‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 18 sur 98 · AT · texte numérisé non relu

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1 M + MALADIES culés déliées du mercure volatilisé ; s’attachant aux nerfs de cetouvrier, ont produit les tremblemens , et que bientôt, portées dans la masse du sang , elles en ont arrêté le mouvement naturel. J'ai eu occasion de voir dernitremént un jeune doreur qui est mort apres avoir été alité deux mois. Ce ‘jeune * homme , ne se préservant pas assez des vapeurs mercurielles , tomba dans'la cachexie ; son visage devint pâle et cadavéreux ; ses yeux étaient gros, sa respirauon trèés-difficile , son esprit aliéné , stupide, tout son corps languissant el paresseux ; sa bouche se remplit d’ulcéres féüdes, d’où découlaient sans cesse des flots d’une sanie du plus mauvais caractère. Il mourut cependant sans aucun signe de chaleur fébrile, T'Ramazzini fut fort étonné de ce dernier phénomêne , qui avait déjà été sg gi Baillou et Fernel. | | Fourcroy rapporte l'histoire tertible de'deux doreurs,-Je-mari et la femme : nous croyons devoir la rapporter ici pour confirmer les accidens que produit le mercure réduit en vapeurs. Un doreur, très-occupé à Paris , travaillait depuis le matin jusqu'au soir dans une chambré assez vaste, mais basse, où il couchait, Jui, sa femme et ses enfans. Ayant pris assez peu de précautions contre les vapeurs mercurielles , 11 lui vint d’abord des chancres à la bouche en très-grande quantité ; son haleine, à cette époque, était féude ; il ne pouvait n1 avaler ni parler sans des douleurs effroyables. De pareils accidens, guéris par la cessation de son ouvrage et les remèdes

DES DOREURS. 37 appropriés , reparurent trois où quatre fois de suite seuls et sans aucun autre symptôme ;:"mais bientôt ‘à ce mal se joignit un tremblement universel trèsviolent, qui atiaquæ d’abord ses mains , puis tout son corps sil. fut obligé de rester dans un fauteuil , sans pouvoir, faire un pas; son état était digne de piué agité de mouvemens convulsifs perpétuels , il ne pouvait ni parler ni porter ses mains à sa bouche sans se frapper lui-même ; on était obligé de.le faire manger, et 1l n'avalait que par une déglntiton convulsive qui cent fois manqua de le suffoquer, Ce fut. dans cet état affreux de sa maladie qu'il eut recours à un empirique qui frotta ses jambes d’une pommade, les fit baigner dans du gros vin, dans lequel on faisait infuser des herbes aromatiques, et lui prescrivit. tous les matins et tous les soirs environ un, gros d'une poudre rouge à prendre dans une pomme. | |

Ces remèdes secrets, et Go par conséquent on ne peut connaître la composition, eurent un. effet singulier : le tremblement cessa un peu ; les jambes et les cuisses ‘s’enflérent prodigieusement ; 1l y vint des. cloches en grande quantité ;-on les perça avec une aiguille ; elles rendirent en abondance une eau trouble ; séreuse, qu'on conserva dans des pots par l’ordre dé l'empirique. Au bout d’un certain temps, 1l s’y fit un dépôt à l'ouverture duquel on apercut manifestement des globules dé mercure. Ce fait ne loit pas paraître surprenant, puisqu'on a vu plusd'une fois , dans les cadavres de personnes qui avaient pris

beaucoup de mercure dans leurs maladies, ce demi métal en substance dans le cerveau , Les intesüns, les poumons , dans leurs os même (1 s. Au.bout de cinq ou six mois d’un pareil traitement, notre malade se sentit beaucoup mieux ; son tremblement étant très-diminué et n’existant presque plus , il se crut guéri; et, malgré l'avis de son médecin, qui lui conseillait de se servir encore de ses remèdes pendant deux ou trois mois pour s'assurer une guérison parfaite , 1l se négligea. Peu à peu il essaya de marcher avec deux cannes, et se sent enfin assez fort pour hasarder de sortir de sa maison et de se Fer mener dans les rues : l'exercice le forufia ; mais il lui restait une sensibilité singulière : * bruit d’un cheval ou d’une voiture quelconque le faisait tressaillir au point qu'il aurait été bien des fois dans le cas d'être écrasé, s’il n’eût pris là précaution de marcher contre les murs et centre les boutiques : il était alors obligé de s'arrêter de crainte de tomber : il ne pouvait exprimer la sensation désagréable que ur faisait ce bruit. Enfin, ayant recommencé

son ouvrage , malgré les précautions qu'il prit, son

(1) L'opinion que le mereure se réunit en masse dans différentes parties du corps est très-ancienne et a été.adoptée par plusieurs médecins célèbres. M. Cullerier ( Dictionnaire des Sciences médicales , 1. xxx, pag. 484) regarde cette opinion comme absurde ; il pense que non-seulement on ne trouve pas lé mercure dans nos solides, mais pas même dans nos fluides , pas méme dans ceux qui sont sécrélés plus abondamment par l'effet du mercure.

