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CHAPITRE LI

DE LA SUFFOCATION UTÉRINE

Le nom de suffocation utérine donné à la maladie dont nous nous occupons, lui vient d’un de ses symptômes : la suffocation. Elle est caractérisée par une suspension de la respiration, avec absence de la voix et suppression du sentiment qui sont causés par une maladie de l’utérus. La maladie a été précédée d’un ou de plusieurs avortements, d’un accouchement prématuré, d’un veuvage prolongé, d’une suspension des menstrues, d’une apparence de grossesse produite par une flatulence utérine. Les malades en sont atteintes subitement, et tombent par terre sans voix avec une respiration difficile et la perte des sens ; les dents s’entrechoquent et deviennent stridentes, quelquefois il y a des convulsions des membres, d’autres fois un état de résolution ; la région précordiale est soulevée, l’utérus1 a fait ascension et le

De la suffocation utérine. — L’étouffement utérin qui, par les Grecs a été appelé — v-'Ç uo-spaç, par suite du symptôme qu’éprouvent les femmes, est une suspension de la respiration et des sens qui, silencieusement, monte de la matrice à la poitrine, laquelle suspension de la respiration les fait ressembler à des mortes. Cette maladie se produit à la suite d’avortements réitérés ou d’accouchements prématurés, un veuvage prolongé, une rétention de la menstruation ou d’un gonflement de la matrice. Ces symptômes se produisent lorsque la matrice monte vers la poitrine, à la suite de quoi les sens sont suspendus silencieusement, les dents claquent, les yeux sont fixes, les mains et les pieds sont animés de mouvements le plus souvent étendus, la région précordiale est gonflée, la poitrine tuméfiée, les veines du

i. Voy. Hippocrate, Littré, VIII, 33.

thorax est gonflé, les vaisseaux de la face sont turgescents et distendus, froids, couverts de sueur ; le pouls cesse presque de battre ou est très petit. Lorsque les malades sortent subitement de cette attaque et se relèvent, rendent compte de ce qui s’est passé, elles disent qu’elles ont mal à la tête et aux membres ; beaucoup parlent comme en délire. Cette affection utérine a une grande affinité avec l’épilepsie, à cause de la perte de la voix et des sens, l’apoplexie, la catalepsie, la léthargie, avec la perte subite de la voix qui afflige ceux qui ont des vers ; mais elle s’en distingue immédiatement parce que l’on constate que l’utérus n’est pas dans son état normal, qu’il est enflammé depuis longtemps et s’est porté en haut. Ce que racontent la plupart des femmes hystériques, de leurs souffrances, ne concorde pas avec cela ; et ce que les femmes hystériques accusent, comme cause antécédente, une affection utérine, ne concorde également pas avec ce que rapportent celles qui, à cause des vers, sont privées de la parole et qui souffrent de maux de tête ; chez les épileptiques, l’écume paraît à la bouche et le pouls est plein, il n’est pas plein chez les hystériques ; chez les apoplectiques il est fort, faible chez les hystériques. Elles diffèrent des cataleptiques en ce que la catalepsie arrive pendant la fièvre avec distension des paupières et claquement des dents, précédant la grande intensité de la fièvre et se terminant dans les mêmes conditions. La suffocation utérine, au contraire, arrive dans un état qui n’est pas fébrile et les paupières sont fer-

front sont plus saillantes, la face est froide, couverte de sueur, le pouls est insensible ou très petit, quelquefois très difficile à sentir ; quelquefois elles reviennent rapidement à elles, se lèvent, se rendent compte de ce qu’elles ont souffert, d’autres fois ne savent rien, se plaignent de douleurs de tête et du cou, quelquefois elles délirent.

Le silence qui accompagne ces phénomènes donne à cette maladie une ressemblance avec l’épilepsie, l’apoplexie et les accidents produits par les vers, mais elle en diffère en ce que dans l’épilepsie, l’apoplexie et l’affection qui résulte des vers ne présentent aucun déplacement de la matrice qui est trouvée dans sa situation normale. Chez celles affectées de suffocation utérine, la matrice est enflammée quand elle monte.

