D? INTRODUCTION
breux des praticiens pour en extraire ce qui avait rapport à son objet ; ceux des historiens , des éco nomistes sur les manœuvres , sur l’histoire des arts dans les différens âges du monde; écrire aux médecins célèbres des autres villés pour avoir des éclaircissemens sur. les maladies des ouvriers particuliers aux lieux qu'ils habitaient ; par-
courir les boutiques et les ateliers à sa portée, pour y puiser des connaissances qu ‘aucun auteur ne pouvait lui donner ; interroger les différens ouvriers sur leur profession et sur leurs maladies; ‘ telle fut la tâche que se proposa Ramazzini DCet. qu'il remplit avec tant de zèle et d’exactitude. Son ouvrage parut pour la première fois à Modène en 2700. Quelques années après, on le publia tra duit en Allemagne; en 1713 , il fut réimprimé à Padoue avec un supplément de douze chapitres ; il a été depuis réimprimé plusieurs fois dans les différentes éditions des OEuvres de Ramazzini , qui ont été données à Londres et à Genève. Pour prouver quel sort eutce Traité, etquelle réputation il s'acquit parmi les savans , je me contenterai de traduire ; ici l'éloge qui se trouve inséré dans les Actes de Leïipsick (1). Voici comme il est concu :
(1) Cæterèm opus hoc pro tanté rerum varietate succinc- ‘tum quidem est, exquisito {amen sermonis nilore ornatum , ex longé et indefessæ experientiæ sinu collectum ; et innumeris auctorum tam veterum Græcorum et Romanorum , quäm mode ROrTuUmM præcipuë observationibus mare , philologicis,
INTRODUCTION. | - Xxÿ « Cet ouvrage précis , relativement au grand nom bre de faits qu ilcontient , est autant recommandable par la beauté et l'ornement du style, par tes avis salutaires qui S'y trouvent et qui sonË fe fruit d’une longue et heureuse expérience , que par le tableau précieux qu'il nous offre des observations sans nombre recueillies des anciens Grecs, des Romains , des modernes même , tant sur la médecine que sur les autres sciences. Il plaît également et aux médecins et à tous les autres amateurs des sciences , par les connaissances ‘intéressantes qu 71! contient sur la mécanique des différens arts. » Telle est la manière dont les au teurs des journaux de Léipsick ont parlé de cet ouvrage. D'ailleurs, ceux qui ont médité les écrits de Ramazzini savent assez les apprécier , sans qu’il $oit nécessaire d’en faire un éloge plus étendu , et qui pourrait devenir suspect. Contentons-nous de faire observer que plusieurs auteurs ont donné
à ce médecin le nom d’Æippocrate latin, où de troisième Hippocrate.
mecanicis ; vartisque ad artificia enchirisibus necessariis excultum , nec sois adeù medicis À sed et als rerum ejus= modi curiosis utilissimum. ( Act: erud. mi MeENS« januar., an.1702.) |
xx. INTRODUCTION... . - DEUXIÈME SECTION. .
Pour avoir une connaissance exacte et satisfai sante des travaux des médecins sur lés maladies des professions ; nous croyons.qu'il convient de faire trois classés des auteurs qui s’en sont occupés: En effet, les uns , et c’est le plus grand nombre , n’ont donné que des observations éparses sur qüelque métier; les autres ont traité de toutes les professions et des maux qui en sont la suite ; d’au— tres enfin ont écrit l” histoire des maladies qui résul+ tent ordinairement del exercicede certaines professions: Nous allons suivre cette division ; €t parcouvir les auteurs dont nous avons eu connaissance.
