‹ Traité des maladies des femmesChapitre 11 sur 38 · TUAI T K · texte numérisé non relu

TUAI T K

On conçoit donc que c’est sous le rapport des causes seulement que la ménorrliagie a été divisée, par certains auteurs , en active , en passive et en nerveuse ou spasmodique. On comprend aussi pourquoi les femmes des villes , qui vivent dans une agitation continuelle , y sont plus disposées que celles des campagnes , qui mènent une vie plus calme et

plus réglée. *

► Il suit de-là que les symptômes de cette hémorrhagie doivent varier comme les causes qui la produisent. Ils consistent dans l’excès , la diminution ou l’irrégularité des propriétés vitales de tout l'organisme ou de la matrice en particulier, selon qu'ils appartiennent à l’espèce active , passive ou nerveuse.

La première débute par les signes d une pléthore ' générale ou d’une congestion utérine , selon qu’elle tient à la constitution vigoureuse de l’individu ou à l’excitation de la matrice. On remarque d un cote une face animée, un pouls fort, plein, vif, des joues colorées , des maux de tête , des yeux ronges et brillans , une chaleur générale , une constriclion spasmodique dans toute la superficie du corps; de l’autre, un sentiment de pesanteur dans les lombes et dans l’hypogaslre, une ardeur ou une démangeaison considérable dans la matrice, des lassitudes , des frissons vagues et légers , même un froid sensible dans les membres abdominaux.

Enfin, il coule par la vulve un sang vermeil , rutilant , concrescible , qui a tous les caractères du

sang artériel ; dès -lors tout l'organisme, naguère dans l’oppression et la gêne, reprend son énergie et sa liberté; la femme est soulagée et éprouve un sentiment de bien aise , à moins que la perte ne soit trop abondante ou trop prolongée.

Dans la ménorrhagie passive, point de signes qui indiquent une pléthore générale , ni une congestion partielle des vaisseaux de la matrice; ce n’est que foiblesse de tout l’organisme ou atonie du système utérin. Presque toutes les fonctions sont dépravées ; l’appétit est nul, le pouls sans force , le visage pale ; ou bien les organes de la génération n’ont aucune énergie , et la vulve et le vagin sont le plus souvent inondés de fleurs blanches.

Le sang coule , mais plus ou moins décoloré ; ce n’est, pour ainsi dire, qu’un flux de sérosité sanguinolente , dont la quantité et la durée augmentent encore la foiblesse générale, et amènent les suites les plus sinistres ; telles que la syncope, les convulsions, le tintement cl’oreilles , l’obscurcissement de la vue, la décoloration de la peau, l’hydropisie ou l’anasarque , etc.

Quant à la ménorrhagie nerveuse , elle est précédée d ataxie ou irrégularité dans les propriétés vitales de tout l’organisme en général ou de la matuce en particulier. La femme est. déjà très-irritable et très-sensible, n’importe son état de force ou de foiblesse habituelle ; ce sont des sensations plus ou moins vives qu’elle a éprouvées , un accès de colère

auquel elle s’est livrée , une nouvelle désagréable quelle a reçue. Le sang coule avec plus ou moins d’abondance ; mais la femme ne se sent point soulagée immédiatement après , et le calme ne revient qu’avec plus ou moins de lenteur, tant au physique qu’au moral.

Le grand art dans la pratique est de bien distinguer la cause , l’espèce et la variété de la ménorrbagie , de ne pas la confondre avec 1 écoulement ordinaire des menstrues , dont il faut par conséquent connoîlre avant tout la marche périodique , la quantité et la durée habituelle. Quelle méprise ne seroit-ce pas surtout de regarder comme des ménorrhagies proprement dites , ces écoulemens sanguins qui ont lieu par la matrice après certaines maladies aiguës, et qui en sont la crise salutaire ; ou bien ces pertes plus ou moins abondantes qui accompagnent les affections chroniques de la matrice , et qui en sont des symptômes plus ou moins alarmans ! Un médecin attentif et circonspect doit toujours s’assurer de l’âge de la femme , de son tempérament général ou utérin , de son régime , de ses habitudes , de ses passions , des maladies quelle a essuyées , ou auxquelles elle est sujette. La malade est-elle enceinte ou non , c’est encore une circonstance qui mérite de grandes considérations ; et dans la plupart de ces recherches on sent quel avantage doit avoir l’homme de l’art versé dans la pratique des accoucliemens, sur celui qui ne l'est pas.

Qaaut au pronostic , la ménorrbagie active est la moins dangereuse, et celle qui tient à la constitution pléthorique de la femme est encore moins grave, moins fréquente, et plus facile à guérir que celle qui dépend de la seule excitation du système utérin. La ménorrbagie passive , au contraire , est d’autant ’ plus alarmante, que la foiblesse de tout l’organisme ou celle de la matrice est plus considérable , et que le sang est plus décoloré. Dans tous les cas, les chances défavorables augmentent encore si l’écoulement immodéré des règles vient à se compliquer d’affections nerveuses , telles que les convulsions , selon le témoignage du père de la médecine , ou de quelque maladie organique de la matrice , telle que l’ulcère, le squirrbe , le cancer.