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mées ; les léthargies ont cela de particulier de naître pendant la fièvre et de se terminer par le sommeil, que le pouls est fort, ce qui n’arrive pas chez les hystériques. Le défaut de voix chez celles qui ont des vers présente ce caractère distinctif que, dans les intervalles, elles jettent des cris et ont un pouls inégal et intermittent. Telles sont les différences qui existent chez les hystériques et celles qui ont des maladies similaires. C’est un genre de maladie circonscrit et aigu, soit qu’elle naisse d’une cause aiguë ou qu’elle ait une durée longue; c’est à ces conditions que le traitement doit s’accommoder. L’accès s’étant produit, il faut installer la malade dans une chambre de moyenne grandeur, chaude et claire, et la réveiller de son accès en faisant mouvoir sa mâchoire, appliquer des fomentations sur le front, étendre doucement les membres contractés et contenir les extrémités en chauffant les articulations et les parties refroidies ; on abstergera la face avec des éponges douces trempées dans l’eau tiède. Si la voix continue à être absente, il faudra appliquer des ventouses sèches aux aines et aux parties voisines, puis on imbibera d’huile douce de la laine pure qu’on appliquera sur les extrémités qu’on entourera de bandes; les mâchoires étant écartées, on instillera dans la bouche un peu d’eau chaude. Quand la malade sera revenue à elle, elle devra rester à la diète ; plus tard, on donnera un peu d’eau miellée, et 011 la mettra sur un lit de repos. L’acuité de la maladie étant apaisée, à moins que quelque chose l’empêche ou que l’on craigne

ce qui cause leur accès. Chez les femmes atteintes d’épilepsie il y a grande salivation spumeuse à la fin de l’accès ; elles ont le pouls élevé et éprouvent des maux de tè'.e quand elles reviennent à elles ; chez les apoplectiques, le pouls aussi est élevé, mais quand elles reviennent à elles, elles sont paralysées; rien de cela dans la suffocation utérine; la léthargie et la catalepsie se distinguent en ce qu’elles se produisent toujours pendant la fièvre, la suffocation hystérique jamais. Celles qui ont des vers lombrics éprouvent des sentiments de piqûres dans les intestins, et elles ont un pouls facile à sentir et la matrice saine.

Tel est le diagnostic différentiel entre la suffocation hystérique et les maladies qui arrivent par suite d’une stricture. Elle est aiguë, par

que la diète ait duré trop longtemps, on fera une saignée, une injection d’huile douce et chaude, on donnera également un lavement , et pour la toilette et la boisson on donnera de l’eau chaude; pendant trois jours on observera une diète complète et après, on commencera le traitement consécutif du corps, puis on donnera d’abord des aliments liquides, puis le lendemain des aliments solides jusqu’à ce que le danger qui menaçait l’utérus se soit complètement évanoui. La malade ayant été ainsi remise, on appliquera des cataplasmes que nous avons prescrits pour la menstruation difficile, et des fomentations au moyen d’éponges et des bains de siège émollients dont nous avons indiqué la composition ; on appliquera aussi des pessaires faits avec de la graisse, des moelles et du fenugrec et des mauves, et l’onguent de lys et de cyprin et des lavements d’huile, ou d’huile et d’eau, utiles surtout s’il y a constipation et si les matières sont dures. La maladie étant ainsi enrayée, on usera de préférence de pessaires en cire et surtout de ceux rendus émollients. La nourriture sera variée, on donnera des bains et du vin ; s’il survient de nouveaux accès qui prennent un caractère intermittent. Si la maladie traine en longueur, on traitera les accès comme nous l’avons dit. Pendant leur intervalle, il faudra remonter l’état général de la malade par des moyens variés, des promenades, des lectures, des récitations, des onctions, des exercices, des bains et une nourriture variée. Il faudra ensuite prescrire un traitement reconstituant (métasyncri-

fois aussi chronique. Notre traitement est le suivant : au début, le traitement sera émollient; si les accès se renouvellent et si la maladie prend une allure chronique, le traitement sera métasyncritique Quand la femme tombera malade, il faudra la faire se coucher dans une chambre chaude et claire, la tête élevée, le corps presque assis les

