi bien que toute autre partie , est susceptible de s’ulcérer par l’action de ses propres

vaisseaux.

XXXI'. OBSERVATION

Un garçon de douze ans , vers le 28 Juin 180g , tomba d’un endroit ^élevé sur un genou : apporté à l’hôpital , on reconnut une fracture composée du fémur. Les premiers jours, le malade parut all er assez bien ; mais ensuite il se forma dans la cuisse un abcès, qui s’étendait jusqu’au fessier j il dépérit et mourut le 21 Juillet. En examinant l’articulation du genou, on trouva le cartilage qui recouvré! les condyles du fémur, ainsi que celui de la tète du tibia , absorbés entièrement en quelques parties , au point de laisser l’os à découvert ; et en quelques autres, il était absorbé dans la portion qui s’étend vers la cavité de l’articulation, tandis que celle qui touche l’os avait encore son adhésion, et sa structure naturelle. Le cartilage de ces parties était tailladé, comme si la plus grande portion de sa substance avait été enlevée par la ciselure.

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