CHAPITRE VI
De la Carie de V Epine. ^
SECTION
Obseri^ations 'pathologiques.
Il est facile de voir que , d’après leur structure, les artlculatioDs des vertèbres ne sont sujettes à aucune maladie qui offre la moindre ressemblance avec les affeciions de la membrane synoviale qui attaquent les autres jointures. Mais l’analogie peut nous faire connaître ce que l’expérience démontre, que ces maladies, qui commencent dans des tissus plus durs, se manifestent ici comme ailleurs j et qu’une grande carie de l’épine peut avoir son orij gine quelquefois dans une ulcération des cartilages intervertébraux , et d’autres fois dans une condition morbide du tissu celluleux du corps des vertèbres.
Dans un des cas rapportés dans un des premiers chapitres , où l’ulcération des cartilages articulai- 1 res avait commencé dans plusieurs autres parties, j «eux de quelques vertèbres dorsales avaient subi
( jgs )
une grande akéralion de leur tissu naturel. J’ai en occasion de remarquer un semblable ëlat pathologique dans les cartilages intervertébraux chez un malade qui, ayant reçu un coup sur les reins, fut affecté quelques temps après de symptômes tels , que M. Keale dut regarder ce cas comme une carie commençante de l’épine , qu’il traita par les caustiques ; mais sur ces entrefaites , le malade mourut d’une autre maladie. Dans plusieurs autres cas, où les malades avaient succombé dans une période avancée de la carie de l’épine, et dont on fit l’ouverture après la mort , j’ai observé que la destruction des cartilages intervertébraux était beaucoup plus étendue que dans les os eux-mêmes, qui n’avaient rien perdu de leur structure et de leur dureté ordinaires, et dont la carie était touta-fait limitée aux surfaces où vient se fixer le cartilage.
Ces circonstances font présumer que cette affection de l’épine prend fréquemment naissance dans les cartilages intervertébraux. Les faits suivans sont une preuve plus directe de cette opinion.
Christiana Clear , âgée de huit ans , fut admise â l’infirmerie de la paroisse de St.-Georges , Hanover-Square, en l’année 1808, pour une maladie
de l’épine. A cette époque , la partie supérieure de î» colonne vertébrale était fléchie en avant, et quelques apophyses épineuses de quelques vertèbres dorsales formaient une très-forte saillie à la partie postérieure ; mais la malade pouvait encore marcher sans assistance.
Bientôt après son admission , il se manifesta un abcès qui s’ouvrit dans l’aine ; celui-là fut suivi d’un second, qui s’ouvrit tout près du premier.
Celte enfant dut nécessairement être tenue au lit. Les abcès continuèrent à donner du pus ; la fièvre hectique survint ; néanmoins elle vécut encore plus de deux ans dans l’infirmerie, où elle mourut.
Le corps fut examiné par M. Howshlp , à qui je dois cette observation. Il présentait un anasarque général. Les muscles abdominaux s’étaient tellement amincis , qu’il en restait à peine un vestige sensible ; ce qui tenait peut-être à la nécessité où se trouvait cette enfant d’avoir eu à garder si long -temps le lit , et de rester toujours dans la même position.
A la partie postérieure de l’abdomen , il y avait une masse informe de matière molle , qui devait être les parois d’un abcès en communication avec celui de l’aine.
Les corps des vertèbres dorsales inférieures et des trois lombaires supérieures , étaient , vers la
partie postérieure de Fabcès , presque consumes parla carie. 11 n’y avait point vestige des cartilages intervertébraux entre la neuvième et onzième vertèbre dorsale, et entre la troisième et quatrième lombaire. Ces espaces intervertébraux étaient remplis de pus , et les surlaces opposées des vertèbres étalent cariées , mais seulement dans une petite étendue. La partie centrale du cartilage intervertébral, entre la neuvième et onzième ver« lèbre dorsale, avait été complètement absorbée ,, et cet endroit offrait une collection de pus. Exté-^ rleurement les tuniques concentriques du carti*^ lage élastique étaient entières , quoiqu’un peu aJ-^ iérées snperliciellement.
