REMARQUE
Il ne sera point question ici des enfans qui naissent avec deux têtes sur le même tronc , ou avec deux troncs pour une seule tête , avec plus de deux bras , ou avec plus de deux membres abdominaux. Ce sont là des monstruosités qu’il est presque impossible ou au moins très-difficile de corriger. Quel serait le chirurgien qui oserait abattre l’une des têtes à un fœtus bicipital, ou pratiquer la détroncation sur celui qui aurait deux corps pour une seule tête? Dans le cas même de membres surnuméraires, qui oserait en faire l’extirpation, surtout s’ils étaient solidement implantés sur le tronc ? D’ailleurs il est rare que les individus aussi bizarrement conformés parcourent une longue carrière : ils périssent presque tous avant de voir le jour, ou peu de temps après. Pourquoi donc ne les abandon-
DES MALADIES DES ENFANS. 77 nerait-on pas à leur destinée, ou aux seules ressources de la nature ?
Nous ne parlerons pas non plus du tablier qu’on a observé chez la femme du Hottentot , ou chez celle du Boschimann : c’est un prolongement de la peau du ventre, qui est naturel à ces peuplades , et auquel on ne peut opposer aucun remède.
ARTICLE V
Du défaut congénial de parties.
L’enfant qui vient de naître peut manquer d’un œil, d’une oreille, d’un des membres thoraciques ou abdominaux, ou bien d’une de leurs parties, comme d’une main ou d’un pied. On peut lire , dans la Physiologie de Dumas , l’histoire du sauteur-nain qui n’avait point de jambes, et dont les cuisses s’articulaient avec les pieds. Mais la plupart de ces difformités sont incurables; tout ce que l’on peut faire, c’est de suppléer artificiellement au défaut d’organes, quand cela est possible. Ainsi on voit des individus qui portent un œil de verre , une oreille ou un nez d’argent. La mécanique remplace encore un bras ou une jambe qui manque, et remédie ainsi, jusqu’à un certain point, à des bizarreries de la nature , qui produiraient nécessairement l’impossibilifé de la progression , ou au moins la clau-
dication. Il n’y a que les fœtus acéphales, ou prives du sommet de la tête, qui soient perdus sans ressource ; mais il n’en sera point question dans cet article. A quoi bon parler encore des fœtus qui sont prives de la paroi antérieure de la poitrine, de l’abdomen, ou chez lesquels ces cavités ne sont entourées que d’une membrane. Nous avons été appelés, il y a cinq ou six ans, avec les docteurs Sedillot aîné et Borel, auprès d’une femme qui accoucha d’un enfant mort , dont la paroi antérieure du bas-ventre était si mince , qu’elle avait été crevée par les viscères. Toutes ces difformités sont hors des ressources de l’art.
ARTICLE VI
Des hydropisies congèniales.
On entend par hydropisie une collection de sérosité dans quelqu’une des cavités splanchniques, telle que la tête, la poitrine, et l’abdomen. Les plus ordinaires de ces maladies chez les nouveau - nés sont l’hydrocéphale et l’hydrorachis , qui sont toujours mortelles , mais aveclesquelles l’individu peut vivre encore quelque temps; l’hydrocèle et l'infiltration des organes génitaux, qui sont presque toujours susceptibles de guérison ; enfin l’hydrothorax ou hydropisie de la poitrine, et l’ascite ou hydropisie abdominale. Mais, comme ces dernières causent souvent
la mort pendant ou peu de temps après l’accouchement, il est inutile d’en parler ici. D’ailleurs il en a été question dans notre Cours théorique et pratique cV A ccouchemens.
SECTION PREMIÈRE
De l'hydrocéphale congénialc .
On donne ce nom à une collection ou amas considérable de sérosité dans la tête. Nous disons amas considérable ; car , sans cette condition , comment pourrait -on distinguer une pareille maladie d’avec les épanchemens de liquide qu’on observe dans le crâne à la suite de l’apoplexie , des convulsions et de plusieurs autres affections aigues ?
Comme l’hydrocéphale arrive le plus souvent durant la grossesse, et que les enfans naissent alors avec cette maladie, nous avons jugé à propos de la placer parmi les affections congéniales; c’est avouer en même temps que les causes en sont fort obscures. Tiennent -elles à la laxité originelle du cerveau , à un état de langueur du fœtus dans le sein de la mère, à quelque tumeur qui s’est formée dans le crâne, etc.? Suivant Underwood , six enfans d’un même père ont été atteints de cette espèce d’hydropisie , et y ont succombé a 1 âge de deux ans. Armstrong rapporte aussi avoir ouvert plusieurs enfans de la
8o TRAITÉ
même famille qui en étaient morts : d’où il semblerait résulter qu’on pourrait l’attribuer à quelque prédisposition héréditaire ou transmise par les parens. Mais en quoi consiste cette prédisposition ? dépend elle de la mère ou du fœtus ? voilà encore bien des incertitudes.
Cependant il faut convenir que l’hydrocéphale peut survenir aussi d’une manière accidentelle , et par l’effet d’une cause qui augmente l’exhalation ou diminue l’absorption du fluide séreux destiné à lubrifier le cerveau. Dans le mois de juillet 1818, nous assistâmes dans ses couches, conjointement avec le professeur Marjolin, la femme d’un épicier qui ne pouvait se délivrer naturellement , parce que l’enfant était hydrocéphale. Nous fûmes obligés d’enfoncer un troisquarts dans la tète qui venait la première, et dont le volume était fort disproportionné à la largeur du bassin. Il en sortit environ trois livres de liquide : ce qui facilita beaucoup la terminaison de l’accouchement. Nous apprîmes que cette dame avait fait deux chutes violentes, en descendant un escalier assez rude et assez élevé, l’une vers le troisième et l’autre vers le septième mois de sa grossesse. On nous rapporta aussi qu’elle avait perdu, quelque temps avant, une de ses sœurs, à la suite d’une maladie chronique de la poitrine ; ce qui aurait pu faire soupçonner quelque vice ou affection héréditaire dans sa fa-
mille. Mais n’était-il pas plus naturel ici d’attribuer l'hydrocéphale aux accidens qui étaient survenus pendant la grossesse, et dont le fœtus avait dù nécessairement ressentir les effets?
On dit avoir vu périr d hydrocéphale des enfans dont la tête avait été trop comprimée en traversant le bassin pendant le travail de l'accouchement; mais n’est-il pas vraisemblable qu’on aura commis alors quelque méprise, et qu’on aura pris pour une hydropisie de la tête ce qui n’en avait que l’apparence ? Il n’est pas rare, dans les accouchemens difficiles, surtout si les eaux de l’amnios se sont écoulées de bonne heure , que l’orifice de l’utérus se contracte avec force sur le cuir chevelu .de l’enfant, y gêne la circulation des fluides, et en détermine l’épanchement. Cela peut arriver aussi, lorsque la tête, mal située ou mal dirigée, va heurter contre les os du bassin qui lui résistent, et en compriment les tégumens avec plus ou moins de violence. Dans tous ces cas il se manifeste, après la naissance, des contusions, des ecchymoses, des empâtemens , des tumeurs plus ou moins considérables qui se dissipent presque toujours d’elles-mêmes, ou par l’application de quelques résolutifs, et sans qu’il soit nécessaire d’employer le fer pour donner issue aux fluides extravasés. Ce serait donc mal à propos qu’on rapporterait ces sortes d’engorgemens à l’hydrocéphale ou hydropisie du cerveau.
Mais il n’en est pas de même de certaines tumeurs ou congestions molles et très-volumineuses qu’on observe quelquefois sur la tête des nouveau-nés , surtout vers l’occiput, sans qu’on puisse en assigner la véritable cause. Buisch atteste en avoir vu qui excédaient la grosseur du fœtus , et dont le liquide communiquait avec celui qui était contenu dans les ventricules du cerveau. 11 faut remarquer aussi que ces tumeurs ne sont pas toujours entièrement humorales , mais quelquefois en partie charnues et en partie cartilagineuses. Wepfer rapporte avoir vu une petite fille qui portait une semblable tumeur à l’occiput; elle continua de vivre jusqu’à l’âge de six ans , quoiqu’elle eût été atteinte de dysenterie et de fièvre catarrhale; elle mourut à la suite de convulsions et d’une paralysie du pied gauche. A l’ouverture du cadavre on trouva que cette tumeur communiquait avec l’intérieur de la tête par une ouverture très-ronde de l’os occipital. Les ventricules du cerveau contenaient plus d’une livre de sérosité sanguinolente , ce qui prouvait bien l’existence de l’hydrocéphale dont la tumeur extérieure n’était qu’une dépendance.
