‹ Traité des maladies des enfans, jusqu'à la pubertéChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des maladies des organes digestifs chez les nouveau-nés.

Les incommodités auxquelles les enfans son» exposés après leur naissance ; sous le rapport de la digestion, sont presque innombrables. Celui-cii soutire, parce qu’il ne peut se débarrasser dui méconium; celui-là , parce qu’il est trop resserré ou trop constipé ; un autre , parce qu’il est tourmenté de tranchées ou de coliques; quelques uns ont 1 intestin rempli de flatuosités ou de vents , certains sentent l’aigre , parce que tout tourne à 1 acide dans leurs premières voies ; d’autres sont si relâchés qu ils ont souvent la diarrhée ; il y en a dont le rectum est dans un état de chute habituelle; enfin, on en voit qui vomissent ou rejettent le lait encore fluide ou grumelé , qui ont le hoquet, qui sont tourmentés de vers, etc.

ARTICLE PREMIER

De la rétention du méconium.

On donne le nom de méconium aux mucosités que fournit la membrane interne de l’intestin chez le fœtus pendant la grossesse. Cette sécrétion se mêle avec un peu de bile, comme le prouve

l’analyse chimique ; de là vient sa couleur jaunâtre ou verdâtre , foncée ou noirâtre. Le séjour de cet excrément dans les premières voies l’expose aussi à être en partie résorbé; ce qui doit en rendre le reste plus visqueux et plus épais.

A moins de maladie, le fœtus ne rend point le mucus intestinal pendant qu’il est dans le sein Je la mère : peut-être qu’alors ce fluide est destiné par la nature à prévenir l’oblitération du conduit dont il lubrifie la surface. Mais peu de temps après la naissance, et lorsque la respiration est bien établie , il survient dans l’intestin un mouvement péristaltique qui en expulse tout ce qu’il contient d’impur ou d’impropre à la nutrition. 11 n y a que les fœtus long-temps soumis aux violentes contractions de la matrice, ou expulsés pai les fesses, chez lesquels cette déjection soit prématurée.

. La principale cause qui empêche le méconium de sortir après la naissance , consiste dans le spasme du sphincter de l’anus. Tissot prétend que ce muscle constricteur peut être immédiatement irrité, ou éprouver par sympathie l’effet de tout ce qui agit sur la peau , comme l’impression d’un air trop vif ou trop froid. La viscosité du méconium, ou son adhérence à l’intestin, peut en empêcher encore l’évacuation, surtout quand il n’est pas délayé par le colostrum ou premier lait de la mère. Enfin, on observe que les enfans

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naturellement faibles, qui ont souffert en naissant, ou qui manquent de soins après avoir vu le jour, se vident avec plus de difficulté que les autres.

Rien de plus aisé que de reconnaître la rétention du méconium chez les nouveau-nés. Lorsqu’ils ont passé quinze , vingt ou vingt-quatre heures après leur naissance, sans souiller leursv langes; lorsqu’ils éprouvent outre cela de l’inquiétude, de l’agitation, de l’insomnie, de l’assoupissement ou des convulsions; lorsqu’on leur trouve l’anus serré et incapable de recevoir une canule ou un suppositoire ; enfin , lorsque leur peau devient ictérique ou jaunâtre, plus ou moins foncée , on doit nécessairement soupçonner que leur intestin ne se débarrasse point du mucus qui s’y était accumulé pendant la grossesse.

Il faut donc alors se hâter de secourir ces tendres et innocentes créatures , si l’on veut les empêcher de mourir en venant de naître. Mais ici les moyens doivent varier suivant les circonstances où l’enfant se trouve , et suivant les causes qui le rendent malade. Est-ce la mère qui se charge de le nourrir , qu’elle lui présente le plus promptement le sein, afin que les premières gouttes de son lait, naturellement séreuses et un peu sucrées, relâchent l’intestin, et facilitent l’issue des matières qu’il contient.

Lorsque le nouveau-né passe en des mains étran

. DES MALADIES DES ENFANS. ï3i gères , on tâche encore d’imiter la nature , et d’assimiler le lait etranger a celui dè la mère. Pour cela on prescrit à la nourrice quelque boisson délayante , telle que de l’eau d’orge édulcorée avec du sucre ou un sirop adoucissant. On peut même en donner quelques cuillerées au nourrisson.

Mais, si ces moyens sont inefficaces, il faut necessan ement recourir a quelque leger purgatif. Des praticiens conseillent alors les mucilagineux, tels que l’huile d’amandes douces, ou les mucososucrés, comme le miel , qu’on délaye dans de l’eau , dans du petit-lait récent , et la manne , qu’on mêle avec la casse et l’huile ci-dessus, et qu’on aromatise avec un peu d’eau de fleurs d’oranger. Mais, comme les substances grasses relâchent 1 intestin, et ne purgent qu’en donnant une sorte d indigestion, elles ne conviennent guère aux individus naturellement faibles. En outre, des auteurs, peut-être un peu séduits par des théories plus spécieuses que solides , croient que les huiles acquièrent de la rancidité dans l’intestin, et en exaspèrent la douleur au lieu de la calmer.

Pour éviter ces inconvéniens , on 'purge avec des amers les enfans qui viennent de naître. Le sirop de chicorée , composé avec un peu de rhubaibe, jouit à cet égard de la plus grande réputation. On en délaye une demi-once ou une once

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dans deux autres onces d’eau simple, de décoctic d orge, d infusion de chicorée , ou de solution c i gomme arabique , à la dose de deux gros pi livre d eau; on donne ensuite ce remède par cuii leiees a café toutes les demi— heures, jusqu'à c que le ventre soit ouvert.

Si l’enfant ne rend point de méconium , o)i passe à l’usage du sirop de fleurs de pêcher, qui est plus énergique, et qu’on donne à la mênn dose après l’avoir deîayé dans le même véhicule On pourrait même employer le sirop de ner prun, si cela était nécessaire. Doublet dit avoi sauvé un enfant demi-apoplectique , en lui donnant deux gros de ce médicament.

Tout médecin qui manie les purgatifs doit sa voir les varier , et en modifier l’action suivani les circonstances. L’enfant peut être naturellement fort ou robuste , faible ou languissant ., sensible ou nerveux. La meme substance ne convient donc point dans tous les cas. Tel exige desadoucissans qui se trouverait fort mal des toniques ; tel autre réclame des caïmans ou antispasmodiques. L homme de l’art, un peu versé dansla pratique, saura satisfaire à toutes ces indicationsparticulières, en combinant le purgatif qu’il jugera convenable, avec le petit-lait ou l’eau d'orge, avec 1 eau de cannelle ou de mélisse , avec l’acétate d ammoniaque , le camphre, l’éther sulfurique , un sirop acide , etc.

ARTICLE II

De la constipation clu nouveau-né.

Mille causes peuvent déterminer la constipation de l’enfant qui tette : tantôt c’est la nourrice qui est accouchée depuis trop peu de temps , qui fait usage d’alimens échauffons ou de mauvaise qualité, qui s’excède de travail , qui s’épuise à force de veilles , et qui par conséquent ne fournit qu’un lait indigeste, mal élaboré ou peu salutaire; tantôt c’est le nourrisson lui-même que l’atonie et la faiblesse rendent incapable d’expulser ses excrémens ; quelquefois il est aussi dans un état d’irritation ou de spasme qui s’oppose au relâchement du sphincter ou constricteur de l’anus.

L’enfant ne peut rester long-temps constipé sans être dangereusement malade ; bientôt son ventre se remplit de vents et se ballonne ; il pleure , il s’agite , il s’échauffe , il est saisi de convulsions ; il perd le sommeil : à tout instant il est interrompu par des tranchées ou coliques douloureuses ; les efforts pour aller à .la garderobe se multiplient à mesure qu’ils sont infructueux, et ne font qu’aggraver le mal.

Tous ces symptômes méritent la plus grande attention ; ils peuvent dégénérer en inflammation de l’abdomen , si l’on n’y porte un prompt remède , même dès le commencement. Pour peu

qu’oi. différé , l’enfant est bientôt aux abois 0

sans ressource. Qu’on fasse donc de scrupuleuse

recherches sur la cause du mal , afin de la corn

rattre a propos, et de prévenir tout funeste évé nement.

Le vulgaire et la plupart des médecins conseilent la manne , le miel, le jus de pruneaux , e les laxatifs , contre la constipation des enfans ; cela est fort bien lorsque cette maladie est accompagnée d’embarras intestinal; mais qu’obtiendrat-on avec des corps doux ou mucoso-sucrés, avec des suppositoires de savon ou de beurre de cacao avec des lavemens ou des purgatifs, si la constipation dépend d’un lait trop vieux, que l’estomac et l’intestin du nouveau-né digèrent avec peine ? Quel effet retirera-t-on encore de ces méicamens , lorsque sa mère ou la femme qui l’allaite se nourrit mal ou s’échauffe de quelque manière que ce soit? Quel bien procurera-t-on en un mot si le nourrisson est déjà faible ou languissant, surtout s’il est dans un état de spasme, d erethisme ou d’irritation ? Lui donnera-t-on alors du sirop de chicorée ou de fleurs de pê- Qu’on varie donc les remèdes selon les causes et les circonstances; ou bien on ne fera qu’une médecine qui n’aura pas le sens commun , et qui pis est deviendra très-dangereuse. Qu’on proportionne lage du lait à celui de l’enfant , et

l’on verra bientôt disparaître la constipation qui tient à ce défaut d’analogie. Si l’on n’a qu’un lait déjà vieux, qu’on tâche du moins de le rendre plus séreux , en donnant une ample boisson à la nourrice ; et si , malgré cette précaution , l’enfant continue d’être constipé , qu’on lui donne mie autre mamelle.

Par la même raison , la nourrice qui vit mal doit changer de régime , et en adopter un autre plus conforme à l’hygiène de l’enfant. Quand celui-ci est faible ou languissant , on lui fait prendre un peu de sirop ou d’eau de rhubarbe ; c’est le purgatif qui lui convient en pareil cas , parce qu’il n’a besoin que d’être fortifié pour rendre ses excrémens. Mais est-il dans l’état de spasme ou d’irritation , qu’on se garde bien de le purger ; car on le rendrait plus malade , et peut-etre on le tuerait. De célèbres praticiens , tels que Hoffmann et Tissot , conseillent de plonger alors le petit malade dans un bain tiède , qui devient en même temps antispasmodique et laxatif. Nous pouvons attester avoir vu cette méthode réussir plus d’une fois.

ARTICLE III

Des tranchées ou coliques des en fans.

