‹ Traité des maladies des femmesChapitre 12 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des Maladies des Femmes à l’âge critique ou à la cessation des Règles.

Rien de plus naturel que la cessation des règles, lorsque les fonctions organiques de la matrice tou-

client à leur ternie. Comme il n’y a plus de pléthore -ou de surabondance de sang après cette époque , il ne peut plus y avoir d'hémorrhagie chaque mois par les vaisseaux utérins. On ne doit donc pas s’étonner si, comme l’observe Fothergill , plusieurs femmes cessent d’être fécondes, sans éprouver aucune altération dans leur santé , et si quelques-unes même, naturellement foibles et délicates, ou épuisées par des évacuations copieuses, se trouvent très-bien de n’y être plus assujetties , et semblent reprendre alors une nouvelle vigueur. Mais malheureusement toutes ne jouissent pas du même avantage ; il n’est réservé qu’à celles qui ont vécu suivant le vœu de la nature , qui ont goûté le plaisir d’être mères de famille , qui ont. mené une vie active et laborieuse, et qui, en un mot, n’ont jamais enfreint les lois de l’hygiène ni les préceptes de la saine morale.

Au contraire , les femmes dont les mœurs ont été dissolues, et dont les jours ont été marqués par autant d’écarts de régime , doivent s’attendre aux plus grands orages , quand elles arrivent à l’époque critique. On peut en dire autant de celles qui, sous prétexte de veiller à leur conservation et de rendre la cessation des règles moins tumultueuse, abusent alors des purgatifs apoétiques, de la saignée, des cautères et de cent autres remèdes qui n’ont du crédit que parmi les charlatans ou les commères. Qu on considéré d’un côté les rapports sympathiques de l’utérus avec toutes les fonctions de l’éco-

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nomie animale ; qu’on rapproche de l’autre les observations des praticiens sur les diverses maladies aiguës ou chroniques dont la cessation des règles se complique , ne sera-t-on pas forcé de convenir avec le père de la médecine , que la matrice cause une infinité de misères à la femme , et qu’elle en rend la destinée presque déplorable? Affections locales , telles que la mélrile aiguë ou chronique , de£ polypes , la leucorrhée , le cancer de la matrice ou des mamelles, le squirrhe et l’hydropisie des ovaires, etc. ; affections générales plus ou moins variées , comme attaques de rhumatisme ou de goutte très-disposées à rentrer dans le corps et a y produire des maux innombrables -, éruptions irrégulières de phlegmons , d’érysipèles , de dartres et d’autres maladies cutanées plus ou moins rebelles sur les membres supérieurs et inférieurs ou sur le tronc ; affections des yeux , des oreilles , des membranes , des viscères ; névroses de toute espèce , spasmes , mouvemens convulsifs , coliques violentes , flatuosités incommodes ; hoquets irréguliers, bruyans; suffocation de la région précordiale, ou étranglement du larynx et de l’œsophage ; insomnies ou rêves fatigans , tranchées douloureuses de 1 utérus qui simulent le travail de l’accouchement: état de consomption et de langueur qui conduit plus ou moins rapidement la femme à la mort : tel est l’épouvantable tableau des désordres que la cessation des règles peut occasionner dans l’économie,

lorsque des imprudences plus ou moins répétées troublent ou entravent la marche de la nature.

Toujours fidèles au plan que nous avons adopté, nous ne décrirons ici que les maladies locales ou propres au système utérin ; et pour ce qui concerne les maladies générales, dont le détail seroit immense, nous nous bornerons à tracer les principales réglés de conduite qui peuvent en préserver la femme, J ors de la cessation des règles.

ARTICLE PREMIER

Dës Maladies locales ou propres au système utérin lors de la cessation des Règles.

Ces maladies affectent le tissu propre de la matrice et de ses dépendances, comme la me'trite , le cancer de ce viscère , et par sympathie celui des mamelles, le squirrhe et Phydropisie de l’ovaire; ou bien elles n’ont leur siège que sur la membrane

muqueuse qui en tapisse la cavité, comme la leucorrhée et le polype.

SECTION PREMIERE

De la Mètrite aiguë et chronique , de V Ulcère, du Squirrhe et du Cancer delà Matrice.

La metnte ou inflammation de la matrice peut se diviseï en aiguë et en chronique , suivant qu’elle parcourt lapidement ou lentement ses périodes. Quoique ces deux especes de maladies reconuoissent

à peu près les mêmes causes, et que la dernlèie puisse être l’effet de la première , on a neanmoins observé qu’elles pouvoient exister isolément ou indépendamment l’une de l’autre. La métrite aiguë succède plus souvent à d’imprudentes et violentes manœuvres durant un accouchement laborieux ; a l’opération césarienne ; à la suppression brusque des menstrues ou des lochies ; à l’impression subite d’un air froid sur la vulve et la matrice -, à des violences externes , comme coups , chutes sur l’hypogaslre ; à l’abus d’alimens échauffans ; à de vives affections de l’ame. La métrite chronique au contraire est ordinairement le résultat d’une irntation locale produite par l’usage immodéré des plaisirs vénériens ; par des pessaires ; par l’infection syphilitique ; par les vices scorbutique, scrophuleux , psorique ou dartreux qui se fixent sur la matrice ; par des leucorrhées ou fleurs blanches habituelles dont la matière est plus ou moins âcre ; par les astringens administrés à contre-temps pour supprimer quelque écoulement utérin ; par des ligatures trop serrées autour des lombes 5 surtout par des écarts ou imprudences que les femmes commettent à 1’ 'époque où les règles cessent. Voilà sans doute pourquoi celte maladie , ainsi que l’ulcère, le squirrhe et e cancer de la matrice qui en résultent , ont etc observés plus fréquemment entre quarante et cinquante ans , qu’à toute autre époque de la vie. ^ L’ordre sembleroit donc nous astreindre a ne

DES MALADIES DES FEMMES. l3t décrire ici que l'inflammation chronique, et à renvoyer l’inflammation aiguë parmi les maladies qui suivent l’accouchement. Mais comme ce seroit là séparer en quelque sorte les deux parties de la même question, nous aimons mieux les traiter de suite, ou les réunir dans le même tableau.

La métrite aiguë se déclare brusquement, ou prélude par un sentiment alternatif de frisson et de chaleur; peu de temps après, l’hypogastre se tend et devient si douloureux, que l’impression de la main ou le poids des couvertures est insupportable. La femme y éprouve une espèce d’ardeur et de pesauteur qui se propage jusqu’aux aines, aux lombes, à la vulve , au périnée et à la partie supérieure des cuisses , quelquefois dans toute l’étendue des membres abdominaux ; il semble que la matrice soit tiraillée, mordue, pincée, arrachée; la femme, selon Mauriceau, est forcée de se coucher sur le dos, tant elle souffre en se tournant sur les cotés; un liquide sameux ou rougeâtre coule par les parties sexuelles ; le doigt porté sur le col de la matrice ne fait qu’en aigrir la douleur.

A ces symptômes qui affectent spécialement le système utérin, se joignent des changemens notables dans d’autres systèmes et dans presque toutes les fonctions de l’organisme; les traits de la face sont altérés; le pouls est dur et concentré, la débilité excessive ; douleurs sourdes et aiguës aux seins ; mal de tête violent , surtout vers le synciput; soif

traite

ardente et inextinguible , sécheresse et âpreté de la langue; suppression ou dérangement des régi ers ou des lochies ; quelquefois vomissemens , léger délire ou sorte de rêvasserie ; obscurcissement de la vue , sueurs partielles au front, refroidissement ou tremblement des extrémités ; agitation , mouvemens convulsifs, affection comateuse, surdité , difficulté de respirer , cris plaintifs arrachés par la violence de la douleur; ténesme ou constipation opiniâtre ; interruption ou évacuation de l’urine douloureuse , difficile , impossible : tel est l’ensemble des traits qui caractérisent la metrite

aiguë.

Celte inflammation peut avoir son siégé dans di férentes parties de la matrice , ce qui doit nécessairement occasionner quelques légères différences dans les symptômes. Ainsi le fond de ce viscère estil enflammé , on sent une tumeur douloureuse dans la région supubienne. Est-ce le col utérin qui est plus directement affecté, alors l’orifice eu est dur , retiré sur lui-même , et très-sensible au moindre attouchement; enfin , la femme se plaint de strangurie ou de dysurie , de ténesme ou de constipation, selon que la face antérieure ou postérieure de la matrice est plus ou moins gonflée par 1 inflammation.

La marche de la métrite chronique est bien di erente. La femme n’éprouve d’abord a la matrice

qu’une douleur obtuse, accompagnée de quelque

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dérangement dans la menstruation. Le doigt introduit dans le vagin , de concert avec la (ace palmaire de l’autre main appliquée sur l’hypogastre, trouve bien le col et le corps de ce viscère un peu plus volumineux qu’à l’ordinaire ; mais la douleur y est à peine sensible.

Cependant la maladie fait des progrès ; la douleur s’aggrave et prend de l’intensité ; l’utérus s’engorge de plus en plus, et acquiert plus de pesanteur ; de là des liraillemens plus ou moins incommodes dans les aines et les lombes , dans les hanches et les membres inférieurs , le relâchement ou la chute incomplète de l’organe affecté. Arrivent; enfin une foule d’autres symptômes ou affections sympathiques qui dérangent entièrement la santé de la femme, et l'entraînent inévitablement à sa perte , si l’on ne remédie point à l’affection primitive.

Mais si ces deux espèces d’inflammations diffèrent tant par rapport à leurs symptômes , elles diffèrent aussi beaucoup par rapport à leur issue. La première peut se terminer par résolution vers la fin du premier ou du second septénaire , comme dans un exemple rapporté par le docteur Landré-Beauvais ; ou bien par suppuration, comme dans des cas observés par Mauriceau, Vanswieteu, de Lamelle. L’abcès peut se former alors dans différentes parties du tissu utérin , et s’ouvrir dans le conduit intestinal ou dans le vagin, ou bien se vider par des voies insolites qui restent plus ou moins de temps fistuleuses.

Les observations de Selle attestent aussi qu’on a trouve la matrice engorgée, meurtrie , rompue dans son orifice et comme gangrenée, chez des femmes qui avoient succombé à cette violente maladie.

Enfin , la métrile chronique peut être une des suites de la métrite aiguë ; mais elle peut aussi exister primitivement , et avoir ses terminaisons propres qui ne sont que des dégénérescences de l’organe affecté, ou différons degrés de la meme maladie. On a cru long-temps que la matrice passoil de l’état inflammatoire chronique à celui de squirrlie ou d’induration et ensuite à l’état d’ulcère et de cancer; mais de nouvelles recherches sur l'anatomie pathologique sembleroient prouver que l’ulcère précède le squirrlie, et que par conséquent le cancer, au lieu de commencer par le corps de la matrice , comme on le prétendoit anciennement , jetteroit scs premières racines sur la membrane muqueuse qui en tapisse la cavité, pour s’étendre de là aux autres, parties : sorte de progression opposée à celle que cette épouvantable maladie suit dans les autres systèmes , où l’on voit qu’elle affecte d’abord les organes glanduleux et parenchymateux , pour dévorer ensuite les tissus musculaires, membraneux , tendineux , cartilagineux et. meme osseux , qui avoisinent ce foyer de destruction.

Quoi qu’il en soit , l’ulcère attaque plus fréquemment le col utérin , peut-être parce que la texture on est plus compacte et moins susceptible de réso-

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Union quand il est enflammé, ou Lien parce que cette partie est plus exposee , son à 1 action des causes mécaniques , soit a 1 impression des virus étrangers. L’orifice ne tarde point alors a etre sensiblement affecté, même rongé. Le doigt n’y trouve tantôt qu’une espèce de rebord tres-douloureux et inégalement découpé , tantôt qu une substance fongueuse ou mollasse d ou suinte une matière purulente, ichoreuse , âcre et fétide, qui enflamme ou excorie le vagin et la vulve.

Lorsque le corps de la matrice est ulcéré , outre les souffrances que la femme y éprouve , l’engorgement ou afflux de liquides que î irritation y détermine , le rend encore plus volumineux. On découvre quelquefois ce viscère plus ou moins gonflé et raboteux à travers les parois de l’hypogastre où il s’élève jusqu’au nombril , tandis que son extrémité vaginale occupe entièrement le petit bassin. A. ces symptômes se joint l’issue d’un fluide puriforme et infect par les organes sexuels , l’interruption des déjections alvines et de l’urine , à cause dé la compression du rectum et de la vessie. Enfin , quelle que soit la partie ulcérée de la matrice , les douleurs s’exaspèrent par l’exercice, et même par l’approche conjugale : ce qui rend b un et. l’autre fort incommode à- la femme.

Le squirrhe de la matrice peut en attaquer aussi le col ou le corps , ou bien l'uu et l’autre en même temps. Dans tous les cas, l’induration est indolente

ou douloureuse ; la première ue cause d’autre incornmodite que celle du volume et de la pesanteur , d’où résultent des liraillemens dans le bassin , dans les 1 lombes et les aines , l’engourdissement des membres abdominaux , la difficulté d’uriner et d’aller à la garde-robe , quand la tumeur squirrheuse remplit le petit bassin.

Enfin, le cancer n’est autre chose que le squirrhe douloureux et ulcéré , ou le dernier terme de la dégénérescence utérine. Douleur fixe, gravalive , qui s’exaspère pendant la nuit , qui par intervalle devient lancinante, et ressemble à celle que produiroit une aiguille ou tout autre corps pointu ; chaleur âcre et mordicante dans tout le système utérin ; envies fréquentes ou continuelles, souvent inutiles , d’aller à la garde-robe et d’uriner; écoulement habituel de sanie fétide , brûlante, entremêlée de caillots de sang ou de lambeaux charnus et décomposés; quelquefois hémorrhagies abondantes et suivies d’une grande foiblesse , à cause de l’érosion des vaisseaux : tels sont les phénomènes les plus sensibles pour une femme dont la matrice est cancéreuse; alors le doigt trouve le col de ce viscère plus ou moins saillant, dur, arrondi, renversé, douloureux , échancré, entrecoupé de sinuosités , hérissé de tubercules, ou réduit en une masse fongueuse et mollasse, d’où le sang jaillit par la moindre pression. Quelquefois le cul-de-sac qui le sépare du fond du vagin, est entièrement effacé par le gonfle-

ment du globe utérin qui s’approche plus ou moins de la vulve. La main appliquée sur l’hypogastre y découvre aussi des cliangemens qui attestent une dé générescence plus ou moins complète de la matrice et de ses dépendances.

Ces symptômes, qui sont purement locaux, sont accompagnés ou suivis de dérangemens dans toutes les fonctions, surtout dans la digestion et la respiration ; nausées ou renvois mdoreux , vomisseroens de matières jaunâtres , verdâtres ou foncées , déjections liquides, noirâtres et infectes ; teinte jaunâtre, livide ou plombée de la peau ; altération des traits de la face, sur laquelle la douleur semble se peindre a chaque instant ; fièvre lente et continue , pouls petit, mais vif et serré ; toux sèche et lirailleniens de poitrine vers les clavicules et derrière le sternum ; presque toujours intégrité des fonctions des sens et des facultés intellectuelles; enfin, maigreur extrême de tout le corps, ou marasme et mort des plus douloureuses : telle est la marche du cancer utérin , qui tantôt se prolonge indéfiniment, et tantôt immole promptement ses victimes.

A l’ouverture des cadavres , la matrice paroît plus ou moins désorganisée , selon qu’elle est ulcérée , squirrheuse ou cancéreuse. Dans le premier état, la paitie affectée présente une surface recouverte dune sorte descarre que forme une couche pul|ide, mollasse et fongueuse; le squirrhe s’offre sous differens degrés de dureté, de volume et de

pesanteur. On a trouvé des matrices cartilagineuses, presque ossifiées, même pétrifiées. Quelquefois ce viscère conserve sa grosseur naturelle , ou devient plus petit; d’autres fois et le plus communément il est plus gros qu’à l’ordinaire ; on l’a vu peser de trente à quarante livres et même davantage; il n’est pas rare alors de trouver les parties circonvoisines adhérentes, endurcies et entièrement dénaturées. Le cancer produit encore de plus affreux ravages. La partie de la matrice qui en est le siège est plus ou moins rongée ; le pourtour de l’ulcère est rougeâtre , livide ou noirâtre, renversé, régulier ou inégalement circonscrit, dur ou mollasse; le fond en est recouvert de pus entremêlé de sang , ou d’une couche putride grisâtre, foncée, ou noirâtre, plus ou moins épaisse et facile à déchirer; les vaisseaux s’y montrent quelquefois à nu, gonflés ou déchirés et rendant un sang noir et encore fluide. La vessie, le rectum, le vagin, les trompes et les ovaires,

, même une portion du mésentère et du paquet intestinal, sont tantôt convertis ou confondus en une seule masse plus ou moins difforme , tantôt excoriés, ulcérés, percés en divers endroits, et complètement délabrés.

Il n'est pas toujours aisé de reconnoître , même au tact , la métrite chronique , d où proviennent laut de désordres , surtout lorsque le col utérin n’est point engorgé. On ne peut que soupçonner celte maladie d’après quelques signes avant-cou-

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reurs, tels que l’inflammation aiguë de la matrice, les écarts de régime qui ont précédé, etc.; ou d’après des indices que fournissent les femmes, comme un poids qu’elles sentent à la région hypogastrique, et qui, portant sur le rectum et le col de la vessie , occasioune la constipation ou la difficulté d’uriner ; des douleurs sourdes aux lombes , aux hanches, aux aines et aux cuisses. La suppression , la diminution, ou l’irrégularité des règles, des ménorrhagies plus ou moins abondantes , qui reviennent par intervalles , augmentent encore le soupçon. Mais ce qui empêche de reconnoîlre la mélrite chronique , et tourne le plus souvent au préjudice des femmes, c’est que, par une honte ou pudeur mal entendue , elles ont soin de n’en point parler dans le commencement , et quelles diffèrent d’appeler du secours jusqu a ce que les progrès du mal l’aient mis au-dessus des ressources de 1 art. Le diagnostic n offre plus de difficulté lorsque la matrice , réduite à l’état d ulcère ou de cancer , est deveuue un foyer d où s ecoulent des matières puriformes, ichoreuses et letides , et où la malade ressent des douleurs lancinantes et intolérables. Toutefois, dans ces circonstances , le toucher doit être pratiqué avec beaucoup d’attention ; il faut tâcher de distinguer le

sqmrrhe de la matrice d’avec les corps fibreux qui so développent dans l’épaisseur de scs parois ; Je premier peut passer a l’état de cancer, et les autres ne sont pas susceptibles de cette dégénérescence. Il faut

aussi prendre garde de confondre le gonflement squirrheux ou carcinomateux du col utérin avec un polype ou une fongosité, comme on dit que cela est arrivé à quelques praticiens. Mais le médecin et surtout l’accoucheur , pour peu qu’ils soient exercés , ne commettront jamais de semblables méprises ; ils distingueront toujours le col de l’utérus de toute autre partie par la présence de l’orifice qui le traverse, et dont les lèvres s’arrondissent, se renversent , se durcissent ou s’ulcèrent pendant la dégénérescence squirrheuse ou cancéreuse. Enfin , la prudence exige qu’on 11e touche point un cancer à la matrice , lorsqu’on a quelque plaie ou quelque écorchure au doigt : on risqueroit peut-être de s’inoculer le virus cancéreux , dont quelques faits semblent attester la con tainon.

Le prognostic de la métriie ou inflammation de la matrice, quelles qu’en soient la nature et l’espèce, n’est jamais bieu favorable ; la femme est presque toujours en danger de perdre la vie tôt ou tard. L’observation atteste néanmoins que la métrite aiguë n’est pas essentiellement mortelle , puisqu’elle peut quelquefois se terminer par la résolution, qui est toujours salutaire , ou par la suppuration, qui offre encore, quoique rarement, des chances heureuses; on assure même que des femmes ont survécu à la mmerèue de la matrice; mais ce cas -là paroit aussi peu vraisemblable que les deux autres sont rares, à moins que l’inflammation ne soit très-bornée et

peu violente , ce qui paroît contradictoire avec la gangrène.

