XII'. OBSERVA ATION
Dans un genou malade rjui me fut envoyé pour être examiné, par mon an)i , M. Horn, chirurgien à l’infirmerie de Newcastle, je trouvai, dans la cavité de l’articulation, environ rjualre onces d’un liquide jaune pâle, dans lequel fiotiaieni des flocons de lymphe coagulable.. La membi ane synoviale, soit qu’elle fournisse les feuillets libres qui s’étendent d’un os à l’autre, ou qu’elle se réfléchisse sur les os eux-mémes, les ligamens cruciaux et la substance graisseuse de l’articulation , tout avait perdu entièrement son apparence naturelle. Cette membrane était converlie en substance pulpeuse , de l’épaisseur d’un quart de pouce environ dans sa plus grande étendue, et presque deux fois autant dans le reste * elle était d’une couleur légèrement brune , coupée par des linéamens membraneux blancs , et marquetée de taches rouges, formées par de petits vaisseaux injectés de sang. La membrane synoviale sur le rebord des surfaces cartilagineuses avait subi un changement semblable de structure , mais seulement dans une petite étendue. Les cartilages sémilunaires étaient entiers, mais en grande partie cachés par la substance pulpeuse qui les dépassait. Les cartilages qui couvraient les os se trouvaient, dans quelques points , dans un état d’ulcération commençante.
Xille. OBSERVATION.
Marlha Manners , âgée de 26 ans , fut admise a rhopital Sl.-Georges, le 6 Mars i8l3, pour une maladie du genou gauche.
Elle dit, qu’en Juin 1811, elle ^s’aperçut d’abord du gonflement et de la roideur de l’articulation, et que depuis ce temps ces deux symptômes avaient augmenté, mais par gradation. Vers la Saint- Michel 1812 , elle prit froid, et le gonflement aiig^menla plus promptement sans etre pour cela ac- • compagne de beaucoup de douleur.
A l’époque de son admission à l’hôpital , le genou droit était plus volumineux que le gauche de deux - pouces. La grosseur offrait de l’élaslicilé , proé- [ minait à la partie supérieure et inférieure de l’articulation , et ne présentait point la forme des extrémités articulaires des os. La jointure permettait ' bien quelque mouvement, mais la jambe ne pouvait complètement exécuter la flexion et l’exteni sion sur la cuisse.
On fit inutilement usage de divers remèdes. L’engourdissement de la jointure augmenta : vers la B mi-Mai , Martha Manners commença à éprouver I une douleur très-vive, et bientôt après, il se forma } un abcès sur le côté du ligament de la rotule, qui . fut ouvert le i5 Juin. L’ouverture faite par la i lancette guérit en peu de jours , mais la malad^i
ne discontinua pas de se plaindre d’une douleur toujours considëraJ;le j sa santé déclinait beaucoup 5 et le 6 Août on pratiqua l’amputation du membre.
A l’examen , on trouva une once de matière épaisse dans la cavité. Les ligamens étaient sains : la membrane synoviale fut trouvée telle que dans le cas précédent; le seul point de différence qui se présenta , c’est que toute la portion de la membrane qui se réfléclnt sur les cartilages, était affectée , et manifestait la même altération que précédemment, mais elle était moins épaisse. Quelques points annonçaient que les cartilages commençaient à s’ulcérer ; mais l’ulcération avait fait si peu de progrès, qu’elle ne parut que superficielle.
XIV^ OBSERVATION
Samuel Langford, de l’âge de 24 ans, fut admis a l’hôpital St. -Georges, le 22 Avril 1812.