Cette maladie est souvent une suite de la précédente ou de la constipation que nous venons

de décrire ; mais combien d’autres causes peuvent aussi la produire ! Nous ne perdrons point ici le temps a réfuter 1 opinion du vulgaire qui attribue les ti anchees ou- coliques des enfans au mauvais régime de la mère pendant la grossesse , ou à 1 absence des tranchées utérines après l’accouchement 'y comme s’il pouvait y avoir quelque rapport entre les organes digestifs d’une femme enceinte et ceux de l’enfant après sa naissance, ou entre la matrice de l’une et l’intestin de l’autre. Ne suffît-il pas d’enoncer de telles opinions f pour en sentir le vague, l’incertitude et l’absurdité ? L’expérience et l’observation attestent au contraire que rien ne dispose plus aux tranchées les enfans qui tettent , que leur voracité qui ne leur permet presque pas de quitter le mamelon, et surtout leur constitution propre qui est excessivement irritable ou nerveuse. Il est de lait aussi que la cause occasionelle de cette indisposition peut tenir aux écarts de la nourrice concernant le régime , ou au déréglement de ses affections morales. On en voit qui ne se repaissent que d’alimens malsains , de salaisons, d’ail, d’oignons, et de toute sorte de crudités , qui boivent de l’eau-de-vie ou des liqueurs ; qui, outre cela, travaillent beaucoup durant le jour , et ne prennent que peu de repos dans la nuit ; qui sont rongées de soucis et de chagrins. Or , quel ch vie peuvent-elles former alors pour réparer leur'

DES MALADIES DES EN-FANS. 1^7 sang ? Quel lait peuvent-elles donner à leurs nourrissons ? O11 conçoit que ce fluide doit être nécessairement de mauvaise qualité , peu substanciel , indigeste, irritant. De là, l’embarras, la flatulence , la faiblesse , et surtout l'acidité <les premières voies à laquelle les cnfans ne sont déjà que trop disposés : de là enfin des douleurs intestinales qui tourmentent ces êtres si intéressans, et leur ôtent quelquefois la vie qu’ils ont à peine commencée. Chambon distingue les tranchées d’avec les coliques, parce qu’il croit que les premières sont produites par les acides, et les secondes par des flatuosités. Mais qu’importent la cause et le nom d’une maladie quand le siège et la nature en sont les mêmes ?

Les tranchées ne tourmentent jamais plus souvent ni plus cruellement les enfans que de quatre à six mois. Quelques-uns cependant en éprouvent presque aussitôt après leur naissance ou dans les premières semaines , et d’autres en ressentent jusqu’à dix mois ou un an.

Des auteurs prétendent que ces affections ont leur siège dans le plan musculeux de l’intestin; mais comment peuvent-ils le savoir? A coup sûr l’autopsie ne leur apprend rien làdessus ; car , à l’ouverture des cadavres , on trouve seulement le conduit alimentaire pâle et distendu par des vents, ou rempli de matières mal digérées. D’ailleurs, la membrane muqueuse

de ce conduit n’a-t-elle pas assez de sensibilité pour rendre raison des douleurs intestinales, sans avoir besoin de recourir au tiraillement ou à la distension des fibrilles musculaires qui sont encore imperceptibles dans l’intestin de l’enfant.

Quoi qu’il en soit, les tranchées qui surviennent durant l’allaitement ne sont point continues , mais intermittentes ; elles cessent et se renouvellent alternativement ; l’enfant ne goûte ni sommeil , ni repos ; il pleure , il s’agite , il se courbe ou se tortille. Son ventre est tendu, ballonné , inégalement contracté , surtout vers le nombril ; des vents roulent et murmurent dans l’intestin , ce qui fait varier le siège du mal ; il y a de l’éréthisme , du spasme ou des convulsions ; de la diarrhée ou de la constipation ; les déjections sont ordinairement verdâtres ; il s’en exhale une odeur aigre que les gens de l’art regardent comme un signe d’acidité dans les premières voies.

Dans la pratique , il faut rechercher avec soin la cause de la maladie , afin de la combattre avec succès , et d’en prévenir la récidive. Qu’on examine d’abord la constitution ou tempérament propre de l’enfant , et le régime de la nourrice ; ce sont là presque toujours les deux sources d’où proviennent les tranchées ou coliques du premier âge . Le petit malade est-il irritable ou ner-

DES MALADIES DES ENFANS. 109 veux; son ventre est-il tendu , douloureux , rénitent ; qu’on le plonge sur-le-champ dans un bain tiède ; qu’on fasse des fomentations émollientes sur la pai'tie affectée , et qu’on y tienne une flanelle trempée dans quelque décoction émolliente , comme celle de racine de •guimauve ou de graine de lin. Après avoir ainsi relâché ou ramolli le bas-ventre , on peut avoir recours aux moyens propres à évacuer les matières qui y sont contenues. S’il y a de la saburre dans les premières voies, on peut donner à l’enfant quelques grains d’ipécacuanha dans de l’eau sucrée , ou quelques cuillerées de sirop de cette racine ; ou bien on le purge avec un sirop cathartique ou laxatif, tel que celui de chicorée ou de fleurs de pêcher convenablement étendu. Y a-t-il des flatuosités dans l’intestin, on les dissipe au moyen de quelque infusion tonique , comme celle d'anis, ou de coriandre, qu’on édulcore avec le sirop d’éther sulfurique, ou à laquelle on ajoute quelques gouttes de cette liqueur; on frotte le bas-ventre de l’enfant avec une flanelle ou une serviette qu’on chauffe à un feu clair et flamboyant; on l’expose à la douce et bénigne influence du soleil ; on peut lui donner aussi quelques lavemens avec la décoction de têtes de pavots , ou une légère dissolution d’opium. Les narcotiques, suivant la remarque d’Armstrong, Underwood et Doublet, ont la propriété de res-

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serrer l’intestin , ce qui convient quand il est

distendu par des vents, et non gorgé de matières

impures.

Tels sont les principaux remèdes qu’on donne à l’enfant pour calmer l’irritation intestinale, et pour dissiper le paroxisme ou l’accès des tranchées. Quelques praticiens y ajoutent encore des substances huileuses ; mais on doit en redouter la rancidité qu’elles acquièrent facilement dans les premières voies : inconvénient que n’ont point les mucilages, les gélatineux, ni les amilacés.

La cure prophylactique de cette maladie consiste à en éloigner la cause qui tient à la nourrice ou à l’enfant. On surveille le régime de la première , et on le rend le plus conforme qu’on peut aux règles de l’hygiène ; on ne lui permet que des alimens sains et capables de fouriiir un lait doux et facile à digérer. Si , malgré ces précautions , les tranchées continuent encore , on la change, ou bien on fortifie les organes digestifs du nourrisson : ce qui convient également, soit qu’il s’y développe des flatuosités ou des acides, soit qu’il s’y accumule d’autres matières sàburrales, par l’effet des mauvaises digestions. L’infusion ou la poudre de rhubarbe , celles de quinquina , ou bien les sirops préparés avec ces substances; quelques cuillerées d’un vin médicinal où l’on a fait infuser de la racine de gentiane , des feuilles et fleurs d’absynthe, de marrube , de

DES MALADIES DES ENFANS. i4l mélisse, de menthe, etc.; voilà les moyens les plus propres à remplir cette indication ; ce sont les vrais stomachiques de la première enfance , qui pèche presque toujours par excès de faiblesse.

Ou a aussi retiré de grands avantages des substances alcalines , telles que la magnésie pure , la terre calcaire ou la craie ; on p.eut les administrer sous forme de pastilles, en les mêlant, avec la moitié de leur poids, de sucre, et quantité suffisante de mucilage adragant qu’on aromatise convenablement. Ces médicamens absorbent ou neutralisent les acides des premières voies , et forment des sels cathartiques qui purgeottent les en fans.

ARTICLE IV

j Des flatuosités des enfans.

Nous aurions pu nous dispenser de parler de cette affection en particulier^ attendu qu’elle a été décrite avec la précédente , dont elle est souvent la cause ou la compagne. Cependant, comme on la trouve aussi quelquefois séparément , nous en exposerons en deux mots le tableau.

L’enfant naturellement faible ou allaité par une nourrice qui vit sans régime, qui fait usage d’alimens venteux, tels que les choux, les navets, les

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pois y etc. ; qui s épuisé à force de travaux ou de veilles; qui ne goûte point le calme de l’âme au sein de son ménage : en un mot, l’enfant dont le lait maternel ou étranger débilité les organes digestifs, est le plus exposé aux flatuosités intestinales.

On reconnaît cette affection au météorisme du ventre qui se ballonne et murmure; au dégagement de gaz par le fondement avec ou sans explosion ; à l’agitation et à l’insomnie , à un état de faiblesse ou de langueur générale, qui est l’effet de mauvaises digestions, ou d’un lait appauvri et peu nourrissant. Lorsqu’on laisse empirer le mal , l’enfant devient pâle , quelquefois bouffi ; tout son corps se flétrit et se décolore ; son visage maigrit, et se ride; l’œil perd sa vivacité, et s’enfonce; la peau s’amollit, et se colle sur les os ; enfin la diarrhée succède à la constipation qui avait lieu au commencement, affaiblit encore le malade, et le précipite au tombeau. ^

La flatuosité se complique souvent avec des tranchées , et a son siège ordinaire dans le gros intestin , qui se remplit en général de gaz acide carbonique , et quelquefois de gaz hydrogène carboné ou sulfuré.

Débarrasser l’enfant des vents qui le gonflent, et en prévenir désormais l’accumulation maladive, telles sont les indications qui se présentent.

DES MALADIES DES ENFANS. iqA

On remplit la première en donnant au petit malade quelques cuillerées d’une potion tonique, par exemple , d’une légère infusion d’anis ou de menthe, animée de quelques gouttes d’éther sulfurique. On seconde l’effet de cette espèce de carminatif par de légères frictions qu’on fait devant un feu clair et flamboyant , soit avec la main seule promenée sur l’abdomen, soit avec une flanelle imprégnée de quelque vapeur aromatique , ou imbibée de quelque liqueur spiritueuse chaude.

La seconde indication exige qu’on change la nourrice si elle est mauvaise , ou qu’on donne à son lait des qualités qui tournent au profit et non au préjudice de l’enfant. Qu’on ne manque pas surtout de lui interdire , sinon l’usage , du moins l’abus de toute substance flatulente ou venteuse ; qu’on lui prescrive, au contraire , des alimens pleins de suc nutritif, tels que la viande des animaux faits , bouillie ou rôtie , et de bon vin pris avec modération , afin qu’elle puisse transmettre à son nourrisson des germes de vigueur et de santé.

ARTICLE V

Des acides des premières voies chez les en fans.

L’enfance est l’àge de la faiblesse; les fonctions n’y ont pas encore cette énergie que produit l’in-

tégrité des forces vitales ou le développement complet de 1 organisme animal ; la digestion est souvent languissante et dérangée , soit que l’estomac reçoive plus de lait qu’il n’en peut élaboic.i , soit que ce fluide vienne à manquer ou à se détériorer par quelque faute de la mère ou de la noui uce. C est làsans doute ce qui dispose natunellemcnt les enfans qui tettent, à l acidité des premières voies.

