‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 44 sur 98 · TROISIÈME ORDRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ORDRE

Maladies causées par des vapeurs ou molécules vésétales.

On peut ranger dans cet ordre les maladies des boulangers, des ouvriers en tabac, des chanvriers, des râmoneurs ,'etc., etc. Ces ouvriers sont enveloppés d’une poussière plus ou moins ténue qui pénètre dans les voies respiratoires ét digestives. Les molécules pulvérulentes produisent sur ces parties une:irritation plus ou moins vive.

Ces ouvriers se préserveront de ces molécules en se couvrant la figure d’une gaze ou la bouche et le: nez d’une éponge mouillée, ou mieux encore en établissant dans leurs ateliers une cheminée suivant la

méthode de M. d'Arcet.

| Maladies des Boulanger.

[ Rien n’est plus utile et plus nécessaire à la vie des hommes que l’art du boulanger. Les Romains , au rapport de Pline , n’eurent pas de boulanger ; usqu'à l'année 530 de leur fondation ; lés citoyens cuisaient leur pain eux-mêmes, et cet ouvrage était confié aux femmes. Rome étant ensuite devenue très peuplée, le métier de boulanger fut fait par des esclaves. | Aujourd’hui toutes les villes de France ont des boulangeries, et ce n'est que dans les bourgs et les villages que chacun cuit son pain.

[Les boulangers ont un genre de vie opposé et

193 | 7 MALADIES contraire à celui des autres hommes, puisqu'ils tra vaillent la nuit et dorment le jour. Ils sont exposés à plusieurs maladies causées par leur profession. Ceux qui séparent la farine d'avec le son, au moyen de bluteaux , ceux qui secouent et portent les sacs, ne peuvent s'empêcher d’avaler avec l'air qu'ils respirent les particules de farine qui voluigent. Cette poussière farineuse se mêle avec la salive et forme une pâte qui s'attache au gosier , ‘à l’estomac et aux bronches ; ce qui rend en peu,de temps ces ouvriers sujets à la toux , à l’enrouement et à la difficulté de respirer. Ces molécules attaquentaussi les organes de la vue, qui deviennent souvent chassieux. Pour se: garantir de.ces maux ; les boulangers ont coutume de s’attacher un mouchoir à la figuré ;:mais cemoyen, dont parle Pignoïius dans son Traitédes Esclaves , nesufhit pas pour empêcher la farine de pénétrer dans les voies aériennes. Je conseille à ces ouvriers de se laver souvent le visage avec de l’eau tiède, dese gargariser la bouche avec de l’oxicrat, de faire usage d’oximiel , et de se purger de temps en temps ou de se faire vonur quand ils éprouvent dela difficulté .à, respirer. J'ai vu ce remède ,urertdes: portes de la mort quelques boulangers. | 5 | | du “ro

Ceux qui pétrissent la pâte, et la ai en pains font des efforts assez considérables qui; les disposent aux maladies du cœur. Obligés de’ se tenir debout en travaillant, 1ls sont sujets aux varices et aux ulcères des jambes. | J’ai,vu quelquefois leurs mains enflées et douloureuses;1ls les ont tous d’une grosseur pro= .

DES: BOULANGERS. 195 digiéusé, phénomène. que j'attribue à l'absorption de la pâte qu'ils manient, et surtout à l’exercice.coniinuel des maius.et des bras, Les mains des boulangers décèlent leur profession. |

Dans les pays en degà et au-delà du P6 , les bou langers se.servent d'une planche épaisse ou: d’une table à trois pieds , sur laquelleiest fixé un morceau de bois allonge , de forme conique , qui se menutien tous les sens , et avec lequel ils frappent une grande masse de pâte ;, qu'ils pétrissent ensuite avee les bras et les genoux; cette manœuvre fait courber «les genoux en dehors , les rend cagneux; de sorte qu'ils boîent.en marchant. Il n'y a aucun reméde à cette incommodité hi