A l’époque dé son entrée un des genoux était deux fois plus gros que dans l’état naturel. L’en- | gorgement proéminait sur la partie antérieure et ;i inférieure de la cuisse. Il était si mou et si souple que, de prime abord, on soupçonnait un liquide; j mais en l’explorant avec plus de soin , on se j convainquait de l’absence de fluide par l’ab- ■ sence de la fluctuation. La jambe était tenue dans i l une demi-flexion, et l’articulatiou n’admettait,
qu’un mouvement Irès-Iimlté. Il ne souffrait pas meme dans les efforts quil faisait pour mouvoir le membre. La peau de la partie malade était pâle supérieurement 5 et dans sa su])stance rampaient des veines dilatées. Sur chaque côté de la tumeur^ on apercevait un petit orifice qui laissait pénétrer la sonde dans un sinus de peu d’étendue. L’état général de la santé ne s’affaiblissait pas. 11 dit qu’il y avait deux ans qu’il commença à éprouver de la douleur dans le genou ; mais qu’elle n’avait pas suffi pour le détourner de ses occupations habituelles. Bientôt après l’articulation vint à se tuméfier y et l’engorgement augmenta graduellement depuis cette époque. Plusieurs al>cès s’étaient formés à différentes fois; mais le plus grand nombre se cicatrisa.
Deux mois environ après son admission à l’hôpital 5 le membre fut amputé.
En examinant l’articulation , les ligamens se trouvèrent dans l’état le plus sain. Toute la membrane synoviale, à f exception de la partie qui sc réfléchit sur les cartilages , était convertie en une substance pulpeuse et élastique , d’une couleur brune, sillonnée par des linéamens blancs; dans quelques endroits, elle avait l’épaisseur d’un demipouce ; dans d’autres, davantage; dans les parties où la membrane se réfléchit sur les os , près le
bord tombant des cartilages elle élail détruite par des points d’ulcération.
Les ligamens sémilunaires étaient dans l’élat naturel , mais en grande partie cachés , lis étalent enveloppés par une substance, formée par la membrane synoviale afl'ectée. Les surfaces cariilagineuses du fémur et de la rotule étaient devenues la proie de l’ulcéi atlon dans leur majeure partie ; l’ulcération régnait surtout, sur la circonférence. Sur la portion interne de la tête du tibia , le cartilage n’était détruit qu’en très-petite partie. L’ulcération ne dépassait pas les bords. A la portion externe de la tète du tibia , le cartilage était absorbé dans sa plus grande étendue. Les os possédaient leur structure et leur dureté ordinaires. La cavité de l’articulation était un foyer de matière auquel les sinus conduisaient.
Miehael Purcel , âgé de i6 ans, fut reçu à f hôpital St.-Georges , le lo Juillet 1811, pour une atfection du genou droit.
Il rapporta que dans l’été de 1807 , il avait reçu un coup sur les parties internes de l’articulation. Quelque temps après il se forma une tumeur ^ui se creva , et donna issue a quelque peu de flu ide. Dans l’espace d’une semaine l’issue se guérit; et ne
ressentant qu’une roideur très-Iëgére, il se trouva en ët at de reprendre ses occupations ordinaires. Il se porta bien jusqu’en Décembre 1810 ; à cette époque, il s’aperçut que son genou grossissait. Depuis ce temps l’engorgement augmenta , sans autre incommodité que la roideur de l’articnlalion 5 et qu’uiie légère souffrance qu’il éprouvait en marchant.
Au moment de son admission à l’hôpital^ il y avait un énorme gonflement du genou ; il se portait dans l’étendue de plus d’un pouce sur la partie antérieure de la cuisse, sous les muscles extenseurs. Le gonflement était plus manifeste en certains endroits que dans d’autres : il était mou et souple , et imprimait à la main une sensation vague, comme s’il contenait un fluide. La jambe était tenue dans une demi-flexion, et ne pouvait presque pas être ramenée sur la cuisse. Il n’y avait douleur que par le mouvement ou la pression.
Le 28 Novembre, un abcès s’ouvrit à la partie extérieure de l’articulation , et laissa échapper une petite quantité de pus. Après celui-là, d’autres se formèrent , et s’ouvrirent à divers temps. Le gonflement continua à augmenter. L’amputation fut faite le 6 Avril.
En disséquant l’articulation, tous les ligamens furent trouvés sains. La membrane svnoviale avait précisément la même apparence que dan^ le der-
nier cas. Dans quelques ponlons elle avait l’épaisseur (l’un demi-pouce; dans d’autres l’épaisseur était plus considérable. Les cartilages étaient en grande partie détruits par l’ulcération , et laissaient à nu des surfaces d’os cariés (a). Les abcès paraissaient s’étre formés dans la substance de la menilîrane synoviale ; ils ne communiquaient pas avec la cavité articulaire; l’articulation ne contenait point de pus.
