‹ Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d'après Ramazzini; ouvrage dans lequel on indique les précautions que doivent prendre ... toutes les personnes qui exercent des professions insalubresChapitre 90 sur 98 · DES OUVRIERS EN SOIE · texte numérisé non relu

DES OUVRIERS EN SOIE

Je Journal de Pharmacie (juillet 1821) : 1°- que le parement grisâtre et queélquéfois jaunâtre que donnent les farines provenant de la graine de phalaris, quoiqu’étant de bonne qualité, ne peut guère servir qu'à l’encollage des étoffes à fonds rembrunis, puisqu'l est prouvé que ce parement nuance désagréablement les tissus à fond blaric , et nuit à leur prix “marchand; 2°. que cé même parement revient à un prix trop élevé pour en permettre l’usige journalier aux üsserands. M. Dubuc propose d'ajouter à la farine de blé de l'hydro-chlorate de chaux, qui forme de tres-bons encollages ,. et permet aux usserands de travailler dans toutes sortes de localités, d'y fabriquer des marchandises qui ne le cèdent ni en qualité n1 en bonté à celles confecuonnées dans les caves et autres lieux humides dont le séjour est nuisible à lasanté des ouvriers, comme je lai dit plus haut.

Maladies des Ouvriers en soie.

Le nombre des ouvriers en soie, dans la seule ville de Lyon, qui est, il est vral leur terre classique, peut être évalué à quatre-vingt mille ; plusieurs villes du midi de la France en contiennent un grand nom bre. Ils ont des maladies quu leur paraissent particulières: leurs habitudes physiques et morales méritent de fixer l'attention des médecins. On cherché raiten vain dans les ouvrages publies par les médecins lyonnais quelques fauts sur les maladies propres aux ouvriers en soie. Pouteau et ses successeurs n’ont

. ? 0 = : tte Ef * : e rien ecrit sur cet important sujet.

On peut comprendre, sous la dénomination géné- | rique d’ouvriers en soie , beaucoup d'individus qui exercent des professions trés-différentes : ceux-là filent la coque du précieux bombya ; ceux-c1 (les mouliniers) mettent sur le moulin la soie des bobines; elle est tordue et livrée au commerce , soit à l’état de trame , soit à celui d’organsin. Lorsqu'elle a été séchée au degré convenable dans des étuves disposées pour lui faire éprouver cette préparation , le teimturier s’en empare, la revêt de couleurset la remet à la dévideuse. Gelle-ci1 étend les longs et épais écheveaux de tissu animal autour des cylindres fabriques avec des tiges de jonc; et au moyen d’une mécanique ingénieuse qui fait tourner rapidement à la fois un nombre plus ou moins grand de ces cylindres, elle dévide la soie, c’est-à-dire , elle couvre de ces fils une grande quantité de bobines de bois. De trèsjeunes enfans , ou des individus des deux sexes qui n’ont pas la force ou le talent d'occuper un méuer, filent encore les bobines, et au moyen de rouets font passer le. ussu qui les enveloppe sur de très-petits cylindres de jonc (canettes) que l'ouvrier introduit chargés de soie dans la navette. Ici commence la fabrication des étoffes de soie. Ceux qui s'en occupent spécialement sont les ouvriers proprement dits, Les procédés par lesquels on fabrique des velours, des satns ne sont pas les mêmes que ceux qui servent à confectionner les étoffes dites faconnées , c’est-

à-cure celles dans lesquelles l'or est allié à la soie,

DES OUVRIERS EN SOIE. 591 ou dont Je tissu présente aux yeux des! fleurs , de riches compartimens, des dessins divers: !

Lenom de satinaires n’a jamais eu cours que parmi les ouvriers en soie ; on les désignait autréfois sous le nom de taffetatiers ; maïs cette expression est tout-à-fait imusitée aujourd'hui, etils la prennent en mauvaise part. On la trouve cependant encore dans Rousseau : l'autorité locale les appelle, dans les'ordonnances, ouvriers de la fabrique de Lyon,rou seu lement ouvriers de la fabrique : cette dénomination. est celle qui leur plaît le plus, peut-être parce qu'elle les présente comme formant une! corporation. dis: uncte, la -premicrede la cité par son genre d'industrie.

Il n’y a rien dans la soie teinte qui puisse exposer celui qui la travaille à:des maladies spéciales ; c’est: donc à d’autres causes qu'il faut attribuer celles dont “les ouvriers de la fabrique sont affectés.Cette profession n’est donc nuisible que par les atutudes vicieuses et la. vie sédentaire auxquelles elle les contraint pendant une: grande partie du. jour et de la nuit ;-INais mon travail. serait incomplet si ; ne voyant.ces aruisans qu'en acuon, je les isolais de leurs habitudes physiques et morales, qui se réunissent. pour’ altérer leur constitution et lui donner un caractère parueulier, hi [rl

