‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 81 sur 98 · CAUSÉES PAR L'APPLICATION DES YEUX. 354 TROISIÈME ORDRE · texte numérisé non relu

CAUSÉES PAR L'APPLICATION DES YEUX. 354 TROISIÈME ORDRE

Miludies causées par la trop grande application des yeux.

[ Il y a des ouvriers qui travaillent des objets tréspetits: tels sont les bijoutiers, les horlogers, les peintres sur les pierres précieuses, et les écrivains, comme celui qui, suivant Tullius (x ), mit toute l’Iliade d'Homère sur une peute peau contenue dans une coquille de noix. Outre les incommodités qui résultent de la vie sédentaire, ces ouvriers , quoique pourvus par la nature de très-bons yeux, sont atteints insensiblement de la myopie, afflecuon dans laquelle on est obligé d'approcher les objets tout près de l’œil pour les apercevoir : aussi se servent-ils tous de lunettes pour travailler. Les horlogers , qui font des ouvrages aussi beaux et aussi utiles que les pendules, deviennent presque tous aveugles avant de parvenir à la vieillesse. J'ai connu une femme juive qui avait tant d'adresse à enfiler des perles et à les placer avec ordre, qu’elle en cachait les défauts par larrangement, et qu’elle s’amassa beaucoup de bien avec ce talent. A l’âge de quarante ans, ne pouvant trouver aucune espèce de lunettes qui lui rendit l'usage de ses yeux , elle abandonna son méter. |

Aux arustes dont parle Ramazzini, on peut ajouter les joailliers , les orfévres ; les ouvrières en den-

| 08‘. MALADIES telle, à l'aiguille, les SRE de très-petits objets À les graveurs à Ja loupe , les observateurs microscopiques, les brodeurs en objets nuancés, ceux qui brodent noir sur noir, Ceux qui Lr'availlent des étetfes blanches ou roùges, les femmes qui font des reprises perdues, etles inprimeurs occupés à la casse. Toutes ces personnes sont exposées à la faiblesse de la vue, à Ja myopie, à la goutte sereine et à Ja cataracte. En effet, pour distinguer facilement les objets qu’elles veulent apercevoir, elles sont oblisées de eomprimer l'œil au moyen des muscles du globe, et de fui faire prendre, par conséquent , une forme plus convexe que dans Fétat ordinaire ; cette compression contimuelle amène la myopie. On prétend aussi que habitude d’avoir les yeux fixés sur des objets trèsfins augmente la tension, des fibres de la rétine, qui se dessèchent , où deviennent par là suite inhabiles à remplir leurs foncuons, où du moins les remplissent incomplètement. |

F H est difficile de préserver les artistes qui nous occupent des maux causés par leur genre de travail. On ne peut en effet leur conseiller d'abandonner un. talent qui les fait vivre, et la médecme ne fourmit aucun reméde propre à rendre aux yeux leur ancienne vigueur. On eraint d'employer les purgatifs, les saignées , et les autres secours médicmaux pour des hommes qui d’ailleurs sont sam$ et vigoureux. Outre l'usage des conserves , 1l est trés-utile à cés artistes de ne pas avoir toujours latête penchée sur leur ouvrage , mais d'en écañter quelquefois les yeux , de

CAUSÉES PAR L'APPLICATION DES YEUX. 353 es porter sur d’autres objets, et d'abandonner pendant quelque temps leur occupation pour délasser ces organes. Sans ce soin, l'œil, comme toutes les autres parties qu'on tient trop long-temps dans la même position, se roidirait, et deviendrait incapable des mouvemens qui lui sont propres. |

Pour remédier à la myopie, on recommande l’emploi des verres concaves, qui ont la propriété de faire diverger les rayons , que la trop grande convexité de la cornée faitconverger. La concavité des verres doit

être proportionnée à la myopie. Ainsi, plus un myope :

est obligé d'approcher de son œil un objet pour l’apercevoir distinctement , plus le verre doit être concave, afin de faire diverger davantage les rayons lumineux.

On sait que les sourcils et les cils sont destinés À modérer l’action de la lumière : s’ils sont blonds, ils ne remplissent. qu'incomplétement cetusage : 1l faut, dans cette circonstance , les teindre en noir, ce qui

permet alors de supporter un jour vif.

Les,personnes qui , poussées par l'amour de l’étude, lisent jour et nuit les ouvrages des savans, doivent quitter leurs livres de temps en temps, et promener leurs veux çà et là sur des objets agréables. Elles doivent porter des lunettes teintes en vert ou de gardes-vue de la même couleur.

On peut conseiller la même précaution aux ouvriers qui travaillent devant des fournaises ardentes, tels que les verriers, les chaufourniers , les forge rons, etc. Ils doivent en outre bassiner souvent leurs

SA MALADIES yéux avec de l'eau fraîche, et observer un régime ra-

fraîchissant.

Maladies des Rémouleurs.

[ Il ya, selon moi, peu de métiers qui ne nuisent plus où moins aux ouvriers qui les exercent : qui pourrait croire, par exemple , que ceux qui aiguisent à une petite meule de grésles rasoirs , les lancettes , etc. , affaiblissent leurs yeux à cet ouvrage ?

L'ex périence et le raisonnement confirment ce pendant

ceucassertion. En effet, comme ces ouvriers sont obli-

yes d’avoirsans cesse les yeux attachés sur la meule qui

1ourne avec uñe rapidité extrême , la force de ces or-

ganes se perd nécessairement, et la vision s’affaiblit

peu à peu , comme on l’observe chez les ouvriers en petits objets. Aprés avoir travaillé tout le jour, ils ont ordinairement des vertiges, surtout ceux qui ont la tête faible , et l'agitation de la meule est toujours

-présente à leur esprit, Il y a dans notre ville un ou-

vrier fort adroit à ce méuer , et qui y fait un gain considérable. Quelquefois 1l éprouve de la rougeur dans les yeux et des ophthalmies , qu'ilattribue avec raison à son ouvrage. J'ai vu aussi plusieurs autres ouyriers pareils qui se plaignent tous de maux d’yeux. Ce qui leur est le plus pénible, c’est le mouvement qu'ils sont obligés de communiquer avec le pied à une grande roue de bois qui fait mouvoir en même témps la peute ; mais plusieurs d’entre eux s’évitent

cette peine en faisant tourner la grande roue par des

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