XV I«. OBSERVATION
ün garçon desix ans entra à Fhopital St.-Georges, en Mars 1808 , pour une maladie du genou.
L’articulation était plus grosse qu’à l’ordinaire. La jambe était tenue en angle droit à la cuisse , et n’admettait aucun mouvement. La peau offrait supérieurement une grande ulcération. Des remèdes de toutes sortes ayant été administrés infructueusement, on fit l’amputation du membre le 29 Avril.
(a) En faisant usage du terme carie, dans cette occasion et dans d’autres , je l’ai regardé comme synonyme d’ulcération; ou du moins, comme exprimant cet état des os qui correspond à l’ulcération des parties molles. Si dans la nomenclature pathologique, il y a de la confusion quant à ce terme, c’est qu’il y est employé quelquefois pour exprimer non-seulement l’os ulcéré, mais celui dont la surface a été dénudée par suite d’autres
causes.
A rexamen de l’articulalion , on reconnut dans fa membrane synoviale une altération morbide de sa structure, semblable à celle du cas précité; mais avec celte différence , que la substance pulpeuse en laquelle elle était convertie remplissait presque la cavité de la jointure, et adhérait aux surfaces cartilagineuses. En faisant une incision longitudinale de l’articulation , le cartilage qui couvre l’os, mis à nu, présenta comme une pellicule blanche, d’un dixième de pouce environ d’épaisseur, d’un côté, liée à l’os, et de l’autre, formant adhérence à la substance pulpeuse. Il était donç plus mince qu’il ne l’est naturellement ; mais d’ailleurs entier , excepté à la partie postérieure d’un des condyles du fémur , où il se trouvait détruit par une ulcération peu étendue. On ne put point distinguer les restes des ligamens externes, mais seulement quelques légers vestiges des ligamens cruciaux et des cartilages sémilunaires.
XVIIe. OBSERVATION.
John Dillemore, âgé de i5 ans, fut admis à l’hôpital St.-Georges, dans l’été de 1812, pour une maladie du genou. A celte époque, l’articulation était légèrement grosse et roide, et n’admettait que peu de mouvement. Elle était exempte de toute douleur. Le gonflement était élastique, sans perception de fluctuation. Ces symptômes s’étaient
montres peu à peu, deux ans environ avant son aimisslon. A celle époque, il demeura dans l’hôpilal plus de deux mois, ei l’on employa, sans le moindre succès, une foule de remèdes qu’il est inutile d’énumérer.
Le 26 Janvier i8i4, il fut admis de nouveau à I hôpilal. Le genou malade avait environ deux pouces et demi de circonférence plus que l’autre. Le gonflement était rénitenlj il s’étendait sur la partie antérieure et inférieure de la cuisse, comme dans le cas de i’inflammalioq de la membrane synoviale 5 mais sa forme était moins régulière, parce qu’il était plus proéminent et qu’il s’étendait plus haut au dehors qu’au dedans. La jambe était tenue dans une demi-flexion et ne pouvait aucunement
être ramenée sur la cuisse. Le malade eut de fré-
quents redoublemens de douleur * il dit que le gonflement avait graduellement augmenté depuis sa sortie de l’hôpital, en 1812; mais qu’il n’avait jamais été sujet à de grandes douleurs, que depuis environ six semaines avant sa rentrée. Le 5i Janvier , on l’amputa.
En examinant le membre amputé , on trouva la membrane synoviale convertie en une substance pulpeuse d’une couleur légèrement brune ^ avec des points rouges provenant des vaisseaux qui s’y ramifiaient , injectés de leur propre sang et séparés par des linéamens membraneux , en grand nombi e.
Sur la partie externe du genou, la membrane affec-' tëe était, en quelques endroits, de près d’un pouce d’épaisseur. La membrane qui couvrait les cartilages était, en quelques points, dans un état naturel ; ailleurs, elle avait éprouvé le même changement morbide de structure que dans les cas précédens. Les cartilages étaient ulcérés partiellement. On trouva environ une once de pus dans la cavité articulaire, ainsi que deux ou trois abcès dans la substance de la membrane synoviale qui ne communiquaient pas avec elle , mais qui contenaient à-peu-près la même quantité de matière purulente,
XVIIP. OBSERVATION.
