DES OUVRIERS EN SOIE
» ville comme celle de l'Europe où règne la plus » affreuse corrupuon. » Leurscommunications entre eux sont si intimes que le libertinage existe chez eux bien long-temps avant que leurs organes aient acquis la force et le développement nécessaires pour le supporter. L’habitude de la masturbation est tellement prématurée chez ces artisans, qu'on ne peut guêre fixer l’âge auquel ils commencent à la prendre. Mais suivons-les dans leurs demeures. Ils occupent les. parties les plus malsaines d’une ville immense, dont les rues sont, en général, trop étroites relativement à l'extrême hauteur des maisons. Le . quartier Saint-Georges , remarquable par l’entassement de maisons mal construites, mal aérées, dans ‘nn espace trop étroit, entre la Saône et la montagne de Saint-Juste, contient un grand nombre de ces artisans. Beaucoup d’imdividus sont réunis dans un pelit appartement ; une soupente qui a tout au plus dix pieds carrés reçoit souvent toute la maison , c’està-dire, le père, la mère, deux ou trois enfans, une ouvrière et un ouvrier ; 1ls n’ont au-dessus de leur tête , pendant qu'ils dorment , qu’une colonne d'air de vingt à vingt-quatre pouces de hauteur. Peu de propreté dans leurs habitations ajoute encore à tant d’inconvéniens. L'air emprisonné dans des rues étroites , dans des cours obscures et profondes, où le soieil ne pénètre jamais , .exhale habituellement une odeur acide, qui dépend et de ce qu'ilnest pas renouvelé, et des niasmes que dégagent soit les im-
mondices contenues en grande quantité dans les mai-
sons , “soit la: réspiration d'un grand nombre d’indiz de vidus dés deux sexes ét de tous les à ages qui vivent
rassemblés sous le même toit. Leurs alimens, dans
la semaine, Sont grossicfs, souvent malsains.
À l’acuon puissante de ces modificateurs hygiéni= ques , réünissons celle qui résulte de l'atutude de plusieurs parties du corps dés ouvricrs én soie pendant qu'ils travaillent.
Des enfans très-jeunés sont placés au rouet desuné à faire les canettes ; à, constamment courbés, sans mouvemens généraux , sans pouvoir respirer ün air pur et hbre , ils contractent des irriations qui deviennent par li suite des maladies scrophuleuses ; leurs faibles niembres se contournent , et leur colonne vertébrale se dévie ; ils s'étiolent, et, dés leurs preimiéres années , sont ce qu'ils devront être toujours, débiles et valétudinaires. D’autres enfans sont occupés à tourner des roues qui mettent en mouvement de longues mécaniques à dévider ; la nutrition des bras accroît aux dépens de celle As jambes, et ces peuts malheureux ont sou:
\ vent les membres inférieurs déformés par le rachius. Des femniés qui dirisentiée dévidage sont placées : à la même. mécanique ; ; élles sont sans cesse debout , et le bruit âü milieu duquel élles vivent les oblige à parler irés-haut : de 1à les prédispositions aux en gorgémens des viscères de l'abdomen , aux varices des jarbes ; et’ aux inflimmations pulmonaires.
Un ouvrier en soie commence sa journée de grand matin et la prolonge fort avant dans la nuit ; quand
DES OUVRIERS EN $OIE. 397 la lumière du jour lui manque , il y supplée par celle de la lampe. Assis sur un banc élevé, ses deux pieds portent à faux sur le sol; pendant que l'une de ses jambes est dans un parfait repos ( c'est toujours la même), l'autre presse alternativement de longs morceaux de bois ou jalons qui correspondent à la trame du métier ; le corps un peu incliné en avant donne aux deux mains , quisont appuyées contre le üssu., chacune de son côté , la faculté de recevoir et de renvoyer alternativement la navette. Chaque fil réuni à la trame d'étoffe par cette opération , est assujetu contre celui qui le précède au moyen d'un balancier qui vient frapper le tissu; le choc est recu par ce ussu, et immédiatement par un gros cylindrede boisautour duquel Pétoffe est roulée, et avec lequelle ventre et le bord inférieur de la poitrine de l'ouvrier sont en contact. Dans les changemens importans que les métiers ont subis depuis quelques années, les inventeurs se sont plus apphiqués à perfecuonner-le travail qu'à découvrir pour ouvrier une, gymnastique plus commode. Il faut distinguer trois causes indirectes delmaladies dans la manœuvre de l’ouvrier en soie qui travaille f 1°. dacCuon deses bras , dont l’un , le gauche , fait conuimuellement un mouvement d’élévation et d'abaissement, tandis que le droit avance et recule sans cesse dans, un sens horizontal pour conduire le balancier ( baitant); 2°, la stuation de ses jambes, dont l’une est säns cesse en repos et l’autre toujours en mouvement ; 3°. le coup qu'il recoit immédiatement à
598 | MALADIES ‘chaque instant dans la. région épigastrique , par la percussion du balancier contre l'étofle ussue.
