CHAPITRE PREMIER
De Vinjlammation des membranes synoviales des articulations.
SECTION r“.
Observations -pathologiques.
Les parties molles qui, avec les os et les cartilages , constituent les articulations , sont les membranes synoviales qui secrétent le fluide lubréüant, les ligamens par lesquels les os sont tenus en rapport, et la substance graisseuse qui occupe les espaces qui , sans elle , seraient vides dans certaines positions. Supposé que la membrane adipeuse appartenant aux articulations soit enflammée ; qu’elle soit le siège d’abcès et de tumeurs , aussi bien que tout ce qui se trouve sous la peau ou dans l’interstice des muscles ; et que les ligamens ne soient pas plus exempts de la maladie que les membranes fibreuses, qui offrent presque la même structure : il est assez probable alors que les dou~
leurs et les légères lumëfaclions des articulations, qui quelquefois ont lieu dans les affections syplillitiques , dépendent d’nn travail morlûde des ligamcns; et que des symptômes d’une longue persé^ vérance , qui souvent accompagnent une entorse grave, dépendent aussi d’nn état inflammatoire lent de ces mêmes parties y suite de la rupture ou du tiraillement de quelques fibres. Je ne me souviens pas d’avoir vu de cas ou la maladie , exception faite de ces deux circonstances , soit née dans les ligamens j mais il est bien certain que l’examen anatomique ne m’en a jamais fourni de preuves; et je puis avancer , avec toute assurance, que c’est une circonstance trop rare , pour qu’elle arrive dans les maladies ordinaires qui attaquent les articulations.
D’un autre côté , nulle partie du corps n’est aussi fréquemment malade que les membranes synoviales. Leur structure anatomique et leurs fonctions nous en fournissent une raison suffisante depuis que nous savons que les organes de la vie sont plus sujets à être dérangés dans leurs fonctions naturelles , à mesure qu’ils sont plus vasculaires , et qu’ils concourent davantage à l’activité des sécrétions.
Les membranes synoviales des articulations n’ont pas été bien décrites par les anciens anatomistes ; les modernes même n’ont guère mieux réussi. Ce-
pendant le D. G. Hunier en publia une histoire assez exacte , dans un rapport lu à la Société royale sur la structure des cartilages , qui fut depuis inséré dans le quarante-deuxième volume des Transactions philosophiques et postérieurement Bichat donna son Traité des membranes : ceux de mes lecteurs qui désirent connaître plus amplement l’analomie de ces parties j peuvent consulter ces deux auteurs. Il me suffit, pour le moment, d’observer que leur fonction est de sécréter la synovie *, qui îubréfie les articulations ÿ qu’elles enveloppent les Ilgamens au moyen desquels les os sont mis en rapport* qu’elles recouvrent dans une petite étendue les os eux-mêmes , en jdace du périoste ; que de là elles passent sur les surfaces cartilagineuses, et sur la graisse inter-articulaire. Lorsqu’une de ces membranes adhère aux os et aux parties molles , elle ressemble beaucoup , daus sa structure , au péritoine, et jouit d’une grande vascularité'^ mais lorsqu’elle est réfléchie sur les cartilages , elle est mince et facile à déchirer ^ son existence peut toutefois, même ici, se démontrer toujours distinctement par une dissection soignée. La membrane synoviale d’une jointure forme un sac qui est sans ouverture extérieure ^ sous ce rapport , elle ressemble au péritoine, à la plèvre et au péricarde ; cette ressemblance se voit encore dans ses
fonctions, et ses maladies offrent même quelque analogie.
Il se présente quelquefois des cas, mais ils sont rares , dans lesquels une articulation se tuméüe par Fabord d’une très -grande quantité de fluide rassemblé dans sa cavité, sans douleur ni inflammation. On peut supposer que cela provient , soit de Faction diminuée des absorbans , soit de Faction augmentée des vaisseaux sécréteurs. On peut comparer cette maladie à Fhydropisie du péritoine ou de la plèvre j ou mieux, à l’hydrocèle* et on Fa assez bien désignée par les termes TJydarthrus , et Hy drops articuli.
