DES CHASSEURS
sudorifiques : les bains tempérés conviennent dans leurs maladies aiguës. Mais quand ils éprouvent une affection chronique , surtout une fièvre quarterebclle; ilne faut employer ni les désobstruans ni le quinquina, mais les renvoyer à leur profession, qui, cxercée modérément , RE les guérir et leur faire ainsi recouvrer la santé, Ha 5 cause même qui les en a privés. |
Telle est la médecine des chasseurs , qui peut convenir à ceux qui prennént les oiseaux. Quoique ces derniers aïent moins à souffrir, cependant , comme ils sont obligés de parcourir les campagnes et les forêls én autonine, saison où les oiseaux sont plus nombreux , le travail excessif et fatigant et Ja sueur arrêtée par la fraîcheur des sojrées, leur occasionent des fiévres Lierces et quartes.
Lorsqu'en octobreles oise leurs s'occup ent à prendre aux filets des alouettes et des cailles, ils sont souvent attaqués de maladies aiguës. Chez nous, ce dermer genre de chassé est très-familiér. Tous les matins, les oiseleurs tendent leurs filets, et y font venir par leur voix trompeuse les caïlles qui sont cachées dans les roseaux. Il y'a encore plus de danger pour ceux qui, occupés à prendre des oiseaux aquatiques , passeñt les jours et les nuits dans de petites nacelles an milieu des vallées et des étangs, pendant les rigueurs de l'hiver. Beaucoup d’entre eux contractent des fièvres malignes, des rhumatismes et souvent des hydropisies, par les exhalaïsons nuisibles de ces lieux et par l'air humide qu'ils y respirent. |
Les armes des chasseurs sont sujettes à crever dans leurs mains où à parür accidentellement, ce qu
leur cause des blessures plus ou MOINS graves. Maladies des. Portefaix et des Crocheteurs.
[ Dans les villes peuplées, et surtout dans les ports de mer, le grand nombre de personnes de différens pays, et la quanuté considérable de marchandises qui arrivent, exigent beaucoup de :portefaix. Ils sont très-nécessaires pour porter à bord les marchandises que les vaisseaux emportent, ou pour retirer celles qu'ils ont apportées. Nous devons donc examiner les maladies de ces hommes batés , suivant l'expression de Plaute. Les poids énormes qu'ils portent sur leurs épaules leur en occasionent plusieurs et d'assez dansereuses. L'action vigoureuse de tous leurs muscles, et surtout de ceux de la poitrine et du bas-ventre:, qu'ils sont obligés de contracter. violemment, pour retenir l'air dans leurs poumons, rompt assez souvent quelque vaisseau dans ces organes. Un portefaix, en chargeant sur ses épaules la masse qu'il doit porter, inspire d’abord beaucoup d'air, et. ne l'expire que peu à peu et en petite quantité. Les vésicules pul-monaires , dilatées prodigieusement , compriment Îles vaisseaux artériels et veineux , les empêchent de faire leur foncüon comme il convient, et donnent ainsi
naissance à des ruptures. Hippocrate (x) rapporte
(1) 4 Epid. ,n. 15. à
; DES PORTEFAIX ET DES CROCHETEURS. 30% qu'un homme ayant voulu soulever un âne par gageus re, fut pris de la fièvre et d’une hémorrbagie quisurvint les 5, 4,7, 8 de sa maladie. 11 ne désigne pasl'or-
gane qui a a fourni le sang : Walesius , son commentateur, pense qu 11 a flué des narines. Au reste, de quelque partie que lesang ait coulé, 1l est certain que les portefaix sont trés-sujets aux hémorrhagies, soit de la poitrine, soit des narines ou des vaisseaux hémorrhoïdaux , maladies qui en entraînent de plus funestes après elles.
