PREMIER ORDRE
Maladies causées par des exercices où des travaux pénibles.
Cet ordre comprend les maladies des athlètes, des coureurs, des portefaix , des laboureurs , des soldats, etc. On pourrait aussi rapporter à. cet ordre la plupart des artisans dont nous avons parlé dans la premiére classe et dont les travaux sont pénibles ; mais les substances insalubres qu'ils mettent en œuvre leur sont plus nuisibles que la fatigue. En effet, quoique ceux qui sont forcés par état de faire des ouvrages pénibles soient disposés à des maladies particulières, cependant ils sont, en général , de tous les hommes, ceux qui’se portent le mieux, ce qui dépend sans doute de Pexercice qu'il prennent à Pair libre.
Toutefois, pour que les travaux entretiennent et affermissent Ja santé, il faut qu'ils soient praportionnés
à l'état des forces: car lor: ‘squ'ils sont portés à l'excés, ils ruinent la santé et font vieillir avant l'âge. Il est
CAUSÉES PAR DES EXERCICES PÉNIBLES. 281 faux , ainsi que l’ont avancé certains auteurs, que les hommes que la nécessité oblige de se livrer à des travaux rudes ct excessifs vivent aussi long-temps que les riches qui jouissent sans abuser. Les gens de peine sont très-vieux à l'âge de soixante ans et ne dépassent pas souvent ce terme; on en voit peu arriver à une longue vieillesse : les deux mincurs dont nous avons parlé, page 29, sont des excniples fort rares. |
Les maladies auxquelles sont sujets les hommes qui se livrent à des exercices violens et pénibles dépendent des efforts qu'ils font en travaillant ; ainsi ils sont disposés aux hernies (1) , aux anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux , aux hémorrhagies, aux - ruptures des muscles, à la courbature et aux affecuons inflammatoires.
Ces hommes daivent avoir l'attention de ne pas épuiser leurs forces, et par conséquent interrompre de temps en temps leur travail pour laisser reposer les muscles. En faisant parade de leur vigueur, ils s'exposent à des maladies très-graves. Les ceintures leur-sont très-avantageuses ; celles forufent la fibre musculaire, et préviennent ou retardent la lassitude.
La viande de bœuf, de cochon, le pain de seigle,
(1) L’Angleterre, dit-on, a près du quart de ses ouvriers allaqués de hernies. L'Allemagne enale huitième ou ledixième. Il y a à Londres un hôpital pour les hernies seulement, qui reçut, depuis avril 1807 jusqu’en octobre 1808, cinq mille trois cent qualre-vingt-sept individus, desquels seulement
. $epl cent soixante du sexe féminin. (M. Friediander.)
ao : MALADIES enfin une nourriture qui exerce fortement les puisi sance digestives , esL très-convenable aux gens de peme, et Îleur permet de résister à la faugue. Des
alimens légers ne les sustenteraient pas suflisamment, Maladies des AÆMihlètes.
[ Quoique les révolutions des évènemens aicnt détount beaucoup de coutumes anciennes, et qu elles aient enveloppé dans leurs fuines les spectacles d’athlètes et de gladiateurs ( qu’on appelait des jeux, comme si c'était un jeu ou un méuer d'offrir aw peuple des boucheries d'hommes }, .1l m'a semblé qu'il serait utile de Ne. quelque chose des athlètes et de leurs maladies, pour faire connaître les soins et la sagacité des médecins anciens dans l’observation et la guérison des maladies des artisans. fl y avait anciennement un grand nombre d'athletes et de lutteurs à cause de la fréquence de ces sortes de jeux. Get exercice n’était pas laissé aux esclaves seulement, puisque les enfans libres, les nobles même s’y adonnaïent , et avaient des maîtres particuliers pour l’apprendre : il s’offrait donc aux médecins de ces temps reculés de fréquentes occasions de guérir des athlètes. Leurs maladies ordinaires, étaient des apoplexies, des syncopes cardiaques , des catarrhes suffocans, des ruptures de vaisseaux dans. la poitr me, el 1 morts subites assez fr équentes, dont Ja cause principale était la distensron des vaisseaux, produite par une trop grande quantité de sang. Cet accident était d'autant plus commun parmi les
DES ATHLÈTES, 283 athlètes, qu'après avoir resté dans l'inacüon et au sortir de repas somptueux et excessifs, ils passaient subitement au combat et à lalutte. Il est plus dangereux ,dit Hippocrate (1), de passer du repos à l’exer= cice que de l'exercice au repos.. :
Le père de la médecine nous apprend, dans lhistoire de Bians, quelle était la facon de vivre somptueuse dés: athlètes, Voici comme il s'exprime (2) : « Bians le lutieur, naturellement grand mangeur, tomba dans une affection cholérique , et rendit la bilepar haut et par bas , à cause de l'usage qu'il faisait de la viande, surtout de celle du porc, de vin 6dorant, de gâteaux et de sucreries faites avec le nuel , les concombres, le melon, le lait, et la farine récemment séchée au feu. Ainsise nourrissaient les athletes, afin de se rendre vigoureux. Aristote (3) a dit que ces hommes n'avaient pas de proportion dans les formes, parce qu'ils ne savaient pas distribuer également les différensalimens dontilsusaient. Platon (4) lesappelait avec raison endormis , liches et sujets aux vertiges.