Mais il arrive plus fréquemment ejue le gonflement , causé par la présence d’un fluide dans Farticulation , est suivi d’inflammation et de douleur. Ici nous pouvons présumer que la maladie consiste dans l’inflammation de la membrane synoviale , avec l’augmentation consécutive de la sécrétion de sa surface ; c’est ce qu’ont confirmé les apparences observées dans les cas , lorsqu’après la mort on a eu examiné les parties affectées.
Dans quelques cas, s’il y a encore douleur et inflammation dans l’articulation , on sent vaguement le fluide , on croirait qu’il est recouvert d’une substance molle* souvent, lorsque Finflam-
malion est lomÎDée^ et que le Iluide est moins sensible^ rarticiilalion reste taméfiée et roide , elle reste douloureuse^ lorsqu’elle est tendue, ou augmentée au-delà d’un certain point y et alors elle peut s’enliammer de nouveau par la moindre cause. Les altérations cadavériques observées dans les cas suivans semblent jeter quelque jour sur ce sujet,
F®. OBSERVATION
Un homme d’un âge moyen fut admis à l’hôpital Saint-Georges , en Septembre 1810 ^ pour une affection du genou. L’articulation était tuméfiée et douloureuse * il y avait une légère tension , et un fluide épanché dans sa cavité. Le gonflement s’étendait un peu vers la partie antérieure de la cuisse , derrière la portion inférieure des muscles extenseurs. Cette affection céda à l’emploi des vésicatoires et des linimens. Deux mois après son entrée à l’hôpital , il fut pris et mourut d’une fièvre qui, selon toute apparence, n’avait point de rapport avec la maladie du genou. A l’examen de la partie malade , on trouva la membrane synoviale très-affectée , plus ample qu’à l’or- I dinaire, et s’étendant sur la surface antérieure du li fémur au moins un pouce et demi plus haut que de t coutume. Dans toute l’étendue de sa surface in-
( lO )
terne , eiiceptc lorsqu’elle recouvre les cartilages , la membrane élait d’uné couleur rouge foncée ; les vaisseaux étaient aussi nombreux, et aussi distendus par le sang, que ceux de la conjonctive dans une violente oplilalmie. A la partie supérieure et antérieure de Fai ticulation , il s’était épanché un flocon transparent de lymphe coagulable de la surface interne de la membrane synoviale , de la grandeur d’une demi-couronne (i). On n’y aperçut rien autre chose , si ce n’est qu’au bord d’un des condyles du fémur , le cartilage adhérait à l’os, moins fortement qu’à l’ordinaire,
1I«. OBSERVATION
A. B. y jeune homme , dans le printemps de l’année 1808, après s’être exposé à l’humidité et au froid , comme il le supposait , fut affecté d’un gonflement douloureux à l’un des genoux. Le traitement qu’employa le praticien qu’il ayait consulté fit disparaître en très - grande partie, mais non entièrement , la douleur et la tuméfaction. Trois mois après l’invasion de la maladie , il fut reçu à l’hôpital St.-Georges. A celte époque le genou était enflé, douloureux et sen-
(1) Grandeur équivalente à celle d’une pièce de trois livres.
sible. Le gonflement avait la forme des extrémités articulaires des os. La jambe était obligée de garder une position presque droite , et n’admeitait que très-peu de mouvement sur la cuisse. 11 était d’une santé assez bonne.
On tira du sang du genou au moyen des ventouses^ et l’on frictionna journellement la partie avec un Uniment mercuriel camphré. La douleur et l’inflammation disparurent* le gonflement et la tension diminuèrent beaucoup. Dans la suite , il fut nécessaire d’amputer le membre à cause d’une autre maladie. L’opération fut pratiquée le i5 Décembre 1808, et je ne laissai pas passer l’occasion d’examiner l’articulation.
Les os 5 les cartilages et les ligamens étaient dans un état naturel. La membrane synoviale avait augmenté de l’épaisseur d^environ un huitième de pouce 5 et était d’une texture cartilagineuse. Elle était intimement attachée à la membrane cellulaire circonvoisine et au fascia , au moyen d’une lymphe Coagulable ^ qui s’était déjà répandue sur sa surface externe.