Ll*. OBSERVATION.
M. jeune homme, fut affecté dans l’éle
de 1816 d’une douleur dans le dos, et devint d’un© faiblesse extrême - il attribuait ces deux états de maladie à l’humidité du sol sur lequel il s’était couché , étant à l’île de l’Ascension dans le précé-^ dent, mois de Mars. Au commencement de Septembre il s’embarqua pour l’Angleterre, car l’état de sa santé ne lui permettait plus d’être loin de sa pairie.
En Février 1817, il arriva à Londres, se plai^ guant d’une douleur du dos et d’un engourdisse^
ment des cuisses. Bientôt après , en examinant Té” pine , on trouva que la partie qui est formée des vertèbres dorsales était courbée en avant * et que de plus, il y avait aussi une courbure latérale évidente. Après cela il s’ouvrit un abcès dans l’aine *, il resta ouvert , et évacua une quantité considérable de matière. Les extrémités inférieures se paralysèrent, mais imparfaitement ; il se tenait constamment couché sur un côté, les cuisses portées en avant, de telle sorte que ses genoux venaient presque toucher son menlon : il ne changeait jamais de position. Il vécut dans cet état de langueur jusqu’au 10 Août i8ï8.
A l’examen du cadavre , je trouvai un abcès qui occupait presque toute la surface anterieure de l’épine, depuis la partie supérieure du médias-
fin postérieur jusqu’au bassin qui communiquait avec chaque aine, et se portait en bas, dans la d*-reciion des muscles psoas. En plusieurs endi oiis , . par suite du contact de la matière de l’abcès , le corps des vertèbres, et meme la tête articulaire des côtes , étaient cariés superliclellement.
11 ne subsistait rien du cartilage intervertébral compris entre la quatrième et cinquième vertèbre dorsale, et les surfaces opposées de ces deux vertèbres étaient consumées par la carie dans une certaine étendue : c’est d’oû provenait l’incurvation de l’épine en avant j elles étaient consumées dans
xm<^ plus grande étendue vers le coté gauche que vers le côté droit : c’est d’où provenait l’incurvation latérale.
Le cartilage intervertébral^ compris entre la on-
zième et douzième vertèbre dorsale 5 avait aussi entièrement disparu , et les surfaces opposées de ces os se trouvaient dans un état de carie ; mais la carie ne s’étendait pas assez pour occasionner une perte scnslljle de substance osseuse.
Les cartilages intervertébraux de la troisième et quatrième , de la septième et huitième , de la dixième et onzième vertèbre dorsale , ainsi que de la douzième dorsale et première lombaire, étaient sur leur circonférence dans un état parfaitement sain ^ mais centralement, ils étaient d’une couleur foncée, et les surfaces osseuses, aussi bien que les os eux-mêmes , étaient dans un état d’ulcération commençante * mais rien n’annonçait qu’il y eût sécrétion de pus.
Tous les autres cartilages intervertébraux étaient dans toute leur substance , dans leur état naturel f et le corps des vertèbres avait sa texture et sa dureté accoutumées. En ouvrant le canal vertébral
on trouva adhésion des membranes entre elles , derrière l’espace compris entre la quatrième et cinquième vertèbre dorsale.
Les deux observations précédentes et les cir-
constances préémises, semblent appuyer la conclusion que dans quelques cas, la carie de l’épine a son origine dans l’ulcération des cartilages intervertébraux qui vont du centre à la circonférence, d’où résulte l’affection consécutive du corps des vertèbres contiguës.
Mais il est certain qu’il y a des cas où la carie de l’épine commence par les os' eux-mémes. Le corps des vertèbres est sujet à celte maladie pariicnlière de la su])slance celluleuse qui survient dans les extrémités articulaires des os longs ; et je ne vois point pourquoi il n’y aurait pas ici les memes résultats qu’ailleurs. Les deux faits suivans , le premier observé àl’lîôpilal Sl.-Georges , et le second recueilli h l’bôpilal St.-Barthélerai par mon ami M. Henri Earle , qui m’en a fait part , sont des exemples de Cette maladie, et des désordres auxquels elle peut donner suite.