William Hine , âgé de 25 ans , fut reçu à flidpital St.-Georges, le 12 Décembre i8i4j pour une affection dans l’un des genoux. Il dit que dans l’été de 1812, il s’aperçut, avant tout, d’un peu de gonflement et de roideur dans l’articulation , sans douleur. D’abord , le gonflement était limité à la partie inférieure , mais graduellement il s’étendit à toute la circonférence de l’articulation. L’engourdissement et le gonflement augmentèrent avec lenteur et uniformité ; et vers la fin de l’année i8i5, il commença à éprouver des souffrances atroces.
A l’époque de son admission, le genou était extrêmement gonflé j le gonflement était irrégulier
n irès-proéminenl a la partie interne : il était mou et élastique, sans fluctuation. Le malade se pial-- Jouait d’une douleur constante, profonde, déclii-^ lante, qui troublait son sommeil. Il eut un commencement de fièvre hectique. On l’amputa , le i6 Décembre.
A l’examen du membre, on trouva la membrane synoviale dans un état d’altération morbide sembliiblc à celle du dernier cas. Les cartilages étaient légèrement et partiellement ulcérés.
XIX^ OBSERVATION
James Gould, de l’âge de 65 ans, fut admis à Mîôpital Si. -Georges, en Mai i8i4. Un des genoux gonflé et roide pei mettait â peine un léger mouvement ^ le gonflement était élastique , et la douleur de l’articulation , aigue. Près du ligament de la rotule , il y avait forifice d’un sinus qui était en communication avec la cavité articulaire , et rendait une très-petite quantité de pus. L’histoire des premiers périodes de la maladie ne fut pas bien connue * mais il paraît qu’il avait été sujet à des attaques réitérées de l’inflammation de la membrane synoviale.
On fît l’amputation du membre, le 25 Mai.
L’articulation soumise â Pexamen , on trouva
dans un état sain les ligamens, les os, les cartilages,' et la portion de la membrane synoviale qui se
réfléchit sur les cartilages; mais la membrane syno» viale des autres parties présentait la meme altération pathologique de structure que dans les cas précédens.
Ces observations fournissent des exemples de la même maladie , dans différens périodes de sa marche. Le travail qui constitue la maladie naît évidemment dans la membrane synoviale qui perd son organisation naturelle , en se convertissant en une substance pulpeuse épaisse, d’un brun léger et quelquefois d’un brun rougeâtre, sillonnée par des linéamens blancs membraneux. A mesure que la maladie fait des progrès, elle envahit toutes les parties qui composent l’articulation , en produisant l’ulcération des cartilages, la carie des os, le dépérissement des ligamens et des abcès dans ' toutes ces difiPérentes parties.
J’ai déjà remarqué que cette maladie est particulière aux membranes synoviales , que du moins je ne l’ai jamais rencontrée dans nulle autre partie du corps ; mais elle doit être rangée dans les même ordre que les tubercules des poumons, les squirres du foie , le sarcome médullaire ou fungus hœmatodes des testicules, et plusieurs 1 autres maladies dans lesquelles d y a destruction I du tissu naturel de l’organe affecté, et transmu- \ talion de qe même organe en une structure
nouvelle et differente. Elles ont presque la mênie analogie dans leur marche. Ainsi , les tubercules des poumons occupent d’abord la substance vésiculaire et interlobulaire 5 mais par la suite , ils s’enflamment et s’ulcèrent 5 il s’y forme des abcès, et alors il s’en suit l’affection de la plèvre , des .bronches, et des autres parties voisines. De semblables circonstances caractérisent la marche des autres maladies de la même espèce.