Ces cas semblent expliquer les suites ordinaires de l’inflammation de la membrane synoviale. Elle occasionne , 1.® une sécrétion extraordinaire de synovie ; 2.® une effusion de lymphe coagulable dans la cavité de l’articulation ; 3/ dans d’autres
cas , un cpaisslssement de la membrane ; sa conversion en une matière cartilagineuse^ et une effusion de lymphe coagulable , et probablement de sérum , dans le tissa cellulaire ^ au moyen duquel elle adhère aux [larties externes.
J’ai vu plusieurs cas où , d’après l’apparence de rarticulation et d’autres circonstances , il y avait tout lieu de croire que l’inflammation avait produit des adhérences réciproques plus ou moins étendues des feuillets de la membrane.
3’ai eu occasion d’observer, en disséquant de pareilles adhérences, qu’elles provenaient, autant que l’on peut raisonnai )lement le supposer, de l’inflam-* mation du premier période.
Ces effets de l’inflammation des membranes synoviales ressemblent beaucoup à ceux de l’inflammation des séreuses. Ils diffèrent cependant en quelques points. 11 est assez ordinaire que dans les dernière la suppuration ait lieu indépendamment de l’ulcération. J’ai eu occasion d’examiner un cas où la même chose s’est rencontrée dans la membrane synoviale de l’articulation. Le coude fut trouvé rempli de pus, bien que rien n’annonçât î’ulcéralion de la surface. Ici l’inflammation fut la suite d’une petite blessure , qui avait pénétré dans la cavité articulaire • mais je crois que f inflammation des membranes synoviales , qui ne doit pas son origine à une camuse mécanique , se termine
rarement ainsi. L’inflammation do péritoine et de la plèvre, quoicpie très-légère en intensité et en durée, suffit pour produire un épanchement de lymphe coagulable j mais il n’y a que l’inflammation violente et de longue durée qui puisse avoir le même résultat dans les membranes des articulations.
. Quant à la légère adhérence du cartilage à l’os , dans un des cas rapportés, il est à croire qu’elle tenait aune maladie plus intense de la membrane synoviale. J’aurai occasion de remarquer ci-après que la même chose s’observe quelquefois, là où le cartilage est sur le point de s’ulcérer. J’ai vu des cas qui offraient une destruction étendue des cartilages de la jointure, et qui, d’après l’histoire et les symptômes préalables , paraissait être la suite d’une inflammation négligée de la membrane synoviale. Que cela soit arrivé, ce n’est pas plus remarquable que cet ulcère de la cornée , qui quelquefois est produit par l’inflammation de la conjonctive de l’œil. Je crois en même temps que l’on doit trouver dans la grande majorité des cas, lorsque l’ulcération du cartilage se combine avec l’inflammation des membranes synoviales, que l’une est l’affection première , et que l’autre a lieu subséj quemment par suite de la formation d’un abcès f dans la cavité articulaire.
SECTION II
Causes et symptômes.
Il est évident que rinfîammaiiori peut affecter consécutivement la membrane synoviale d’une articulation en parlant de celles des autres tissus qui composent la jointure ^ Ou qu’elle peut avoir son orij^ine dans la membrane elle- même. Les observations que je vais développer, se rapportent principalement à l’inflammation primitive de la membrane synoviale ; et le peu que j’ai à dire relativement a celle que l’on doit regarder comme secondaire, sera mieux à sa place ci-après.
Bien qu’aucune période de la vm ne soit eii’’ tièrement à l’abri de cette maladie, elle n’attaque pas également tous les âges. On la rencontre rarement chez lesenfansj elle devient moins rare à mesure qu’ils approchent de la puberté ; et les personnes adultes en sont très-fréquemment atteintes. C’est le contraire de ce qui arrive dans d’autres maladies, auxquelles sont sujettes les articulations : le chirurgien doit attacher quelque importance â la connaissanee des circonstances, qui doivent l’aider â porter un bon prognostic-
L’inflammation des membranes synoviales peut exister comme symptôme d’une affection constitutionnelle, soit que le système se trouve sous Fin-
fluence du rhumatisme , soit sous l’influence du mercure, administré inconvenablement ou à trop grandes doses ; et sous l’influence de plusieurs autres circonstances. Mais, alors, la maladie est rarement grave; elle donne lieu à une grande sécrétion de synovie ; mais en général elle ne se termine ni par l’effusion de lymphe coagulable , ni par l’épaississement de la membrane enflammée. Il arrive qu’elle attaque plusieurs articulations à la fois; elle s’étend meme aux membranes synoviales, qui constituent les bourses muqueuses et la gaine des fendons. D’antres fois, elle passe de l’une à l’antre articulation, et plusieurs d’entre elles sont affectées successivement.
