XXXIE. [OBSERVATION
Un homme d’un âge moyen présenta une alléelion du genou, qui fut suivie d’inflammation et de suppuration; il mourut à l’hôpital St.-Georges, le 5o Août 1809.
Ap rès la mort^ on examina la jointure; le cartilage enveloppant les condyles du fémur et la
tête du tibia était eutièreaient détruit vers îa circonférence 5 tellement que l’os était dénudé : ailleurs 5 il nè restait qu’une légère couche de cartilage j mais elle avait toute sa texture ordinaire , et adhérait fortemeut à l’os, comme de coutume.
Comme dans ces cas l’absorption du cartilage était survenue à la surface qui s’étend vers la cavité de l’articulation , et que lé reste de la portion cartilagineuse adhérait à l’os, il est évident que l’absorption devait avoir eu lieu par les vaisseaux du cartilage lui-même.
Les cartilages articulaires , dans les jeunes individus, avant que le période de l’accroissement soit éeoulé, possèdent plus de vascularité que dans les autres, car on peut distinguer aisément leurs vaisseaux, et il est même possible de les injecter, ce qui ne peut se faire dans les adultes ; c’est ce qui explique pourquoi l’ulcération du cartilage a plus fréquemment lieu , et pourquoi elle fait des progrès plus rapides dans les premiers que dans les derniers.
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SECTION IL
Symptômes,
L’uîcéralion des cartilages articulaires survient à tous les âges de la vie^ mais principalement chez les enfants, ou chez les adultes qui n’ont pas encore alleinl l’âge moyen. Parmi tous les Individus qui se sont présentés à mon observation , attaqués de cette maladie, il y en a eu tout au plus un cinquième âgés de trente ans y le plus jeune est un enfant qui n’avait qu’un an j et le plus âgé, une femme qui en avait soixante. De même que le genou est plus sujet à l’inflammation de la membrane synoviale , de même la hanche est , de toutes les arliculations, la plus sujette à l’ulcération des surfaces cartilagineuses. En général, la maladie se borne à une seule jointure 3 et ce n’est qu’occasionnellement que dans le même individu il y a affection de deux ou trois articulations , soit en même temps, soit successivement. Quelquefois le malade attribue l’origine des symptômes â une injure locwle; mais le plus ordinairement on ne peut assigner aucune cause â la maladie ; et souvent la cause â laquelle on pourrait l’attribuer , semble plus imaginaire que réelle.
Lorsque la hanche est affectée, les seuls symp-
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tomes sensibles sont la douleur, et un léger degré de claudication du membre afTecié. La douleur d’abord est peu de chose, et seulement passagère ; ensuite elle devient grave et constante. Elle ressemble à une forte attaque de rhumatisme, puisqu’il arrive qu’elle n’a point de signe certain j mais elle répond à différentes parties du membre dans divers individus; et meme chez tel individu, elle revient à différens périodes. A mesure que la maladie s’achemine , la douleur devient excessivement grave , particulièrement pendant la nuit , et ^ le patient est continuellement éveillé en sursaut par des élancemens douloureux du membre. Quelquefois il obtient un peu de soulagement dans une position particulière du membre , qu’il ne trouve point dans un autre. Un malade à l’hôpital Saint- Georges ne pouvait goûter quelque repos , que placé sur le rebord du bois de lit, le pied appuyé à terre, et le reste du corps adossé à un oreiller, dans une position intermédiaire.