Quant à la mélrite chronique , elle est d’autant plus dangereuse , qu’elle est souvent méconnue et néidi<ïée dans le commencement. A la vérité, Puzos pense que des ulcères utérins produits par des accouchemens laborieux guérissent sans qu’on se soit douté de leur existence. Mais quelle preuve a-t-on donc alors d’une aussi heureuse terminaison ? Morgagni , Aiberti, le professeur Pinel , rapportent aussi que le col de la matrice simplement engorgé ou même squirrheux , a repris son état naturel ; mais on ne cite aucun exemple d’un pareil succès , lorsque le corps de ce viscère étoit affecté d’ulcère , de squirrlie ou de cancer. Tous les praticiens s’accordent, au contraire , à regarder ces trois terminaisons de la mélrite chronique comme autant d’infirmités auxquelles il est impossible de remédier.

Le traitement de cette maladie doit nécessairement varier selon ses espèces et ses terminaisons. Dans la mélrite aiguë , le but principal est d’en favoriser la résolution par les moyens généraux et particuliers.

Oribase, Aëtius, Paul d’Ægine , Galien et Avicenne parmi Jes anciens , et parmi les modernes , MercurialiSjRiviere, Mauriceau, et Hoffmann, prescrivent d’abord la saignée du bras , et ensuite celle du pied, malgré la petitesse du pouls. Mais la dernière , ainsi que f application des sangsues à la

vulve, ne paroissent convenir que dans les cas où ïamétrite dépend d’une suppression des menstrues. Dans tout autre cas, il faut préférer la saignée du bras, dont Sénac et Dionis assurent avoir obtenu les plus grands avantages. Les sangsueà appliquées sous les mamelles ont aussi paru utiles pour détourner en partie l’irritation fixée sur la matrice.

Dans les premiers jours la malade doit être mise à une diète des plus sévères : on ne lui permettra que des boissons délayantes et mucilagineuses , telles que l’eau de veau ou de poulet, le petitlait, etc. , qu’on continuera jusqu’à ce que les symptômes de l’inflammation se soient apaisés.

En même temps on fera prendre à la femme des bains entiers ou des demi-bains tièdes ; on fera des fomentations émollientes sur l’hypogastre, on prescrira des lavemens analogues , et on insistera principalement sur les injections adoucissantes dans le vagin, d’après le précepte d’Hippocrate , ainsi que sur les bains de vapeurs dirigées vers la vulve.

L’intensité des symptômes et surtout de la douleur est-elle alarmante , on a recours à l’extrait aqueux d’opium, au sirop diacode, 5 l’éther, etc. C’éloit vraisemblablement dans ces circonstances que le père de la médecine faisoit aussi injecter le suc de solanum dans le vagin , lorsque la matrice s’etoit enflammée à la suite de l’accouchement.

Pendant l’emploi de ces remèdes , il est nécessaire

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que Ja femme garde le repos absolu 5 qu’on diminue le poids des couvertures placées sur l’hypogastre ; qu’on éloigne les matelas de laine ou lits de plume qui entretiennent trop de chaleur autour des lombes et du bassin ; enfin qu’on renouvelle fréquemment l’air , et qu’on l’entretienne à une douce température. L’appartement doit être peu éclairé et loin du grand bruit. Tout ce qui pourroit vivement affecter ou troubler le moral deviendroit également nuisible.

Si , malgré tous ces moyens , l’inflammation de la matrice continue au-delà du second septénaire , la suppuration est à craindre. Alors les symptômes s’apaisent, la fièvre diminue, et la douleur est moins vive pendant que le pus se forme. Mais dès que l’abcès est près de mûrir , il y survient des élanceuiens d’autant plus vifs que les parois en sont plus tiraillées avant de se rompre.

Enfin, le pus se fait jour hors de la matrice ou dans la cavité de ce viscère. Dans le premier cas , il tombe dans le bas-ventre , et la femme court le plus grand danger de périr, à cause de la macération de 1 intestin; ou bien l’abcès vient proéminer vers les parois de l’abdomen , et alors il faut l’ouvrir avant sa complète maturité , de crainte que le pus ne s épanché dans cette cavité ; ou bien enfin il traverse soit 1 intestin , soit la vessie , et s’échappe par l’urètre ou parle fondement, ce qui exige des injections et des lavemens détersifs, et surtout de grands soius de propreté.

Lorsque l’abcès s’ouvre dans la cavité utérine , le pus sort par son orifice et par le vagin , ce qui nécessite les mêmes soins que dans le cas précédent. Mais quelque attentif qu’on soit à seconder alors les efforts de la nature , il est bien à craindre que le foyer de la suppuration ,.au lieu de se cicatriser , ne dégénère en un ulcère incurable.

L’inflammation aiguë de la matrice peut se terminer aussi par la gangrène ; mais cela n’arrive guère , à moins que les symptômes n’en soient d’une violence extrême , ou qu’on n’ait abusé des narcotiques , des toniques ou des aslringens pour les combattre. On reconnoît cette dégénérescence à l’insensibilité de l’organe , à des frissons ou à des tremblemens , à des syncopes fréquentes , ainsi qu’à une puanteur horrible qui s’exhale de la vulve ; ou même, s’il faut en croire certaines relations, à la chute complète et spontanée de la partie gangrenée.

Les anti-sep tiques, dont le quinquina est le plus efficace , doivent être alors prescrits à l’intérieur ; on applique sur l’hypogastre des topiques spiritueux et excitans, tels que des compresses trempées dans l’alcool avec le camphre ; on fait des injections détersives et toniques dans le vagin. Dans le cas de.sphacèle complet, Rousset et Skenkius proposent de scarifier ou même d’extirper la matrice , opérations qu’on dit avoir eu le plus grand succès. Mais comment les pratiquer , a moins que la matrice ne

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soit dans l’état de procidence ou hors de la vulve , connue dans les observations rapportées par Ambroise Paré, Abraham Vater, etc. ? D’ailleurs après l’extirpation de cet organe, comment a-t-on empêché l’intestin et l’épiploon de tomber dans le petit bassin à travers l’ouverture qu’on a dû faire à la duplicature péritonéale qui unissoit le système utérin à la vessie et. au rectum? Plus ôu réfléchit sur les diflicullés que présente celte espèce d’hystérotomie, plus on y eutrevoit de dangers , et plus on est porté à douter qu’elle ait jamais été pratiquée , ou qu’elle ait été salutaire aux malades.

Mais passons au traitement de la métrite chronique et de ses terminaisons. Calmer l’irritation déjà fixée sur la matrice , détourner les mouvemens fluxionnaires quelle. peut attirer vers cet organe, ou dissiper l’engorgement qu’elle y a déjà occasioune , tel est le triple but que le médecin doit se proposer. Les bains et demi-bains émolliens, les fomentations analogues sur l’hypogaslre et autres régions voisines du système utérin , et les injections narcotiques composées avec la décoction de feuilles de morelle et de têtes de pavot , ou même avec la dissolution d’opium, sont les moyens les plus propres à remplir la première de ces indications ; mais il faut qu’on y ait fréquemment recours. Ils sont meme plus salutaires que 1 application des sangsues a la vulve , à l’anus ou aux aines , qui , selon quelques praticiens , paroîl exaspérer la maladie. Dés

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que l’irritation et la douleur de la matrice sont calmées, on rend les injections toniques, résolutives et légèrement fondantes , soit en y faisant infuser quelques têtes de camomille romaine , ou quelques sommités de petite centaurée, soit en y dissolvant un peu de sulfure ou de carbonate de potasse. Les douches ascendantes d’eaux sulfureuses convenablement dirigées dans le vagin, ne sont pas moins propres à favoriser le dégorgement de la matrice , lorsqu’elle n est plus douloureuse.

Veut- ou détourner la fluxion qui se dirige vers le système utérin , ou dissiper la congestion qui s y est déjà formée , on stimule , on irrite les parties qui* en sont plus ou moins éloignées , et principalement celles qui ont de la sympathie avec l’organe affecte. C’est dans ces circonstances qu on peut appliquer avec avantage un vésicatoire ou un cautère au bias, des ventouses sous les mamelles , aux aines , a 1 hj pogastre, au périnée, à la partie supérieure et interne des cuisses. Des pédiluves chauds et légèrement irritans procureroient peut-être aussi quelque soulagement, ainsi que des frictions sèches autour du bassin et sur les membres abdominaux.

L’ulcération de la matrice exige le même traitement. Les injections émollientes et légèrement detersives , quand il n’y a que peu ou point de douleur , et les injections narcotiques , quand la femme V ressent des élancemens, sont les moyens les plus propres à favoriser la cicatrisation , qu’on consolide

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ensuite par les douches ascendantes avec les eaux sul-

fureuses. Mais il est rare qu’on puisse se promettre ici de grands succès : les femmes ne se plaignent guère de cette maladie qu’ après l’avoir laissée empirer.

Le squirrhe est indolent ou douloureux. Dans le premier cas , les tains et les injections avec les décoctions émollientes et ensuite avec les eaux sulfureuses naturelles ou artificielles , qu’on réitère fréquemment, suffisent pour en opérer la résolution ou pour l’empêcher de faire des progrès. Mais on discontinue promptement l’usage de toute espèce de fondans , dès que le squirrhe devient douloureux , ‘ de crainte de le faire passer à l’état de cancer. À l’intérieur, on donne l’acétite de plomb, qu’on dissout dans des lisaues faites avec des plantes crucifères. On conseille encore l’extrait de ciguë, dont Stork assure avoir retiré quelques avantages. Peyrilhe recommande la décoction de gentiane avec le carbonate de potasse ; Evers , quatre ou cinq grains de belladone en poudre , avec autant de rhubarbe : des praticiens ont aussi recours au mercure doux. Mais nous répétons encore que l’on doit suspendre tous ces médicamens aussitôt que la matrice devient le siège de douleurs aiguës ou lancinantes. On tâche alors de les apaiser par des injections narcotiques, et d appeler ailleurs les forces vitales qui se concentrent sur le système utérin. Les exutoires et autres révulsifs ou dérivatifs dont nous avons déjà parlé, conviennent en pareil cas.'

traite

Enfin , le cancer utérin , maladie toujours incurable , n’offre d’autre indication que de pallier les souffrances des malades ; des injeciions plus ou moins chargées d’opium, des lavemens emolliens et narcotiques , pris quelque temps avant le repas , pour ne pas troubler la digestion ; les anti-spasmodiques et les caïmans de toute espèce , meme 1 extrait muqueux d’opium en pilules ou dans des poiions . tels sont les remèdes qui ont paru tromper, du moins pour quelque temps, la douleur cancéreuse , et en rendre les atteintes plus supportables.

On a beaucoup vanté le quinquina en décoction ou en substance , ainsi que les autres amers , pour soutenir les forces et pour s’opposer a la fièvre hectique, qu’on croit résulter de 1 absorption du vir us cancéreux. Mais cette fièvre n’est-elle pas plutôt l’effet de la foiblesse et de l’altération générale ? causée par la continuité du mal ?

Que dirons-nous de plusieurs substances auxquelles on attribue la vertu anti-cancereuse , telles que la ciguë , préconisée par Stork ; la belladone , par Withering ; le gaz sylvestre ou acide carbonique, par Peyrilhe ; la poudre de charbon , par Alphonse Leroi? De tels remèdes sont loin de mériter le litre de spécifiques ; et s’il est des cas où ils ont paru réussir , ou en cileroit une infinité d autres où ils ont échoue.

Nous ne terminerons pas sans faire observer que les femmes affectées de métrile chronique, d ul-

cère , de squirrlie ou de cancer utérin , doivent s’assujettir à un régime sévère , si elles veulent guérir dans le commencement , ou diminuer leurs souffrances vers la fin. Point d’alimens échauffans, point de salaisons , ni de viandes noires ou fumées , point d’épiceries, point de liqueurs spiritueuses , ni de café , ni de vin pur ; les végétaux , tels que les fruits d’été, les boissons acidulés, la diète lactée, et la viande des jeunes animaux , les poissons légers, doivent faire la base de la nourriture pendant ces terribles maladies.

SECTION II

Du Squirrlie et du Cancer des Mamelles.

Quoique nous ayons placé cette maladie parmi celles qui arrivent aux femmes depuis quarante jusqu’à cinquante ans, nous ne prétendons pas pour cela qu elles en soient exemples à d’autres époques de la vie. Il semble, au contraire, que le cancer affecte preferablement la matrice et ses dépendances quand il coïncide avec la cessation des règles, tandis qu il fixe ordinairement son siège aux mamelles, lorsqu il dépend de tout autre cause , ou qu’il précède 1 âge critique.

Si Ion considère d’un côté la texture des mamelles qui est éminemment lymphatique et glanduleuse, de 1 autre l’extrême sensibilité qui est nécessaire a ces organes pour la sécrétion ou l’élaboration du lait, et qui s’exalte par toute sorte d’irri-

ï 50 TRAITÉ

lalions locales ou sympathiques, on ne sera guère embarrassé pour expliquer la cause prédisposante de la maladie qui nous occupe. On observe aussi que les femmes très-mélancoliques y sont plus sujettes que les autres , sans qu’on en conçoive trop la raison , à moins qu’on ne la déduise de leur état nerveux et sensible. Enfin , Dionis rapporte que les religieuses en étoient fréquemment atteintes; fautil donc encore accuser la stérilité, le célibat et le veuvage , de disposer a cette affreuse maladie ?

Les causes occasionnelles du squirrhe et par corn séquenl du cancer aux mamelles , se divisent communément en externes et en internes. On assigne parmi les premières , les coups , les chutes , les compressions mécaniques , et en général toute espèce de violence capable de contondre ces organes , et d’en augmenter l’irritabilité, sans y déterminer une inflammation aiguë et très-intense.

Pour les causes internes , on ne connoît pas trop leur nature , ni leur manière d’agir. Les médecins sont néanmoins dans l’habitude d'attribuer le cancer des mamelles à l’abus d’alimens âcres et de liqueurs spiritueuses ; à la suppression d’évacuations ordinaires, telles que les règles, le flux hémorrhoïdal ; à la répercussion de quelque exanthème, comme d’une L'ale , d’une dartre ; à une dégénérescence de tumeurs scrophulcuses ; à des affections morales profondément senties, telles que des chagrins concentrés et long-temps prolongés , surtout vers le temps où les

des maladies des FEMMES. 1 5 f règles cessent, et où les femmes, naturellement sensibles, ajoutent au regret du passé la crainte de l’avenir. Quelquefois cette maladie vient spontanément ou sans cause connue ; en sorte qu un auteur a eu raison de la comparer à un enlant qui n auroit point de parens.

Le squirrbe des mamelles se manifeste par une ou plusieurs tumeurs , selon le nombre de glandes engorgées ; ces tumeurs sont dures , plus ou moins volumineuses et irrégulières , mais indolentes ; elles n’occasionnent aucune altération à la couleur de la peau. Ce n’est encore là que la première période du cancer.

Cependant le mal fait des progrès. La femme ressent dans le lieu affecté une sorte de titillation , de prurit et de chaleur, qui se change ensuite en une douleur lancinante, pongitive , brûlante. La couleur de la peau devient rouge, pourprée, bleuâtre , livide , noire; la tumeur est plus volumineuse, plus dure, plus raboteuse , plus saillante; les vaisseaux voisins paraissent gonflés, noueux, variqueux, noirâtres : tel est le second degré de la maladie , auquel on donne ordinairement le nom de cancer non ulcéré.

Enfin, l’épiderme s’enlève , la tumeur s’excorie, les vaisseaux se déchirent; il s'y forme un ulcère qui rend d’abord un ichor âcre et limpide , dont le fond se recouvre bientôt après d’une sanie putride, infecte, et dont les bords sont âpres, gonflés, renversés,

affreux , d’une couleur grisâtre , livide ou noirâtre; la peau voisine paroît ridée , contractée , crispée , comme grillée en certains endroits. La douleur y devient insupportable ; il semble que la mamelle affectée soit rongée , brûlée , déchirée , percée a coups de canif ou d’aiguille.

Ces symptômes qui ne sont , à proprement pai 1er, que locaux , sont accompagnes d hémorrhagies , de convulsions , de fièvre hectique , de maigreur , de syncopes ; quelquefois la diathèse cancéreuse se propage jusqu’aux os qu’elle rend plus ou moins friables ; on a vu des personnes dont ces organes se rompoient au moindre mouvement. Enfin , la mort la plus affreuse termine plus ou moins promptement cette scène de douleurs.

A ces traits, qui ne reconnoilroit le squnihe et le cancer des mamelles? Cependant il n est pas toujours facile de çhstmguer dans le principe une tumeur squirrheuse qui tend a s ulcerer et a se changer en cancer , de certains engorgemens qui sont susceptibles de resolution. U n y a quel expenence, c’est-à-diré , le succès ou l’inefficacité des remèdes qu’on tente , qui soit ici la véritable pierre de touche.

Il semble bien plus aisé de distinguer le squirrhe et le cancer accidentel ou local, de celui qui est constitutionnel ou général : distinction qui doit nécessairement influer sur le jugement que le praticien porte de cette maladie , et sur le degré d’espé-

rance qu’il a de la gue'rir. On reconnoît la première de ces deux affections à une tumeur locale, seule ou isolée , qui est survenue à la suite d’un coup, d une chute ou de tout autre accident ; qui a d’abord une grosseur peu considérable ou médiocre ; qui croît ensuite d’une manière lente et sans s’ulcérer, jusqu’à ce qu’elle occupe une plus ou moins grande portion de mamelle , sans adhérence avec les parties voisines ou sous-jacentes, ni engorgement des glandes lymphatiques plus ou moias éloignées. Toutefois les glandes traversées par les vaisseaux qui viennent de la tumeur pourroieul être sympathiquement affectées , sans que la maladie fut générale ou constitutionnelle. Il faut d’ailleurs que la femme soit jeune ou très-avancée en âge, et qu’elle ait un teint qui annonce la bonue santé ; que la menstruation , si elle n’a point cessé, ainsi que les autres fonctions de l’économie , ne soient point dérangées ; enfin , qu’il n’y ait alors ni écoulement de mauvaise nature par le vagin , ni soupçon de virus ou de vice , soit héréditaire , soit acquis.

Au contraire , les signes qui fout présumer le cancer constitutionnel ou général , sont certains virus ou vices dégénérés ou mal traités , tels que le vencrieu , le dartreux , le scorbutique , le scrophuleux ; 1 ancienneté de la maladie , ses progrès rapides , son volume énorme , ses adhérences avec les parties circonvoisines, l’engorgement des glandes sous-axillaires ; l’âpreté , l’inégalité , l’ulcération et

le suintement ichoreux de la peau qui recouvre la tumeur j la difformité complète de la mamelle , son accroissement en largeur; la rétrocession du mamelon dans le sein ; enfin , les cliangcmens qui surviennent aux autres fonctions de l’économie , tels que la gêne de la respiration , la langueur de la digestion , la perte ou l’irrégularité de 1 appétit , le vomissement , la diarrliée colliquative , la couleur jaune , terreuse ou plombée de la peau , le marasme et la fièvre hectique.

Dans la diathèse cancéreuse constitutionnelle ou générale , existe-t-il un virus qui , absorbe , circule avec les fluides et communique 1 infection a toute l’économie ? Ici les opinions sont partagées : d un côté , on ne conçoit guère qu’une matière corrosive puisse parcourir le système vasculaire , dont la sensibilité est excessive , sans en altérer le tissu ; de l’autre , comment, expliquera- 1- on certains effets contagieux du cancer, rapportes par des auteuis dignes de foi, sans admettre l’absorption et l’iuocu-

lation d’un virus qui seul peut se transmettre d un individu à l’autre , ou de la partie affectée à tout l’organisme animal ? Enfin, quelle nature assignerat-011 à des cancers qui , même dans l’état d ulcération , sont restés stationnaires pcndaut vingt ans , sans que les femmes aient été soupçonnées d eu être atteintes ? Admettra-t-on des cancers virulens et contagieux et d’autres qui ne le seront pas ? Ce sont là des questions sur lesquelles il faut rappeler

l'attention des praticiens. Toutefois, si cette maladie lenoit à un virus contagieux dont les humeurs seroient infectées, elle seroit peut-etre héréditaire. Mais l’observation semble repousser et confirmer en même temps cette conséquence ; cardes femmes ont été affectées de cancer, quoique leurs mères en fussent exemptes ; tandis que d’autres paroissoient eu avoir reçu le crerme en naissant. Peut-etre aussi

dans ce dernier cas, auroit-on dû seulement accuser la crainte que la fille avoit de succomber à la même maladie que sa mère.