Les ouvriers qui cuisent le pain sant les moins à plaindre : eneflet , si la chaleur qu'ils éprouvent en mettant les pains au four leur occasione dés maux assez graves, l'odeur du.pain chaud compense lés pertes qu'ils font par les sueurs , car le pain frais est un aliment trés-analeptique; son odeur seulé anime les ésprits animaux |. On prétend que Démocrite a soutenu son existence par la vapeur du pain chaud. Plusieurs boulangers n1'ont assuré que cette vapeur leur cause souventune perte totale de l'appéut. Quoi qu'il en soit, les ouvriers occupés au four sont «xposés constamment à une chaleur excessive qui des -dessèche et provoque la :soif. L’habitude qu'ils ont de prendre des boissons froides et de sortir, même -dans l'hiver, presque tout nus, n'ayant qu'une-simple toile autour de leur ceinture, fait naître chez.eux

des rhumes de cerveau, l’enrouement, des douleurs rhumatismales ; et diverses maladies de la poitrine, telles que la pleurésie et la péripneumonie. Ces'maladies étant produites par-une suppression de la transpiration , se guérissent, comme l’observe Ramazzini,, par les sueurs que l’on sollicité en habitant une chambre chaude, et en buvant un'infusion de bourrache ou de sureau. S1 ces moyens sont insuflisans, 1l faut recourir aux saignées plus ou moins copieuses.

Quelques boulangers conservent la coutume blämable de jeter la braise allumée dans leurs caves pour l'étemdre;, et de l'aller chercher ensuite. En y entrant, ils sont-quelquefcis asphyxiés par la vapeur de la braise. Ce malheur est arrivé à Chartres, chez un boulanger. Cimq personnes, dont deux étaient ses propres fils, furent asphyxiées sans qu’on püût les rap- | peler à lavie. Un boulanger trop hardi, qui voulut le Jéendemain retirer ces corps avec un croc, y périt aussi. Onen fit l'ouverture , et l’on trouva les intestins distendus, rouges, enflammés, etles poumonscouverts ‘de'taches noirâtres; les muscles étaient séparés de Jeurs voisins et de leursaitaches. De l’eau jetée dans la cave éteignit tout-à-fait la braise, et absorba le gaz ‘atide carbonique qui avait été la cause de la mort de ces six personnes. Cet usage est donc pernicieux ; il est aboli chez les boulangers de Paris, qui éteignent leur braise dans de grands vases en tôle fermés trèsexactement .Il faut avoir la précaution de ne les ouvuir-qu'au bout d’un certain temps, ‘afin que braise soit entiérement éteinte.

DES PATISSIERS. 195 La plupart des garcons boulangers sont pâles, maigres et d’une faible santé (x); 1ls éprouvent des maladies plus fréquemment qne les autres ouvriers, ce qui dépend de la fatigue de leur profession et des erreurs de régime auxquelles ils se ivrent. L’habitude qu'ils ont de boire du vin blanc le matin à jeun rend chez eux les gastrites trés-fréquentes. Ils sont souvent atteints de darires furfuracées, de la gale et de maladies: vénériennes ; ils meurent ordinairement épuisés ; entre quarante et cinquante ans. Stoll a remarqué que ces artisans, quand ils sont attaqués de maladies aiguës, succombent plus souvent et plus promptement que les'autres, et qu'ils sont très-sujets aux fiévres malignes , dont ilsreviennent avec peine. Dansila peste affreuse qui désola Marseille en 1720, tous les boulangers périrent ; et on fut obligé d’en faire venir des villes voisines pour suflire aux besoins

du peuple.

Méadieÿtdes Pätissiers.