I. Auteurs qui ont. donné des observations eparses sur les maladies des professions. A1 est peu d'auteurs de médecine pratique quine cite.quelque maladie particulière aux professions. Aétius nous à peint une partie des maux auxquels les lutteurs étaient exposés. Baillou.a vu une ophthalmie causée par les vapeurs des boues de Paris à un malheureux ouvrier qi les ramassait. Fernel raconte qu’une sage-femme, pour avoir ac— couché une femme attaquée de la:maladie vénérienne, fut prise d’un ulcère à la main qui la fit tomber en pourriture. Potérius a décrit la maladie d’un potier de terre , dans le sixième chapitre de sa seconde centurie. Etmuller nous a donné le détail de celle d’un potier d’étain dont le métier
INTRODUCTION xxiÿ
Jui causa un asthme convulsif. Védélius ,dans sa Pathologie dogmatique ,. a parlé avec assez d’étendue des maladies des ouvriers en petits ob= jets. Diemerbroeck , en disséquant, dans un hô- ‘ pital , le domestique d’un lapidaire mort asthmatique , lui trouva les. vésicules. pulmonaires rem. plies de poudre de diainant ; l’année suivante , il fit la même observation sur les poumons.de deux ouvriérs du même état. : |
Quelques médecins ont éprouvé par eux-mêmes les dangers des différens arts. Galien nous a fait connaître une partie de ceux qui menacent les lutteurs, en nous apprenant qu'il $e fuxa la clavicule à cet exercice. Le même médecin , qui voyagea beaucoup pour s'instruire , comme il nous. Vapprend lui - même , manqua d’être suffoqué en visitant un souterrain en Chypre; d’où lon rétirait une eau verdâtre qui fournissait le vitriol de cuivre (sulfate de cuivre). 1H observa que les ouvriers occupés à porter cette eau hors du souterrain pour en retirer le vitriol par l’évaporation ,*le faisaient avec une très-grande Viz tesse ,. de peur de périr au milieu de leurs tra= vaux. Plusieurs savans que la nécessité a forcés de: se servir de chandelles dans leurs études nocturnés, seçsont très-mal trouvés de la vapeur.du suif ;'les vertiges et les douleurs -de poitrine qu'ils ent éprouvés annoncent les maux que cette sub stance doit causer à ceux qui la travaillent.
Plusieurs chimistes , en faisant des expériences,
XXI INTROPUCTION.
ont manqué périr victimes de leur zèle, et nous. ont instruits des maux qui naissent des différens. arts par les dangers qu’ils ont courus. Paracelse et Vanhelmont éprouvèrent plusieurs maladies en préparant les médicamens chimiques. Takenius manqua périr pour avoir respiré Podeur de l'arsenic qu’il sublimait. Geux d’entre eux qui se “sont occupés dés mines, obligés d’y descendre pour consulter les ouvriers ; et pour observer leurs manœuvres, tels que Beccher, Kunkel, Stockhusen et plusieurs autres; se sont assurés de la qualité nuisible de Pair malsain qu'on y respire, et des vapeurs mortelles qui en altèrent la pureté.
Dans les recueils nombreux des différentes Académies, on trouve quelques faits qui ont un rapport direct avec Les maladies des professions. Ainsi dans les Transactions philosophiques de là Société royale de Londres, en +665 , ik est question de* celle des mineurs de Fréjus. Olaüs Borrichius a consigné dans les Mémoires de Copenhague une observation sur la maladie d’un doreur , et, une autre sur celle d’une femme qui gagnait Sa vie à faire dé la chandelle. Les mêmes Actes nous offrent la relation: de l'ouverture d'un potier de terre , dont le mauvais état des poumons fut attribué au métier qü'il avait exércé. Dans les Mélanges des Curieux (1), on trouve des détails sur
(1) Decad.x1, ann. 3, obs. 191; Decad..m, ann. 4, Obs. 10, 90 , q2.
| INTRODUCTION xxv les maladies que les substances métalliques font naître chez ceux qui les travaillent.
Telles sont ‘Les: sources principales dans lesquelles Ramazzini a puisé les faits qui hui-ont servi pour son ouvrage, Mais, depuis ce médecn, les connaissances se sont peu acerues , et à peine a-t-on vu paraître quelques observations sur les maladies des professions. Morgagni , dans ses Recherches sur le Siéseet la Cause des maladies, a indiqué la ‘profession des ouvriers qu'il a disséqués: Nous ‘nous sommes fait un devoir -d’éxtraire de cét auteur tout ce. qui peut interesser la santé des artisans. Nous avons aussi prolité de quelques faits consignés dons la INosologie méthodique de Sauvages, dans les Commentaires de Van-Swiéten-, dans la Médecine pratique de Stoil ,- dans la Matière. médicale de Desbois de Rochefort dans l'Essai sur les Maladies. du cœur, par Corvisart ,et dans le Traité de QUES lé gale, par M. Fôdéré.
IL. Auteurs Gui ont traité des Rd de toutes les proféssions. On peut dire avec vérité que ceux qui ont'écrit sur les maladies de toutes les professions n’ont rien dit de plus que Ramazzini, et n’ont fait que le SN Ces auteurs sonten assez petit nombre : nous n’en connaissons que cinq.