LU^ OBSEflVATlON.
Edward Griffibs, âgé de quarante* cinq ans, fut reçu à l’hôpital St. -Georges le i5 Avril 1818, pour un abcès qui s’était manifesté dans l’aine gauche. Il rapporta qu’environ quatre mois avant admission, il avait été saisi d’une douleur dans
les lombes , et que la tumeur de l’aiiie ne s’élali manifestée que six semaines après le commencement de la douleur.
Il lui lut prescrit de garder constamment une position liorizoniale ^ et dans peu de temps la tumeur formée par l’abcès de l’aine disparut ÿ un autre se manifesta sur l’os iunominé gauche. Le J 5 Mai on ouvrit cet abcès , et il donna quarante onces de pus. Dès ce moment le malade s’affaiblit graduellement , et mourut le Août j épuisé par une abondante suppuration.
A l’examen, on trouva que la substance celluleuse de toutes les vertèbres dorsales et lombaires était d’une couleur rouge foncée, et plus molle cju’à l’ordinaire : si bien qu’il était facile d’en faire la section avec un scalpel peu tranchant, et meme de V écraser avec les doigts.
Les surfaces opposées du corps de la seconde et troisième vertèbre lombaire et leur cartilage ^ étaient , dans la partie postérieure , extensivement détruits par l’ulcéralion. Antérieurement les os et le cartilage intervertébral étaient entiers; celui-ci se trouvait dans un état parfaitement naturel , mais les os avaient une couleur foncée et presque noire.
Sur un côté de la douzième vertèbre dorsale, il y avait une petite ulcération qui formait une excavation qui s’étendait à une petite cavité dn
fcenire de l’os. Cet os était aussi d’une couleur noire; niais les cartilages intervertébraux et ceux des autres vertèbres , avaient conservé leur état parfaitement naturel.
L’abcès avait son origine dans les surfaces cariées de la seconde et troisième vertèbre lombaire, et se portait derrière le psoas gauche jusqu’à la portion supérieure et antérieure de la cuisse gauche , d’ou il revenait sous la partie interne du tendon , et ainsi il se rendait au lieu où il s’était ouvert postérieurement.
Les côtes, dans toute leur étendue, étaient trèsvasculaires et si fragiles , que la plus légère force les brisait. On trouva des vomiques dans le poumon , et des tubercules dans le foie.
Henri Shaw , âgé de dix-sept ans, consulta M. Earle en Novembre 1816 , pour une maladie qui avait commencé trois mois avant, et dont les Symptômes suîvans étaient les plus remarquables»
Il avait de fréquentes céphalagies accompagnées d’éblouissement. Quelquefois il avait des accès qui le mettaient quelque temps dans un état d’insensibilité , suivi d’une contraction spasmodique des muscles du cou. L’œil droit était atteint d’amau-^ rose , et les oreilles éprouvaient un tintement
corillnuel. lies facultés mentales n’étalent point affaiblies , au moins sensiblement.
M. Earle prescrivit l’application des ventouses et l’administration des purgatifs ; le malade passa aussi par un traitement mercuriel desiit semaines^ et au bout de ce temps les symptômes avaient presque disparu.
Vers la fin de Mal 1817 , il alla faire une visite à la campagne , et ce fut là qu’ayant fait un faux pas, il tomba en traversant un appartement : dès ce moment il se déclara une autre série de symptômes, pour lesquels on le transporta à Londres. A cette époque , il éprouvait de la douleur dans le dos et dans le côté droit , dans la direction des nerfs intercostaux. Il était sujet à de forts accès de crampes d’estomac ; ses selles étalent irrégulières , et sa respiration difficile ; ses membres Inférieurs étaient sujets aux crampes, et ses facultés locomatrlces s’affaiblirent , quoiqu’il n’y eût point paralysie des muscles : l’état géuéral de sa sauté se trouvait Irèsaltéré. En examinant l’épine, M. Earle aperçut une incurvation , dont la convexité était tournée eu arrière , eu comprenant environ trois vertèbres dorsales mitoyennes : ce qui faisait éprouver à la poitrine une grande altération dans sa conformation. Ce fut alors qu’on le reçut à l’hôpital St.-Bariliélemi : M. Earle lui prescrivit de rester constamment dans une position horizontale^ et ordonna do
faire deux ouvertures par le caustique , sur chaque côté de l’épine. En peu de temps les crampes des membres inférieurs furent dissipées ; mais sa santé alla toujours en déclinant , et la difficulté de la respiration augmenta pareillement.