Le traitement de la ménorrbagie offre deux indications, quelles qu’en soient l’espèce et la variété. La première est d’arrêter ou de modérer l’écoulement du sang, et. la seconde cî’en prévenir le retour.

Pour arrêter ou modérer l’écoulement du sang, on commence par exposer la femme à l’impression d’un air frais ; on relâche ses vêtemens ainsi que les liens qui les fixent au corps ; on la place sur un lit de paille ou de crin , dans une position horizontale , le bassin un peu plus élevé que le tronc ; ou lui interdit tout mouvement , même la parole ; on la met à l’abri d’une trop vive lumière et du grand bruit ; on lui recommande surtout le plus grand calme de lame.

Ensuite , s'il y a des signes de pléthore générale, et que la femme soit jeune et vigoureuse , on prescrit la saignée du bras et des boissons rafraîchissantes, telles cpie la limonade , le petit-lait, l’eau de riz, ou l’eau d’orge légèrement mtrées et acidulées avec le sirop de vinaigre ou de groseilles , ou même avec les > acides minéraux jusqu’à une agréable acidité , lorsque l’hémorrhagie est excessive.

La ménorrhagie tient-elle à un engorgement des vaisseaux de l’utérus , on diminue les propriétés vitales de cet organe par l’application des sangsues à la vulve , par des bains de siège , par des bains de vapeurs , par des injections rafraîchissantes ; ou bien ou appelle ailleurs l’irritation qui s’est fixée sur la matrice par l’immersion des bras dans 1 eau chaude , par des vésicatoires ou par des ventouses aux environs des mamelles, d’apres le conseil d Hippocrate.

La ménorrhagie passive demande un traitement tout, opposé ; elle tient à la débilité générale ou à celle du système utérin. Dans le premier cas, ou donne les analeptiques et les toniques à l’intérieur, tels que les bons aiimens , les consommés , le vin «unéreux , le quinquina la rhubarbe, les préparations martiales, la cannelle , etc. ; et si ces moyens nc suffisent pas, on a recours aux astringeus , tels que l’eau de Rabel , les boissons alumineuses , ou les pilules d’Helvétius, à la dose de demi-gros toutes les demi-heures.

Si la matrice seule est dans l’atonie , on en rétablit

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le ton au moyen des injections froides , vineuses , vinaigrées, alcooliques, ou des fumigations aromatiques ; et si elles n’arrêtent pas le sang , on applique des vésicatoires aux aines ou à la partie supérieure et interne des cuisses ; on y fait des frictions sèches, on y met des ventouses; ou essaie ensuite les injections alumineuses; on applique de la glace pilée ou des compresses trempées dans l’eau froide sur 1 hypogastre et sur les parties de la génération; enfin , on tamponne le vagin et le col de la matrice avec de la charpie ou de la filasse trempée dans le meme liquide ou dans l’oxycrat.

Lorsque 1 hémorrhagie utérine, chez une femme très-nerveuse , est entretenue par un excès de sensuel ite ou d irritabilité , il faut nécessairement recourir aux anti-spasmodiques, tels que l’opium ou ses préparations ; mais on les associe aux relachans et aux rafraîchissans , ou aux toniques et aux etf citans , selon que la femme est forte et vigoureuse, ou foible et dehcate. L exces de sensibilité qui n’est fixé que dans la matrice doit être calmé par des bains ou demibains emoJliens, par des injections narcotiques aveq la décoction de têtes de pavot ou même la dissolution d’opium.

Tels sont les moyens les plus propres à supprimer 1 hémorrhagie ulerine quand elle est excessive. Passons maintenant à ceux qui peuvent en prévenir le retour : ici, c’est moins à la pharmacie qu’à l’hygiène qu’il faut recourir.

IO/f.

La femme est-elle jeune , naturellement robuste et pléthorique , prescrivez-lui un exercice modère ; quelle prenne par intervalle quelques bains tiedes ; qu’elle substitue des alimens légers a une nourriture trop annualisée ou trop échauffante ; qu elle lasse usage pendant les grandes chaleurs de boissons acidulés ; quelle modère la durée du sommeil; quelle se tienne surtout en garde contre les émotions trop vives.

Un régime opposé convient à la femme éminemment lymphatique. Un air vif et sec, 1 insolation fréquente, l’usage habituel d’un vin généreux ou de boissons légèrement stimulantes, des exercices du corps modérés, mais varies sous toutes les formes , la recherche des affections gaies ; tels sont les moyens les plus propres à fortifier le système général ou celui de l’utérus.

Quand le tempérament nerveux domine , ou que la matrice est trop irritable , la femme doit respirer un air doux , faire usage de bains tièdes , éviter les liqueurs spiritueuses , adopter les boissons aqueuses ou légèrement acidulées , manger avec abondance des fruits d’été et d’automne, faire beaucoup d’exercice pour se procurer une légère fatigue et un sommeil tranquille.

ARTICLE II

T)e V Aménorrhée ou suppression des Menstrues .

Les causes do cette maladie ne sont ni moins

nombreuses, ni moins variées que celles de la ménorrhagie. Les femmes naturellement sanguines, lymphatiques ou nerveuses, y sont également disposées. L’excès ou le défaut de sensibilité utérine , 1 éducation qui favorise , émousse ou modifie la vitalité propre des organes de la génération , certaines professions , le genre /de vie qu’on mène , surtout s’il s’écarte des lois de l’hygiène et des préceptes de la morale ; de longues maladies , des évacuations excessives, sont encore autant de circonstances qui amènent plus ou moins lentement la suppression des règles.