1°. En 1740 il parut un livre intitulé : Za NZédecine, la Chirurgie, etla Pharmacie des pau ‘vres, par Hecquet, mis du jour par M. Lacheric' On trouve dans le second volume de cet ouvrage
XXY) INTRODUCTION.
des détails assez étendus , ét qui compréhnent environ cent quarante pages, sur les ‘maladies des artisans : c’est un extrait tout pur de Ramazzini. Hecquet indique les mêmes observations, les.
mêmes remèdes et les mêmes préservatifs que le médecin. de Padoue’, dans l'ouvrage duquel. il +500) avoir puisé. Mi ie
+, Le Dictionnaire le sé pat dué méde-— cins, donné au public, en 1760 , offre’, dans lesecond volume , à l’article Maladies des Artisans , environ cinquante pages sur’ cet objet. Les artisans y sont rangés par ordre :alphabetique. En lisant attentivement et avec Soin ‘cès détails , et en les confrontant avec ceux de Hecquet > On y trouve les mêmes phrases , les mêmes expressions et les mêmes recettes. Pour én‘donner une preuve, il suffira de rappeler quelques passages dé ces deux ouvrages. On lit, page or du Dictignnaire ae Santé, Maladies des Porteurs de chaise: « Les porteurs-de chaise soht un autre genre d'hommes | que le poids de leur profession actable » ; et dans Hecquet , page 1 10 : « Les porteurs de’ chaise sont -un'autre genre d’hommes que le poids d’une profession accable. » À la page 2 du même Diction= naire;, vers le milieu : «Si on ajoute à ces inconvéniens l'habitude où sont les PAIE de chaise de:s’enivrer de vin et d’eau-de-vie , Yon saura la raison pourquoi le sang, souffrant par sa turgestence ou trop Taréfié , passe alors diflicilement par le poumon. » En confrontant avec
INTRODUCTION. xXVIT Hecquet, on trouve page 3 la phrasesuivante : « Si l’on ajoute à ces inconvéniens l'habitude où sont les porteurs de chaise des’enivrer de vinet.d’eaude-vie, on saura pourquoi le sang bouffant par sa turgescence. ou trop raréfié , passe alors bien difficilement. par, le poumon. » Ilbn'ya de diffé rent dans ces deux passagés que le mot houfjuné de Hecquet , auquel les auteurs du Dictionnaire de Santé ont substitué celui de souffrant. En faisant un assez grand nombre de confrontations semblables » il est très-aisé de se convaincre que ‘les auteurs du Dictionnaire de Santé ont copié HQE dans ces détails.
. Le Dictionnaire de Médecine publié à Paris en: 1772 est une répétition du Dictionnaire de Santé. Les auteurs du premier n ’ont fait que changer l’ordre des phrases du Dictionnaire de Santé, et en ajouter quelques nouvelles, surtout au commencement et à la fin de chaque article : "
c’est ce dont ori peut facilement se convaincre en consultant ces deux livres l’un après l'autre.
4°. Le docteur Nicolas Skragge. a soutenu à Upsal ,. le 15 juin 1764, une thèse sur les maladies des artisans, que l’on trouve dans le septième volume des Amænitates academicæ de Linné. Cette dissertition ,d environ dix pages; est un extrait trèsprécis du Traité de Ramazzini, dans le mêmeordre que les chapitres de ce dernier, Nous. devons faire observer » 1° que l'auteur annonce avoir sutvi Ramazzini : « .Æded verd solide hoc dt ue ab
XXVIr} INTRODUCTION.
» italo doctissimo Ramazzini, in suo de morbis ar:- » tificum libro, et elaboratum, ut maximi ident .» à medicis habeatur pretit. Cum autem hic liber » rarior $it aique difficilior | quàäm ut vulgo inser- » vire queat ; ego non tantum opiima quæque ex » hoc opereseligere,sed meas quoque et aliorum ad- » dere observationes quas in arduo hoc argumento » et plurium. omnind ôperam ad perfectum fasti- » gium poscente , Ramazzini reliquit intactas. » 2°. Quäl s’est contenté d'indiquer les maladies auxquellés chaque artisan «est sujet, sans des aucun détail sur les remèdes qui conviennent. ces maladies. 3°. Qu'il y a quelques ee propres au docteur Skragge , dont voici le précis. Les oûvriers qui font la céruse sont sujets à la rigidité des membres et à la goutte fixe ; les fondeurs en caractères, aux maladies des nerfs, à l’engourdissement , à la contraction, à la colique de og et aux vomissemens. - . 10e Ceux qui tirént le charbon de té de la mine Asdehhori tout contrefaits, à cause, de la posture qu'ils sont obligés de prendre dans leur travail. Les maçons ,-ainsi que ceux qui habitent des maisons nouvellement bâties , éprouvent une TES vre hémitritée souvent mortelle. | Les charbonniers.sont attaqués de la pâleur , de la toux, de l’asthme et de la phthisie.