Les pâussiers sont exposés aux mêmes maladies que les boulangers : cependant elles sont moins intenses. La farine rend souvent leurs paupières chassieuses. Comme ils approchent toujours leurs mains

(1} M. Cadet-Gassicourt dit qu’ils sont querelleurs, joueurs, débauchés , très-vindicatifs. Comme la plus grande partie de leur travail se fait la nuit et qu’ils sont presque toujours dans des lieux sombres , ils deviennent facilement misanthropes et insociables.

dur feu , al leur survient quelquefois, à lésurface du métacarpe, des dartres squammeuses dont la guérisori est trés-dfhcrle. M.Cadet-Gassicourt’ dit que ces artisanssont moins: débauchés que les dpt , plus Hiial el sa pre Le CLÉ

Maladies des Meuriers.

[ Les maladies des meuniers différent peude celles .des boulangers. Vivant dans une atmosphère chargée de particules : farineuses , les meuniers en avalent malgré eux: une. grande quantité, J'en ai vu devenir asthmatiqueset hydropiques: Souvent, dansdes efforts qu'ils font pour soulever et-porter les sacs pleins de farine , ls se donnent des hernies. Le bruit des roués, desrmeules etdes-eaux , qui frappe continuellement leurs oreilles, les rend presque tous sourds. | Leurs habitauons, bâties sur l’eau, sont froides, humides, et les exposent aux rbumatismes et aux affections ” chroniques de la poitrine.

… (Al est digne de reniarque, que les meuniers et les boulangers sont. sujets à la maladie pédiculure. Cette maladie, provient-elle de la malpropreté de .C6$ GUVTIEFS , ou bien le mélange. de la farine avecla crasse de leur peau favorise-t-elle la production des poux ?

Chez les anciens, les meuniers étaient attaqués de maladies plus graves que dans notre siècle. On ne connaissait pas alors les moulins à eau ; pour réduire

les grains en poudre, on se servait de meules qu'on

faisait mouvoir par des chévaux, des esclaves ct des feuimes : c'est de là qu'est venu le non: de meules à tourner, parce qu'on était obligé d'employer touies ses forces à ce travail, qui était une espèce de supplice pour les criminels. Nous lisons dans l'Écriture sainte que les Philistins : aprés avoir creyé les yeux à Samson, l'ont condamné à tourner une meule. On avait coutume de crever les yeux aux esclaves “occupés à cet emploi, afin de les préserver du vertige.

Les meuniers doivent prendre les mêmes précautions que les boulangers , puisque leurs maladies proviennent également déla farine qui, voltigeant dans l'air, pénètre dans les voies respiratoires ; ils doivent se couvrir la figure d’un morceau de mousseline ployé en plusieurs doubles. S'il leur survient une hernie , il faut qu'ils portent continuellement un bandage ; ils pourraient même, comme je l'ai con seillé avec succès, en porter toujours un pour se préserver de cette maladie. Pour diminuer l'impression ficheuse que cause le bruit des meules, les meuniers peuvent s’introduire du coton dans les oreilles; les vêtemens chauds leur conviennent aussi pour se garantir de l’humidnté.

Quant à la maladie prédiculaire (qu’on ébserve rarement aujourd'hui}, les bains et le changement fréquent de linge suffisent pour sa guérison. Si cette affection était rebelle à ces moyens, on pourrait avoir recours aux lotions avec une décoction d’absinthe, de staphisaigre , et surtout'aux frictions mercurielles. |

TJ 68 MALADIES

Maladies des Perruquiers et, des Coiffeurs.

Lorsqu'on faisait autrefois un fréquent usage de la poudre, les perruquiers , respirant les molécules que faisait voltiger la houppe, étaient souvent atteints

d’asthme.et de phthisie, à l’âge de quarante ou cin-

quante ans. Aujourd'hui que la mode de la poudre est presqu "entièrement passée, les perruquiers sont moins exposés à ces maladies. Les coiffeurs actuels doivent faire attention aux cheveux dont ils se servent pour la confection des perruques: s'ils proviennent d’un individu galeux ou teigneux ; ils courent le risque de contracter la gale ou la teigne. M. Cadet-Gassicourt admet deux classes parmi les perruquiers : l’une honnête, industrieuse, économe ; l’autre débauchée, paresseuse et bavarde à l'exces ; 1l a remarqué que ces artisans ont souvent des es aux malléoles.