Dans le milieu de Décembre il sortit de l’hôpital. Le mouvement parut aggraver la maladie : il eut la jambe et la cuisse gauche engourdie; la dyspnée devint plus mauvaise; le malade s’affaiblit; il mourut dans des convulsions le 25 Décembre 1817.
En examinant le corps on trouva l’arachnoïde opaque et épaissie : une vaste tumeur , d’une dureté presque caj'tilagineuse , occupait le lobe antérieur du cerveau , et une semblable , le lobe postérieur; une troisième tumeur était située dans la plus grande partie du lobe droit du cervelet. Les ventricules contenaient une certaine quantité de fluide aqueux.
Le poumon droit était plein de tubercules , et adhérait de partout à la plèvre costale. Un vaste abcès occupait le médiastin postérieur , au fond duquel on voyait le corps de deux vertèbres , ainsi que le cartilage intervertébral qui les sépare, presque détruits par l’ulcération. Les autres cartilages intervertébraux étaient sains, mais le corps des vertèbres était mou , et quelques-unes offraient uu commencement d’ulcération. Les côtes étaient
( ûoS )
poreuses, et leur substance celluleuse était remplie de matière épaisse ; et elle était si molle , qu’il était très-aisé de la diviser avec un scalpel ordinaire. Quatre côtes ayant été détachées de l’épine^ on les trouva ulcérées jusqu’à leurs tubérosités.
Il n’y a pas le moindre doute que, dans ces deux cas ^ l’alfection primitive était dans les os. Il peut se rencontrer des cas qui , d’abord, semblent être d’une nature semblable , mais qui, en réalité, est difierente. Lorsqu’un abcès s’est formé dans des parties molles voisines, ou qu’il y a eu un gros anévrisme de l’aorte descendante; et lorsqu’une tumeur, produite par une ou plusieurs de ces causes, ou de toute autre manière, a long-temps pressé sur le corpà des vertèbres, les os s’ulcèrent, mais les cartilages qui les séparent ne s’ulcèrent pas , et les os finissent par être plus ou moins endommagés , tandis que les cartilages conservent presque leur grandeur naturelle. Dans les cas où l’épine n’est cariée que consécutivement à une action morbide voisine , les symptômes ne sont pas tels que si la maladie avait commencé par l’épine elle-même. En général, on ne soupçonne pas TalFeclion de l’épiné pendant la vie du malade ; après la mort, on trouve dans les os la dureté et la texture qui leur est naturelle ; et alors il devient facile de
faire voir que l’orijjine de la maladie est dans les parties molles situées dans le voisinage.
SECTION IL
Symptômes.
Comme ces deux maladies de Tépine se corres-* pondent sous ce rapport, qu’elles se terminent par une carie plus ou moins étendue , on peut croire qu’il doit y avoir une certaine ressemblance dans les symptômes qu’elles produisent. Cette ressem-* l)lance ici est plus gi ande que dans les affections des autres articulations. J’ai lieu de croire que la maladie, qui a son origine dans la substance celluleuse de l’os , est plutôt suivie de la suppuration , que celle qui se manifeste sons la forme de l’ulcération des cartilages intervertébraux j et que l’une amène rarement après elle la destruction des vertèbres , dans une aussi grande étendue que l’autre. Néanmoins, rien jusqu’ici ne m’a mis k même d^ndiquer des circonstances (jui tranchent la différence des symptômes de ces différentes maladies y et je ne crois pas ( toutefois il est 'à désirer que cela soit) qu’il soit possible , d’après nos connaissances actuelles , de les distinguer les uns des autres avec assez d’exactitude , dans l’état de vie. Il faut espérer que des observations futures éclair-
ciront cet important sujet. En attendant, quand je parlerai des symptômes de la carie de l’épine, on devra admettre que les observations que je fais doivent s’appliquer à l’une ou à l’autre de ces maladies qui donnent lieu à la carie.