Cependant la pratique et l’observation ont attesté que cette dégénérescence existait le plus fréquemment chez les nourrissons gras et potelés , mais dont la surface du corps molle et blanchâtre annonçait un certain degre de faiblesse ou d’atonie.

Les signes auxquels on reconnaît la prédominance des acides, sont l’odeur aigre de l’enfant et la couleur verte de ses déjections. Il est plus sensible et plus inquiet qu’à l’ordinaire; en un mot , s’il n’est pas tout-à-fait malade , il n’est pas non plus dans un état de santé parfaite : on peut meme ajouter que l’acidité des premières voies se complique avec presque toutes les maladies du premier âge, dont elle est la cause ou peutêtre l’effet.

Absorber ou neutraliser les acides , et en prévenir la génération ultérieure ; voilà quel est ici le double but de la thérapeutique. Lesabsorbans les plus elîicaces sont la magnésie pure ctleniu-

UES MALADIES DES ENFANS. 145 riate calcaire qu’on mêle à petite dose avec les boissons de l’enfant , ou dont on fait des tablettes. On croit que ces substances se combinent avec les acides , et forment des sels neutres qui réveillent le ton des premières voies : cela est possible. Mais le meilleur moyen de préserver l’enfant de cette incommodité , est de le fortifier, soit en lui donnant quelques toniques , comme de la cannelle ou des martiaux , du suc de viande rôtie , de bon vin ; soit en surveillant le régime de la nourrice , dont on écarte tout ce qui peut donner quelque mauvaise qualité à son lait.

ARTICLE VI

De la diarrhée des enfans.

Cette maladie n’est autre chose qu’une espèce de catarrhe intestinal , une déjection alvine de mucus ou de sérosité, qui se mêle avec les excrémens, et les rend plus liquides qu’à l’ordinaire. L’enfance y est plus sujette que tout autre âge , à cause de la faiblesse et de la sensibilité qui lui sont naturelles.

Cependant cette seule prédisposition ne suffirait pas pour déterminer la diarrhée ; il faut qu’il y ait outre cela quelque cause directe ou indirecte qui irrite l’intestin dont elle change les propriétés vitales , et augmente le mode de

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sécrétion. Tels sont le froid et l’humidité , qui, appliqués sur tout le corps ou sur les pieds seulement , suppriment l’action des membranes séreuses et muqueuses ; les mauvaises digestions produites par un lait malsain , par 1 abus de la bouillie , par des substances grasses , muqueuses ou sucrées , comme le lard , le miel, le beune, la pâtisserie, les fruits acerbes; les purgatifs administrés sans précaution , la répercussion de quelque exanthème, les affections morales, comme la frayeur , la jalousie , la colère , etc. , dont l’enfant à la mamelle est susceptible.

La diarrhée arrive dans tous les temps de la première enfance , mais ordinaii ement du second au troisième mois. On la reconnaît à des déjections répétées , fluides et abondantes; l’enfant pâlit , et devient languissant ; si la maladie continue, il maigrit faute de chyle réparateur; il tombe enfin dans le marasme et la consomption, qui sont les sinistres avant-coureurs de la mort.

D’après ces causes et ces signes , on reconnaîtra facilement l’espèce de diarrhée qui nous occupe, et qu’on peut nommer idiopathique, pour la distinguer d’avec celle qui succède à d’autres maladies° dont elle est le symptôme. On ne la confondra pas non plus avec le devoiement qui accompagne la dentition, et qui est toujouis plus salutaire que nuisible à l’enfant. Enfin , on la distinguera d’avec ces cours de ventre mode-

DES MALADIES DES ENFANS. 147 rés et passagers qui ne méritent point le nom de maladie .

Le danger que court l’enfant est proportionné à sa faiblesse naturelle, à la cause qui irrite l’intestin , à la fréquence et à la durée des déjections alvines.

Dans le traitement, il faut se proposer de calmer l’irritation intestinale, et d’enlever la cause qui l’entretient. Jamais on 11e doit supprimer la diarrhée d’une manière brusque , surtout quand elle est déjà un peu ancienne , et presque habituelle. r

On donnera donc premièrement à l’enfant quelque boisson adoucissante , telle que de l’eau d’orge , de riz , de veau ou de poulet , une dissolution de gomme arabique , etc. ; on lui administrera quelques lavemens de même nature. On fera observer en même temps un régime analogue à la nourrice , afin de rendre son lait plus doux.

Si la diarrhée résiste à ces moyens , on en recherche la cause pour la combattre . Dépend-elle d’un embarras des premières voies ; y a-t-il des nausées, des vomissemens, on seconde les efforts de la nature , en donnant quelques cuillerées de sirop d’ipécacuanha , ou quelques grains de cette racine en poudre dans un peu d’eau sucrée , ou bien un grain de tartrate de potasse antimonié dans trois onces d’eau , qu’on fait prendre par

cuillerées à café tous les quarts-d’heure jusqu’à l’effet désiré. La secousse produite par le vomitif suffit quelquefois pour modérer et même pour faire cesser les déjections alvines, soit qu’il détermine un mouvement antipéristaltique dans l’intestin, soit qu’il rétablisse la transpiration insensible dont la suppression avait causé le dévoiement. Lorsque l’enfant , à la suite de mauvaises digestions, éprouve des borborygmes dans le bas-ventre, et que les selles sont fétides ; quand il se plaint en même temps de coliques, c’est un signe que le conduit intestinal est farci de matières saburrales qui, par leur séjour, y entretiennent plus ou moins d’irritation. Pour les évacuer , on a recours à quelque purgatif amer , tel que le sirop de chicorée composé , celui de fleurs de pêcher ou l’infusion de rhubarbe qu’on donne à la dose , et de la manière que nous avons indiquée ailleurs. Les huileux doivent être proscrits à cause de leur disposition a la rancidité. Les mucoso-sucrés ne conviennent guère mieux , parce qu’ils relâchent trop , et donnent lieu à des flatuosités; du moins faut-il se garder d’y insister.

Après avoir calmé l’irritation de l’intestin , et l’avoir débarrassé de toute matière impure , on lui rend sa tonicité naturelle , en continuant encore l’infusion de rhubarbe ; et , si la diarrhée persévère , on tâche de l’arrêter par de .

DES MALADIES DES EJNFANS. 149 légers astringens, tels que l’extrait de tormentille ou le cachou , à la dose de trois à quatre grains ; ou par les narcotiques , tels que le sirop diacode , à la dose d’un gros , le vin d’opium ou laudanum liquide, à celle de trois à quatre gouttes ; ou par une combinaison de ces deux moyens , tels que la thériaque ou le diascordium.

La diarrhée est-elle accompagnée de soif, de chaleur , de sécheresse , et de rougeur a la langue , de roideur ou de tension a l’abdomen , et d’autres symptômes qui font craindre l’entérite , on prescrit des bains ou demi-bains , des lavemens , des fomentations émollientes , des boissons de même nature , quelques sangsues à l’anus ou vers les aines. L’irritation intestinale, produite par des purgatifs mal administrés , doit être combattue par les adoucissans , qui suffisent ordinairement pour ramener le calme. La décoction de quinquina neutralise l’effet du tartrate de potasse antimonié, quand il est encore dans l’estomac ; mais elle ne peut plus l’atteindre quand il a passé dans l’intestin , et qu’il y a été décomposé.

Les acides qui entretiennent le dévoiement exigent l’usage des absorbans seuls ou avec la rhubarbe ; les éruptions cutanées qui se sont répercutées sur l’intestin , doivent être rappelées à l’extérieur au moyen de bains tièdes , suivis de

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frictions sur tout le corps. C’est là qu’on peut aussi tirer parti des vésicatoires; mais faut-il les appliquer derrière les oreilles , sous prétexte que c est l’endroit par où la nature dépure les en fans ; ou bien conviennent-ils mieux sur les cuisses dont on ne peut contester la sympathie avec l’intestin qui est le siège de l’irritation métastatique ? Que les praticiens prononcent.

Locke défend de coucher les enfans sur un sol humide quand ils suent ; Rousseau, au contraire, traite cela de précaution minutieuse. Il n’y a qu’un mot à dire pour concilier le philosophe anglais avec celui de Genève. Ce n’est que l’impression durable du froid et de l’humidité qui nuit au corps échauffé ; celle qui est passagère ne fait que le fortifier. On sait que les jeunes Romains , après s’être couverts de sueur et de poussière au Champ de Mars, traversaient plusieurs fois le Tibre à la nage sans en être incommodés; et un guerrier, quand il fuit devant un ennemi vainqueur, attend-il qu’il ne sue plus pour passer les fleuves dont on a coupé les ponts ? Toutefois, si l’enfant avaitla diarrhée parce que sa transpiration se serait supprimée, il faudrait rétablir cette excrétion le plus promptement possible. Les bains etles pédiluves tièdes, la chaleur du lit, et les boissons diaphorétiques avec les fleurs de bourrache ou de sureau , seraient alors les moyens les plus propres à rétablir la souplesse de la peau , et à

DES MALA.DIES DES ENFANS. i5i dissiper la constriction spasmodique ou l’éréthisme , qui eu bouche les pores.

Enfin, la diarrhée qui dépend de quelque affection morale , telle que le chagrin , la jalousie, etc., ne peut cesser qu’en éloignant cette cause , ou en rétablissant le calme de 1 àme. Les parens ou ceux qui les remplacent ne connaissent point le tort qu’ils font aux enfans, lorsqu’ils témoignent plus d’amitié à l’un qu’à 1 autre , ou qu’ils leur causent quelque mouvement de frayeur.

On ne devrait jamais oublier que la sensibilité naturelle à cet âge exige les plus grands mena— gemens.

ARTICLE VII

De la lienterie des enfans.

Cette maladie est fort analogue à la précédente. On peut la regarder comme une espèce de diarrhée qui tient à l’atonie des organes digestifs , ou à une entérite chronique.

Les déjections des lientériques sont blanchâtres ; on dirait que ce sont les alimens qui sortent à demi digérés , ou avant l’absorption du chyle. C’est une diarrhée ou un dévoiement blanc, comme le dit le professeur Alphonse Le Roi. Il n’y a point de coliques ou de douleurs intestinales, à moins que la membrane muqueuse de l’intestin ne soit phlogosée ou ulcérée.

ï52 traité

C’est donc uniquement par la couleur blanchâtre des déjections alvines qu’on distingue la lienterie d avec les autres évacuations muqueuses ou séreuses qui ont lieu par la même voie. Mais, comme les alimens séjournent alors trop peu dans l’estomac et l'intestin , il en résulte un défaut de nutrition qui jette bientôt l’enfant dans le marasme et la fièvre hectique. Cependent on peut encore espérer de le sauver, quand la lienterie ne tient qu’à l’atonie , et non à l’ulcération de l’intestin. Morton vint à bout de guérir son fils unique à la suite d’une dyssenterie qui l’avait réduit au marasme, en le mettant à l’usage du quinquina, du la.t et des alimens restaurans.

