‹ Traité des maladies des articulations, ou observations pathologiques et chirurgicales sur ces maladiesChapitre 19 sur 26 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De quelques autres Maladies des

Articulations,

Dans ce chapitre, j’ai l’intention de rapporter, très-succinctement , quelques autres afl'ections des articulations qui se rencontrent plus, rarement que celles dont j’ai déjà parlé, et, qui, relativement au peu de remarques que j’ai à présenter , serviront de supplément à ce qu’en ont dit les autres.

A. J’ai vu très-peu de cas dans lesquels une extrémité articulaire ait été le siège et d’une inflammation ordinaire , et d’un abcès qui s’y serait formé et ouvert. Dans ces cas , quand on dissèque l’articulation , on trouve que l’os possède sa texture et sa dureté ordinaire * mais il est d’une couleur foncée et d’une odeur fétide. Quelquefois il y a une formation récente de matière osseuse résultante de l’inflammalion et de l’ossification du périoste : et c’est ce qui constitue la seule espèce de makdie des articulations, qui

se soit présentée à mon observation , où l’os ait pris de l’accroissement. Lorsque les parties molles d’une articulation se sont considérablement épaissies, en les explorant , on trouve quelquefois que les os ont pris du volume ; mais , quelques années avant , mou ami , M. Lawrence , avait observé et fait connaître que cette sensation reçue par la main , est fautive (a).

B. J’ai eu connaissance d’un cas , où , sans cause évidente , une grande portion de la tête du. tibia se nécrosa et s’exfolia j la destruction de l’articulation du genou en fut la suite.

Il s’est présenté un autre cas qui a quelque rapport avec le dernier. En examinant , à l’hôpital, le corps d’un malade qui venait de mourir d’une affection de l’épine , je trouvai les corps de plus de six vertèbres dorsales morts, et commençant à s’exfolier. Cinq d’entre elles étaient entières, et la

{a) Le dernier chapitre était à l’impression , lorsque i’eus occasion d’examiner une épine dorsale dans un état pathologique , où une grande carie semblait tenir à l’inflammation ordinaire du corps des vertèbres. Les os avaient leur dureté accoutumée 5 mais ils étaient d’une couleur noire: et quoique des cartilages intervertébraux fussent détruits , il était manifeste , d’après l’état des vertèbres contiguës , que la maladie avait commencé, £2011 dans le tissu cartilagineux , mais dans les os.

sixième était tombée en morceaux. Les cartilage^ intervertébraux avaient entièrement disparu. Le malade avait attribué ,son mal à la peine qu’il s’étall donnée en portant un poids très-lourd.

C. Les auteurs ont si souvent décrit les substances cartilagineuses flottantes qui se sont quelquefois trouvées dans les articulations, que je n’aurai que peu de remarques à présenter sur ce sujet.

On pense généralement que ces corps floltans? ont leur origine dans la lymphe coagulable , quL a été versée par l’inflammation dans la substance de la membrane synoviale , et qui , par la suite , est devenue vasculaire. Mais dans la majorité des cas que j’ai vus, aucun symptôme d’inflammation n’avait précédé leur formation, et ici il est probable que , dans quelques cas, ils sont, comme les autres tumeurs , régénérés par suite d’une action morbide d’une nature différente.

Ils semblent être situés primitivement, soit sur Ja surface externe , soit dans la substance de la membrane synoviale , puisque , avant qu’ils se détachent, on peut se convaincre qu’ils sont enveloppés d’une légère tunique membraneuse.

Mon expérience me fait préférer l’extraction de ces cartilages mobiles par l’incision de l’aîticula-

’tion 5 pourvu qu’elle soit faite avec précaution et prudence. Le malade devra garder le repos le plus absolu deux ou trois jours avant l’opération , et plusieurs jours après. Le cartilage étant bien fixé 5 on divisera lentement et séparément les diverses parties qui le recouvrent, jusqu’à ce qu’il soit mis à découvert. La plaie de la membrane synoviale sera dilatée avec un bistouri boutonné afin de permettre au cartilage de suivre la tenette qui l’aura saisi : de suite on rapprochera les lèvres de la plaie que l’on tiendra en contact avec un emplâtrè adhésif. J’ai soigné un gentleman , affecté de cette maladie , chez lequel ces corps flottans se glissaient souvent entre les surfaces articulaires du genou , et occasionnaient presque aussitôt le gonflement de l’articulation , une douleur intolérable et une sensibilité extrême , qu’accompagnait une violente fièvre symptomatique. Une fois , ces symptômes restèrent un mois à disparaître. J’ai noté ces circonstances , parce qu’elles prouvent que chez ce malade il y avait une grande disposition à l’inflammation ; toutefois , en observant les précautions mentionnées plus haut, je fis l’extraction de cinq cartilages, par trois opérations différentes , sans qu’il en résultât le plus petit inconvénient.