Ces considérations sur les habitudes physiques , morales et domestiques des ouvriers en soie , et sur les atutudes de leur corps pendant qu'ils travaillent P font pressenur leurs maladies, et je pourrais, ces dérnières posées, me dispenser de les énumérer. Les maladies qui leur sont propres sont généralement celles du système lymphatique : aussi voit-on chez eux et en grand nombre, peudant l’enfance, des engorgemens des ganglions lymphatiques, des tumeurs blanches, des ulcérauions , des ophthalmies scrophuleuses , le rachitis , le carreau (assez rarement la phthisie }, des gibbosités vertébrales. Ces affections dépendent moins de leur profession que de leur senre de vie et de l’influence prolongée de l'air, de Fhabitauon et du régime. Beaucoup de maladies vénériennes sont le résultat de leurs débauches. Plusieurs phlegmasies cutanées, la gale suriout , sont communes chez eux, par le défaut de propreté. Voyons maintenant quelles maladies résultent plus immédiatement de l’exercice de leur profession.
Ils se plaignent souvent, et principalement les femmes , de tiraillemens dans les muscles du dos et de la poitrine. On croirait, au premier abord , que ces douleurs vagues , obtuses, profondes , annoncent une phthisie encore latente, qui ne tardera pas à désorganiser le poumon :l n’en est rien pourtant , et la suspension des travaux, secondée de quelques embrocations sur là partie douloureuse avec lhuile
DES OUVRIERS EN SOIE. 599 éamphrée et le baume tranquille , ne manque guére de dissiper ces symptômes. qu.
La percussion qu'éprouve souvent leur réfion épigastrique trouble la digestion ‘et les dispose aux gastro-entérites, fort: communes chez eux, comme l'histoire de leurs habitudes a pu le fure présumer:
: Presque tous ces artisans vnt, dans un âge avancé, mais souvent dans l’âge adulte, des engorgernens et des-uléères: variqueux aux membres inférieurs ,, spécialement. aux jambes; maladie qui parail tenir à ce -qu'étant assis ; ils ont sans cesse: les jambes pendantes. Gelle qui est en repos est plus fréquemment, malade que d'autre: Les)ulcères vari= queux des louvriers;en:s01e:;| entretenus par la cause qui les a produits; sont-iccompagnés d’une inflammauon chronique. Ils appartiennent a la ‘classe de ceux qu'On;peut nommer habituels; leur fondiiest pile ;,::leui bord:livide et gorgé de sucs .séreux. Où ne peut, dans:là plupart des cas; les faire cicatriser sans compromettre lalsanté:.de louvrier qui. lés porte , surtout si l’ôn, n’apas larprécaution indispensable d’établir-uncautète: Cettermaladie:n’est point locale ; la véritable cause de l'ulcère est'un engorgement chronique de l’un desiwiscères abdominaux , surtout de la rate; la position pendante des jambes” n'est que la éause occasionelle. Ce qui a! été. dit de.la situation. du. corps ides: ouvriers en soie pendant qu'ils! travaillent. fait: présumer que la circulation veineuse abdominale eët {très = lente chez eux ; une cause fréquente. de ces lésions est
400 | MALADIES | l'habitude qu'ont ces artisans de: se mettre à leur ouvrage après avoir pris leur repas: | Comment prévenir ces différentes, maladies ? Le plus sûr moyen d'y parvenir seraït de soustraire les ouvriers en soie à l'influence si active de l'habitation dans un lieu malsain, de bien ordonner leur ré gime et de leur donner des mœurs. Ce n’est point aux médecins que celle tâche importante est réservée. Les médicamens qui réussissent lé mieux dans le traitement de leurs maladies. scrophuleuses sont les révulsifs et les toniques. On guérit leurs ulcères , où plutôt on s'oppose à leur trop gtand accroissement, par le repôs de la jambe malade, evPusage habituel d’une compression méthodique:avec un°bas de peau garnis= sent la jambe qui est en action d’attelles en: bois pout
de: chien lacé. Beaucoup de ces: ouvriers se
la préserver des contusions etdeseffets du‘frottement.
Nota. Je dois cet article intéressant à l'amitié d’un A se nai sa Ds de DES UN le AE ET médecin très-instruit, M: Monfaléon'; qui pratique . la médecine dans la ville de Lyon:41
Lies fabricans de toiles , de draps, les filateurs de coton, et la plupart des ouvriers des manufactures , sont exposés: AE peu-pERS aux mêmes maladies ape les
ouvriers en sole: à (1:
Malihes 2 Del es ow faiseuses de dentelles.