Dans d’antres cas , la maladie est entièrement locale; alors elle provient d’une entorse, ou d’autres causes , ou de l’impression du froid ; quelquefois elle est produite sans cause évidente. L’action du froid, surtout, est la source la plus fréquente de la maladie : et il est aisé d’expliquer pourquoi elle survient plus souvent au genou (i)
(i) Cette maladie se manifeste le plus ordinairement J au genou; parce que cette articulation secréte habituel- E lement une grande quantité de synovie, proportionnée 1 à Fé tendue de ses surfaces articulaires ^ à la fréquence I.! des mouvemens que le fémur et le tibia exercent Tun ji Sur l’autre ; parce que cette articulation est fréqucni-
c|ü'ailleiirs j et pourquoi elle est rare dans le coude et les épaules, qui ne sont cependant protégés contre Finfluence de la température extérieure que par une Itjgcrc couche de muscles. Lorsque l’inflammation est bornée à une seule articulation, il est assez probable qu’elle prendra un caractère grave, et peutêtre chroni(jue. Elle frappe les fonctions de l’articulation de plus ou moins de faiblesse, et amène souvent son entière destruction. En elle-même, c’est une maladie sérieuse* mais on la confond fréquemment sous le nom alarmant de tumeur blanche, avec d’autres maladies qui sont encore plus sérieuses.
L’inflammation peut attaquer les membranes synoviales à différens degrés d’intensité ^ mais'le
ment attaquée de rhumatisme ^ cause assez ordinaire de V inflammation des membranes synoviales ; parce que , par sa position et la nature de ses fonctions, elle est plus exposée qu’aucune autre à l’action des agens extérieurs , dans les chûtes les percussions violentes , ainsi qu’à l’irritation qui doit nécessairement résulter du frottement continuel des surfaces articulaires Tune sur l’autre dans la progression ; parce qu’enfin la capsule qui environne cette articulation est naturellement
làclie , fort extensible*, si l’on considère toutes ces
circonstances , on ne sera pas surpris de ce que V inflammation attaque pr’esque exclusivement la membrane sy^ Tï-oviale du, genou.
plus souvent elle revêt une forme chronique où îente qui, en diminuant, ne détruit pas entièrement les fonctions de l’articulation, et qui, si elle n’est pas d’abord arrêtée par un traitement actif et méthodique, peut, comme une ophtalmie chronique, durer des semaines ou des mois, et peut même, après de fréquentes rechutes, fatiguer et tourmenter successivement le malade pendant plusieurs années*
Le malade éprouve d’abord de la douleur dans rarticulation, qui souvent, bien qu’elle affecte toute la jointure, correspond principalement à un point qui se trouve plus sensible que le resl^ de la partie* La douleur augmente ordinairement pendant huit ou dix jours, pour arriver à ^on apogée. Quelque^ fois même à ce période la douleur est si peu de chose, que le malade n’en est que légèrement in-* commodé; et d’autres fois elle est si violente que tout mouvement de l’articulation est difficile et intolérable.
Ce n’est qu’un ou deux jours après la sensation
de la ' douleur , qu’on observe le gonflement de
l’articulation. D’abord la tuméfaction résulte en-
llèrement de la présence d’une collection extraordinaire de fluide dans sa cavité. Dans les articulations superficielles, on sent facilement l’ondulation du fluide, si l’on exerce alternativement la pression avec les deux mains placées une de chaque côté.
Lorsque Finflammaiion existe depuis quelque temps, il est moins facile de sentir le fluide, à cause de l’épaississement de la membrane synoviale ou a cause de l’elfusion de la lymphe sur sa surface interne ou externe; et dans quelques cas, lorsque la maladie a duré long- temps, bien que l’articulation soit très-enflée, et que les symptômes inflammatoires subsistent encore , on se doute à peine de la présence du fluide dans sa cavité# A mesure que le gonflement devient solide , la mobilité naturelle de l’articulation s’affaiblit davantage.