Il est évident que deux ordres de symptômes peuvent résulter de la carie de l’épine : première • ment ceux qui naissent immédiatement de l’étal morbide des vertèbres elles-mêmes et des cartilages intervertébraux * secondement, ceux qui proviennent de la compression de la moelle épiniaire , ou de l’irritation qui peut se communiquer, d’une manière ou d’autre, à cette portion importante du système nerveux. Je crois que lorsque la maladie est située au-dessus de la région lombaire , il arrive presque toujours que ces deux ordres de symptômes se combinent , au lieu que lorsque les vertèbres lombaires sont seules affectées, le second ordre de symptômes manque généralement ; peutêtre la raison en est-elle, ou dans le plus gros volume des vertèbres lombaires , qui nécessairement doivent offrir plus d’espace aux progrès de la carie , qui à son tour produit une incurvation plus grande ici qu’ailleurs ; ou en ce que la moelle épiniaire se termine ici par le faisceau nerveux qui se distribue aux extrémités inférieures, et qui, possédant une structure différente, et ayant des fonctions dilférenies aussi , est probablement
d\uîe nature moins susceptible que la moelle ëpl niaire elle-même.
La carie des vertèbres lombaires cause ordinairement une douleur dans le dos , qui , après un plus ou moins long temps, est suivie d’un abcès qui vient se montrer dans l’aine ou ailleurs , et constitue une de ces maladies que l’on peut prendre l’une pour l’autre , sous le nom d’abcès du psoas ou des lombes.
Les symptômes des cas où la carie s’accompagne de la courbure de l’épine et de l’alFection de la moelle vertébrale , ont été décrits amplement ! dans les ouvrages des auteurs qui nous ont précé« dés , et plus spécialement dans les dissertations ins- • tructives et bien écrites de Pott ; il est dès-lors suî perdu de répéter ce qui a été déjà dit. Je me con- : tenterai de faire connaître certaines phases de i l’iiistoire de la maladie, qui se sont offertes à mon ; observation ; elles peuvent jeter quelque jour sur le sujet qui nous occupe.
L’incurvation de l’épine, que produit cette ma- ) îadie, ne peut avoir lieu si la carie n’a pas fait des ■ progrès considérables; et ici, quoiqu’elle fournisse ! un signe diagnostic excellent de la maladie à son ‘ \ stade le plus avancé , elle n’offre au chirurgien au- -icuri secours dans le période commençant, alors 1 1 que le diagnostic est d’une importance plus grande.
' I Avant la formation de la courbure, les symptômes
sont souvent très-équivoques ; il peut arriver dans ce cas qu’un praticien peu expérimenté se méprenne sur sa nature réelle, et l’on a meme vu les plus attentifs et les plus exacts s’y tromper. Une douleur et un peu de sensibilité dans la partie de l’épine , où la maladie a commencé ; un sentiment de eonstriction dans la poitrine; une sensation incommode au creux de l’estomac et de tout l’abdomen ; un dérangement des fonctions du canal alimentaire et de la vessie ; un sentiment de faiblesse et de malaise; des crampes fréquentes des muscles des extrémités; un ou plusieurs symptômes dépendans delà partie de l’épine qui est affectée, et d’autre s circonstances, ont lieu dans la plupart des cas, avant que la forme du dos ait subi la moindre altération. Mais il n’est pas rare que d’autres causes soient l’origine de symptômes très- semblables à i ceux-là ; et c’est encore là , pour les praticiens i mal habiles , une source d’erreurs. Il s’est trouvé i des cas dans lesquels ces symptômes se sont mani- i festés si légèrement , que , bien que le malade se les i soit rappelés par la suite, il n’en éprouvait point |i alors une incommodité capable de les signaler ; et | j’ai même vu quelques cas où il s’en est présenté si I peu, qu’avant d’avoir reconnu la courbure on n’a- ! vail point soupçonné de maladie. i
Dans le plus grand nombre des cas qui se sont u présentés à mon observation^ l’incurvation de l’é- lii
! pirie n’a été pour moi un symptôme évident , que j six mois après la connaissance des autres. Dans un seul cas l’intervalle fut de deux ans.