J’ai vu deux cas , où l’on trouva ces corps îiiobiles d’une nature et d’une origine différentes

de ceux qui se présentent communément. Il arrive quelquefois que , par un travail maladif j il se forme une éminence osseuse, semblable à une pelile exostose , autour des surfaces cartilagineuses des articulations. Dans ces deux cas , cette excroissance contre nature de l’os avait eu lieu par suite de l’action réciproque des parties ; des portions en avaient été détachées, et avaient glissé dans la cavité articulaire.

D. J’ ai vu un cas dans lequel une grande tumeur occupait le genou ; apparemment il appartenait à cette classe de maladies a laquelle M. Hey a donné le nom de fungiis hœmatodes j et M. Abernethy , celui de sar coma médullaire. Le malade ne voulut point se soumettre a l’amputation, et je n’ai point eu occasion de vérifier après la mort la nature du tissu de la tumeur.

LIV^ OBSERVATION

E. Une dame, dans l’année 1808 , s’aperçut d’un gonflement dans la partie supérieure du genou , qui ne s’accompagnait point de douleur ; il fit des progrès lentement, mais uniformément. Dans l’espace de trois ans il atteignit une grosseur si incommode , qu’il ne fut pas difficile de faire

consentir îa malade à l’amputation, M. Thomas , <]ui donnait ses soins à cette dame , pratiqua l’opération, et me permit ensuite d’examiner le membre éliminé.

La turheur occupait la partie supérieure du genou ; elle commençait au bord de la surface cartilagineuse , et s’étendait à trois ou quatre pouces i environ au-dessus de la partie inférieure de la ! cuisse. Elle avait son siège entre les muscles et l’os I de la cuisse , elles masses musculaires soulevées I dessinaient sous là peau la forme de la tumeur. Elle : était d’une couleur grisâtre; elle était composée de j fibres d’une substance cartilagineuse semi-transpa- ) rente ; une matière osseuse la compliquait , et avait : environ deux pouces d’épaisseur sur chaque côté du i fémur. A la partie supérieure on apercevait distinci tement qu’elle prenait naissance dans le périoste ; à la partie inférieure , le périoste ne pouvait se disjtinguer, et le tissu de l’os se confondait avec î celui de la tumeur. Les cartilages et les ligamens jde la jointure étaient libres de l’affection. Sur la : surface externe de la membrane synoviale^ disllincts du tissu affecté dont il s’agit , il y avait trois ,ou quatre corps minces, chacun de la grosseur (d’une fève de haricot d’une couleur blanche , et ! d’une texture un peu plus molle que celle du cartilage. La membrane synoviale elle-même n^était .point affectée.

Danscecas, il u'y avait pas le moindre doute qu® la maladie primitive ne fût une tumeur ostëo-sarcomateuse , née dans le périoste du fémur. Ce qu’il y avait de remarquable, c’est que les autres tumeui'S .étaient en rapport avec la membrane synoviale, ' tandis que les parties intermédiaires étaient en apparence dans un état sain ; on peut rencontrer quelque chose de semblable dans les autres maladies. Par exemple, lorsqu’un squirre s’est formé dans une glande du sein , il n’est pas rare de trouver sous la peau qui les recouvre de petits tubercules d’une structure semblable, et à diverses distances l’un de l’autre ; et la substance adipeuse intermédiaire, ainsi que les portions de peau interposées entre eux , ne montrer aucune marque de maladie»

J’ai rencontré un autre cas, dans lequel le malade semblait souffrir d’une tumeur énorme de la lianclie * il fut certifié par la dissection que la hanche n’était point malade, et que l’engorgement dépendait d’une tumeur ostéo-sarcomateuse ,■ prenant racine dans le périoste de l’extrémité supérieure du fémur («).

(a) M. Riissel , dans son Traité des affections mor- ])ides du genou (T reatise on tlie morbid affections of tbe knee) , a donné quelques détails sur ce qu’il appelle ■ une maladie rare , {uncommon disease') de cette arti-*

F. Les effets de la goutte sur les articulations sont très^remarquables. Les cartilages sont absorbes, les surfaces osseuses mises à nu partiellement ou entièrement ; elles sont encroûtées d’une njatière terreuse blanche , que je crois être de l’urate de soude 5 et quelquefois elles représentent des entailles, comme si elles étaient le résultat du frottement de l’une sur l’autre. Dans quelques cas, des attaques de goutte répétées et long-temps continuées , produisent l’anldlose totale.

culation. Si je ne suis point dans l’erreur, quiconque parcourra l^liistoire que M. Russel en a donnée , sera 1 porté à croire que quelques-uns des cas , qui lui ont fourni ses observations , étaient d’une nature semblable 1 à ceux dont il est question plus haut.

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