‹ Traité des maladies des enfans, jusqu'à la pubertéChapitre 7 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des maladies congèniales des nouveau-nés.

On donne ce nom aux maladies que l’enfant a contractées dans le sein de la mère , soit que leur origine remonte jusqu’à la conception, soit qu elles n aient commencé que postérieurement à cette époque. Tels sont les diflerens vices de conformation ou les imperfections de naissance qui consistent dans l’occlusion ou imperforation des ouvertures naturelles, dans l’union ou adhérence vicieuse de certains organes, dans la division de certains tissus, dans l’excès ou le défaut, et quelquefois dans le déplacement, l’irrégularité, ou le changement de couleur des parties.

ARTICLE PREMIER

De ls occlusion ou imperforation des ouvertures

naturelles.

On appelle ouvertures naturelles celles qui permettent l’entrée des rayons lumineux dans les

yeux , des rayons sonores dans les oreilles , de l’air et des odeurs dans les narines, des alimens dans la bouche ; celles qui servent d’émonctoires aux restes impurs de la digestion , aux matières fécales et à l’urine ; enfin celles qui distinguent la femme d’avec l’homme, et qui, après la puberté, servent à l’écoulement des règles, et àla génération.

SECTION P PREMIÈRE

De V ankyloblépliaron , ou occlusion des paupières.

L’enfant qui naît avec l’occlusion des paupières peut continuer de vivre ; mais il sera privé de la vue dont les avantages sont inappréciables , à moins que l’art ne vienne à son secours.

Avant de remédier à cette imperfection, qu’on examine si elle tient à une membrane ou à l’agglutination des paupières , si elle est totale ou partielle, simple ou compliquée d’adhérence avec le globe de l’œil. Toutefois qu’on ne s’en laisse pas imposer, dans le dernier cas, par la facilité de soulever les paupières, et par la mobilité de l’organe qu’elles recouvrent. Cette double circonstance peut exister, pourvu que la conjonctive ne tienne à l’œil que d’une manière lâche.

Quand l’occlusion n’est que partielle , insinuez

une sonde crénelée sous les paupières, pour les écarter de l’œil, et détruisez leur union avec les ciseaux ou le bistouri, dont la pointe glisse dans la crénelure. Mais , si l’occlusion est totale ou complète, pincez d’abord les paupières vers le petit angle de l’œil, et coupez-en le pli avec les ciseaux ou le bistouri ; introduisez ensuite la sonde par l’ouverture artificielle, et terminez l’opération comme ci-dessus.

Une précaution essentielle, c’est de ne point blesser la glande lacrymale ni les points lacrymaux avec l’instrument tranchant. Cet accident n est point à craindre , lorsque les paupières sont unies au moyen d’une pellicule ; mais on ne peut guère l’éviter dans le cas d’agglutination immédiate, et l’enfant reste alors sujet à un larmoiement involontaire.

Si dans l’opération, on est forcé d’inteVesser l’unê des paupières, il vaut mieux inciser sur l’inférieure , parce qu’elle est moins importante que la supérieure pour diriger les lamies , et pour fermer l’œil.

Dans le cas d’adhérence de la conjonctive à l’œil, on ne peut espérer d’établir complètement la vue , à moins que la cornée transparente et la pupille ne restent libres , et exemptes de taches après l’opération.

On prévient l’union des paupières entre elles , ou avec le globe de l’œil , au moyen de lotions et

DES MALADIES DES ENFANS. 4i d’injections fréquentes avec l’eau et le vin tièdes. Ce préservatif, joint au mouvement de l’organe , vaut beaucoup mieux que des bandelettes enduites de cérat , que l’œil artificiel proposé par quelques praticiens , et que la plaque de plomb imaginée par Saint-Yves pour tenir les paupières écartées l’une de l’autre, ou du globe de l’œil.

SECTION II

De la synëzisis , ou clôture de la pupille.

L’enfant peut naître sans prunelle, ou avoir cette ouverture encore fermée par la membrane pupillaire. Dans l’un et l’autre cas il est nécessairement aveugle , ou n’éprouve d’autre sensation que celle qui est produite par une lumière vive sur les personnes saines, quand elles ferment les paupières. Si la prunelle manque , l’espace qu’elle devrait occuper paraît opaque, au lieu qu’il offre un aspect membraneux lorsqu’elle n’est que voilée.

Pour établir alors la vue , il faut faire une prunelle artificielle , ou enlever la membrane pupillaire qui n’est pas encore tombée. Le procédé de W enzel est le moins dangereux pour remplir cette double indication. 11 consiste à inciser la cornée transparente , comme dans l’extraction de la cataracte. On en fait relever ensuite le lambeau avec une curette ; on saisit le milieu de l’iris ou

de la membrane pupillaire avec une pince propre à cet usage, et on retranche la portion de la première , qu on tire à soi avec des ciseaux bien tranchans et courbes sur leur plat, ou bien on enlève l’espèce de voile qui en ferme l’ouverture. En incisant ainsi l’iris , on fait une pupille artificielle , de forme à peu près ronde, et dont les bords auront moins de facilité à se réunir, sans risquer d’entamer le cristallin , ni d’ouvrir la capsule où il est renfermé : inconvénient toujours à craindre et quelquefois inévitable dans les procédés de Chezelden, de Sharp, et de Janin.

SECTION III

De ï occlusion des narines.

L’enfant qui vient au monde avec les narines bouchées , est privé de l’odorat ; il a la voix nasillarde; il respire avec peine, et risque même de suffoquer quand il tette , faute de prendre haleine.

Cette imperfection peut tenir à des mucosités qui obstruent les narines, ou à une membrane qui en ferme l’ouverture, ou à l’adhérence des ailes du nez avec la cloison qui les sépare.

Dans le premier cas, trempez un pinceau , ou 1 extrémité d’une plume , dans de l’eau tiède ou • de l’huile , et introduisez-la plusieurs fois dans

DES MALADIES DES ENFANS. 45 les narines, jusqu’à ce qu’elles soient débarrassées.

Dans le second , faites une incision cruciale à la membrane , et tenez-en les lambeaux écartés à l’aide d’un petit tampon de chai’pie, dont vous pouvez même augmenter progressivement la grossseur , lorsque l’ouverture des narines est trop étroite.