Au moment où cette excrétion périodique a lieu, elle peut être promptement supprimée par l’impression subite d’un air froid et humide ; par des boissons froides lorsque le corps est irès-écbauffé ; par l’immersion des membres , surtout des pieds et des jambes , dans l’eau froide ; par des astringens appliqués sur la vulve ou injectés dans le vagin ; par l’imprudence que commettent certaines femmes, en prenant des vêtemens trop légers pendant les saisons rigoureuses , pour se conformer aux bizarreries de la mode ; par mille accidens ou violences externes , tels que les chutes , les coups sur les mamelles ou sur l liYpogaslre , les plaies , l’action du feu, ou de tout autre agent capable d’exciter une douleur vive; par l’excès de la bonne chère, des boissons échauffantes , ou par des alimcns de mauvaise qualité ; par l’usage du quinquina à trop

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forle dose ; par l’abus des plaisirs ; par des veilles prolongées ; par un exercice immodéré ; par une saignée du bras ; par des hémorrhagies spontanées ; par des passions impétueuses, telles que 1 amour, la fureur, la colère, l’indignation, une injure, uu affront , un reproche , une contrariété , une frayeur subite , un chagrin profond et prolongé , la perle d’une personne qu’on aime , etc.

Le tableau des symptômes de 1 aménorrhée est immense ; il n’y a peut-etre pas de maladie qu elle ne puisse simuler ou produire. Pour en faire 1 énumération d’une manière précise et non confuse, nous les diviserons en deux senes , a 1 exemple du docteur Royer-Collard , qui a fait de celte maladie le sujet de sa thèse inaugurale.

A la première appartiennent les symptômes locaux , ou les maladies qui attaquent l’utérus et ses dépendances, tels que des douleurs et des tuaillemens dans la région lombaire , un sentiment de pesanteur dans l’bypogastre, des tranchées utei mes plus ou moins violentes , des fleurs blanches , 1 înûammaliou , l’abcès, le squirrhe et le cancer de 1 utérus.

La seconde comprend les symptômes généraux ou les maladies qui affectent divers systèmes de l’organisme ; telles sont des fièvres inflammatoires , des fièvres bilieuses continues , tierces , quotidiennes, et peut-être des fièvres d’autres ordres ou d’autres types; parmi les phlegmasies , la frénésie, la péripneumonie, l’hépatite aiguë ou chronique ,

l'inflammation lente et l’engorgement de la rate, la diarrhée , la dyssenterie , des phlegmons cutanés , des érysipèles , des rhumatismes , des affections arthritiques ; dans la classe des hémorrhagies , des écoulemens ou éruptions supplémentaires de sang par la peau , par les surfaces muqueuses et par tous les émoncloires qu’elles présentent ; dans les névroses , l’hypocondrie , la mélancolie , la manie : l’hystérie , l’épilepsie , des convulsions générales ou partielles , le tétanos : des anomalies nerveuses locales de tout genre : la paralysie, des tremblemens, le torticolis : des céphalalgies violentes : l’aphonie, l’asthme convulsif, des toux sèches et spasmodiques , des palpitations de cœur insupportables : la constriciiou de l’œsophage , des vomissemens , la perte ou dépravation de l’appétit , suivie de pâleur et de maigreur, des coliques nerveuses : l’accroissement ou la diminution de la sensibilité de l’œil, des visions fantastiques , l’amaurose : la surdité , la pesanteur de tête, le cauchemar, l’assoupissement,

1 apoplexie ; enfin , parmi les maladies cutanées , lymphatiques et organiques , des éruptions pustuleuses, dartreuses , croûteuses , des démangeaisons insupportables , des affections scorbutiques , la phthisie pulmonaire , le cancer des mamelles , l’hydro-thorax , l’anasarque , l’ascite.

L observation atteste que toutes ces maladies peuvent être des suites de l’aménorrhée ; mais nous De pourrions entreprendre de les décrire ici eu

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délai] , saus répéter ce rjui se trouve dans tous les Irai Les de médecine, et sans sortir du plan où nous avons voulu nous circonscrire- Contentons-nous donc de faire remarquer avec l’auteur déjà cite, que, parmi ces affections, celles qui soûl locales ou fixées à l’utérus , arrivent plus ou moins promptement après la suppression des menstrues, qu’elles sont plus ou moins fréquentes et qu’elles ont plus ou moins d’intensité, selon le degré de sensibilité utenue.

Quant aux affections générales ou sympathiques, leur nature, leur espèce , leur cours, leur opiniâtreté et leur terminaison , doivent varier suivant une foule de circonstances tant individuelles qu hygiéniques , telles que l’âge , le tempérament ou la disposition habituelle , l’ éducation déjà reçue , 1 influence de l’uléruàrsur les autres organes, ou sur les autres fonctions de l’ organisme ; le genre de vie plus ou moins conforme , ou plus ou moins opposé à l’hygiène et à la morale.