Le traitement consiste donc ici à fortifier les voies digestives : c’est ce qu’on obtient par un régime conforme aux lois de l’hygiène , et aux règles de la thérapeutique. Que l’enfant respire un air sec, et d’une température modérée; qu’on l’expose souvent a l’influence d’un beau soleil , ou d’un feu clair et flamboyant; qu’on lui frotte alors le dos et le bas-ventre avec des flanelles imprégnées de vapeurs aromatiques ou spiritueuses ; ses vêtemens doivent être secs , propres et analogues à la saison. Point d’alimens fades ni relâchans ; les toniques et les analeptiques sont indiqués sous tous les rapports : tels que les consommés , les gelées animales , le suc de viande rôtie, surtout quand il est chaud, le bon vin

DES MALADIES DES ENFANS. l53 rouge; si l’on permet quelques substances farineuses ou amilacées,.la manne, les crèmes de riz, d’orge, ou le vermicel, il faut les aromatiser avec un peu de cannelle ou d’ëcorce d’orange. Les boissons aqueuses conviennent peu aux lientériques , à moins qu’on n’y ajoute quelque aromate qui en relève le goût ; par exemple , du sirop de menthe , d’oeillet , ou de fleurs d’oranger. Le jambon conseille par le professeur Alphonse Le Pmi , conviendrait tout au plus à des enfans capables de le digérer; c’est une viande lourde qui est en général plus incommode que salutaire. On peut seconder l’effet de la nourriture par les martiaux , tels que les eaux ferrugineuses acidulés, la limaille de fer en poudre, seule ou mêlée avec de la cannelle , dont Sydenham , Werlhoff et Tissot ont vanté les propriétés. Enfin, l’exercice proportionné à l’àge de l’enfant, et tout ce qui pourra lui inspirer de la gaieté, donnera du ton à ses organes digestifs, et rendra à ses déjections la couleur et la consistance qui indiquent une santé parfaite.

ARTICLE VIIÏ.

De la chute du rectum chez les enfans.

La chute ou renversement du rectum peut être la suite de la diarrhée , pendant laquelle l’intestin est relâché, et disposé à sortir. Mais cet

i&j. TRAITÉ

accident peut tenir à d’autres causes , telles que les e'preintes ou efforts réitérés de l’enfant pour rendre ses excrémens quand il est constipé. Il peut être aussi déterminé par la présence des vers ascarides, soit qu’ils relâchent le sphincter de l’anus , soit qu’ils donnent lieu au ténesme en irritant le lieu où ils fourmillent.

Lorsque le rectum ne peut plus être retenu par le sphincter et le releveur de l’anus, il s’échappe, pour ainsi dire , entraîné par son propre poids ; sa membrane muqueuse se relâche , et s’allonge de plusieurs travers de doigt au-dehors : elle est rougeâtre, mollasse et sans douleur.

Mais, lorsque la portion inférieure de l’intestin est expulsée par les efforts qu’occasione la constipation , elle est aussitôt après serrée , et comme étranglée par le sphincter qui se contracte. De là un bourrelet plus ou moins gonflé , rouge , violet, rénitent, douloureux, et disposé à s’enflammer.

Il est donc bien nécessaire d’avoir égard à la cause qui détermine la chute du rectum, pour en distinguer l’espèce , et en prévoir le danger.

Dans le premier cas où l’intestin est relâché , on ne trouve point de résistance à le faire rentrer; mais il sort de nouveau l’instant d’après , si l’on n’a pas la précaution de le fomenter , avant de le réduire, avec quelque lotion tonique ou astringente , telle que le vin rouge chaud ou une

DES MALADIES DES ENFANS. i55

décoction de feuilles de roses de Provins , etc. On est même quelquefois obligé d’introduire dans le fondement un tampon trempé dans ces mêmes liquides, et de l’y assujettir au moyen d’un bandage convenable , comme le faisait Desault. On combat ensuite la faiblesse générale de l’enfant en le mettant à l’usage des toniques, et l’atonie locale du sphincter de l’anus par les bains de siège froids , ou par des douches d’eau froide sur les fesses.

L’intestin est-il expulsé par les efforts que détermine une constipation opiniâtre , on a recours aux émolliens dont on fomente la portion de l’intestin qui est sortie , afin d’en essayer la réduction : on prescrit des bains tièdes, des lavemens , en un mot tout ce qui peut remédier au ténesme et à la douleur qui l’accompagne.

ARTICLE IX

Du vomissement chez les enfans.

Mille causes peuvent produire le vomissement chez l’enfant qui tette ; on peut l’attribuer à la plénitude de l’estomac qui regorge de lait , surtout lorsque cet organe a trop de sensibilité ; à l’embarras saburral des premières voies chez ceux qui ont mangé des substances malsaines ou indigestes , de la pâtisserie, du fruit crû, des jaunes d’œuf, du lard, etc. ; à l’irritation immédiate de

l’œsophage ou de l’estomac par des poisons soit narcotiques, comme les baies de certaines sonnées, soit corrosifs, comme le verd-de-gris formés sur la soudure de certains hochets , ou mêlé ài des alimens qui ont séjourné dans des vaisseaux1, de cuivre mal étamés ; à l’irritation médiate oui sympathique du même organe par l’éruption des; premières dents , par la répercussion d’un exanthème , par l’impression du froid ou de l’humidité, par une frayeur subite, par la présence des, vers, par la vapeur du charbon.

Lorsque l’enfant ne vomit que pour rejeter uni superflu de nourriture , c’est une sorte de crise salutaire que la nature excite après le repos ou le sommeil ; elle a lieu sans effort et sans douleur. lit ne sort de l’estomac que du lait pur ou légèrement caillé, sans aucun mélange de mucus ni de bile; l’enfant n’est nullement incommodé, il croît et profite à l’ordinaire.

Le vomissement maladif , au contraire, est accompagné de malaise , d’insomnie , d’agitation , de chaleur; les matières rejetées sont glaireuses, jaunâtres , verdâtres , aigres , acides , rances , fétides. Le petit malade paraît plus ou moins dérangé ; il dépérit insensiblement.

Il est donc bien important de distinguer en pratique la cause et l’espèce du vomissement qui tourmente le premier âge : le médecin doit examiner avec soin le régime de sa nourrice , la

DES MALADIES DES ENFANS. i5j

nature de son lait, et la manière dont elle élève l’enfant. Qu'il fasse aussi toutes les recherches nécessaires sur la bouillie ou autres alimens par lesquels on ne supplée que trop souvent au défaut de lait ; qu’il ne néglige pas surtout de faire attention à la couleur, à l’odeur et à la consistance des matières rejetées par l’estomac. Ce n’est qu’à l’aide d’un scrupuleux examen qu’on vient à bout de distinguer chez les enfans ce qui est léger ou de peu de conséquence , d’avec ce qui est grave ou dangereux. Il faut quelquefois un tact particulier pour saisir l’indication qui se présente, et pour aviser au moyen d’y satisfaire.

Lorsque l’enfant ne vomit, pour ainsi dire, que par regorgement ou par surabondance de nourriture , prescrivez à la nourrice de mettre plus d’intervalle entre les heures où elle lui donne le sein. Cette sorte de jeûne, en lui laissant le temps de digérer le lait qu’il aura sucé , lui donnera aussi plus d’appétit pour les repas suivans. On peut encore arriver au même but en diminuant chaque fois, ou en proportionnant du moins la quantité de nourriture aux besoins de l’enfant; avec cette sage économie on l’empêchera de vomir, parce qu’on lui retranchera ce qui était superflu; tout tournera à son profit, et il brillera de santé.

Le vomissement tient-il à la sensibilité ou à la faiblesse de l’estomac, ce qui est presque

naturel à cet âge, recourez aux amers, tels que les fleurs de camomille , les sommités de petite centaurée, l’écorce d’orange, la rhubarbe, le quinquina en infusion; donnez quelques cuillerées d’une potion camphrée et animée de laudanum liquide ; fomentez l’épigastre avec des lotions aromatiques; appliquez-y des emplâtres qui fortifient, de la thériaque, ou seulement des compresses trempées dans une infusion de plantes labiées, de lavande , de mélisse , de menthe, etc.

L’odeur , la couleur et la nature des matières rejetées indiquent-elles que le vomissement est déterminé par l’embarras des premières voies, émétisez l’enfant ; donnez - lui quelques grains d’ipécacuanha en poudre, ou un demi-grain de tartrate de potasse antimonié, dans un véhicule convenable ; fortifiez ensuite son estomac avec l’eau de rhubarbe. S’il y a des acides, vous les absorberez avec la magnésie , et vous en préviendrez la génération ultérieure avec des amers et des toniques , comme nous l’avons indiqué ailleurs. En un mot, vous empêcherez un nouvel amas de saburres dans l’estomac , en surveillant l’enfant, de crainte qu’il ne se repaisse de mauvais alimens.

Le vomissement occasioné par des substances vénéneuses exige leur contre-poison respectif, au moins quand il est connu. Ainsi, lorsque l’enfant a pris des narcotiques, on l’excite d’abord à vomir

DES MALADIES DES ENFANS. i5g pour débarrasser sou estomac, et on assure la guérison par les acides végétaux, tels que le vinaigre pur, le sirop de vinaigre ou de groseilles, etc. Si la substance a passé dans les secondes voies et a donne lieu au narcotisme, ce qu’on reconnaît à la rougeur du visage et à l’assoupissement, on tire du sang, et on a recours à quelques stimulans, à l’éther, à l’ammoniaque, au vinaigre radical qu’on porte sous les narines. De même le vomissement produit par le méphitisme du charbon s’apaise par l’impression de l’air frais , par l’odeur du vinaigre et par des boissons acidulés ; celui qui dépend d’alimens conservés dans des vaisseaux mal étamés , où il s’est formé de l’oxide de cuivre, cède à l’usage du lait et des adoucissans; celui qui provient d’une affection vermineuse, aux anthelminiiques ou vermifuges; celui qui a été excité par la frayeur ou par toute autre affection morale, aux caïmans, aux narcotiques, et surtout à la fuite de semblables causes : on guérit le vomissement qui tient à l’impression d’un air froid par des pédiluves tièdes , par le repos du lit , par des boissons diaphoniques, et par tous les moyens capables de rétablir la transpiration. Les éruptions de la peau, répei’cutees à l’intérieur, demandent des bains tièdes, des frictions générales et locales, quelquefois des vésicatoires placés sur le lieu où était auparavant l’exanthème, mais le plus souvent sur

l’épigastre , surtout quand l’estomac est en même temps affecté de spasme. Dans ces cas-là l’inoculation est le meilleur moyen de faire cesser le vomissement qui tient à la suppression d’une maladie contagieuse, par exemple, de la gale. Enfin le désordre de l’estomac , qui accompagne une dentition plus ou moins orageuse , se dissipe de lui-même dès que cette crise est terminée. Mais en attendant on peut placer , derrière les oreilles , de petits vésicatoires , même une ou deux sangsues , si l’enfant est pléthorique , afin de soutirer une partie de l’irritation qui des gencives se transmet , par sympathie, à l’estomac.