Dans les fabriques de dentelles ; on emploie ordinairement des jeunes filles ; celles-ci éprouvent tou tes les maladies qui do dela vie sédentaire et de Pattitude courbée. Elles ont le vyéntre volumi-
DES BONNETIERS, DES CARTONNIERS , etC. 40!
neux ; leurs régles fluent mal, très-tard ou point du tout: quelques-unes ont, dès l’âge de huit ou dix ans, des flueurs blanches. Elles sont disposées aux scrophules , au rachitis, aux engorgemens des ganglions lymphatiques , aux engelures et aux maladies nerveuses. Obligées d’avoir le corps plié en deux , la tête penchée sur les genoux , elles sont fort sujettes à la phthisie pulmonaire. Si elles travaillent . dans des caves , les maladies que nous venons d'énoncer sévissent avec plus de violence. Leur santé se détériore d'autant moins promptement que leur atelier est plus sec et plus élevé. |
Maladies des Bonnetiers.
Les bonneuers sont sujets aux maladies qui réa tent de la vie sédentaire ; ils sont souvent atteints d'hémorrhoïdes, de douleurs dans les reins, :de catarrhe ehronique de la vessie et de l’affaiblisses ment de la vue.
Maladies des Cartonniers , Cartiers et Colleurs.
M. Cadet - Gassicourt dit que ces artisans.sont exposés aux fièvres adynamiques, à l'hytppise et aux maladies de la peau.
Maladies des Cabaretiers et des Garçons limonadiers.
Séjournant habituellement dans des endroits dont la chaleur est souvent étouffante et l'air altéré par
des miasmes de tout genre, les cabareters et les lis monadiers risquent de contracter une foule demaux ) tels quei des céphalaïgies, de la gêne dans la respiration , la perte d'appétit, des nausées, ete. Nous leur conseillons de. renouveler fréquemment l'air de leurs salles, d'y jeter de l’eau , de sortir de temps en temps pour respirer l'air frais, d’être sobres dans leurrégime, de prendredetemps en temps des bains, de se frictivnner avec de la flanelle, et de se tenir le ventre libre. IlLest très-important qu’ils ne descendent pas dans leurs caves lorsque le corps est en sueur. Tout le monde sait que des cabaretiers donnent aux vins âpres et verts une douceur factice en y mé- Jlant de la litharge, ce qui expose les buveurs à la colique de plomb. On a vu des cabaretiers être victimes: de leur propre fraude.
e: M: Cadet-Gassicourt a observé que les limonadiers ont des goûts anti-physiques très-remarquables.
Maladies des Engorgeurs:
On appelle engorgeurs des gens de peine qui font vivre les pigeons qu’on porte à la Vallée, en leur insinuant dans le gosier Ja graine de vesce dont ils se remplissent la bouche. M. Macquart, qui fait mention de ces hommes dans son Dictionnaire de Santé , ditque l'atutudecourhée qu'ils gardent quelquefois pendant des journées entières fatigue beaucoup leur poitrine, et qu'ils sont sujets à la diffr-
culté de respirer; à l'asthme et à l'apoplexie. Pour
DES PORTIERS* 403 ne pas être obligés de se courber , et pour soulager leur poitrine , les engorgeurs doivent placer les pigeons sur une table ainsi que le baquet à vesce ; ils’
doivent aussi se reposer de temps en temps, ét boire moins de vin.
Maladies des Pertiers.
Obligés de rester constamment dans le même en droit pour répondre aux personnes qui entrent à toutes les heures du jour et de la nuit, les poruers sont sujets aux maux qui résultent de la vie sédentaire ; mais la cause principale de leurs maladies ‘provient de leur habitation, qui, placée au rez-dechaussée , prés de la porte d'entrée, est constamment humide , malpropre, très-étroite , et où pénètre rarement le soleil. C’est là que loge tout un ménage , père, mère et :enfans. Si l’on ajoute à cela que la plupart des poruers exercent les métiérs de cordonniers où de tailleuts en vieux , on pourra se faire une idée de l'air impur qui règne dans leurs loges et. de leur insalubrité.
Les portiers sont , en général, pâles, décolorés ; et sont disposés à toutes les affections du sysième lymphatique , telles que les serophules , les engorgemens des viscères , les hydropisies : leurs enfans sont presque tous scrophuleux et rachitiques. L’habitude qu'ils ont de se chauffer au poéle pendant l'hiver les expose, s'ils sortent au dehors, à contracter des rhumatismes ; des catarrhes et des fluxions de poitrine,
La médecine ne peut fournir que peu de moyens propres à adoucir la malheureuse condition des por- «iers. Agrandir le local qui leur est destiné , l’'aérer, l'élever au-dessus du sol , y établir une cheminée, garnir les murs de planches, telles sont les précautions qui pourraient diminuer l’insalubrité des loges, et que nous recommandons aux propriétaires hu-
mains.