Dans le troisième , n’espérez pas de remédier exactement à l’occlusion. Vous pourriez peutêtre, suivant le conseil de quelques auteurs, essayer alors de pratiquer , sur la partie supérieure et moyenne des ailes, une ouverture semblable à celle que les oiseaux ont dans cette partie ; mais la voix resterait toujours désagréable. D’ailleurs que gagneriez-vous par ce moyen, si la coalition des ailes du nez avec la cloison intermédiaire se prolongeait très-profondément?

SECTION IV

De V occlusion des oreilles.

Cette espèce d’imperforation produit la surdité, et par conséquent le mutisme. Toutefois cette dernière imperfection ne tient alors ni à l’absence, ni à l’altération des organes qui servent à la parole ; mais elle consiste plutôt dans une espèce de silence , que l’enfant vient à bout de rompre , si on lui fait étudier les mouvemens des

lèvres, de la langue, et du larynx. C’est ce qu’ont prouvé les expériences de l’ingénieux Wallisius en Angleterre, celles du docteur Zuinger, médecin de Bâle, sur plusieurs sourds de naissance, celles du célèbre Winslow sur la fille d’un riche négociant de Harlem , celles de Peirère sur son propre fils ; enfin celles de l’abbé Sicard sur une jeune demoiselle, sourde et muette, à qui il est venu à bout d’apprendre l’art de communiquer ses pensées par la parole.

L’occlusion originelle des oreilles peut être l’effet d’une membrane mince qui ferme le conduit auditif externe , ou d’une carnosité qui s’étend jusqu’au tympan. Dans le premier cas , emportez la membrane obturatrice , et l’ouïe est rétablie. Dans le second, tâchez aussi d’extirper la masse charnue, et prenez garde d’endommager la cavité du tympan, avec laquelle cette masse peut avoir contracté des adhérences. Au reste, la membrane du tympan serait détruite en totalité ou en partie par l’opération , qu’il ne faudrait pas pour cela désespérer du succès. L’issue même des osselets de l’ouïe ne produit point toujours la surdité complète , comme l’a prouvé une observation de Bonnet , chirurgien à Clermont-Ferrand.

SECTION y.

De V occlusion des lèvres.

Les naturalistes , et entre autres le célèbre HaL 1er, rapportent plusieurs exemples de ce vice de conformation dans l’espèce humaine et dans les animaux. S’il se représentait dans la pratique, il faudrait nécessairement le détruire pour empêcher l’enfant de périr. Qu’on examine donc alors si l’occlusion des lèvres tient à leur agglutination immédiate ou à une membrane , si elle est totale ou partielle , simple ou compliquée d’adhérence avec les gencives. L’opération chirurgicale est ici des plus simples. Une sonde crénelée, un bistouri ou des ciseaux , voilà les instrumens qui suffisent. On se comporte comme dans l’occlusion des paupières. On prévient ensuite la coalition ultérieure des lèvres en y interposant une bandelette enduite de cérat, ou en présentant souvent l’enfant à la mamelle : les mouvemens que la succion exige s’opposent au rapprochement des parties divisées, et favorisent la cicatrisation de la plaie.

Aucun exemple ne prouve l’adhérence congéniale des lèvres avec les gencives, ni celle de la lèvre supérieure avec le nez. Ce vice de conformation est toujours accidentel, et n’appartient pas plus à l’enfance qu’à tout autre âge.

traité

section yi.

De l imperforation de Vanus.

Ce vice de conformation n’est pas rare, puiscju on en trouve tant d exemples dans les livres de pi atique. Le nouveau-ne qui a le malheur d’en etre effecté , ne peut pas plus continuer de vivre que celui dont la bouche est clôturée. L’un périt parce qu’il ne peut manger, et l’autre parce qu’il ne peut se débarrasser du superflu de ce qu’il digère.

L anus peut etre simplement bouche par une membi ane , ou si rétréci qu’il ne donne issue qu’aux excrémens liquides. Quelquefois l’ouverture naturelle existe, mais l’intestin est interrompu à une certaine hauteur par une cloison membraneuse. On a vu naître des enfans qui n’offraient aucune apparence de fondement, et chez lesquels le rectum se terminait par un culde-sac plus ou moins élevé, ou s’ouvrait soit dans le vagin , soit dans la vessie , soit dans l’un et dans 1 autre en meme temps. De là différentes espèces d’imperforations, auxquelles il est plus ou moins facile de remédier.

Quand c’est une membrane qui bouche l’ouverture de 1 anus, vous la reconnaissez à la saillie quelle lait, a la couleur noirâtre ou livide que lui donne le méconium , et à la fluctuation sourde

DES MALADIES DES ENFANS. 47 quon y sent avec le doigt. Plongez alors la pointe de votre bistouri dans cette tumeur, et fendez-la en long ou en croix. Les matières s’écouleront, et leur passage continuel s’opposera désormais à l’agglutination des lambeaux.

L’ouverture est-elle trop étroite , on la dilate à l’aide d’un tampon dont on augmente successivement la grosseur. Si c’est la peau qui s’étend de la marge de l’anus vers le centre , on l’incise avec le bistouri et la sonde cannelée. De même, lorsqu’il y a des excroissances charnues , on les emporte avec l’instrument tranchant ; mais dans l’un et l’autre cas , on prend garde d’intéresser le sphincter , de crainte de donner lieu à l’écoulement involontaire des excrémens. Cependant, si l’on avait le malheur de diviser en travers la totalité de ce muscle , on tâcherait d’en rapprocher les extrémités à l’aide de quelques compresses et d’un bandage convenable. Par ce moyen, on viendrait peut-être à bout de les réunir entre elles, ou de les fixer du moins aux parties voisines, qui pourraient prêter un appui suffisant au sphincter lorsqu’il serait en contraction.