On expliquera de-là pourquoi certaines femmes , à la suite de l’aménorrliée , n’éprouvent que des tiraillemens dans les aines et les lombes , ou quelques coliques utérines, tandis qued autres périssent en peu de temps d’une inflammation de matrice , ou bien sont lentement et douloureusement conduites nu tombeau par un cancer de ce viscère. La femme douée d’un tempérament pléthorique et sanguin, essuyera une fièvre inflammatoire ou une pblegmasie locale; celle dont l’irritabilité et la sensiblite seront

très-exaltées , aura plutôt à redouter des maladies cutanées, des hémorrhagies supplémentaires et des névroses ; enfin , les glandes et les vaisseaux lymphatiques seront plus facilement lésés chez les individus naturellement faibles , et entraîneront l’anasarque Ou l’infiltration du tissu cellulaire , et toute espèce d’hydropisies.

Ici , le diagnostic est des plus faciles au premier coup d’œil, même pour le médecin qui n’a que peu ou point d’expérience. Quoi de plus simple , ce semble, que de constater la suppression des menstrues d’après le rapport des malades , et de saisir le caractère de l’affection secondaire qu’elle produit ou simule ? Mais ne risqueroit-on pas de tomber dans les plus lourdes méprises , si , dans certaines circonstances , on ne poussoit la circonspection et la réserve jusqu’à la plus sévère méfiance ? Tantôt c’est une jeune fille ou une jeune veuve qui, pour mieux tromper le médecin et lui cacher une grossesse clandestine , prétexte des incommodités qu’elle attribue à un retard ou à une suppression de l'excrétion menstruelle ; tantôt c’est une coquette qui , avertie du déclin de l’âge par la cessation des règles et de la fécondité , cherche à rappeler encore et à prolonger artificiellement les marques d’une jeunesse qui n est plus. Dans l’un et l’autre cas, le praticien qui douneroit des remèdes à l’aventure et sans précaution , pourroit causer des maux incalculables. D un côté , il risqueroit de provoquer l’avcrtement

ei de faire périr la mère ou l’enfant ou tous les deux à la fois -, de l’autre , il exposeroit la femme a des hémorrhagies dangereuses ou à des cancers utérins

qui sont toujours mortels. Comment donc se mettre à l’ahri de tant d’écueils , et éviter les pièges que

tenden t la criminelle astuce et les travers de 1 amour propre? C’est en gagnant du temps pour tachci oc distinguer la vérité de l erreur, ou la réalité de 1 apparence. S’agit-il d’une jeune fille ou d’une veuve peu avancée eu âge , la prudence exige qu’on attende quatre ou cinq mois , avant d’attaquer la suppression des règles dont elles se plaignent. Par ce moyen, on ne risque point de confondre celte maladie avec un commencement de grossesse dont les sigues ne sont plus équivoques lorsque les mouvemens de l’enfant deviennent sensibles. Cependant on fait semblant de prendre beaucoup d’iutérét à l’état de ces personnes ; on leur prescrit gravement quelques remèdes innocens , afin de les empêcher daller consulter d’autres gens de l’art qui n’auroieui peutêtre pas assez de méfiance pour soupçonner la supercherie, ou assez de lumières pour la reconuoître, ou assez de probité et de délicatesse pour entreprendre de la déjouer. Est-ce uue femme qui cache soigneusement son âge et qui sollicite des remèdes pour rappeler ses règles après leur cessation complète et naturelle , on questionne les personnes qui l’approchent, on procède lentement, on éclaircit scs doutes -, et si l’on ne fait pas du bien assez

promptement , on évité au moins de faire du mal par négligence.

L’issue de l'aménorrhée doit varier suivant une infinité de circonstances. La difficulté de la guérir et le danger qu’elle entraîne dépendent, toutes choses égales d’ailleurs, de la cause qui l’a déterminée, de son ancienneté , et des symptômes qui l’accompagnent. En général , celle qui provient d’un accident laisse beaucoup plus d’espoir que celle qui lient à la constitution de l’individu; la première cède quelquefois aux remèdes administrés à propos , ou guérit parles seules forces de la nature, tandis que la seconde plus rebelle occasionne les plus grands dérangemens de l’économie , et quelquefois la perle de l’individu , en dépit des ressources de l’art.

Une suppression déjà ancienne et à laquelle la femme s est déjà habituée pendant plusieurs mois ou meme pendant plusieurs années , nè laisse presque aucun espoir de guérison. Hippocrate cite néanmoins une jeune fille dont les règles , supprimées depuis sept ans , reprirent leur cours naturel ii la suite d abondantes déjections alvines. La femme de Gorgias , de Larisse , vit aussi reparaître cet écoulement périodique, dont elle étoit privée depuis quatre ans, après une grossesse et un accouchement a terme. Mais de telles exceptions sont si tares , qu on oserait a peine en espérer le retour.