Mslhdies des Secrétaires , des Grefhers, des Commis ; des Écrivains , des Copistes.
[ Lies anciens avaient plus de copistes et d’éerivains que ‘de ñotré temps, parce que l'imprimerie leur manquait. Avant cette découverte, il y avait dans chaque ville et dans les bourgs beaucoup d’hommes qui se soutenaiént eux et leurs familles en co= piant des ouvrages. Pline ; au rapport de son neveu, qui a‘écrit:sa. vie , ‘avait coutume, lorsqu'il voyageait , d’avoir avec lui un écrivain muni d’un livre et de tablettes. L'hiver , les mains de cet écrivain étaient couvertes de gants , afin que la rigueur de la saison ne dérobât aucun temps à ses études.
Les secrétaires , les greffers et les commis, qui, chez les princes ; chez les magistrats, et dans les comptoirs des marchands, sont payés pour tenir les livres et les registres , sont sujets à plusieurs maladies qui dépendent soit de l'attitude assise qu'ils sont obligés de conserver pendant long-temps , soit du mouvement continuel de la même main, soit en-
DES SECRÉTAIRFS, DES GREFFIERS , elC. 405
fin de la contention d'esprit nécessaire pour ne point commettre d'erreurs dans leurs calculs.
La vie sédentaire qu'ils mênent et leur atütude assise , le ventre appuyé contre une table , les expo= sent aux engorgemens du foie, de la rate “dus af fections gastriques , à Ja faiblesse des jambes,, à la stase du sang veineux , et leur donnent nn.aspect cachectique. En un mot , ils sont privés des ayantages que procure un exercice. modéré : quand1ls | voudraient en jouir , leur état les en empêche, parce que, pour gagner leur vie, ils sont forcés d'écrire depuis le matin jusqu'au soir. La nécessité oùils sont aussi de tenir'sans cesse la plume et de la mouvoir pour écrire, fatigue leur main et même tout le bras, à cause de la contracuon continuelle des muscles. J'ai connu un écrivain qui ,, pendant toute sa vie, asans cesse écrit , et s'est amassé par ce moyen un peu de fortune. Il éprouva d'abord dans tout le bras une grande lassitude qui résista à toutes sortes de remèdes , et qui se termina par une para Jysie complète de ce membre. Pour remédier à ce malheur , 1l s’accoutuma à écrire de la main gauche; mais après quelque temps, elle fut attaquée de la même maladie. |
Ce qui fait le plus de mal à ces artistes, c'est la contention d'esprit qu'ils. sont obligés. d'employer à leur ouvrage ; celte contention détermine des. migraines 1: des enchifrenemens, des fluxions sur les yeux, qui sont d'ailleurs affablis par l'aspect conu+ auel du papier blanc et par les écritures difiuiles,
à déchiffrer. Ces maux sont fréquens chez les calculateurs employés au service des marchands et chez les secrétaires des grands seigneurs, dont il est trèsdifficile de saisir l’esprit. Quand ces secrétaires écrivent des lettres, ils mettent leur imagination à Îa torture , tant à cause de la muluplicité des objets, que par la difficulté de les traiter au gré des grands auxquels 1ls sont attachés , et qui veulent souvent laisser dans le doute et embarrasser ceux à qui 1ls écrivent : aussi ce travail leur paraît souvent aussi insüpportable que la gêne de la cour.
Quels secours la médecine peut-elle apporter aux maux de ces hommes? Pour se préserver des maladies de la vie sédentaire , ils feront un exercice modéré tous les soirs et les jours de fête ; s'ils sont menacés d’obstructions , ils doivent prendre quelques tisanes apéritives , et entretenir la liberté du Ventre par des alimens doux et rafraîchissans et par des clystéres. L'usage du tabac peut diminuer leurs maux de tête. | Ils préviendront les maladies des yeux en portant de bonne heure des conserves , en $e frottant , soir et matin, les yeux avec un mé- Jange d’eau et d’eau-de-vie , et ne travaillant à la lumière que muni d'un garde-vue en tafletas vert. Pour remédier aux accidens qui naissent de la position assise et courbée , il est trés-utile de se servir des tables dites à 4 Tronchin, que nous recommandons à tous ceux qui sont obligés d'écrire longtemps.
Quant à la paralysie des mains , pour s’en ga-
DES GENS DE LETTRES, DES SAVANS, elc. 40% rantir, ils les laveront, soir et matin, avee du vin aromatique où une eau spiritueuse quelconque. Le repos et la modération dans leur travail leur séront aussi d’un grand secours.
Les notaires, les avoués , les hommes de lois, et tous les commis employés dans les diverses administrauons publiques sont sujets à-peu-près aux mêmes maladies que les secrétaires et les écrivains. Une précaution très-uule à tous les hommes de bureau , c'est de loger loin de l'endroit où ils travaillent , afin qu'ils soient obligés de prendre de l’exercice pour retourner chez eux.
