CHAPITRE XXX
DU CHOIX D’UNE NOURRICE
La nourrice ne doit pas avoir moins de vingt ans, ni plus de quarante; elle devra être accouchée deux ou trois fois, n’être point malade, avoir une bonne tournure, être d’une grande taille et de bonne couleur; elle devra avoir les mamelles de grosseur moyenne, lâches, molles, sans rides ; le mamelon ni trop petit ni trop gros, de consistance convenable, bien percé et émettant le lait facilement ; elle doit être chaste, compatissante, aimant l’enfant, non colère, propre, d’origine grecque. Chacune de ces qualités a sa raison d’être. Elle devra être à la fleur de l’âge; car plus jeunes, elles ont moins d’expérience, ne connaissent rien de l’art d’élever et de nourrir les enfants, sont négligentes et dissipées ; elles ne doivent pas être trop âgées à cause des infirmités que l’âge apporte avec lui et qu’elles ont un lait aqueux. Chez celles qui sont à la fleur de l’âge, toutes les fonctions sont en vigueur; elle devra être accouchée deux ou trois fois, car les primipares sont sans expérience, ont les seins moins développés et petits comme les enfants. Si elles ont accouché plusieurs fois, elles auront souvent donné le sein, seront rompues à cet exercice; trop jeunes, elles donnent un lait qui n’a pas encore acquis toutes ses qualités. Elle devra être bien portante, car
Quelle est la nourrice apte à nourrir un enfant ? — Elle doit être jeune, être accouchée deux fois, avoir un bon teint, la poitrine large; les mamelles ne doivent être ni rugueuses ni petites, ni trop grandes, les mamelons pas trop grands, ni trop courts ; elle doit être prudente, d’un caractère à se faire aimer de l’enfant, point irrascible, Grecque d’origine si c’est possible et propre.
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un corps sain produit un lait qui l’est aussi et qui sera une bonne nourriture; un corps malsain ne peut donner qu’un lait défectueux, de même qu’une eau qui est corrompue par le mauvais terrain qu’elle traverse arrive à la source dans un état gâté. Elle devra avoir une bonne constitution pour un motif analogue, car elle remplira facilement les fonctions de sa charge, elle ne sera pas rendue malade par les soins nocturnes et son lait n’en sera pas altéré. Dans un corps de haute taille, toutes choses égales d’ailleurs, le lait est plus nutritif. Elle doit avoir un bon teint, ce qui colore le visage est aussi ce qui se rend dans les mamelles pour préparer le lait. Les mamelles doivent avoir un développement moyen, les petites mamelles ne peuvent fournir que peu de lait, les grandes en produisent plus qu’il n’en faut, si bien qu’après la lactation, la mamelle est encore gonflée et qu’il reste plus de lait que l’enfant n’en peut prendre, et qu’il peut déjà se corrompre; s’il n’est pas enlevé par la succion, qu’il ne soit pas pris par d’autres enfants ou par des animaux, il peut arriver que dans un temps court, la femme cesse d’avoir du lait; les mamelles grandes sont lourdes, elles pèsent sur l’enfant, qu’elles soient donc flasques, molles et non couvertes de rides, car les mamelles denses et dures secretent peu de lait; les mamelles rugueuses sont peu sensibles, comme chez les femmes âgées ou humides. Les mamelons ne doivent être ni trop gros ni trop petits ; trop gros, ils pressent les gencives et sont un empêchement à la succion, et n’aident pas la déglutition; trop petits, ils ne sont pas pris facilement pai 1 enfant et ne laissent pas bien passer le lait, c’est pourquoi les enfants qui se fatiguent a teter sont facilement affligés d’aphtes, alors qu’ils n’ont pas pu prendre autant de lait qu’il eût été nécessaire ; les bouts trop perméables causent facilement des suffocations; pendant que 1 enfant tette, le lait afflue dans la bouche. La nourrice doit vivre dans la continence, éviter le coït, l’ivresse, le libertinage, les autres jouissances voluptueuses et l’intempérance ; car le coït diminue chez la nourrice la tendresse pour son nourrisson, altère l’abondance du lait ou au moins sa qualité, e t un stimulant poui 1 écoulement menstruel et peut occasionner
une nouvelle grossesse; l’ivresse amène des troubles dans l’esprit et dans le corps et aussi dans la sécrétion du lait; l’enfant qu’on lui a confié n’est pas soigné par elle pendant son profond sommeil ; s’il survient un péril, elle ne s’en apercevra pas, le vin ne s’accorde pas bien avec le lait, les enfants peuvent devenir engourdis, somnolents, tremblants et apoplectiques et prendre des convulsions, comme les porcs qui ayant mangé la lie du vin ont donné à leurs petits des vertiges et de la somnolence. Que la nourrice soit compatissante envers son nourrisson et qu’elle l’aime ; que, sans qu’il soit besoin de l’avertir, elle lui rende ses services. Il y en a qui vont jusqu’à négliger de lui donner à boire, alors qu’il a pleuré pendant longtemps, et qui n’en ont soin que par habitude, et qui les laissent en place, si bien que ce n’est que par fatigue qu’ils se sont endormis et sont ainsi rendus malades. Qu’elle ne soit pas emportée, car les enfants prennent facilement les défauts de leurs nourrices. Celles qui sont moroses ont des nourrissons d’humeur difficile qui leur ressemblent. Quand les nourrices sont en colère, furieuses et qu’elles ne réussissent pas à calmer l’enfant en pleurs, elles le rejettent dans son lit, et le placent sur la tête, position dangereuse ; c’est pourquoi elle ne doit non plus être superstitieuse, mais agir suivant la volonté divine, afin qu’elle ne soit pas poussée et agitée par la fureur et ne mette pas l’enfant en danger. Elle doit être propre, afin que l’estomac de l’enfant ne soit pas troublé par la mauvaise odeur des langes ; qu’elle soit attentive aux démangeaisons afin qu’elle ne pâtisse pas plus tard d’ulcérations utérines. Qu’elle soit Grecque, afin que son nourrisson s’habitue à cette belle langue. Elle doit avoir un lait de deux ou trois mois ; plus jeune, il est épais, comme nous l’avons dit, et se digère difficilement ; s’il est plus vieux, il est peu nourrissant. Il en est qui disent que la nourrice qui doit élever un enfant mâle doit être accouchée d’un garçon, d’une fille si elle doit nourrir une fille ; il ne faut pas prendre en considération ce dire. On ne fait aucune attention quand on élève des jumeaux de sexe différent, on leur donne absolument la même nourriture, et on n’a point vu que le garçon ait été efféminé ni
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que la fille ait pris une apparence masculine. Il est prudent que les gens fortunés aient à leur disposition plusieurs nourrices prêtes, il y a quelque incertitude quand on n’en a qu’une à laquelle l’enfant s’est habitué, car elle peut tomber malade et même mourir ; le changement de lait, la nouveauté de l’aliment peuvent causer des accidents : on a vu des enfants ne pouvoir s’y habituer et mourir de faim.