Jusque-là on conçoit qu’il n’est pas très-difficile de remédier à l’imperforation de l’anus. Mais il n’en est pas de même lorsque l’ouverture naturelle existe , et que la continuité de l’intestin est interrompue par une cloison située à une hauteur quelconque. On peut s’en laisser imposer alors

par la forme extérieure de la partie , et ne reconnaître ce vice de conformation que lorsque le séjour trop prolongé du méconium a délabré l’économie, et rendu l’opération impossible ou inutile. Voulez -vous prévenir cette méprise, ainsi que le désordre qui pourrait en résulter? Faites surveiller le nouveau-né après l’accouchement. A coup sûr, s’il ne rend point de méconium dans l’intervalle de quelques heures, il y a quelque obstacle qui s’y oppose .Vous êtes surtout fondé à le soupçonner lorsque l’emploi des laxatifs est inutile , que l'enfant se livre à des efforts continuels, que son visage s’anime, et que ses yeux acquièrent de la rougeur et de l’éclat. En un mot , vous n’avez plus de doute quand une sonde , introduite dans l’extrémité apparente du rectum , est arrêtée , et qu’elle en sort sans être teinte de méconium.

Cette espèce d’imperforation reconnue, il faut essayer de la détruire. Pour cela, dirigez avec le doigt indicateur un bistouri jusqu’à la cloison obturatrice, et coupez-la d’arrière en avant. Estelle trop haute et inaccessible au doigt, tâchez d’y conduire l’instrument à l’aide d’un troisquarts dont la canule soit crénelée. Mais ici que de chances à courir ! Le danger de cette opération est relatif à la hauteur de l’obstacle , et à l’état de l’intestin. Si ce dernier est distendu par le méconium, il est possible qu’on l’ouvre à côté.

DES MALADIES DES ENFANS. 49 et non dans la direction de son axe , en sorte que la plaie ne réponde point au fond du cul-de-sac après l’incision : de là des infiltrations mortelles dans les parties circonvoisines , comme cela est arrivé à des en fans opérés par Sabatier, et par Engerrand.

Enfin la difficulté est extrême , et presque toujours insurmontable, quand il n’y a point d’ouverture extérieure, et que rien n’indique l’endroit où se termine le rectum. Essayera-t-on alors de rétablir la voie naturelle en plongeant un bistouri à travers les tégumens, le tissu cellulaire , et la graisse situés devant le coccyx ? Mais ce serait procéder au hasard et à l’aventure. On dira peut-être que Fabrice de Hilden, Saviard, et plus récemment encore Cervenon et Thévenot ont fait cette opération avec succès. Mais aussi l’extrémité du rectum était peu éloignée de la surface des tégumens où l’anus s’ouvre naturellement. Pourrait- on compter sur une pareille réussite, lorsque le rectum manque tout entier, et que le conduit intestinal ne passe pas l’extrémité du colon? Quel désordre ne risquerait-on pas de produire, si l’on avait la témérité d’enfoncer le bistouri jusqu’à cette hauteur!

Il n’y a donc alors d’autres ressource que d’établir un anus artificiel ou contre nature , suivant le conseil de Littré , que Duret de Brest, etPillor de Piouen ont mis en pratique. On ouvre pour

cela l’abdomen , près la région iliaque gauche, à l’endroit indiqué par la résistance quepi'ésente le colon gorgé d’excrémens; on perce la portion correspondante de cet intestin , on la vide , et on la fixe à la plaie extérieure par quelques points de suture. Mais quelque louable et utile que puisse être l’entreprise de cette opération , on ne peut se dissimuler qu’elle ne soit périlleuse , et quelle n’ait de grands inconvéniens. D’abord comment déterminer les cas où elle peut être pratiquée avec succès ? Comment prévenir le double renversement de l’intestin divisé ? En un mot , qui ne voit qu’un anus artificiel , s’il conserve la vie à l’individu , la lui fait acheter chaque jour par la plus dégoûtante malpropreté ?

C’est pour éviter en partie cette dernière incommodité que Callisen , chirurgien distingué de Copenhague , a proposé d’établir l’anus artificiel dans la région des lombes. Il veut donc qu’on ouvre le colon entre le bord des fausses côtes et la crête de l’os des îles, parallèlement au bord antérieur du muscle iléo-lombaire. La plaie sera alors plus éloignée des organes de la génération; elle sera aussi moins défavorable, parce que le sujet pourra se garnir plus aisément ; enfin l’hémorrhagie sera peu à craindre en cet endroit, à cause du petit nombre de vaisseaux, qui s’y rencontrent. Mais, comme l’observe le célèbre Sabatier, ces faibles avantages sont loin de com-

DES MALADIES DES ENFANS. 5i penser les difficultés de cette opération. D’ailleurs Callisen suppose gratuitement que le colon, chez les nouveau-nés , est hors du péritoine , dans l’endroit où il conseille de l’ouvrir. 11 semble au contraire qu’il doit flotter dans le ventre , où il est retenu par un lien membrane'ux et lâche , de même nature que le méso-colon.

Ap rès l’ouverture de l’intestin, doit-on, comme l’indique Antoine Dubois, reconnaître avec le doigt le lieu où se termine le rectum , pour rétablir la voie naturelle ? Il paraît que ce serait là un bien petit avantage dans une opération dont le succès est toujours précaire ou douteux.

Lorsque le rectum s’ouvre dans le vagin, si l’anus existe en même temps, les excrémens sortent par cette double voie. Fermer l’ouverture insolite ou vicieuse avec une tente ou un tampon, et dilater celle qui est naturelle, lorsqu’elle est trop étroite , telles sont alors, d’après Chambon , les indications qui se présentent. Si au contraire l’anus manque, le même auteur conseille de le rétablir, pour remédier à l’incommodité rebutante dont la femme est affectée, et qui la met dans l’impossibilité de se marier. Pour faire cette opération , il propose de couper les tégumens sur l’extrémité d’une sonde courbe qu’on introduirait du vagin dans le rectum, et qu’on dirigerait vers l’endroit où l’anus devrait aboutir naturellement.

On lit dans Morgagni , Bonnet , Morand , Desault , et Dumas de Montpellier, que des enfans sont nés avec le rectum qui s’ouvrait dans la vessie - Dans ce cas-là faut-il établir un anus artificiel , ou bien procurer une issue plus libre aux matières fécales et aux urines, en pratiquant au périnée , comme le conseille Martin le jeune de Lyon , une ouverture qui pénètre dans la vessie, et en intéresse le col ?

SECTION VII

• De V im perforation de la vulve et du vagin.