Maladies des Gens de lettres , des Savans et dés Artistes.
Le peuple , qui vit du travail de son corps, ne .
peut simaginer qu'un homme de lettres qui, assis
toute) la journée, lit, pense, composé , épuise ses
forces plus promptement que le paysan qui va la-
bourer la terrre, et supporté tontes les intempéries
des saisons. Rien n’est cependant plus vrai, « Les
P gens de lettres, dit Rousseau , sont de tous les hommes ceux qui vivent le plus assis, pensent le q piu ;
plus, et sont par là les plus malades de tous les. hommes. »
Chez les sens de lettres, l'encéphäle est dans un
exercice contnuel , qui distrait les forces ‘rCpur-
ties également par la nature à toutes les parties du corps. Cet organe est le centre d’une fluxion habituelle qui favorise le développement des facultés intellectuelles , et affaiblit singulièrement les autres foncuons. L’estomac est l’organe qui souffre le plus des travaux de l'esprit. Un mauvais estomac, dit Amatus Lusitanus , suit les gens de lettres comme l'ombre suit le corps. Ces hommes éprouvent d’abord de la pesanteur à la région épigastrique , des flatuosités , puis une perte totale de l’appéut, Pamaigrissement et l’affaiblissement général.
Les contentions d’esprit rendent les organes de la génération peu acufs. Les anciens ont dit que les muses étaient vierges pour exprimer le peu de disposition qu'ont les savans aux plaisirs de l'amour physique. C’esten parlant des gens de lettres que Destouches a dit :
« .….… Les srands esprits, d’ailleurs trés-estimables £ > ?
» Ont fort peu de talens pour former leurs semblables.»
Si l'estomac et les Organes génitaux éprouvent de l'affaiblissement par défaut d’une excitation suflisante , le cerveau, au contraire, est souvent le siége d’affections occasionées par une irritauiôn trop forte. Ainsi les méditauons profondes et assidues font naître la méfiance , la tristesse | l'abattement chez l’homme qui jusqu'alors avait été intrépidé; la mémoire se perd, les idées s’obscurcissent ; il survient des chaleurs à la tête , de vives céphal-
alsies , l’inflammation de l’arachnoïde, l’apoplexie , SIP: ;
DES GENS DE LETTRES, DES SAVANS ) CIC. 409 la manie la mélancolie, et principalement lhypochondrie. Aristote assure que tousles grands hommes de son temps étaient mélancoliques ou hypochon= driaques. Pascal voyait sans cesse à ses pieds un gouffre de feu ; Jurieu, célébre par ses disputes théologiques et par un commentaire de l’'Apocalypse, était fréquemment tourmenté de coliques, qu'il attribuait à des cavaliers qui se battaient ‘dans ses entrailles. « C’est, dit M. Louvyer Villermay (1), parmi les gens de lettres, les arustes , les poëtes ; parmi les httérateurs les plus disungués , et surtout au nuilieu des personnes douées de l'imagination la plus ardente ou de la plus vive sensibilité, que l’hypochondric choisit de préférence ses victimes. Je pourrais citer plusieurs de nos premiers jurisconsaltes, de nos auteurs les plus distingués, des sculpteurs, des peintres et des musiciens de France les plus célèbres ; les états voisins nous en offriraient également un grand nombre. Le fameux Kotzebue a décrit lui-même une parue de ses affections nerveuses ; Colin d’'Harleville , Grétry, Bernardin de Saint-Pierre , ont également parlé de leurs nerfs dans les ouvrages qu'ils nous ont laissés. » :
Les maladies des gens de lettres ne sont pas bornées à lestomac et au cerveau , la vie sédentaire à laquelle assujettit le travail du cabinet est encore une cause puissante d’affections graves que nous allons indiquer. Un des effets de linacuon est de di-
(1) Traité des Mal.nerv..
minuer la transpiration insensible, ce qui détermine des douleurs vagues , des fluxions et des rhumes ; Ia matière de lexhalation stagnant sous l’épiderme devient la cause des dartres. Les gens de lettres sont très-sensibles aux changemens de température. Baromèêtres vivans, dit Tissot (1), 1ls éprouvent d’une facon cruelle tous les changemens de temps, et sont surtout affectés par les vents du midi.
Loutentier à son travail, l’homme de cabinet néglige fréquemment d’obéir aux besoins de la nature; la négligence de rendre ses urines occasione des catarrhes, la paralysie de vessie , la gravelle et les calculs. L’oubli d’aller à la garderobe produit une constipation opiniätre et des hémorrhoïdes.