tremblement augmenta et se fixa dans les mains. Une remarque singuhère ; c'est. qu'ayant l'habitude de s’enivrer dans cet état, il tenait:son verre sans le renverser , ce qui ne lui arrivait pas lorsqu'il n'avait pas bu : il m’a dit avoir fait cette observation sur plusieurs de ses confrères qui étaient dans le même cas que lui. Les soins qu'il eut de ne travailler que très-peu , d'écarter les vapeurs de mercure par un courant d'air, l’exemptèrent des maux cruels qu'il avait déjà soufferts ;. 11 n'éprouva plus que le tremblement des mains et un béyaiement insupportable. (pseilismus metallicus de Sauvages ), lequel résisia à l'électricité recommandée » dans ce cas, par Dehaën , qui en a obtenu du succès. Ce doreur a vécu trois ou quatre ans aprés , Sans aucun aulre aceident; il est mort d’une fracture du bras à trois endroits différens. Il est à remarquer que ce bras était affligé de rhumausme, et qu'il y portait un cautère depuis longues annces.

Sa ferume eut à-peu-près les mêmes symptômes, mais beaucoup moins grayes dans le commencement. Clle eut de parucuher une salivation continuelle qui la dessécha et la rendit comme un squelette. Dans la suite, cette malheureuse femme devint asihmatique ; les accès de cette maladie, d’abord éloignés , se rap= prochèrent de plus en plus ; elle avait un râle conunuel , ne crachait ni ne toussait sur la fin de cette maladie, qui fut la même pendant dix-huit ans ; elle pe pouvait ni marcher ni se pencher saris crainte d'être suffoquée. Fixée sur un fauteuil depuis plus

d’un an, les symptômes de son asthme devenant de. plus en plus graves, elle fut enfin délivrée de ses. maux par une mort heureuse pour elle, et qui eut quelque chose d’affreux pour ceux qui en furent témoins.

Les exemples pareils se muluplient tous les jours dans les grandes villes, et dans un siécle surtout où rien ne paraît ni assez beau n1 assez élégant si l'or n’y brille avec profusion : ainsi, chez les grands, les vases de l’usage le plus vil sont dorés comme ceux qu'on sert sur leur table.

Quoique les doreurs vivent pour ainsi dire dans une ‘atmosphère mercurielle’, ils sont cependant susceptibles d’être attaqués de maladies vénériènnes, comme ceux qui n'ont pas ce genre de travail. On possède toutefois quelques exemples, rares à la vérité , qui prouvent que les vapeurs du mercure ont contribué à guérir quelques-uns de ces ouvriers affectés de syphilis. Le fils du doreur dont nous avons raconté l’histoire plus haut embrassa l’état de son père après sa mort. l'avait la vérole depuis plusieurs années, et en était même trés-gravement malade , puisque ,aumilieu de la nuit, il était pris de douleurs ostéocopes trés-aiguës. Les circonstances ne lui ayant pas permis de se faire guérir, et retardant toujours de recourir aux mercuriaux, il se mit à dorer sans s'inquiéter de son mal ; mais 1l observa bientôt que ses douleurs n'étaient pas si vives ni si fréquentes; que son visage se neltoyait en parue des boutons bideux dont il était couvert ;

que sa pâleur ét sa faiblesse diminuaient ; enfin qu'il allait bexacoup mieux que quelques mois auparavant. Il raconta cette circonstance heureuse à Fourcroy, qui ne halança pas à en attribuer la cause au mercure qu'il avalait en assez grande quantité, parce qu'il prenait très-peu de précautions dans son ouvrage. Fourcroy pensa que c'était une occasion favorable de poursuivre une guérison que le mercure avait commencée de lui même, et confia ce jeune homme aux soins à) un ÉAREGIER qui l’a trèsbien guéri.