Enfin , les symptômes ou maladies qui accompagnent ou suivent l’aménorrhée, sont d’autant plus

difficiles à combattre et à détruire , qu’ils sont plus intenses et plus fréquens. Qui oseroit promettre de rendre la santé à une femme naturellement pléthorique et sanguine, chez laquelle la suppression des menstrues auroit détermine une congestion de sang dans quelqu’une des cavités splanchniques ? La frénésie, l’apoplexie , la paralysie , la péripneumonie, la suffocation, la palpitation de cœur, l’inflammation des viscères abdominaux ou du péritoine qui peuvent survenir alors , sont des accideus si dangereux, que la terminaison n’en est presque jamais salutaire. Il en seroit de même d’une bydropisie de l’abdomen ou de l’ovaire , chez la femme d’un tempérament très-lymphatique. De ce nombre sont encore les névroses variées , telles que la manie, 1 hystérie , l’épilepsie, les convulsions , le tétanos et les anomalies des fonctions des sens, chez une femme excessivement nerveuse , dont la mobilité et 1 irritabilité sont entretenues , fortifiées et meme exaltées par une éducation mal soignée , par des sensations vives , par des affections morales profondes , et surtout par un genre de vie entièrement opposé aux lois de l’hygiène et aux préceptes de la morale. C’est bien alors que la cause et l’effet influent l’un sur l’autre -, et se prêtent un appui réciproque pour se jouer de tous les remèdes, et précipiter la malade dans un abîme de maux.

Quelle sera donc la conduite de l’homme de Part, concernant l’aménorrhée ou suppression des

menstrues ? Nous ne saurions mieux l’indiquer ici qu'en donnant une analyse succincte des règles tracées par 3e docteur Royer-Collard dans son excellente dissertation. Il divise le traitement de celle maladie en préservatif et en curatif; le premier n’a d’autre but que d’empêcher le développement des causes prédisposantes , et de prévenir l’action des causes occasionnelles ; le second attaque directement les effets des unes et des autres.

Le meilleur moyen d’empêcher le développement des causes prédisposantes est d’atténuer ou de fortifier 3 influence du tempérament , selon qu’il est vicieux ou favorable ; et pour cela il suffit de lui opposer constamment, et avec le plus de soin possible , le genre de vie et l’éducation , ou de les

faire marcher dans le même sens. On peut consulter la-dessus l’hygiène de la femme que nous avons déjà exposée.

Quant aux causes occasionnelles, elles agissent lentement ou d’une manière subite. Il faut toujours se soustraire a i influence des premières, si l’on peut, ou en affoiblir les funestes effets, si l’on y est inévitablement assujetti. Ainsi, par exemple, la femme est-elle au sein de la misère ou de l’in fortune, la patience, le courage et la résignation l’aidei ont à supporter son état. Cependant elle tâchera d éviter alors les alimens nuisibles, la malpropreté, 1 excès du travail, ainsi que l’oisiveté qui la plont,eioit dans une dangereuse apathie. Eprouve-t-elle

Ics premières altenit.es de 1 amour ou de tout autic affection morale , dont elle prévoit les suites malheureuses , elle doit lui résister et l’étouffer dès sa naissance. Enfin, est-elle exposée à des écarts de régime , qu’elle écoute la voix de la sagesse qui lui commande la sobriété ou au moins l’abstinence de tout ce qui pourrait altérer sa santé.

Les précautions relatives aux causes occasionnelles , dont l’action est subite , se réduisent a éviter , pendant que les règles coulent, toutes les impressions extérieures vives, principalement le froid, l’humidité, la frayeur, l’emportement, le chagrin violent ou inattendu. Que la femme n’oublie pas , à cette époque, de fuir les objets capables d’ébranler sa sensibilité, qui est devenue plus grande -, quelle prévienne aussi les personnes qui l’entourent, afin d’en obtenir des soins et des ménagemëns dont elle a moins besoin dans tout autre temps.

Le traitement curatif de 1 aménorrhée consiste moins à donner des remèdes qu’à déterminer les circonstances où ils conviennent. Qu’on n’imite point le charlatan qui colporte toujours la même recette , et l’applique à tous les cas sans distinction ; mais qu’on étudie et qu'on approfondisse la nature de la maladie , avant de l’attaquer ; c’est là ce qui constitue la médecine éclairée ou proprement dite , dont les moyens varient suivant les causes occasionnelles , les causes prédisposantes , et les symptômes qu’il s’agit de combattre.

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Lorsqu’une cause quelconque supprime brusquement les règles, il faut tâcher dé les rappeler à l’instant, et de calmer les symptômes s’ils sont violons. Pour remplir la première indication , on a recours aux pédiluves chauds ou aux bains de siège , secondés d’une légère infusion de fleurs de tilleul , quand la suppression dépend d’une impression de froid ou d’humidité. L’application des sangsues à la vulve convient aussi dans le meme cas , et manque moins souvent son effet que la saignée du pied. On a soin d’appliquer des fomentations émollientes et légèrement narcotiques sur l’hypogastre. Si l’aménorrhée dépend de quelque affection morale , on tâche d’en émousser la vivacité et d’en diminuer 1 effet sur 1 esprit de la malade ; du reste, on tente les moyeus ci-dessus , et l’on insiste principalement sur les bains et sur les caïmans.

Dans aucun cas, point d’emménagogues actifs tels que les huiles essentielles de rue et de Sabine , à moins qu il n y ait ni disposition à la pléthore , ni ii 1 italion, ni spasme chez la femme ; encore faudroitd alors en faire précéder l’usage de saignées locales ou de pédiluves chauds , et en atténuer 1 acreté par le mélange des mucilagineux et des adoucissans.