La forme du gonflement doit flxer l’attention. Comme elle ne ressemble pas aux extrémités articulaires des os (i), elle doit donc différer de la la forme naturelle de l’articulation. Le gonflement provient principalement de la distension de 'la membrane synoviale, et alors sa forme dépend en grande partie de la situation des ligamens et des tendons qui, lui résistant en certaines directions, l’obligent de se diriger et de prendre consistance dans un autre sens. Ainsi, lorsque le genou est affecté, on observe principalement le gonflement à la partie antérieure et inférieure de la cuisse, sous les muscles extenseurs, où l’on ne trouve qu’un
(l) Plus bas on explique ce qu’on entend par extré-mités articulaires des os ; cette locution se renconti'c souvent dans le cours de cet ouvrage.
tissu cellulaire peu résistant entre ces muscles et les os. Souvent il est aussi considérable dans leë espaces compris entre la rotule et les ligamens laté- , raux; le fluide ramassé dans la cavité pousse la substance graisseuse vers les parties externes qui offrent une résistance moindre qu’ailleurs. Au coude, le gonflement se manifeste principalement dans la partie postérieure du bras, vers l’olécrane et sous les muscles extenseurs de favantAiras ; au coude-pied, il paraît sur chaque côté, dans l’espace compris entre les ligamens et les tendons qui sont situés sur la partie antérieure* De même dans les autres articulations 5 la figure du gonflement, soit qu’elle tienne au fluide seul, soit à une substance solide, dépend en grande partie des ligamens et des tendons voisins, et du degré de résistance qu’ils offrent; ces circonstances, eu apparence minutieuses, méritent notre attention, puisqu’elles nous rendent capables de former plus aisément notre diagnostic.
La maladie se présente moins fréquemment dans la hanche et dans l’épaule que dans les articula- I dons superficielles. Dans ces grandes articulations 1 on ne sent point la fluctuation, mais le gonflement ! s’aperçoit à travers les muscles* Lorsque la han- I che est affectée, on voit d’abord une tuiitéfaciion ' dans l’aine et dans la fesse;’ mais lorsque la maladie dure depuis quelque temps , la fesse prend
( ao )
une apparence applatieà raison du dépérissement des muscles par le défaut d’exercice. Ordinairement la douleur se borne à la hanche ; mais j’ai vu des cas dans lesquels elle se prolongeait jusqu’au genou. Ces syiiipldmes, jusqu’à un certain point , correspondent à ceux qui ont lieu lorsque les cartilages de la hanche sont ulcérés; mais en faisant quelque aUention aux circonstances suivantes, il nous sera facile de distinguer les deux maladies l’une de l’autre : lorsque la membrane synoviale de la hanche est enliammée, la douleur est moins intense au commencement que dans le période avancé de la maladie, et elle ne va jamais jusqu’à une sensation martyrisante, qui épuise et les forces et le courage du malade qui a déjà bien de la peine à supporter i’auire alFeclion ; la douleur s’aggrave par le mouvement , mais non en faisant agir les surfaces cartilagineuses l’une sur l’autre , puisque la pesanteur du corps peut sans inconvénient être supportée sur le membre malade ; le dépérissement des muscles fessiers est précédé de l’apparence tuméfiée de la fesse. ^ - ?