ARTICLE X

Du hoquet des enfans .

Le hoquet consiste dans une contraction subite du diaphragme qui repousse l’air inspiré par les poumons, et le force de s’enéchapper, par l’ouverture rétrécie de la glotte , avec plus de rapidité qu’il n’y est entré. De là cette espèce d’explosion sonore qui accompagne le mouvement d’expiration.

Cette indisposition survient ordinairement aux enfans dont l’estomac a trop de sensibilité , et qui mangent plus que de mesure : elle mérite à peine le nom de maladie ; on la voit disparaître d’elle-même ou sans remède.

DES MALADIES DES ENFANS. 161 Cependant si elle persévérait trop long-temps , et qu’on en craignît les suites, on ne manquerait pas de moyens pour l’arrêter. On connaît l’effet de toute impression vive quand il s’agit de rompre ou de changer une ataxie purement nerveuse. Mais pourrait- on l’employer sans danger pour l’enfant qui est naturellement sensible et qu’un rien ébranle ? N’aurait- on pas à craindre de trop l’émouvoir ou de l’effrayer?

Il vaudrait donc mieux recourir à quelques gouttes de vinaigre pur, dont Hippocrate et Aristote faisaient usage pour apaiser le hoquet. Nous avons déjà dit plusieurs fois ce qu’il faudrait ajouter à ce remède, s’il y avait des acides dans l’estomac, et comment on devrait s’y prendre pour rappeler à la peau des exanthèmes dont la suppression compliquerait le hoquet.

ARTICLE XI

De la dentition et de ses accidens.

Les dents servent à la mastication, dont le but est de préparer la substance alimentaire aux changemens qu’elle éprouve dans l’estomac et l’intestin. On voit donc que les maladies relatives à la dentition s’enchaînent naturellement ou d’ellesmèmes avec celles de la digestion.

L’enfant n’a point de dents lorsqu’il vient au monde. Ile! de quelle utilité lui seraient-elles

alors, puisque la nature le dispense de mâcher ou de broyer le lait qui lui sert de nourriture ? On rapporte néanmoins que des individus sont nés avec les mâchoires armées de dents. Louis XIV avait, dit-on , quatre incisives en naissant. Haller cite aussi dix-neuf exemples d’enfans qui étaient dans le même cas. Enfin on a vu des femmes ne mettre au monde aucun de leurs enfans dont la dentition ne fût commencée. Mais ce sont là des exceptions qui confirment la loi générale , au lieu de la détruire ; car il s’en faut bien que la pousse prématurée des dents soit un signe d’une meilleure constitution , ou d’un accroissement plus rapide du fœtus dans le sein de la mère , ou d’une naissance plus tardive. On a observé ce phénomène sur des individus faibles et délicats qui naissaient avant terme, et qui périssaient presque toujours avant l’âge de deux ans. Que faudrait-il doue penser des enfans qui naîtraient long-temps après le terme ordinaire de la grossesse , et dont on prétendrait prouver la légitimité par l’éruption prématurée de quelques dents ?

A proprement parler, la dentition commence avant la naissance , peut-être en même temps que la conception. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que , dès le cinquième mois de la grossesse , la couronne des incisives présente quelques points osseux ; lorsque l’enfant est à terme et viable , l’ossification des premières dents est plus avancée;

DES MALADIES DES ENFANS. i6r»

la couronne en paraît alors entièrement formée , et la racine prend déjà de la solidité.

Cependant ces organes restent encore cachés dans les alvéoles jusque vers le sixième ou septième mois après la naissance. A cette époque les incisives moyennes de la mâchoire inférieure percent ordinairement la gencive; elles paraissent tantôt en même temps, tantôt à quinze jours ou à trois semaines de distance ; les incisives supérieures correspondantes sortent quelques semaines après ; ensuite viennent les incisives latérales de la mâchoire inférieure , qui sont suivies de leurs correspondantes dans la mâchoire supérieure.

Après l’éruption des huit premières dents , la nature semble se reposer quelque temps. Ce n’est guère que vers le quinzième mois que les quatre dents conoïdes ou angulaires rompent leur enveloppe ; celles de la mâchoire inférieure , qu’on appelle mercières , viennent d’abord, et ensuite celles de la mâchoire supérieure , auxquelles on donne vulgairement le nom à' oeillères. L’enfant a donc alors douze dents. Les quatre premières petites molaires sortentbientôt après, et les quatre dernières viennent depuis dix-huit à dix-neuf mois jusqu’à vingt-deux ou vingt-huit mois. Alors la première dentition est achevée , et l’enfant a ses vingt premières dents, que l’on appelle communément dents de lait. Il ne doit en paraître

d’autres qu’à l’âge de quatre ans et demi , où il vient quatre autres molaires.

La seconde dentition commence pour l’ordinaire vers l’âge de sept ans ; alors les vingt ou vingt-quatre premières dents tombent, en suivant à peu près l’ordre de leur éruption , et sont remplacées par des dents secondaires qui doivent rester toute la vie. Il n’y a d’exception que pour les secondes petites molaires qui ne tombent pas, et qui forment dans la suite les premières grosses molaires. Outre cela, il en naît quatre autres jusqu’à l’âge de dix ou douze ans , ce qui fait en tout vingt-huit.

On peut, encore admettre une troisième dentition , qui arrive beaucoup plus tard ; c’est la sortie des quatres dernières molaires , auxquelles, on a donné le nom de dents de sagesse , parce qu’elles ne poussent qu’à l’âge de vingt-sept ou vingt-huit ans , et même plus tard.

Les dents secondaires ont des germes particuliers qui soulèvent les racines des dents primitives dont elles ne sont séparées que par des cloisons osseuses, d’autant plus minces que l’enfant est plus grand. Enfin on a observé que chaque dent de lait, avant sa chute, était en contact avec celle qui devait la remplacer; c’est peut-être là ce qui produit enti'e elles le frottement auquel des physiologistes ont attribué l’usure ou destruction des racines primitives, qui sont très-longues avant le

DES MALADIES DES ENFANS. i65 travail de la seconde dentition. Cette cause paraît au moins plus vraisemblable que la carie, dont on ne peut alléguer aucune raison plausible. Les dents de lait tomberaient-elles uniquement parce que leur phosphate calcaire est absorbé peu à peu , comme l’ont pensé le professeur Chaussier et Bicliat ? Cette opinion nous paraît aussi fondée que toute autre.

En général les dents croissent de haut en bas, ou de la couronne à la racine. Celle-ci parvenue au fond de la cavité alvéolaire , y rencontre la substance osseuse qui lui résiste et la repousse ; la couroune est donc forcée de réagir alors contre le tissu de la gencive qui se soulève , s’amincit, et s’entr’ouvre pour lui livrer passage. Voilà en deux mots tout le mécanisme de la dentition ; c’est une opération naturelle qui tend à la conservation de l’individu , et se lie par conséquent à toutes les fonctions de l’organisme animal. Mais il s en faut bien qu’elle suive toujours une marche constante ou régulière, et qu’elle soit exempte d'accidens.

D’abord, que d’anomalies ou d’irrégularités n’observe-t-on pas dans la première dentition ? Sans parler de quelques individus qui naissent avec des dents, il y en a encore chez qui elles commencent à paraître au troisième ou quatneme mois après la naissance ; mais il est bien rare qu elles tiennent long -temps : des dents

aussi précoces sont ordinairement gâtées par fe vice scrophuleux , et tombent presque aussitôt après leur éruption. On observe au contraire que , chez d’autres enfans, la première dentition n’a lieu qu’à dix ou onze mois, même plus tard , quelquefois à dix-huit ou vingt mois , à deux ans. On parle aussi de quelques individus qui n’avaient jamais eu de dents ; d’autres n’avaient à chaque mâchoire qu’un os qui tenait lieu des seize dents qu’on y voit ordinairement. Plutarque et. Valère Maxime rapportent que Pyrrhus, roi d’Epire , et l’un des fils de Prusias , roi de Bithynie, étaient dans ce cas. Un crâne sans mâchoire inférieure , trouvé par Bernard Gengha au milieu d’un monceau d’os , dans l’hôpital du Saint-Esprit à Rome, n’offrait que trois dents; l’une d’elle tenait lieu des quatres incisives et des deux canines, et les deux autres des cinq molaires de chaque côté.

Les dents présentent encore beaucoup d’autres variétés par rapport à l’ordre de leur éruption. On a vu les incisives moyennes supérieures sortir avant les inférieures, les quatre premières petites molaires avant les canines ou angulaires , même avant les incisives, et les premières grosses molaires avant les secondes petites de même nom. Tantôt les dents naissent presque toutes à la fois, tantôt à des époques plus ou moins éloignées.

En général la dentition est d’autant plus précoce et d’autant plus facile , que les enfans sont plus robustes et plus sains ; cependant on observe rarement qu’elle soit orageuse, quand elle est retardée chez des enfans lymphatiques. L’éruption des molaires est toujours plus laborieuse que celle des incisives et des angulaires : ce qui s’explique très-bien par la différence des couronnes qui doivent percer la gencive.

Les angulaires ou canines sortent aussi quelquefois avec tant de difficultés, quelles causent les plus violentes douleui’s ; c’est ce qu’on remarque surtout lorsqu’elles ont été précédées par les petites molaires ; car alors elles sont nécessairement obligées de s’enchâsser ou de se loger entre la base de l’incisive et celle de la petite molaire voisine ; de là des obstacles proportionnés au temps qui s’est écoulé depuis la sortie de cellesci et au volume qu’elles ont acquis ; de là des tourmens indispensables, et souvent la déviation des angulaires en dedans ou en dehors. L’incision de la gencive ne saurait alors suffire pour soulager l’enfant, si la base de la dent qui sort ne peut trouver place entre les couronnes de celles qui l’ont devancée. Il en serait de même si les premières grosses molaires étaient sorties avant les secondes petites molaires ; aussi Levret conseille-t-il d’arracher la dent qui gêne dans l’un et l’autre cas.

iG8 TRAITE

On imagine sans peine les souffrances que doit causer l’éruption simultanée de toutes les' dents ou de plusieurs d’entre elles. La nature, toujours sage et prévoyante , ne semble mettre de l’intervalle et de l’ordre entre les différentes époques de la dentition , que pour la rendre plus facile et moins dangereuse. Cependant il ne faut pas croire que cette opération devienne toujours redoutable lorsqu’elle est irrégulière ; on l’a vue plus d’une fois s’accomplir d’une manière paisible , quoiqu’elle se fût écartée de sa marche ordinaire ou naturelle.