1. Le Dictionnaire étymologique de Castelli à l’article Métasyncritique renvoie au mot Metacorpopoeia... « vires reficiens i>, recorporalicium, ce qui, selon l’étymologie, conduit à admettre comme équivalent le mot français reconstituant,. .. altérant, c’est-à-dire changeant l’état même du corps.

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tique) au moyen d’aliments toniques, des dropaces, des ventouses, des cautérisations ignées, des frictions énergiques, des aspersions pulvérulentes, des bains de siège toniques, des pessaires et des emplâtres caustiques, des sinapismes et des pommades. Si la maladie ne cède pas, on pourra recourir à une médication perturbatrice, en employant l’ellébore blanc, après les vomissements provoqués au moyen des petites racines ; on prescrira des voyages sur terre et sur mer, des eaux thermales naturelles, dont nous avons exposé le traitement dans nos commentaires sur ces médications. Sur ce point, les médecins ne sont pas d’accord, les uns emploient des substances fétides, odorantes, comme des crins brûlés, des mèches éteintes, des fumigations de cornes de cerf râpées, de laine, de bourres de laine brûlées, de la poix liquide, de la résine de cèdre, bitume, coquillages, le peucedanum (ou queue-de-pourceau) , de peaux, des étoffes huilées, le nez frotté avec du castoreum, des punaises broyées, et enfin de toutes substances qui passent pour offenser l’odorat, qui forcent l’utérus à se réfugier à sa place; on applique aussi, à la partie inférieure, des aromates d’une odeur douce et agréable, tels que le nard, le styrax, afin que l’utérus quitte les lieux supérieurs pour se réfugier vers les parties inférieures. Au reste, Hippocrate 1 avait donné à des malades de la décoction de choux, du lait d’ânesse, et pour irriter (y exare) l’utérus au moyen du gros intestin, il avait mis dans une canule des paillettes de fer de forgeron et les avait soufflées

mains et les pieds maintenus étendus, car les membres et l’intelligence sont agités. On chauffera les parties centrales du corps au moyen des mains des aides, on trempera un pinceau dans de l’eau chaude avec lequel on passera sur le visage ; si le mutisme persiste, on fera bien d’appliquer sur l’hypogastre et sur les aines des tissus de laine, d’envelopper tout le corps, d’ouvrir la bouche et d’instiller un peu d’eau chaude, puis de l’eau miellée et de la réveiller avec une plume (promenée sur le visage). Quand elle sera revenue à elle, et si elle n’est pas

i. Voy. Nature de la femme, où le même traitement est prescrit par les mêmes motifs. (VIII, 267, 9. 7, p. 33.)

dans l’intestin pour en obtenir la dilatation. Dans le troisième livre des Maladies des femmes, Dioclès (recommande) de comprimer les ailes du nez, d’ouvrir la bouche et prendre un sternutatoire, et de pousser l’utérus vers la partie inférieure du corps en s’aidant de la main pour comprimer la région précordiale, et en faisant sur les cuisses des affusions d’eau chaude. Mantias, au contraire, prescrit de boire du vin qui contient du castoreum et du bitume, et si la malade ne se réveille pas, il fait sonner de la trompette et battre les cymbales. Xénophon appelle aussi à son aide l’éclat de la lumière des torches, et fait entendre des sons divers en limant du fer et en frappant des vases d’airain et en faisant vibrer des cordes. Asclépiade emploie aussi les sternutatoires et exerce une constriction sur la région précordiale au moyen de bandes, crie dans les oreilles de la malade et souffle du vinaigre dans son nez ; dans l’intervalle, il conseille de nourrir la malade et de lui donner à boire de l’eau. Nous repoussons tous ces moyens, parce qu’ils irritent ce qui est enflammé. Les substances fétides déterminent un profond sommeil ; l’utérus ne quitte pas le flanc, alléché comme un animal par des parfums agréables, fuyant les mauvaises odeurs. C’est l’inflammation qui est la cause de cette astric-