Cette maladie n’est pas toujours congéniale ou originelle. On l’a vue survenir quelquefois après la naissance pour des causes qu’on ne pouvait révoquer en doute, telles qu’une chute ou un coup sur la tête , une métastase ou répercussion
de gale, de dartres, de rougeole, de petite vérole, ou d’autres exanthèmes. Petit assure aussi que l’hydrocéphale a été déterminée par le travail orageux de la dentition , par des convulsions et par la présence des vers. Mais il ne cite aucun fait à l’appui d’une pareille assertion.
Quoi qu’il en soit, il ne peut y avoir de liquide épanché dans la cavité du crâne, sans que le cerveau en soit comprimé, et ses fonctions plus ou moins dérangées, même suspendues. De là une foule de symptômes nerveux qui accompagnent la marche progressive de cette maladie , et qu’on peut observer quand elle est produite après la naissance par quelque cause accidentelle.
Au début l’enfant éprouve une douleur gravative à la partie antérieure de la tête et quelques veVtiges ; il tombe dans un état de stupeur et d’insensibilité; ses facultés intellectuelles s’altèrent; les pupilles se dilatent, et perdent leur mobilité par degrés ; le pouls se dérange, et l’estomac se soulève par sympathie, lorsque le malade est debout.
Ensuite arrive la bouffissure et la coloration des joues, le gonflement des paupières, la proéminence antérieure du front, la dépression du nez, quelquefois l’amincissement, la mollesse et la transparence des os, la saillie des yeux, la difficulté de parler et la gêne des mouvemens. Un homme de trente ans, dit Wan-Swieten,
hydrocéphale depuis l’enfance, avait la tète si grosse et si lourde , que les muscles ne pouvaient la soutenir dans son attitude naturelle. Son corps, qui ne surpassait guère celui d’un enfant de dix ans, en était accablé et ne pouvait rester longtemps droit. et élevé, à moins qu'on ne disposât des coussins par derrière, pour le soutenir. Il jouissait néanmoins de l’exercice de ses sens , mais il avait l’air stupide, hébété. Quelquefois l’un des yeux ou tous les deux sont moins ouverts qu’à l’ordinaire ; les larmes coulent involontairement. 11 y a aussi des malades qui sont dans un état continuel de souffrance , et poussent nuit et jour des cris plaintifs. Littré rapporte qu’un enfant qui fut affecté de cette maladie, l’espace de deux années , ne dormait que fort peu , et ne cessait presque pas de pleurer pendant tout ce temps.
A une époque plus avancée , la vue se perd , l’ouïe s’oblitère , et la mémoire disparaît; quelquefois le malade devient épileptique ou paralytique. Enfin, l’assoupissement, la léthargie, le délire ou quelques convulsions terminent la scène. Si l’épanchement se fait d’une manière lente , les symptômes en sont plus obscurs , la maladie se prolonge, et la mort n’est précédée que d’un simple état de stupeur.
L’hydrocéphale marche tantôt avec la rapidité des maladies aiguës; tantôt, au contraire, elle
imité la lenteur des maladies chroniques. De là quelquefois la difficulté de la reconnaître et de la distinguer d’avec d’autres affections , telles que la fièvi’e ataxique cérébrale ou nerveuse des enfans , à laquelle on donne très-improprement le nom d 'hydrocéphale interne aiguë. Le diagnostique est surtout fort obscur, avant que la tête ait acquis un volume démesuré, et avant qu’il se manifeste quelques uns des symptômes qui indiquent la compression du cerveau , comme l’assoupissement, le délire, les convulsions, etc. Mais il est presque toujours facile de reconnaître cette maladie quand elle est originelle ou congéniale ; la largeur des fontanelles, l’écartement des sutures, la ténuité et la transparence des os du crâne , même la fluctuation du liquide contenu dans cette cavité, sont alors des signes qui frappent les yeux des praticiens les moins attentifs.
En général, l’hydrocéphale est une affection qui offre très-peu de ressources. Cependant le danger est plus ou moins imminent , suivant la période de la maladie et la quantité de liquide qui comprime le cerveau , suivant la rapidité ou la lenteur avec laquelle il s’est épanché, et suivant le degré de* lésion imprimé aux os du crâne. Camper a observé que les hydrocéphales dont les sutures étaient écartées vivaient rarement audelà de trois ou quatre ans , tandis que, dans le cas contraire , ils pouvaient pousser leur carrière
jusqu’à l’âge d’adolescence et au-delà. De ce nombre était sans doute celui dont parle Van-Swieten. On en a vu qui ne mouraient qu’à l’âge de quarante-cinq ans. Mais le plus souvent de tels individus ne traînent qu’une bien misérable existence ; ils sont presque tous hébétés. On n’en connaît qu’un qui ait conservé l’usage de ses facultés intellectuelles, malgré l’absence ou la désorganisation complète du cerveau ; c’est celui dont Tulpius a conservé l’histoire. On en cite encore quelques uns dont on est parvenu à résoudre l’épanchement céphalique au moyen du mercure doux , et de pilules composées avec la rhubarbe et l’acétate de potasse. Mais de tels remèdes ne conviennent tout au plus qu’au commencement de la maladie : la mort est inévitable à une époque plus avancée.
Quand on ouvre le crâne des hydrocéphales , on y trouve des variétés sans nombre relativement au siège et à l’étendue de l’épanchement, aux délabremens du cerveau et de la substance osseuse qui l’enveloppe. Le liquide est contenu tantôt entre la dure-mère et la pie-mère , tantôt entre l’arachnoïde et le cerveau , jamais entre la dure-mère et le crâne. Cette espèce d’hydropisie est souvent générale , quelquefois partielle . Dans ce dernier cas, la sérosité s’accumule dans les deux ventricules ou dans un seul ; la tumeur se circonscrit dans une portion de l’arachnoïde.
DES MALADIES DES ENFANS. 87 vers le sommet de la tète, vers l’occiput, à l’endroit des sutures ou des fontanelles. On a trouvé depuis une jusqu’à vingt livres de liquide dans le crâne. Le cerveau offre aussi des désordres considérables. Tulpius rapporte l’avoir vu réduit en une sorte de membrane, ou complètement détruit, chez un individu qui, au rapport de son père , avait néanmoins conservé l’intégrité de ses fonctions intellectuelles jusqu'à la mort : ce qui paraît extraordinaire et difficile à concevoir. Si l’épanchement a lieu d’une manière prompte , les os du crâne s’écartent, et les fontanelles s’évasent ou s’agrandissent ; si, au contraire, le liquide s’épanche lentement, les os ne présentent quelquefois aucune trace de sutures ; mais alors ils acquièrent une largeur et une épaisseur remarquables. On en a trouvé, dit Lassus, de si larges et de si épais , qu’on les a pris pour des os de géant, parce qu’on ignorait la véritable cause de la maladie. Tel était le crâne d’un hydrocéphale âgé de neuf ans , dont parle Duvernay ; tel était aussi un os pariétal gauche que Ruisch conservait comme une curiosité ; il était d’une largeur si prodigieuse, qu’il pouvait servir de casque et recouvrir la tête entière d’un homme. Lorsqu’en creusant la terre 011 trouve de pareilles pièces osseuses séparées ou isolées , on peut s’y méprendre au premier aspect , et croire qu’elles ont appartenu à des géans ; mais lorsqu’elles sont
(t>8 TRAITÉ
articulées avec d’autres et que le crâne est entier,
< cttc erreur est facile à éviter. On aperçoit alors que les os de la face , principalement la mâchoire supérieure, ont conservé leur grandeur naturelle, tandis que la voûte osseuse du crâne est énorme. Or, c’est précisément cette disproportion qui constitue le signe pathognomonique de l’hydrocéphale.
