‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 79 sur 98 · CAUSÉES PAR L'EXERCICE DE LA VOIX · texte numérisé non relu

CAUSÉES PAR L'EXERCICE DE LA VOIX

ans, mourut phthisique. À l'ouverture du cadavre, on trouva les poumons remplis de tubercules, et une excavation pleine de same dans ie JBE, su périeur du poumon gauche. | gba Mon ami M. Bricheteau m'a communiqué l’his= toire d’un homme âgé de soixante ans , qui avait exercé pendant vingt-cinq ans la profession de chanteur sur les théâtres des boulevards à Paris, Pendant le cours de sa vie, il avait été sujet aux enrouemens et aux douleurs rhumatismales. En 1815, 1l éprouva de la sécheresse à la gorge, de l’enrouement , puis une exunction de voix qui lui permettait à peine de se faire entendre. Entré à lôtel- Dieu, en 1816 , il se plaignait d’une douleur au larynx ; d’une toux faugante , d’un défaut de somimeil et d'appéut. Plusieurs vésicatoires volans ap pliqués successivement sur le larynx, et les boissons adoucissantes, produisirent une amélioration assez marquée ; mais bientôt la'toux, l'aphonie , l'amaigrissement ét la fièvre augmenterent et firent succomber le malade. À l'ouverture du cadavré , on trouva la membrane muqueuse du larynx épaissie ; ulcérée au niveau des cordes vocales et des cartilages aryténoïdes , qui étaient frappés de carie. Le ihorax était très-allongé ; les poumons, qui offraient une longueur proportionnelle , étaient garnis de iuber= eules, dont l’un était cartilaginéux. M. Portal rap= porte , dans le premier volume des Mémoires de la Société médicale d'Emulation, histoire d’une célé= bre cantatrice du théâtre ïtalien, qui avait perde

une partie de l'intensité de sa voix, à la suite d’un grand embonpoint qui lui était survenu, Grétey vomit le sang en sortant d'un concert où il avait chanté fort haut un air de Gallupi. Cet accident s’est renouvelé à chaque ouvrage qu’ila fait.

| Hoffmann ditavoirsoignéun théologien âgé de vangteinq ans, replet et sanguin, qui cracha du sang avec abondance après avoir parlé avec chaleur en chaire,

Les grands acteurs sont exposés à la méme maladie. L’immortel Molière meurut d’un crachement de sang après avoir joué le Malade imaginaire avec. beaucoup de feu. Mont-Fleury eut le, même, sort en jouant Oreste dans l’Andromaque de Racine. Le célèbre Lekain ne pouvait jouer le rôle d'Orosmane sans cracher le sang abondamment. Un genulhomme anglais, passionné pour la Zaïre de Voltaire ; expira en jouant le rôle de Lusienan,, |

. Les orateurs -épronvent aussi des maladies qui résulient de: l'exercice trop, violent de la voix. Cicéron état menacé de phthisie pulmonaire; les'médecins l'en averurentet lu conseillèrent.de renoncer au barr eau pour deux ans, ; 1l suivit leur conseil ; le repos le, forufia et.lui rendit l’embonpoint que la déclan ation Jui ayait fait, perdre,

Les eflorts vocaux peuvent déterminer, comme je. l'ai dit, une congestion cérébrale et même l'apoplexie. Morgagni parle d'un prédicateur renomiIné qui mourut d'apoplexie au, milieu de ,son.sermon. Tissot a vu un pasteur respectable qui, ayant prêché un jour de Pentecôte long-temps et avec

CAUSÉES PAR L'EKERCICE DE LA VOIX. 545 force, commença à trembler en ‘distribuant la sainte cène, bégaya , tomba dans le délire et ensuite en apoplexie , et de là en enfance, dans laquelle 1l vécut six mois. M. Massé ; curé de Dixmont (canton de Villeneuve-le-Roï ), a été frappé d’une apoplexie foudroyante 11 ÿ a quelque temps ( décembre 1821) dans la chaire , au moment où , après l'évangile, il faisait le prône à ses paroïissiens : éeux-ci volérent à son secours , mais 1l n'existait plus. | [ Quant aux joueurs de flûte et de tous les autres instrumens à vent, la violente expiration qu'ils ent ploient pour: faire résonner leurs instrumiens leur occäsione des crachemens de sang subits, Diemerbroeck rapporte dans ses observations (x) l’histoire bien déplorable d’un joueur de flûte, qui , animé du désir de surpasser ses confrères ; se rompit un assez gros vaisseau du poumon , vVomit une grande quantité de sang , et expira au bout de deux heures. ] Le haut-boïs , le cor , la clarinette et la . exposent à de pareils accidens.

Les musiciens qui jouent des instrumens à corde sont moins sujets aux maladies de poitrme : cependant ceux qui en jouent avec un vif sentiment peu vent en être atteints. Les bassiers ont quelquefois des hémoptysies, à raison dela position du tronc qu'ils prennenten exécutant. Îl en est de même des joueurs de violon et de quinte, qui appuient fortement l’insirument sur la poitrine. | jure

(1) Obs. med. 56.

Ed

546 MALADIES s

Il est encore d’autres maux , moins graves, qui at taquent quelquefois les musiciens et dont nous devons les avertir. Ainsi l'air humide et froid des soirées peut blesser les organes de la voix et de l’ouïe. ya des exemples de musiciens qui ont perdu la voix après avoir chanté en plein air et sur l’eau. Quantà la lésion de l’ouïe , Sauvages rapporte un fait assez singulier. Un donneur de cor entendit le son double le lendemain d’un jour qu'il s'était exposé au froid et à l’humidité, ce qui lui avait occasioné un catarrhe du côté droit. Lorsqu'il donnait de son instrument , il entendait leson qu'il voulait en urer, plus un autre son du même rhythme , quoique tout différent , ce qui lui rendait l’ouïie double. Fatigué de cette discordance, le musicien abandonna son cor jusqu’après la guérison de son catarrhe , et alors l’ouïe se rétablit completement. L

La musique peut décénérer en passion et fare naître des maladies particulières. Cultuivé de bonne heure et d’une manière exclusive , cet art développe une suscepubilité excessive'et souvent désordonnée , et devient la cause d’une série d’affecuüons nerveuses contre lesquelles vient échouer toute la science du médecin. J'ai entendu dire à M. Hallé, dans ses cours, que, sur vingt femmes bonnes musiciennes , et qui avaient acquis ce talent dans un âge tendre, ce qui est presque généralement nécessaire pour obtenir une supériorité marquée, il y en avait dix-neuf qui étaient sujettes à des affecuons nerveuses. Mais il est peu d'exemples plus propres à démontrer les dan

Page 1