La principale maladie qui affecte les doreurs étant le tremblement mercuriel , il nous semble convenable d’en donner 1x1 une description que nous empruntons à M. Mérat, qui en a fait une étude “particuhère. L'invasion du treniblement mercuriel est quelquefois subite; le plus souvent ‘ cependant elle a lieu graduellement: d’abord l’ouvrier

a les bras moins sûrs, ils vacillent, puis ils sont agités, enfin ils tremblent. Le tremblement acquiert une intensité plus ou moins grande, selon que celui qui en est atteint continue ou non son travail; sil s sopiniätre à le faire, le tremblement devient général, et en quelque sorte convulsif. Le malade est alors dans l'impossibilité de remplir avec intévrité les fonctions qui exigent une certaine force musculaire , telles que la locomotion, la mastica-, on, le travail des mains, etc. Bientôt des symptômes plus graves encore l’obligent de quitter tout trayail et de songer à sa guérison : tels sont la perte

de connaissance momentanée, l’insomnie, le délire x etc. Les phénomènes autres que le tremblement sont ceux-ci : le malade a la figure d’une teinte bise assez remarquable; elle est parfois animée , d’autres fois Janguissante ; l'habitude du corps , qui participe de la teinte du visage , n'est que peu ou point amaigrie, à moins que la maladie ne soit ancienne ; la peau est généralement un peu sèche, et quelquefois un peu chaurle. La respiration est naturelle, le ventre en bon état ; les évacualions alvines et urinaires se font comme en santé. Cependant l'appétit diminue quand le tremblement acquiert de intensité; il peut même être nul si le tremblement est trèsfort. Le pouls est, en général, développé, lentet rare: c'est celui de presque tous les ouvriers qui travaillent anx métaux. Le symptôme le plus remiarqua— ble est le tremblement, qui a quelque chose de convulsif. Les contractions musculures qui le constituent se font avec une promptitude étonnante , mis non en un seul temps. Ainsi un malade qui en est atteint, etqui voudrait plier le bras, ne pourra y parvenir d'une seule fois ; 1} y aura deux ou trois petites saccades rapides qui entraveront la flexion du membre et donneront lieu au tremble ment. Les ouvriers chez qui. ce symptôme est trèsdéveloppé ne peuvent porter aucun liquide à la “bouche sans verser le vase qui le contient, ni même d'alunent solide, à cause de la difficulté de les diriger juste. La plupart se frappent et se meurtrissent

le visage en voulant manger ou ‘porter leur main à

la figure, de sorte que s'ils sont seuls, 1ls sont obligés de prendre les alimens avec la bouche ; à la manière des quadrupèdes. Ordinairemetit on les fait manger comme des énfans, parceque les bras, qui sont les parties par où commence le ‘tremblement, en sont plus affectés que les jambes , et c'est niême ceux qui en sont les derniers SUÉrIs:

La marche de cette maladie est fort simple ; sa durée est ordinairement longue, malgré qu'on quitte tout travail et qu’on suive un traitement convenable ; il faut toujours plusieurs mois avant que les mouvemens reprennent une cértame fermeté. On a observé que, le plus souvent, les malades qui se disent guéris trembleni encore un peu; chez quelques-uns même ; il en reste toujours quelque tracc. Ordinairement ce tremblement n’a pas de suites fâcheuses. On n’en guérit pas constamment; ce qui dépend le plus souvent de ce que les malades ne continuent pas assez long-temps le traitement qu'on leur prescrit, ou qu'ils ont attendu que le mal soit trop invétéré pour réclamer les secours de l'art; nrais rarement il fait péri, et Si la mort survient , c’est que les ouvriers sont primitivement affectés de maladies chroniques, ou au moins d’une constitution faible, et qu'ils ont ‘commis beaucoup d’ imprudences.

Le tremblement mercuriel s'observe plus fréquemment en hiver qu'en été, parce qu’alors les doreurs ferment les ateliers , et que les vapeurs, sans issue, circulent continuellement autour d'eux. Les