Galien a aussi dit du mal de Part athlétique dans fférens endroits de ses ouvrages (5), et il s'est assuré par lui-même qu'il était nuisible à Pesprit et
au corps. Ilinous apprend (6) qu'à l'âge de trente
(1) De Rat. vict. in art., n. 24.
(2) 5 Epid., nr 27.
(3) De Genes. anim., c. 3 et8.
(4) 3 De Rep.
(3) Suasio ad bonas dart., et L. ad Traxyb.
(6) Com, 1, in Wib. de Artic. , r. Go.
La
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ans, demeurant à Rome, poussé par la vaine gloire de passer pour un lutteur fort et habile, il se luxa le bras en s’exerçant dans l'arène. Il manqua de mourir de cette maladie ; 1k fut obligé de se frotter pendant.un jour et une nuit l’épaule avec de l'huile chaude , et de resier couché tout nu sur une peau, à cause des chaleurs de la canicule.
: Tout le monde connaît les secours que les anciens médecins ont fournis aux athlètes : la sargnée était le principal remede qu'ilsemployaient. Ils leur administraient aussi des purgaufs acufs , et les soumettaient à un régime très-doux et très-modéré tant que durait Ja maladie ; ils prescrivaient encore beaucoup d’autres remédes , soit comme moyens curaltfs, soit comme préservalifs. Les maîtres de lutte avaient coutume d'interdire les plaisirs vénériens aux athlètes, de peur de les énerver et de les affaiblir : c’est dans cette intention qu'ils leur passaient un anneau autour du membre viril. Ainsi Marual (1) dit du Juif Ménophylus : « En Juttant devant ke peuple, son anneau tomba , et on s'apereut qu'il était circonëis. » Cependant Ja trop grande absunence du coît avec la nourrituré forte et abondante qu'ils prenaient, les jetait quelquefois dans un engourdissement extrême : alors,
suivant Pline (2), on leur tait leur anneau, et on
(1) Luderet in mediä , populo spectante , palesträ , Delapsa est misero fibula , verpus erat.
ï X Epig. 3 i 7° (2) 160 506 AL'UT.
DES COUREURS: | 205 leur permettait de jouir du plaisir de l'amour, qui leur rendait leur prennére gañé et leur force : car, au rapport de Gelse (r), le coït ne doit être ni trop désiré ni trop redouté. Si on en use de temps en temps, 1l donne des forces ; 1l les enlève, au contraire, si. on le répète trop souvent. Aussi Hippocrate (2) a dit quil fallait avoir de la modération dans le travail, Ie manger, la boisson , le sommeil, et dans les plaisirs de l'amour. |
Maladies des Coureurs.
[Dans l'antiquité, où la gymnastique était en vigueur , la course était comptée parmi les exercices qui faisaient partie de l'éducation et de Part militaire; les enfans libres et les esclaves étaient instruits à la course dans des gymnases publics, et l’on décernait, dans les fêtes, une couronne à celui qui arrivait plus tôt à un but désigné. PEU
La course rendait les hommes plus aptes au combat ; elle leur apprenait , comme dit Vegèce , à se jeter avec plus d’impétuosité sur l'ennemi , et à $'emparer avec vilesse des postes les plus avantageux. Platon (3) voulait aussi qu'on apprît aux femmes à courir, afin qu'elles pussent porter les armes et défendre leur pays. Suivant Suétone, les princes,
les empereurs et la noblesse de Rome ävaient leurs coureurs, qu'ils appelaient valets de pieds (x 1). Dans notre siècle, cetté coutume est abolie : les seigneurs ou les genulshommes sont les seuls qui aient des domestiques pour courir devant leur char et leurs chevaux , porter quelquefois des lettres, et'en rap- “porter la réponse à leurs maîtres avec le plus de vitesse possible.