Quoi qu’il en soit , le squirrlie et le cancer des mamelles offrent des chances d’autant plus favorables, qu’ils sont moins anciens et par conséquent plus circonscrits ou moins volumineux; que la cause en est moins suspecte et moins inhérente à la constitution individuelle ; que la malade jouit d’une meilleure santé, et qu'elle est moins âgée. Mais il s’en faut bien qu’on puisse tracer avec exactitude une ligne de démarcation entre le cancer qui est susceptible de guérison, et celui qui n’offre plus de ressource. De là sans doute cette incertitude ou cette diversité d’opmious qu’on trouve dans les auteurs sur le traitement de cette maladie. Les uns conseillent les topiques pour tenter la résolution du squirrlie , et les autres les proscrivent comme inutiles et même dangereux, surtout lorsqu'ils sont irritans. Ceux-ci, daus les cas même douteux , veulent qu’on opère le cancer avant comme après l’ulcération , pour en

extirper la racine ; ceux-là au contraire rejettent l’instrument tranchant, sous prétexte qu’il ne fait qu’accélérer la mort déjà inévitable de 1 individu. Quel parti faut-il donc prendre dans une pareille circonstance ? Doit - on abandonner celte affreuse maladie à elle — même, et par conséquent laisser périr les femmes qui en sont affectées dans les plus horribles tourna ens ? ou bien doit-on essayer de les arracher à leur malheureuse destinée? Ce dernier parti , s’il n’est pas toujours le plus sûr, est au moins celui qui paroît le plus conforme 5 non-seulement a l’humanité , mais encore aux préceptes de 1 art. Dans les cas les plus graves , ne vaut-il pas mieux tenter un remède douteux que de n en adopter aucun ?

Voici donc à quoi se réduit la pratique des gens de l’art les plus expérimentés et les plus sages. S’agit-il d’un squirrhe simple , peu volumineux , produit par une violence externe ; on commeuce par en éloigner la cause , si elle persévère encore , comme dans le cas de compression mécanique sur les mamelles ; on tente ensuite la résolution de la tumeur par des moyens doux et incapables de nuire^ supposé qu’ils soient infructueux. La cause est-elle interne , on la combat préalablement , si elle est connue. Ainsi, lorsque celle maladie succède à la suppression d’une évacuation habituelle , comme des hémorrhoïdes ou des règles , on la rappelle ou bien on la remplace par d’autres évacuations arlifi-

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cicîJes, telles que la saignée générale ou locale, l’application des ventouses , des cautères ou des vésicatoires. Est-ce la gale, une dartre, un érysipèle dont la répercussion est soupçonnée d’avoir donné lieu à l’engorgement squirrheux ; on lâche d’abord de rappeler celle maladie à la peau , au moyen des frictions , des sinapismes et des vésicatoires , ou bien on l’inocule si elle est contagieuse. Le squirrhe commençant , déterminé par les passions de l’ame , cède aux anti-spasmodiques et aux préparations opiacées , si l’on en croit Rivière , qui rapporte en aVoir guéri deux avec une décoction de têtes de pavot long-temps continuée.

Après avoir éloigné, combattu, ou détruit la cause occasionnelle du squirrhe , on y applique des cataplasmes émolliens , des compresses trempées dans des décoctions analogues ; on l’expose alternativement à la vapeur de l’eau chaude et à celle du vinaigre , suivant le précepte de Galien. Mais on se garde bien d’insister trop long-temps sur les relâchans, de crainte d’augmenter l’atonie des vaisseaux mammaires , laquelle n’est rien moins que favorable à la résolution. On passe ensuite aux applications toniques et stimulantes qu’on rend de plus en plus énergiques. On recouvre la tumeur avec l’emplâtre de vigo cum mercurio, avec celui de ciguë ; on y applique des préparations de plomb , des sachets de muriate de soude bien pulvérisé , qui ont été employés avec, succès par le professeur Boyer, ou

des dissolutions de gomme dans le vinaigre , clos solutions savonneuses et alcalines , d’après le conseil de Peynlhe. Mais nous ferons observer que ces remèdes , ainsi que d’autres doues de la meme activité , seroient plus dangereux qu utiles, si le squn îbe étoit douloureux : ils risqueroient de le faire dégénérer en cancer. Nous ne pouvons nous empêcher de signaler ici l'imprudence d’un homme de l’art qui appliqua l’onguent Agrippa ou de Bryonue sur un engorgement douloureux du sein , qui! cio^oit être de nature cancéreuse. N’étoit-ce pas là faire empirer le mal , au lieu d’en favoriser la guérison ? Heureusement que la femme fut bientôt degoutee j de ce topique , à cause de l’irritation qu il produisoit , et d’un érysipèle qu’il détermina dès le second jour sur la tumeur. Elle revint aux cataplasme» émollieus que nous lui avions conseillés , et elle s’en trouva très-bien.

A ces remèdes externes on associe quelques tisanes propres à tenir le ventre libre ou a produire une légère irritation sur l’intestin -, telles que la décoction des plantes chicoracées, aiguisée avec le nitrate de potasse; on passe ensuite à l’infusion de fumeterre ou de cerfeuil , avec l’acétile de potasse ; enfin , on essaie l’extrait de ciguë , qu on combine avec le camphre, le savon médicinal ou l’opium, suivant les circonstances , et dont on augmente

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ogressivement la dose. Mais si l’usage de cet extrait étal , qui est ordinairement brûlé , dérange les

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fonctions digestives , ou le suspend , ou bien on lui substitue la poudre des feudles sèches de la même plante , qui n’a pas le même inconvénient. On conseille aussi alors les purgatifs un peu plus actifs , surtout les mercuriaux , tels que le mercure doux ou les pilules de Beloste , qu’on regarde comme résolutifs des engorgemens lymphatiques. Mais , comme le remarque très-bien le docteur Gardien , on ne doit employer ces moyens qu’avec la plus grande circonspection , de crainte qu’ils n’irritent trop ou ne fasseut même dégénérer le squirrhe, surtout vers la cessation des règles , époque si féconde en cancers. Dans aucun cas on n’aura recours au vert-de-gris, ni à la potasse caustique étendue , ni à la baryte seule ou muriatée , ni à l’aconit , ni à la jusquiame , ni à l’arsenic dont ou a tant préconise l’effet.

Après l’usage plus ou moins continué des remèdes tant externes qu’internes, si le squirrhe conserve encore la même forme , le même volume et la même dureté , c’est une preuve qu’il est entièrement réfractaire ou irrésoluble. Le plus court parti est alors de 1 extirper , surtout si la femme approche de l’âge critique ; car il seroit à craindre que la cessation des règles n’y déterminât un foyer d'irritation , et ne le rendit douloureux , d’indolent qu’il éioit. Mais dans le cas où la femme répugneroit à l’opération , ne pourroit-on pas prévenir celle funeste dégénérescence , soit par des applications narcotiques , à

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bouté close , dont l'effet seroit d’émousser la sensibilité de la partie ; soit par l’usage des sangsues autour de la tumeur, pouf en détourner le sang et en prévenir l’accroissement ? C’est ce que l’on a pensé et même conseillé. Mais l’experience n a point encore prononcé sur le résultat.

Lorsque le cancer des mamelles a succédé au squirrhe , ou il n’est que local , ou bien il s’est communiqué à toute l’économie , ou bien enfin l’état de la maladie est encore douteux et incertain. Dans le premier cas , l’opération est évidemment indiquée , et ou peut en espérer du succès , a moins que le cancer qu’il s’agit d’extirper ne se complique avec quelque autre affection grave , ou que le sujet ne soit réduit à une foiblesse extrême. Le but qu’on doit se proposer en opérant , et qui est une condition essentielle ou indispensable pour réussir, est de couper le mal jusqu’à sa racine , ou de ne laisser qu’une plaie dont le fond soit pari alternent sain. C’est ce que l’on obtient d’autant plus facilement que la tumeur est plus inobile , plus bornée et plus isolée des parties circonvoisines. Cependant quelques ramifications quelle auroit poussées aux environs , ou quelques adhérences quelle auroit contractées avec les parties sous-jacentes, ne ser oient pas toujours un obstacle à la guérison ; il ne s’agiroit alors, pour la rendre plus sûre, que de prendre plus de mesures : car , pour peu qu on manquât de prudence ou d’attention , ou nsqueroit

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de voir repulluler la maladie, malgré tous les cautères ou autres exutoires auxquels ou attribue la vertu de prévenir cette funeste récidive. De tels dérivatifs ne seroient utiles , suivant la judicieuse remarque du docteur Garnier , que lorsqu’un cancer déjà très-ancien et très-ulcéré, débarrasserait habituellement l’économie d’une certaine quantité d’humeurs. Dans toute autre circonstance , ils seroient insuffisans ou sans effet, puisqu’on a vu des femmes que l’opération a radicalement guéries sans avoir été précédée ni suivie de cautères , et d’autres au contraire que ces exutoires , même multipliés , n’ont pu garantir de la récidive. Extirper exactement toute la tumeur , voilà le seul moyen de l’empêcher de se reproduire.

Mais l’infection cancéreuse est-elle générale , ce seroit en vain qu’on entreprendrait de la détruire par l’opération. Il n’y a alors de ressources que dans le traitement palliatif dont le but doit être de retarder les progrès de la maladie, et d’en calmer les symptômes quand ils sont trop violens.

En conséquence, on laisse la tumeur eu repos tant quelle nest point ulcérée; on n’y touche point, quoiqu’elle soit même déjà un peu douloureuse. On la couvre seulement d’une peau de cygne ou de tout autre corps doux , pour la mettre à l’abri du froid et du frottement. Point de topiques émoiliens , ni résolutifs : les uns ne produiraient aucun effet , et les autres ne feraient qu’exaspérer le mal.

traite

O11 apaise les douleurs , dès qu’elles commencent à devenir lancinantes, en appliquant sur la tumeur des narcotiques , tels que les feuilles de ciguë , de morelle , de jusquiame, de belladone et de pomme épineuse ; ou des compresses trempées dans une dissolution d’opium , dont on augmente la dose depuis un gros jusqu’à une et deux onces par pinte.

Mais , après l’ulcération du cancer, si les douleurs sont peu vives, on se gardera de les calmer par les applications narcotiques , dont l’effet , selon Peyrilhe , est d’éteindre les propriétés vitales de la partie et de la disposer à la gangrène. Alors on emploie plutôt la pulpe ou le cataplasme de carotte râpée , d’après l’expérience et le conseil de M. Tenon, à moins que l’ulcère ne succède à d’anciens cancers occultes , ou à d’anciens squirrlies glanduleux , que l’application de cette substance rend plus douloureux, comme l’a observé le docteur Bridault.

Si au contraire les douleurs sont très-violentes et insupportables , on a recours aux narcotiques ; et si l’on craint que les pansemens , en irritant les bords de l’ulcère , ne les fassent saigner , on mêle avec la dissolution d’opium une quantité suffisante de cérat, d’huile de pavot récente, d’huile d’amandes, douces ou de lin; ou bien on emploie l’onguent de pissier qui est composé de ces substances , et on l’étend sur des plumaceaux dont on recouvre 1 ulcère. On peut essayer aussi le gaz acide carbonique

DES MALADIES DES FEMMES. iQS

de Peyrilhe ; et , lorsque les douleurs résistent encore à tous ces moyens, on donne intérieurement l’opium, dont on augmente progressivement la dose.

M. Deschausses atteste que des compresses imbibées d’eau-de-vie camphrée, et placées sur les plumaceaux, ont retardé le progrès et calmé les douleurs d’un cancer qui avoit déjà commencé à carier les côtes d’une femme de Syracuse ; et le docteur Gardien rapporte qu’un médecin, dont il ne peut soupçonner la probité, a non-seulement calmé les souffrances , mais encore radicalement guéri un carcinome d’un mauvais caractère , chez la femme d’un cultivateur , âgée de cinquante - huit ans , en lui faisant prendre intérieurement le sirop dépuratif de Vital, qu’on trouve chez M. Boullay, pharmacien, à Paris. C’est à l’expérience qu’il faut en appeler, avant d’accorder ou de refuser quelque efficacité à ces remèdes.

Enfin, lorsque 1 état de la maladie est encore douteux , le plus grand nombre des praticiens conseillent d’opérer, suivant le précepte de Lecat, qui avoit été approuvé par l’Académie de Chirurgie. A la vérité , on ne peut nier que l’opération ne puisse hâter les progrès du cancer, quand elle n’est pas faite à propos ; mais il faut convenir aussi qu’elle peut sauver quelques femmes , dont la mort seroit inévitable si elles etoient abandonnées à leur misérable destinée. Comment donc pourroit-on balancer encore à prendre ce parti ?

Dans tous les cas , il faut que la femme s’assujettisse à un régime des plus sévères. Quand la maladie est encore à l’état de squirrlie , on lui prescrit quelques boissons amères qu’on édulcore avec les sirops de vinaigre ou de groseille , les sucs des chicoracées que l’on combine de temps en temps avec les sucs anti-scorbutiques, les végétaux , et surtout les fruits acidulés. Mais ces moyens ont-ils la propriété de prévenir la dégénérescence cancéreuse , ou d’en arrêter les progrès quand elle a déjà lieu ? On a proscrit le régime animal, sous prétexte qu'il pouvoit engendrer ou favoriser la putridité ; mais la chair des jeunes animaux ou du poisson de rivière ne sauroit mériter ce reproche : d’ailleurs il convient de soutenir les forces des malades afin de remédier au marasme ; et pour cela, des praticiens vont jusqu’à conseiller le suc de viande rôtie , qu’ils administrent chaud.

SECTION III

Du Squirrlie des trompes et des ovaires.

L’observation atteste que celte maladie organique ou cette dégénérescence des aunexes utérines , existe plus fréquemment chez la femme célibataire que chez les autres. Mais à quoi tient cette différence ? Est-ce à une continence trop sévère qui n’entre point dans les vues de la nature, ou bien a la dissolution ou au déréglement des mœurs qui u a lieu que trop souvent hors du mariage ? Ce qu il y

;> encore de certain , c’est que , parmi les exemples qu’on cite du squirrhe de l’ovaire , le plus grand nombre ont été remarqués sur des femmes qui avoient passé l’âge critique, et dont les règles avoient été auparavant, irrégulières ou peu abondâmes : preuve manifeste que la cessation ou le dérangement de cette excrétion périodique avoit joué le principal rôle dans la génération de cette maladie.

Outre ces causes , on peut accuser l’avortement plus ou moins réitéré, la suppression des locbies ou des fleurs blanches, la répercussion de quelque exanthème , l’inflammation aiguë ou chronique de l’ovaire àla suite d’un coup, d’une chute ou d’une violente manœuvre pendant un accouchement difficile.

Quelle que soit la cause qui produise le squirrhe de la trompe ou de l’ovaire, les progrès en sont fort leuts. Ce n’est dans le commencement qu’une tumeur peu volumineuse dans l’uue des régions iliaques ou dans les deux à la fois, et il faut attendre pour l’ordinaire plusieurs années avant de la distinguer à travers les parois de l’abdomen ; souvent même on la sent mieux à cette époque , en portant le doigt vers le fond du vagin et sur les côtés de la matrice.

Cependant la partie affectée prend de l’accroissement ; Morgagni parle d’un squirrhe de l’ovaire qui pesoit vingt-quatre livres. Quelquefois il s’y développe un foyer d’irritation qui cause les douleurs les plus vives , et passe à l’état d’inflammation aiguë ou chronique. De là des abcès dont la matière se

fait jour par le fondement, par le vagin ou par les tégumens de l’abdomen ; de là des adhérences non naturelles de la tumeur avec le rectum , la vessie , la matrice , le péritoine , et le changement de situation respective de ces organes. On cite neanmoins des femmes qui ont porté, pendant plus de trente ans, des squirrhes énormes de l’ovaire sans en éprouver d’autre incommodité que celle de la pesanteur. Bien plus , on en a vu concevoir et devenir plusieurs fois enceintes avec cette maladie , lorsqu’elle n’existoit que d’un côté.

Il suit de là que le diagnostic du squirrhe commençant, des trompes ou des ovaires, est fort obscur. Comme cette affection cause d’abord peu d’incommodité , et quelle s’accroît avec beaucoup de lenteur, elle est souvent méconnue de la femme et du médecin ; plus d’une fois on l’a confondue avec un commencement de grossesse. D ailleurs comment distingueroit-on alors le véritable siège d’une tumeur si profondément située ? Occupe-t-ellela trompe ou l’ovaire ? Est-ce un squirrhe ou une hydropisie de ces organes , ou n’est-ce qu’un stéatome du mésentère , etc. ? Tout n’est donc ici qu’incertitude ; et les gens de l’art , même les plus expérimentés , sont obligés de convenir qu’on n’a guère que des probabilités et des conjectures avant que la maladie ait acquis un volume considérable. Mais alors que sert-il de la reconnoître, puisqu’elle n’offre plus de ressources ?

Quant au pronostic , le squirrhe des trompes et des ovaires est d’autant plus incommode , qu’il est plus volumineux et plus pesant. Mais il n’est jamais bien sinistre , tant que la femme n’y éprouve point de douleurs âcres , vives ou lancinantes. En général, cette espèce de dégénérescence est moins redoutable quand elle est seule , que si elle étoit compliquée d’hydropisie ou d’hydatides.

Le traitement se borne ici à fort peu de chose. En effet, comment attaquer ou combattre une maladie qu’on ne connoît souvent qu’après l’ouverture du cadavre ? Le parti le plus sûr est de proscrire toute cette longue série de remèdes qui portent le titre de résolutifs ou de fondans ; l’usage en seroit dangereux ou du moins fort imprudent , pendant que le squirrlie de l’ovaire ou de la trompe est encore indolent. Avec des précautions et un régime modéré, on en retarde souvent les progrès; on le rend stationnaire , et la femme peut continuer de vivre encore plus ou moins de temps : au lieu que , si on emploie mal à propos des irritans , on risque de le convertir en une maladie promptement mortelle. On conseille à l’intérieur les mêmes moyens que pour le squirrhe de la matrice. Mais où sont les observations qui attestent la guérison de cette dernière maladie ?

SECTION IV

De V Hydropisie utérine .

Aëtius , Sennert et d’autres célèbres médecins ont pensé que l’époque où les règles cessent , éloit , du moins le plus ordinairement , celle où il se formoit des collections de sérosité dans la matrice. Ou ne sauroit néanmoins contester que l’hydropisie utérine ne puisse exister- aussi chez la femme pendant qu’elle est encore féconde , puisqu’il est de fait qu’elle complique quelquefois la grossesse.

Mais d’où provient ou comment se forme ce liquide dans la matrice , dont la cavité , naturellement revêtue d’une membrane muqueuse , diffère tant sous ce rapport des cavités splanchniques , qui sont le siège le plus ordinaire des hydropisies ? Admettrat-on ici, comme partout ailleurs, un surcroit. d’exhalation ou un défaut d’absorption pour expliquer ce phénomène? Ou bien s’engendre-t-il dans la matrice un kyste particulier analogue aux membranes séreuses , lequel devient ensuite l’organe sécréteur de la collection aqueuse? Que doit-on penser de ceux qui attribuent l’hydropisie utérine à un faux germe ou à un fœtus dégénéré lors de la cessation des règles, époque oùles fonctions de la matrice viennent à se déranger? Enfin cette maladie n’est-elle qu’un effet consécutif de l’ascite, dans laquelle la sérosité passe de l’abdomen dans l’utérus à travers les trompes de Fallope , conime Fernei l’avoit imaginé ? Ce sont

DES MALADIES DES FEMMES. T 6g

Jà cîes questions qui offrent toutes quelques probabilités , et dont aucune n’a été encore sanctionnée par l'observation.

’ La vérité est qu’on ne peut point révoquer en doute la collection de fluides séreux dans la matrice hors le temps de la grossesse. Elle s’opère d’une manière lente ou rapide ; elle est aussi plus ou moins abondante, ce qui doit produire des changemens plus ou moins considérables dans la forme et le volume , soit de l’hypogastre , soit de l’abdomen. Skenkius rapporte l’exemple d’une femme dont la matrice conlenoit cent quatre-vingts livres de liquide , ce qui est énorme et presque hors de vraisemblance.