passions vives semblent avoir de l'influence sur la production de cette maladie ; on voit les ouvriers. qui se livrent à la colère être attemts de nouvelles attaques de tremblement. Il paraît que les vapeurs mercurielles’ irritent le système nerveux, et le rendent plus facile à émouvoir. Il y a des gens qui travaillent toute leur vie à la profession de doreurs . sur métaux sans être attaqués: de tremblement, tandis que d’autres en sont affectés au bout de quelques mois seulement. Une fois qu'on à été atteint du tremblement, on est bien plus disposé à en avoir d’autres attaques. al Famazzini fait observer que, dans les maladies des doreurs, on doit prescrire des médicamens plus actifs que dans les autres maladies, parce que les intesuns , dont la sensibilné.et l’irritabilité sont alors assoupies, résistent aux stimulans ordinaires ; 1l pense aussi que la saignée est alors pernicieuse. Le tremblement mercuriel, dit M. Mérat, se guérit quelquefois spontanément , et seulement par la précaution de cesser tout travail; mais cela demande beaucoup de temps. À l'hôpital de la Charité, on commence le traitement par l'usage d’une tisane faite avec les bois sudorifiques de salsepareille, de gaïac, de sassafras ; on met une once de l’un ou de l’autre, mais préférablement du premier, par pinte. On donne cette boisson tous les jours pendant tout le temps du traitement. Le soir ; on prescrit un gros ou deux d'extrait de geniévre. ou de thériaque. Ce dernier moyen vaut. mieux , à-cause de l’opium:qui

DES DOREURS. Der

entre dans sa composition. Si le tremblement est fort, on donne une potion anti-spasmodique, coms posée avec deux onces d’infusion. de ülleul, une once d’eau de menthe et dix gouttes de laudanum liquide de Sydenham. On la fait prendre par cuillerées À bouche de deux heures en deux heures dans la journée, et on dla continue pendant une partie du traitement, en ayant soin d'augmenter la dose du laudanum. Lorsque la langue est päteuse, que le malade a peu d’appétit, on rend la tisane sudorifique laxative par l'addiion de deux gros de séné par pinie, que l’on supprime lorsque les symptômes ont disparu. On augmente parfois l'activité de la tisane sudorifique en y ajoutant une demionce ou une once par pinte d'esprit de Mindérérus : les bains chauds joints à ces moyens sont d’une grande efficacité. La nourriture de ces malades doit être de bônne qualité, proportionnée à leur appéut, quiest en général assez.bon; .on peut leur permettre un usage. modéré du vin. Plusieurs ont remarqué que le vin diminuait momentanément leur tremblement ; c’est pourquoi ils en usent lorsqu'ils. ont à faire quelques ouvrages où il faut plus de sûreté et de précision dans la main. Le laitage est quelquefois uule. Il faut, autant que possible, quitter les habits de travail hors l'atelier , à plus forte raison lorsqu'on est dans le cours du traitement de cette maladie, parce qu'ils sont imprégnés de vapeurs mercurielles. La propreté est d’ailleurs de première nécessité pour les gens de cette profession, et on a remarqué que

A6 - MALADIES ceux qui étarent sales éprouvaient plus fréquerr ment le tremblement. Par ce traitement les malades reviennent peu à peu à la santé, sans qu'on observe de crises remarquables. } On a cherché depuis long-temps à préserver les doreurs des vapeurs mercurielles. Ramazzini leur conseille de se couvrir le ‘visage de vessies ou de’ masques en verres. M. de Tingry (1) recommande J'usage de gants de vessie , et de préparer l’amalgame à vase clos. Fourcroy indique les précautions suivantes : 19°. choisir un atelier assez grand, élevé, bien percé de deux fenêtres s’il est possible, etsurtout n'y demeurer que pendant le travail, 2°. faire construire vis-à-vis là fenêtre ou la porte une forge dont le tuyau , vaste , puisse bien tirer; par ce moyen les vapeurs de mercure, poussées par air de la porte ou de la fenêtre, sortiront avec rapidité par le tuyau de Ja forge, et les ouvriers n’en avaleront point du tout. 30. Si le local empêche de prendre ces précautions, avoir un tuyau de fer-blane où mieux de tôle, dont. l'extrémité inférieure sera évasée en forme de pavillon assez grand pour contenir la poële, et dont l'autre bout récourbé s'ouvrira dans le tuyau d’une cheminée voisine ou par un carreau de la fenétre: 4°. Avoir surtout l'attention de détourner le visage en travaillant; de gratte-brosser dans la forge ou le pavillon, ou bien avoir soin d'attendre, pour

(1) Mémoire sur l'Art du doreur, publié en 1778, dans les Mémoires de la Société de Genève. ”

faire cette opération, que la plusgrande partie des vapeurs soit dissipée. Suit que ces précautions n'aient pas été mises en pratique, soit qu'elles soient insuffisantes, Îles doreurs n'en ont pas été moins sujets, depuis Fourcroy, au tremblement mercuriel.