Lorsque l’enfant est encore dans le sein de la mère , la maladie peut faire des progrès si rapides, que la sérosité contenue dans la tète désorganise le cerveau , crève les méningés et le cuir chevelu , use même les os , et s’épanche dans l’amnios. Il ne reste plus alors du crâne que la base , et l’hydrocéphale se convertit en acéphale.
Quoique le pronostic de l’hydrocéphale , en général , soit peu favorable , et qu’on ne puisse pas compter sur la vie ou la santé des enfans qui naissent avec cette maladie, n’y aurait-il pas de l’inhumanité à leur refuser toute espèce de secours et à les abandonner à leur malheureux sort ? A la vérité la thérapeutique est encore peu féconde en ressources pour cè qui concerne le traitement de cette espèce d’hydropisie. Avant la naissance les causes en sont si obscures et si difficiles à déterminer , qu'on ne peut ni les prévenir, ni les combattre avec succès. Les remèdes propres à fortifier le système lymphatique posséderaient-ils alors quelque vertu
DES MALADIES DES ENFANS. 89 préservative ? Le docteur Gardien rapporte avoir conservé , en suivant cette indication , un enfant dont les frères, au nombre de quatre, étaient morts successivement d’hydrotorax ou hydropisie de la poitrine , entre quatre et cinq mois de naissance. L’analogie semblerait donc autoriser l’usage des memes remèdes dansle cas d’hydrocéphale. On pourrait les administrer à la mère pendant la grossesse , et à l’enfant après qu’il aurait vu le jour. Mais il faudrait pour cela que la femme fût déjà accouchée d’enfans affectés de la même maladie ; sans quoi ne serait- il pas impossible de la soupçonner avant l’accouchement ?
Ap rès la naissance , quand l’épanchement s’est formé dans le crâne , on ne peut guère espérer de le résoudre , ou d’en déterminer la résorption. Cependant on a proposé l’application des topiques résolutifs, tels que l’emplâtre de mélilot, quelques sachets d’herbes aromatiques, desauge, de romarin, de lavande, etc., auxquels on ajoutait une certaine quantité de sel marin décrépité. Cependant l'expérience semble attester aussi que , dans quelques cas, les mercuriauxont été employés avec le plus grand succès à une époque où l’hydrocéphale se manifestait déjà par des signes extérieurs .On peut lire à ce su jet les trois observations rapportées par Armstrong , et consignées dans le Traité des Maladies des Enfans , par Underwood ; elles prouvent l’efficacité des frictions
mercurielles à l’extérieur, et du muriate de mercure ou mercure doux à l’intérieur. Sur sept malades dont il est question dans les Comment taires cT Edimbourg cinq ont été guéris, et un sixième soulagé par le même médicament. Murray, professeur de Gœttingue, parle, dans sa traduction des Maladies des Enfans par Rosen , de plusieurs essais où le mercure a réussi contre l’hydrocéphale au premier degré. Dans quelques autres circonstances on a observé qu’il suffisait de quitter ou de reprendre l’usage de ce métal pour voir les symptômes de la maladie s’aggraver ou disparaître. On ne saurait donc, quelque incrédule qu’on soit , refuser une certaine confiance à ce genre de médicament; et, dans les cas douteux , il vaut mieux y avoir recours que de ne rien tenter , au moins à une époque où la maladie est peu avancée.
Le traitement de l’hydrocéphale accidentelle doit varier suivant les causes qui la produisent. La suppression d’un ulcère, et la répercussion des exanthèmes indiquent l’application des vésicatoires ou des cautères, même l’emploi du feu pour favoriser la résorption du liquide épanché dans le crâne ; on a conseillé alors un moxa vers les apophyses mastoïdes , mais on ne l’a pas toujours vu réussir.
Lecat avait proposé la paracenthèse ou la ponction de la tumeur céphalique ; mais elle
est rejetée comme téméraire par Camper. Cette opération ne saurait réparer le délabrement du cerveau, quand il est en partie ou totalement détruit. D’ailleurs, elle parait condamnée ou désapprouvée par la nature elle -même, puisqu’on a toujours vu périr les enfans , quand les méninges et le cuir chevelu se déchiraient spontanément.
On a conseillé aussi d’appliquer circulairement une bande autour de la tête, pour s’opposer par une douce pression à l’écartement des os du crâne; mais ce moyen a toujours été nuisible ou insuffisant.
Quand la tête est énorme et très-pesante , la supination est indispensable. On peut alors entourer la tumeur d’un bonnet de cuir , afin d’en prévenir l’inégale pression, et de s’opposer aux convulsions qui menacent les malades. -
SECTION II
De F hydrorachis , ou spina bifida.
La première de ces dénominations désigne une collection de sérosité dans le canal vertébral , et la seconde un écartement des vertèbres correspondantes; quelques auteurs ont donné à la même maladie le nom de hernie spinale , à cause de la saillie ou tumeur extérieure produite par l’épanchement du liquide , et par la
distension de la membrane qui enveloppe le prolongement rachidien ou moelle épinière.
Cette espèce d’hydropisie se manifeste quelquefois après la naissance , rarement chez les adultes. Elle est le plus souvent congèniale ou propre au fœtus qui l’apporte en naissant; mais les causes n’en sont pas moins inconnues alors que celles de l’hydrocéphale avec laquelle elle se complique , ou dont elle est une suite ordinaire.
On la reconnaît à une tumeur molle , le plus souvent opaque, quelquefois transparente , ordinairement ronde , dans certains cas allongée ou pédiculée , qui ne change point la couleur de la peau, qui varie depuis la grosseur d’une noisette jusqu’à celle d’une orange , et qui occupe la nuque , le milieu du dos , et plus fréquemment la partie inférieure du rachis entre les lombes et le sacrum : tantôt ce sont deux tumeurs qui communiquent entre elles, avec le crâne. Valsalva et Bidloo ont vu cette maladie s’étendre dans tout le trajet de la colonne vertébrale.
En pratique on ne saurait prendre trop de précautions dans l’examen des tumeurs rachidiennes qui affectent les en fans nouvellement nés. On rapporte que les gens de l’art , même les plus expérimentés, ont ouvert des hydropisies spinales , parce qu’ils les avaient confondues avec des abcès , ou avec des tumeurs vénériennes sup-
DES MALADIES DES ENFANS. 93 pnrëes. Les caractères (1e l’hydrorachis , joints à l’âge de l’individu , suffisent ordinairement pour faire éviter de semblables méprises. D’ailleurs, cette maladie est presque toujours accompagnée d’hydrocéphale ; par conséquent le volume de la tète, la largeur du front, l’écartement des sutures , et l’élévation des fontanelles pendant l’inspirai ion ou quand on comprime la tumeur spinale , doivent contribuer alors à éclairer le diagnostique. Joint à cela que la somnolence , l’engourdissement des sens , les convulsions , la faiblesse ou la paralysie des membres abdominaux , cle la vessie et du rectum , achèvent d’ôter le doute ou l’incertitude. Il est vrai qu’on est dépourvu de tous ces signes concomitans, lorsque la maladie est locale ; mais le prélude de la tumeur qui , suivant Baraillon , commence par une simple tache dure , coriace et de consistance tendineuse , est encore ici une circonstance commémorative qui doit écarter l’erreur.
En général , l’hydrorachis est toujours trèsdangereux. La désorganisation de la colonne vertébrale, la fente ou séparation des vertèbres, les excrétions involontaires, la paralysie des membres abdominaux, et l’apparition de taches gangreneuses aux cuisses ou aux jambes , sont le présage d’une mort prochaine. Cependant les enfans affectés de cette maladie vivent plus ou moins de temps. Les uns périssent dans le sein
de leur mère, d’autres quinze jours ou un mois après leur naissance. Bonn en cite un qui prolongea son existence jusqu’à sa dixième année. On en voit rarement d’aussi vivaces , à moins que l’hydropisie ne soit locale , et n’ait respecté la moelle épinière et la texture des os.