L’électricité dont le courant seroit dirigé à travers l’utérus, à l’aide d’une baguette de communication avec le conducteur d’une part , et d’une pointe de l autre, a été employée avec succès pour provoquer le retour des règles. Mais il seroit fort

imprudent, et même dangereux de débuter par un tel remède chez les femmes pléthoriques , disposées à l’apoplexie ou au crachement de sang * ainsi que chez celles dont la fibre seroit dans l’état de tension et d’érélisme. Il faudroit nécessairement commencer par la saignee et les evacuans, dans le piemier cas , et par les demi-bains et les délayans dans le second. L’électricité ne peut être mise en usage sans précaution antecedente , que lorsque la suppression des règles est due à l’atome ou a quelque autre cause indépendante de la pléthore et de l’érélisme, qui pourroient alïecter toute l’économie en général , ou les organes génitaux en particulier.

Les remèdes propres à calmer les symptômes qui éclatent quelquefois au moment de la suppression , doivent être analogues aux circonstances individuelles. La femme est-elle sanguine, pléthorique, on la saigne plus ou moins fréquemment. Est-elle assoupie , fortement oppressée , ou lui applique de larges vésicatoires. Enfin, lorsque les symptômes sont purement nerveux , on lâche de les apaiser par les anti-spasmodiques , tels que l’odeur de l’ammoniaque ou de l’acide acétique qu’on fait respirer, l’assa-fetida à l’intérieur et en lavement , les potions avec le camphre , l’éther et l’opium à plus ou moins forte dose, des compresses trempées dans les dissolutions aromatiques et appliquées sur le bas-ventre, les bains entiers prolongés jusqu’au retour du calme. Ici , les propos consolans, l’éloignement de tous les

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objets qui ont pu effrayer ou troubler la malade , et surtout les impressions douces et la vue de personnes agréables , ne peuvent que concourir à dissiper l’orage.

Pour traiter convenablement les suppressions lentes ou qui persévèrent plus ou moins long-temps , il faut être attentif à saisir les époques de la menstruation, qu’on reconnoît ordinairement à l’exaspération des symptômes, surtout utérins. C’est alors le moment de seconder la nature qui travaille à rétablir l’excrétion périodique. L’application des sangsues et la saignée du pied ne sont efficaces que pour remédier à la congestion utérine; hormis ce cas, elles augmentent souvent le désordre , au lieu d’accélérer la guérison. Il en est de même des autres moyens actifs qui ont été indiqués pour les suppressions subites, lis sont plus nuisibles qu’utiles, quand on les emploie à contre-temps.

Mais on a beau provoquer artificiellement le retour des règles ; tant qu’elles ne couleront pas d’une manière naturelle , la guérison ne sera que momentanée et incomplète. Il faut donc encore, dans les intervalles des époques menstruelles, éloigner les causes occasionnelles de l’aménorrhée , et observer un régime conforme à l’état où l’on se trouve. Que la femme epuisée par des maladies antérieures, par le defaut de nourriture et l’excès de travail , commence par réparer ses forces. Les bons alimens et le repos conviennent ici, et non la saignée générale

ou locale. Les hémorragies ou autres évacuations débilitantes doivent être d’abord réprimées : 1 abus des plaisirs de l’amour exige la continence, ou du moins une très-grande -réserve jointe a une nourriture succulente , aux bains froids et a 1 exercice modéré. E^iste-t-il des affections morales vives , on les combat; et si l’on ne peut en tarir la source , ou cherche du moins à les tromper par toute sorte de distractions. Ainsi une jeune fille que l’amour dévoré doit s’unir à l’objet de sa passion , ou s’en éloigner entièrement. Dans le dernier cas , le changement de domicile , les voyages , la promenade fréquente, les consolations de l’amitié , le travail du corps , et tout ce qui est propre à faire naître des goûts nouveaux , peut diminuer ou émousser la vivacité des impressions qui ont tourmente 1 ame. Enfin, aux écarts de régime on doit substituer l’observation des lois de l’hygiène violées ou négligées ; a la gloutonnerie ou à l’in tempérance dans les repas, la sobriété; à la mollesse et à l’oisiveté , l’activité et le travail ; à des habitations humides, marécageuses, un séjour plus sain, un air plus pur ; et ainsi des autres.

Le traitement doit aussi varier par rapport aux causes prédisposantes qui existent dans le tempérament et le genre de vie. Les saignées , tant générales que locales , les boissons rafraîchissantes et légèrement laxatives, les eaux minérales acidulés conviennent aux femmes pléthoriques. Toutefois l’application des sangsue^ à la vulve pourroit augmenter

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]a congestion utérine déjà existante, si une ou plusieurs saignées du bras n’avoient suffisamment désempli loin le système vasculaire. Les tempéramens lymphatiques peuvent retirer de grands avantages des toniques et même des eminenagogues , surtout si la suppression est ancienne. On passe successivement des infusions aromatiques et ameres aux préparations martiales , aux eaux minérales ferrugineuses, dont on seconde l’effet par des lavemens stimulans, par des fumigations aromatiques , par des fomentations analogues sur l’hypogastre, et par quelques purgatifs irritans , où l’on fait entrer 1 aloes et le jalap à petites doses. Enfin on vient, dans quelques cas , aux substances les plus énergiques , telles que la rue , la Sabine , l’ellébore noir ; mais ces moyens exigent tant de précautions , qu’on peut les suppléer efficacement et avec moins de danger par l’électricité. Nous avons déjà exposé la marche qu’on doit suivre à l’égard des femmes excessivement nerveuses , et de celles qui ont à se reprocher des écarts habituels de régime. Les premières ne peuvent trouver de soulagement que dans l’usage des anti-spasmodiques, ou légers narcotiques ; et les secondes, dans le changement de conduite.

