‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 29 sur 98 · DE CEUX QUI TRAVAILLENT DANS LES SALINES. OL · texte numérisé non relu

DE CEUX QUI TRAVAILLENT DANS LES SALINES. OL

hors des villes, et l’on doit, pour garantir les ouvriers des vapeurs pernicieuses, établir dans l'atelier une * cheminée pourvue d’un fourneau d'appel.

Maladies de ceux qui travaillent dans les salines.

[ Pline a dit que rien n’était plus utile que le soleil et le sel; on peut ajouter que rien n’est plus nécessaire. La nature ou son divin architecte , prévoyant la nécessité du sel pour l’homme , a créé avec le monde un réservoir de sel dans les mers, dont l'eau , par des canaux souterrains , s'élève jusqu'aux plus hautcs montagnes , et fournit ensuite les fontaines et les sources salées. C’est là l'origine du sel gemme qu'on trouve cristallisé dans différens en- ‘ droits de la terre , et que l’eau y a déposé en passant, à moins quon ne veuille croire que Dieu ait formé avec la terre des montagnes de sel. Quant au sel aruficiel , dont on fait le plus d'usage, on le fabrique en recevant l’eau de la mer dans des fosses , et en la laissant évaporer à l’aärdeur du soleil.

* La ville de Cervia , située sur le bord de la mer Admatique, fournit du sel à presque tonte l’Italie. J. Lanzomius de Ferrare, qui pratique la médecine à Cervia, m'a écrit que l'air de cette ville‘est rendu si acuf par le mélange des particules salines, qu'il ‘ronge le fer, le ramollit peu à peu ; et le réduit en poussière; que les ouvriers y sont tous cachectiques, bydropiques ; et ont aux jambes des plaies d'un trés-mauvais caractère; qu'ils sont'affamés et altérés, au point qu’ils ne peuvent être rassasiés , ce qui rend

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parmi eux les morts subitéssse fréquentes ; que la manière de les guérir est différente , suivant les médecins qu'ils appellent , et qu'il y a peu de remédesà employer dans leurs maladies aiguës , toujours accompagnées de la stupeur.. Je ne sais pas si ces maux sont produits par les seules particules sa— lines qu'ils avalent avec l'air , ou bien si l'air de la ville elle-même, qui passe pour très-malsain, n’y contribue pas pour beaucoup. Il est certain que Cer= via est abandonnée par! ses propres habitanss c’est. pour cela que les papes ont accordé à tous ceux qui ne peuvent pas payer leurs dettes la permission de s’y. choisir un asile, et de ne pouvoir y être poursuivis par leurs créanciers ; malgré ce privilége , ils paient un autre tribut à la nature, qui ne les en exemple pas. D'ailleurs, dans d’autres endroits où l’on fabrique du sel, les maladies des ouvriers ne sont ni si terribles ni si dangereuses qu’à Cervia. Venise , la reine de la mer Adriatique, jouit d’un ciel assez serein et d’un air assez pur; la population ÿ est très-nombreuse, malgré les exhalaisons de la mer qui l’environne de toutes parts. Les nombreux Ouvriers qui travaillent dans cette ville, dont les sa-. lines sont un des revenus Îles plus considérables , ne sont pas attaqués de maladies aussi redoutables | ceux de Cervia.

Cependant, ilest fort pr dbablé que la Hi on tion du sel est dangereuse pour ceux qui y sont employés , et leur cause des maladies graves , non<

seulement PA les vapeurs nuisibles , mais encore par:

DÉS CARRIÉRS. 03

les travaux excessifs et pénibles qu’elle exige. Agricola fait. observer! que la chaleur excessive des ateliers où travaillent ces ouvriers les force à rester presque nus, et à ne couvrir que leur tête avec des chapeaux de paille ; et les parties génitales avec uné espèce de bande. | 3

Les endroits de lialie où l’on prépare le sel au moyen de fosses pratiquées sur le bord ‘de la mer, n'offrent à leurs habitans qu'un air malsain, infecté par les vapeurs de l'eau salée et stagnante , et on ne voit aucune médecin y fixer sademeure.' Aussi les malheureux ouvriers , lorsqu'ils sont attaqués de maladies aiguës, périssent-ils faute de secours, où tombeni-1ls dans des maladies de langueur qui les ménent au tombeau. Les médecins qui sont appelés pour traiter ces ouvriers doivent leur prescrire la saignée avec beaucoup de modération : les évacuations sanguines causent des défaillances et asgravent le mal. Les purgatufs paraissent mieux leur convenir ; 1l en estide même du bon vin et des aromates. ] |

Maladies des Carriers:

: Les ouvriers qui retirent la pierre et lé marbre des carrières sont exposés à plusieurs maladies : 1° ils peuvent être blessés ou même tués par les pierres qui leur tombent sur le corps, ou même à être ensevelis sous les voûtes des carrières ; 2° l'air tpais et humide qui règne dans ces souterrains donne aux ouvriers toutes les maladies produites par

la suppression de la transpiration, telles que les catar-

rhes , les coliques , les rhumatismes ; 3° il se dégage quelquefois dans les carrières des vapeurs délétères semblables à celles qui menacent les mineurs: 4° la poussière qui s'échappe pendant l'extraction des pierres. pénètre däns les voies pulmonaires et gastriques des ouvriers, et détermine l’inflammation de ces parties. |

Les carriers qui passent une partie de. leur vie sous terre sont päles , bouffis, languissans , et succombent encore jeunes à la cachexie et à l’hydropisie.

On a conseillé à ces ouvriers de ne descendre dans les carrières que munis d’un sachet pendu à leur cou, dans lequel sont deux gousses d’ail pilées avec un peu de camphre , et de se frotter le visage avec de l’eau-de-vie camphrée ou du vin aromatique: le vinaigre peut suppléer à ces deux moyens. Si, malgré ces précauuons, les carriers sont atteints subitement de défaillances , alors on doit les mettre de suite dans un lit, leur faire boire une infusion de petite sauge , ou de toute autre, planté aromatique qu’on aura sous la main ; leur frotter tout le corps avec un linge imbibé de vin chaud et aromatisé, s’il est possible, Tous ces moyens tendent à ranimer la chaleur diminuée , et à rétablir la transpiration supprimée par l’air humide des carrières: La saignée ne convient que lorsque la face est rouge, gonflée et que le sujet est pléthorique. | je à

Quant aux gaz déléteres qui peuvent s aler dans les carrières , nous engageons les ouvriers à prendre les mêmes précautions que. les mineurs, à à surveiller

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leurs lampes, dont la lumière est d'autant plus faible que l’air est moins pur, d'entretenir des courans d'air, et d'être prêts à remonter le plus vite possible au moindre danger,

Maladies des Tailleurs de pierre, des Sculpieurs et ÿ des Marbriers.

… [Les tailleurs de pierre ,,les marbriers avalent souvent.en respirant des fragmens de pierre anguleux, pointus, qui sautent sous leurs marteaux : aussi la plupart sont tourmentés par la toux, et quelques-uns d’entr'eux deviennent asthmatiques etmême phthisiques. Quand ils taillent les pierres oule marbre, on prétend qu'il s'échappe une poudre sisubule, qu’elle pénètre des vessies de bœuf attachces dans leurs ateliers. Un sculpteur dont parle Diemerbroeck a trouvé , au bout d’un an, dans ces vessies, une poignée de cette poussière, qui, disait-1l, conduit peu à peu dans le tombeau les ouvriers qui ne prennent pas assez de précautions dans leur ouvrage. | On assure que les bouteilles de Sèvres, exposées à la poussière du grès, s'en remplissent au bout d’un certain temps, quoiqu'elles soient exactement bouchées ; mais, pour n’avoir aucun doute sur un pareil fait , 1l faudrait avoir recours à des expériences multiplées et faites avec la plus grande exactitude. Les tailleurs de pierre sont sujets aux ophthalmies, produites par les particules de pierre que le marteau . fatjaillir dans leurs yeux.

On trouve, à la fin du premier volume du Précis

06 F MALADIES d'opérations de chirurgie par le Blanc} un Mémoire sur la phthisie qui attaque les tailleurs de grès , et que ces Ouvriers appellent maladie du grès où de Saint-Roch. Ces tailleurs de grès sont tourmentés par la soif dans leurs travaux, et boivent beaucoup; ils sont sujets aux lassitüdes et aux douleurs rhumatismales. La plupart sont attaqués de la maladie de Saint-Roch avant quarante ans ; :! Y en a cependant quelques-uns parmi eux , mais en très-pétuit nombre , qui échappent à la phthisie, et qui vivent aussi fong-temps que les autres hommes. Cette maladie commencé par une toux séche qui dure quelques inois; les malades crachent ensuite; leurs crachats sont successivement blancs et savonneux, épais, sanguinolens et purulens ; il y a beaucoup ou point d'oppression, de l’ardeur à la trachéé-artère; la voix est auque, ét il existe une petite fièvre conünue. La région du foie est dure et les malades se plaignent d'y éprouver un sentiment de ‘pesanteur. Lie ventre est tendu. L’appétt se conserve jusqu'à ce que Ja diarrhée se déclare ; alors lés rachats se sup priment , les cheveux et les poils tombent, le somneil est perdu ou accompagné de sueurs abondantes. Les’ malades sont maigres et semiblables à des spectres ; les jambes, les pieds et les mains s'œdématient, et la mort survient peu de temps aprés d'appariion de cet œdème. Gette affection dure six mois, un an, et quelquefois plusieurs: aunées. | La poussière qui se détache des pierres pénètre par la bouche dans les poumons, s'arrête dans les