La fille qui vient de naître peut avoir la vulve complètement ou incomplètement fermée. Dans le premier cas , la mort serait inévitable , si l’art ne venait promptement ouvrir une issue à l’urine , dont l’excrétion naturelle est impossible. Pratiquez alors entre le pubis et le périnée une incision assez étendue , pour que la malade puisse remplir le but du mariage quand elle sera nubile , et pour qu’elle puisse facilement mettre au monde les enfans qu’elle aura conçus. .

La clôture du vagin est ordinairement l’effet d’une ou de plusieurs membranes , dont l’épaisseur , l’étendue et la consistance ne sont pas naturelles. Quelquefois l’imperfo ration de ce canal est produite par le rapprochement ou l’aggluti-

DES MALADIES DES ENFANS. 53 nation de ses parois. Enfin on a vu des filles chez lesquelles le vagin s’ouvrait dans la vessie ou dans le rectum.

Ce vice de conformation ne cause pour l’ordinaire aucune incommodité à la jeune fille avant la puberté , époque où les règles veulent paraître. Encore faut-il alors que l’orifice du vagin sojt complètement fermé : car , s’il y reste une ouverture , quelque petite qu’elle soit , l’excrétion menstruelle ne sera que gênée , mais elle ne sera point empêchée. Cette fonction pourra bien être accompagnée de douleurs plus ou moins vives dans les lombes , à la partie inférieure du ventre et au haut des cuisses; mais l'individu ne courra au moins aucun risque de perdre la vie. De même, en cas de mariage , la cohabitation pourra être impossible ou très-difficile , à moins que la barrière vaginale ne soit déchirée par les efforts des conjoints; mais la femme ne sera point pour cela hors d’état de concevoir, comme l’ont prouvé nombre d’observations. Bien plus , on a vu des femmes devenir enceintes et accoucher, quoique leur vagin s’ouvrît dans l’intestin rectum, comme chez les gallinacées.

11 n’y a donc que l’obturation complète de ce canal qui puisse mettre obstacle à l’écoulement périodique des règles , et à la génération ; c’est alors seulement que l’on doit venir au secours de la jeune fille , sans quoi elle est exposée aux plus.

dangereuses maladies, et condamnée à une stérilité absolue.

Si le vagin est entièrement fermé par une membrane > comme chez une jeune fille dont parle Fabrice d’Aquapendente, fendez-la avec le bistouri que vous enfoncerez dans la tumeur produite par la rétention des règles.

La clôture est-elle incomplète, et a-t-elle résisté aux efforts que nécessite la copulation, il estt possible qu’on ne soit appelé qu’au moment oin la femme est en travail, parce que le produit de la conception ne peut franchir l’entrée du vagin.. On se comporte alors comme Ruysh , et on incise les cloisons membraneuses qui retardent l’accouchement. Nous avons eu occasion d’imiteri une fois l’exemple de ce célèbre pi’aticien.

Lorsque le vagin est si étroit qu’il s’oppose aui but du mariage , on le dilate au moyen des fumigations émollientes, et des pessaires dont orn augmente progressivement la grosseur. C’est ainsii que Bénévoli vint à bout de rendre la fécondité à une femme, sur le point d’ètre répudiée par son mari.

Mais il ne serait pas aussi facile de remédier à l’imperforation du vagin , si ce canal était entièrement oblitéré dans une grande partie de son trajet. En plongeant alors le bistouri à travers l’épaisseur des parties , comme on le lit dans un cas rapporté par de Haën, on aurait à craindre

d’intéresser le rectum et la vessie. On n’esquiverait peut-être pas ce danger en donnant une direction oblique à la plaie, suivant le conseil de Job à Meeckren.

Enfin, si l’ouverture du vagin dans la vessie ou dans le rectum ne mettait pas obstacle à la conception et à la grossesse , on aviserait ensuite aux moyens de faciliter l’accouchement , et on pratiquerait les opérations indiquées par les circonstances. On peut consulter notre Cours théorique et Pratique cV Accouchement , ainsi que notre Traité des Maladies des Femmes , sur l’imperforation de la vulve et du vagin. Cette double question s’y trouve exposée en différens endroits avec plus d’étendue qu’ici , où elle est en quelque sorte déplacée.

SECTION VIII

De V imper fo ration du prépuce et de l’urètre.

Le prépuce peut être naturellement imperforé, ou présenter une si petite ouverture, qu’il s’oppose à la libre émission de l’urine. Ce dernier cas arrive principalement , lorsque le prépuce et le gland qu’il recouvre sont dans l’état d’œdématie. On reconnaît ce vice de conformation , ou cette maladie, parce que l’enfant n’est pas mouillé, et parce qu’il fait des efforts contitinuels, comme pour rendre ses gros excrémens,

quoique le méconium s’écoule avec facilité. Pratiquez alors la circoncision , si le prépuce est trop long; et, s’il est infiltré, favorisez-en le dégorgement, soit à l’aide de quelques fomentations résolutives, par exemple, d’une dissolution de muriate d’ammoniaque , soit en donnant issue à la sérosité par de légères mouchetures.

Quand l’urètre est imperforé chez les garçons, ce n’est le plus souvent qu’une membrane mince qui en bouche l’extrémité ; d’autres fois ce canal n’existe point, ou ne s’ouvre pas du tout.

Dans le premier cas, incisez avec la pointe d’une lancette la membrane obturatrice, qui est toujours plus ou moins distendue par l’urine qu’elle retient. Après cette opération, ne craignez pas que les parties divisées se réunissent ; la sortie de l’urine s’y opposera.

Si le canal de l’urètre est oblitéré dans toute sa longueur , l’enfant est sans ressource , à moins que l’urine ne s’échappe parle nombril, comme chez des filles dont Cabrole et Littré ont parlé. On conseille néanmoins de plonger alors un troisquarts dans la vessie , et d’y laisser un sonde pour établir un canal artificiel. Cette opération peut encore conserver la vie à l’enfant ; mais le défaut de sphincter à l’extrémité de cette ouverture le laissera sujet à l’écoulement involontaire de l’urine.