Les observations que je viens de rapporter ne sont pasles seules ou j’aie eu occasion de signaler les mêmes apparences morbides. Il s’en est présenté à mon observation bien d’autres dans les* quelles la similitude de l’histoire et des symptômes, la ressemblance dans la forme et dans félaslicité de la tumeur, indiquaient une maladie de la même nature , bien que je n’aie point été à portée de vérifier le fait par l’autopsie. Dans tous les cas où il a été en mon pouvoir d’observer sa marche, la maladie était lente et quelquefois restait stationnaire dans un état d’indolence durant un long espace de temps 5 mais elle finissait toujours par la destruction de l’articulation.
Il est une circonstance bien remarquable : c’est que cette affection de la membrane synoviale se rencontre rarement, si ce n’est dans le genou. Jen’ep ai jamais vu d’exemple dans la hanche et dans l’épaule. Il est probable que l’influeuce du froid
extei'ne agît comme une des causes génératrices de la maladie; et c’est ce qui explique pourquoi onia rencontre fréquemment dans le genou, et rarement dans les articulations profondément situées (a).
Il est évident que d’après l’histoire des faits dans lesquels une partie de l’économie vivante a subi un changement nouveau et pathologique , cette altération n’a lieu que par degrés insensibles. Ce serait ajouter beaucoup à l’intérêt et à l’utilité des recherches en anatomie pathologique, si l’on voulait se soumettre à constater quel est le premier changement survenu dans l’organisation de la partie affectée , et partir de là pour tracer les progrès sensibles des autres changemens qui peuvent avoir lieu jusqu’à ce que la destruction de l’organisation naturelle soit complète* Que le cas suivant soit
(a) L’iiistoire du Fungus articuli , qu’ont donnée quelques auteurs allemands , paraît avoir été extraite, on partie des observations de la maladie décrite dans ce chapitre , en partie des observations de l’inflammation de la membrane synoviale. M. Hussel semble avoir tiré I son histoire pathologique de la tumeur blanche , en I grande partie des cas semblables à ceux qui ont été I rapportés ; mais nous devons observer que lé terme \ de tumeur blanche a été appliqué, presque indistincter ment, à toutes les affections auxquelles les articulations 3 sont sujettes , et n’est nullement limité à celle dont IJ nous parlons actuellement.
considéré comme de la même espece que ceux qui sont déjà rapportés mais dans un période plus avancé de la maladie , c’est ce qu’on ne peut déterminer pour le moment , mais il ne paraît pas impossible qu’il puisse l’être. Je vais le rapporter ici, dans l’espoir qu’il pourra, en quelque sorte, être utile aux investigations des observateurs à venir.
XX". OBSERVATION
— Belton , garçon , de l’àge de ii ans, entra à . l’hôpital St.-Georges , en Août 1810, pour une maladie du genou.
Il n’y avait que peu de douleur dans l’articulation qui avait légèrement augmenté de volume; elle permettait quelque peu de mouvement , mais non pas entièrement celui de flexion et d’extension. Ses parens dirent que la maladie avait com- /
mencé, environ un an et demi avant son admis-
sion à Fhôpital; qu’elle avait fait très-lentement des progrès , et que l’enfant n’en avait jamais beaucoup souffert. On employa infructueusement quantité de remèdes j et peu de temps après, des personnes qui s’intéressaient à lui le retirèrent de l’hôpilal. Quelques semaines s’écoulèrent, et il mourut à la suite d’une accumulation d’eau dans les ventricules du cerveau.
J’obtins la permission d’examiner le cadavre.
La membrane synoviale du genou affecté était,
a sa partie externe, d’une apparence naturelle; sur sa partie interne, elle était tapissée d’une substance gélatineuse légèrement colorée, qui y adhérait si fortement, qu’on ne pouvait l’en séparer que par le scalpel. La membrane synoviale était incrustée de la sorte, partout, excepté sur les surfaces cartilagineuses. La substance gélatineuse paraissait en général d’environ un huitième de pouce d’épaisseur; mais en quelques endroits, près des bords des cartilages, elle était si épaisse qu’elle pénétrait très avant dans la cavité articulaire. En quelques parties , vers le tombant des surfaces articulaires , le cartilage avait commencé à s’ulcérer ; il était , en quelques points , entièrement absorbé et laissait l’os à découvert; mais, dans sa plus grande partie, il y avait seulement une ulcération Irrégulière de la surface, vers la cavité de l’articulation ; la portion restante de cartilage » était entière et conservait son adhésion naturelle à l’os.