Un point bien essentiel en pratique est de distinguer l’hydropisie utérine de la grossesse, ce qui n’est pas toujours aussi facile qu’on le croit , surtout dans le commencement. Car l’une et l’autre se manifestent alors très-souvent par les mêmes signes, tels que le développement et la pesanteur du globe utérin, les changemens dans l’état du col et de l’orifice, et les légères indispositions que la femme éprouve. Voilà sans doute pourquoi des accoucheurs et des matrones s’en sont laissé imposer à cet égard.

Pour éviter de semblables méprises , il faut nécessairement tâcher de gagner du temps. En attendant , les légères indispositions de la femme diminuent ou disparoissent , si elle est grosse ; au lieu qu elles s’aggravent , si sa matrice ne contient que

de l’eau. Dans la grossesse, la tumeur que forme la matrice est plus ou moins saillante en devant, et laisse sentir les mouvemens de l’enfant après quelques mois ; dans Thydropisie , au contraire , 1 utérus , plus mol et plus arrondi , n’offre qu’un sentiment de fluctuation ou de gargouillement : d’un côté , les mamelles sont dures , élevées , et plus ou moins pleines de lait, à moins que la femme ne soit valétudinaire ; de l’autre, ces organes paroissent flasques et flétris; enfin la femme ne conçoit et ne devient presque jamais enceinte après la cessation des règles, tandis qu elle est alors plus sujette à 1 hydropisie utérine.

Le toucher est ici la base du diagnostic : il faut lâcher de palper le globe utérin , soit en appliquant la face palmaire d’une main sur 1 hypogastre ou 1 abdomen , soit en introduisant le doigt indicateur de l’autre dans le vagin. Mais le second de ces deux procédés est le plus sûr, attendu qu’il se dirige plus immédiatement que le premier sur la matrice dont il s’agit de distinguer l’hydropisie par la fluctuation qui en est le signe caractéristique. Toutefois, que le médecin ne sorte jamais des bornes de la prudence ; tant que la chose est encore douteuse, qu’il se garde bien de prescrire aucun remède violent pour provoquer l’expulsion de la sérosité utérine ; qu il s’abstienne surtout des hydragogues qui pourroient occasionner l’avortement, si par malheur on s’eloit mépris.

des maladies des femmes. 171

Quant aux caractères qui différencient l’hydropisie de la matrice de celles de l’abdomen , de la trompe ou de l’ovaire, on les saisit encore au moyen du toucher. Dans la première , la matrice est développée, et l’on y sent de la fluctuation; dans les autres , cet organe conserve son volume naturel , quoiqu’il ait quelquefois changé de rapport avec les parties circonvoisines. Cette distinction est bien plus certaine que celle qui est fondée sur l’émaciation du corps , sur l’enflure des jambes ou sur la flaccidité des mamelles , qu’on prétend exister dans l’ascite et non dans l’bydropisie utérine.

Enfin ce sera d’après les mêmes principes qu’on distinguera la maladie qui nous occupe de la môle , du squirrlie et de la tympanite utérine. Mais l’hy— dropisie symptomatique de la matrice peut-elle se distinguer, comme le pense Primerose, de celle qui est idiopathique, d’après les affections générales ou particulières qui ont précédé ? Y a-t-il des signes qui fassent reconnoître si la sérosité est renfermée immédiatement dans la cavité de l’organe ou dans une membrane particulière ?

En général , 1 hydropisie utérine n’est jamais de bonne augure ; elle met presque toujours obstacle à la génération. Si elle survient avant ou après la conception , l’eau gêne l’accroissement du fœtus , qui d’ailleurs doit se ressentir du vice général ou particulier dont la mère est affectée. Ordinairement la grossesse n’arrive point à terme, et la femme court

cl’autant plus de risques, que l'huineur amassée clans la matrice est de plus mauvaise nature , ou qu elle tient à un vice plus invétéré.

Donner issue au liquide et en prévenir une nouvelle accumulation, c’est à ces deux indications que se réduit le traitement de cette maladie.

O11 remplit la première en relâchant 1 orifice par des bains, des fomentations, des fumigations et des injections émollientes. Si ces moyens ne suffisent point, on y porte le doigt indicateur , et on tache de l’entr’ ouvrir avec le plus de ménagement qu il est possible. Dans le cas ou il seroit bouche par une membrane , on auroit soin de la couper ou de la déchirer. Mais on suppose ici que l’hydropisie utérine est bien reconnue , ou quelle ne se complique point avec la grossesse ; sans cette condition , il faudroit nécessairement attendre que la fluctuation fut bien manifeste , ou que le travail de 1 accouchement fût déterminé avant de rien entreprendre.

Après l’écoulement de la sérosité on en prévient une nouvelle accumulation, en fortifiant 1 organisme en général et le système utérin en particulier. Les astringens pris à l’intérieur ou injectés dans le vagin et même dans la matrice, lorsque le col en est encore béant, conviennent beaucoup en pareil cas ; de même que les préparations martiales les moins énergiques, comme les eaux ferrugineuses , la teinture de mars , le tartre chalybé , l’eau de clous rouillés , etc. Le régime doit encore concourir au même but -, que la

DES MALADIES Jl.E S FEMMES. 170

femme prenne des almiens légèrement toniques, sans être trop échauffa ns ; les viandes rôties sont les plus analogues à son état. On peut lui permettre aussi l’usage modéré d’un vin généreux. Enfin l’exercice en plein air et une habitation saine , exposée à l’influence du soleil et dépourvue d’humidité , ne contribueront pas peu au rétablissement de sa santé.

Lorsque l’hydropisie paroît dépendre de quelque maladie antérieure ou de quelque vice particulier dans l’organisme , on emploie les remèdes les plus propres à combattre celle cause ou cette complication.

section v.

Des Hyclatides utérines.

Quoique ces sortes d’animalcules vésiculeux se rencontrent dans la matrice des filles , comme dans celle des femmes mariées, l’observation atteste néanmoins que les dernières y sont le plus sujettes, surtout vers l’époque de la cessation des règles. On compteroit à peine une femme célibataire qui auroit cette incommodité pour vingt qui en sont affectées après avoir eu des enfans et à l’âge critique.

Mais à quelle cause faut-il attribuer la génération des hydatides utérines ? C’est ce qu’on n’a point encore décidé d une maniéré irrévocable ; il sembleroit cependant que l’atome de la matrice y auroit la plus grande part.

Quoi qu il en soit , le diagnostic de celte espèce

i74 traité

d’hÿdropisie est fort obscur. Ici, point de fluctuation manifeste , soit qu’on applique une main sui l’hypogastre , soit qu’on dirige le doigt indicateur sur le segment de la matrice qui correspond au vagin. D’ailleurs la femme éprouve dans le commencement la plupart des symptômes qui sont communs à la grossesse , ce qui exige encore la plus grande circonspection. Des pertes alternativement rouges et aqueuses qui commencent chez la plupart des femmes dès le deuxième mois , et commuent à de plus ou moins longs intervalles jusqu’à l’époque de l’accouchement , ainsi que l’ouverture constante de l'orifice utérin qui ne change presque jamais de forme ni de place , seroient peut-être des signes un peu plus certains, comme l’a remarqué le professeur Percy ; mais dans le fait , il est impossible de prononcer sur l’existence des hydatides utérines ou de la môle vésiculaire, sans en avoir vu sortir quelquesunes par la vulve.

Quant à leur organisation , presque tous les naturalistes croient qu’il y existe une espèce de ver , surtout depuis que le professeur Percy , après les avoir trouvées vivantes chez une femme qui accouchoit d’une môle vésiculaire , les a conservées dans cet état pendant plusieurs jours , en les tenant dans des linges mouillés et exposes à la chaleur. Quelques-uns seulement contestent l’animalité de ces productions vésiculaires, parce qu’ils en ont trouvé sans aucune apparence de ver. Mais cette diversité

DES MALADIES DES FEMMES. Ij5

d’opinions ne proviendroit-elle pas de ce que les uns ont observé les hydatides dans leur principe, c’est-à-dire, à une époque où elles renferraoient un ver, tandis que les autres les ont examinées plus tard, après la décomposition et la destruction de cet animalcule ?

L’expulsion des hydatides peut avoir lieu naturellement; mais cette espèce de débâcle arrive plus tôt ou plus tard, en général du troisième au dixième mois, rarement au-delà. Cependant la femme courroit peut-être des risques , si l’on s’en rapportoit entièrement aux contractions utérines ) elle seroit exposee a des hémorrhagies plus ou moins prolongées , a des syncopes , etc. , surtout si la masse vésiculaire n’éloit expulsée que partiellement. La prudence exige donc alors qu’on stimule la matrice pour en rendre les contractions plus énergiques , et pour l’aider à se débarrasser de ces hôtes incommodes. Or, de tous les moyens qu’on a conseillés dans cette circonstance , le plus efficace est la dissolution de sel marin, ou l’eau de mer animée avec le vinaigre, qu on injecte dans la cavité utérine, comme 1 avoit fait autrefois Aëtius, et comme l’a conseillé de nos jours le professeur Percy, d’après sa propre expérience. Celte injection réveille le ton de la matiice et tue peut-etre les hydatides. Le premier de ces deux effets est incontestable , et le second n est pas tout à fait dépourvu de probabilités, puisque Percy s est assure que ces animalcules péris soient

plus promptement dans le vinaigre que dans tout

autre liquide.

section vi.

De l’Hématopisie utérine.

Nous donnons cette dénomination à l’amas de sang qui se forme dans la matrice , comme on donne celui à'hjrdropisie à la collection d’eau qui s’accumule dans cet organe. Cette incommodité peut avoir lieu chez la jeune fille imperforée, dont le sang menstruel ne peut surmonter la barrière que lui oppose la membrane hymen ; on la rencontre encore chez la femme mariée qui a eu des enfans, lorsque 1 orifice du vagin ou le col utérin s est oblitéré par un accident quelconque. Mais c’est principalement à l’époque où les règles cessent, qu'on trouve de ces congestions sanguines dans la matrice , comme on a pu s'en convaincre plusieurs fois par 1 ouverture des cadavres.

Alors cet organe se développe avec plus ou moins de rapidité , et s’élève par degrés dans l’hypogastre , où il offre une tumeur molle, arrondie et insensible ; mais il n’y a point de fluctuation , parce que le sang ne larde point à y prendre une certaine consistance qui lui ôte sa fluidité. Il peut même arriver que cette tumeur distende le bas-ventre , et simule une grossesse parvenue à terme, du moins si l’on en juge par analogie , d’après ce qu’a observé M. Gautier, chirurgien de Paris, sur une femme dont le col de

DES MALADIES DES FEMMES. I y y

la matrice avoit contracté des adhérences avec les parois du vagin à la suite d’un accouchement laborieux.

Une chose bien digne de remarque , c’est que les accidens qui accompagnent les collections de sang dans la matrice s’aggravent pour l'ordinaire tous les mois, aux époques où les règles avoient coutume de couler ; joint à cela, que la tumeur s’accroît alors d une manière rapide, tandis qu’elle paroît stationnaire dans les intervalles : circonstances en quelque sorte pathognomoniques, et les seules qui puissent servir à faire distinguer l’hématopisie de la grossesse, avec laquelle Vanswieten assure que les praticiens même les plus expérimentés peuvent la confondre.

On rapporte que des femmes dont la matrice, à force de se distendre, avoit perdu sa contractilité, ont succombé avant que le saag parut au-dehors. Cependant on observe ordinairement que ce viscère finit par s’irriter et par se contracter pour se débarrasser du corps qui le distend. A la vérité, cette sorte de crise ne doit point avoir lieu lorsque l’orifice utérin est totalement oblitéré ou ne peut s’entr’ouvrir; il arrive alors que la matrice est poussée en partie dans 1 excavation pelvienne et même jusqu'à la vulve ; la femme éprouve des douleurs semblables à celles de l’en fan lement.

C est donc ici le cas de venir au secours de la nature impuissante, en tâchant de ramollir le col

de dilater 1 orifice de l’utérus, soit au moyen des

2 y 3 TRAITÉ

bains émolliens ou des fumigations analogues , soit en y portant le doigt avec précaution. Mais toutes ces tentatives sont inutiles lorsque le col est absent, ou qu’il a contracté des adhérences qui le rendent imperméable. Il n’y a donc alors d’autre ressource que l’incision de la tumeur arrondie qui fait saillie

dans le vagin.

Pour faire cette opération, ou place la femme comme pour la terminaison de l’accouchement non naturel. On écarte ensuite les lèvres de la vulve au moyen d’un dilatatoire , ou bien avec le pouce et le médius de la main gauche , dont le doigt indicateur sert à diriger un bistouri garni d’une bandelette jusqu’à une certaine distance de la pointe. On fait une incision de deux travers de doigt , en coupant de droite à gauche, pour éviter la vessie et le rectum. Enfin , après l’évacuation du liquide , on fait des injections dans la matrice pour empêcher cette ouverture artificielle de se fermer , et pour laisser une issue aux règles ou au sang qui pourroient s’y accumuler de nouveau. C’est ainsi que se sont comportés M. Gautier, chirurgien de Paris, dans le cas rapporté ci-dessus, et Osiander, professeur à Gottingue, sur une femme dont le sang menstruel avoit été retenu pendant l’espace de cinq ans.

J)e l’Hydropisie enkystée de l ovaire.

S« l’on considère que l’ovaire est formé de plu-

DES MALADIES DES FEMMES. Ijg

Sieurs vésicules remplies de fluide, qui sont unies par du tissu cellulaire; et que cet organe, outre J enveloppe que lui fournit le péritoine, est encore revêtu d’une membrane immédiate qui lui est propre, on conçoit sans peine pourquoi il devient si fréquemment le siège d’une hydropisie enkystée. Mais quelles sont les causes prédisposantes et occasionnelles de celte maladie? Les faits sembleroient prouver que le cebbat, la stenbte et 1 âge avancé la produisent assez ordinairement ; cependant Douglas 1 a observée chez une femme de vingt-sept ans et mère de plusieurs en fans. On l'attribue encore au squirrhe de l’ovaire , à l’inflammation de cet organe sui venue apres un avortement ou un accouchement laborieux. Mais, en faisant le relevé de toutes les observations qu’on trouve dans les auteurs sur celte espèce d’hydropisie , rien ne paroît y avoir plus de part que le dérangement et la cessation des règles.

Quand celte maladie commence, ce n’est qu’une tumeur circonscrite, indolente, et presque toujours imperceptible ou peu volumineuse dans l’un ou l’autre côté de l’bypogastre.

La femme conserve encore sa fraîcheur et son embonpoint; elle conçoit et devient mère, pourvu toutefois qu’il n’y ail qu’un ovaire d’affecté , l’excrétion de l’urine et les déjections alvines ne sont point dérangées ; les menstrues coulent avec leur régularité ordinaire ; en un mot, toutes les fonctions sont libres et comme en pleine santé.

Mais à mesure que la tumeur prend de 1 accroissement, elle devient de plus en plus apparente et incommode ; elle ballotte dans 1 hypogaslre , et se porte vers le lieu le plus declive , ou vers le cote sur lequel la femme se couche. Elle y occasionne une douleur sourde ou obtuse, profonde et habituelle, avec un sentiment de pesanteur qui se propage jusqu’à la hanche , et au membre abdominal du. même côté.

Lorsque le kyste est parvenu à un certain volume , il refoule et comprime , irrite et enflamme quelquefois les parties circonvoisines , dont il change les rapports mutuels; de là des adhérences non naturelles entre des viscères plus ou moins éloignés, des tiraillemens douloureux , la déviation ou la dépression de la matrice ; de là l’empâtement ou l’infiltration de la hanche et de la cuisse correspondantes , ainsi qu’une sorte d’exsudation aqueuse dans ces parties : symptômes que Douglas etTargioniTozzetti ont regardés comme pathognomoniques. A cette époque , le ventre s’élève plus du côté affecté que de l’autre; quelquefois même la percussion y distingue le flot du liquide.

Enfin la tumeur remplit la capacité de l’abdomen, soulève l’estomac , le foie et le diaphragme , gène la digestion , la respiration , et toutes les fonctions. Elle jette la malade dans un état de marasme qui la conduit au tombeau , ou se crève , ce qui termine encore plus promptement la scene.

Il suit de là que le diagnostic de celte maladie est fort obscur, au moins dans le commencement. La cause en est alors si cachée , la marche si lente , le siège si profondément situé, surtout chez les femmes douées d’embonpoint; en un mot, les symptômes en sont tellement supportables, qu’on daigne à peine y faire attention , qu’on ne la soupçonne même pas, ou qu’on la néglige entièrement. Le kyste de l’ovaire devient-il plus volumineux, et change-t-il la forme de l’abdomen , on n’est guère plus avancé ; on en peut confondre les légères incommodités avec celles d’une grossesse commençante : méprise d’autant plus facile , que le sein se gonfle quelquefois en même temps. D’ailleurs , tant qu’on ne sent point de fluctuation manifeste dans la tumeur, comment

la distinguera-t-on du squirrhe de l’ovaire , d’un stéatome du mésentère , ou d’une grossesse extrautérine ? Aura-t-on égard à l’infiltration du membre abdominal du côté affecté ? Mais ce symptôme, outre qu’il n’est peut-être pas aussi constant que certains auteurs l’ont cru , ne s’observe que lorsque la maladie est avancée. Ce n’est donc que la présence ou le flot d’un liquide, quand on le sent par la percussion de l’abdomen, qui peut dissiper ici le doute ou l’incertitude. Encore faut-il alors prendre en considération toutes les circonstances qui ont précédé , telles que le gonflement d’un seul côté de 1 abdomen , la lenteur que la maladie a mise daus ses progrès, le peu d’incommodité qu’elle a causé, etc.;

sans quoi on pourroit la confondre avec l’ascite, surtout si l’on atlendoit jusqu’à la dernière période, époque où la tumeur enkystée occupe tout l’abdomen. Il est vrai qu’on peut alléguer la diathèse ou cachexie générale qui accompagne l’hydropisie abdominale , tandis qu’elle n’existe point dans celle de l’ovaire. Mais cette distinction , qui paroît si tranchante en théorie, est-elle toujours appréciable en pratique ? Nous avons été témoins de l’embarras que causoit. à d’habiles médecins l’état d’une femme âgée de soixante ans, et dont le bas-ventre, excessivement volumineux , ne laissoit aucun doute sur la présence d’un liquide. Il n’y eut néanmoins que l’ouverture du cadavre qui fit connoître la nature et le siège de la maladie ; c'éloit une hydropisie de l’ovaire.

Quant au pronostic , il est d’autant plus fâcheux , que la tumeur est plus volumineuse et le tempérament de la femme plus foible. Ce qu’il y a de plus à craindre, c’est que le kyste de l’ovaire ue s ouvre, et ne produise une ascite d’autant plus lâcheuse , que le liquide est de plus mauvaise qualité. Mais cet accident est des plus rares, ou n’arrive que fort tard. Il est de fait que cette maladie peut rester longtemps stationnaire , sans produire d’autre incommodité que celle qui résulte de son volume et de sa pesanteur. Des femmes sont devenues enceintes, et sont accouchées plusieurs fois malgré l’ hydropisie de l’un des ovaires. Les Mémoires de l’Académie de Chirurgie attestent quelle a duré l’espace

<je cinquante-huit ans. Le professeur Sabatier a fait aussi l’ouverture de plusieurs femmes qui avoient porté de ces tumeurs enkystées pendant un demisiècle , sans éprouver de grands dérangemens dans # leur santé. L’hydropisie de l’ovaire est donc une maladie peu alarmante, à moins qu’elle ne soit trèsancienne et très-volumineuse.

A l’ouverture des cadavres, on a trouvé quelquefois les viscères abdominaux dans l'état d’intégrité ; ils n’avoient été que comprimés par la tumeur enkystée ; mais d’autres fois ils avoient été macérés et comme dissous au milieu du liquide qui s’éloit échappé à travers la crevasse de l’ovaire. Les parois du kyste , squirrheuses et dégénérées , ont offert jusqu’à quatre pouces d’épaisseur. A l’intérieur, on a souvent remarqué plusieurs loges séparées par des cloisons. Morand parle de deux ovaires , dont l’un pesoit quatorze et l’autre vingt-sept livres , après avoir été vidés. On en cite aussi qui contenoieut jusqu’à cinquante et même soixante pintes de liquide , dont la couleur et la consistance varioient à l’infini.