Que de recettes et de secrets le charlatanisme et même la superstition n’ont -ils pas inventés pour prévenir les orages de la dentition ! Mais , loin de fatiguer ici la patience du lecteur, en lui retraçant toutes ces vaines productions de l’ignorance , nous n’exposerons que le tableau de quelques préservatifs approuvés par une raison éclairée , et conformes aux salutaires préceptes de l’hygiène.

Que l'enfant, aux approches des époques fixées pour la pousse des dents, ne soit pas toujours enfermé dans le même appartement ; qu’on lui fasse, au contraire, respirer le grand air, pourvu toutefois que l’intempérie de la saison n’y mette point d’obstacle. C’est là un des meilleurs moyens de fortifier le corps, de favoriser la transpiration insensible , et par conséquent de détourner une

portion dos forces vitales qui tendent à se concentrer sur les gencives ; alors conviennent aussi les bains tièdes pour assouplir la peau, relâcher la fibre , et diminuer l’éréthisme général. Les vêtemens doivent être proportionnés à la température habituelle. Les frictions sur tout le corps , aux environs de la tête , et sur les gencives , peuvent être encore d’une grande utilité ; elles produisent toujours un soulagement marqué. C’est peut-être là ce qui a fait imaginer les hochets, dont le propre est de frotter contre les gencives, d’en émousser la sensibilité, et non, comme le croit le vulgaire, d’en user ou d’amincir le tissu. Proscrivez donc tous ces instrumens de métal, de verre ou d’ivoire , que le luxe met entre les mains des enfans ; ils ne sont bons qu’à contondre , à blesser et à enflammer les gencives. Un bâton de réglisse, une racine de guimauve trempée dans de l’eau d’orge miellée, une croûte de pain, voilà des hochets que la nature indique , et qui n’ont rien de dangereux. Prenez les animaux pour exemple : voyez -vous, dit le philosophe de Genève, le jeune chien exercer ses dents naissantes sur des cailloux , sur du fer , sur des os ? Ne choisit-il pas plutôt du bois, du cuir, des chiffons, des matières molles qui cèdent, et où la dent s’imprime ?

Les alimens sont encore un des objets dont il faut régler la quantité et la qualité suivant les

circonstances. L’enfant est-il encore à la mamelle , conseillez à la nourrice d’ëviter tout ce qui pourrait réchauffer , comme liqueurs spiritueuses, salaisons, etc.; qu’elle prenne chaque jour une boisson délayante , afin de rendre son lait plus doux et plus salutaire. Si l’enfant est déjà sevré, on le met à un régime humectant ; on lui tient le ventre libre au moyen de quelque laxatif; on lui prescrit des exercices relatifs à son âge ; en un mot^ on écarte tout ce qui pourrait l’affecter , soit au physique , soit au moral , et rendre la dentition orageuse.

Il est inutile de faire observer ici que tous ces moyens prophylactiques doivent être variés suivant le tempérament de l’individu ; qu’ainsi ils doivent tendre à fortifier celui qui est naturellement faible, à modérer les forces de celui qui est trop robuste , et à prévenir le désordre ou l’agitation de celui qui est trop irritable ou trop nerveux.

Mais à quoi bon tant insister sur une opération qui est entièrement du domaine de la nature , et sur la manière d’y coopérer avec elle ? Passons donc à la considération des accidens qui l’accompagnent ou qui la suivent.

Quand on réfléchit sur la mobilité et la sensibilité propres à l’enfance , sur la direction des forces vitales vers la tète à cet âge , et sur la sympathie qui lie toutes les parties de l’orga-

nisme , on ne sera certainement pas embarrassé pour expliquer tous les orages qui peuvent troubler la dentition. La douleur est le premier des maux que l’enfant souffre alors , et celui d’où dérivent tous les autres. Mais quelle en est la véritable cause occasionelle ou immédiate ? Faut-il l’attribuer à la violente distension de la gencive que la dent cherche à déchirer pour sortir , ou bien à la pression que ses racines exercent sur les nerfs dentaires en s’enfonçant dans l’alvéole , ou enfin au tiraillement de la membrane qui enveloppe la dent ? Il est possible que chacune de ces causes, en particulier, soit insuffisante pour produire un effet qui résulte peut-être de leur ensemble.

Quoi qu’il en soit , les accidens qui accompagnent la dentition peuvent se diviser en idiopathiques et en sympathiques, suivant qu’ils se manifestent dans la bouche et les parties circonvoisines , ou dans tout l’organisme.

Le premier ordre comprend l’irritation , le prurit , la démangeaison , la chaleur brûlante, la douleur, la sécheresse , le gonflement, et l’inflammation des gencives ; de là quelquefois une salivation continuelle et plus ou moins abondante, l’envie de mordiller tous les corps qui se présentent, l’ardeur de la bouche , une soif inextinguible , souvent des aphtes qui se propagent jusque dans l’œsophage , la rougeur

et la chaleur des joues, la douleur des oreilles, l’ëternument , la bouffissure , une extrême sensibilité des yeux qui les empêche de supporter la lumière , un larmoiement âcre et incommode , 1 affection des glandes maxillaires , surtout des parotides , le gonflement du cou , le serrement des mâchoires , l’impossibilité de la succion, etc. Les accidens sympathiques ou généraux de la dentition , sont un état d’érétlnsme , une lièvre plus ou moins aiguë , plus ou moins irrégulière et plus ou moins dangereuse, des convulsions, des attaques d’épilepsie, des tranchées, la constipation ouïe dévoiement, l’insomnie et l’agitation, la suppression de l’urine ouïe diabétès, la toux nerveuse ou stomacale , le vomissement, la difficulté de respirer , l’oppression , la somnolence , l’apoplexie. Ces accidens varient selon que les forces vitales se concentrent, et déterminent l’afflux des liquides vers la tete, la poitrine ou le bas-ventre.

Les circonstances individuelles et hygiéniques où l’enfant se trouve , influent encore sur les phénomènes de la dentition. Elle est beaucoup plus orageuse chez celui dont la fibre est irritable et sensible , que chez celui qui est naturellement apathique et indolent. L’individu faible et délicat risque aussi beaucoup plus, toutes choses égales d’ailleurs ; mais celui qui a reçu des principes de forces et de vigueur n’est pas pour cela toujours à l’abri du danger ; il succombe

DES MALADIES DES ENFANS. Jy5 même plus promptement que les autres. Suivant la remarque d’Hippocrate , les convulsions qui tiennent à la pousse des dents sont plus frequentes en ëtë qu’en hiver.

A l’ëpoque de la dentition , l’enfant n’a pas seulement à redouter les maladies qui en dépendent , mais encore celles qui peuvent la compliquer et la rendre plus tumultueuse. Des parens malsains ont pu lui transmettre le germe de la syphilis, des scrophules, du carreau, de la phthisie ; il peut être hydrocëphale , rachitique ; la petite vërole , l’inoculation , la vaccine , la rougeole , la scarlatine , les dartres , la gale , les vers , et mille autres affections peuvent se dëclarer en même temps que le travail des dents. Qu’on ajoute à ce tableau le lait d’une mauvaise nourrice , l’abus de la bouillie mal préparée , les écarts du régime , et une foule d’autres erreurs qu’on commet journellement par rapport à l’éducation physique des nouveau-nés , et l’on ne sera point étonné que la dentition soit la crise la plus orageuse de l’enfance , et qu’elle fasse périr le sixième du genre humain.

Le traitement qui convient alors aux en fans doit être relatif à leur constitution individuelle , et à la nature des accidens qui se manifestent. On conçoit donc l’utilité des délayans , des relachans, et de tout ce qui est généralement connu sous le titre de remèdes antiphlogistiques , pour

celui qui est robuste et sanguin. Ces moyens sont principalement indiques , lorsqu’il se développe des symptômes inflammatoires dans la bouche ou ailleurs, comme la rougeur des gencives , la turgescence du visage , l’ophtlialmie des parotides, etc. C’est ici le cas de recourir aux bains et pediluTres tièdes , à la saignée , à l’application des sangsues derrière les oreilles. L’enfant est-il , au contraire , faible et délicat , on soutient ses forces par un bon régime ; on lui donne quelques cuillerées de bon vin , d’une infusion aromatique, ou d’un sirop tonique, comme celui de rhubarbe , de quinquina , de gentiane ; on ajoute un peu de cannelle ou de gérofle h sa panade ou à sa bouillie pour les rendre plus fortifiantes. Lorsque la dentition, chez un sujet trèsirritable, est accompagnée de phénomènes nerveux , tels que les convulsions , l’insomnie , des soubresauts , de l’agitation^ le serrement des mâchoires, on emploie les antispasmodiques, comme l’eau de fleurs d’oranger , l’éther , le sirop diacode. On tire aussi de grands avantages, dans ce cas-là, de l’application des sangsues et de petits vésicatoires derrière les oreilles , surtout s’il existe en même temps des signes de pléthore. Les dérivatifs , outre qu’ils détournent alors une portion de la sensibilité fixée sur les gencives , peuvent aussi prévenir la congestion cérébrale qui menace les malades. Il faudrait au con-

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traire unir les toniques aux caïmans , pour remédier à la faiblesse , accompagnée d’un excès de sensibilité.

Il arrive assez fréquemment que les remèdes les mieux indiqués ne calment point les accidens de la dentition , qu’ils échouent surtout contre les convulsions. Il ne reste alors d’autre ressource que l’incision simple ou cruciale de la gencive , suivant qu’il s’agit de favoriser l’éruption d’une incisive ou d’une molaire. Des auteurs préfèrent même l’incision cruciale dans tous les cas, parce qu’elle facilite l’excision des lambeaux qu’ils regardent toujours comme nécessaire, pour prévenir la réunion des bords de la plaie.

Nous avertirons néanmoins que cette opération n’est point adoptée de tous les praticiens. Quelques-uns la rejettent comme inutile , parce qu’elle n’apaise pas toujours les accidens de la dentition , et n’empêche pas les malades de succomber. Suivant d’autres , elle est toujours dangereuse , parce qu’elle augmente la phlogose des parties affectées , et y détermine la gangrène ou une ulcération de mauvais caractère. Mais n’y aurait-il pas là un peu d’exagération ? Un enfant, dit le docteur Beaumes , tombe dans un état de mort apparente , après avoir beaucoup souffert de ses dents ; on le met sous le drap mortuaire. Lemonnier, curieux de connaître l’état des alvéoles dans celte circonstance , fend la gencive ,

et le prétendu mort est rappelé à la vie. D’après ce seul trait, si l’incision n’est pas admise dans tous les cas , peut-on se dispenser de la proposer comme un moyen douteux et incertain qu’il vaut mieux hasarder dans les cas désespérés que de ne rien faire?