Maladies des A rtontbs

[ Les ouvriers qui préparent l’amidon ont aussi des maladies particulières à craindre. Pour fabriquer cette fécule , ils méttent, en été, du fromenit dans des vases et le laissent macérer dans l’eau jusqu’à la germination ; alors ils le foulent, comme on fait le raisin ;

‘et quoique ce travail s'exécute en plein air ; l'odeur

qui s'élève de cette matière écumeuse est si forte et si aigre , que celui quu la presse avec les pieds, et ceux

qui la ramassent pour eu retirer le suc qu'on kusse

DES AMIDONNIERS. | 1 0e:

dessécher au soleil, se plaignent de douleurs de tête, de difficulté de respirer , d’une toux très-fatigante , et sont obligés de quitter de temps en temps leur ouvrage pour ne pas être suffoqués. J'ai fait inoi-méme cette observation, et j'airespiré cette odeur insupportable qui frappait mon nez comme un acide très-pénétrant. | C’est à eau sure dont se servent les amidonniers et qui se prépare avec du levain de bou-langer, que l’on doit attribuer cette odeur malfaisante. M. Cadet-Gassicourt dit que ces ouvriers sont sales , crapuleux , et sujets aux fièvres adynamiques et ataxiques.

La pulvérisation de I ot qui est une véritable farine, produit les mêmes accidens que ceux auxqueis sont exposés les boulangers.

[ J'ai coutume d’avertir les amidonniers de travailler dans des lieux vastes et bien aérés. S'ils sont attaqués de quelques maladies causées par leurs travaux, je leur administre l’huile d'amandes douces , les émulsions de semences de melon, la tisane d'orge, etc. |

On à conseillé à ces ouvriers de se placer autour du cou une espèce d’entonnoir de carton ou de papier dont l’extrémité la plus large soit tournée vers-la tête, pour briser la direcuon de. la vapeur ÿ mais ce moyen est à la fois insuffisant et gênant. Courtelle, dans ses Élémens d'Hygiène, propose de dégager de temps à autre de l’ammoniaque, pour neutraliser la vapeur acide qui s’exhale de l’'anidon.

R à sh Maladies des Bluicurs, Sasseurs ét Mesureurs de | Dre rer MX Bio Te

[ Tous les grains , et le froment surtout , conservés

ot

leur est mêlée, Cette poussière est composée de celle que produisent les batteurs en grange, et d’une autre plus pernicieuse qui se forme dans les grains, lorsqu'ils sont gardés long-témps. Quand on les a serrés humides, ils séchauffent, fermentent ct se réduisent en poussière. En outre, il se détache toujours des molécules ténues de leur enveloppe, qui se desséche et:se sépare du froment. Ajoutez à cela la poussière que font en les rongeant les teignes , les charancons, et celle qui-résulie de Ja coulure, du charbon, de la nielle, et surtout de l’érgot, maladies qui affectent les grains. Toutes les fois qu'il faux les bluter pour les donner à moudre, ou les mesurer dans les magasins où on les vend!, les bluteurs et les mesureurs sont si incommodés de cette poussière, qu’après leur travail, ils ont coutume de le détester , à cause des maux qu'il produit. En effet, lès molécules de cette poussière leur dessèchent la yorge et le palais, obstruent les voies respiratoires, et leur donnent une toux sèche et fatiganie. Ces ouvriersiont les yeux rouges et larmoyans; ils sont presque tous eachectiques, sujets'à l'asthme, à l’hydropisie, et parviennent rarement à un âge avancé. Cette poudre

est si âcre qu'elle cause une démangeaison sur toute

Page 1