Convaincu des maux affr:ux dont sont victimes les ouvriers doreurs , et de l’inefficacité des moyens préservaufs proposés jusqu'alors , M. Ravrio, fabricant distingué de bronzes dorés, à fait un legs de 3,000 francs, qu'il a mis à la disposition de l'Académie royale des Sciences de l'institut de France ; pour être donné à celui qui trouverait le moyen cle garantir les ouvriers doreurs de linsalu= brité des émanations mercurieiles. M. d'Arcet a conseillé un moyen à la fois simple et sûr, qui lüi a mérité le prix de l'Académie. Ge moyen , qui n’entraîne presque aucune dépense, qui ne gêne

en rien J'ouvrier , consiste à augmenter le tirage des cheminées des fourneaux de travail par le procédé que nous avons déjà décrit (p. 7). Il a fait con struire dans l'atelier un fourneau d'appel qui, en déterminant un uürage trés-rapide , entraîne toutes les vapeurs , au point qu'on ne sent aucune odeur. On uulise le feu de ce fourneau, en plaçant dessus une chaudière , un bain de sable, ou le paélon contenant le mat. Les principaux doreurs de Paris

se sont empressés d'introduire ce moyen sanilaire dans leurs ateliers, et depuis qu'il est en activité , les ouvriers jouissent de la santé la plus parfaite, Le

Préfet de police, que sest assuré de son cécité ; ne permet plus qu'un doreur de bronze se déplace sans faire construire un fourneau d'appel dans son nouvel atelier. * - |

Le dérochage , l'application de l’'amalgame et du réchaud à sécher, doivent se faire sous la forge , et, sous l'influence d’un bon courant d’air : c’est le seul moyen d'éviter la respiration des gaz délétères qui proviennent de ces opérauons.

En appliquant l’amalgame sur le bronze bien décapé , à l’aide d'un pinceau de fil de laiton trempé dans de l'acide nitriqué , l’ouvrier était condamné à. respirer des vapeurs qui altéraient sa santé. M. d’Arcet propose de substituer à cet acide une dissolution de nitrate de mercure, qui produit le même effet, et dont plusieurs doreurs se servent maintenant avec avantage. |

M. d'Arcet indique aussi un moyen fort simple pour ramasser le mercure qui se volaulise : il consiste à chauffer les pièces couvertes d’amalgame dans une caisse, ét à pratiquer, un conduit cylindrique sur la paroi opposée à l'ouverture , lequel s'élève au haut de la cheminée , et redescend sur un baquet rempli d’eau où le mercure doit se condenser.

Nous n’avons parlé jusqu'ici que des précautions à prendre dans les ateliers des doreurs. Lorsqu'il faut dorer des pièces de grandes dimensions, comme une statue; un grand vase, les forges ordinaires des doreurs n'étant pa assez grandes , on est obligé de dorer en plein air : C’est alors que l'ouvrier doit

DES DOREURS. 49 s'isoler , autant que possible , en travaillant dans un courant d'air, en se ténant au-dessus du vént, en s’attachant une éponge mouillée sur la bouche et sur le nez , en se couvrant de bons gants. Ces moyens peuvent être alors employés avec avantage.

Les ouvriers doreurs doivent, 1° se laver avec soin la bouche, la figure, les mains, en sortant de l'atelier; 2° -ne jamais y prendre leurs repas ; 5° s'accoutumer à travailler avec des gants de vessie ou de taffetas ciré ; 4° changer d’habits en entrant dans l'atelier, et passer un sarrau de toile attaché autour des poignets et fixé autour du cOrps au moyen d’une ceinture : ce sera l’habit de travail qu'ils quitteront en sortant pour LENS les leurs, qu'ils pourront serrer dans une armoire ‘éloignée des ordures, et surtout des vapeurs de l'atelier. Ces précautions réunies suffisent pour rendre l’état de doreur aussi peu insalubre que les états ordinaires. Hommage soit doné rendu à la mémoire de M, Ravrio, dont le vœu philanthropique a été l’occasion

ee travail de ue d’ an et félicions M. d Arcet

1 éh 8.2

Les argenteurs , les constructeurs de baromètres, les miroitiers qui mettent les glaces au tain, les chapeliers employés au Sécrétage des poils, les ouvriers qui travaillent les cendres des orfèvres , sont exposés aux mêmes maladies que les doreurs sur mélaux.

5o | MALADIES Maladies des Miroitiers, Metteurs au tain.

