‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 80 sur 98 · CAUSÉES PAR L'ÉXERGICÉ DE LA VOIX · texte numérisé non relu

CAUSÉES PAR L'ÉXERGICÉ DE LA VOIX

gers qu'entraîne l'abus de la musique que celuiqu’ont présenté les trois filles du célébre Grétry. Leur beauté et leurs talens faisaient la gloire de leur pere ; dés l'enfance , elles avaient annoncé un goût décidé pour la musique, et Grétry, accoutumé depuis long temps à sacrifier sa propre santé pour l'intérêt de son art, s'était empressé de cultiver leurs disposiüons. Toutes trois sont mortes à la fleur de leur âge, et à la suite de maladies de langueur qui se déclarèrent vers l’époque de la puberté. Les musiciens et les peintres sont, en général, les plus exaltés et les plus enthousiastes de tous les artistès. On avu des musiciens devenir aliénés ; la musicomanie a été observée .par plusieurs médecins.

Il y a peu de moyens à employer pour empêcher les chanteurs et autres personnes qui trouvent dans leur voix un moyen d'existence , de contracter les maladies qui les menacent. Cependant on peut leur conseiller quelques moyens préservatifs : ainsi « lorsqu'on a une bonne méthode , dit M: Fournier Pes- Cay (1), qu’on sait l’art de poser sa voix, de préparer les sons, on se fatigue à peine en chantant ; mails ces qualités sont rares parmi les Français, qui chantent à pleine voix , et qui estiment que crier , faire beaucoup de bruit , c’est chanter. La méthode des écoles itäliennes de modifier le son , de le dé-

velopper hors de Ja poitrine , de telle sortie que les

{1) Dictionnaire des Sciences médicales , art, Musicien.

348 | MALADIÉS | poumons soient obligés à très- pen d'efforts, est: bien plus favorable ‘à la santé ; «cle a auési plus: ‘d’attraits pour l'oreille. Cette méthode , propagée en France avec tant desuccés par lillustre Garat, tant dans ses concerts que dans ses ingénieusés lecons , commence à: trouver des imitateurs parmi nous. » | EE

Ceux qui veulent faire profession FT chant doivent se livrer à cet exercice avec une extrême mo= dération , surtout dans les premiers temps ; porter un bandage aussitôt que des éclats de voix parais= : sent répondre dans les aînes, ne pas chanter en plein air ni-dans un lieu humide, prendre de temps ‘en temps des bains uèdes : « Lies musiciens qui ont forcé leur voix et qui ont besoin de s’en servir, les joueurs Ge harpe, les panégyristes , les acteurs tragiques où comiques doivent, dit Galien{r}, pren dre beaucoup de bains, etse nourrir d'alimens adoucissans et relächans. » Lie vin ne convient que peu à ces artistes, et encore moins les liqueurs alcooliques. On à remarqué que l’abus des jouissances vénériennes ahérait singulièrement les organes de la voix : les chanteurs qui veulent conserver ces organes dans toute leur pureté doivent donc étre très-sohres de ces plaisirs. C'est sans doute une des raisons qui faisaient faire autrefois tant de castrats en lülie, pays où le goût de la musique vocale est porté si loin.

Yne faut point se livrer à la déclamation immédia-

(1) De Compend. med., loc. 2, c. F5

DES CRIEURS DANS LES RUES. 549 tenient après un repas nn peu copieux , parce que le diaphragme ne peut pas se prêter au développement nécessaire de la poitrine. On doit ‘avoir soin de ne pas boire frais immédiatement après avoir déclamé ou chanté: il faut aussi avoir la précaution de ne pas s'exposer à un Courant d'air, qui pourrait déterminer une suppression subite de sueur, et donner heu à quelques maladies inflammatoires , HAE Re des organes en action.

Quant aux maladies qui sont dues à un trop violent exercice de la voix , le premier remède est de garder le silence le plus absolu , et de prendre en même temps des bains tempérés et des boissons pectorales ; lorsqu'il y a heu de craindre une hémoptysie ou une congestron cérébrale , les saignées et les bains de pieds irritans conviennent. Mais dès que la poitrine est menacée de quelque maladie grave, ce qu’on reconnaîtra à une petite touxisèche et à \ l'a inargrissement , il faut abandonner la profession , et en prendre une qui ne mette pas en jeu les organes de a voix.

Maladies des Crieurs dans les rues.

Les gens qui font métier de crier dans les rues , exposés continuellement aux mtempéries de Yair, sont sujets aux affections catarrhales et aux enrouemens; mais Ja maladie qui les attaque le plus souvent est la phthisie laryngée. Un médecin de la Pitié, M. Serres, dit l'avoir observée sur soixante marchands

de vieux habits. Elle n’est pas moins fréquente chez les revendeuses de fruits et de légumes. En voici an exemple que m'a communiqué M. Bricheteau. Louise Lebeuf , âgée de soixante-treize ans, avait eu dans sa jeunesse une voix assezagréable, qu’elle exerçait beaucoup à chanter ; elle en faisait aussi un grand usage en criant et en colportant dans les rues les fruits et les légumes qu'elle vendait. Pendant le cours de sa vie, élle avait toujours joui d'une assez bonne santé. En 1812, elle éprouva-un enrouement, puis une exuncüuon de voix, et de la douleur au larynx, qui augmentait par la pression et la dégluuuion; la prononciation était accompagnée de mouvemens trèsmarqués du larynx et de sifflement. Bientôt ilsurvint une petite toux trés-fréquente, de la fièvre et de l’amaigrissement. Malgré l'usage des adoucissans et des révulsifs , les symptômes s’accrurent à un tel point que la malade succomba. A l'ouverture du cadavre, on rencontra la membrane muqueuse du larynx et de la trachée-artère rouge et épaissie ; elle présentait plusieurs ulcères arrondis dans différens points de son étendue. Les poumons étaient parsemés de tubercules dont quelques-uns étaient à l'état de suppurauon.

IL est trés-difficile de préserver les crieurs publics des enrouemens et de la phthisie laryngée et pulmonaire ; la modération dans leurs cris et la sobriété. sont les seuls préservaufs qu’on puisse leur recommander. |

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