Il étoit obscur, foncé , noir, semblable à de la lie ou à du marc de café ; ou bien limpide et transparent ; inodore ou d’une odeur insupportable; insipide ou légèrement salé ; gélatineux , sirupeux, visqueux, quelquefois figé et trop épais pour passer à travers la canule du trois-quarts. On a rencontré de ces kystes qui conlenoient des hydatides ou vésicules de diverse grandeur, et distincte^ les unes des autres,

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ou rassemblées en une seule masse. Elles élolent remplies d’un liquide transparent et visqueux , semblable à du mucilage de coin , et concrcseible à la chaleur comme du blanc d’œuf. Eafiu on a trouve des calculs, des poils, des dents, des cheveux et des os dans les ovaires hydropiques.

D’après la description de celle maladie , il est facile de concevoir qu'on doil en obtenir rarement la guérison; car nous venons de voir qu’elle est trèssouvent méconnue quand elle est récente, et qu’elle est au-dessus de toutes les ressources de l’art quand elle est ancienne. Quelle est donc la conduite a tenir dans de semblables conjonctures ? De trois choses l'une : ou l’hydropisie de l’ovaire ne fait que de commencer, ou elle reste stationnaire après avoir fait quelques progrès, ou bien elle cause de grandes incommodités, et menace la vie de la femme.

Dans le premier cas , le parti le plus prudent est de ne point attaquer celle maladie. D abord on la connoîi à peine, et on peut la confondre avec uu commencement de grossesse qu’il seroil dangereux de déranger. D’ailleurs quels remèdes emploieroiton? Les purgatifs , les diurétiques et les diaphorétiques aggraveroient l’état de la femme au lieu de l’améliorer : les remèdes internes sont ici fort peu efficaces pour rétablir le ton des vaisseaux exhalans. Quant à la ponction , elle seroit on ne peut plus téméraire , parce que la tumeur enkystée est à peine sensible, et trop profondément située. 11 vaut^donc

bien mieux la respecter ou ne pas y loucher dans celle période , puisqu’elle n’empêche pas la femme de jouir d’une boune San lé , ni de fournir sa carrière ordinaire.

Lorsque 1 hydropisie de l’ovaire, après avoir acquis un certain volume, reste dans le même élat, la prudence exige encore qu’on ne la tourmente par aucun, remède intérieur ou extérieur. Il est vrai qu’on cite quelques guérisons opérées par les hydragogues ; mais ils sont eu trop petit nombre pour faire une règle générale. Le professeur Petit-Radel rapporte, dans 1 Encyclopédie, 1 histoire d’une tumeur enkystée de 1 ovaire, qui, après avoir rendu vingt-cinq pintes de sérosité verdâtre par la ponction , céda complètement a une décoction de cendres ordinaires , dont 1 usage fut continué deux mois et demi. Ledrau fait mention, dans les Mémoires de l’Academie de Chirurgie, de deux femmes radicalement guei ies par la ponction ; 1 une d’elles resta seulement sujette à une fistule. Monro parle aussi d’une semblable guérison. Mais ces exemples suffisent-ils pour faire adopter cette opération ? Est-on assuré quelle retardera les progrès de la tumeur, et quelle prolonge! a la vie de la malade ? L’observation atteste au contraire que la ponction amène plus promptement la mort, ce qui est facile à expliquer : car le kyste. Venant a se î emplir de nouveau, exige une autre ponction , bientôt on est obligé de la pratiquer à des mtei valles rapproches; ce qui finit par épuiser les

T R A I T lî

forces, comme Choppart l’a très-bien remarqué. On a beau laisser alors une sonde élastique dans la plaie pour prévenir une nouvelle collection de sérosité , et faciliter l’action des médicamens , Giraud a observé que cet instrument n’avoil pas le même succès dans l’hydropisie enkystée de l’ovaire que dans l’ascite. D’ailleurs quelle utilité peut- on retirer de la ponction , lorsque la consistance de la matière contenue dans le kyste l’empêche de couler à travers la canule ? Tout concourt donc à prouver que celle maladie doit être encore respectée quand elle est stationnaire.

Mais il n’en est pas de même lorsqu’elle cause de grandes incommodités, et quelle! menace la vie de la femme ; la ponction est alors la seule ressource qui puisse l’empêcher d’être promptement mortelle. Toutefois on ne peut disconvenir que cette opération n’ait quelques dapgers ; ou risque de blesseï la matrice plus ou moins déplacée à raison de ses connexions, ou les intestins qui peuvent se trouver entre le kyste et les parois abdominales. Mais ces craintes ne doivent point détourner de recourir au seul moyen capable de soulager la femme : d’ailleurs ces accidens sont très-rares. O11 enfonceroit même le trois-quarts dans le squirrhe de l’ovaire, qu’il n en résujteroit pas de grands inconvéniens , comme ou en peut juger par la pratique de Morand.

Dans les cas où la matière dont le kyste est rempli auroit trop de consistance, ou quelle seroit

contenue dans plusieurs poches distinctes, Ledrau conseille de faire une incision à la partie la plus déclive de la tumeur, et de l’entretenir ouverte au moyen d’une tente effilée. Son intention est de détruire , par ce moyen, les parois de la tumeur, en les faisant tomber en suppuration , et de fermer ensuite la plaie par une cicatrice solide. Mais cette méthode, quoique appuyée de plusieurs observations , est néanmoins généralement abandonnée , parce qu’on a remarqué aussi qu’elle accéléroit la mort des malades. IXe seroit-il donc pas plus conforme aux principes de l'art de renoncer à cette opération , puisqu’elle est inutile et même dangereuse ?

On a aussi proposé l’extirpation de l’ovaire. Morand cite pour l’appuyer l’exemple des femelles des animaux , a qui cette opération est rarement moi telle; il invoque 1 autorité de Félix Platerus, de Diemerbroek , et celle de Heysichius , qui rapporte qu ou la pratiquoit communément dans la Lydie. Fi ankmann dit avoir vu réussir la castration de la femme a la suite d’une plaie du bas-ventre ; Ledran a eu aussi du succès dans deux cas analogues.

Mais , en supposant que celle opération ne fût point dangereuse sur la femme saine, ce qui est lom d’être incontestable, comment pourroit-on avoir la témérité de l’entreprendre sur celle dont 1 ovaiic seroit malade , et plus ou moins dégénéré ?

Pi aut oit -on pas a rfedouler les accidcns les plus

graves, surtout si cet organe , devenu excessivement volumineux , avoit contracté des adhérences avec les parties voisines? Comment éviter alors l’hémorrhagie , puisque les vaisseaux sont plus développés

que dans l’état ordinaire ? et comment arrêter le sang là où la compression et la ligature sont trèsdifficiles , même impossibles ? Outre cela , quelle certitude a-t-on le plus souvent de la nature et du siège de la maladie qu’il faut combattre ? Concluons donc que l’extirpation , ainsi que l’incision de l’ovaire , doivent être rejetées , comme dangereuses et incapables de remédier à l’hydropisie de l’ovaire ,

ou à toute autre maladie de cet organe

SECTION Y III

De la Tympanite utérine.

On donne ce nom à une maladie dans laquelle la matrice , distendue par de l’air ou des gaz , résonné comme un tambour.

Il y a deux sortes de tympanites utérines, Tune vraie, où la matrice est constamment gonflee comme un ballon ; l’autre fausse, où le ventre ne présente pas de tumeur sensible , mais ou il s écliappe de temps en temps par l’orifice de l’uterus quelques vents , qu’on nomme flatuosités utérines.

On attribue cette maladie à plusieurs causes, telles que l’atonie de la matrice, qui l’empêche de se contracter et d’expulser les vents engouffrés dans sa cavité , ou de s’opposer à leur génération ; la dilata-

tion de son orifice, son resserrement spasmodique ou son occlusion par une membrane ; la négligence de soustraire la matrice à l’accès de l’air, quand l’orifice en est encore béant ; les conceptions vicieuses ou dépravées , les alimens de mauvaise qualité ; peut-être l’oubli de la ceinture ou bandage de corps après la délivrance.

Mais quelle est l’origine des gaz qui se développent dans l’utérus ? Viennent- ils du dehors, ou bien s’eugendrent-ils au dedans ? La vérité est que ces deux sources sont constatées par l’observation. On a vu des femmes dont l’utérus s’éloit rempli d’air après l’ accouchement , parce qu’elles avoient négligé de se garnir ; on en cite aussi dont ce viscère avoit été distendu par des gaz, quoique l'orifice en fût clôturé par une membrane.

Dans la tympanite vraie, l’abdomen offre une tumeur plus ou moins volumineuse , mais circonscrite et uniforme, qui résonne comme un tambour sous la main qui la percute ; la femme se plaint de douleur dans les lombes, 1 hypogastre , les aines et les cuisses; l’excrétion des matières fécales et de l’urine est plus ou moins dérangée.

Dans la seconde espèce le ventre n'est que peu ou point ballonné; mais l’orifice de la matrice rend des vents plus ou moins sonores.

-ôu premier abord , la tympanite utérine vraie ‘ poun oit simuler une hydropisie de matrice , une grossesse ou une môle. Mais le son bruyant de la

tumeur, joint au défaut de fluctuation et de pesanteur, la distingue de la première; 1 absence des mouvemens de l’enfant, passé quatre ou cinq mois, empêche de la confondre avec la seconde; enfin une tumeur légère , immobile , remienlc et uniforme , ne peut être prise pour une môle qui, par sa mobilité et sa pesanteur, ballotte en tout sens dans le bassin , et suit les divers mouvemens de la femme.

Aucune de ces deux espèces de maladies n est dangereuse, et ne fait périr la malade. On observe seulement que la lympanite vraie cause la stérilité temporaire , soit que le sperme ne puisse être éjaculé dans l’utérus, dont l’orifice est ferme ; soit que cette liqueur prolifique se corrompe an milieu des flatuosités qui distendent l’organe et en empêchent la péristole , pour nous servir de l’expression de Galien. Quant à la tympamte lausse, elle ne présenteroit aucun inconvénient , si 1 ou en exceptoit le danger que les femmes courent de tomber en confusion quand elles sont eu société.

Donner issue aux flatuosités et en prévenir la génération ultérieure, voilà en deux mois a quoi se réduit le traitement de la tympanite utérine. Ainsi il faut d’abord viser à ouvrir le col de la matrice, soit en lui procurant la souplesse nécessaire, au moyen des injections , des fumigations et des bains, s’il est resserré spasmodiquement ; soit eu tâchant d’inciser la membrane qui peut en boucher l'orifice.

UES MALADIES DES FEMMES. If)I

Dans ces cas-là , si la femme est robuste eL sanguine, on peut pratiquer quelques saiguées , qui ont le double avantage de contribuer à ramollir le col utérin , et de prévenir une congestion de sang , surtout lorsque la femme est sur le point d’avoir ses règles.

Après avoir convenablement assoupli l’orifice utérin , on essaie divers moyens pour faire sortir les vents. Les uns conseillent pour cela les vomitifs; d’autres les purgatifs un peu forts ; quelques-uns l’exercice , la danse , le saut. On a proposé aussi d’introduire une soude dans l’orifice de l’utérus ; mais cet instrument seroit trop incommode, etpourroit causer des accidens.

Un des meilleurs procédés est celui que les accoucheurs mettent en usage. Du doigt introduit dans le vagin , on titille le col et l’orifice de l’utérus , tandis que de l’autre on en empoigne le corps, qu’on serre plus ou moins fortement. On ouvre ainsi une issue aux vents, et on les expulse en même temps.

Des que la matrice est vidée , on prévient le reloui de la maladie par les toniques et les amers qu’on donne à l’intérieur, ou qu’on injecte dans la matrice ; les martiaux , les bains de siège froids , les frictions sur 1 abdomen, sont alors de la plus grande utilité.

La tympamte passagère n’exige point une aussi longue suite de remèdes. Il suffit de tenir l’orifice de 1 utérus ouvert , et d’y faire quelques injections légèrement toniques.

SECTION IX

Des Polypes de la matrice et du vagin.

Malgré l’étymologie du mol polype , qui signifie pluralité de pieds , on est convenu de donner ce nom aux excroissances sarcomateuses ou charnues, fixées par un seul pédicule plus ou moins gros à la surface de la matrice ou du vagin. Lassus pense néanmoins qu’il ne se forme sur le dernier que des fongosités cancéreuses ou véroliques sans pédicule, ou bien des tumeurs lymphatiques, purement stealomateuses et à large base, qui portent improprement le nom de polypes, quoiqu’elles en aient quelquefois la couleur. C’est aux praticiens à vérifier si celte opinion est fondée.

En général, tous les organes revêtus de membranes muqueuses peuvent être le siège de végétations charnues de différente forme et de différente grosseur. Il suffit pour cela d’y supposer un mode particulier d’irritation qui en change les propriétés vitales , et y détermine un afflux de liquides ; dans cette hypothèse, le système vasculaire sous-muqueux s’engorge, soulève la membrane dont il est recouvert , et lui fait déborder le niveau des surfaces voisines : de là des tumeurs ou excroissances polypeuses dont la consistance , la couleur, le volume et le prolongement varient à l’infini.

Mais à quoi tient l’irritation qui se fixe sur la surface muqueuse de la matrice ou du vagin , et y

produit ces végétations.? La femme stérile ou célibataire n’y paroît pas plus disposée que celle dont plusieurs eufans attestent la fécondité. On a même trouvé des polypes utérins chez la vierge qui éloit: encore impubère. L’abus des jouissances vénériennes, la masturbation , la leucorrhée , même bénigne quand elle est long-temps prolongée ; l’infection dartreuse ou siphilitique ; tout ce qui est capable d’ulcérer ou d’excorier le col ou la cavilé de la mati ice ; et surtout la révolution que le système utérin éprouve à l’époque de la cessation des règles : telles sont les causes qui, d’après les observations, paroissent les plus capables de produire les excroissances polypeuses de la matrice ou du vagin.

Rien de moins constant que le siège du polype utérin ; il s’implante, tantôt à l’une des parois on au fond de l’organe, tantôt à la surface intérieure du col, plus rarement au pourtour de l’orifice.

Dans les deux premiers cas , les commencemens de la maladie sont fort obscurs, même ignorés ou entièrement méconnus. D’ailleurs, on n’en est encore que peu ou point incommodé ; comment donc y feroil-on alors beaucoup d’attention , ou comment cousulteroit-on les gens de l’art sur ce qui ne paroît même pas suspect ?

Mais, à mesure que le polype fait des progrès et acquiert du volume , il occasionne une espèce de gène et de pesanteur dans la matrice. Ce viscère, plus ou moins distendu, réagit et cherche à expulses'

le corps qui l’embarrasse : de là des douleurs plus ou moins habituelles dans l’hypogastre , des tiraillements dans les lombes, les aines et les cuisses ; de là le relâchement ou la chute mcomplete de la matrice, qui s’approche plus ou moins de la vulve, selon sa pesanteur. Quelquefois le polype devient considérable avant de s’engager dans l’orifice utérin surtout lorsque le col lui offre beaucoup de résistance; alors l’irritation que cette excroissance cause dans la matrice , dont elle écarte les parois , y détermine une sécrétion de matière muqueuse et puriforme, qui devient à la fin sanguinolente et s’écoule au dehors. La femme en est plus ou moins affaiblie ; et, si cette perle est trop abondante, elle jette dans l’épuisement, et amène la mort avant qu’on ait pu en découvrir la véritable cause.

Les phénomènes sont bien dififérens lorsque le col utérin se relâche; alors l’orifice s’entr’ouvre ; la tumeur pressée de toutes parts s’y engage peu a peu comme un coin et eu écarte les bords; bientôt elle 5e manifeste à la partie supérieure du vagin, sous, la forme d’une bosse lisse plus ou moins remtente , insensible , et entourée d’un bourrelet circulaire,, sous lequel le doigt trouve un enfoncement bien, distinct du cul-de-sac qui termine le vagin Des, lors les parois de la matrice sont moins distendues, et les douleurs deviennent plus supportables , parce que le polype trouve moins de résistance pour sc prolonger en bas. Mais , d'un autre côte , les vais-

VE>ES MALADIES DES FEMMES. ig5 seaux qui rampent a sa surface , étranglés ou déchirés par le col utérin, rendent des mucosités, même du sang ; et, si ces écoulemens se renouvellent fréquemment, la femme peut encore tomber dans le marasme , et périr sans qu’on ait pu lui porter du secours.

Enfin le polype descend dans le vagin , qu’il occupe en totalité ou en partie ; comprime le rectum, le col de la vessie et l’urètre ; gêne le cours de 1 urine et des déjections alvines, et produit un sentiment de pesanteur habituelle qui incommode beaucoup la femme. Si la tumeur franchit la vulve et paroît au-dehors , la sortie des excrémens devient plus libre ; mais la matrice entraînée et plus ou moins tiraillée occasionne des douleurs aiguës qui

se prolongent jusqu’aux aines , aux hanches et aux reins.

Les excroissances polypeuses , implantées sur 1 orifice de l’utérus, sont plus rares et moins fâcheuses; elles ne produisent d’autre incommodité que la pression du vagin ou le tiraillement de la matrice. Comme le pédicule n’en est point étranglé par le col utérin, elles ne sont exposées, ni à s’enflammer, ni à rendre du sang ou des mucosités Quant aux polypes du vagin , ils peuvent être im- P antes sur toute la surface intérieure de ce canal quds compriment avec plus ou moins de force ’ selon leur volume et leur consistance. De là plus moins de gêne pour expulser l’urine ou les ma-

I g(3 TRAITÉ

tièrcs fécales , et un sentiment de pesanteur plus ou moins incommode sur le fondement elle pennée.

D’après cette description, on conçoit sans peine combien le diagnostic du polype utérin doit être difficile , au moins dans le commencement ; car avant qu’il ait franchi le col de la matrice , les incommodités qu’il produit peuvent simuler celles de la grossesse. D’ailleurs, la conception et le développement du fœtus, jusqu’au terme de sa viabilité, ne paroissent point incompatibles avec un poiype utérin , à moins qu’il ne s’implante sur l’orifice oes trompes. On a même vu de ces excroissances rentrer dans la matrice pendant la grossesse, apres avoir fait saillie dans le vagin. Comment donc viendrais à bout de dissiper l’incertitude en pareil cas ?

Même embarras quand le polype a considérablement distendu la matrice sans en dilater le col.

Alors le volume de ce viscère peut en imposer a l’accoucheur le plus habile; et, s’il parvient à récohnoitre qu’il n’y a point de fœtus, il ne peut déterminer la substance qui avoit produit l’illusion. Alleouera-t-on les écoulemens muqueux , phnformes ou même sanguinolens qui ont lieu par l’onhee utérin ? mais ils ne fournissent que quelques probabilités de plus; et jusque-là l’existence du polype n’est pas plus certaine que celle d’une mole

Ce n’est donc qu’après avoir force le col de la matrice, et après avoir fait saillie dans le vagin , que la tumeur polypeùse ne laisse plus d’équivoque pou/

des maladies des femmes.

le doigt du praticien exerce ; il n’y auroit alors que le renversement incomplet de la matrice cjui pût être confondu avec elle. Mais ne sait-on pas que cet accident n’arrive presque jamais qu’à la suite de l'accouchement, et qu’au contraire le polype peut se manifester à toute autre époque , et même s’opposer à la génération ? En outre , la tumeur que présente la matrice renversée est sensible et susceptible de réduction , au moins quand elle est récente , tandis que l’excroissance polypeuse est indolente et irréductible. C’est même d’après ce signe qu’on peut distinguer le renversement de matrice d’avec le polype qui auroit compliqué la grossesse , et qui viendroil à s’échapper dans le vagin après l’accouchement ou la délivrance.

Enfin , on distinguera le polype descendu dans Je vagin et hors de la vulve, d’avec le renversement complet et meme ancien de la matrice , si l’on fait attention aux caractères suivans : i°. le pédicule du polype est toujours plus long et plus grêle que celui de la matrice renversée; a°. le col utérin forme un bourrelet plus saillant sur la première de ces tumeurs que sur la dernière; 5°. le doigt insinué dans la gaîne ou sinuosité qui les entoure, en a bientôt ti ouvé le fond , si c est la matrice renversée ; au beu qu il s enfonce beaucoup plus avant, si c’est un polype ; 4° • dans le cas de renversement de matrice, la main qui palpe l’hypogastrc y sent une dépression ou un cul-de-lampe plus ou moins

igS

profond , à moins que la femme ne soit trop grasse ; au lieu qu’elle y découvre la matrice presque à la même hauteur quand le polype existe; 5°. la matrice ne peut se renverser complètement sans entraîner la vessie et même le vagin , à cause des productions péritonéales qui l’unissent à ces organes , ce qui n’arrive point dans les cas de polypes utérins.