Une précaution essentielle dans le traitement des maladies relatives à la dentition, c’est d’entretenir la liberté des voies digestives. Qu’on se garde bien de supprimer le dévoiement, lorsqu’il existe; qu’on donne, au contraire, quelque laxatif pour favoriser les déjections alvines, lorsqu’il y a constipation. L’expérience apprend que les enfans dont le ventre est relâché, courent moins de risques pendant la dentition que les autres. Si l’estomac et le duodénum sont farcis de matières saburrales, on les en débarrasse au moyen des vomitifs.

Quant aux affections qui se compliquent avec le travail de la dentition , telles que la rougeole , les scrophules, la teigne, etc., elles exigent des traitemens particuliers ; mais on les modifie suivant les circonstances, et on les suspend même quelquefois , si l’on craint de troubler la marche de la nature.

ARTICLE XII

Des vers chez les enfans.

Quelle est 1 origine des vers qu’on rencontre dans le corps de 1 homme ? Telle est la fameuse question qu’ont agitée et qu’agiteront peut-être encore long-temps les naturalistes et les médecins. Faut-il, avec Hippocrate, Galien et les anciens, attribuer ces hôtes incommodes des voies dipes-

tives à la putréfaction des humeurs ? Sont-ils l’effet du principe vital qui réorganise et vivifie la pituite ou mucosité intestinale, comme l’ont cru Selle, Grimaud, Muller, et plusieurs autres? En deux mots, les vers s’engendrent-ils spontanément dans l’intestin des animaux, ou bien proviennent-ils de germes préexistans, selon l’opinion de Rhœdérer, de Wagler, de Swammerdam, de Valisniéri, de Réaumur, etc.? Dans ce dernier cas, les germes vermipares viennent-ils du dehors, et entrent-ils dans le conduit intestinal avec les alimens ; par exemple , quand on se nourrit de crudités, de fruits malsains ou véreux, de viandes ou de fromage qui tournent à la putréfaction? L’air qu’011 respire et qu’on avale en est-il le véhicule , ou bien doit-on accuser les pères et les mères de les transmettre avec la vie à leurs descendait, comme l’ont avancé Andry, Leclerc et le docteur Bloch ?

Ce serait, en quelque sorte , perdre ici le temps que de chercher à résoudre un problème qui, au fond , ne peut guère intéresser que l’histoire naturelle. Il suffit au médecin, comme l’a judicieusement observé le commentateur de Boerhaave, de connaître les signes qui indiquent la présence des vers dans le conduit alimentaire , de prévoir les ravages qu’ils peuvent occasioner dans l’économie animale , et surtout de bien apprécier les remèdes capables de les détruire. Tout le reste paraît absolument inutile. D’ailleurs on y trouve tant de difficultés, que des hommes du plus grand mérite n’ont jamais osé prononcer quelque chose de précis ou de décisif sur cette matière. Hé î comment ne serait-on pas embarrassé pour expliquer l’origine des vers, quand on sait qu’on en trouve non-seulement chez l’enfant qui tette , et avant qu’il ait pris aucun aliment solide , mais encore chez le fœtus qui n’a point encore vu le jour? Dans quel doute et dans quelle incertitude n’est-on pas plongé en lisant que Tison a trouvé le lombric des animaux tout-à-fait différent du lombric terrestre , avec lequel Linnée et Scopoli l’avaient confondu ; qu’il en a observé les deux sexes et les vaisseaux spermatiques respectifs ; enfin , qu’il a compté plus de dix mille œufs dans l’ovaire d’une seule femelle ? Croira-t-on , d’après cela, que des mouches ou d’autres insectes vont déposer leur couvée sur nos alimens.

et s'en rapporter pour la faire éclore à la chaleur des organes digestifs?

Mais, en supposant même qu’on explique l’origine des vex's intestinaux, d’où fera-t-on venir ceux qu’on trouve dans des cavités qui n’ont aucune communication avec les voies alimentaires? Un enfant de cinq ans, dit Duverney , se plaint d’une douleur aiguë vers la racine du nez; la fièvre lente le dévore pendant trois mois; enfin il expire agité des plus violentes convulsions. A l’ouverture du crâne, on trouve dans le sinus longitudinal un lombric, de cinq pouces environ , qu’on garde vivant depuis six heures du matin jusqu’à trois heures après-midi. Baglivi rapporte aussi qu’un homme de quarante ans est tourmenté tout à coup de douleurs atroces dans l’estomac et les environs ; nuit et jour il éprouve à chaque quart-d’heure des convulsions légères et momentanées dans tout le corps ; son visage pâlit, ses forces s’abattent; après huit jours de souffrance et d’angoisse , il survient un calme subit qui dure deux heures ; mais bientôt après les douleurs d’estomac et de poitrine se réveillent avec tant de violence , qu’elles sont promptement suivies de la mort. Avant d’expirer, le malheureux disait qu’il lui semblait avoir le cœur et le ventre rongés par des chiens. On ouvre le cadavre , et on trouve dans la cavité du péricarde un ver noirâtre, couvert de poils, et en

vie. Son corps avait une palme ou quatre doigts de Ions. Le cœur était d’une couleur livide. Enfin Spigel atteste avoir rencontré un vermisseau dans l’humeur vitrée de l’œil d’un cheval. Voilà, sans contredit, des phénomènes étonnans, et dont personne n’a encore donné une explication , nous ne disons pas satisfaisante, mais seulement plausible. Que sera -ce donc, si Ton veut chercher l’origine des hydatides , ou vers à corps vésiculeux , qu’on a observés dans presque tous les viscères , sans en excepter le cerveau ? Qui dira pourquoi, non-seulement chaque classe d’animaux, mais encore chaque genre, et souvent chaque espèce a ses vers particuliers? Concluons donc , avec Swammerdam , dont les lumières et l’exactitude ne sauraient être contestées, que la génération des vers dans le corps des êtres animés est un mystère que la raison ne peut pénétrer.

Mais à quoi bon tant insister ici sur un objet de pure spéculation? Contentons-nous de faire remarquer avec tous les bons praticiens , que , si les enfans sont plus sujets aux vers que les adultes , c’est parce qu’ils sont naturellement plus faibles. On a dit que les saisons pluvieuses, et les années où les fruits étaient de mauvaise qualité , favorisaient beaucoup les affections vermineuses ; le fait est incontestable ,* mais cela vient de ce que ces deux circonstances hygiéniques tendent à débiliter les organes di-

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gestifs, et non, comme on l’avait cru, de ce que l’air et les alimens sont plus chargés d’œufs ou de germes vermipares. Les personnes même les mieux constituées rendent des vers, quand elles sont atteintes de fièvres muqueuses ou adynamiques , ou de maladies chroniques ; mais peut-on contester qu’elles se rapprochent alors de l’état de faiblesse qui est propre à l’enfance? Le développement des vei’S dans le conduit alimentaire paraît donc incompatible avec l’état de force ou de vigueur qui caractérisent l’homme fait et plein de santé : voilà qui est bien positif; mais c’est tout ce qu’on sait là-dessus; peut-être un jour, à force de recherches et d’expériences, acquerra-t-on des connaissances plus étendues et plus claires sur une matière qui partage encore aujourd’hui les savans.

Quoi qu’il en soit , la division des vers la plus généralement reçue , est celle qui a été proposée par le docteur Bloch, dont l’ouvrage a été couronné par la Société royale de Copenhague. Il ne comprend dans les vers intestinaux que ceux qui sont particulièrement destinés à vivre dans le corps des animaux ; il en exclut donc ceux qui s’insinuent dans le tissu de la peau , tels que le dragonneau , la furie , la mixine ; de même que ceux qui sont apportés par les alimens et les boissons dans le conduit alimentaire. C’est d’après ces considérations qu’il a distingué les vers des in-

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testins en vers ronds et en vers plats. Chacun de ces ordres se subdivise ensuite en genres et en espèces.

Le docteur Brera s’est aussi occupé , dans les derniers temps , des vers qui vivent dans le corps de l’homme. Il admet le tænia, le ver vésiculaire, le tricocéphale , l’ascaride vermiculaire et le lombricoïde. Or voici les signes caractéristiques auxquels on reconnaît ces sortes d’animalcules.

L’ascaride lombricoïde, qu’on désigne encore sous le nom de strongle , est rond et aminci à ses deux extrémités ; sa tète est munie de trois tubercules ; il est de la grosseur d’une plume à écrire , et d’un pied de long à peu près. Il a la queue obtuse, légèrement courbée; l’anus transversalement fendu , et l’intestin de couleur d’orange un peu verte. Sa ressemblance avec les vers de terre a fait croire qu’il en tirait son origine. 11 habite ordinairement l’intestin grêle, d’où il remonte quelquefois dans l’estomac , le long de l’œsophage, jusqu’au gosier, et sort par la bouche ou par le nez.

L’ascaride vermiculaire est un petit ver trèsgrèle et arrondi, aminci à ses deux extrémités et de huit à douze lignes de longueur. Il a la queue en scie , et la tète munie de deux vésicules latérales et transparentes, ou de trois tubercules. Il ressemble assez aux vers qui fourmillent dans le fromage : ce qui a servi de base à l’opinion

de Van Doeveren sur l’origine de cette espèce de vers. Il habite pour l’ordinaire le gros intestin, surtout le rectum , d’où il sort spontanément le soir. Les enfans en rendent quelquefois par pelotons.

Le trichuride ou tricocéphale , également cylindrique ou arrondi , a deux pouces de long ; son extrémité postérieure présente une massue plus grosse que le reste du corps, et l’antérieure, ou est la tète, est filiforme. Il séjourne dans le cæcum, où l’on en trouve quelquefois des amas. Cependant il est en général fort rare ; ce qui fait qu’on ne le connaît pas encore très-bien.

Le tænia ou bandelette est une espèce de ver aplati, très-long, formé d’une chaîne d’articulations tellement engrenées, que l’extrémité large ou inférieure de l’une, à compter depuis la tête , embrasse toujours l’extrémité étroite et supérieure de la suivante ; elles s’élargissent donc toujours de plus en plus vers la queue, et se rétrécissent vers la tête. Celle-ci est tuberculeuse , munie ou non de crochets rétractiles ; elle a quatre suçoirs. On trouve dans le corps un ou deux pores à chaque entre-nœud. Le tænia appartient aux ovipares, et chaque articulation est remplie d’une quantité innombrable d’œufs. Mais comment ces œufs sont-ils fécondés? Le ténia a-t-il deux sexes différens , ou bien est-il hermaphrodite ? Ce sont là des questions que les natura-

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listes ne sont pas encore parvenus à résoudre. Ce ver n existe pas toujours seul dans les intestins, puisque des individus en ont rendu plusieurs très-distincts : ce qui prouve que la dénomination de vei solitaire est tout a-la-iois impropre et inexacte.