On a vu des gens de lettres tomber , à la suite de méditations assidues, dans un état de faiblesse telle que leurs chairs deviennent flasques, leur pouls faible, leurs gencives si.molles qu’elles laissent échapper leurs dents sans douleur et sans être gâtées. Ce même principe defaiblesse joint aux maladies aiguës les rend très-dangereuses chez ces hommes ; et Morton (2) a remarqué avec raison que celles qui étaient bénignes pour les autres devenaient quelquefois mor telles pour eux.
L’atuitude assise, le corps courbé , gêne les foncuons des visceres de l'abdomen et de la poitrine ; la pression habituelle que le bord des tables ou des
(1) De la Santé des gens de lettres.
(2) De Variolis , cap. v ; Opera omnia , pag. 382.
DES GENS DE LETTRES , DÉS SAVANS , CC. A1 bureaux exerce sur la région épigastrique et sur le thorax dispose aux gastrites , à l’hépatite, et peut hâter le développement de la phthisie pulmonaire. | On peut lire dans la Nosographie philosophique de M. Pinel , tome un, l'observation d’une hépatite à laquelle cette cause a beaucoup contribué. Les engorgemens des viscères du bas-ventre, les coliques néphrétiques et la goutte sont les suites de la vie sé dentaire des hommes de cabinet.
Les veilles prolongées épuisent le corps. Voyez ces individus habitués aux longues veilles, chez eux l'aspect de la jeunesse à disparu de bonne heure pour faire place aux rides de la vieillesse ; le teint est pile et décoloré. Le sommeil qui succède à une longue contention d'esprit n’est jamais calme et tranquille. On contrarie par les travaux nocturnes lés lois de la nature, qu désigne la nuit pour le mome:it du repos. |
Les vapeurs grasses des matières qu'on est oblizé de brüler pour s’écluirer, augmentent encore le danger des veilles , en corrompant l'air et en le rendani nuisible à la respiration. Solenander (1) rapporte que son frère, occupé à des études très-sérieuses , avait beaucoup souffert de la poitrine et de la tête par Podeur des chandelles dont il se servait. Ramazzini conseille aux gens de lettres de ne point employer de chandelles dans leurs travaux nocturnes ,
et de brüler, s'ils le peuvent, de la bougie ou de
(1) Sect. v, cons. 6, pag. 461.
l'huile d'olives dans des lampes autrefois destinées à Minerve, à l'exemple des anciens savans, dont les ouvrages sentaient l'huile. L'usage des lampes à double courant d'air, qui n’ont par conséquent ni odeur ni fumée, offre un mode d'éclairage aussi commode qu'agréable. L'économie qui en résulte et la beauté de la lumière doivent faire préférer ceslampes, aujourd’hui très-usitées , à l'emploi des chandelles.
L'air renfermé que les hommes qui ne vivent qu'avec leurs livres respirent est une nouvelle cause qui contribue à asgraver leurs maux. Ne pas renouveler l'air de son cabinet, dit Tissot , c'est vivre des ordures de la veille.
Cette indolence de plusieurs savans sur l'air qu'ils respirent s'étend quelquefois sur toute leur personne. On en a vu qui négligeaient la propreté au point d’inspirer le dégoût, et de s’exposer à toutes les maladies qui sont une des suites de la malpropreté.
Le renoncement à la société que plusieurs hommes de lettres s’'umposent d’abord volontairement, et auquel ils sc livrent ensuite par goût, a des inconvéniens réels. La solitude jette dans la langueur, et produit cette misanthropie , cet esprit chagrin qu’on peut regarder comme le plus grand des maux , puisqu'il ôte la jouissance de tous les biens.
Les yeux sont un des organes qui souffrent le plus us des travaux du cabinet : on a vu plusieurs littérateurs être affectés de faiblesse de la vue, d’ophthalmie, de myopie, de presbytie, de goutte sereine et de cataracte.
DES GENS DE LETTRES, DES SAVANS, etc. 413
Telles sont les principales maladies que produit une trop grande application au travail littéraire ; mais 1] ne faut pas croire que tous ceux qui se livrent aux mêmes excès soient punis de la même facon et au même degré ; la différence des tempéramens , celle des âges, produisent dans les effets des variétés considérables auxquelles il ne sera pas inutile de faire quelque attention. |
Tissot , à qui nous avons emprunté la plupart des détails précédens, ajoute que les occupations delasou— veraineté , celles du ministère , de la magistrature, les spéculauons quelconques, enfin tout ce qui peut exercer les facultés de l’âme fortement et long-temps, produisent les mêmes maux quela culturedessciences les plus abstraites. Les rois , les sénateurs , les nuinistres, les ambassadeurs, les faiseurs de projets, éprouvent le même sort que les gens de lettres, s’ils donnent autant de temps et d'application à leurs affaires que les savans à leurs études. Il est vrai qu'ils ont un avantage, cest que les devoirs même de leurs charges les forcent souvent à des distracuons et à un exercice dont les hommes qui ne sont que savans sont privés ; mais, d’un autre côté, leurs travaux sont souvent mélés de chagrins et d'inquiétudes dont les influences sont encore plus cruelles que celles de linaction , et qui accablent également l’âme et le corps. Ramazzini dit avoir connu beaucoup de magistrats, de jurisconsulies et de ministres, qui étaient affligés de diverses maladies, et qui maudis-
saient la profession qu'ils avaient embrassée. Plem-
414 je) 0 MALADIES
pius a fait un ouvrage intitulé : de togatorum vale tudine tuendé ; où l’on trouve plusieurs faits qui confument lopumon dé Ramazzini et de Tissot.