A mesure que la douleur s’exaspère elle devient plus fixe : dans le plus grand nombre de cas, elle répond a la hanche, ainsi qu’au genou, et dans le genou elle est généralement plus intense qu’à l’autre articulation. D’autres fois, il n’v a de douleur que dans le genou , et la hanche en est exempte. Un garçon étant à l’hôpital St.-Georges, se plaignait d’une douleur dans l’intérieur de la cuisse,,
vers son milieu; un autre malade (c’était une petite fille ) rapportait la douleur qu’elle éprouvait, à la plante du pied. Quel que soit son siège , le mouvement l’aggrave; mais elle est aggravée bien d’avantage lorsqu’une pression est exercée de telle sorte <jue les surfaces cartilagineuses ulcérées agissent l’une sur l’autre : alors le malade est incapable de supporter le poids du corps sur le membre affecté; et même, étant placé dans une position horizontale, il éprouve une violente douleur , si le chirurgien , appliquant sa main contre le talon , pousse la tête du fémur contre la cavité cotyloïde , parce que , quelques précautions 5 qu’il prenne , il communiquera à l’articulation de ; la cuisse un léger mouvement. Cette circonstance [ n’est pas lout-à-fait indifférente ; et personne , je pense , ne doit émettre une opinion sur la nature [j de cette maladie sans avoir fait un examen senid blable à celui que je viens de décrire.
A peine l’invasion de la maladie a eu lieu , que ;'j l’articulation de la cuisse est sensible , toutes les X fois qu’on la presse par devant on par derrière, i^cs 1; glandes inguinales s’engorgent , et donnent lieu a Il une légère inflammation générale de l’aine. Ceci 'i 11 ’offie l ien de remarqualile , puisqu’il est à sup- )( poser qu’une maladie située dans l’articulation )! doit finir par occasionner quelque degré d’in- •1 flimimation dans les parties voisines. IMais c’est nue
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eirconstance curieuse de trouver , dans quelcjnes cas, de la sensibilité dans ces parties auxquelless? bien qu’elles ne soient pas malades, se rapporte la douleur provenant sympathiquement de l’affectioa de la hanche. C’est une observation que j’ai faite plusieurs fois sur le genou; et par exemple, un gentleman , rapportant la douleur à la partie externe et supérieure de' la jambe, se plaignait d’une grande sensibilité dans tout le trajet du nerf péronien. J’ai également vu une légère tuméfaction du genou qui produisait une douleur , dépendante d’une maladie de la hanche. Ces faits correspondent à ce que l’on observe dans quelques autres cas, dans lesquels une partie saine semblerait être le siège de la douleur , à cause de la s^^mpathie entre elle et toute autre partie malade; c’est ainsi qu’un calcul arrêté dans l’urètre fut cause non seulement de la souffrance, mais encore- de la sensibilité, du gonflement, et d’une inflammation assez grave du testicule.
Lorsque la maladie dure depuis quelque temps la forme de la fesse change d’une manière remar- • quable ; elle dépérit et est moins bombée ; elle n’a <f plus alors sa convexité ordinaire, elle ne présente :: qu’une surface applatie; elle est flasque au toucher; sa consistance mollasse l’entraîne vers le bord in- j férieur, et l’aspect qu’elle offre ferait croire îi qu’elle est plus grande que celle du côté opposée
Dans très-peu de cas , à un période avancé de îa maladie , la fesse est réellement plus étendue , parce que la cavité cotyloïde s’est remplie de lymphe coagulable et de matière , et que la tète du fémur a été chassée de sa situation naturelle. Mais en général cette augmentation de largeur de la fesse n’est qu’apparente ; car si on la mesure attentivement , il ne doit pas y avoir de différence entre celle d’un côté et celle de l’autre. L’altération, dans sa forme, peut dépendre ici en partie » de la position que le malade a l’habitude de garder étant debout ; mais la cause principale doit : s’attribuer à l’appauvrissement de la masse char^* 1 nue des muscles fessiers pai* faute d’exercice ^ : c’est ce qu’on a souvent et soigneusement vérifié t sur les corps vivans , et par de nombreuses disi sections (a).