Les coureurs sont afflisés de différéntes maladies : ils sont sujets aux hernies , au pissement de sang , à l'asthme, à l'hémoptysie. Ainsi, dans Plaute, Fesclayve Achanuon se PARTS à Chremés d’avoir trop couru , et d’être si las qu'à peine pouvait=il respirer , Jui dit : « Je me suis brisé quelques vaisséaux en vous servant, et je crache le sang depuis long-temps.» Son maître lui répond :'« Prends dela résine, du miel d Éeypte, et tu ‘seras guéri (2). » On voit, par ce passage , que Les anciens eux-mêmes avaient recon= nu l'efficacité des résineux dans les maladies de la poitrine. Les coureurs déviennent maigres et cfflanqués comme des chiens de chasse, à cause des sueurs excessives qu'ils éprouvent. Ces hommes sont aussi
tourmentés par des congestions cérébrales qui dé-
(1) Pueros à pedibus.
(2) Senv. Tud causä rupi ramicem , jam ducèm spuio sanguine.
Care. Resinam ex melle Æzyptium vorato , sanumt
Jeceris
Man. act, 1.
DES COUREURS: 267 pendent de la dificulié de la circulation du sans dons les poumons pendant une course três-rapide. Exposés aux vents et'à la pluie et couverts d'habits légers, 1ls sont souvent saisis par le froid , le corps étant très-échauffé ; la:transpiration se supprime ct produit des maladies aiguës , telles que les pleurésies, les péripneumonies.
Ce qui fatigue le plus les coureurs , c’est le trouble de la circalationtet la gêne de la respiration. « Je suffoque el je ne puis respirer , dit un coureur dans Plaute (r).» Ceux de notre temps ,'lorsqn'ils ontrattemtleur quarantiémeannée, sont reçus dans cs hôpitaux pubhes comme vétérans. Quand je vois ces hommes essoufilés précéder en volant les chars et les chevauxede leurs mäftres ; :je me représénte ceux dont: a parlé Æuus Spartianus :(2), et'qui, d’après l’ordre de l'empereur Vérus;, avaient des: ailes à leurs épaules, et portaient chaëun le nom de quelque vent. Les nôtres ont des ailes, non aux épaules, muis aux pieds.
L'état de contracuüon continuelle dans lequel se trouve le diaphragmechez les coureurs, repotsse en bas tous les viscères du ventre ; le sang abonde vers la rate, et son volume paraît augmenter. Pline dit (3)
qu’on avait anciennement coutume: de cautériser Ja
(1) Enecat me spiritus , vix diffcro anhelitum. Fra Mexæcu, act.1.
(2) Zn vit& imperat. Verc.
Ginger ITU,
2$58 | MALADIES rate aux courêurs; afin que ce viscè re; par $On poids, ne les empéchät pas de se livrer à leur exercice. Telles sont les maladies des coureurs, qui sont encore aggravées par les erreurs dè régime qu'ils commettent. [ls peuvent se préserver des hernies en portant un bandage: Pour réparer leur épuisement et leur maigreur, ils doivent user d’alimens humectans, faire des fricuons douces et huileuses, et prendre des bains. Une saignée de temps en temps préviendra les ruptures de vaisseaux et les crachemens de sang ; s'ils sont attaqués de ces maladies, il faut aussi re courir aux Évacuations sanguines ; parce qu'aucun organe, chez les coureurs ; ne fatigue davantage et n'est plus irrité que les poumons. Quant à l’obstruc: tion des viscères et surtout de là rate, on fera suc céder aux fondans et aux martiaux une promenade modérée , qui peut même tenir lieu de remèdes. ]
Maladies de ceux qui vont souvent à cheval , tels que
les Écuyers ,; les Courriers , les. Postillons.
[ On peut ranger dans la même classe ceux qui s'occupent du soin et de l'instruction des chevaux dans les manéges, et les courriers, qui, pour les affaires publiques , changent souvent de chevaux , et portent les nouvelles dans différens endroits. Tous ces hommes sont sujets , comme les coureurs , aux hernies , à l'asthme , aux douleurs scratiques et aux ruptures de vaisseaux dans Ja poitrine. Les écuyers
sont fréquemment attaqués de l’inflammauon des