DES TAILLEURS DE PIERRE, lc. 07 voies respiratoires, se mêle aux mucosités dont ces organes sont lubrifiés, et forme parfois de vrais calculs qui donnent naissance à la toux, aux hémoptysies , et peuvent même occasioner des pleurésies , des péripneumonies dangereuses. M. Clozier a observé que les ouvriers qui taillent le grès sont plus sujets aux fluxions de poitrine que les autres hommes exposés à des travaux rudes et violens. Ces maladies dégénèrent le plus souvent en phthisies qui aménent la mort lentement. On a nié, dans ces dermiers temps, que les calculs pulmonaires fussent plus communs chez les tailleurs de pierre que chez les autres individus. Cependant Diemerbroeck (1 )affirme qu'il a rencontré plusieurs de ces calculs chez les ouvriers dont nous parlons , et qu'en coupant le ussu pulmonaire , il croyait porter son scalpel sur des graviers. Morgagni cite beaucoup de médecins qui

ont vu de pareilles concréuons. M. Alibert, dans sa Nosologie , assure que l'inspection anatomique lui a fait découvrir, dans les bronches de plusieurs tailleurs de pierre , des masses totalement sablonneuses. Ramazzini dit que plusieurs observations de méde- -cins apprennent qu'on a trouvé quelquefois des pierres dans l’estomac et les intestins des sculpteurs

et des märbriers.

Quand les tailleurs de pierre, les marbriers , les sculpteurs sont malades par suite de leur métier , ils

doivent d’abord le cesser , et faire ensuite usage de

HP Anal. CD.

boissons adoucissantes et de laitage. Ramazzini leur conseille , pour expulser les particules pulvérulentes, de prendre quelques vomitifs et quelques purgatifs.

Pendant leur travail , ces ouvriers doivent se préserver de la poussière qui volüge autour d'eux , en se couvrant la figure d’une gaze ployée en plusieurs doubles , et porter des conserves pour garantir leurs yeux. On peut encore leur recommander les pré- cautions qu'emploient les tailleurs de grès, près de Fontaincbleau : ces hommes se préservent du nuage de poussière .très-ténue qui se forme lorsqu'ils brisent leurs pierres , en se plaçant le dos au vent, dé sorte que Île courant d'air emporte la poussière , et qu'ils en avalent le moins possible.

Maladies des Chaufourniers.

Nous. appelons chaufourniers ceux qui font cuire la pierre à plâtre. Gette pierre est un: sulfate de chaux plus ou moins pur et trés-abondant dans les environs de Paris. Pour en extraire le plâtre, on la fait caleiner dans de grands fours, qui laissent désager des vapeurs épaisses formées par de l'acide carbonique et des matières sulfurenses. Les fours à chaux sont placés hors des villes à cause des incendies qu'ils pourraient occasioner, et des gaz nuusibles qui s’exhalent et qui ne manqneraïent pas d’altérer la santé des habitans. M. Fodéré rapporte, dans son Zraité de Médecine légale ; Yhistoire d’une famille de sept indt-

vidus qui, dans le mois d'avril 1806, fut asphyxice

DES CHAUFOURNIERS. 99 à Marseille , hors la barrière Saint-Victor, par la vapeur d’un four à chaux qu’on faisait brûler elandesünement dans la cour de la maison , vapeur qui s’'était introduite par la porte et les fenêtres. De ces sept individus , cinq périrent et deux furent sauvés. Tous cherchaient à fuir la mort en désertant la maison, et ,comme c'était pendant la nuit que l'accident était arrivé, On en trouva sur l'escalier et sur le seuil de la porte , une lampe à la maim, dans l’atutude de fuir ; mais le gaz délétère leur en avait ôté la force et les moyens. Cette vapeur avait agi exactement comme celle des charbons allumés.