La membrane synoviale elle-même n’offrait i aucune trace d’inflammation. On observait , sur 1 la substance qui la tapissait, quelques vaisseaux ) qui se distribuaient en ramifications et étaient merf veilleusement injectés de sang; mais ils étaient en [ petit nombre , et seulement en certains points.
> Cette substance différait , en apparence, de la lymphe coagulable qui se trouve sur la surface d’une
membrane enflammée ; ce qui peut nous faire présumer que son effusion était le résultat , non de rinflainmation , mais de quelque autre action morbide (j),
SECTION II
Symptômes de la maladie.
Cette maladie se développe en général dans les individus qui n’ont pas dépassé de beaucoup bâge de puberté. Je ne me rappelle qu’un seul cas qui se soit présenté après le milieu du cours ordinaire de la vie. En général , on ne peut lui assigner de cause évidente , mais elle survient souvent à la suite de plusieurs inflammations réitérées. Sous ce rapport , elle ressemble aux autres maladies de cet ordre. L’inflammation des poumons peut laisser le germe des tubercules , et l’inflammation du sein peut donner naissance à une tumeur squirrheuse. Lorsque j’ai eu occasion d’examiner les apparences de la maladie après l’amputation , j’ai toujours trouv é toute la membrane synoviale, ou presque toute j atteinte de la maladie 5 mais il est
/(i) Si M. Brodic eût fait connaître le tempérament et l’état des fonctions physiologiques du jeune Belton , fa solution de l’espèce de problème pathologique qu’i| propose offrirait moins de difficulté.
probable que si riuspection était faite plus tôt, nous t^rouverions souvent que les altérations morbides parient d’un seul point. Du moins , celte conformité se rencontre dans d’autres maladies - dont la nature est analogue : par exemple , je trouvai chez une fille attaquée de celte maladie et qui succomba à la suite d’une fièvre, une moitié de la membrane synoviale altérée, et l’autre moitié était dans son état naturel.
Dans la naissance de cette maladie, il n’y a que peu de roideur et de tuméfaction, et point de douleur, seulement , un léger malaise. Ces symptômes augmentent graduellement. Dans le plus grand nombre des cas, l’articulation finit par ne ! plus admettre qu’un mouvement très borné, et dans le plus petit nombre , elle conserve toujours I un certain degré de mobilité. La forme de l’engort gement présente la même ressemblance que dans ! les cas d’inflammation de la membrane synoviale,
3 mais il est moins régulier. Le gonflement est mou 5 et élastique , et donne à la main la sensation de la ] fluctuation. Si l’on n’emploie qu’une seule main □ pour l’exploration , l’erreur peut être complète , et le chirurgien le plus expérimenté prononcera f] qu’il y a collection de fluide , lorsqu’il n’y a rien : ï mais si l’on applique les deux mains , une de cha- [ que côté, l’absence de fluctuation fait voir qu’il Q n’y a pas de fluide.
Le malade n’éprouve que peu ou point de douleur avant la formation des abcès et l’ulcération des cartilages, et même alors la douleur est dans quelques cas si peu intense , que l’ulcération des cartilages paraît être une maladie primitive : les abcès guérissent plus rapidement, et rendent une^ plus petite quantité de pus que dans les cas précédens. A ce période , le malade tombe dans la fièvre hectique; il perd ses chairs, et s’éteint peu a peu , à moins que le membre ne soit emporté par l’opération.
La marche de celte maladie varie dans différens cas; en général il s’écoule un ou deux ans avant qu’elle parvienne à son plus haut degré d’intensité ; quelquefois même ce période est beaucoup plus long ; et par fois elle devient si indolente qu’il se passe des mois entiers sans qu’on puisse se douter de la moindre altération. Delà même manière, les tubercules du poumon , ou les squirres du sein , restent, dans quelques cas, plusieurs mois etun ou deux ans , dans un état d’inaction.