Avec un peu d’attention on évitera aussi de confondre le polype parveuu à son dernier degré d’accroissement, avec une chute de matrice; car, dans le premier cas , la tumeur est plus grosse à son extrémité inférieure, où elle ne présente point d’ouverture ; tandis que dans le second on distingue le col de la matrice, qui est plus étroit que le corps de ce viscère, et on y trouve toujours l’orifice. D’ailleurs , la matrice qui se déplace et s’élance hors de la vulve , doit nécessairement entraîner la vessie et le vagin pour les raisons que nous avons déjà indiquées , ce que ne peut faire le polype même le plus volumineux.

Mais comment distinguer un polype du vagin des hernies de vessie ; d’intestin et d’épiploon , qui se forment quelquefois dans les parois de ce canal , ou bien encore du renversement auquel il est sujet? C’est en se rappelant que la hernie vésicale augmente, diminue ou disparoît suivant la plénitude ou la vacuité de la vessie, et que l’envie d’uriner suit toujours la pression qu’on exerce sur la tumeur, ce qui n’arrive pas dans le polype vaginal. D’ail-

leurs, la hernie de vessie présente une large hase, une fluctuation et une mollesse que les polypes n’offrent jamais. De même le gonflement rendent, qui paroît et disparoît suivant 1 impulsion et la répulsion des viscères abdominaux , ou suivant la station et la supination de la femme, indique une entérocèle ou une épqtlocèle , et ne sauroit etre confondu avec le polype, qui conserve toujours la même forme et le même volume; joint à ces différences , que les hernies de vessie répondent a la partie antérieure du vagin , et les deux autres aux parties postérieure et latérale de ce canal ; au lieu que les polypes peuvent naître de tous les points de sa surface. Enfin, le vagin qui se renverse entraîne la matrice , dont le col se trouve au fond du bourrelet circulaire et sillonné que forme la membrane muqueuse de ce canal , entre les lèvres de la vulve ou au dehors; au lieu que le polype offre un pédicule très-distinct , et laisse la matrice à la même hauteur.

Nous avons déjà fait observer les dangers que couroient les femmes affectées de polypes utérins, à cause des écoulemens ou des pertes dont ils sont accompagnés. Il ne reste donc à parler que des moyens de guérir ces sortes de végétations.

Il ne sera question ici ni de la cautérisation conseillée par Celse, laquelle pourroit faire dégénérer le polype en cancer ; ni de la section proposée par Aëtius et Fabrice d’Aquapendenle , laquelle pourroit

occasionner des hémorrhagies ; ni de la torsion, qui, au lieu de se borner au pédicule de la tumeur, pourvoit empiéter sur la membrane muqueuse de la matrice, et l’ulcérer ou l’enflammer. Nous décrirons seulement la ligature, qui n’est qu’une imitation de l’étranglement naturel du polype par le col de la matrice. Elle a ele inventée par Levret, et ensuite perfectionnée par Dcsault , dout( le procédé est adopté de tous les praticiens modernes.

Voici donc comment on le met en pratique : les instrumens dont on se sert sont un long cordonnet de fil , deux pinces enfermées dans deux cylindres ou tuyaux d’argent de forme droite et minces ou elles s’engagent , et d’où elles sortent à volonté ; enfin, un serre-nœud ou une tige longue de trois à quatre travers de doigt seulement, dont un bout plié à angle droit est perce dun trou rond assez grand pour laisser passer les deux extrémités du fil, et l’autre présente une échancrure ou une fente profonde, dans laquelle on les arrête.

On fait d’abord passer le cordonnet dans l’anneau formé par les pinces dont les mors se touchent, comme dans le chas d’une aiguille ordinaire; ou rapproche ensuite les deux tuyaux , hors desquels pendent les deux extrémités du fll , et on les conduit jusqu’au collet du polype le long de la paroi postérieure du vagin, en les dirigeant de 1 index et du médius de la main gauche. Alors on retire les deux derniers doigts, on saisit chacun des tuyaux

avec chacune des deux mains, on les ramène de derrière en devant, et on leur fait embrasser Je polype. Pour empêcher le fil de se déranger, on croise ces deux instrumens ; et, pour en faire sortir les pinces dont les mors doivent lâcher le fil en s’écartant, par 1 effet du ressort qui leur est propre , on fait pousser par un aide la tige qui les soutient. Reprenant ensuite les deux tuyaux de la main droite, on conduit les deux premiers doigts de la gauche jusque sur le fil, et on relire les instrumens au dehors. Après avoir ainsi lié le polype , il ne reste plus qu’à l’étrangler, ce qu’on fait en faisant passer les deux extrémités du cordonnet dans le serre-nœud, et en les tirant à soi pendant qu’on pousse cet instrument plus ou moins avant. Enfin on fixe le fil à l’échancrure ou fente de ce dernier instrument.

Si le pédicule est étroit , il survient un suintement plus ou moins abondant et de mauvaise odeur; s il est épais, le polype se gonfle et prend une couleur rouge ou violette ; quelquefois il rend du sang jusqu’au dégorgement complet des vaisseaux variqueux qui rampent à sa surface. Dans le premier cas , il suffit de faire , dans le vagin , quelques injections détersives, auxquelles on ajoute un peu de 'vinaigte, dans le second, il y a ordinairement de la douleui , de la fièvre, et d autres accidens inflammatoires qui exigent la saignée , la diète , les fomentations émollientes, etc. Ces premiers accidens dissipés , le chirurgien est quelquefois obligé de

tordre encore le serre-nœud à plusieurs reprises. Enfin le polype se mortifie , se flétrit et se detaclie; il ne reste plus à sa hase qu’une légère ulcération qui se cicatrise avec facilité , et la matrice remonte à sa place ordinaire.

Dans le cas où le polype utérin seroit inaccessible à la ligature, devroit-on renverser la matrice pour amener le pédicule de celle tumeur à la vulve ? C’est ce que Baudelocquë avoit proposé à Louis pour lier un polype dont le volume empêchoit de porter l’anse du cordonnet dans l’intérieur de la matrice. Mais ce procédé, outre qu’il exposeroit à comprendre une portion du corps de la matrice dans la ligature , ne seroit-il pas inutile , suppose que le polype se détachât toujours à l’endroit de son implantation , et non à celui de son étranglement, comme le remarque le docteur Segard ? C’est encore un point qui réclame l’attention des praticiens.

SECTION" X

Des Calculs cle la matrice.

Quoiqu’on ne commisse point les causes de lai lilhogénésie , ou génération des calculs dans la ma-trice , on ne sauroit néanmoins contester 1 existence de ces sortes de concrétions. On en trouve assez d’exemples dans Hippocrate, Marcellus Donatus, Michel Morus, Ambroise Paré, Rinaldi , Foubert, Verdier; dans les Ephémérides des Curieux de la* Nature , les Commentaires de Leipsick, les Iran-

saciions philosophiques, et dans un Mémoire de Louis. Les praticiens des grandes villes sont plus à portée d’observer des matrices pierreuses ou graveleuses. Nous avons eu occasion d’en voir deux , dont l’une étoit revêtue, à l’intérieur, de pierres arrangées par lames ou par couches , et l’autre, d’un enduit sablonneux.

Les observateurs rapportent que les femmes affectées de cette maladie éprouvent des douleurs , tantôt gravatives , tantôt pungitives ou lancinantes dans l’hypogastre ; elles se plaignent aussi d’un sentiment de pesanteur plus ou moins incommode dans les reins , dans les aines et les cuisses , auquel se joignent des épreintes plus ou moins vives , et une démangeaison insupportable à la vulve.

A ces symptômes se réunissent fort souvent des désordres plus ou moins graves dans les fonctions de la vessie ou de 1 intestin; la matrice s’enflamme et s’ulcère; il s’en écoule une matière purulente, putride et de mauvaise odeur ; il survient des affections hystériques.

En faisant 1 ouverture des cadavres , 011 a trouvé des calculs dans la cavité de la matrice , et dans 1 épaisseur de ses parois. Ces concrétions offroient différens degrés de consistance et de friabilité ; le plus souvent ils n’avoient donné aucun signe de leur existence, du vivant de la femme. Quelquefois on a î encontre des matrices entièrement pétrifiées.

Les signes dont nous venons de parler n’appar-

tenant pas exclusivement aux calculs de la matrice, il est clair qu’ils ne sauroient en indiquer la présence d’une manière certaine. Le loucher et la sonde elle-même ne sont pas ici d’une très-grande utilité , parce qu’on peut s’en laisser imposer par 1 ossification de la matrice , dont on cite des exemples.

Quoiqu’il en soit, les calculs utérins constituent essentiellement une maladie grave , puisquelle entraîne, pour le moins, la stérilité de la femme. D’ailleurs , quelles ressources 1 art fourniroit-il pour la guérir ? On a pratique 1 hystérotomie en pai çil cas, s’il faut en croire le Journal des Savaus 5 mais quelle garantie a-t-011 alors du succès de cette opération, supposé que le calcul, au heu d être isolé et libre dans la cavité de la matrice, y soit au contraire' adhérent ou cbatonné ?

Tout sembleroit plutôt concourir à faire adopter les injections lithontriptiques , auxquelles on attribue la propriété de résoudre les concrétions pieireuses. D’abord elles seroient plus iaciles a fane dans la matrice que dans la vessie ; ensuite les calculs utérins , moins compactes et moins Diables que les calculs urinaires , offriroient aussi moins de résistance à l’action des reactifs.

section xi.

Des Hémorrhagies ou Perles utérines qui arrivent . a l oge critique.

Les pertes de sang qui surviennent à l’âge en-

DES MALADIES DES FEMMES. 3o5

tique peuvent dépendre de plusieurs causes differentes, meme opposées. Tantôt c’est un excès de ton dans tout l’organisme, qui les détermine, comme chez les femmes qui , naturellement robustes , se nourrissent d’alimens échauffans ou abusent de liqueurs spiritueuses ; tantôt il ne faut les attribuer qu’à une extrême irritabilité du système utérin. Ici une femme ne perd sou sang que parce qu’elle est dans un état de foiblesse generale, ou parce que les vaisseaux de la matrice seulement, manquent de force pour résister à l’afflux de ce liquide ; là l’hémorrhagie utérine n’est due qu’à un état spasmodique général ou particulier. Il y a des femmes chez lesquelles l'écoulement du sang, par les organes de la génération , ne lient qu’a une affection propre de la matrice , comme à un ulcère cancéreux ou à un polype ; tandis que chez d’autres il ne faut en accuser, dit-on, que certaines obstructions des viscères abdominaux, lesquelles gênent la circulation et déterminent une stase ou congestion de sang dans les vaisseaux de la matrice.

Les hémorrhagies utérines qui tourmentent les femmes a l’âge critique peuvent donc se diviser en actives qt en passives, eu idiopathiques et en symptomatiques , selon les causes qui les produisent.

C est aussi de là que dérivent les indications à remphi pour an etei ou modérer 1 écoulement du sang, et pour empêcher les malades de succomber à une maladie qui tend à les épuiser.

2oG

Lorsque l’hémorrhagie est active , on la reconnoît à des signes qui annoncent l’inégale distribution du sang , et une sorte de tendance ou d’irradiation des forces vitales vers le système utérin. La femme éprouve des lassitudes dans les membres abdominaux; elle se trouve plus lourde et plus accablée qu’à l’ordinaire ; il y a des bouffées de chaleur qui reviennent par intervalle ; des picotemeus se font sentir dans l’hypogastre ; une chaleur extraordinaire se développe dans tous les organes de la génération ; le système veineux de l'abdomen s’engorge ; il se manifeste des tumeurs hémorrhoïdales , avant que le sang coule par la vulve. Mais dès que cette voie est une fois ouverte , il survient des hémorrhagies d’autant plus abondantes, que la femme est plus- robuste et plus pléthorique.

C’est alors le cas de bien envisager toutes les circonstances de la maladie. L écoulement, du sang est-il modéré , on doit le considérer comme une crise salutaire , par laquelle la nature débarrasse l’économie de ce qu’il y a de superflu , et prévient des congestions fâcheuses dans des organes essentiels à la vie. Mais, si l’on craignoit que la femme ne perdît une trop grande quantité de sang, il seroit peut-être avantageux de recourir à la saignée , afin de produire une detente dans tout 1 organisme , et de diminuer l’état de pléthore générale ; cependant il faudroit n’user de ce moyen qu’avec beaucoup de réserve , parce qu’il tend à augmenter la débilité,

qui est déjà l’effet de l’hémorrhagie. Peut-être l’usage des rafraîcliissans , le repos du corps et le calme de l’ame, ainsi que le régime végétal, seroient-ils beaucoup plus convenables. Mais la saignée générale seroit au moins bien contre-indiquée, si l’hémorrhagie active n’éloit due qu'à un excès d’irritation ou de pléthore utérine. Dans le premier cas, les vésicatoires , les rubéfians, les frictions sèches et les ventouses seroient les moyens les plus propres à produire une diversion salutaire, et à empêcher les forces vitales de se concentrer sur la matrice; dans le second cas, on pourvoit se permettre , tout au plus, d’appliquer quelques sangsues à la vulve. On conçoit aussi qu’il faudroit éviter avec soin tout ce qui pourroit augmenter la sensibilité de la matrice , comme l’usage des chaufferettes, les plaisirs de l’amour, etc.

L’hémorrhagie passive se présente sous une autre forme, et exige des remèdes ou des précautions bien différentes. Ici la foiblesse est générale, ou la matrice seule est dans un tel état d’asthénie , que l’écoulement du sang a lieu sans douleur, et sans aucune apparence de congestion locale. Il ne faut donc songer, comme nous l’avons déjà dit en parlant de la ménorrhagie, qu’à relever les forces ou le ton de tout l’organisme , par les toniques ou excitans pris intérieurement., surtout par un bon régime ; ou bien a ranimer l’action de la matrice en dirigeant les moyens vers cet organe ou vers les parties qui en

sont les plus voisines, telles que les aines, l’hypogastre , la vulve, le vagin.

Les hémorrhagies occasionnées ou entretenues par un état de spasme de tout l’organisme , ou de la matrice seulement, réclament l’emploi des anti-spasmodiques , même des narcotiques à plus ou moins grande dose : remèdes que l’on doit associer aux débilitans ou aux toniques, selon que lafemme estd’une constitution forte et robuste, ou quelle est réduite à un état de foiblesse plus ou moins considérable.

Si des obstructions, soit dans le bas-ventre, soit dans l’utérus , étoient accompagnées ou suivies d’hémorrhagie à l’âge critique, comme le prétendent quelques praticiens , on ne pourroit guère compter sur les ressources de l’art pour arrêter le sang. En effet , comme l’écoulement de ce fluide ne serôit ici que secondaire , ou qu’il ne dépendroit que d’une affection organique , le plus souvent incurable, on ne pourroit espérer tout au plus du secours que des palliatifs. On devroit néanmoins essayer encore quelques médicamens , tels que l’eau calybée , l’infusion de chicorée sauvage légèrement acidulée , le petit-lait nitré ou aiguisé avec la crème de tartre , les eaux minérales salines ou acidulés. Dans l’été et l’automne , on auroit soin de recommander l’usage abondant des fruits que ces deux saisons produisent, surtout des fruits rouges et des raisins. Ce sont peut-être là les meilleurs apéritifs ou désobstruans que l’ou commisse.

DES MALADIES DES FEMMES. 20C) Quant aux parles utérines qui proviennent d’un cancer ou d’un polype ulcéré, nous en avons déjà parlé en traitant de ces deux dernières maladies.

SECTION XII

De la Leucorrhée ou Fleurs blanches.

Cette maladie, à laquelle Baillou , dès le seizième siècle , avoit donné le nom de rhume de la matrice; dont Etlimuller ainsi que JYIorgagm avoient reconnu l’analogie avec le coryza et l’ophthalmie ; et que des médecins, plus récemment encore, ont nommée calharre utérin , n’est autre chose qu’une inflammation aiguë ou chronique de la membrane

muqueuse qui tapisse l’intérieur de la matrice et du vagin.

En général, les femmes naturellement foibles ou dont la constitution a été affoiblie par des maladies antérieures, y sont plus sujettes que les autres. On observe encore la meme disposition chez les individus dont le tempérament utérin , en particulier, est nul ou bien a été usé, soit par l’excès des jouisl sances, comme chez les courtisanes , soit par la fécondité, comme chez les mères de beaucoup d’enfans, lorsqu’elles arrivent à l’âge critique. Une fibre molle, et une peau blanche et délicate, telles qu’on les remarque chez les personnes du sexe éminemment lymphatiques, sont presque toujours des signes de la diathèse muqueuse ou leucorrhoïque. Qu’on joigne à cela certaines affections héréditaires , les

scrofules , la phthisie pulmonaire , le scorbut , surtout la sensibilité' de la membrane muqueuse qui tapisse le système utérin , on aura le tableau complet des causes prédisposantes de la leucorrhée , quelle qu’en soit l’espèce ou la variété.

Veut- on en connoître maintenant les causes déterminantes ou occasionnelles , on n a qu a les chercher dans l’abus ou la mauvaise direction des différens matériaux de l’hygiène , ou dans certaines circonstances relatives àl’élat antérieur de la femme. Les praticiens ont observé que cette maladie etoit le plus ordinairement produite par l’impression plus ou moins continue du froid et de l’humidité sur tout le corps, ou sur les organes de la génération , ou sur les membres abdominaux-, par l’abus des chaufferettes; par le défaut d’insolation; par le séjour dans des lieux bas , humides , obscurs , mal aérés ou mal éclaires ; par l’usage immodéré des bains ou des lotions tiedes ; par des vêtemens froids ou mal séchés ; par le défaut de propreté ; par une nourriture trop succulente; par l’usage habituel de vins généreux et de liqueurs spiritueuses ; par une diète trop severe , ou par des alimens trop peu nourrissans ; par l’abus des boissons relâchantes , comme du thé ; par le défaut d’exercice ; par le sommeil trop prolonge dans des lits mous et très-chauds ; par l’exces des plaisirs vénériens; par la masturbation; par les avortemens répétés, et par les accouchemens difl.cilcs qu’on termine avec la main ou avec les inslrumens ;

par une délivrance trop prompte ou trop violente; par l'introduction de pessaires trop durs ou trop volumineux ; parties menstrues trop acrimonieuses; par des affections darlreuses ou psoricpies qui se fixent ou se répercutent sur les organes de la génération ; par un déplacement de rhumatisme ou de goutte; par la suppression de quelque évacuation naturelle ou artificielle, comme des menstrues, des hemorrhoïdes , de la transpiration insensible, d'une diarrhée habituelle, d’un vésicatoire, d’un cautère, d un selon; enfin, par des désirs vénériens excessifs ; par des affections morales tristes , telles que des chagrins concentrés ou long-temps prolongés ; par un accès de colere chez des femmes excessive-? ment nerveuses. A toutes ces causes on peut ajouter le travail de la dentition , la présence de vers dans le conduit intestinal, et l’embarras des premières voies.

L’étiologie de la leucorrhée sert donc à expliquer quels sont les individus qui en sont le plus souvent affectés, les pays où elle est endémique, et les saisous de 1 annee où elle règne épidémique— ment ; on voit aussi pourquoi les auteurs Pont divisée eu idiopathique et en sympathique , en constitutionnelle, en métastatique , et en celle qui provient d’une irritation locale , eu héréditaire , en siphihtique , en nerveuse ou spasmodique, etc. Mais a quoi bon toutes ces divisions , puisque la plupart des causes qu’elles rappellent n’exisient déjà plus, et ne peuvent par conséquent être combattues

quand la maladie s’est déclarée ? TLa leucorrhée estelle aiguë ou chronique, active ou passive? telle est la distinction qu’il ne faut jamais négliger dans la pratique , parce qu’elle indique deux sériés differentes et même opposées de symptômes, et par la meme raison deux différentes méthodes de traitement.