Les efforts que font ces hommes pour soulever leurs fardeaux les rendent asthmatuques : en effet, jai plus d’une fois trouvé dans leurs cadavres les poumons adhérens aux côtes. Les portefaix ont aussi des varices énormes aux jambes. Au bout dun certain temps, ils deviennent tous bossus, par la fréqnente flexion des vertèbres du dos , qui entraine tous le corps en avant. Quoiqu'ils ne connaissent pas les lois de la mécanique, la nature leur a appris qu’on porte plus facilement un poids sur les épaules lorsque, le corps est courbé que lorsqu'il est droit. À Venise et à Ferrare, j'ai vu ces hommes porter des sacs de blé ou d’autres fardeaux, non sur. une épaule, mais sur le cou et les vertébres du dos, de sorte que les fardeaux appuient sur toutes ces régions : 1ls disent que, de cette maniere, ils ont moins de peine que s'ils les portaigt sur une épaule, ce qui est assez. conforme au raisonnement ; tant est vrai ce mot du poëte : leve fit, quod benè fertur onus, « un poids porté avec adresse paraît moins lourd. »
Les hernies sont assez f réquentes chez les portefaix, parce que l'effort qu'iis font en rétenant l’air dans la poitrine dilate les anneaux aponévrouques du bas ventre. Fabrice de Hilden (1) rapporte l’histoire d’un charpentier qui, ayant voulu soulever une masse énorme, fut attaqué sur-le-champ d'une chute de l’épiploon dans le serotum , «et mourut le septième jour: | |
J'ai soigné plusieurs crocheteurs qui, à la suite de vioiens efforts, ont éprouvé un engorgement d'un ou des deux testicules. | à
Les portefaix se livrant à des traväux excessifs, sont trés-disposés aux maladies imflammatoires ; beaucoup d'entre eux succombent à des phlegmasies des viscères. Morgagni les dit tres-sujetsà l’apoplexie sanguine ; il rapporte dans sa troisième lettre, art. 4, l'histoire d’un crocheteur qui mourutsubitement, et dont louverture fit connaître un épanchement sanguin assez considérable dans le cerveau. M. Corvisart a remarqué fréquemment sur ces hommes des maladies du cœur et des gros vaisseaux. Ce praticien célèbre cite les deux observations suivantes : Un tourneur, en faisant des efforts pour déplacer à Jui seul une tonne d’eau-de-vie, se donna, d'après ses propres expressions, un tour de reins Qui causa tout-à-coup un étouflement considérable et une douleur vive entre les épaules; bientôt après 1 survint de la toux, des
. palphations de cœur , des réveils en sursaut extrême-
(1). Cent, 5, obs. 72.
DES FORTEFAIX ET DES CROCHETEURS. 303 ment fréquens. Ces symptômes menaçans , loin de céder aux moyens dont il fit usage , s’aggravérent chaque jour de plus en'plus. Get homme succomba dans des douleurs très-aiguës qu’il rapportait à la région du cœur. À l'ouverture du cadavre, on trouva le cœur d’un volume trois fois plus considérable que celui qui lui est naturel; deux des tendons qui unis-
sent les piliers charnus aux valvules mitrales étaient
4 sompus.
Voici la seconde observation : Un scieur de marbre , âgé de quarante-sept ans, d’une forte consutution , portait une hotte chargée du poids de soixante-dix livres environ, lorsque, voulant s'éloigner d’une voiture qui passait près de lui, 1l se renversa brusquement en arrière : il ne fit pourtant pas une chute complète ; il se soutint sur l’une de ses mains, et resta pendant un certain temps dans cette position forcée avant d’être secouru. Il continua ses travaux pendant quatre jours, après lesquels il survint un peu de gêne dans la respirauon; il ressentit en même temps des battemens à la partie supérieure et droite da sternum ; il se développa à cet endroit une tumeur qui était sans changement de couleur à la peau ; on y sentait, On y voyait même des pulsations isochrones à celles du pouls, dans l'espace"de trois pouces à-peuprés de long et de deux pouces de large. La respiration était très-gênée. IE est évident que cet homme était atteint d’un anévrysme de l'aorte, qui s’est prononcé au dehors très-promptement.
Les portefaix sont très-sujets aux déchiremens des
hgamens et des muscles. M. Ecveillé (x) rapporte qu'un portefaix, âgé de dix-neuf ans, très-vigoureux, se trouvant uôp chargé, fit un faux pas sans tomber, et sentit, à linstant où 1l s’efforcait de reprendre son équihbre , un craquement au bas des reins. I} put encore se rendre à sa destination ; les souffrinces s’accrurent vers le soir, et les jours sin vansil fat impossible à cet homme de travailler. H passa plusieurs mois à faire quelques commissions sans porter de fardeaux ; mais les accidens augmentcrent; on Île transporta à l’hôpital de la Charité, où il mourut , après trois mois de séjour , ayant un abcés avec carie des vertébres lombaires. Un garçon plâtrier, dit M. Richerand (2), ployait sous le poids d'une hotte remplie de chaux , de ciment et d’autres débris ; il heurte un pavé et tombe à la renverse, entraîné par le fardeau. Dans l'effort qu'il fait pour prévenir Ja chute , 1l contracte les muscles droits de l'abdomen avec un tel degré de violence que les fibres de la parue supérieure de ces muscles se rompent en travers. Îl éprouva une douleur atroce. Appelé dansle .mamentmême , M. Richerand reconnut, à travers la peau, l’enfoneement qui résultait de la séparation des fibres. Bientôt le gonflement inflammatoire empécha de Je sentir. Des cataplasmes émolliens et narcotiques , une sagnée proporuionnée à la force de l’individu, le repos pendant trois semaines, la flexion du
(1) Nouv. Doctr..chirurg.; t:1x, pag. &.
(2) Nosograph. cherurgic. APR €
edité