Ap rès que l’inflammation de la membrane synoviale est tombée, le fluide est absorbé, et dans quelques cas l’articulation reprend sa forme et sa mobilité naturelle; mais dans la plupart, il reste de l’enflure et de l’engourdissement. Quel-
qiiefois îe gonflement contracte une forme partie culière qui subsiste tant qu’il y a inflammation, et tant qu’il y a du fluide contenu dans Farticulation^ il serait assez raisonnable de croire qu’elle dépend principalement de ce que la surface in terne de la membrane synoviale est tapissée d’une épaisse enveloppe de lymphe coagulable y d’autres fois le gonflement a la forme des extrémités articulaires des os, c’est-à-dire presque la forme naturelle de l’articulation : c’est probablement un état d’épaississement de la membrane synoviale. Quelle que soit , après la chute de l’inflammation , la cause
qui entretienne le gonflement, le malade est très-
sujet au retour de l’affection. S’il s’expose au froid , s’il exerce le membre plus qu’à l’ordinaire, et souvent sans raison évidente, la douleur reparaît et le gonflement augmente. Dans les cas oii il y a épaississement de la membrane, bien que le fluide soit absorl^é et que le principal gonflement ait disparu, il arrive que non-seulement un état inflammatoire languit dans la partie , mais encore qu’il persiste pisqu’à ce que le travail morbide se soit étendu aux autres tissus; et enfin l’ulcération s’établit dans les cartilages, la suppuration survient, et il s’en suit une destruction complète des surfaces articulaires. Dans cet état , si Fou désire savoir quelle a été l’affection primitive, ou de l’inflammation de la membrane synoviale , ou
de l’ulcëration des cartilages, on doit porter son jugement, non d’après les symptômes actuels, mais d’après l’histoire préalable du cas. Il est^ a la vérité, souvent difficile de se procurer une histoire sur l’exactitude de laquelle on puisse compter , surtout dans la pratique des hôpitaux; mais ce n’est pas aussi important si la maladie est prise dans son origine; et si elle a eu son cours ordii]aire , il ne peut y avoir de différence dans le traitement ; pour la plupart du temps , lorsque la suppuration a eu lieu, on doit peu attendre des moyens à employer ; il faut en venir à l’amputation.
Je crois que l’histoire rapportée plus haut est celle de la majorité des cas où cette maladie existe- IMais on se rappelle que j’ai o])servé que l’inflammation peut affecter les meml^ranes synoviales à divers degrés d’intensité, et l’on aura occasion de voir qu’elle est plus urgente dans ses syrnplômes et plus rapide dans sa marche qu’on ne l’a mentionné, si au lieu d’avoir les caractères d’une inflammation chronique, elle a ceux d’une inflammation aiguë. Toutefois, le gonflement a lieu immédiatement après, ou en meme temps que ia première sensation de douleur s’est déclarée ; il y a rougeur de la peau ; la douleur augmente et s’irrite par le mouvement ; le malade tient constamment l’arliqulaiion dans la même position ^
€t ordinairement c’est dans un état intermédiaire entre la flexion et l’extension. Ces symptômes s’accompagnent de fièvre inflammatoire plus ou moins forte. Dans peu de jours, la maladie, si on l’abandonne à elle-même, prend une forme chronique j mais elle peut disparaître tout-à-fait si on la traite convenablement.
On observera toutefois que les bornes de l’inflammation aiguë et chronique ne peuvent pas être bien déterminées. Ces deux termes expriment assez bien les deux extrêmes ; mais il y a tant de degrés intermédiaires dans l’inflammation, qu’il n’est pas facile de fixer s’ils doivent être considérés comme appartenant à l’espèce aigue ou chronique. Dans cette occasion et dans plusieurs autres, le pathologiste aura lieu d’être satisfait, s’il parvient à désigner les variétés principales de la maladie qui se présentent, et les symptômes qu’elles produisent; ainsi il mettra les autres à même , s’ils sont doués d’un génie observateur, de distinguer dans les caractères des maladies les plus légères nuances que le langage ne peut peindre, mais dont la connaissance est si imporlante dans la pratique médicale et chirurgicale.
SECTION III
Traitement.
Dans les cas où l’inflani malion de la membrane synoviale provient de l’usage trop prolongé ou mal indiqué du mercure , on donnera avec quelque succès la salsepareille , bien qu’elle n’ait pas ici les vertus singulières qu’elle possède dans d’autres maladies qui découlent de la meme source. Lorsque l’inflammation est liée au rhumatisme (i)^ l’opium combiné avec les diaphoréliques , avec les préparations du colchique automnal et quelques autres médicamens , peut s’employer afin d’atténuer le rhumatisme des autres parties. Dans
(i) Les médecins anglais font actuellement un grand usage de l’opium dan» le rhumatisme : ils l’emploient <iTec quelque apparence de succès à la dose de six grains en six pillulespar jour , mais il faut que le rhumatisme ait un certain caractère d’irritation. Ce n’était point tout à fait la méthode de Cullen,! eur maître ; il dit; a Les narcotiques , à moins qu’on ne les donne de manière à exciter les sueurs, sont toujours nuisibles dans tous les temps de la maladie ». Bien que l’opium soit regardé comme sudorifique , je ne pense pas que ce soit dans le cas d’irritation qu’on doive l’employer comme tel. La médecine de Brown était facile ; il m’a paru que la pratique des médecins anglais s’en ressent encore.