L’imperforation de l’urètre est plus fréquente chez les filles que chez les garçons ; on la reconnaît aux mêmes signes ; mais elle n’a pas toujours les mêmes causes. Elle est produite le plus souvent par une membrane, qu’il faut inciser comme dans l’exemple rapporté par Cabrole. Elle peut être aussi l’effet d’une chair fongueuse qui bouche le col de la vessie , comme dans le cas dont Littré a communiqué l’histoire à l’Académie des Sciences en 1701. Cet obstacle 11’est pas aussi facile à lever que le premier , parce qu’il n’est pas à la portée des instrumens.

ARTICLE IL

De V union ou adhérence non naturelle de certains organes.

L’union ou adhérence de deux organes continus est vicieuse , et doit être considérée comme une maladie , toutes les fois qu’elle les empêche d’exécuter les fonctions auxquelles ils sont destinés. Telles sont, par exemple , l’adhérence de la langue aux gencives, l’union des doigts, etc.

SECTION PREMIÈRE

De T adhérence de la langue aux gendres.

Des praticiens rapportent avoir vu naître des enfans chez lesquels la langue adhérait aux gen-

cives ou aux parties circonvoisines par des brides ligamenteuses ou membraneuses.

L’effet de ce vice de conformation est de gêner les mouvemens de l’organe; il ne peut alors ni s’allonger , ni se raccourcir, ni se contracter, pour se creuser en forme de gouttière. De là l’impossibilité du vide dans la bouche, et par conséquent de la succion ; de là aussi le mutisme ou le bredouillement le plus obscur et le plus inintelligible.

L’opération est ici des plus indispensables , pour remédier à ce vice naturel, et pour prévenir les inconvéniens qui pourraient en résulter. Coupez donc toutes les brides avec de bons ciseaux , afin de délier complètement la langue. Vous prenez le nez à l’enfant, qui est alors forcé d’ouvrir la bouche pour respirer. Vous profilez de ce moment pour introduire les ciseaux entre la langue et les gencives, et pour couper toutes les adhérences qui s’y rencontrent. Vous y portez ensuite de temps en temps le doigt , et vous prévenez par-là toute agglutination ultérieure des parties divisées. Comme les vaisseaux situés aux parties latérales de la langue ont peu de calibre , l’hémorrhagie en est peu redoutable. Au reste , il serait facile de l’arrêter en y portant l’extrémité d’une aiguille à tricoter rougie au feu , comme après la section du filet.

DES MALADIES DES ENFANS. 5g

SECTION II

Du filet de la langue.

On donne le nom de filet ou de frein de la langue à une espèce de ligament placé sous cet organe , qu’il fixe aux parties voisines , et formé par la membrane muqueuse qui tapisse la cavité de la bouche. Lorsqu’il est trop serré, ou qu’il s’avance trop vers la pointe de la langue , il la retire en arrière, et lui donne quelquefois la forme d’un cœur. De là résultent la difficulté de téter après la naissance , et celle de parler , diton , chez l’enfant qui grandit.

Vous jugerez que ce vice de conformation existe en introduisant un doigt dans la bouche du nouveau-né; s’il ne peut glisser sa langue au-dessous de ce doigt , ni la courber sur sa longueur en forme de gouttière qui l’embrasse; s’il ne peut ensuite la tirer en arrière comme pour faire un vide , il est vraisemblable qu’elle n’a point la mobilité qui lui est nécessaire.

Ne vous en rapportez pas seulement à la mère ou à la nourrice qui viennent vous prier découper le filet à leur enfant, sous prétexte qu’il ne tette point. Examinez d’abord si le mamelon qu’on lui présente est bien conformé, s’il n’est pas trop court ou trop enfoncé; voyez encore si la langue n’est pas collée à la voûte du palais ,

comme l’ont observé Lapie, Levret et BuneL .Dans le premier cas , changez la nourrice , ou allongez-lui le mamelon , si cela est possible : dans le second , abaissez la langue , et empêchez-la de remonter, avec une spatule, jusqu’à ce que l’enfant ait bien saisi le bout du mamelon.

Mais, quand vous avez bien vérifié que le filet sous-lingual est le seul obstacle qui s’oppose à la succion, il faut nécessairement le couper, sans quoi l’enfant périrait faute de nourriture. Tout autre prétexte serait insuffisant pour déterminer à cette opération. On vous alléguera peut-être l’impossibilité de parler à un âge un peu plus avancé , ou le bredouillement qui entrecoupera la parole. Mais d’abord est-il bien certain que l’enfant bredouille ou bégaye parce qu’il a le filet de la langue trop court ? On en voit qui parlent avec une étonnante facilité , quoiqu’ils aient été affectés de ce vice de conformation en naissant. D’ailleurs que les bègues imitent , s’il veulent , le célèbre orateur d’Athènes, qui, pour s’exercer à manier la parole, roulait des cailloux dans sa bouche, ou s’efforcait de gravir sur les montagnes voisines de la mer, en criant jusqu’à ce qu’il eût couvert le mugissement des flots. Ainsi, quand l’enfant tette, cela suffit pour le moment : si dans la suite la parole est tardive ou embarrassée , on pourra la rendre plus libre lorsque lins-

DES MALADIES DES ENFANS. Gi tinct aura fait place à la raison, et que la docilité rendra l’opération moins périlleuse.

Pour débrider la langue , ou pour en couper le filet, confiez d’abord la tête du petit malade à un aide qui doit bien l’assujettir ; prenez ensuite de bons ciseaux mousses à leur extrémité , et une sonde cannelée. Tout étant ainsi disposé, soulevez la pointe de la langue avec ce dernier instrument que vous tenez de la main gauche , et coupez le filet avec les ciseaux dont l’autre main est armée. Ce procédé est sans contredit plus simple , plus facile , et moins dangereux que celui de quelques praticiens qui ont imaginé de remplir toutes les indications à la fois avec un instrument à ressort, d’où sortait un bistouri caché. Il est bien préférable encore à celui des anciens, de quelques matrones modernes, et des accoucheurs piémontais ou italiens, qui font la section ou plutôt la déchirure du filet avec leur ongle aiguisé et tranchant comme un couteau.