trop fatiguée, on lui donnera un peu de nourriture, on fera une saignée, puis une injection d’huile, et on donnera un bain de siège avec des décoctions. Après trois jours, pendant lesquels on aura fait des onctions, on donnera une nourriture légère jusqu’à la cessation, et on la nourrira tous les deux jours, on appliquera des cataplasmes, des fomentations, puis on placera les pessaires convenus et, au déclin de la maladie, on fera usage d’onguents et d’emplâtres simples et on lui donnera un bain et on la remontera avec une nourriture convenable et du vin. Si l’affection paraissait prendre un caractère de chronicité, il faudrait ajouter aux moyens que nous avons indiqués, des promenades, des exercices suivant l’ordre que nous avons indiqué, des salaisons de cucurbitacés, des frictions, des révulsifs, des sinapismes, des petites racines pour déterminer des vomissements, des voyages sur terre et sur mer, des traitements thermaux dans l’ordre que nous l’avons indiqué dans notre livre sur les médicaments.

Les anciens médecins avaient par erreur pensé que toutes les choses

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non et même aussi des contractions dans les parties qui ne sont pas enflammées. C’est par sympathie qu’elles sont malades. Il est dangereux de léser l’estomac par des médicaments âcres ; Hrt sufflation, au moyen d’un tube, de la batture de fer dans l’utérus distend encore davantage cet organe déjà gonflé par lui-même; quant aux sternutatoires, ils causent un véritable ébranlement, et, par leur âcreté, ils sont contraires à la santé et affligent les malades d’une maladie qui peut durer, c’est pourquoi ils aggravent la maladie au lieu de la diminuer. Les sons des vases d’airain blessent les malades qui déjà sont irritables, beaucoup de personnes en bonne santé gagnent ainsi des maux de tête. L’insufflation du vinaigre dans le nez est nuisible par elle-même, les inflammations externes et les inflammations internes déterminent une espèce d’astriction. Nuisibles aussi sont les sons des cordes et h. constriction par les bandes de la région précordiale, l’utérus déjà dans un état inflammatoire en est comprimé, un cataplasme même est parfois difficilement supporté, en raison de la constriction qu’il produit. L’eau en boisson n’est pas inutile, car elle ne nuit jamais, puisque la malade a besoin d’être fortifiée et d’un effet altérant qui pourra la guérir, cet effet pourra être favorisé par un peu de vin coupé d’eau. Le coït débilite toujours,

iétides placées devant le nez, des cheveux brûlés, une lumière éteinte, que les choses bien parfumées placées devant les parties génitales avaient pour effet de faire fuir la matrice de haut en bas, les seconds de l’appeler; d’autres employaient le son des timbales et des cymbales, d autres frappaient la tête, etc. Ce sont Là des choses irrationnelles et vaines que j’ai cru devoir signaler comme telles dans mes écrits.

De la tension de lu matrice. — C’est une tension de la matrice, son gonflement, au-dessous de l’ombilic, sous forme d’une tumeur dure avec douleur des reins, de la tête et de l’estomac. Le cours de l’urine peut en être entravé, le sommeil en est gêné, il survient des douleurs comme dans 1 imminence de la menstruation, le doigt introduit dans l’orifice utérin trouve celui-ci libre. '

Nous employons le même traitement que dans l’inflammation de la matrice.

c’est pourquoi il n’est pas utile, il ne peut en résulter qu’un affaiblissement du corps. Des affusions froides sur la tête répugnent à l’art, le corps étant rendu plus dense par la réfrigération, il en résulte une augmentation de l’inflammation et un réveil plus difficile à obtenir.

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