Le diagnostique de cette maladie est rarement difficile. La marche graduelle de la tuméfaction , et de la roideur de l’articulation , sans douleur ; la mollesse et l’élasticité du gonflement, sans fluctuation, dans la majorité des cas, nous met à même de la distinguer facilement de toutes les autres affections maladives qui attaquent les articulations.^
Les cas sur lesquels on peut plus aisément se méprendre , quant à celte maladie , sont ceux de l’inflammation chronique de la membrane synoviale.
1°. Lorsque la membrane synoviale a subi une altération pathologique , il peut arriver qu’il y ait lieu en même temps à une sécrétion vicieuse de fluide de la surface interne; alors l’articulation augmente en volume^ non parla synovie^ mais par une sérosité trouble dans laquelle nagent des j flocons de lymphe coagulable , qui sont causc^ que la tumeur présente presque les mêmes caractères externes, que lorsque la membrane synoviale est enflammée. Mais ici le gonflement ne cédera point au traitement par lequel il serait promptei ment guéri , s’il dépendait d’une simple inflammation. Si l’on est attentif a cette circonstance, et qu’on puisse s’assurer de l’exactitude de tout co I qui a précédé la maladie , on peut espérer recon- ;i naître sa nature réelle.
2®. Lorsque la membrane synoviale, après que l’inflammation est dissipée , conserve une sorte 1 d’épaississement, et que la lymphe coagulable s’est 3 répandue dans la cavité articulaire , la tumeur , quelquefois, ressemble lellemeni à celle qui se { présente dans certains cas de cette maladie , qu’il f ne sera pas toujours aisé d’en donner une idée 3 exacte, simplement d’après l’apparence et l’état
acluel de l’arûculalion. Le chirurgien doit en grande partie établir son jugement sur les détails qu’on lui a fournis de l’origine et des premiers symptômes de l’alfection , ou (s’il ne peut en garantir l’exactitude), il l’établira vSur l’observation de ses progrès ultérieurs.
vSECTION III.
Traitement.
Lorsqu’une partie est gonflée et roide par suite de l’inflammation^ le gonflement et la roideur peuvent souvent se dissiper 5 mais je ne connais pas d’exemples où un organe qui aurait perdu complètement sa structure naturelle, ait recouvré sa structure première. Les médecins et les chirurgiens, depuis plusieurs siècles, s’étudient à découvrir un traitement contre les tubercules des poumons , et contre le cancer du sein : le résultat de leurs labeurs n’a fait que prouver l’incurabilité de ces maladies. Ainsi l’analogie ne nous permet pas de compter sur la découverte d’un remède pour combattre cette alfection de la membrane synoviale , et l’expérience nous démontre qu’elle est incurable, ainsique les autres maladies de la même espèce. Il devient inutile d’entretenir mes lecteurs des détails de la diversité des remèdes que j’ai essayé, ou que j’ai vu em-
ployer dans celte maladie ; 'puisque le résultat général de toutes ces expériences nous ramène à la conclusion déjà énoncée. Au moyen du repos et des lotions froides, on peut arrêter quelque peu la marche de l’aifection , comme on s’oppose momentanément à la suppuration des poumons tuberculeux par quelques saignées et un climat plus doux. Si^ par suite de l’ulcération commençante des cartilages, il y a une douleur considérable, on y apportera quelque soulagement par l’usage des fomentations chaudes et des cataplasmes. Mais aucune méthode qui soit à ma connaissance ne peut qu’enrayer passagèrement la marche , et attiédir les symptômes de l’affection. Dans tous les cas dont j’ai eu occasion de voir la termit naison , l’ulcération des cartilages^ la formation I des abcès dans la cavité articulaire, et le désordre ) consécutif de la santé du malade , ont toujours ! fini par rendre l’amputation du membre néces- 1 saire , afin de prévenir la mort du malade. A ce ) période, le chirurgien . étant appelé, doit recomï mander et presser l’opération; mais à une stade d beaucoup moins avancée, il est de son devoir ) d’offrir au malade le choix , ou de vivre avec l’in-»' { commodité d’un membre inutile jusqu’à ce que les i: progrès du mal rendent l’amputation indispenfj sable , ou de se soumettre à le perdre avant qu’on (. soit forcé de pratiquer l’opération.
V\V VWVW V\iVV«VWV MWM*