En pratiquant cette opération , prenez garde de porter les ciseaux trop avant , et d’intéresser les artères ou veines ranines. Ce seraient là deux, fautes qui pourraient entraîner les plus graves accidens. Petit et Levret ont observé que la première avait donné lieu au renversement de la langue, et à la suffocation. On croit aussi que la seconde pourrait être suivie d’une hémorrhagie

mortelle , non que les vaisseaux ouverts puissent fournir beaucoup de sang en peu de temps, mais parce que le mouvement de succion qui attire continuellement ce fluide ne cesse que lorsque la faiblesse est extrême.

Pour prévenir le premier de ces accidens , Petit avait recours à la mécanique. 11 posait une compresse sur le dos de la langue , et la soutenait avec une bande qui faisait le tour de la mâchoire inférieure. Cet appareil était ôté chaque fois que l’enfant avait besoin de téter, et remis ensuite. Mais ne suffirait-il pas alors de lui pré senter souvent la mamelle, et de provoquer la succion, qui s’opposerait au renversement de la langue ?

Le même auteur, pour arrêter l’hémorrhagie , conseillait de comprimer de bas en haut les vaisseaux lésés, avec une petite fourche de bouleau , qui embrassait la langue, et de haut en bas avec un bandage qui passait sur le dos de cet organe , et dont les chefs étaient croisés sous la mâchoire. Voilà encore de la mécanique. Les praticiens de nos jours cautérisent l’artère sous-linguale, ce qui est plus prompt et plus efficace. Conçoit-on, en effet, la possibilité d’assujettir une fourche dans la bouche d’un enfant en bas âge, ainsi que l’a imaginé l’inventeur de cette méthode?

SECTION III

De V union des doigts et des orteils .

Cette union peut tenir à la concrétion ou agglutination des doigts, ou bien n’êtreque l’effet d’une membrane qui s’étend de l’un à l’autre , comme chez les oiseaux palmipèdes ou nageurs.

Si ce vice de conformation n’existait qu’aux pieds , les suites en seraient peu redoutables. Mais il n’en est pas de même pour les mains; car, outre qu’elles seraient alors très-difformes , elles seraient aussi plus ou moins gênées dans l’appréhension des objets.

L’opération est donc encore nécessaire ici pour séparer les doigts. Quand ils sont agglutinés les uns aux autres, on les divise avec le bistouri; mais, quand il n’y a que des membranes qui s’interposent entre eux, les ciseaux sont préférarables. Dans les deux, on tient les doigts et les orteils séparés , et l’on place des bandelettes enduites de cérat dans leurs intervalles, pour en prévenir la concrétion ultérieure.

SECTION IV

De T union du pénis avec le scrotum.

Ce vice de conformation n’est point imaginaire, puisqu’on en trouve un exemple fort eu-

rieux dans les Œuvres de Petit. L’expërience atteste qu il ne s oppose point à l’émission de l’urine , et qu’il en change seulement la direction ; mais tout concourt à prouver qu’il doit rendre « 1 individu impropre a remplir le but du mariage. Cai le membre viril , ainsi bride par le scrotum auquel il est fixé , doit nécessairement se courber pendant l’érection. On ne peut pas même espérer de remédier à cette espèce d’impuissance par une opération méthodique. On vient sans doute à bout d’isoler les parties avec l’instrument tranchant ; mais la cicatrice , quand elle est consolidée, empeche encore le membre de se redresser pendant 1 érection. Petit a même observé que la courbure en bas était alors plus grande et plus difforme qu’auparavant. Après avoir soufflé le corps caverneux sur le cadavre d’un enfant de douze ans, dont le pénis était uni au scrotum depuis sa naissance , il disséqua avec soin toutes ces parties; l’urètre se trouva très-court, ligamenteux, inextensible, et sans tissu cellulaire. Ce danal , ainsi isolé ou séparé du corps caverneux, conserva sa courbure ; on en tira les deux extrémités en sens contraire pour l’allonger, et on observa qu’il reprenait toujours sa forme naturelle aussitôt qu’il était abandonné à lui-même. L insufflation d’une nouvelle quantité d’air montra que la courbure dépendait de l’absence presque totale du tissu spongieux , ou d’une disposi-

DES MALADIES DES ENFANS. 65 tion particulière de ses cellules , qui étaient plus étroites du côté du scrotum que vers le dos du pénis .

Nous remarquerons ici que le frein du prépuce est quelquefois trop court, trop gros, ou trop dur ; ce qui doit, nécessairement produire la courbure du gland ; de là un obstacle qui s’oppose à l’érection, et au but du mariage dans l’àge de virilité. Ce vice de conformation n’est rien pour l’enfance ; mais on ne peut se dispenser de le faire disparaître chez les individus qui veulent se reproduire , et éviter la douleur , même l’excoriation, durant l’acte vénérien. L’opération qu’on pratique alors est des plus simples. On comprend le frein , après l’avoir tendu , entre les bouts mousses des ciseaux, et on l’incise d’un seul coup. Le sang s’arrête ensuite de lui-même, ou au moyen de quelques lotions d’eau froide.

ARTICLE III

De la division congéniale et non naturelle des

tissus .

La division des tissus, partout où elle se trouve, est nécessairement vicieuse, quand elle s’oppose à l’exercice de quelque importante fonction. Tels sont le bec-de-lievre , et les dilFerentes espèces d’hypospadias.

SECTION PREMIÈRE

Du bec-de-lièvre congénial.

On donne ce nom à une difformité que le fœtus apporte en naissant, et dans laquelle la lèvre supérieure est fendue comme chez le lièvre. Elle est simple , double , ou compliquée , selon qu’il y a une ou deux fentes, que l’arcade dentaire, la voûte palatine, et le voile staphylin sont fendus simultanément , ou que les lambeaux de la lèvre s’unissent avec les gencives.

Ce vice de conformation saute aux yeux. La lèvre supérieure présente une fente triangulaire , dont les bords épais et arrondis sont recouverts d’une pellicule mince et rosée , et s’écartent par la contraction du muscle labial, dont les portions divisées manquent d’antagonisme.

L’enfant ainsi mutilé, outre qu’il est très-difforme , ne tette qu’avec difficulté, surtout lorsque la fente se prolonge jusqu’à la voûte palatine : car alors cette ouverture laisse pénétrer l’air dans la bouche à mesure qu’il en est pompé par la succion, ce qui s’oppose à l’afflux du lait, ou le laisse refluer vers le nez. De là résultent nécessairement une nutrition imparfaite et le dépérissement du nouveau-né; joint à cela qu’à une époque plus avancée, la nutrition et la parole s’exécuteront avec beaucoup moins de liberté

DES MALADIES DES ENFANS. 67 qu’à l’ordinaire. Enfin les pleurs et les ris augmenteront encore la difformité, et la rendront même entièrement hideuse.