En général , l’incurvation est à peine perceptible au commencement ; ce n’est que peu à peu qu’elle devient sensible. Dans un cas, le malade qui avant n’avait manifesté aucune plainte immédiatement après un léger exercice, éprouva une douleur soudaine , comme si quelque chose s’élait déi taché dans le dos ; tout aussitôt il perdit l’usage I des membres inférieurs , et s’aperçut que l’apo-
Sphyse épineuse d’une des dernières vertèbres dorsales faisait une saillie anguleuse. Chez un autre individu, une circonstance semblable causa la même sensation , et fut suivie de l’engourdissement des jambes et des cuisses, et de la paralysie de la
I vessie 5 mais il ne se manifesta point de courbure évidente. Ordinairement, il est à croire que la mai ladie a déjà fait quelques progrès avant la mani-
Sfestation des légers accidens qui donnent naissance aux premiers symptômes.
La distorsion de l’épine dans ces cas est d’or- . dinaire d’une espèce particulière, et telle que rien ne peut la produire , si ce n’est la destruction jdu
I. corps d’une ou de plusieurs vertèbres. L’épine est fléchie en avant, de telle sorte qu’elle forme un angle postérieurement 5 et quoique la destruction des vertèbres puisse avoir lieu dans toute l’étendue
de la colonne épiniaire , elle est plus commune dans cjuelques parties que dans d’autres. Quoi qu’il en soit , les apophyses épineuses du milieu du dos étant longues et proéminentes en bas ^ l’élévation de l’une d’elles doit produire une plus grande protubérance que celle d’une des apophyses épineuses du cou,quisontcourteset dirigées presque perpendiculairement à la colonne rachidienne.
La courbure de l’épine dans la direction en avant , peut appartenir à d’autres causes, comme à un état de faiblesse des muscles ou a une affection rachitique des os. En général , dans ces cas l’incurvation occupe toute l’épine , qui contracte alors la forme d’un segment de cercle. D’autres fois, , cependant , elle n’occupe qu’une portion de l’é- . pine , ordinairement celle qui est formée par les î vertèbres lombaires supérieures et les dorsales in- • férieures, comme je m’en suis convaincu, et par : l’exploration pendant la vie, et par la dissection i: après la mort. Ici l’incurvation est toujours gra- *" duelle , jamais angulaire j et ainsi il est possible de { la distinguer delà courbure qui dépend de la carie. ; Cependant , je suis presque assuré que ces diffé- ‘ renies espèces de courbures, tenant à dilférenles t causes, ont souvent été prises l’une pour l’autre; f et que quelques-uns des cas que l’on a publiés j comme des exemples de carie de l’épine , et qui i d’abord ont paru surprenans à cause d’une guéri- i
son entière et sûre , n’étalent en réalité qu’une maladie entièrement différente (a).
On croit généralement que la distorsion latérale de l’épine provient de causésxpii sont indépendantes de la carie. Ce principe toutefois ne doit pas être admis sans quelques exceptions. Dans quelcpies cas , un léger degré d’incurvation latérale est lu conséquence de la carie. C’est ce que l’on observa dans un des cas rapportés dans la dernière section 5 où l’examen anatomico-pathologique expliqua la manière dont s’était produite l’incurvation latérale ; c’est-à-dire que les corps des vertèbres avalent été détruits plus d’un côté que de l’autre.
M. Copeland ( ô) a observé que les symptômes qui ont lieu dans cette maladie , par cause de l’affection de la moelle épiniaire ^ ne sont pas toujours limités aux parties inférieures comme on devrait s^y attendre y mais qu’ils se manifestent aussi aux parties situées supérieurement aux vertèbres ulcérées. C’est une observation importante : j’ai été à même d’en vérifier l’exactitude. Lorsque la maladie s^est trouvée située dans le milieu ou
(a) M. Earle a publié sur ce sujet plusieurs bonnes observations dans le Journal médical d’Edimbourg; Janvier i8i5.