Ap rès la mort, quand on dissèque la colonne rachidienne, on trouve les apophyses épineuses et transverses rongées ou détruites , et le corps des vertèbres exempt d’altération. La moelle épinière , si elle existe encore , occupe la partie antérieure de la tumeur. Senac a observé que le liquide qui y était contenu communiquait avec les ventricules du cerveau ; d’autres, tels que Lancisi, Mayer et Brunner, ont vu qu’en le vidant on diminuait le volume de la tête ; ce qui confirme la correspondance de l’hydrorachis avec l’hydrocéphale , et prouve que la première de ces deux affections n’est pas toujours locale ou propre au rachis , comme l’ont cru Bell , Rosen , Lassus et Bodin.
Dans le traitement de cette hydropisie enkistée , il faut se borner à prévenir la rupture de la tumeur vertébrale. Pour cela on en soutient les parois, et on les fortifie par des fomentations aromatiques et astringentes. On conseille aussi d’y exercer une certaine compression , et d’y appliquer des remèdes spiritueux et résolutifs; mais tous ces topiques paraissent inutiles ou d’une fai-
DES MALADIES DES ENFANS. g5 foie ressource , ainsi que les frictions pratiquées sur l’épine avec des linges imprégnés de vapeurs aromatiques.
Camper et Jean - Maurice Hoffmann citent chacun un exemple d’hydrorachis guéri par la ponction ; mais ce double succès ne suffit pas pour permettre de percer la tumeur, ni de l’inciser à la partie la plus déclive , ou de la traverser d’un séton , comme le docteur Bodin le propose. D’ailleurs où est la preuve que , dans le cas de réussite , on n’a point cru ouvrir un spina bifîda pour un abcès ou pour une tumeur d’une tout autre nature ?
SECTION III
De V hydrocèle congéniale.
On doit la connaissance de cette maladie à Viguerie , habile chirurgien de Toulouse , avant lequel personne qu’on sache n’en avait parlé.
Elle est produite par une collection de sérosité qui s’échappe de l’abdomen à travers l’anneau inguinal encore ouvert. Le liquide est donc renfermé ici dans le prolongement du péritoine qui loge le testicule descendu dans le scrotum.
On reconnaît cette espèce d’hydrocèle à une tumeur plus ou moins tendue et volumineuse , selon que le malade est debout ou couché. La fluctuation s’y fait sentir , et la main , en la com-
primant’ avec art , la fait totalement disparaître. Quelquefois cependant il faut que la compression soit long-temps continuée , parce que l’ouverture du sac , qui répond à l’abdomen , est fort petite.
Le traitement consiste à faire remonter la sérosité dans le ventre au moyen d’une pression méthodique , et à l’y retenir avec un bandage dont la pelote porte exactement sur l’anneau. Il arrive alors que l’ouverture qui avait donné naissance à l’hydrocèle congéniale, s’oblitère, comme elle l’aurait fait naturellement sans la présence du liquide. C’est ainsi que l’auteur déjà cité rapporte s’être comporté dans plusieurs cas qu’il a consignés dans un mémoire adressé à l’ancienne Académie de Chirurgie.
SECTION IY.
De V infiltration congéniale des organes génitaux.
L’enfant qui vient de naître a quelquefois le scrotum boursoufflé ; cette espèce de tumeur n’est autre chose qu’une infiltration du tissu cellulaire, et peut s’étendre même jusqu’au pénis et au prépuce. On l’observe aussi chez les petites filles qu’on voit venir au monde avec l’œdématie des grandes lèvres , et la saillie des nymphes hors de la vulve.
La cause de cette bouffissure est peu connue.
DES MALADIES DES ENFANS. 97 O11 observe qu elle se dissipe presque toujours d’elle-même peu de temps après la naissance. Les soins de propreté suffisent ordinairement pour en opérer la résolution, surtout lorsque la nourrice a l’attention de tenir les organes relevés avec un suspensoir. Si ces moyens ne suffisaient pas, on pourrait y faire des lotions avec quelque infusion aromatique, telle que celle de sauge; y appliquer des compresses trempées dans du gros vin rouge , dans l’eau de chaux , ou dans une dissolution d’acétate de plomb liquide, de muriate d’ammoniaque.
ARTICLE VIL
Des hernies congéniales .
On donne le nom de hernie à l’issue d’un organe hors de l’enceinte où il est naturellement renfermé. Il ne sera question ici que du déplacement des parties contenues dans les cavités splanchniques, telles que le cerveau, l’intestin, etc. Or l’expérience atteste que ces organes se trouvent quelquefois , au moins en partie , hors de leur enceinte , chez l’enfant qui vient, au monde; de là différentes sortes de hernies , l’encéphalocèle , l’exomphale, etc.
SECTION PREMIÈRE
De l encéphalocèle congéniale.
Cette maladie s observe le plus ordinairement chez les nouveau-nés dont les sutures du crâne sont très-larges , et les fontanelles très-évasées à la suite de l’hydrocéphale ou hydropisie du cerveau .
On la reconnaît à une tumeur plus ou moins large et plus ou moins saillante , qui correspond à quelqu’une des sutures, ou à l’une des fontanelles du sommet de la tête. Elle n’offre aucune dureté sensible, mais seulement une légère résistance. La peau qui la recouvre n’a point changé de couleur, et n’est point douloureuse.
A ces caractères, ainsi qu’à un défaut de continuité osseuse , on reconnaît aisément la hernie du cerveau. O11 peut donc la distinguer d’avec rallongement du crâne qui dépend d’un accouchement pénible , et d’avec les tumeurs abcédées qui succèdent à la contusion ou à l’inflammation du cuir chevelu. Dans ce dernier cas, il y a eu nécessairement de la douleur et de la rougeur aux légume ns.
L’enfant qui naît avec une hernie du cerveau n offre que peu d’espérance , et les annales de l’art attestent qu’il a rarement survécu à cette maladie.
L hydrocéphale même de naissance suffit presque
toujours pour le faire périr : car on ne cite qu’un tort petit nombre d’individus qui aient continué de vivre malgré la présence d’un liquide dans la tete. L enfant dont parle Duverney ne vécut que huit à neuf ans ; son crâne contenait trois pintes d’eau. Le jeune homme que Fabrice de Hilden avait vu parvint à 1 âge de dix-huit ans ; il avait la tète d’une grosseur prodigieuse ; tout son corps était macéré; il parlait avec facilité, mais ses idées se troublaient de temps en temps, et il était sujet à de fréquens accès d’épilepsie. Enfin l’hydrocéphale que Van-Swieten avait obsei ve dans les foires, avait atteint l’âge de trente ans; mais il avait peu de sens, et il se remuait difficilement , parce que sa tete était d’une gros— seui énorme : il était meme oblige de la soutenir par ditférens procédés.
A l’ouverture des enfans morts d’encéphalocèle, on trouve hors de la tête une portion du cerveau enveloppée des méningés et des tégumens. La base de la tumeur est entourée des os du crâne qui sont plus ou moins écartés, et dont l’ossification est encore incomplète.
Quoique le pronostic de la hernie célébrale soit peu favorable, l’humanité exige néanmoins qu’on en essaie la guérison. En conséquence Ledran et Camper recommandent de réduire d’abord la tumeur par de légères pressions , et de la soutenir ensuite avec des linges imbibés d’al-
coliol. Quelques autres praticiens conseillent d’appliquer sur l’ouverture du crâne une carte à jouer, un morceau de cuir, ou une lame de plomb. Leur but est de donner lieu à la formation d’une membrane qui passe successivement à l’etat de cartilage et d’os parfait.
SECTION II
De V omphalocèle congéniale.
L’enfant naît quelquefois affecté d’omphalocèle, ou très-sujet à cette maladie ; cela arrive surtout lorsque l’anneau ombilical reste entr’ouvert , après la chute du cordon , ou que les nourrices suppriment trop tôt le bandage destiné à la soutenir , ou qu’elles négligent de le raffermir avec des compresses trempées dans quelque liqueur tonique et astringente, telle que l’eau de chaux, le vin rouge aromatisé, la dissolution de sulfate de fer, etc.