Les gens de lettres malades sont, en général, les plus dificiles à condiure, parce qu'ils ne veulent jamais convenir de leurs torts ét abandonner leurs études favorites. Cependant le premier préservauf, celui sans-lequel tous les autres secours sont iwutiles , c'est de donner du délassement à l'esprit et de prendre de lexereice. Le temps que les httérateurs passent hors de leur cabinet n’est point perdu ; 1ls reviendront at: travail avec une ardeur nouvelle, et quelques heures consacrées tous les jours à l'exercice seront bien récompénsées par la jouissance d'une longue santé qui prolongera le temps de leurs études ; souvent:même c’est au mieu des délassemens que naissent les 1dées les plus heureuses. . Ramazzini ne conseille aux gens de lettres que exercice pour guérir Îles obstructions et: rétablir Pappéut. Voict ses propres paroles : Nihil magis salutare censeo, ac mugis commendo À quam côrporis exercilium, quod nihil præstantius ad obstructiones ex pediendas ; nativurnr colorem roborandum, coctiones perficiendas , transpirutum promovendum et scabiem fugiendam. "Tissot recommande beaucoup les exercices actifs, comme la paume, le volant, le billard, Ja. chasse, l'équitation , la navigation. Ce n’est point avec des jeux de cartes que l’homme de lettres doit chercher à se délasser, parce que ces jeux ont tous les
inconvéniens. de la vie sédentaire.’ Les avocats reti-
DES GENS DE LETTRES , DES SAVANS, etc. 415
| 1 rent dé grands avantages de l'abandon momentané du cabinet et du salutaire exercice que procure la déclamation. Des frictions douces faites avec de la flanelle, et les bains tièdes, surtout en été, sont très-utiles pour rétablir la transpiration et faciliter la circulaton des humeurs.
L'homme de cabinet n’a point un estomac capable de digérer les mêmes substances que celui d’un forgeron ; il doit choisir ses aliinens, éviter les viandes noires , fumées, les fritures et les pâusseries , rechercher la: viande tendre des jeunes animaux, la volaille, les légumes faciles à digérer, les œufs frais, le laitage. S'il mange des fruits, 1l faut qu'ils soient bien mürs. IE peut assaisonner ses mets avec de légers aromates qui en faciliteront ladigestion. Les repas doivent être légers et la mastication complète. Les gens de lettres se trouveront trés-bien de la sobriété : 1ls peuvent, si tel est leur goût, ne boire que de l’eau ; mais on ne saurait blâmer l’usage modéré d'un vin vieux. Ils ne doivent faire usage du café que dans les cas où 1ls n’en éprouveraient pas trop d'excitation. Il faut, pour travailler utilement et conserver sa santé, ne se mettre à l'ouvrage que deux cu trois heures aprés le repas: si on se livre à l'étude immédiatement aprés être sorti de table, les forces se trouvant partagées entre le cerveau et estomac, ces deux organes n’en ont pas assez l’un et l’autre pour remplir leurs foncuüons ; l'étude devient, dans ce cas, pémble et infructueuse , ‘et la digesuon en est troublée. Le cabinet dé travail doit être chauffé
AT NE © MALADIES
phutôt par une cheminée que par un poêle: l'air s'ÿ renouvelle mieux. Il faut écrire sur une table à à la Tronchin.
Quel est le moment le plus convenable à l'étude? Le travail du matin paraît devoir être le plus profi= table, parce que les idées sont alors plus nettes et. limaginauon plus vive : cependant plusieurs hommes de lettres assurent que le silence de la nuit est plus favorable aux méditauons. Il n'y a qu'une régle à suivre sur ce poiut : c'est de se livrer au travail quand 1l est aisé, et de le fuir lorsqu on na pas la conception facile.
Quant au traitement des maladies des gens de lettres, c’est aux médecins instruits à le déterminer. Je remarquera seulement que Ramazzini préfére les purgatfs aux saignées, parce que la saignée détruit les forces déjà abattues par les veilles et les travaux du cabinet. Il cite à l'appui de son opinion l’exemple de Gassendi, dont plusieurs saignées causérent la mort. Voici ses expressions : ’enæ sectio, ut parca ; illorum vires atterit, ac spiritus ob vigilias et Studiorum labores evanidos, faciè exolvit P. Gassendum , philosophum celeberrimum , ob pluries repetitam phlebotomiam , ut mos est apud Gallos , periisse , ir ejusdem vild legimus.