La leucorrhée aiguë s’observe le plus fréquemment chez les jeunes femmes qui vivent sous l’influence des causes excitantes. Nous en avons rapporté deux exemples remarquables dans notre tableau de la maladie vénérienne ; l’un, à l’occasion d’une petite fille qu’on soupçonnoit infectée du virus vénérien pendant une epidemie catarrhale j etl’autre, chez une femme mariée qui s’étoit livrée pendant quelques jours à la bonne chère, dont elle n’avoit point l’habitude. Nous avons eu occasion de l’observer plusieurs fois depuis sur des en fans , sur des filles pubères et sur des femmes grosses. Le docteur Lullier, un de nos plus estimables confrères, nous a dit aussi l’avoir rencontrée dans sa pratique avec des excoriations aux nymphes. Cette espèce de maladie , purement locale , tient à une irritation immédiate ou médiate du système utérin, et se manifeste par des phénomènes qui en indiquent le vrai caractère.

Au début, ce n’est qu’un prurit léger qui de la vulve se propage dans le vagin et la matrice, et qui devient quelquefois insupportable. La femme éprouve une chaleur ou une ardeur plus ou moins

violente dans le système utérin ; elle se plaint de douleurs dans les lombes , l’hypogastre , les aines et le haut des cuisses. Il y a quelquefois des appétits vénériens difficiles à calmer, toujours de fréquentes envies d’uriner.

Du troisième au quatrième jour, il s’écoule un .fluide séreux , dont la quantité, d’abord peu abondante , augmente de plus en plus , et dont la couleur, de blanchâtre qu’elle étoit , devient verte ou jaunâtre, et plus ou moins foncée; la vulve entr’ouverte laisse apercevoir de la rougeur, de la tension, et du gouflement sur la membrane muqueuse des grandes lèvres et du vagin ; quelquefois le canal de l’urètre participe à l’état inflammatoire , ce qui donne lieu à des ardeurs ou à des cuissons fatigantes en urinant.

Vers le neuvième ou dixième jour, l’inflammation commence à diminuer ; l’écoulement , quoique encore fort abondant , acquiert de la consistance -, la couleur en est plus ou moins variable; enfin il redevient blanchâtre; ensuite il se ralentit, et l’émission de 1’ urine n’est plus douloureuse.

Du quinzième au vingtième, vingt- cinquième , ou trentième jour, rarement plus tard, la maladie offre quelques irrégularités ; elle cesse et r.eparoît de temps eu temps , jusqu’à ce qu’elle se termine complètement, ou quelle passe à l’état chronique,, pour se continuer ensuite indéfiniment.

Cependant cette dernière espèce de leucorrhée

n’est pas toujours une suite ou une dégénérescence de celle qui est aiguë ; elle peut tenir encore , soit à la débilité de la constitution générale , comme chez les femmes avancées en âge qui ont commis plusieurs écarts de régime , ou qui sont affectées de scorbut , soit à l’atonie du système utérin en particulier; par exemple, chez les femmes qui abusent de lotions tièdes ou de bains de vapeurs. Dans le premier cas , les leucorrhoïqües sont dans un état de langueur habituelle ; elles ont le visage pâle et bouffi, les yeux cernés; elles sont froides et apathiques, sans goût pour les jouissances vénériennes. De telles femmes sont rarement fécondes, ou n’arrivent presque jamais à terme , quand elles ont conçu. Elles se plaignent sans cesse de tiraille meus et de maux d’estomac ; point d’appétit, ni de bonnes digestions ; leur peau est froide et trèssensible à toutes les variations de l’atmosphère , ce qui en rend la transpiration presque nulle /difficile ou fort irrégulière, Au moral, ce n’est qu’un état d’abattement et de tristesse , que la cause la plus légère change en une hypocondrie complète; point d’énergie dans les facultés intellectuelles; point de vivacité dans les organes des sens; le corps et l’anie semblent être détériorés. Quand cette maladie ne guérit pas , elle finit par dégénérer eu une fièvre lente qui ccmsume les malades.

Dans le second cas, c’est-à-dire, lorsque la leucorrhée dépend uniquement de l’atonie du système

des maladies des FEMMES. 21 5

utérin , elle est purement locale ; elle peut donc exister, au moins dans le commencement, chez les femmes qui jouissent d’ailleurs d’une bonne saute ; et, si elle vient à influer sur la constitution entière, ce n’est jamais qu’après avoir dure plus ou moins de temps.

Au reste , que la leucorrhée chronique tienne à la débilité du système utérin ou de tout l’organisme , elle se manifeste toujours par l’écoulement continu ou intermittent , mais point douloureux , d’un fluide d’abord limpide et séreux, blanchâtre, quelquefois tenace , glaireux , grumelé ou floconneux ; la quantité de ce fluide augmente progressivement jusqu’à inonder la vulve , et traverser les linges dont elle est’ garnie. Mais , soit que la femme néglige les soins de la propreté , soit qu’elle commette quelque faute dans le régime ou le traitement , il peut arriver que ce fluide devienne plus âcre , et irrite la membrane muqueuse qui le fournit. Dès lors il varie dans sa quantité et dans sa couleur; il prend une teinte jaunâtre , verte , plus ou moins foncée ; la malade se plaint d’ardeurs en urinant , de douleurs aux lombes ; en un mot , tout prouve alors que la leucorrhée est devenue aiguë de chronique qu’elle étoit.

Si r on compare maintenant les symptômes de celte maladie avec les causes qui ont pu la produire, on doit sentir qu’elle consiste dans un changement de sécrétion ou d’exhalation à la surface interne de

îa matrice et du vagin ; ce qui suppose necessaire» ment une lésion , c’est-à-dire, une augmentation ou une diminution dans les propriétés vitales de la membrane muqueuse qui tapisse ces organes.

Il suit de là qu’avec un peu d’attention on distinguera toujours la leucorrhée aiguë d’avec la leucorrhée chronique , puisqu’elles n’ont ni les mêmes causes, niles mêmes symptômes. On distinguera aussi ces deux espèces d’affections d’avec les écoulemens âcres , douloureux , puriformes , sanieux et plus ou moins fétides , qui proviennent d’ulcères utérins chez les femmes parvenues à l’âge critique , ou à une extrême vieillesse.

Mais il ne sera pas aussi aisé de reconnoître à la couleur du Guide leucorrhoïque la cause qui en a déterminé l’écoulement. Croira-t-on, par exemple , avec Chambon , que le vert indique toujours un vice dartreux ou érysipélateux , quand on sait que cette nuance n’annonce qu’une irritation plus vive , qui s'observe dans la seconde période de la leucorrhée aiguë , et même d’autres phlegmasies catarrhales, n’importe la cause qui les a produites ?

Le praticien sera encore bien plus embarrassé pour saisir la différence entre la leucorrhée ou fleurs blanches, et la blennorrhagie ou gonorrhée. Ici même couleur du fluide , et même siège de l’affection. On a prétendu, il est vrai, que l’écoulement leucorrhoïque imprimoit sur le linge des taches plus foncées et plus difficiles à détruire par le frot-

DES MALADIES DES FEMMES. 2 I y

temenl ; mais des observations bien authentiques ont prouvé le contraire. On a prétendu aussi que la blennorrhagie avoit son siège dans le canal de l’urètre ou dans le vagin ; au lieu que la leucorrhée provenoit de la matrice. Mais ne sait- on pas que ces différences , quoique en partie fondées , ne sont pas toujours exactes ? On a rencontré des leucorrhées assez aiguës et assez violentes pour se propager jusque dans l’urètre ; et réciproquement des blennorrhagies , quoique fixées le plus ordinairement à 1 eqtree ou vers les commissures de la vulve , se sont néanmoins étendues quelquefois jusque dans la matrice. Pas un médecin n’ignore que le virus vénérien peut attaquer le col de ce viscere ; et y produire un cancer. A quoi serviront après cela les tampons de linge qu’on a proposé d introduire et de retenir plusieurs heures au moyen d un bandage dans le vagin , après l’avoir nettoyé par des injections , afin d’examiner si l’écoulement suinte de la surface de ce canal ou de 1 orifice de la matrice ?

Si l’on en croit Baglivi , dont Mauriceau , Mercatus , Fernel et Roderie-à-Castro ont partagé l’opinion , la leucorrhée et la blennorrhagie diffèrent entre elles , parce que la première disparoît , au lieu que la seconde continue pendant la menstruation. Mais , d un autre côté , Baillou et Astruc assurent avoir vu des fleurs blanches couler en même temps que les règles ; ce qui ne paroît nul-

2,8 traité

Jement hors de vraisemblance , s’il est vrai , comme quelques physiologistes le prétendent , que le sang menstruel et le mucus utérin s’exhalent de vaisseaux différens. D’ailleurs les règles ne pourraientelles pas couler de la matrice , et la leucorrhée du vagin? Qu’est-ce qui s'opposerait donc alors a leur

existence simultanée ?

Enfin , le professeur Pinel distingue la leucorrhée de la blennorrhagie par les circonstances qui en accompagnent l’origine ou l’invasion. Il prétend que la première est indolente au commencement , et quelque temps après; tandis que la couleur se déclare aussitôt que la seconde , et laprecède même de quelques jours : mais cette di erence , qui est vraie pour la leucorrhée chronique , ne sauroit être admise pour celle qui est aigue , et qui débute comme la blennorrhagie.

Si Ion ajoute à toutes ces considérations que nombre d’hommes ont été atteints de blennorrhagie pour avoir cohabité avec des épouses affectees de Heurs blanches , ou avec des femmes dont le vagin étoit rongé de dartres , quelle circonspection et quelle méfiance n’aura-t-on pas en prononçant sur la nature des écoulemens utérins ou vaginaux ? Concluons donc, comme nous l’avons déjà fait dans notre tableau de la maladie vénérienne , que la femme seule peut dissiper le doute ou fournir au moins quelques probabilités , si elle déclare de bonne lo. s’être exposée à l’infection s.plnlmque. Sans cet

I DES MALADIES DES FEMMES. 2 1 f)

aveu, tout homme de Fart qui préjugé de la nature de l'écoulement. d’après ses qualités physiques , telles que la couleur , l’odeur ou la consistance , risque de troubler l’union de deux époux qui n’ont peutêtre point manqué à la foi conjugale.

Quoi qu’il en soit , la leucorrhée aiguë ou active est moins fâcheuse et moins difficile à guérir que la chronique ou passive. La première cesse pour l’ordinaire après avoir parcouru ses périodes ; la seconde , au contraire , est d’autant plus rebelle qu elle lient à une plus grande foiblesse constitutionnelle ou utérine , qu’elle est plus ancienne ou plus inveteree , qu’elle a été traitée avec plus de négligence , et qu’elle a éludé un plus grand nombre de fois les ressources de l’art.

La leucorrhée des petites filles qui viennent de naître, et a laquelle on donne le nom d’héréditaire, ne dure pas long-temps , à moins qu’elle ne tienne à quelque virus ou vice des parens ; celle qui accompagne la dentition disparoît bientôt après celle époque ; celle qui précède la menstruation des filles pubères cesse dès que celte excrétion périodique est bien établie ; celle qui succède à la suppression des règles chez la femme adulte cou. tinue jusqu au retour de l’écoulement naturel qu’elle remplace ; celle qui provient d’un accouchement se ralentit à mesure que les forces de la mère se rétablissent; celle qui affecte les femmes après la cessation des règles disparoît quelquefois d’elle-

meme , mais on l’a vue se renouveler aussi pour ne finir qu’avec la vie.

Ou a observé que la leucorrhée , causée par une rétropulsion d’exanthèmes , par des métastasés de goutte ou de rhumatisme , ou par la suppression de quelque écoulement naturel ou habituel , étoit quelquefois si opiniâtre , quelle résistoit à tous les remèdes , même les mieux appropries.

Certaines femmes sont inondées de fleurs blanches pendant l’hiver, et en sont exemptes des que l’été arrive -, d’autres ne sont sujettes à cet écoulement qu’au sein des villes , et le voient tarir aussitôt quelles habitent la campagne.

On voit donc que , si la leucorrhée est quelquefois difficile à guérir , il suffit aussi dans certains cas de l’abandonner à elle-même , ou de changer le régime de la malade pour faire disparoître cette

incommodité.

En général , le traitement de la leucorrhée doit varier selon ses espèces et ses différentes causes. Si elle est aiguë , on doit la combattre comme toute autre phlegmasie des membranes muqueuses , par les débilitans , les relâchans et les délayans , auxquels on donne communément le nom d’anti-phlogistiques. Ainsi la femme est-elle robuste ou sanguine , et les symptômes de la maladie sont-ils tresviolens , on prescrit la saignée générale , ou plutôt l’application des sangsues à la vulve , d’apres le conseil de plusieurs grands praticiens , tels que

DES MALADIE J DES FEMMES. 22 t

Sydenham , Hoffmann , etc. On met ensuite la femme à une diète plus ou moins sévère , et on lui donne quelque boisson délayante , telle que l’eau de veau ou de poulet nitrée , la décoction d’orge ou de riz légèrement acidulée avec le sirop de groseilles ou de vinaigre , le petit-lait, etc.

Lorsque les parties génitales sont tourmentées d’une démangeaison , d’une chaleur ou d’une douleur insupportable , comme chez les femmes naturellement bilieuses ou sujettes à des affections dartreuses , outre les remèdes intérieurs , on recommande aussi de fréquentes lotions ou injections avec la décoction de guimauve, de têtes de pavot*, de morelle ou de ciguë , des demi-bains tièdes , des fumigations émollientes.

La leucorrhée aiguë doit être ainsi traitée pendant toute la période d’irritation ; mais , quand elle est sur son déclin , on insiste moins sur la diète et sur Pusage des remèdes affoiblissans ; on lâche , au contraire , de soutenir les forces par des alimens légers et faciles a digerer , dont on augmente la dose , et qu on rend plus substantiels à mesure que 1 écoulement leucorrhoique diminue ; enfin on passe a l’usage de quelques légers toniques, tels qu’une infusion de camomille romaine , de sauge ou de petite centaurée prise en boisson , et employée en lotions ou en injections , pour empêcher la maladie de se prolonger indéfiniment.

Quand la leucorrhée est chronique, elle lient à

la faiblesse générale cle la femme ou a 1 atome de la matrice. Dans le premier cas , il s’agit de fortifier tout l’organisme ; dans le second , le système utérin seulement.

Les toniques employés soit à l’intérieur , soit à l’extérieur, sont donc les moyens les plus propres à remplir cette double indication. D’abord la femme doit respirer un bon air , habiter un appariement sain , observer la plus grande propreté , et surtout être bien vêtue dans les saisons froides ou humides, et dans celles où la température est variable ; elle usera avec sobriété d’alimens substantiels et de facile digestion j le bon vin pris avec modération trouve ici sa place , ainsi que les boissons stimulantes , comme l’infusion des feuilles et fleurs de plantes labiées , de mélisse , de menthe , etc. Outre ces moyens , l’hygiène exige encore de l’exercice, et a son défaut des frictions sèches sur tout le corps , pour entretenir la transpiration insensible ; on retranchera du lit de la malade tout ce qui peut échauffer ou ramollir ; enfin, la gaîté et la dissipation sont avantageuses et même nécessaires pour favoriser la guérison d'une maladie que la tristesse | et le chagrin peuvent occasionner , entretenir ou

aggraver. f ,

Quant aux remèdes , l’expérience a prouve efficacité des préparations de quinquina et de rhubarbe de l’infusion et de la poudre d’absynlhe , des martiaux et surtout des eaux ferrugineuses ,

prises à leur source. Mais , comme l’observe judicieusement le docteur Blattin , il importe de ne pas employer trop long-temps le même médicament , de crainte que l’organisme ne s’y habitue , et n’en tire plus la même utilité.

Après qn’on a rétabli les forces de la femme , la leucorrhée, si elle persiste, n’est plus qu’une maladie locale , qu’on tâche de dissiper par les toniques , dirigés vers le système utérin : on prescrira donc les lotions froides avec l’infusion des plantes aromatiques dans le vin , ou avec les eaux sulfureuses , les demi-bains dans ces mêmes eaux , les fumigations avec la vapeur de succin , de myrrhe , de cinabre , etc. Si l’écoulement résiste encore , on tâche de le supprimer par les astringens en lotion ou en injection ; et, si l’on craint que cette suppression ne soit trop dangereuse , parce que la leucorrhée étoit trop ancienne , on applique un vésicatoire au périnée ou à la partie supérieure et interne des cuisses ; cet exutoire soutire ou détourne une partie du fluide qui s’écoule du système utérin ; peut-être aussi ranime-t-il sympathiquement la tonicité de la membrane muqueuse d’où il s’exhale.

Ce traitement , qui convient parfaitement à la, leucorrhée produite par un état de foiblesse générale ou locale, ne sauroit néanmoins suffire lorsque celle maladie est entretenue par quelque vice ou virus particulier dont la femme scroit atteinte.

Il faudroit nécessairement recourir alors à dauties remèdes que les circonstances pourroient exiger. Ainsi la femme disposée au scorbut , ou déjà affectée de cette espèce de cachexie , devroit faire usage des plantes qui ont la propriété de la guérir, telles que le cresson , le raifort , etc. , dont on prépare des sucs , des vins ou des teintures anti-scorbutiques. De même le virus vénérien devroit avoir ete attaqué par les mercuriaux et les sudorifiques ; le vice dartreux ou psorique , par des infusions et décoctions de chicoracées , de fumeterre , de scabieuse , de douce-amère , de patience sauvage , de bardanne , etc. A l’extérieur on prescriront les lotions , les douches et les bains d’eaux minérales sulfureuses , naturelles ou artificielles. Si ces moyens étoient inefficaces , on pourroit donner des pilules avec un grain de muriate de mercure doux et un quart de grain , demi -grain , jusqu a deux grains d’oxide d’antimoine sulfuré orangé ou soufre doré d’antimoine. L’hydro-sulfure sulfuré de soude , sel avec excès de soufre , dissous dans l’eau , ou sous forme pilulaire , donné d’abord a la dose de cinq à six grains , et augmenté progressivement jusqu à un gros , a été employé avec succès par le professeur Chaussier , contre les métastasés de gale ou de dartres. Mais la pratique enseigne aussi que l’application des vésicatoires est un des meilleurs moyens pour rappeler au-dehors ces sortes d’exanthèmes.

Enfin , si la leucorrhée tenoit à la présence des vers ascarides , comme l’ont observé Rozen et Zimmermann ; ou à un état spasmodique , comme dans des exemples cités par les docteurs Gardien et Alibert ; ou à un embarras des premières voies , il faudrait encore varier le traitement. Les anthelmintiques ou vermifuges seraient indiqués dans le premier cas ; les anti-spasmodiques , tels que les injections avec le laudanum dans le second , et les vomitifs ou cathartiques dans le troisième.

On voit donc que le même remède ne convient pas à toutes les espèces de leucorrhées, et que pour attaquer cette maladie avec succès, il faut avoir égard à la cause qui l’a déterminée ou qui l’entretient, ainsi qu’aux différentes circonstances hygiéniques et individuelles où la femme se trouve. Que penser après cela des empiriques ou charlatans qui se vantent de posséder un seul spécifique contre toute espece de fleurs blanches ? Que penser encore de ceux qui , dés qu’un écoulement muqueux paraît à la vulve , s’empressent de l’arrêter en faisant des lotions et des injections astringentes avec l’eau de chaux , la décoction de noix de galle , les vinaigres de Vénus ou de Cythère ; ou en donnant à l’intérieur soit des substances balsamiques , soit des potions dans lesquelles ils font entrer la dissolution de sulfate d’alumine? Une conduite aussi lemeraire ne peut-elle pas déterminer des maladies pu es que celle qu’on veut combattre , telles qUe

des squii rhes , des ulcères , et même des cancers de matrice ? En général , les aslringens ne conviennent que lorsque la leucorrhée est locale , ou qu’elle a résisté aux toniques.

ARTICLE II

Des Maladies sympathiques et générales des Femmes a l'âge critique.

Nous entendons ici par maladies sympathiques celles qui ont leur siège dans des organes plus ou moins éloignés du système utérin, telles que des éruptions cutanées, certains accès de rhumatisme ou de goutte 5 et par maladies generales , celles qui attaquent toute la substance de l’individu , comme différens genres de fièvres ou de névroses. Loin d’entreprendre ici la description de chacune de ces affections en particulier , ce qui nous obhgeroit de faire un traité presque complet de médecine , nous allons nous borner à rappeler les principales sources d ou elles dérivent , les différentes formes qu’elles prennent , et les bases du traitement, qui leur convient. Par-là nous indiquerons en même temps les précautions qu’exige la cessation des menstrues , et les conseils que la médecine doit donner aux femmes qui arrivent à cette époque.