Les signes auxquels on reconnaît ou on soupçonne du moins la hernie congéniale de l’ombilic , sont le volume considérable et la rénitence du cordon ombilical , le long duquel l’intestin s’est glissé. La prudence exige alors que l’accoucheur, avant d’en faire la section et la ligature, examine soigneusement la nature de la tumeur qui se présente. Car, s’il venait à couper ou à serrer dans le lacs une anse d’intestin, l’enfant ne tar-
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lierait pas à être victime de cette méprise : c’est ce que prouvent plusieurs cas malheureux dont Sabatier dit avoir été témoin.
La première et la principale indication à remplir est donc ici de réduire la hernie, ou de faire rentrer l’intestin dans l’abdomen, et d’en prévenir l’issue ultérieure avec un bandage auquel on fixe une plaque garnie , dans sa partie moyenne , d’une pelote proportionnée à l’ouverture de l’anneau.
Tous les praticiens modernes adoptent cette méthode , et la croient même suffisante pour consolider le nombril chez des enfans encore trèsjeunes. Ils diffèrent en cela des anciens qui, après avoir réduit la hernie , en serraient fortement l'enveloppe ou le sac , le plus près possible de l’abdomen, soit en y appliquant une seule ligature, soit en la traversant avec une aiguille garnie de deux cordons pour la serrer des deux côtés.
Le célèbre Desault avait renouvelé cette dernière méthode de traiter la hernie exomphale dans le bas âge , et il rapporte avoir réussi neuf fois sur des enfans d’un ou de deux ans tout au plus.
SECTION III
Du bubonocèle congénial.
On donne le nom de bubonocèle à une tumeur de f aine formée par une portion d’intestin ou
tl épiploon qui sort par l’anneau sus-pubien. Ce n’est, à proprement parler, qu’une hernie incomplète de l’aine.
Cette tumeur suppose nécessairement que l’anneau inguinal est relâche ou plus ouvert qu’à l’ordmaiie : ce qui arrive toujours au moment où le testicule vient de descendre dans le scrotum. Mais quelle en est la cause immédiate ? Faut-il 1 attubuer, avec quelques auteurs, à la contraction de la matrice sur l’abdomen du fœtus pendant le ti a\ail de 1 accouchement : cela ne paraît pas très-vraisemblable. Le poids seul de l’intestin qui flotte dans l’abdomen suffit alors pour l’entraîner hors de cette cavité.
Quoi qu’il en soit, le bubonocèle est circonscrit et rénitent; il ne change point la couleur de la peau ; il augmente lorsqu’on tient l’enfant debout ou qu il crie ; il diminue au contraire lorsqu’on le tient couché; il rentre et disparaît quelquefois avec une sorte de gargouillement.
C est à ces signes que l’homme de l’art attentif peut toujours distinguer la hernie inguinale incomplète, d’avec la tumeur produite par le testicule qui s’arrête à l’anneau. On a vu des individus chez lesquels ces organes ne descendaient dans le scrotum que vers le temps de la puberté, et même plus tard. A l’époque du couronnement de S. M. , l’Empereur et Roi, nous donnâmes des soins à un jeune homme de la province, âgé de vingt-
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cinq ans, qui, après s’être beaucoup échauffe avec des femmes, ressentit de violentes douleurs à l’aine accompagnées de gonflement et de tension. Il crojait avoir gagné un bubon vénérien .* ce n’était qu’une irritation , et peut-être un léger engorgement du testicule droit , qui était retenu vers le pli de l’aine. Des bains et des cataplasmes émolliens le soulagèrent en peu de temps , et lui rendirent la liberté de marcher, ainsi que la tranquillité de l’âme. Dansce cas-là , on a vu des praticiens maladroits ou de fourbes charlatans repousser mal-à-propos le testicule dans le ventre, et chercher à le contenir avec un bandage. Mais l’absence de ce corps dans le scrotum qu’il doit occuper , jointe au défaut de rénitence dans la tumeur qu’il forme à l’aine pendant les cris de l’enfant, suffit pour éviter cette lourde méprise. Elle serait tout au plus possible et excusable , si le sujet était triorchis, ou mâle à trois testicules , et que celui de ces organes qui serait surnuméraire se fût arrêté à l’aine ; mais alors on trouverait vraisemblablement celui qui serait descendu dans le scrotum moins volumineux. D’ailleurs la plus légère compression de la tumeur inguinale occasionerait alors un sentiment pénible et douloureux, suivant la direction des vaisseaux et des nerfs spermatiques : ce qui n’aurait pas lieu si c’était un bubonocèle.
Si, après la naissance, l’enfant offre encore
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l’un des testicules ou ces deux organes arrêtes à l’aine, qu’on se garde bien de suivre la pratique de Levret pour remédier à cette imperfection. 11 conseillait de les abaisser avec les doigts lorsqu’ils avaient franchi l’anneau , ou de faire crier l’enfant afin que la secousse , produite par de fortes expirations , les précipitât dans le scrotum. Quelques cataplasmes émolJiens agirontavec beaucoup plus d’effîcacité, parce qu’ils relâcheront l’anneau inguinal , sans augmenter les accidens.
Mais , lorsque la tumeur est produite par une anse d’intestin, ou par un morceau d’épiploon , il faut tâcher de les faire rentrer le plus tôt possible par l’opération du taxis, et les contenir, ou en prévenir l’issue ultérieure avec un bandage méthodiquement appliqué.
SECTION IV
De Voschéocèle con géniale.
Cette maladie de l’enfant reconnaît les mêmes causes que la précédente. Elle est due à une disposition de l’anneau inguinal ou sus-pubien qui reste plus ou moins ouvert après la descente du testicule ; d’où il résulte que les viscères abdominaux se glissent ensuite dans le sac du péritoine que cet organe a poussé devant soi pour en faire sa tunique vaginale.
On conçoit donc que le testicule doit être alors
DES MALADIES DES ENFANS. io5
en contact immédiat avec l’intestin qui l’a suivi , et que la même portion du péritoine qui a franchi l’anneau doit servir d’enveloppe à l’un, et de sac herniaire à l’autre.
La tumeur que présente le scrotum est plus ou moins volumineuse, circonscrite, rénitente, et plus étroite à l’endroit de l’anneau qu’ailleurs. Elle augmente ou diminue suivant qu’on tient l’enfant debout ou couché, et suivant qu’il pleure ou non ; si elle rentre dans l’abdomen , elle fait entendre une espèce de murmure. Du reste, point de changement dans la couleur de la peau.
11 suit de là qu’avec un peu d’attention on distinguera facilement la hernie d’avec l’hydrocèle; dans le premier cas la tumeur est rénitente , et dans le second elle laisse apercevoir de la fluctuation. D’ailleurs l’une croît de haut en bas, et l’autre de bas en haut.
Dans le cas de hernie congéniale , réduire l’intestin déplacé, et l’empêcher de ressortir, telle est la double indication qui se présente. On remplit la première au moyen du taxis, et un bandage contentif suffit pour la seconde.
ARTICLE VIII
De irrégularité congéniale dans les parties.
Ces vices de conformation sont très -nombreux. L’enfant peut venir au monde avec une
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épaule plus élevée que l’autre , avec le cou de travers ou penché sur le côté; il peut avoir les bras d’inégale longueur, comme Artaxerce Longuemain ; ses membres abdominaux peuvent offrir aussi des défauts qui disposent à la claudication ; les pieds sont quelquefois tournés en dedans* ou en dehors, comme chez les piedsbots ; enfin les yeux offrent encore des défauts dans leur direction, dans leur mouvement; de là le strabisme , l’égarement de la vue , le clignement de la paupière.
SECTION PREMIÈRE
Des épaules inégalement élevées.
L’enfant qui naît avec une épaule plus élevée que l’autre, risque d’être difforme toute sa vie, si l’on ne prend les moyens pour corriger ce défaut. Mais le premier âge , ou le temps de l’allaitement, est peu propre à la guérison, à moins qu’on n’enseigne à la mère ou à la nourrice l’art d’y faire concourir le maillot ou les langes qui enveloppent le nouveau-né.