Pour de plus grands détails sur les nadia et l'hygiène des gens de lettres, jengage le lecteur à consulter lPouvr: age de Tissot et celui de M, Et. Brunaud, qui a pour ütre : de l’Hygiène des gens de lettres, 1 vol. in-8°, 1819.
DÉS RELIGIEUSES. 419 Maladies des Religieuses (1).
Si l’on examine les occupauons des religieuses, ün voit qu’elles sont presque toutes sédentaires. En effet, ces femmes SDS leur temps soit à des ouvrages à st , soit à chanter des psaumes ou à faire des prières dans les temples. Ce genre de vie est loin d’être favorable à la santé. Aussi les religieuses sont irés-sujettes aux irrégularités des règles, à la chlorose, aux flueurs blanches, aux digestions difficiles, aux engorgemens des viscères de Tabdomen et au cancer de la matrice et des mamelles. La continence dans laquelle elles sont obligées de vivre est aussi une cause puissante de maladies : on a vu plusieurs jeunes religieuses, agitées par des désirs vénériens , tomber dans le marasme, et présenter tous. les symptômes de l’hypochondrie, de l’hystérie, de la RENE et d’autres affections nerveuses. L’habitude qu’on a dans les couvens de réunir plusieurs personnes dans des dortoirs trop étroits n’est pas moins nuisible ; un des principaux inconvéniens est de leur faire respirer un air qu'elles corrompent à chaque instant par leur expiration.
Les tables de re indiquent une plus grande
(1) Rarmazzini ayant consacré un chapitre à l'hygiène des religieuses , j'ai cru devoir indiquer ses principales opinions sur ce sujet. |
418 MA LADIÉS quantité de morts parmi les religieux et les religieuses qué parmi les personnes vivant dans le monde. ‘Comme les religieuses ne peuvent par sortir de leurs couvens pour se promener, Ramazzini propose d'y suppléer par quelques moyens : ainsi il léur conseille de sonner les cloches trois fois par jour, le maun , à midi et le soir; cet exercice, quoique trésutile , a l'inconvénient d’incommoder les. voisins ; mais rien n’est plus facile que de remédier au bruit, én supprimant le battant des cloches. En outre, Ramazzini recommande aux religieuses de travailler à des métiers de usserand ; « car, dital , iln'y a rien de plus propre à prévenir les obstructions et à les lever quand elles sont formées, qu'un métier qui met tout le corps en action. » Ce médecin avait observé que chez les femmes adonnées à cette profession , la santé était plus robuste et le teint plus animé que dans aucune autre : Numquäm enim robustiores et coloratiores solent esse mulieres, quam ‘textrices. | L'usage des viandes blanches, des légumes, des fruits et du lait est très-convenable dans les couvens. Eippocrate conseille de saigner ou de purger les religieuses au printemps. Pour les préserver des maladies qui résultent du célibat, on a proposé l'infusion de fleurs de nénuphar, de Jaitue , les semences émulsives , les pilules de ciguë, les bains et les boissons à la glace ; muis le travail et l'exercice sont préférables à tous ces médicamens.
DES ECCLÉSIASTIQUES ET DES RENTIERS. 419 Maladies des Ecclésiastiques.
Les ecclésiastiques menant, ‘en général, une vie moins sédentaire que les religieuses , sont aussi moins exposés à devenir malades. Cependant la chasteté dont ils ont fait vœu, et l’exaltation mentale par Voraison , déterminent quelquefois des affections . nerveuses. Buffon rapporte l’histoire d’un ecclésiastique qui , aprés avoir résisté jusqu'à l’âge de trentedeux ans aux désirs les plus ardens, tomba dans un délire maniaque ; 1l rompit son vœu de chasteté et revint à Ja santé. Le même naturaliste parle encore d'un ecclésiastique qui, désespéré de manquer trop souvent aux devoirs de son Eu s’est fait lui-même l'opération d’Origène. |
En visitant les malades dans les hôpitaux et dans les épidémies , les prêtres peuvent contracter les maladies contagieuses. Les chants et l'habitude de la génuflexion les disposent aux hernies.
‘L'exercice et un régime rafraîchissant sont les seuls préservatifs que nous recommandons aux respectables ministres de la religion.
Maladies des Rentiers.
Nous désignons sous le nom de rentiers les hommes qui, ayant mené une vie trés-active , l’abandonnent pour jouir en repos de la fortune qu'ils ont amassée : tels sont les commercans, les cultivateurs
et les militaires reurés du service. Ces hommes pas-