(/?) Observations vSur les symptômes, le traitement Je la maladie de l’épine, etc. parT^bomas Copeland.
dans la portion Inléiieure du dos, je n’al point vu que les muscles des exirémiies supérieures fussent paralysés j mais il n’est pas rare que dans ces circonstances , des douleurs des bras ne soient liées avec une affection paralytique des jambes et des cuisses.
J’ai déjà observé qu’il était à croire que la sup-^ puration avait plutôt lieu au période commençant , dans les cas où la maladie a son origine dans la substance spongieuse des os , que lorsqu’elle commence dans les cartilages intervertébraux. On a elû remarquer dans les dernières observations combien est grande quelquefois l’ulcération , sans, avoir été précédée de la formation d’un abcès. J’ai vu jusqu’à trois corps de vertèbres complètement détruits ; la maladie avait duré plusieurs années , et cependant on ne trouva point de matière: circonstance heureuse pour le malade , puisqu’elle offre une chance plus grande de guérison dans cette occasion que dans des circonstances contraires. Quel que soit le siège de la maladie dans l’épine, l’abcès se présentera probablement dans la partie supérieure et antérieure delà cuisse; mais il peut venir s’ouvrir en d’autres endroits différens. Quelque^ fois il prend la direction du cordon spermatique , et forme à travers l’anneau inguinal une tumeur proéminente , qu’un observateur superficiel pren-. drait facilement pour une hernie. Dans un çai»
que j’ai eu occasion d’examiner après la mort , l’abcès avait pénétré dans le canal vertébral y et toute la moelle de l’épine , depuis son origine jusqu’à sa terminaison y était abreuvée de pus.
SECTION IIL Traitement.
Les mêmes raisons qui m’ont éloigné de faire longuement l’histoire des symptômes qui sc rencontrent dans la carie de l’épine , ne me permettent que quelques observations sur les moyens de traitement que l’on peut employer pour y remédier. Ceux que l’on recommande surtout sont y premièrement , l’état absolu de repos dans la position horizontale , long-temps continué ; et secondement , l’établissement d’issues faites avec le caustique dans le voisinage des vertèbres affectées.
Je ne saurais croire qu’il y ait quelqu’un qui pût nier la prudence du premier de ces moyens , et que l’on puisse même se refuser à en reconnaître l’absolue nécessité. Si le malade se lient dans une position droite, le poids de la tête et les autres parties qui ajoutent à sa pesanteur, doivent pousser les surfaces ulcérées l’une contre l’autre ; alors comment présumer que l’ulcération s’arrêtera dans sa marche? Il est très-probable au contraire que la suppuration s’établira. Quant à l’avantage des
issues, il y a peut-elre une plus grande différence d'opinion j el je n’ignore pas que quelques praticiens lesplus expérimentés du jour en font très-peu de cas. Cependant , il est difficile à croire que Pott et d’autres médecins, dont l’opinion est ici d’un si grand poids, aient pu rester dans l’erreur, et continuer pendant plusieurs années l’emploi d’un remède qui serait entièrement inefficace. Si les issues sont utiles dans le cas d’ulcération des cartilages de la hanche et du genou , l’analogie nous conduit à penser que ce moyen est également avantageux dans une maladie correspondante qui a lieu dans les articulations des vertèbres ; et cette opinion n’a pas été démentie par ma pratique. J’ai vu des exemples de malades qui , se trouvant précisément dans les mêmes circonstances quant au repos ^ avaient obtenu un amendement sensible et considérable dans leurs symptômes, ou immédiatement,, ou peu de temps après l’établissement de l’issue : et d’autres malades sur lesquels on avait eu appliqué quelquefois le caustique pour entretenir l’issue , m’ont dit s’être trouvés mieux peu d’heures après chaque application. Toutefois, il est des cas où l’issue par le caustique ne semble produire que peu ou point d’effet : probablement qu’il en est des maladies des articulations vertébrales , comme de celles des articulations des extrémités , où les issues ne conviennent que lorsque l’af-
fectlon primitive consiste dans Fulcération des cartilages intervertébraux , et dont l’efficacité paraît douteuse , toutes les fois que l’altération morbide de la substance celluleuse des os précède l’ulcération. Si cela est exact , la différence d’opinion sur
les issues peut s’expliquer facilement ; et il est à regretter qu’il n’existe pas de meilleurs signes qui puissent nous mettre à même de bien apprécier la distinction de ces deux variétés de maladie dans l’économie vivante.