Lorsque de légères pressions ou une situation convenable n’a pu suffire pour remettre les épaules de niveau, il faut nécessairement attendre que l’enfant commence de marcher pour faire usage de toutes les ressources de l’orthopédie. A cette époque profitez de l’instinct qui le porte
DES MALADIES DES ENFAJNS. 107 à courir et à folâtrer ; inspirez-lui du goût pour cette espèce de jeu qu’on nomme cloche-pied , et vous verrez insensiblement l’èpaule qui baisse se relever, et celle qui hausse s’abaisser par l’habitude de se tenir et de sauter sur le pied opposé au vice de conformation. Votre enfant vient-il a se lasser ou a se dégoûter de ce divertissement, engagez-le à porter quelque fardeau proportionné à ses forces sur l’épaule qui baisse , ou avec la main du meme côte , alors , par une espèce de mouvement automatique , tout le corps se relève , et tend à se pencher du côté opposé, comme pour établir un contre-poids. Tels sont les moyens ingénieux qui ont été proposés par le docteur Andry , et dont un père ou une mere intelligente peut retirer le plus grand a\antage. Il ne faut pour cela que de la persévérance.
Si 1 un des bras est naturellement pins court que 1 autre , on peut en favoriser l’allongement en y déterminant un surcroît de vie par les frictions plus ou moins répétées, par l’exercice, etc.
SECTION II
De V obliquité de la tête.
La tète ne s’incline jamais à droite ou à gauche sans que le cou se tourne dans le même sens. D où il suit qu’il faut avoir en vue de redresser le
Iü0 . TRAITÉ
dernier, si l’on veut corriger la difformité qui en résulté. Qu on ait donc soin de mettre tout en œuvie pendant l’allaitement, pour ramener la tête à sa rectitude naturelle. La coiffure , la tétiere, le maillot, le coucher, tout, dans ce caslà , peut devenir un instrument d’orthopédie entre les mains de parens qu’une tendre sollicitude rend adroits et inventifs.
Comme la distorsion du cou tient toujours à un défaut d équilibre ou d’antagonisme dans les muscles qui le meuvent, il ne s’agit ici que de foi tifier ces organes du côté où ils sont le plus faibles. Pour cela , qu’on fasse quelques frictions toniques, par exemple , avec de la flanelle trempée dans quelque infusion aromatique ou spiritueuse , sur la partie du cou opposée à l’obliquité. Des que l’enfant commence à distinguer les objets, qu’on l’engage, pour ainsi dire sans qu il s en aperçoive , à tourner les yeux du côté où il faut ramener la tête. Cet artifice , qui laisse les muscles entièrement passifs , est bien préférable à l’usage des machines, dont le moindre inconvénient est de contondre les parties qu’elles touchent, même à celui de la main, qui peut agir quelquefois d’une manière trop violente et trop brusque. Or, que d’innocens stratagèmes ne peut-on pas inventer pour faire contracter à à l’enfant, lors même qu’il est encore au berceau , l’habitude de corriger lui-même , en re-
gardant , la difformité dont il est affecté ! Que la nourrice le place en travers devant son sein, de manière qu’il ne puisse atteindre le mamelon , ni le sucer , sans tourner la tête vers le côté où elle est le moins inclinée. Qu’on affecte de placer toujours de ce même côté les objets dont il est friand , ou qui peuvent piquer sa curiosité; et l’on aura la satisfaction d’obtenir, par la voie de la douceur ou sans effort, ce que n’aurait pu faire la contrainte ou la rudesse.
SECTION III
De la disposition naturelle à la claudication.
L’enfant peut être naturellement disposé à la claudication, soit qu’il naisse de parens affectés de cette difformité, soit qu’il l’ait contractée luimême durant la grossesse. Des tractions plus ou moins fortes sur les membres abdominaux, pendant un accouchement laborieux, peuvent aussi produire ou augmenter cette disposition.
Mais à quelle cause immédiate faut-il attribuer la claudication congéniale? 11 est possible qu’elle tienne à l’absence de la tête et du col du fémur , comme chez un enfant de huit ans dont Monro fait mention. Le docteur Léveiilé conserve le bassin d’une vieille rachitique , qui n’offrait point de cavité cotyloïde. Cette même cavité, à cause de sa mauvaise conformation , peut aussi mal
emboîter la tête du fémur; le col de cet os peut être naturellement trop court , plus horizontal , ou moins incliné qu a l’ordinaire ; sa tête peut appuyer sur quelque point de la hanche situé au-dessus de la cavité cotyloide. Il n’y a aucun de ces vices de l’articulation coxo-fémorale qui ne soit confirmé par des observations. On peut consulter là-dessus les Ouvertures de Cadavres , publiées par Paletta vers la fin du siècle dernier. S’il faut en croire même le docteur Crell, en a vu cette articulation mal conformée des deux cotes, et les tetes des fémurs logées hors des cavités cotyloïdes , dans des fossettes voisines.
Enfin l’os de la cuisse et ceux de la jambe ne sont-ils pas quelquefois naturellement courbés ? Les genoux et les pieds n’offrent-ils pas aussi des difformités ? Or , que l’enfant naisse avec de tels vices, il est certain qu’il sera nécessairement condamne a la claudication. On ne pourra donc pas toujours attribuer cette infirmité à la négligence des nourrices ou des gouvernantes, comme l’ont fait d’injustes parens, dont quelques médecins prévenus ou peu éclairés avaient accrédité le ressentiment. On pourra en accuser encore moins la maladresse des accoucheurs ou des sagesfemmes : sorte d’injustice dont Petit avait donné 1 exemple. L articulation coxo-fémorale ne peutelle pas être naturellement viciée , et rendre la claudication inévitable ?
Mais que faire eti pareil cas ? Comment provenir cette infirmité, puisqu’on ne peut guère la soupçonner avant que l’enfant ait commencé de marcher ? Et , quand elle est manifeste , quel moyen employer pour la guérir? qui découvrira la véritable cause du mal ? qui osera l’attaquer ? Quelle machine sera assez ingénieuse pour redresser une difformité invétérée , ou née avec l’individu? Le plus sûr parti est donc de l’abandonner aux ressources de la nature. On a vu des enfans se redresser d’eux -mêmes après avoir long-temps boité, tandis que d’autres sont restés difformes malgré tous les secours de l’art.
SECTION IY.
Des pieds-bots.
On donne le nom de pieds-bots aux enfans dont les pieds sont naturellement renversés en dedans ou en dehors. 11 n’y a point ici de luxation tibio-calcanienne , comme on pourrait le croire au premier coup d’œil ; cette difformité ne tient qu’à l’obliquité respective , à la torsion et à l’écartement des os du tarse , du métatarse, et des orteils. De là résultent la position verticale de la plante et du dos du pied, le déplacement des malléoles , le raccourcissement êt la tension des muscles fléchisseurs, la courbure apparente de la jambe, la déviation du genou;
enfin l'incertitude de la marche et de la station, la chute en avant, en arrière, ou sur le côte, parce que la sustentation du corps n’a point une assez large base.
Redresser le pied , en appliquer la plante sur le sol , et en remettre les os dans un rapport convenable , voila 1 indication curative. Mais comment la remplir ? à quel âge aura-t-on recours aux moyens que l’orthopédie enseigne ? Plus l’enfant est tendre , plus il est facde de corriger ses difformités. Qu’on commence donc le plus tôt possible à ramener les pieds-bots à leur position naturelle; et pour cela qu’on n’ait recours ni à de fortes tractions , ni à des machines qui compriment , mais à un bandage méthodique, dont l’action soit d’abord modérée , et augmentée ensuite graduellement. Si l’enfant a déjà marché, il est nécessaire que l’art agisse sans causer de douleur, et sans gener la station ni la progression. Il faut aussi qu on insiste sur le même moyen pendant plus ou moins de temps , selon l’âge et la difformité du sujet. On prend ordinairement six mois; mais ce terme peut être avancé ou reculé dans certaines circonstances.
DES MALADIES DES ENFANS. n3 SECTION V.
Du strabisme.
On donne le nom de strabisme à une espèce de difformité de la vue qui dépend de la torsion du globe de l’œil , ou du déplacement du cristallin. L’enfant qui en est affecté louche , et regarde les objets de travers. Les axes de la vision ne sont ni parallèles ni directs , mais convergens ou divergens , inclinés en haut ou en bas.
