DÉS NOURRICES. EG
.: Ce sont ces mêmes causes qui donneñt naissance à la faiblesse de la vue , aux douleurs de tête, aux vertiges, aux étouffemens dont se plaignent ‘ordinairement les nourrices , aux flueurs blanches auxquelles elles sont sujettes, surtout quand elles allaitent pendant. plusieurs années. Baillou, le médecin le plus expérimenté de son siècle, dit (1) que toutes les femmes qui nourrisent long-temips deviennent maiores, valétudinaires, faibles et sujettes aux flueurs blanches. Ce savant praticien cite l’observation d'une femme qui avait tant de lait, qu'elle crut pouvoir nourrir trois enfans à Ja fois: mais bientôt cet effort. fut suivi du marasme. Il rapporte aussi Plistoire (1) d’une nourrice qui nous fournira l'occasion Ge faire une remarque utile pour la guérison des maladies de ces femmes. Voici ses propres paroles : « Une femme qui nourrissail ent une fluxion sur l'épine , qui devint roide et presque immobile : les soins et la nourriture qu’elle donnait à son enfant avaient été sans doute la catise de ce mal. Un remède simple, l'applicauon du coton et dé Phuile, la soulagea ; on n'eut pas recours à la saignée ; la chaleur du lit et les frictions achevèrent la guérison : un, autre médecin Jui aurait ouvert la veine . » Souvent donc les medecins se trompent lorsque, rapportant la eause de toutes les maladies des nourrices à la suppression de leurs règles, ils n’ont rien de plus pressé que de
les faire saigner. Dans une pareille circonstance, les
(1) L. 2, Epid.
médecins de notre pays emploieraient deux ou trois
gnées , et croiraient faire un crime en oubliant un ° \ 9 «à Ÿ Lé k
pareil moyer. Dés qu’une nourrice est attaquée d’une
sal
maladie, 1ls mettent tout l'espoir de la guérison dans la signée , fondés sur ce que, pendant tout le temps que la femme nourrit, elle n’a pas ses règles ; mais ils commettent souvent une grande erreur: il ne faut pas en effet regarder lasuppression des menstrues et l'abondance du sang comme la principale causé de la maladie, mais avoir égard à l’état de faiblesse produit par l’excrétion du lait long-temps continuée. Or, comme il se présente souvent des nourrices malades ; comme d’ailleurs la plupart de ces femmes n'usent pas d’alimens très-substantiels, excepté celles qui sont attachées aux grands, il faut leur ordonner la saignée avec prudence, de peur d’affaiblir leur corps épuisé, et de rendre la maladie plus grave. Je préférerais volontiers l’usage des purgaufs à la saignée faite à contre-temps. |
Tout le monde sait combien de maladies peuvent affecter les mamelles des nourrices : tels sont la trop grande quantité du lait, son épanchement et sa trop grande fluidité qui donne lieu à la perte des forces, son grumélement, les inflammations , les abcès au sein , les gercures des mamelons. Pour ne pas répéter ce qu’on trouve par-tout, je ne dirai rien sur les causes et sur la curation de ces maladies ; les auteurs en ont tous parlé avec assez d'étendue, et ils ont indiqué une grande quantité de remèdes ap-
propriés 5
DES NOURRICES. 185 Quelquefois il survient aux nourrices uñe douleur compressive dans la région dorsale , sartoût à celles qui sont nouvellement accouchées et qui ont beaucoup de lait: cette douleur ést dué à la mollesse et au relâchement de leurs seins, ou à la faiblesse de leur nourrisson , qui ne les tête pas assez. Ge sentiment douloureux de serrement qu’elles éprouvent dans le dos vient de la plénitude et de la dilatation des vaisseaux Jymphatiques qui serpentent sur la colonne épinière, et qui portent la substance chyleuse dans les, mamelles pour la sécrétion du lait. On peut le guérir facilement par un régime tempérant, en ditminuant la nourriture, en évitant de boire du vin trop généreux, et en urant un peu de sang si la douleur est vive. Au reste, cette douleur , quelquefois accompagnéc de la fievre, ne s’observe que chez les femmes fort grasses, qui fontusage de mets succulens. Les nourrices sont aussi tourmentées d'affection hystérique, comme je Y'ai déja dit, celles surtout qui , nourries avec profusion chez les grands, sont en même temps éloignées du commerce de leurs maris ; leur estomac, farei et rempli d’alimens trèsnourrissans , distribue à la matrice une grande quantité de liqueur séminale ; et cet orgare, irrité et agité par la présence dece suc, se soulève, se déchaîne comme un animal furieux, et gâte, par ce trouble, le lait qui se forme dans les mamelles. Tous les mé decins qui ont écrit sur le régime des nourrices regardent comme hors de doute ét comnie une déei-