[Les ouvriers qui étament les glaces éprouvent, comme les doreurs, les effets pernicieux du mercure. Ce travail était, à ce qu'il paraît, inconnu aux anciens, puisque Pline n’en fait aucune mention dans son Aistoire naturelle, en décrivant les, differentes manières de préparer les glaces. A Venise, dans ‘île Murana, où on préparait autrefois les ; plus grandes glaces, les ouvriers se voyaient à regret dans leurs ouvrages, où se peignait leur malheur , et ils détestaient leur méticr. |

La manière de faire les glaces n’est connue en France que depuis Colbert. Ce ministre rappela à force d'argent des ouvriers français employés dans la manufacture des glaces de l’île Murana. On ne fabriquait alors par des procédés pénibles que des glaces soufflées. Mais en 1688, Abraham Thevart HS de faire des glaces coulées ; il, forma des ateïers à Paris , lesquels furent ensuite transportés à Saint-Gobin , où l'on fabriqué. encore aujourd'hui les glaces de la plus grande dimension.

L'étamage a pour but de fixer derrière la glace une substance qui réfléchisse les rayons lumineux, et qui rende distincte l'image de l’objet présenté. On obuent ce résultat par un amalgame d’étain et de mercure. On étend sur une grande table de pierre mobile et à rebords, des feuilles d’étain laminé; on les recouvre d’une couche de mercure de quelques

DES MIROITIERS. Sr

centimètres d'épaisseur. On glisse la glace qu’on veut mettre au tain sur ce bain de mercure, et on fait écouler le mercure surabondant en inclinant légèrement latable. La feuille d’étain amalgamé s'applique exactement et solidement sur la glace.

Plusieurs circonstances de cette opération contribuent à altérer la santé des ouvriers. 1° L'avivure. C'est une poussière grisâtre , d’une finesse impal pa ble, qui contient trois quarts de mercure, ‘et un quart d’étain légèrement oxidé. Cette avivure, dans laquelle le mercure est sans doute à l’état d’oxide, s'élève dans l'atmosphère quand on balaye les résidus de l’étamage répandus dans les diverses parties de l'atelier, et y demeure aisément suspendue à cause de son ‘extrême ténuité. Le mercure qui est répandu sur les tables à étamage dans leurs rigoles se réduit en vapeurs à une température peu élevée (1). 2° La regratture, qui provient du tain retiré desglaces, fournit aussi une poussière métallique, mais PORSRR SE 00 PNANNN EST ETS COUR CUT ME

(1) On trouve dans le Journal de Physique, tom. XX, pag.242, octobre 1782 , une observation qui prouve combien le mercure se volatilise à une basse température, et combien il faut éviter le contact de ses vapeurs. Achard ayant exposé vingt livres de mercure dans une assielte sur le poële de sa chambre , éprouya au bout de quelques jours une salivation abondante ; deux personnes qui n'avaient pas quitté la chambre éprouvèrent le même effet , qui cessa dès qu’on eut pensé à l’attribuer au mercure, et qu’on eut ôté celui qui était sur le poële. Achard estime que ce mercure n'avait pas été chauffé à plus de 18 degrés , thermomètre de Réaumur.

ele.n’est pas très-dangereuse ;. parce qu’elle est pet volaule, et qu'elle contient-plus.d’étain que de mercuré.

Les ouvriers qui travaillent au tai sont sujets à des douleurs dansles aruculations, à des maux de tête, et à un tremblement qui commence par les mains, etdevient bientôt général s'ils sont trés-assidus à. leur travail pendant plusieurs années; leur figure devient pâle et prend l'expression de l'ivresse ; leur intelli-

tombent.dans l'idiousme, et après avoir langui dans

gence et leurmémoire diminuent insensiblement; ils

cet état pendant plusieurs années:, ils périssent: ordinairement de consomption ou sont frappés d'apoplexie. Ces ouvriers peuvent rarement exercer leur état plus-de huit ou‘douze ans , à cause des maladies qui leur surviennent.

Le tremblement qu'ils éprouvent. a beaucoup.

d'analogieavec celui, des, doreurs; ilest produit par les émanations mercurielles. M. Burdin jeune, à qui nous ayons emprunté la plupart des détails précédens , rapporte (1) l’histoire d’un ouvrier qui ne pouvait rien. toucher sans être exposé à le casser ; ses, jambes se contractaient d’une manière tellement désordonnée, que lorsqu'il descendait un escalier, il était quelquefois obligé de sauter deux ou trois Marches : pour éviter tout danger , ilsavait pris l’habitude de les descendre à reculons sur ses mains : il buvait dans un plat, afin de porter plus aisément la

(1) Dictionnaire des Sciences médicales’, t. iv, pag. 276.

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