L’hydatide ou ver à corps ve'siculeux n’a pas son siège dans les intestins. Il se forme ordinairement dans le tissu dégénéré des viscères.

Les signes qui indiquent la présence des vers sont très— nombreux ; mais il y en a tort peu qui ne soient obscurs ou équivoques ; presque pas de fonction qui ne soit alors dérangée à cause de la sympathie qui existe entre le conduit intestinal et tout l’organisme.

L’enfant ne digère point comme à l’ordinaire ; il a la bouche remplie de salive écumeuse ; la langue est sale et blafarde sur les côtés, rouge à la pointe, et traversée d’une ligne distincte depuis sa base jusqu’à son sommet ; il a des nausées, des rots, des borborygmes; l’appétit est nul ou insatiable , et la soif excessive ; le malade se plaint de cardialgie , de coliques, de piqûres et de déchiremens vagues dans l’abdomen , qui augmentent ou diminuent suivant la vacuité ou la plénitude de l’estomac; le ventre se ballonne, les déjections alvines sont supprimées ou abondantes et liquides; le fondement devient le siège d’une démangaison violente ou

de ténesme ; 1’urine est limpide, rarement fétide.

La respiration est difficile ou troublée par des ho(|uels , par des quintes de toux sèche , convulsive , quelquefois stertoreuse et même suffocante ; la parole est entrecoupée et souvent interceptée ; l’haleine sent mauvais.

La circulation offre aussi des anomalies ; le cœur palpite avec force ; le pouls est fréquent , dur, intermittent; le sang coule par les narines.

Les enfans tourmentés de vers ont le sommeil inquiet et agité ; ceux qui sont déjà sevrés grincent des dents; ils éprouvent des vertiges, des défaillances; leurs oreilles bruissent ou bourdonnent. Des yeux lîxes , mornes, sans expression; les paupières inférieures bleuâtres ou gonflées ; la pupille très-dilatée ; la conjonctive quelquefois jaunâtre ; le prurit et la saleté des narines ; le visage rouge , pâle ou plombé ; l’ennui , l’anxiété , de l’extravagance dans les actions , l’amaigrissement, la fièvre hectique, la paralysie, des convulsions et enfin la mort : tels sont les symptômes des affections vermineuses en général; symptômes qui varient néanmoins suivant l’espèce de vers contenu dans le conduit alimentaire.

Ainsi l’ascaride vermiculaire s’annonce par un sentiment d’irritation sourde, de picotement ou de prurit insupportable au rectum.

L’ascaride lombricoide cause de la démangeai-

son, même une douleur pongitive, dans un ou plusieurs points du conduit alimentaire, surtout vers l’ombilic.

Le taenia est très-fortement soupçonné quand le malade se plaint de tournoiement et de pesanteur dans 1 abdomen , de piqûre ou de morsure dans le voisinage de l’estomac; quelquefois, dit Van Swieten, on entend le murmure du ventre à trente pas. Haller assure que cette espèce de ver se manifeste au renouvellement et au déclin de la lune ; le bas-ventre se gonfle et s’affaisse comme par ondulations ; l’appétit est insatiable , la bouche est inondée de salive ; il y a de fréquentes lipothymies, de l’amaigrissement.

Le tricocéphale n’offre aucun signe bien tranchant.

En général , on n’est assuré de la présence des vers intestinaux que lorsqu’il sort des pelotons d’ascarides avec les excrémens , des lombrics par la bouche ou par l’anus, des portions de tænia par le vomissement ou avec les déjections alvines ; tout le reste est équivoque et douteux, ou ne donne tout au plus que des probabilités. Qu’on n’imite donc point la plupart des médecins qui, dès qu’un enfant éprouve la moindre incommodité, s’empressent de l’attribuer à la vermine intestinale ; cette étiologie doit être reléguée parmi le vulgaire , qui ne se donne jamais la peine d’examiner attentivement les maladies qui

DES MALADIES DES ENFANS. 187 se présentent , ou qui est incapable d’en rechercher les véritables causes. Que le premier âge soit sujet aux vers , c’est une chose indubitable ; mais que cette affection soit aussi fréquente qu’on le croit communément , certes c’est ce qu’il est permis de contester. Il y a une infinité d’autres maladies propres à l’enfance , et qui peuvent offrir les mêmes symptômes.

Une opinion bien étrange , et qu’on ose à peine attribuer à un médecin , c’est celle du docteur Butter , sur la présence des vers. Il ne se contente pas de croire que ces animalcules sont de toute innocuité ou sans danger pour l’enfant , mais il les regarde encore comme un souverain remède dont la nature se sert pour débarrasser les intestins de leurs impuretés , et pour en augmenter le mouvement péristaltique. Ainsi les vers, au lieu de nuire à la digestion , doivent en prévenir jusqu’au moindre dérangement. Quelle extravagance ? Nous aurions trop à dire , si nous voulions alléguer toutes les raisons propres à combattre ce paradoxe médical. Mais, sans parler ici de la phthisie vermineuse que Morton et Trnka ont observée, ne suffit-il pas d’en appeler à l’autopsie , pour se convaincre de tous les ravages que peuvent causer les vers? Or , que trouve-t-on à l’ouverture des cadavres ? tantôt les tuniques de l’estomac et des intestins enflammées, ulcérées, rongées , percées, ont laissé passer des lombrics

dans la cavité du péritoine. Qu’on n’aille pas tonte fois attribuer ces délabremens à la morsure ou à la piqûre des vers; ceux qui sont un peu versés dans 1 helrnintologie , doivent savoir qu’ils ne sont armés de dents ni d’aiguillon. Ce n’est donc ici qu’un effet de la gangrène ou du sphacèle intestinal qu’ils ont produit par leur présence. Mais qu’j a-t-il de plus péremptoire que l’ouverture de certains enfans qui succombent à des coliques affreuses , ou qui périssent comme étranglés, suffoqués? On a obervé des pelotons de vers qui obstruaient alors le conduit intestinal chez les uns, et l’oesophage ou la gorge chez les autres. Qu’on dise après cela que ces animaux ne sont point dangereux , ou qu’ils sont comme autant de gardiens établis par la nature pour veiller à la conservation de la santé !

11 résulte de là qu’il ne saurait y avoir rien de plus important que de prévenir le développement des vers dans l’intestin, ou de les en expulser quand ils sont éclos. Pour remplir la première ’ indication , qui appartient au traitement prophylactique ou préservatif, on ne connaît rien de plus efficace que les substances amères ; par leur vertu tonique , elles doivent nécessairement donner du ressort aux fibres du conduit intestinal, favoriser les digestions, et s’opposer à la stagnation des mucosités ou glaires qui servent de nid à la vermine. C’est principalement

sous ce rapport que l’infusion de rhubarbe et le sirop préparé avec celte racine , sont si utiles à la première enfance. O11 doit faire concourir au même but les autres moyens hygiéniques qui tendent à fortifier toute l’économie ; tels que l’insolation , l’exercice , les frictions , la propreté, et les alimens de bonne qualité., mais pris avec mesure.

Que de remèdes, que de secrets 11’a-t-on pas proposé pour tuer les vers, ou pour les chasser du conduit intestinal ! Mais parmi tant de prétendus spécifiques, tous méritent-ils également ce titre ? N’y en a-t-ii pas qui ont été accrédités pour avoir calmé certaines affections qu’on attribuait aux vers, quoiqu’elles en fussent indépendantes, ou avant qu’on en eût constaté le vrai caractère? En général, on met au rang des anthelmintiques ou vermifuges les purgatifs, et même les drastiques. Mais avec quelle prudence ne faut-il pas manier ces médicamens, suivant l’àge et la force du malade ! Pour éviter la confusion dans une matière aussi délicate , nous ferons l’énumération des substances simples et des préparations composées qui ont paru mériter le plus de confiance contre les différentes espèces de vers intestinaux.

On a préconisé contre l’ascaride vermicuîaire le muriate de mercure doux, le soufre et l’aloès, administrés par la bouche ou en suppositoire ; on

igo TRAITÉ

a aussi recommandé des lavemens avec l’eau de chaux, des suppositoires de coloquinte, de cévadille et d’ail.

Les remèdes les plus usités contre l’ascaride lombricoïde sont la décoction aqueuse de mercure par verres, la mousse de Corse, la coralline officinale , le cina , les graines de tanaisie, soit en poudre, depuis dix-huit grains jusqu’à deux gros et demi, soit en infusion, depuis un gros jusqu’à demi-once pour trois ou six onces d’eau. On donne aussi la poudre de cévadille depuis dix grains jusqu’à demi-gros, celle de brou de noix verte depuis dix-huit ou vingt grains jusqu’à un gros. Des praticiens ont obtenu du succès avec l’huile de ricin à la dose d’une ou deux onces , ou avec le muriate de mercure à dose purgative ; d’autres avec le camphre , le muriate de soude ou celui de baryte à dose excitante. On ne doit pas oublier les végétaux amers, tels que la gentiane, la petite centaurée, etc., à dose tonique.

Quand il s’agit du tænia, on donne le plus communément la poudre de fougère mâle depuis un jusqu’à trois gros, ou celle de cévadille, comme pour le lombricoïde. On vante aussi la limaille d’étain pulvérisée depuis dix-huit grains jusqu’à une once; enfin l’éther sulfurique à la dose d’un gros. Ce sont ces différentes substances qui constituent les méthodes suivantes de combattre le tænia.

NoufFer donne d’abord au malade trois gros ou douze grammes de fougère mâle pulvérisée ; trois heures après il le purge avec une ou deux onces d huile de ricin , ou bien avec des bols composés de douze grains de muriate de mercuie doux, et d autant de résine de scammonée, de cinq grains de gomme gutte , et de suffisante quantité de miel. Il répète alternativement la fougère mâle et le purgatif, jusqu’à ce que le ver soit expulsé.

Alston fait un électuaire avec une once de limaille d acier , qu il incorpore dans suffisante quantité de miel. Il donne ce médicament six jours de suite ; et le septième il prescrit un purgatif drastique.

Le professeur Bourdier commence par administrer un gros d’éther dans trois onces d’eau, ou de décoction de fougere mâlej une heure après il purge avec une ou deux onces d’huile de ricin. Si le ver se fait sentir dans le conduit intestinal , on donne en meme temps l’éther par la bouche et en lavement.

Il faut observer que les doses des médicamens vermifuges ne sauraient être les mêmes pour l’enfant que pour l’adulte ; c’est une précaution à laquelle le praticien ne doit jamais manquer dans les formules qu’il prescrit, sous peine de tombei dans des écarts , et de compromettre la santé des malades.

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