RÉGIME A PRESCRIRE A LA NOURRICE. I
beaucoup et qui sont faciles à digérer ; éviter spécialement le poireau, l’ail et l’oignon, les légumineuses en général et les salaisons, car ils donnent de l’âcreté au lait ; les légumes, en général, nourrissent peu et sont aqueux ; il faut éviter aussi les viandes de brebis ou de bœuf, rôties surtout, car l’estomac les suppoitc mal et elles sont mal digérées, ce sont de ces viandes qui ont des sucs trop mauvais pour qu’ils puissent donner beaucoup de lait ; qu’elle prenne du pain pur, bien pétri et bien cuit, fait avec du blé de l’année, des jaunes d’œufs, des poulets, du pigeon, de la poule, du poisson saxatile, des barbeaux, des grives, et en général, ce qui a bon goût et est ami de l’estomac; ainsi de la viande de jeunes porcs ou de la cervelle. Il faut éviter les aliments trop épicés et préparés avec trop de soins ; l’art qui flatte le goût rend la digestion difficile, il peut en résulter une altération de la sécrétion lactée et des humeurs dans le corps. Pour ce motif, il faut avertir les nourrices de manger avec modération afin qu’aucune crudité ne puisse se produire, qu’elles ne prennent que ce qui pourra être facilement digéré, surtout alors qu’à cause de l’enfant il y a des veilles à prévoir. Après avoir énuméré les aliments, nous dirons comment la nourrice doit en user. Pendant la première semaine, elle ne prendra qu’une nourriture simple et de digestion facile, comme des potages au gras, des œufs, du pain ; pour boisson, de l’eau seulement, si c’est possible; on pourra prolonger ce régime encore pendant sept jours, car ces aliments sont de digestion aisée et le lait en sera plus léger et plus facile à digérer ; il faut à ces enfants encore si tendres et ayant les ouvertures étroites, un lait, qui, bien que plus consistant, puisse passer. Après une semaine, la nourrice pourra manger un petit poisson, à ajouter à ce que nous avons dit, ou de la chair d’un jeune porc, de la cervelle, jusqu’au troisième septénaire, afin que le lait devienne plus nourrissant. Après le deuxième ou le troisième septé-
Quels sont les exercices que la nourrice doit faire? — Elle peut jouer à la balle des deux mains; elle pourra moudre de la farine, faire son lit et porter de l’eau.
nuire, les aliments seront plus consistants et plus nourrissants, comme des oiseaux de moyenne grandeur ; l’enfant aussi devient plus robuste et grandit ; la nourrice pourra manger de la viande de lièvre, de la carpe de moyenne grandeur, du cerf et aussi du porc. Le lait qui provient de substances plus nutritives deviendra aussi plus nourrissant. On fera alors usage d’aliments variés pour que l’enfant s’y habitue. Car la qualité des substances mangées par la nourrice influe sur les qualités de son lait. C’est pourquoi la chair de la chèvre est plus agréable et un peu astringente, puisque ces animaux aiment les végétaux astringents. Or, la viande de mouton est moins agréable, elle a un goût douceâtre, elle ressemble à leurs aliments. La nourrice ne boira que de l’eau pendant quarante jours, elle commencera par du vin miellé dont elle ne prendra que tous les deux jours. L’enfant étant devenu plus robuste, et ayant grandi, et étant mieux nourri, sous l’influence de ce régime nouveau, et ayant pris une bonne couleur, elle boira un peu de vin blanc bien clair et peu fort, sans addition d’eau de mer ; l’enfant sera vêtu plus légèrement, on lui donnera du vin d’abord une fois, en laissant passer plusieurs jours; plus tard, tous les trois jours, puis tous les deux jours, puis tous les jours, d’abord une fois, puis deux fois ; enfin tant qu’il en faudra pour apaiser sa soif. De cette façon, l’enfant prendra du vin sans danger pour lui, y ayant été habitué avec prudence, alors que par sa nature il ne l’aurait pas supporté. Que quelqu’un ne demande pas comment il se fait que quand l’enfant est dans l’utérus il supporte ce régime de la mère qui prend du vin et des mets variés ? Nous répondrons qu’à cette époque le foetus faisait partie de la mère, qu’il a été bien nourri et n’a pas été malade; qu’après l’accouchement, il subsiste par lui-même, que les fonctions vitales sont en lui faibles, qu’il peut être facilement affecté par un irritant, comme le rejeton d’un grand arbre encore relié au tronc et soutenu par lui, qui porte solidement des fruits malgré l’impétuosité du vent, et qui, séparé de lui et transplanté, ayant sa vie propre, est facilement blessé par le moindre choc. Il ne faut donc pas penser oue, puisque la