Tout semble donc nécessairement indiquer 1 opération , pour réunir les lambeaux de la lèvre divisée. Mais quand faut-il la pratiquer ? Au moment de la naissance, l’enfant va crier beaucoup, et les parties encore tendres vont se déchirer et se débarrasser des aiguilles. D’ailleurs l’appareil qu’exige la suture entortillée gênera beaucoup le mouvement de succion. Cependant , quelque fondée que fût la crainte de ces inconvéniens , Roonhuisen , Ledran , Louis , et Sabatier , ont proposé d’opérer les enfans peu de temps après leur naissance ; et Busch a mis ce conseil en pratique sur deux enfans, l’un de quatre, et l’autre de huit ans. Il est certain qu’à cette époque le tissu des lèvres est arrosé d’un nombre prodigieux de vaisseaux, et que l’enfant n’a point eiw core l’habitude de téter ; d’ailleurs il est peu susceptible de recevoir des impressions qui , en l’excitant à rire et à pleurer, pourraient déterminer du tiraillement, et empêcher la réunion de la lèvre. D’un autre côté, Dionis, Garengeot, et plusieurs autres praticiens, parmi lesquels on peut compter les professeurs Boyer et Dubois, recommandent d’attendre l’âge de cinq ou six ans , époque où les lèvres ont acquis la fermeté et la consistance nécessaires pour soutenir la su-

ture, et où l’enfant, sensible à sa difformité naturelle, sera plus docile pour supporter tout ce qui peut l’en débarrasser. Tout men considéré , ce dernier parti paraît le plus sûr et le plus avantageux. A la vérité , on pourrait objecter qu’en retardant ainsi l’opération du becde-lièvre, on rapprocherait avec plus de difficulté les os maxillaires et palatins , et qu’on ne remédierait peut-être qu’à la difformité extérieure. Mais l’expérience apro vé que ces motifs étaient sans fondement.

SECTION II

De la fente con géniale du voile du palais et de

la luette.

Ce vice de conformation n’est pas très-commun ; nous n’avons eu occasion de l’observer qu’une fois sur un jeune Américain , âgé d’environ vingt-cinq ans , qui suivait nos cours d’accouchemens. Depuis sa naissance, il avait le voile du palais séparé en deux portions inégales , et cette division s’étendait presque jusqu’à l’extrémité de la luette ; il éprouvait de la gêne et de la difficulté pour parler ; sa voix était désagréable , et semblait provenir du fond du nez. Il eut occasion de montrer un jour sa difformité à M. Roux, chirurgien de l’hôpital de la Charité , qui l’en débarrassa. Cet habile opérateur commença par

rafraîchir les bords de la division avec des ciseaux ; il les réunit ensuite , et les maintint au moyen de deux points de suture, qu’il établit avec une aiguille à manche. Comme les deux lambeaux étaient d’inégale longueur , le plus court offrait un petit tubercule après la cicatrisation. Il fut emporté avec les ciseaux , et dèslors le voile du palais et la luette se trouvèrent comme dans l’état naturel. La voix changea, et le nazillement disparut.

Cette observation suffît pour indiquer ce qu’il faudrait faire, si une pareille difformité se présentait dans la pratique. On ne pourrait point opérer la réunion du voile du palais immédiatement après la naissance. On devrait attendre que l’enfant eût assez de raison et de docilité pour se laisser guérir de cette incommodité.

SECTION III

Des hjpospadias.

On donne le nom d 'hypospacîias à l’ouverture de 1’ urètre qui a lieu sous le membre viril, près du 1 rein du prépuce , ou vers l’origine du scrotum . Cette ouverture non naturelle porte encore le nom d 'épispadias , quand elle est sur le dos du membre, et qu’elle répond au pubis ; enfin on l’appelle pleurospadias si elle est située latéralement, ou vers les os ischium. Le premier

traité

de ces vices de conformation est le plus frequent; mais on ne trouve que peu ou point d’exemples des deux autres.

Lorsque le gland est oblitéré , et que l’urètre s’ouvre à sa base , au lieu qu’occupe le frein du piépuce, gardez-vous bien d’entreprendre aucune opération pour remédier à ce vice naturel. L’enfant n’en éprouve aucune incommodité pour le moment; et, s’il parvient un jour à lage de virilité , soyez bien assuré qu’il sera aussi propre a engendrer que les autres. L’expérience a prononcé là-dessus d’une manière positive. IN allez donc pas suivre les conseils de quelques auteurs que la démangeaison de couper tourmente. Les uns vous engageront à percer le gland depuis son sommet jusqu au canal de l’urètre , avec une lancette ou un trois-quarts ; à placer, dans le trajet que ces instrumens auront parcouru, une canule quon y assujetira jusqu’à la consolidation de la plaie; et à cautériser l’ouverture qui est au-dessus du gland , pour la fermer en la faisant suppurer; les autres vous diront de fendre le gland de la base au sommet, déplacer une canule dans la plaie, et d en rapprocher les bords pour les réunir. Mais tout chirurgien sensé ne voit -il pas

que ces opérations seraient aussi dangereuses qu’inutiles ?

Il est un cas d hypospadias moins commun que le précédent, et où l’ouverture de l’urètre

DES MALADIES DES ENFANS. 71 répond à la racine du membre viril. Il est alors très-probable, pour ne pas dire certain, que l’enfant ne sera jamais propre à la génération; mais c’est un malheur auquel il n’y a point de remède. Que l’accoucheur se garde seulement de prendre le sujet pour une fille, et de le laisser élever comme telle. Cette méprise est arrivée à l’occasion d’un garçon dont Sabatier rapporte l’exemple; et elle paraît d’autant plus facile, que tous les en fans mâles n’ont pas les testicules hors du ventre en naissant ; que le scrotum paraît enfoncé à sa partie moyenne chez ceux qui sont affectés de l’espèce d’hypospadias dont il s’agit ; et que la sr.illie du membre viril , à l’époque de la naissance, n’excède guère celle du clitoris. Qu’on évite aussi de prendre les individus ainsi conformés pour des hermaphrodites , dont aucune recherche anatomique ou physiologique n’a encore prouvé l’existence. Quand cette espèce d’hypospadias se prolonge sur lescrotum , celui-ci est fendu en forme de deux grandes lèvres, dont chacune contient un testicule; ce qui suffît pour indiquer le sexe de l’enfant, et pour dissiper l’illusion. Un exemple de cette singulière bizarrerie a été observé en 1796 par Giraud à l’flôtel-Dieu , et se trouve consigné dans la Nouvelle Doctrine chirurgicale du docteur Lé veillé.