quelques autres cas, lorsque plusieurs articulations sont affectées en meme temps , il m’a paru que le malade se trouvait bien de l’usage modéré de quelques préparations mercurielles.
Toutefois 5 les données principales que j’ai à présenter sont relatives au traitement local de la maladie; et il est digne de remarque que, dans les cas oii elle est évidemment sous la dépendance d’une affection constitutionnelie, les topiques l’ont toujours emporté , en heureux résultats, sur tous les autres remèdes.
Dans la forme aiguë de l’inflammation on appliquera des sangsues dans le voisinage de la partie; si elle s’accompagne d’une grande fièvre symptomatique, on tire du sang du bras, et, selon les circonstances, on répétera ou non la saignée. On aura égard à l’état des Intestins; et s’il y a lieu , on donnera les sels neutres combinés avec des diaphorétiques. Si le gonflement est arrivé tout-àcoup, au 'point d’occasionner une tension considérable des parties molles, on tempérera la douleur par des fomentations chaudes et des cataplasmes; si on l’aime mieux, on fera des lotions froides : elles m’ont paru d’un meilleur effet. En général , l’inflammation algue cède promptement à l’emploi de ce traitement.
L’inflammation chronique est plus lente à disparaître. En premier lieu , si l’articulation reste dans un
état de ])arfalte indolence, il conviendra de tirer du sang de la partie , soit par les sangsues, soit parles ventouses. 11 nie semble que la dernière méthode est préférable; l’extraction soudaine du sang ainsi faite est plus bienfaisante que celle qui ne se fait que peu à peu , comme par l’application des sangsues : il est en général à propos de répéter la saignée deux, trois fois, ou même plus souvent ; et dans les intervalles , on ne doit pas négliger de couvrir la partie avec des compresses, imbibées de quelque lotion froide. Après que la violence de l’inflammation est abattue , on appliquera un vésicatoire; et, s’il est nécessaire , on aura recours à plusieurs successivement; les résultats seront plus réels que ceux d’un seul vésicatoire que l’on entretiendrait avec de l’onguent de sabine. Les vésicatoires doivent être assez grands : si l’affection de l’articulation est située profondément , on les apposera aussi près que possible ; mais dans les cas ordinaires , un vésicatoire placé à une petite distance est fréquemment plus utile. Par exemple, si la membrane synoviale de la hanche est enflammée , on mettra le vésicatoire sur l’aine ou sur la fesse j mais si la maladie est dans le poignet , on l’appliquera sur la partie inférieure de l’avant-bras. Par l’emploi de ce traitement, la douleur se calme ordinairement; et sous peu de jours, le gonflement, s’il dépend d’un fluide rassemblé dans la jointure,
s’amoindrit beauconp. Meme lorsque Fenflure a pris de la consistance, par suite de l’effusion de la lymphe coagulable , elle diminue considérablement, et quelquefois entièrement, pourvu que la lymphe ne soit pas encore organisée. Les vésicatoires, comme mo^^en de combattre le gonflement, sont d’une utilité plus réelle que les autres remèdes. Mais on ne doit pas en faire usage sans avoir préa* lablement tiré du sang , à moins que l’inflammation ne soit légère, ou que le fluide épanché soit mêlé à une matière solide.