Les chaufourniers sont exposés , surtout pendant l'été , à tous les inconvéniens d’une chaleur tres-vive ; ils sont maigres , pâles, suent abondamment et sont dévorés par la soif. S'ils se découvrent ou se refroidissent trop brusquement, ils éprouvent des coliques et des inflammations de divers organes. ’

Ces ouvriers doivent. établir leurs fourneaux dans la campagne , loin des villes, éviter les exhalaisons des fours, ne point s'exposer subitement à l’air froid en quittant leur travail, et s'abstenir de boisson froide. L'oxicrat et un mélange d’eau et d’eau-de-vie sont : très-convenables pour les désaltérer. S'ils ressentent un malaise occasioné par la transpiration. supprimée, ils peuvent la rétablir en prenant une infusion chaude de bourrache ou de sureau. |

100 MALADIES Maladies des Plätriers.

[ Ceux qui sont occupés à à battre le plâtre, à le passer, ceux qui le vendent, ont, comme je l'ai souvent observé, une grande difficulté de respirer s le ventre resserré, les hypochondres durs et tendus, le visage pâle et vraiment plâtré. Ces maux afiligent aussi les modeleurs qui font avec le plâtre des statues, des bustes pour orner les temples’, les maisons des princes et les bibliothèques. ] |

Outre les maladies dont parle Dane , les plàtriers sont encore sujets aux inflammations des yeux et de la gorge , à l'asthme et à la phthisie pulmonaire. Ces affections sont attribuées aux particules gypseuses qui volugent dans l'air et qui s’introduisent par la bouche dans les voies aériennes , où elles forment des concréüons. Vedelius (1) a rencontré un calcul dans les poumons d’une servante qui travaillait chez un marchand de chaux : il pense que ce calcul est dû aux particules du plâtre qu’elle avait avalées. Ün médecin distingué de l'Hôtel-Dieu de Paris, M. Petit, raconte, dans ses Lecons cliniques , l’histoire d’un marchand de plâtre dont la difficulté de respirer était telle quelques jours avant sa mort, qu'il avait à peine cinq à six inspirations par minute. Les deux poumons furent trouvés farcis de petites concréuons calcaires que l’on regarda comme a re A Land, joue Ne CSN |

CHPTSECT, x, probl. 40.

DES PLATRIERS. "JO

produites par la parte la plus déliéé du’ plâtre inspirée avec l'air : le tisu pulmonaire n'était nullement altéré. Nous avons déjà dit que plusieurs inédecins de nos jours n’admettent pas que les mo- Keules plâtreuses puissent former des concrétions : dans les poumons; ils pensent que cellés qu'on ÿ observe sont un produit morbifique. C’est à F'expérience à déterminer le degré de valeur de cette as- . sertion.

Le plâtre a une action d'autant plus irritante qu'il est préparé plus récemment. Les ouvriers en sont aussi plus incommodés quand ils travaillent dans un endroit clos.

Lorsque les plätriers sont malades, Ramazzini leur conseille une infusion de mauve et de violettes, l'huile d'amandes douces récente, les émulsions de semences de melon , le lait et un régime adoucissant ; mais s'ils sont obligés de continuer leur travail, ils meurent presque tous asthmatiques et cachectiques.

Ceux qui mettent le plâtre en poudre doivent travailler dans des heux vastes, exposés à un courant d'air qui emporte les molécules les plus subüles. Pour se préserver d’une partie de ces molécules, ils pourraient aussi se couvrir le visage d’une gaze pliée en plusieurs doubles. Ils doivent se laver souvent les mains et la figure avec de l'eau üède. IF est à désirer que l’on invente des machines propres à pulvériser le plâtre, afin d'éviter bien des accidens et des maladies à la classe nombreuse des plätriers.

Un effet du plâtre et de la chaux sur les mains est

de les rendre dures , ridées!, et quelquefois même de produire des ulcères. On a remarqué que les plâtriers ne sont point sujets à la gale, et que s'ils en sont atteints , 1ls en guérissent sans traitement. -

Les personnes qui habitent les maisons nouvellement bâties éprouvent souvent de la ioux , des maux de gorge , un resserrement de poitrine, des coliques, la diarrhée, et même la paralysie. Ces accidens sont dus autant à l’action du plâtre qu'à la suppression de la transpiration causée par l'humidité des nouvelles maisons. On y remédie par des sudorifiques légers , ‘par des'émolliens , et le lait long-temps continué.

Maladies des Macons.

Les maçons sont sujets:a-peu-prèés aux mêmes maladies que les tailleurs de pierre et les plâtriers. Les fragmens de pierre.que fait sauter le marteau peuvent blésser l'œil et causer des ophthalmies plus ou moins intenses. La poussière qui s'échappe des démolitions est très-nuisible aux ouvriers, surtout quand les bois sont vermoulus et quil entre de la terre dans la composition des murs. Elle produit de la sécheresse à la gorge et provoque l'éternuement et. la toux. :

Les vapeurs épaisses et piquantes que dégage la chaux au moment où l’on y verse l'eau et qu'on la mêle, occasionent fréquemment une impression trés-aclive sur Jes yeux et sur les voies respiratoires des manœuvres qui pratiquent cette opération.

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