sion d'oracle, la règle qui défend aux nourices
d’habiter avec leurs maris, de peur que le lait ne s'altère. « Je conseille, dit Galien , à la femme qui veut nourrir de s'abstenir des plaisirs de Vénus, car le coït provoque les règles et décompose le lait. » Je serais trop long si je voulais énumérer tous les auteurs qui Ont appuyé cel ayis et qui l'ont cru nécessaire. Je le regarde comme aussi peu d'accord avec la raison, que contraire à l'expérience et à la santé des femmes. Je ne nie cependant pas qu'une nourrice qui devient enceinte donne une nourriture mauvaise et trop faible à son nourrisson ;.et je conviens que, dans ce cas, 1l fant sevrer ce dernier où lui donner une autre nourrice. Je ne prétends pas non plus dire que le coït fréquent et immodére ne détériore pas le lait; mais je pense que la coutume de retenir les nourrices chez soi et de les éloigner du commerce et de la vue de leurs époux, en les empéchant de visiter et leurs maisons et leurs enfans, peut l’altérer encore davantage, puisque cetté contrainte, enflammant leurs désirs pour des plaisirs qu'on leur défend , agite leur esprit. jour et nuit et les fait tomber dans des passions hystériques trésviolentes. Ainsi les fautes des nourrices et de ceux qui les gardent chez eux et avec plus de soins que leurs propres femmes, fout souffrir les innocentes créatures, pour qui ils prennént ces soins à contre- EPS. .. * |
Laissons donc tous des écrivains penser à leur ma- nière et adopter l'opinion de Galien ; laissons-les dé-
fendre aux nourrices d’habiter avec leurs maris et
DES NOURRICES. 109 ordonner qu'elles soient emprisonnées dans des lieux séparés des hommes ; pour moi, je ne puis me ranger à leur sentiment et je dirais volontiers comme cet orateur : j'en appelle au peuple. En effet, dans les familles qui lescomposent, je vois toutes les mères nourrir leurs enfans, à moins que quelque circonstance ne les en empêche , coucher toutes les nuits avec leur mari et jouir des plaisirs de l'amour,
sans éprouver toutes les incommodités et les altéra-
uons du lait que redoutent les médecins pour les
nourrices des grands et des princes , à qui ils font faire vœu de chasteté. Je ne regarde donc pas cette précaution comme si sûre et si salutaire que le disent les praticiens célébres qui la recommandent. Au reste, dans la ville que j'habite { Modène }, 1 ÿ a peu de nobles qui retiennent chez eux des nourrices : ils ont remarqué que les désirs vénériens de ces femmes étaient trop stimulés par, üne nourriture succulente, et que leurs enfans n'étaient pas mieux élevés chez eux que ceux du peuple. et des laboureurs ,.que même ils étaient plns faibles et plus maladifs. C’est pourquoi ils les confient tous à des nourrices dans leurs maisons,avec leurs propres enfans, et ils préfèrent encore les femmes de la campagne à celles des villes, parce que leur lait, plus fort, rend leurs nourrissons plus robustes.
Je ne connais guère que Martianus (r) qui condamne la méthode d’éloigacr les nourrices de leurs
(:): De Nat. puer. ver. , 290.
186 MALADIES maris, méthode qu’on adopte avec la meïlleure foi du monde, parec qu’on la croit salutaire. Ce médecin, après avoir exposé la manière dont il conçoit la formation du lait chez les femmes enceintes et chez les accouchées , ajoute : « Si ce Que je pense est vrai, c’est une erreur que de défendre le coït aux nourrices , et de croire que le lait en est altéré. Car cet excrcice éxcite un mouvernent dans l'utérus qui favorise la sécrétion du lait et-donne à la femme une gatié vive qui relâche les vaisseaux, comme disait Hippocrate (1}, et qui contribue pour beaucoup et à l'abondance et à la bonté de son lait. Bien plus, si V'absuinence des plaisirs de l'amour nuit assez aux fermes qui y sont accoutumées pour leur causer différentes maladies dès qu’elles sont privées de leurs maris, 1l est dangereux de faire éprouver une pareille privation aux nourrices. » elles sont les paroles de ce savant médecin.
Examinons maintenant les secours que notre art peut fournir aux nourrices. Si elles éprouvent quelque affection dangereuse produite par la trop grande excréuon de lait, 1l faut éloigner la cause en leur ordonnant de cesser de nourrir. Si elles sont menacées de phtlhusie par la maigreur de leur corps, la perte de l’appéut, linsommie et la pâleur de leur teint, il faut sur-le-champ les empêcher d’allaiter, et leur prescrire les remèdes qui peuvent prévenir la phihisie et rendre l’embonpoint à leur corps. Richard
(i) De Morb. Mul., l. 1.