DES CHASSEURS
. Maladies des TD AENERS Mi ë
F L'Écriture sainte nous apprend que la ebasse fut en usage dès les prenuers âces dû monde, :aprésila faute de. notre. premier père; puisqu'on y ht que Lamech, grand chasseur et inventeur de beaucoup d'arts, tua par mégarde Caïn d'un coup de flêche, El paraît. vraisemblable que, dans ces temps reculés'; avant que la charrue sillonnât les champs ,.et que les blés dorassent les campagnes, la chasse était le moyen dont se. servaient les. hommes :sauvagés' qui habitaient les premiers notre terre , pour se procurer la nourriture, et que cct art , après la construerion des. villes et la réunion des hommes en société 4. est devenu un de leurs amusemensiet même une de leurs études. De notre temps , tout: le: monde n’a plus Ja liberté de chasser comme dans l'antiquité ; les princes et les grands seigneurs seuls ont fait plan-
des bois séparés pour y'nourrir des:bêtes fauves qui, à l'abri des traits de tous les autres chasseurs, sont destinées uniquement à leurs plaisirs.
Mon objet est de m'occuper des maladies de ceux qui font méuer de la chasse. Les seigneurs ont, parmi leurs domestiques, des piqueurs et des fauconniers. qui ne sont occupés qu'à fournir la table de leurs maîtres du gibier et des oiseaux qu'ils tuent. If y à encore d’autres hommes qui chassent toute Pannée , portent lenr gibier aux marchés publics des vi iles ,
et retirent un grand profit de ces riches oiseux quine
désirent que les mets recherchés et rares. Ce métier, louable en lui-même, peut rapporter un A considérable à ceux qui l’exercent , sans qu on doive leur.en' faire un crime ;: car ‘on ne°stüutait croire combien dé peines , de faugues et de veilles 1} teur en coûte pour se procurer ces animaux rares : sou vent , aprés avoir couru sans relâche toute une jourñée, us ont rien pris, et quelquefois ; ee’ qui est encore plus affreux , en poursuivant des bêtes fauves, 1ls contractent des maladies plus rédoutables que les-animaux qu'ils chassent. C'est prineipalement des maladies auxquelles: ces malheureux sont si fréquemment sujets que nous noûs occu pes rons.; Quelquefois aussi les princes eux-mêmes, €t ins ceux qui se hvrent à cet: exercice avec trop d'ardeur, ne sont pas exempts de ces maux. Les historiens rapportent beaucoup de faits-de seigneurs tués par Jes bêtes fauves ; ou: qui ‘ont succombé à Ja, faugüe ce.la chasse. [l'est bien étonnant que cet exercice plaisé à tous:les hommes, au ‘point que ni Ja chaleur, ni le froid , ni la fatiguene les épou-vanient, qu'ils oublient les:soins de leur maisün ; qu'ils passent les nuits à la bélle étoile , et délaissent leurs-iendres épouses.
Manet subiJove frigido Vénator , teneræ conjugis immemor.
3 Hoar., od:1, lib.'r.
Je ne prétends pas cependant désapprouver l’u-
saue de la chasse, qui , par elle-même, est salutaire,
DES CHASSEURS. 297 pêut guérir beaucoup de maladies chroniques , et en prévenir de très-dangereuses, ‘puisque , sil enfant croire Rhazès, les chasseurs seuls (à raison de leurétat actif) furent préservés d’une constitution pestilentielle. La chasse exerce toutes les parues du corps , suivant Galien (de Tuend. Val! Y1En'effet, ar chasseur est forcé de marchér, de’courir, de sauter , dese tenir debout , courbé', de pousser des cris ; enfin d'exercer tous ses organes tant le soir que pendant la'nuit: Ce genre de vie fatigue le corps et fait naître diverses affections, surtout chez celui qui en fait'métier , ‘parce! qu'il n’a aucun jour de répos dans l’année ; et qu'il est obligé ‘de chasser au milieu de l'été, dans les ardeurs dé la canicule, comme dans Phiver, lorsque les NHADRe ones sont COU— vertes de neige.
‘Autrefois: la: chasse était bien plus pénible éue de notre temps : un chasseur était armé d’un are, d'un carquois et de flèches qui lincommodaient beaucoup ; il fallait des bras trés-forts pour tendre son arc: actuellement, à ces mstrumens lourds et fauigans ont succédé les fusils.
Comme les chasseurs de profession ne peuvent apporter de modération dans leur métier ; ainsi que tous les autres ouvriers des villes ; puisque leur vie dépend de leur travail , ils sont'ordinairement attaqués de nialadies aiguës qui varient suivant les saisous de l’année. Aïnsi en été , leur bile rendue très-
ire par les rayons brûülans du soleil , la soifet la.
faim qu'ils souffrent, et les erreurs qu'ils commiet-
tent, les rendent sujets aux fièvres ardentes , au cholera morbus et à la dysenterie: Le froid rigoureux de l'hiver, en supprimant la transpiration, leur donne des maladies de poïtrine ,. telles que des rhumes, des pleurésies et. des péripneumonies. Ils sont aussi tourmentés de violens maux dé têle , parce que cette parle est la plus exposée aux intempéries de l'air, à l’acuon du froid et de la chaleur ; enfin les sauts et les mouvemens irréguliers et trop vifs qu'ils font en poursuivant les animaux qu’ils chassent , déterminent assez souvent des hernies. : Lorsqu'un médecin saura un, chasseur à traiter, il fera attenuon que les forces d’un pareil malade sont-très-affaiblies par épuisement plutôt que :par des humeurs. de Map FA qualité, ; 1 ordonnera en conséquence avec précaution les remedes acufs j 1l saura que ces hommes ne supportent pas facilement les saignées répétées , ainsi que les purgaufs violens ; car la chasse est une espèce d'exercice qui, loin de forufier le corps, l’atténue, et rend les chasseurs aussi maigres que leurs chiens. Aussi .Galien a-t-1l dit que les chasseurs doivent être durs et secs, et que, dans leurs. maladies, il ne faut pas «les réduire à. une diète trop exacte , de peur d’abatire davantage leurs forces languïssantes. Én effet, il. .est nécessaire que ceux qui embrassent. l’état de chasseur soient d’une constitution robuste, ‘sinon äls-s'épuisent bientôt et sont exposés à beaucoup de maladies. Il faut donc traiter les chasseurs avec précaution , en leur donnant des boissons adoucissantes légérement