Quant aux maladies secondaires de l’aménorrhée , elles s’évanouissent ordinairement par le retour des règles à leur état naturel. Néanmoins, s’il survenoit des symptômes trop violens , il faudroit les combattre par des moyens convenables. Les phlcgmasies

exigent les saignées et les anti-phlogistiques en général ; les hémorrhagies supplémentaires doivent être respectées, à moins que la sauté de la femme n’en soit. altérée. Dans tout autre cas, les attaquer ou leur opposer des astringens, ce seroil exposer les malades à des accidens innombrables. Dans l’explosion des affections nerveuses, les anti-spasmodiques donnés à propos calmeront les secousses les plus fortes. Point de répercussifs pour guérir les éruptions cutanées ; il ne faut viser qu’à rappeler le flux menstruel qui guérira tout. Eufin les maladies lymphatiques proprement dites, la phthisie, l’hydropisie , le cancer, laissent plus ou moins d’espoir, selon leur degré d’ancienneté. Passé un certain temps , on ne doit plus les considérer comme purement symptomatiques > et leur marche est absolument indépendante de l’aménorrhée.

ARTICLE III

De la déviation ou aberration des Menstrues.

La menstruation ne se dévie ou ne s’écarte jamais de son émonctoire naturel , pour prendre des routes insolites, sans avoir été préalablement supprimée; en sorte que la déviation des règles tient aux mêmes causes que leur suppression ; ou bien la première de ces deux maladies n’est qu’une conséquence ou une affection supplémentaire de la seconde. C’est une sorte d’aberration de la force exhalante, qui, détournée du système utérin , erre dans l’économie,

et s’arrête sur tous les points où elle est appelée par une action sympathique de la matrice , ou par une irritation quelconque. Nous n’avons donc rien de particulier à dire ici sur l’étiologie , puisque nous l’avons. exposée à l’article de l’aménorrhée.

Quant aux symptômes, ce ne sont que des hémorrhagies extrêmement variées, dans lesquelles le sang coule par des endroits du corps , dont on trouve l’énumération dans la physiologie de Haller ; tels sont le nez, les oreilles, l’angle nasal de l’œil, la - touche , les voies salivaires, l’alvéole d’une dent , les joues , l’estomac d’où le sang sort, par le vomissement , les voies pulmonaires , les vaisseaux hémorroïdaux , l’anus , les organes urinaires , les plaies , les ulcères, des croûtes ou éruptions cutanées, les pores de la peau, la suture pariétale, les mamelles, le nombril, le genou, le jarret, les aines, les extrémités pulpeuses des doigts et des orteils, le moignon d’un membre amputé , des tumeurs variqueuses formées en différens points, etc.

Le diagnostic n’offre pas la moindre difficulté dans celte circonstance ; il ne s’agit que de reconnoîlre , d’une part, la suppression des règles , et de l’autre , la voie insolite par où coule l’hémorrhagie supplé mentaire. Cependant on tâchera de s’assurer si la déviation ou aberration menstruelle ne tient point à la grossesse , pendant laquelle on a vu quelquefois des femmes rendre du sang par les veux , par la bouche, par le nez, etc. -, mais nous ayons déjà

indiqué les précautions à prendre pour éviter la méprise eu pareil cas.

Il s’en faut bien qu’on doive porter le meme jugement sur toutes les hémorrhagies qui succèdent à la suppression des menstrues. Quelquefois elles n indiquent que des efforts salutaires , par lesquels la nature cherche à se débarrasser d'une surabondance de sang , en attendant que l’art en ait rétabli le cours habituel ; c’est ce qu’on observe pour l’ordinaire chez les femmes pléthoriques. Mais il n’en est pas de même de celles qui sont naturellement foibles , lymphatiques ou excessivement nerveuses; celles-ci ne se trouvent jamais bien du dérangement d une fonction, quelle qu’en soit l’importance. En général, les aberrations des menstrues sont plus ou moins redoutables selon l’âge , le tempérament et le genre de vie de la femme , selon l’espèce d’hémorrhagie supplémentaire, selon les organes qu’elle attaqué, et selon le degré d’irritation ou d’alteration qu elle y occasionne.

Rétablir les règles dans leur état naturel, voilà précisément à quoi se réduit tout le traitement de leur déviation. Dès que cette fonction aura repris son cours ordinaire, toutes les hémorragies qui la remplacoient disparoîtront d’elles-mêmes , ou pourront être supprimées sans inconvénient. Or, les moyens d’arriver à cet heureux résultat sont les mêmes que ceux dont nous avons donné le détail, en indiquant le traitement de l’aménorrhée.

ARTICLE IV

Des Maladies aiguës qui peuvent compliquer la Menstruation.