Lorsque (l’inflammation est tombée presque en totalité, il est utile de donner à l’articulation un exercice modéré ; des linimens propres à irriter la peau seront employés en frictions deux ou trois fois par jour. Les linimens de la pharmacopée (i) ne sont pas ici assez slimulans, ni même dans bien d’autres circonstances. Le Uniment suivant est plus rubéfiant que ceux qui sont d’un usage ordinaire ,
(i) Chaque hôpital de Londres a sa pharmacopée particulière. Les formules en sont généralement trèssimples; et si un seul ingrédient est une formule, on •verra combien les médecins anglais sont peu partisans de la combinaison des remèdes dans les hôpitaux : )’a ouï dire que dans la pratique ordinaire , ils n’étaient point aussi sages. Ils seraient bien blâmable* de mériter ce reproche.
et me paraît J dans plusieurs cas, avoir de trèsbons résultats dans cette maladie.
Ole! olivæ f j 15.
Acidi sulpliurici ^ 15.
M. Fiat linimentum.
Ainsi composé, son action n’est pas trop forte, pour la classe des personnes cjui clierclient du soulagement dans les hôpitaux j mais pour celles d’une plus haute classe de la société, dont l’épiderme est en général plus fine et plus tendre , la proportion d’huile devra être plus grande. L’effet de ce Uniment est d’exciter un peu d’inflammation dans la peau : l’épiderme devient d’une couleur 1 brune, et se détache en écailles épaisses et larges* et l’inflammation des parties internes est diminuée, probablement d’après le meme principe par lequel agit un vésicatoire. Un autre Uniment , qui est trè» en usage , et fréquemment recommandé, est celuici: il consiste en un dragme, ou plus, d’antimoine tartarlsé et une once de blanc de baleine (adipocire).
Il produit une éruption pustuleuse de la peau, qui, comme les autres éruptions de la même nature , a une marche prompte, et agit , en durant un certain temps, d’une manière avantageuse en dérivant l’inflammation des autres parties.
Aucun ^utre remède ne paraît produire d’aussi bons résultats.
Les emplâtres dégommé ammoniaque, et autres de même nature, sont peu efficaces tant qu’il reste de l’inflammation ^ mais, dans la suite , ils peuvent ' être utiles en garantissant l’articulation de l’influence du froid extérieur, et en prévenant un re- »
tour.
Les issues et les sétons ne sont utiles que lorsqu’il y a lieu de craindre qu’une maladie secondaire ne se manifeste sous la forme de l’ulcération des cartilages : j’aurai occasion de parler ci-après de leur usage dans ces circonstances.
On diminuera le gonflement et la tension qui subsiste après l’inflammation, par l’exercice convenable du membre et par les frictions. Le liniment mercuriel camphré peut être employé utilement, ainsi que les frictions d’amidon ou de toute autre poudre fine , faites avec la main. Les frictions , toutefois , ne s’emploient pas sans précaution* car, si elles sont trop actives , elles occasionnent souvent le retour de l’inflammation. Partout où il y a la moindre indication de rechute, on doit renoncer aux frictions, pour la saignée locale, et l’on attendra ) quelque temps avant de reprendre les frictions. ( Elles produisent quelquefois un bien très-essentiel, I pourvu qu’elles soient portées assez loin * elles der vraient durer deux ou trois heures par jour , et r un long espace de temps. Cependant , comme il r est probable qu’employées de cette manière, elles
ramèneraient l’inflammation dans les paj lies où la disposition inflammatoire gît encore , c’est évidemment un remède qui n’est applicable que dans certaines circonslances : c’est pour cela que les frictions paraissent plus efficaces là où la roideur de l’articulation dépend de la contraction des muscles ou des tendons du membre et de leur adhésion mutuelle , ainsi que de cette meme adhésion aux parties environnantes; que lorsque ces phénomènes sont la suite de la maladie de l’articulation ellemême.
J’ai quelquefois essayé l’effet de la douche chaude sur une articulation, dans un état de roideur, ainsi que le recommande Le Dran , et comme on le pratique maintenant dans quelques lieux où l’on se rend pour prendre des bains. La chute de la colonne d’eau, venant d’une hauteur de plusieurs pieds , produit une irritation assez considérable, pour excorier la surface : de plus elle jouit d’un pouvoir relâchant dans l’action combinée de la chaleur et de l’humidité. Certainement cette pratique est heureuse en bons résultats; mais les observations qne nous venons de présenter s’appliquent à la douche aussi bien qu’aux autres moyens de produire des frictions.
SECTION IV