(a) Cette altération dans la forme de la fesse est un î symptôme j mais en lui-même , il ne doit pas être » considéré comme signe certain de diagnostic dans la i maladie de la bancbe, attendu qu’il s’observe dans 5 d’autres cas , où , n’importe la cause , les muscles ft st siers ont été dans un état d’inaction pendant longi temps. Aussi des enfants sont sujets à un état paralyt tique des muscles du membre inférieur • et dans cette f maladie , si les muscles sont affectés jusqu’au bassin , la I fesse offre la même apparence. La même remarque doit
Un autre symptôme qui se rencontre dans cette maladie ^ est une altération dans la longueur du membre, i?. Dans le premier période , le malade se plaint souvent que le membre du côté affecté est plus long que l’autre : ceci ne peut s’expliquer, par la supposition que la cavité cotyloïde est remplie de pus ou de substance solide , car cette matière ferait saillir la tête du fémur plutôt en dehors qu’en dedans. Mais le fait est que celte longueur n’est qu’apparente ; car le malade couché en supination , elles deux cuisses faisant le même angle avec le bassin , le pied du côté malade peut bien , au premier coup-d’œil , paraître plus bas (jue l’autre de deux ou trois pouces ; mais si l’on mesure attentivement avec un ruban de fil la longueur , du bord épineux antérieur supérieur de l’iléon à la rotule, on trouvera que la différence est imperceptible. Le prolongement apparent dépend de la position du bassin , qui est altéré de telle manière que la crête d’un des os innominés est visiblement déprimée et ramenée au-dessous du niveau de celle de l’autre. Il est aisé de comprendre comment se produit cet effet , en observant la position que le malade lient, lorsqu’il est
être faite lorsque le fémur est malade, et pour le cas où , quelque en soit la cause, le mouvement de la hanch« est cjouloureux et difficile.
debout : il supporte le poids de son corps sur le membre sain, conséquemment la hanche et le genou sont dans l^extension : en même temps le membre oppo'sé est incliné en devant , et le pied du côté malade est posé à terre, bien en avant de l’autre , non point tant pour supporter le poids du corps, que pour affermir la base de sustentation , et maintenir l’équilibre. Ordinairement cela ne peut avoir lieu sans que le bassin soit déprimé. L’inclinaison du bassin est naturellement ; accompagnée de la courbure latérale de l’épine, et i alors il arrive que l’une des épaules est plus élevée ) que l’autre , et que toute l’habitude du corps est L un peu contournée. Tous ces symptômes peuvent il disparaître au bout de quelques semaines, si le Of malade, dans cette circonstance , garde le lit et la q position horizontale; excepté dans les cas, oîi la fl maladie étant survenue à l’époque de l’accroissect ment et ayant déjà existé depuis long-temps , la d forme de ces parties a dû contracter ce nouvel )f état, et alors cette difformité peut durer toute B la vie.
2®. Dans le peu de cas oii le malade est dans ai une position droite , on observera que le pied du membre affecté n’est pas plus incliné en devant que B f autre; mais que les orteils sont seulement apj( puyés à terre , et que le talon est élevé, alors que £ la hanche et le genou sont un peu fléchis. C’est
ce qui rend le malade également capable de sup« porter le poids du corps j mais cela produit une inclinaison du bassin dans la direction opposée. Là crête de l’iléon est plus élevée qu’à l’ordinaire, et il y a un accroissement apparent , au lieu d’un allongement du membre du côté malade.
5®. Dans un période très-avancé de la maladie, lorsque la tête du fémur a été complètement détruite par l’ulcération , rien ne peut s’opposer à
l’action des muscles qui porte l’os en haut : c’est ce qu’on peut comparer à un cas de la fracture du col du fémur : le membre est non seulement plus court en apparence , il l’est en réalité j le pied peut alors être ramené en dedans ; mais abandonné à lui-même, il se porte naturellement en dehors,
4^. Dans d’autres cas, le membre est raccourci^ la cuisse est fléchie en avant j les orteils sont tournés en dedans , et ne peuvent l’être en dehors j voilà tous les sym{)tômes d’une dislocation externe et supérieure'de la cuisse ; l’observation suivante explique pleinement la cause de ces apparences,