Un teint pâle, des miles gréles ou bouflis Par des sucs lymphatiques, des chaîrs molles et frap pées., d’atonie , une stature en général au-dessous dela. moyenne, telle est la constitution physique ordi naire aux ouvriers en soie lyonnais. Il ÿ a dans leu

physionomie je ne sais quel air de simplicité ét de niaiserie ; leur accent dans la conversationr est*singulièremient'lent etplat: Tout en eux annonce la prédominance d'action du système lymphatique sur les muscles et les nerfs; et surtout sur les vaisseaux sanguins. Leur corps manque de proporuon ; leurs membres inférieurs sont déformés de bonne heure: par le rachitiss ils ont une allure qui les fait reconnaître par-tout. Lorsque, les jours de fête, un habit plus propre semble les confondre avec les autres ci. ioyens, on les reconnaît encore au développement irrévulier du squelette , à leur démarche incertaine et entiérement dépourvue de grâce. Lia juste proportion des parlies semble mieux conservée dans les femmes. Cette différence uendrait-elle à linterrupuon plus fréquente des travaux qui: a lieu souvent parmi ces derméres, plus essentiellement appliquéés'au soin et à l'entretien du ménagé ; ou fautil l’attribuër à la manière de se vêur; à une sorte de coquettérié qui leur inspireles moyens de déguiser cette altération dés formes corporelles 2?’ Les jeunesgens dés campagries voisines de Lyon quiarrivent dans cèute ville pour ÿ embrasser là profession de fabricans d'étoffes de soie ne tardent point À perdre leur fraicheur et leur embonpoint; des éengorgemens va= riqueux des jambes , et plusieurs maladies qui appartiennent àla classe des serophules, signalent brentôt Ja révolution qui se fait én eux:

- Considéré au moral, l'ouvrier en soie lyontiais est doux ; trèsatiaché à ses préjugés ; son intelligence

DES OUVRIERS EN SOIE. 595 est excessivement bornée (sauf lés exceptions) ; l’habitant des contrées sauvages à un plus grand nombre d'idées et sait lescombiner plus habilement que lui. Il y a une singularité remarquable dans la trivialité de son langage ; elle consiste dañs le sens qu’il donne à certains mots détournés par Jui de la manière la plus bizarre de leur acception ordinaire. De méme que des femmes des halles de Paris ont une origi- nalité tout-à-fait particulière, de même les ouvriers des fabriques de Lyon ont dans leurs inanières et surtout dans leur langage un caractère entièrement étranger aux gens du peuple des autres parties de Ja France. Les habitudes physiques de ces artisans deviennent de jour en jour moins saillantes, moins caractéristiques ; et le temps n’est pas loin où elles ne seront plus connues que par la tradition. Depuis la révolution, tout ce qui distinguäit eftérieurement ct caractérisait si bienles professions a disparu par degrés, euiln’ya plus entre les classes dela socicté, sousle ra p—. port des vêtemens., que des différéricés marquées par des nuances peu sensibles: Un écrivain lyonnais, Charles Bordes, à bien peint l’ancien caractère des ouvriers en! sOie dans üine comédie qui ne mérite d'être rappelée que sous ce rapport. Tandis que les ouvriers de‘Manchester Sé livrent avec une grande violence à des excès fort répréhensibles lorsque les manufactures sont'oisives , les quatre-vingt fille ouvriersensoielyonnaisque l'inactivité des métiers réduit à la misère, ne commettent aucun désordre, et n’6pposent à l’indigénce qu’une force d'inertie, Les plus

paresseux d'entre eux parcourent le soir les rues de la ville, demandant l’aumône en chantant, etil n'y. a pas d'exemple que, pendant ces moniens critiques, heureusement fort rares, 1ls se soient réunis pour former une opposition quelconque à l'autorité. Cependant les archives de la cité conservent la mémoire de quelques émeutes populaires causées par eux; ils ne furent point étrangers aux désordres révolutionnaires quiafiligèrent la ville en 17953 et 1704; mais 1] faut ajouter qu’alors ils se montrérent bien moins féroces qu’avides de pillage. ; .

Liaborieux pendant la semaine, 1ls sont incapables de se mettre en mesure, lorsque le commerce fleurit , contre. la misère qui les atteint quand il languit. Le dimanche et le lundi, seuls jours pendant lesquels ils font un peu d'exercice hors de leurs atelers , ils consuinent en partes de plaisir de toute: nature, en orgies , le salaire du travail de la semaine enuère ; fideles à leur imprévoyance, ils traversent la vie touionrs pauvres , quelquefois tres- .misérables, et peut-être toujours heureux.

La corruption des mœurs est très-grande parmi eux ; elle s'y montre avec'une naïvelé qui passerait pour une extrême.effronterie dans une classe plus éclairée. Rousseau en présente un exemple remarquable dansla première partie de ses Confessions, livre 1v; mais il n'aurait pas dù , établissant un principe sur un fait, ajouter à son récit ces paroles calomnieuses : « Îl n’en est resté une impression peu avantageuse » au peuple de Lyon, et j'ai toujours regarde cette

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