ARTICLE IV

De l exces congénial de parties.

Le fœtus naît quelquefois avec des parties surnuméraires , ou avec des excroissances qui le rendent plus ou moins difforme , les unes et les autres sont l’objet de l’orthopédie , et réclament plus ou moins impérieusement les secours de l’art.

SECTION PREMIÈRE

Des doigts et des orteils surnuméraires.

L’enfant qui vient de naître peut avoir un sixième doigt ou un sixième orteil. O11 a observé que, dans certaines familles, cet excès de parties était toujours constant chez les nouveau— nés. Le docteur Gardien dit aussi en avoir vu dont tous les doigts des pieds et des mains étaient doubles.

Ces parties surnuméraires mériteraient' à peine 1 attention des gens de l’art, si elles n’étaient qu inutiles ; mais elles peuvent devenir incommodes par la suite , et meme gêner ou empêcher l’accroissement régulier des pieds et des mains.

Le plus court parti est donc d’en debarrasser l’enfant.

SECTION II

Des excroissances congéniales.

L’enfant naît quelquefois avec des excroissances plus ou moins volumineuses , et d’une forme plus ou moins irrégulière. Elles sont situées en diverses parties du corps, mais plus souvent au visage qu’ailleurs. Le vulgaire , dont le préjugé égale toujours l’ignorance , ne manque jamais de leur trouver de l’analogie avec les objets qui sont le plus à sa portée , tels que des animaux, des fruits, etc.

On attribue pour l’ordinaire la cause de ces tumeurs à quelque désir déréglé de lanière, dont l’imagination s’exalte quand elle ne peut le satisfaire, et se communique au foetus. Cette opinion remonte jusqu’aux temps les plus reculés. On en trouve des traces dans les écrits d’Hippocrate, de Polybe , de Galien, et d’Héliodore. Licosthènes, Paullini , Schurrigius, Fortunius Licetus, Langius, Vives, dans ses Commentaires sur la Cité de Dieu par saint Augustin, et Van Swieten lui-même, l’ont accréditée depuis.

Mais, ce qu’il y a de bien remarquable, c’est que pas un de ces écrivains, tant anciens que modernes , n’assure avoir été témoin oculaire des faits qu’il rapporte pour prouver l’influence de l’imagination maternelle sur l’organisation du

fœtus. Tous parlent d’après de vieilles histoires, ou d’après le témoignage de gens qui étaient beaucoup plus crédules qu’observateurs. Qu’on lise au contraire les ouvrages qui inspirent le plus de confiance, tels que ceux de Rhœderer, de Morgagni , de Haller, dePuzos, de Lamotte , de Levret, de Baudelocque, etc. ; on est étonné d’y trouver un silence absolu sur les chimériques effets des envies pendant la grossesse. Nous avons eu occasion de voir plusieurs tumeurs congéniales, et certes aucune ne nous a paru avoir de la ressemblance avec des fraises, des cerises, de la groseille, du raisin, etc.

D’ailleurs, comment concevra-t-on cette prétendue communication ou influence de l’imaei-

nation maternelle sur l’embryon ou le fœtus? Sera-ce au moyen des vaisseaux ou des nerfs? Mais le placenta est là qui s’y oppose, et qui ne laisse rien passer sans l’avoir tamisé ou élaboré. Il va donc tamiser ou élaborer aussi les désirs ou envies, les pensées, en un mot, l’imagination de la mère : mais ne voit-on pas qu’on tombe par là dans le matérialisme le plus scandaleux et le plus révoltant ?

On observe tous les jours des tumeurs ou excroissances sur les fruits, sur les graines, sur les petits des animaux ovipares. Dira-t-on donc aussi que ce sont là des effets de l’imagination maternelle? Le désordre de cette faculté intellectuelle

va-t-elle circuler avec la sève dn végétal , ou passer de la poule jusqu’au germe de l’œuf qu’elle couve ?

Enfin, il survient quelquefois sur le corps de l’homme fait des tubercules semblables à ceux de l’enfant qui vient de naître. Cependant aucun physiologiste ne s’est avise' jusqu’ici de recourir à l’influence de l’imagination maternelle pour expliquer les premiers. On les regarde toujours comme l’effet d’une maladie qui a déterminé une augmentation de sensiblité et un afflux d’humeurs

dans la partie où ils ont leur siège. Pourquoi donc n’attribuerait-on pas les tumeurs ou excroissances fœtales à la même cause ?

Mais en voilà bien assez sur une matière dont on peut abandonner sans inconvénient la discussion au vulgaire, et sur laquelle la médecine éclairée sait à quoi s’en tenir. L’essentiel en pratique est de retrancher cette exubérance de parties qui pourrait rendre l’enfant plus ou moins difforme.

Ainsi les tumeurs de naissance tiennent-elles à la peau par un pédicule , vous pouvez les faire tomber par la ligature dont Lamotte faisait usage. Mais il vaut mieux employer de suite l’instrument tranchant, comme pour celles qui sont sessiles ou à large base. On cause alors moins de douleur, et l’on a moins à craindre de troubler le sommeil de l’enfant, onde lui donner des con-

vulsions. Si cette opération est suivie d’hémorrhagie , rien de plus facile que de l’arrêter : on lie ou on comprime les vaisseaux.

Quelquefois les tumeurs de naissance sont situées a l’interieur de la bouche, sur les gencives , dans l’épaisseur des lèvres ou des joues; on les empêche alors de gêner l’allaitement en les enlevant par une double incision , comme cela se pratique pour le tubercule cancéreux de ces parties.

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