Cette imperfection est simple ou double , selon qu’elle n’a lieu que dans un œil , ou dans les deux en même temps. Elle peut être naturelle ou congéniale , même héréditaire , ou accidentelle : l’action inégale des muscles moteurs des yeux en est souvent la cause immédiate. On a vu des enfans contracter l’habitude de loucher par la négligence des nourrices ; chez d’autres , elle a été produite par des convulsions qu’excitait la présence des vers , ou l’orage de la dentition.
Avant d'entreprendre la guérison du strabisme , l’oculiste doit nécessairement s’informer s’il est naturel ou accidentel ; car le premier est le plus souvent au-dessus des ressources de l’art , tandis que le second disparaît presque toujours , pourvu qu’on le combatte méthodiquement.
Que l’enfant qui louche ne soit jamais placé
îi4 traité
en face de la lumière; qu’on lui présente directement et non de travers les objets qui lui plaisent ; qu’on ne l’applique pas de trop bonne heure à la lecture ou à des ouvrages qui fatiguent les jeux : voilà des précautions essentielles pour prévenir, guérir, ou diminuer l’obliquité de la vue.
Des praticiens ont conseillé d’appliquer une mouche ou antre objet éclatant du coté opposé à celui où l’œil est tourné ; mais Levret assure n’avoir retiré aucun avantage de ce moyen. Il a mieux réussi en couvrant alternativement d’un bandeau l’un et l’autre œil pendant vingt-quatre heures, ou seulement celui qui était sain, quand il n’j en avait qu’un de lésé. Une remarque importante du même auteur , c’est que l’œil qui louche encore quand l’autre est couvert, indique un déplacement du cristallin auquel il est impossible de remédier. Le moyen qu’il propose ne convient donc que pour le strabisme qui tient à la torsion du globe de l’œil.
Le docteur Andry veut qu’on assujettisse l’enfant à contempler ses propres yeux dans un miroir , de manière que chacun ne fixe que l’image qui le représente. D’autres ont employé des lunettes dont les verres étaient obscurcis , excepté à leur partie centrale. Mais ces moyens manquent très-souvent leur elfet , soit qu’on les dirige mal, ou qu’on n’y insiste pas assez long-temps.
SECTION YI.
De V égarement de la vue , et du clignement de la
paupière.
On dit que des enfans naissent avec la vue égarée et la paupière clignotante : cela est possible quand ils sont très-sensibles , faibles et délicats. Mais il est bien plus vraisemblable que ces difformités tiennent à quelque accident , tel que des convulsions ; peut-être ne doit-on en accuser que la négligence des parens ou des nourrices ? On a quelquefois , surtout dans les grandes villes , l’habitude de transporter les enfans au spectacle , dans les promenades publiques , en un mot dans des lieux oii les objets sont trop éclairés, ou se meuvent avec trop de vitesse pour être fixés. On croit aussi vulgairement que l’enfant qui ne regarde pas le fond du verre en buvant, peut avoir les yeux égarés.
Quelle que soit la cause de ces vices ou imperfections de la vue , il faut l’éviter, ou la combattre dès qu’on la connaît. N’exposez donc pas l’enfant qui est naturellement sensible et irritable, à une trop vive lumière, surtout quand il se réveille. Ne le laissez jamais long-temps en face d’objets qu’il ne peut voir distinctement. Si la vue est déjà égarée, et la paupière clignotante, tachez de redresser l’une , et de fixer l’autre en
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lui présentant des tableaux ou des images qui piquent sa curiosité ou captivent son attention.
ARTICLE IX
Des taches congéniales de la peau.
Rien de si commun que de voir naître des enfans avec des taches à la peau dans certains endroits du corps : on les rencontre principalement sur les joues ou sur d’autres parties du visage. L’étendue , la forme et la couleur en sont très-variées ; l’imagination du vulgaire leur a trouvé plusieurs fois de la ressemblance avec des animaux ou des fruits , et en a attribué l’origine à des désirs ou envies que la femme n’avait pu satisfaire. Elles recouvrent tantôt la moitié du visage , tantôt elles se bornent à quelques points. Nous avons eu occasion de voir un individu dont tout un côté de la tète était taché, et dont la moitié correspondante du cuir chevelu était recouverte de poils semblables à des soies de porc . Ces sortes de difformités sont quelquefois d’un blanc sale ou jaunâtre , et d’autres fois rouges , noires, foncées ou brunâtres, violettes ou purpurines ; on en a vu qui imitaient la couleur du vin rouge , de la lie de vin , ou celle de ventre de lièvre écorché. Elles offrent une surface plus ou moins étendue , plane ou relevée au-dessus de
DES MALADIES DES ENFANS. 117 la peau , unie ou bosselée , dépilée ou hérissée de poils rudes , et plus ou moins épais.
La cause immédiate de ces taches ou altérations de la peau est encore ignorée. Est-ce une désorganisation du réseau vasculaire sous-cutané ? les artèi'es en sont-elles anévrismatiques ou les veines variqueuses ? Quelques faits, et entre autres l’observation de la demoiselle Micard, publiée par le docteur Tartra, porteraient, ce semble , aie croire. Mais c’est là une de ces questions qui méritent encore toute l’attention des physiologistes ; il n’y a que des recherches ultérieures qui puissent dissiper le doute ou l’incertitude à cet égard.
Quant au traitement curatif , que de remèdes* 11’a-t-on pas proposés pour faire disparaître les taches de naissance ! L’aveugle et sale crédulité les frotte avec le délivre d’une femme qui accouche pour la première fois , et compte rendre à la peau sa couleur naturelle, en y laissant sécher le sang dont elle est imbibée. Vaine et ridicule espérance ! On a aussi tenté de changer les propriétés vitales de la peau , en y faisant des scarifications, ou en y appliquant des substances plus ou moins actives ; mais l’expérience a prouvé que le succès de ces opérations ne répondait ni à la promesse des gens de l’art , ni à l’attente des malades. D’ailleurs, en altérant ainsi la texture de la peau, qu’obtient-on autre chose qu’une cica-
110 traité
ü'jce, peut-être plus difforme que la taclie qui existait antérieurement? Il vaut donc bien mieux abandonner ces sortes de difformités à la nature D'ailleurs , à force de les irriter, n’aurait-on
pas a craindre de les faire dégénérer en carcinome ?
ARTICLE X
De la syphilis héréditaire ou congéniale.
Nous donnons cette dénomination à la maladie vénérienne de l’enfant qui vient de naître ; il peut en recevoir le germe dans la conception , pendant la grossesse , ou durant le travail de l’accouchement , lorsqu’il reste long-temps en contact avec les parties infectées de la mère. Qu on ajoute a ces trois circonstances la lactation impur e, si le nou veau-ne est confié à une nourrice déjà souillée , on aura une idee des différentes manières dont l’observation atteste que la syphilis se communique au premier âge.
Cette maladie se manifeste , séparément ou en même temps , sur la peau , sur les membranes muqueuses externes, et sur le tissu cellulaire ; des pustules , des phlyctènes , des ulcères , des excroissances , des érysipèles , des écoulemens, des tumeurs, 1 ophthalmie, le coryza, en forment ordinanement le cortege : ces symptômes paraissent aussitôt que 1 enfant est né , ou diffèrent de
DES MALADIES DES ENFANS. ng quelques jours , de quelques semaines , même de quelques mois après la naissance ; ils se fixent sur toutes les régions du corps , mais plus particulièrement sur la bouche , les yeux , et les organes génitaux. Le docteur Noël croit qu’il y en a qui sont plus fréquens dans certaines saisons que dans d’autres.
La pustule vénérienne s’observe plus souvent chez les filles que chez les garçons ; elle est saillante ou aplatie. La première ressemble assez aux boutons de la petite-vérole volante ou à de gros boutons de gale ; elle suppure promptement, et se dessèche sans s’ouvrir ; on l’observe au cuir chevelu , au visage , au tronc et aux membres , quelquefois sous les ongles, qu’elle chasse des
doigts et des orteils : elle est plus ou moins mul-
tipliée.