Polt s’est fortement prononcé dans ces affections contre l’emploi de tous les instrumens et autres inventions mécaniques, qui ont été recommandés dans la distorsion de l’épine j et il nous est permis de croire qu’il est dangereux de se servir de tout moyen violent , qui tendrait à redresser l’épine en disjoignant les surfaces ulcérées de l’os , qui sont en contact et disposées à s’unir. Il est également évident que, si le malade se lient dans une position droite , l’affection s’aggravera probablement par la pression des parties qui pèsent sur la colonne vertébrale; mais si l’appareil est employé purement pour la soutenir et pour supporter le poids de la tête, il ne sera pas sujet aux mêmes objections, que s’il était appliqué dans d’autres vues ; alors on peut raisonnablement en attendre quelque bien pour le malade. Certainement cet appareil , dans le premier cas, ne remplacera jamais la position hori-
zontale gardée long-temps , mais , ou je suis bien dans I erreur , ou je l’ai jugé utile, lorsque le malade entre en convalescence et ^ae les circonstances ont voulu qu’il pût demeurer assis une partie de la journée.
Da ns les cas où la guérison aurait eu lieu , il ar- » rive en général que les vertèbres cariées sont unies les unes aux autres par la substance osseuse qui se trouve en très- grande quantité sur leur surface externe. Mais j’ai vu d’autres cas ou l’ankilose, n’avait jamais lieu , attendu que la marcbe de la maladie avait été arrêtée; les surfaces des vertèbres ^ qui étaient affectées , ne se trouvaient que partiellement en contact , sans cju’il y eût encore entre elles de cohésion ; et par là elles étaient mobiles l’une sur l’autre jusqu’à un certain degré. C’est là qu’un appareil appliqué judicieusement sera utile, non seulement en offrant un point d’appui à l’épine , mais aussi en soutenant le poids et le mou« vement des parties supérieures cjui pourraient favoriser la carie. Un malade dont le corps des vertèbres avait été le siège d’une destruction trèsétendue 5 mais qui n’éprouvait plus de symptômes depuis plusieurs années , se débarrassa d’une machine cpi’il avait l’habitude de porter : dans peu de mois 5 il ressentit des douleurs dans les membres inférieurs^ et une tumeur évidemment formée par tin vaste abcès se manifesta dans l’aine; ce qui fil
penser naturellement que l’imprudence d’avoir quitté cet appareil fut suivie du retour de la première maladie, sous une forme plus fâcheuse. Toutefois, en faisant ces remarques, je n’ai nullement l’intention de faire croire que les cas où conviennent ces inventions mécaniques soient fréquens , et je répète qu’elles ne peuvent jamais convenir pour redresser l’épine , et pour remédier à la diiformité.
Quelque possibilité qu’il y ait, on ne corrigera cet état contre nature , que tout autant que le malade restera long-temps en supination , sur une planche horizontale. La courbure sera peut-être ainsi légèrement diminuée. Quoi qu’il en soit^ si la courbure survient dans l’enfance , elle sera moins sensible dans un âge plus avancé. Je n’ai jamais vu de cas où l’incurvation étant très-distincte , ait disparu tout-à-fait ; et l’on croira difficilement que cela puisse toujours arriver, s’il est vrai qu’ailleurs des portions d’os , qui ont été détruites , ne se soient jamais régénérées , à moins que tout le périoste ou sa plus grande partie ait été lésé. Autant que je sache , je ne crois pas qu’il existe dans les cabinets d’anatomie de pièce qui prouve qu’un nouvel os ait remplacé le vide laissé par une vertèbre cariée.
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