DES POTIERS DE TERRE
Maladies des Broyeurs et Marchands de couleurs.
Ces artisans sont encore plus exposés que Îles peintres aux maladies causées par les émanations du plomb; car ayant constamment la figure penchée sur
la matière de leur tra val, ils absorbent une grande
quantité des vapeurs qui s'en dégagent. Pour éviter :
ces vapeurs, Îles ouvriers devraient travailler sous le manteau d’une cheminée munie d’un fourneau d'appel , suivant le procédé de M. d’Arcet.
Maladies des Potiers de terre,
L'art du pouer de terre est un des plus anciens , puisque , dans les décombres des anciennes villes, on a trouvé des vases d'argile revêius ‘intérieurement d’une couche de plomb. Get art utile fournit
des vases nécessaires à presque tous les besoins de
la vie , et dispense de se servir pour fa cuisine des.
vaisseaux d'étain et de cuivre dont l'usage entraine toujours quelque danger (1).
{:) Les expériences malheureuses qui se sont multipliées à Tinfni depuis RBamazzini, doivent nous avoir instruits du danger qui suit l’usage des vaisseaux de cuivre, de plomb et d'étain dans nos cuisines. Cependant on -continue de s’en . servir par-lout., Les casseroles ; dont l'étamage se détrait et s’aliére ; les fontaines decuivre, dont les robinets sont souvent encroûiés de vert-de-gris ; les balances dans lesquelleson pèse Je sel et qui sont plus vertes que jaunes; les pots au lait dans lesquels on porte celte denrée à à la ville, et dant la vieillesse a
Les potiers de terre se divisent en plusieurs classes. Les uns manient et préparent ‘la terre argileuse ; d’autres , assis au tour ou à la roue qu'ils font mouvoir , donnent avec leurs mains la forme aux vases : d’autres , avant que de mettre ces vases à la cuite , les enduisent de vernis. Tous ces ouvriers sont pâles, languissans, bouffis et souvent malades, parce qu'ils manient continuellement une terre molle, et qu'ils habitent des endroits humides. Ils sont sujets aux scrophules , aux fièvres 1 intermittentes , aux hydropisies , aux rhumatismes.
Si les ouvriers occupés au tour , dit Ramazzini , ont la vue faible , ils deviennent sujets aux verüges , que l’on peut attribuer à agitation perpétuelle de la roue et du tour. Ils sont aussi tourmentés fré-
quemment par la sciatique, qui est due au mouve-
ment continuel de leurs membres inférieurs et à l’humidité de leur atelier.
Ceux qui chauffent le four pour y faire cuire les vases d'argile éprouvent les inconvéniens d’une cha-
leur trop vive, qui leur est d’autant plus funeste,
totalement détruit l'étamage; les comptoirs des marchands de vin, sillonnés par cette liqueur qui s’y est creusé des canaux, el qui, vendue à bas prix , porte avec une douceur perfide un poison redoutable dans l'estomac de ceux qui la boivent , tels sont les abus qui subsistent et qui chaque année font plusieurs victiines (Fouronoy). Toute une famille, au rapport de Van-Swielen , fut attaquée de la colique métalliqüe pour avoir bu de l’eau qui avait is ion des vases de plomb. :
DES POTIERS DE TERRE. 7 qu'ils passent sans précaution de la chaleurdu four dans le local destiné au pétrissage.
Le vernis dont on se sert pour enduire les poterics se fait avec de l’oxidé de plomb. Pour le préparer on broie finement l’oxide gris de plomb ou | tout autre oxide de ce métal, puis on le délaie dans l’eau pour faire une bouillie claire, dont on revêt avec un pinceau l’intérieur des vases. Ces diverses opérations dégagent des émanations de plomb qui occasionent la colique et la paralysie métalliques. Ramazzimi dit que les potiers de terre perdent leurs dents de bonne heure, qu'ils sont sujets aux engorgemens de la rate, et qu'ils éprouvent le twemblement des mains (1). Les Actes de Copen= hague (2) offrent l’histoire d’un potier dont l’ouverture du cadavre fit voir le poumon droit adhérent aux côtes , rappetissé et presque semblable à celui d’un phthisique. Cette lésion organique fut attribuée au métier du malade , qu'il avait quitté trop tard, après en avoir éprouvé l’insalubrité. P. Poterius dit avoir guéri, avec la décoction de sassafras et les baies de laurier, un pouer de terre qui était paralytique du côté droit , avec distorsion des vérièbres et roideur du col. Le même auteur parle d’un autre potier qui mourut subitement. On lit, dans la sep
(1) Cet effet, semblable à celui du mercure, fait soupçonner que ce dernier existe dans le plomb ; mais les chimistes n’onx pas démontré cet alliage. |
(2) Tom: , obs. 2r.
#2 |. MALADIES ième lettre, Lol: 11, de Morgagni, l'observation d’un pouer de terre qui succomba le septième jour à une pléuro - pneumonie compliquée d’une phrénésie. . Parmi les diverses altérations reconnues à l'ouverture du cadavre, on remarqua que les dernières vraies côtes du côté droit faisaient une saillie telle qu’elles semblaient comme repoussées en dehors par une tumeur développée dans la poitrine : on ne trouva cependant aucune tumeur dans cette cavité. Morgagni attribue cette saillie des côtes aux contractions 1rop violentes et trop répétées du muscle grand pectoral droit que les pouers exercent continuellement; mais s’il en était ainsi, pourquoi cette déviauon s’est-elle manifestée plutôt du côté droit que du côté gauche » puisque les poters se servent également des deux bras ? M. Corvisart, FA son Essai sur les maladies du cœur, cite l'exemple d’un pouer âgé de soixante-deux ans, qui avait éprouvé , des son enfance, une gêne habituelle dans la respira tion , géne qui avait augmenté avec l’âge. Il était exposé, par son métier, aux vicissitudes les plus grandes de la chaleur et du froid , se livrant tourà-tour au pétrissage de la terre et au chauffage des fourneaux. Dans le mois d'avril 1801, cet homme eut dans les lombes, et principalement du côté gauche , des douleurs rhumatismales très-aiguës qui augmentérent sensiblement la dyspnée dont il était habituellement affecté. Cet homme mourut à l’hôpital de la Charité. A l'ouverture du cadavre, on vit
que le péricarde contenait une plie quantité de