La pustule plate s’élève peu au-dessus de la peau ; elle est cuivrée ou livide , sèche au cou et au visage , légèrement humide partout ailleurs ; sa largeur varie depuis celle d’une lentille jusqu’à celle d’un centime. Elle imprime quelquefois une tache noirâtre au bout du nez , où elie se gangrène promptement.
La plilyctène vénérienne ressemble à la vésicule d’une brûlure ; elle affecte les épaules , la poitrine , les fesses et les membres préférablement aux autres parties du corps.
L’ulcération vénérienne paraît vers le huitième
jour, quelquefois plus tard ; à la tête, elle occupe ordinairement le coronal, les pariétaux, la protubérance occipitale ; elle est d’abord blanchâtre , et peu étendue ; bientôt elle s’élargit , et devient plus foncée j il en coule une matière ichoreuse , fétide : quand on la négligé , elle se gangrène, et devient noirâtre.
L’ulcère de la bouche succède à la pustule qui suppure et se crève ; il prend le nom de chancre, et affecte les lèvres, les gencives , la langue, le voile , ou la voûte du palais. Le fond en est sale , livide ; les bords durs , élevés ; celui de la langue et de son frein imite l’escarre de la brûlure.
Le siège le plus commun de l’ulcération est aux aisselles aux aines , au nombril , aux fesses , au sacrum , aux malléoles , aux talons , aux organes génitaux. Les parties irritées parle frottement ou par le séjour de l’urine et des excrémens sont les plus exposées à l’impression du virus vénérien , et à la gangrène consécutive ; on a vu la peau qui recouvre le calcanéum ulcérée , et entièrement privée de tissu cellulaire par la suppuration.
L’érysipèle vénérien existe avant la naissance chez un grand nombre d’enfans ; il attaque particulièrement le visage, le nombril, le pénis, ou les lombes.
L’excroissance vénérienne , telle que la crête , le poireau , etc. , survient le plus fréquemment
aux organes génitaux, et aux environs de l’anus.
La tumeur vénérienne peut se former dans presque toutes les parties du corps. Celles du cuir chevelu s’observent aux tempes , aux pommettes , aux apophsyes mastoïdes ; elles sont rondes ou irrégulières , dures ou molles , épaisses ou en groupe , plus ou moins volumineuses , semblables à des stéatomes , ou à des concrétions lymphatiques ; quelquefois elles s’enflamment, suppurent, et même se gangrènent.
L’écoulement vénérien n’a point lieu par l’urètre chez les garçons ; on ne l’observe que chez les petites filles , environ deux ou trois mois après la naissance : ce symptôme est assez rare.
L’ophthalmie est le symptôme le plus ordinaire de la syphilis chez le nouveau-né ; elle se déclare quelquefois dès le troisième jour , mais le plus souvent dans la première semaine après la naissance. Cette maladie est plus ou moins violente , et plus ou moins étendue. Dans certains cas , elle se borne aux paupières , surtout à l’inférieure , d’où il coule une mucosité puriforme , collante ; dans d’autres , elle gagne la conjonctive , la cornée , le globe de l’œil : de là une tuméfaction et une rougeur plus ou moins considérables de cet organe , un écoulement de mucosité âcre , même de sang par les paupières j l’enfant s’agite et pousse des cris continuels. Bientôt l’œil se ferme ; le pus séjoui'ne sur la
cornée , l’obscurcit , l’altère , la corrode ; Ie«r humeurs et le cristallin s’échappent; il se forme des stapliy lûmes ; les voies lacrymales se dérangent, la vue est perdue. Tout ce délabrement peut n etre que 1 affaire de quelques jours.
Le coryza ou catarrhe nasal peut être mis encore au nombre des affections vénériennes , chez 1 enfant qui vient de naître. Il accompagne presque toujours l’ophthalmie , dont il indique souvent la métastase ou déplacement ; quelquefois aussi il existe seul ; il produit l’enchifienement etla difficulté de respirer ; jles narines sont sèches ou humides , selon le degré d’irritation ; elles se remplissent d’une mucosité sanieuse , qui se dessèche , ulcère la membrane nasale, cane les parois adjacentes, et altère les sinus maxillaires.
Lnfin, quand plusieurs de ces symptômes sont réunis , ou bien qu’ils existent tous à la fois , le nouveau-né trame une bien chétive existence : sa peau ridée , écailleuse , macérée , son visage flétri , son teint pâle , terreux , blafard , noir , livide ; la maigreur et le marasme, la faiblesse de la voix, et la difficulté des mouvemens, annoncent la décrépitude dans l’enfance , et sont les avant-coureurs d’une mort prématurée.
A ces caractères il est facile de reconnaître la maladie vénérienne des nouveau-nés ; mais le diagnostique peut être plus ou moins obscur*
quand ils sont isoles. Il faut quelquefois de l’expérience et du tact pour distinguer les pustules d’avec les boutons de la petite-vérole, ou d’avec la croûte laiteuse ; les ulcères de la bouche d’avec les aphthes , et ceux des parties génitales d’avec les excoriations produites par le contact de l’urine et des matières fécales ; l’érysipèle d’avec les rougeurs des enfans : les tumeurs d’avec l’eudurcissement du tissu cellulaire ; l’écoulement vénérien des petites filles d’avec la leucorrhée congéniale ; l’ophthalmie et le coryza suspect et contagieux d’avec les maladies simplement catarrhales. La santé et la conduite antérieure des parens , quelquefois l’aveu ou la révélation de quelque maladie secrète dont ils ont été mal guéris , répandent de grands traits de lumière sur la
nature des affections que les enfans apportent en naissant.
La maladie vénérienne des nouveau-nés est d’autant plus rebelle et difficile à guérir , qu’elle est plus ancienne , plus compliquée et plus négligée. Les petits malades courent plus ou moins de danger , suivant la nature et la gravité des symptômes , et suivant la force qu’ils ont pour y résister.
Le remède le plus efficace et même spécifique est ici le mercure , comme à tout autre âge ; mais que de précautions pour l’administrer ! On a proposé et essayé l’onguent mercuriel en frictions ,
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le muriate de mercure doux, et le muriate suroxygéné ; ce dernier paraît avoir eu le plus généralement du succès, et mérite la préférence. On le donne à la mère ou à la nourrice seule , quelquefois aussi à l’enfant en même temps. Dans ce dernier cas, la dose doit en être fort petite : on commence par un vingt-quatrième de grain , et on monte graduellement à un vingtième , à un seizième , à un douzième, à un dixième, a un huitième , à un sixième , à un quart de grain, à mesure que l’enfant avance vers la pubertêy On associe même ce sel à quelque sudorifique, tel que le sirop de salsepareille , qu’on fait prendre depuis une jusqu’à trois onces, suivant l’âge; cette méthode convient surtout quand la maladie est ancienne. Si l’on emploie les frictions , on les donne a cinq ou six grains tous les trois jours pour un enfant qui est allaité par sa mère , et à un grain par mois d’âge pour celui qui est sevré. En général, la dose des remèdes mercuriaux doit varier, suivant qu’ils sont administrés à l’enfant seul , ou que la nourrice est soumise au même traitement. On en continue l’usage pendant six semaines chez l’enfant qui tette , et pendant trois ou quatre mois dans le cas contraire , selon que la maladie est plus ou moins rebelle. On le suspend seulement pendant la dentition, et pendant les accidens qui surviennent , telles que les tranchées , les convulsions , l’embarras des premiè-
res voies. On rétablit alors le calme par quelque potion antispasmodique, par des lavemens anodins , par le sirop de chicorée , ou l’eau de rhubarbe, suivant la circonstance.
C’est toujours la mère infectée qui doit nourrir son enfant ; si elle ne le peut , qu’on choisisse une nourrice qui ait la même maladie. Il y aurait de l’inhumanité à compromettre la santé d’une femme saine , en lui donnant un nourrisson infecté.
Nous n’avons exposé ici que le précis de la vérole congéniale. On trouvera beaucoup plus de détail dans le tableau que nous avons publié de cette dégoûtante maladie.
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