SECTION PREMIÈRE

Des sources d'où dérivent les Maladies sympathiques et générales des Femmes a l’âge critique.

On observe que la femme qui habite la campagne franchit presque toujours l’âge critique, ou cesse d’êlrc réglée , saus y faire pour ainsi dire attention ; tandis que la femme des villes éprouve alors des déraugemens ou des incommodités plus ou moins considérables. D’où vient cette différence? c’est que la première trouve une source continuelle de santé dans l’air libre qu’elle respire, dans la frugalité dont elle a contracté 1 habitude dès l'enfance , et dans la vie active et laborieuse qui contribue tant à fortifier le corps. La seconde , au contraire , presque toujours renfermée et oisive , s’abandonne à la mollesse , souvent à l'intempérance , et se prépare une foule de maux en s’écartant de la simplicité des mœurs naturelles.

L’âge critique ou la cessation des règles est encore peu redoutable pour la femme qui a vécu conformément à l’institution de la nature , c’est-àdire , qui a goûté le plaisir d’être mère , et qui a nourri ses enfans de son propre lait ; au lieu que la femme qui a gardé une trop sévère continence , ou qui s’est livrée avec excès aux jouissances vénériennes , est menacée des plus grands accidens lorsqu’elle arrive au terme de sa fécondité.

Outre cela , on peut mettre ail nombre des causes

qui disposent la femme aux maladies , depuis quarante jusqu’à cinquante ans , certains accidens ou circonstances antérieures qui, en altérant les propriétés vitales et les fonctions du système utérin , dérangent nécessairement la santé générale-, telles sont les anomalies ou irrégularités de la menstruation , les fausses couches plus ou moins répétées , les difficultés de l’accouchement qu’on a été obligé de surmonter avec la main ou des instrumens , des fleurs blanches plus ou moins opiniâtres , des affections siphilitiques invétérées ou mal guéries.

A toutes ces causes il faut ajouter les écarts ou les fautes que le sexe commet journellement , vers l’âge de retour , contre les règles de 1 hygiène et les préceptes de la morale. Ici ce sont des femmes à demi-nues qui bravent impudemment les intempéries des saisons , ou se surchargent de vêtemeus inutiles , et quelquefois incommodes , même nuisibles. Là on en voit qui, toujours craintives et minutieuses, se tiennent enfermées dans des appartemens très-chauds, ou n’en sortent que pour se rendre aux spectacles et dans des assemblées nombreuses, où l’air est plus ou moins vicié.

Que de reproches les femmes ne mériteroientelles pas sous le rapport de leur nourriture ! Les unes , au lieu d’observer la sobriété à une époque de la vie où elles font moins de pertes , et où tout leur commande plus de précautions qu’à l’ordinaire, se livrent , au contraire, sans retenue au plaisir de la

bonne chère : quelques-unes portent même l'intempérance jusqu’à faire un continuel abus de vins généreux , de liqueurs spirilueuses et de café : d’autres , à qui le régime végétal seroit essentiellement indiqué , ne recherchent que les mets les plus succulens et les mieux assaisonnés. Que penser encore de celles qui donnent la préférence aux viandes noiçes , salées ou fumées, très -souvent indigestes et toujours échauffantes? Enfin , un genre d’alimens peu convenable , surtout aux tempéramens nerveux , vers l’âge de retour ; ce sont les farineux qui ont la propriété d’entretenir les flatuosités auxquelles ils ne sont que trop habituellement sujets.

Si l’exercice modéré , tel que la promenade à pied , avec des personnes capables d’égayer et de distraire , peut rendre la cessation des règles moins orageuse chez des femmes naturellement délicates et sensibles ; que de maux n’ont-elles pas à redouter d’une fatigue qui excède ou d’une vie trop nonchalante ! Tous les médecins défendent alors l’équitation , ainsi que les voitures mal suspendues surtout dans des lieux âpres et raboteux , où le cahotement imprim croit à tout le corps des secousses plus ou moins violentes , qui se communiqueroient à la matrice.

Il est de fait que les femmes excessivement nerveuses ont plus besoin de se reposer ou de dormir que les autres-, d’où il suit que leur santé doit s’al-

- teVer quand elles veillent trop avant dans la nuit. Par une raison contraire le sommeil trop long-temps prolongé , surtout dans des lits trop chauds et trop mous , ne peut être que fort nuisible aux constitutions pléthoriques et sanguines , ou éminemment

lymphatiques. .

Il y a des femmes qui ont l’idée la plus bizane

de l’excrétion périodique des règles -, et 1 on pourvoit dire , à ce sujet , que nombre de médecins sont femmes. On croit donc dans le vulgaire que le sang menstruel est destiné à purger le corps de quelque virus ou levain impur, et que par conséquent la cessation trop prompte ou prématurée de cet écoulement doit être fort dangereuse : de la cet empressement qu’ont certaines femmes de provoquer des excrétions supplémentaires , et de recourir à des remèdes préservatifs ou de précaution, tels que les lavemeus , les bains , les purgatifs , les saignées , les cautères , les vésicatoires , et cent autres moyens dont l’abus ou la mauvaise direction conduisent le plus souvent aux écueils qu’on vouloit éviter.

Enfin , s’il est vrai , comme ou ne peut en douter , que la tranquillité de l’ame soit indispensable à une époque où la femme change pour ainsi dire de constitution , faut-il s’étonner qu’nlors les maladies lis plus graves et les plus opiniâtres succèdent, soit à des affections morales trop vives ou long-temps concentrées , soit à des passions qui

DES MALADIES DES FEMMES. 2$ l

n’ont point de frein ? Certaines femmes s’affligent et se désolent quand elles voient arriver le terme de leur fécondité , parce qu’avec elle s’envolent des plaisirs dont la perte leur cause des regrets. Elles se peignent alors l’avenir sous les couleurs les plus noires ; de là un fond de chagrin , de tristesse , quelquefois de désespoir , et mille autres affections, qui ont la plus grande influence sur la santé. D’autres , naturellement passionnées et voluptueuses , au lieu d’arrêter ou de modérer leurs penehaus , recherchent , au contraire , tout ce qui peut les reveiller; liaisons tendres, intrigues amoureuses , peintures lascives , livres obscènes , conversations licencieuses : telles sont les ressources qu elles savent se ménager pour jouir encore d’un reste de temps qui leur échappe. Il y en a même qui , sous pretexte de charmer l’ennui d’une vie sédentaire et oisive, se livrent avec fureur à la passion du jeu , et passent ainsi le temps le plus critique entre 1 espoir de gagner et la crainte de perdre , toujours ballottées par les succès ét les revers de la fortune. Quelle situation pour des femmes chez lesquelles s’opère une révolution qui exige le plus grand calme , et d’où peuvent dépendre une foule d’accidens pour peu qu’on trouble la marche de la nature !

Outre les causes dont nous venons de parler , on pourioit alléguer encore les maladies locales ou utérines, auxquelles la femme est sujette vers l’age

de retour ; maladies qui peuvent devenir générales à cause de la sympathie de la matrice avec toute l’économie.

SECTION II

Des différentes formes que prennent les Maladies sympathiques et générales des Femmes a l'âge critique.

Quand on considère la prédominance du système nerveux, ou plutôt l’excès de susceptibilité qui caractérise la femme, on conçoit la multitude presque innombrable , et l’extreme variabilité des maladies qui peuvent survenir à l’âge de retour.

Cependant on seroit bien dans l’erreur, si l’on croyoit que la femme , à l’époque où ses règles cessent, ne dût être sujette qu’à des névroses ou à des affections nerveuses. L’observation atteste qu alors il peut se développer ou se renouveler d’autres genres de maladies plus ou moins compliquées, selon les circonstances individuelles et hygiéniques qui ont précédé ou qui existent actuellement. On a vu des fièvres et des phlegmasies plus ou moins intenses, des hémorrhagies par le nez, par la bouche et par le conduit alimentaire , même des anévrismes du cœur et des gros vaisseaux , des coups de sang , des attaques d’apoplexie , des névroses, ainsi que des dégénérescences organiques, précéder, accompagner ou suivre la cessation des menstrues.

des maladies DES FEMMES. 233

Mais il ne sauroit exister de tableau plus précis, plus complet et plus fidèle de toutes ces maladies, que celui qui a été tracé par l’auteur de la Nosographie philosophique. Les femmes, dit le professeur Pinel , éprouvent , à l’époque de la cessation de leurs règles , des affections singulièrement variées , ou les ressentent à un plus haut degré d’exaspération , si elles ne font que se renouveler. Un des premiers désordres est une interruption du flux menstruel pendant quelques mois , et ensuite son retour avec profusion et une plus longue durée , ou bien sa suppression précoce. Quelques femmes\ éprouvent des affections rhumatismales variées, des éruptions irrégulières de phlegmons, d’érysipèles, de dartres rebelles, et autres maladies cutanées aux parties supérieures ou inférieures. Dans d’autres femmes , les affections se portent à l’intérieur, sur les yeux , les oreilles , les membranes , les viscères, etc. ; et alors toute l’habitude extérieure du corps paroît dans un état de constriction et de dépérissement. Les malades sont très- maigres , leurs joues et leurs tempes affaissées offrent l’image de la consomption et de la langueur. On n’a pas moins lieu d’observer des tiraillemens , des tensions spasmodiques qui participent de la nature de la goutte, et qui se fixent aux épaules , à l’articulation de la cuisse ou sur d’autres parties. On doit remarquer que ces affections goutteuses ou rhumatismales sont trèsdisposees à rétrocéder à l’intérieur, et à produire

T Il A I T E

des symptômes inflammatoires ou spasmodiques qui simulent d’autres maladies primitives. Pourrai-je passer sous silence , continue le même auteur, eu traçant les suites de la cessation des réglés , les maux nerveux et compliqués .qui peuvent en naître , les désordres moraux qui caractérisent si bien l’hypocondrie ou l’hystérie , et ont si souvent échoué contre les ressources de la polypharmacie ? Ce sont quelquefois des douleurs spasmodiques, des mouvemens convulsifs , des tranchées; d autres fois, ce sont des flatuosités incommodes , des volutations internes qui se dirigent vers l’œsophage, des hoquets anomaux et bruyans , un sentiment de suffocation dans la région précordiale , ou d’étranglement dans le larynx ou l’œsophage : il n’est pas rare de remarquer des distensions flatulentes des intestins , des resserremens spasmodiques du rectum, ou même des spasmes douloureux de 1 ulei 11s qui simulent le travail de l’accouchement, ou qui produisent les sensations les plus bizarres et les plus insolites.

Plusieurs femmes , ajoute l’auteur déjà cité , remarquent que ces maladies, auxquelles elles avoient été sujettes , leur reviennent beaucoup plus fréquemment, et quelles sont plus graves. Souvent symptômes décidés de la pléthore, ardeurs vagues et irrégulières, insomnies ou rêves irès-fatigaus, respiration inégale et laborieuse ; dans quelques cas, inflammation des intestins, affections spasmodiques

des maladies des FEMMES. 2 35

dans differentes parties, articulations gonflées, douloureuses ou avec des signes d’inflammation, hemorrhoïdes et autres effets d’une pléthore bien caractérisée. Ces accidens sont plus ou moins urgens, plus ou moins disposés à se renouveler, apres s être calmés une ou deux années. Dans quelques cas , écoulement immodéré , ou bien danger imminent d’une apoplexie ou d’une paralysie , si on s’abstient de la saignée.

Enfin, il paroît qu’en rapprochant les observa^ tions rapportées par les auteurs sur les diverses maladies aiguës ou chroniques qui peuveut se compliquer avec la cessation des règles ou l’âge de retour, on pourroit y faire entrer, comme pour l’aménorrhée, presque toutes les maladies internes, à cause des mêmes rapports sympathiques de l’utérus avec toutes les autres fonctions de l’économie animale.

SECTION III

Du Régime que la Femme doit adopter pour se préserver des maladies générales qui la menacent à l âge de retour, ou a la cessation des règles.

Que la femme évite les causes dont nous avons déjà fait l’énumération , et qu’elle observe soigneusement les lois de l'hygiène, c’est-à-dire, qu’elle ne s’expose pas imprudemment aux intempéries des saisons ; qu’elle ne commette aucun écart sous le rapport des vêtemens , des alimens, de l’exercice et

du repos, du sommeil el de la veille , des différente» excrétions, des affections et des passions de l ame.

Qu’elle soit attentive à prendre toutes les précautions relatives à son tempérament ou a sa constitution, à son genre de vie, à ses habitudes, et a toutes les circonstances individuelles où elle se trouve.

Que, sous prétexte de prévenir des maux qui n’existent pas ou qu’elle n’a point à craindre , elle n’use point mal à propos de certains médicamens qui n’ont que trop de vogue parmi le vulgaire , tels que les lavemens, les bains, les purgatifs, la saignée, les sangsues, les cautères, les vésicatoires, etc. Quelques réflexions suffiront ici pour faire entrevoir les cas où ils peuvent convenir, et ceux où ils peuvent devenir nuisibles. En général, il ne faut jamais perdre de vue que la cessation des réglés est aussi naturelle I que leur commencement et leur retour périodique, comme l’ont fait remarquer Fotliergilh et tous les bons praticiens.

Les lavemens sont les moyens les plus doux et les plus simples pour vider le gros intestin, ou tenir le ventre libre ; aussi une femme , vers l’âge critique , y a-t-elle promptement recours pour peu quelle se sente constipée. Quelques auteurs conseillent même de les composer avec des infusions ou décoctions de plantes emménagogues, telles que la matricaire et l’armoise ; comme s’il e'toit nécessaire d’attirer les fluides vers la matrice y à une

D K S MALADIES DES FEMMES. 2^7 époque où la nature cherche au contraire à les en détourner. On sent donc quels seraient alors les dangers des lavemens irritas ; et ces remèdes ne seroient-ils composés que d’eau pure ou de liquides mucilagiueux , des praticiens distingués croient , avec raison , que la continuité ou le trop fréquent usage en seroit nuisible , parce qu’ils pourraient trop relâcher le fondement, et disposer la femme aux hémorrhoïdes.

Telles sont les oonsidérations qui doivent faire préférer les bains de siège , surtout lorsque la constipation n’est entretenue que par l’état spasmodique du conduit intestinal. Ces moyens conviennent aussi pour apaiser les coliques nerveuses , le prurit ou l’ardeur des organes génitaux , la dysurie et la strangurie , dont les femmes sont quelquefois tourmentées à l’âge de retour. Quant aux pédiluves chauds , ils peuvent être propres à détourner les bouffées de chaleur qui se portent vers la figure , et à combattre certains maux de tête qui tiennent plutôt à la susceptibilité qu’à la pléthore de 1 individu; enfin, les bains généraux tièdes ne peuvent être d’aucune utilité aux tempéramens sanguius ou bilieux , encore moins aux personnes du sexe éminemment lymphatiques. Nous ne parlons point des bains frqids que les femmes, en général, ne recherchent guere , et qu’aucun médecin circonspect n oserait leur conseiller à l’époque où les réglés cessent.

Les purgatifs dont l’usage est si généralement répandu, et auxquels les femmes accordent tant de confiance, ne doivent être employés que pour dissiper l’embarras des intestins; encore faut-il n’avoir recours alors qu’aux plus doux , aux simples calartliiqueà , tels que le jus de pruneaux, la manne, la casse ou les tamarins, le petit-lait avec le tarlnte acidulé de potasse, les chicoracéés avec le sulfate de soude ou sel de Glauber ; tous les autres , surtout les résineux qui sont toujours drastiques , doivent etre absolument proscrits , de crainte qu’en irntaut les viscères abdominaux , ils «augmentent par sympathie la sensibilité du système utérin , laquelle n est déjà que trop exaltée à cause de la révolution qui s’y opère. Ce n’est donc pas sans raison que Fotliergilh s’est élevé contre l’usage inconsidéré que font quelquefois les femmes de la teinture sacrée. , des pilules de Rufus, de Y élixir de propriété etc. Ces sortes de préparations pharmaceutiques , dont 1 aloes lait la base , doivent déterminer un plus grand afflux de sang vers les vaisseaux hémorrboïdaux , ainsi que vers ceux de la matrice qui leur sont contigus. Ôn ne commît donc aucune maladie des femmes , soit locale, soit générale , où ces évacuans puissent

être administrés à l’époque de la cessation menstruelle. ,

Il n’en est pas de même de la saignée ; prescrite

à propos. , elle peut prévenir une Coule dacciden» qui menaceraient les femmes pléthoriques et san-

DES MALADIES DES FEMMES. ^Sc) guineSj et dont les plus terribles sont des coups de sang ou des attaques d’apoplexie. Mais quel sera le vaisseau qu’il faudra ouvrir : Hoffmann et. Mauriceau recommandent la saignée du pied ; d’autres, au contraire, conseillent celle du bras. En général, lorsqu’il existe des signes bien manifestes de pléthore , peu importe d’où le sang coule , pourvu qu’on eu diminue la quantité. Le grand art consiste ici à ne pas trop multiplier ces évacuations , et à s’arrêter quand il faut , afin de ne pas épuiser la femme. Il peut être utile , même indispensable de répéter la saignée plusieurs fois, lorsque les règles sont sur le point de disparoîlre ; mais celle nécessité doit diminuer à mesure qu’on s’éloigne de l’âge critique.

Si la pléthore n’étoit que locale ou utérine , les sangsues à la vulve ou aux environs seroient plus indiquées. On les a vues souvent réussir lorsque les femmes se plaignoient de douleurs lombaires , de pesanteur à l’hypogastre , au périnée et aux cuisses, signes qui annoncent une congestion dans les vaisseaux du système utérin. Il est vrai qu’il ne faut pas mettre moins de réserve dans l’emploi de celte espèce de saignée partielle, que dans celui de la saignée générale. Ce n’est pas que l’application immodérée des sangsues puisse prolonger les accidens , et occasionner des squirrhes ou des en, orgemens a la matrice , comme des praticiens assu- Feüt l av0ir observé ; mais celle évacuation , à force

d’être répétée , occasionnèrent un étal de foiblesse

qui pourroit avoir les suites les plus dangereuses.

Il en est des remèdes comme de beaucoup d au- j très choses ; on pourroit en citer qui n ont du leur crédit et leur vogue qu’à la mode , et non à 1 avantage qu’on en retiroit. C’est ainsi que les femmes» ont cru, pendant quelque temps, ne pouvoir se dérober aux maux dont elles étoient menacées à* l’époque de la cessation menstruelle , qu’en s’assu--| jettissant à un cautère ou à un vésicatoire. Mais les: médecins judicieux , loin d eu faire un preceple général , lâchent , au contraire , de déterminer les» circonstances qui peuvent les rendre convenables. Si une femme , dit Folhergilh , a ele dès sa jeunesse sujette à des éruptions cutanées , à des ophthalmies , à des gonflemeps glanduleux, a dçs douleurs errantes et rhumatismales; le cautère, à l’époque critique , peut prévenir beaucoup d accidens et. un renouvellement de ces maux. Ce que nous disonsici du cautère peut s’entendre aussi du vésicatoire, auquel certains praticiens accordent même la préférence , parce qu’il agit' d’une manière plus; prompte et sur une plus grande surface. Mais quel que soit l’exutoire quon établisse, on seroit dansl’erreur , si on lui attribuoit la propriété d’évacuer une matière délétère ou nuisible qui circule dans le

corps. Son principal effet est d’exciter un centre d’irritation sur le lieu où il est applique , et d yattirer une plus grande quantité de fluides. C’est

ainsi qu’il peut prévenir l’engorgement ou la congestion dans des viscères plus ou moins essentiels à la vie.

Nous ne saurions mieux terminer cet article qu’en insistant beaucoup , à l’exemple de Fothergilh , sur la nécessité du régime et de l’exercice. Les femmes pléthoriques , et sujettes à des pertes abondantes , doivent se borner, dit-il , à une nourriture prise des végétaux, renoncer entièrement au souper, user de boissons douces et délayantes, éviter toute espèce de fatigue , les grandes assemblées , les lieux échauffés et fermés, surtout vers l’époque ordinaire des menstrues. Dans les intervalles l’exercice modéré leur est très-nécessaire.

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