Le rapport des deux dictionnaires entre eux et avec Hecquet, la conformité de ce dernier ainsi que du docteur Skragge avec Ramazzini » Prouvent
INTRODUCTION | ZxXIX
né anent 12: disctte des faits et le peu de progrès de la science dans cette carrière depuis le médecin italien qui a commencé à la parcourir. n
5°. Telle est encore à-peu-près la manière dont le docteur Buchan a parlé des maladies des pro fessions dans sa Médecine domestique , traduite par M: Duplanilsen 1775. Ce qu'il en dit appartient à Ramazzint; mais il a le mérite d’avoir rassemblé en peu de pages le ‘plus utile , et de l'avoir distribué en trois articles séparés. due Île premier, il traite des maladies causées par les vas peurs malfaisantes des trois. règnes. Le second offre celles que procure la vie fatigante et pénible des portefaix , etc. Le troisième expose les maux qui sont l'effet des travaux sédentaires. Ces détails sont tous intéressans , surtout par la manière neuve dont ils sont présentés. Dans la cinquième édition de cet ouvrage , publiée en 1802, M. Duplanil y a ajouté plusieurs notes que Fourcroy.a faites au Traité de Ramazzini. :
M. Bertrand a soutenu , dans lan 12 (1804), devant la Faculté de Médecine de Paris, une thèse de trente-neuf pages sur les professions. et métiers. Ce médecin a classé les professions d’après Fourcroy, et y a joint les principales idées de Ramazzini. M. Gosse de Genève a présenté, en 18:16 , dans une dissertation , quelques réflexions générales sur les maladies des professions. On trouve dans le huitième volume des Mémoires de
xx*x INTRODUCTION.
la Société médicale d'Emulation des “const dés
tions statistiques Sur la santé des ouvriers , par M. Cadet-Gassicourt. Ce pharmacien distingué,
que les sciences viennent de perdre, a réuni dans ün tableau les cinq considérations suivantes: 1° le nom.des professions ; 2° Le nombre des. ouvriers observés ; 5° leur moralité ; 4° les remarques faites sur leur santés 5° les obstrvations de Ramazzini. « Les observations morales que j'ai notées, dit-il , peuvent paraitre injurieuses , à beaucoup de sens tofé , ét séräient très-injustes si on les appliquait X’tous les individus qui les . exercent : pour ne leur donner que le degré de confiance qu’elles méritent , il faut se rappeler qu’elles ont été faites dans la classe des ouvriers mercenaires ; et qu'elles sont le résultat de l’examen attentif d’un très-grand nombre d'artisans de la même espèce; il a même fallu comparer béaucoup d'individus , et faire des recherches de plus d’une espèce ; pour vaincre quelques pré-
jugés, assigner le caractère particulier de chaque
état: Ainsi l’opinion commune attribue aux bou-
chers un caractère” ‘ertél et sanguinaire ; su . mais si. l'on consulte les registres de la police, des tri-
bunaux et des prisons , on reconnaît bientôt qu'il
se commet beaucoup moins d’actes de violence
parmi ces hommes habitués à égorger des’ ani-
maux, que parmi les boulangers, auxquels on nest point porté à supposer des inclinations si vicieuses. C’est par des recherches de cette na-
YNTRODUCTION. ANR ture que j'ais reconnu que l'esprit séditieux ap partenait principalement aux maçons , et surtout aux imprimeurs ; que la plus sale débauche se remarquait. parmi les cordonniers ; que la pédérastie était le partage des limonadiers , des coiffeurs et des garcons restaurateurs ; que l’avarice distinguait les chaudronniers; enfin que la sagesse, l’ordre et lasdocilité étaient de partage des batteurs d'or, des vanniers, des bonnetiers ét des orfévres. La moralité des artisans est ordinairement en raison de. l'instruction que chaque état suppose , du bénéfice qu'ildonne et de la salubrité, des manipulations. » Ces remarques sont très-curieuses «et dignes de fixer l'attention du philosophe. Enfin M. Mérat a enrichi le Dictionnaire des Sciences médicales de quelques articles sur plusieurs professions. ces
* IL. Auteurs qui ont écrit sur les maladies de ht. ques professions. Un grand nombre de médecins ont.écrit sur.la colique de plomb ; il nous suffit de citer les ouvrages de Citois, de Baker, de Huxham , de Stockhusen , etc. ; mais le meilleur traité que lon puisse consulter esbcelui de M. Meérat, qui a pour titre: Zraïté de la Colique maté que , 1 vol: in-8° , 1812. : |
On doit aussi à l’habile médecin que nous ve-: nons, de citer un Mémoire sur le Tremblement mercuriel qui affecte particulièrement, les doreurs sur. métaux et les étameurs de glaces.
La malheureuse condition des’ vidangeurs a fixé