La femme n’est peut-être jamais plus exposée à tomber malade qu’aux approches de la menstruation et pendant la duree de cet écoulement périodique, Devenue alors plus sensible et plus irritable, elle a plus à redouter l’impression ou l’influence des causes physiques et morales. Voilà sans doute pourquoi il n’est pas rare que la menstruation se complique avec des maladies aiguës , telles que la fièvre inflammatoire Ou bilieuse , la pleurésie, la péripneumonie, la péritonite , l’angine, l’érysipèle, etc.

Or, quelle sera la marche à suivre dans des cas si épineux? Faut-il se borner au rôle de simple spectateur , et livrer ces sortes de maladies à ellesmêmes , pour attendre que la menstruation en devienne la crise salutaire ? ou bien doit-on leur opposer les ressources d’une médecine active , sans craindre de troubler le cours actuel ou très-prochain des règles ? Telle est la question qui embarrasse et divise quelquefois les praticiens même les plus consommés.

Cependant ou ne sauroit disconvenir qu’on n’exposât la femme aux plus grands dangers , si l’on s’en rapportoit aux seules forces médicatrices de la nature pour la guérison de toutes les maladies aiguës qui précèdent , accompagnent ou suivent l’écoule-

nient des règles. On verroit souvent empirer ces maladies ; et celles qui seroient de nature à parcourir rapidement leurs périodes , auroient bientôt immolé leurs victimes , si on ne leur opposoit promptement le remède convenable. 11 est certainement des occasions où la médecine active est plus indiquée par la nature du mal , que contre-indiquée par la présence ou par la proximité des règles.

De deux choses Tune : ou la maladie aiguë qui complique la menstruation est très-grave , ou elle est légère et peu redoutable. Dans le premier cas, nul doute qu’il ne faille agir sur-le-champ , sans avoir égard aux préjugés, ni aux craintes qui pourroient arrêter des praticiens pusillanimes ; dans le second , comme le danger est moins imminent , on peut épier ou attendre l’occasion la plus opportune de secourir la malade. Mais quelques exemples donneront encore plus de clarté à ces règles de pratique.

Supposons une femme attaquée , pendant l’ecoulenient de ses règles , d’une violente péripneumonie ou d’une lièvre inflammatoire très-intense , avec des signes de congestion à la tête ou ailleurs : n est-il pas évident que la saignée est alors des plus urgentes, et que la négliger c’est risquer de précipiter la malade dans le tombeau ? Il en seroit de meme si 1 une ou l’autre de ces deux maladies survenoit immédiatement avant ou après la période menstruelle ; a plus forte raison, la saiguée seroit-elle indispensable.

si la- suppression ou le retard des règles en èloit la cause occasionnelle. Mais où faudroit-il la pratiquer ? au bras ou au pied ? Peu importe , pourvu qu’on tire assez de sang , et qu’on abatte trèspromptement la maladie. L’application des sangsues me'riteroit alors la préférence selon quelques médecins ; mais elle seroit insuffisante pour opérer une déplétion subite du système vasculaire. En général , la saignée ne peut jamais être nuisible dans les pblegmasies qui existent conjointement avec les règles, à moins que celles-ci ne soient critiques : circonstance que le médecin exercé doit savoir distinguer. L’hémorragie utérine arrive alors au milieu ou vers le déclin de la maladie ; elle n’est accompagnée d’aucun trouble , et les symptômes qui existoient auparavant s apaisent ou disparoissent à mesure que Je sang coule. Ce seroit donc bien sans fondement qu on redouteroit la saignée , même du bras , si la femme , durant l’écoulement des règles , étoit attaquée cî’une maladie inflammatoire très -aiguë. D ailleui s cette maxime a ete sanctionnée par les praticiens même les plus distingués. Delà Motte et de Haën hesitoient— ils de prescrire la saignée pendant 1 écoulement des réglés ou des lochies ? Ils étoicnt donc persuades que cette évacuation artificielle ne pouvoit etre remplacée par aucune autre.

Mais ce que nous avons dit de la saignée pour les pblegmasies aiguës, peut- il s’entendre également des vomitifs et des purgatifs dans les fièvres bilieuses

qui surviennent durant la menstruation ? Il est certain que l’embarras des premières voies n est guère moins redoutable que la pléthore du système vasculaire. Tous les praticiens savent que , s il n est pas combattu à propos , il peut irriter les organes de la digestion , et faire dégénérer les maladies avec lesquelles il se complique. Ce seroit donc encore une crainte mal fondée que de s’abstenir des vomitifs ou des purgatifs , quand il s’agit de debarrasser 1 estomac ouïe conduit intestinal. Ces sortes d’évacuans ne sont pas plus contre-indiqués que la saignee par l’écoulement des règles. Stalh, parmi les modernes, étoit si pénétré de cette vérité , qu’il ne se dispensoit jamais de faire vomir ou de purger les femmes dans le commencement des fièvres bilieuses ; et en cela il se conformoit au précepte d Hippocrate qui, dans les maladies très -aiguës , recommandoit de purger sans délai, lorsque la matière étoit en pleine turgescence. C’est donc au praticien à bien examiner l’état de la maladie , afin d’en saisir la véritable indication , et d’agir sur-le-champ ou de temporiser suivant le cas.

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