CHAPITRE PREMIER
Des Maladies des Femmes relatives à la conception.
S’il y a des circonstances où la femme est stérile et dans l’impossibilité de concevoir, il y en a aussi où elle conçoit mal , et où le germe se déprave. A la vérité ces deux états ne supposent pas toujours une altération notable de la santé ; mais i îen n'empêche de les envisager comme des maladies proprement dites, puisqu’alors une fonction importante de l’économie est lésée , et que le vœu de la nature ne peut s’accomplir pour la reproduction de l’espèce humaine.
ARTICLE PREMIER
De la Stérilité chez la Femme.
On distingue deux sortes de stérilité , l’une absolue et l’autre relative.
De la Stérilité absolue.
La femme est absolument ste'rile , lorsqu’elle est dans une impossibilité insurmontable de concevoir par le congres ou l’approche de l’homme au temps fixé par la nature. On compte ce temps depuis douze ou quatorze jusqu’à quarante ou cinquante ans : terme moyen qui varie néanmoins beaucoup selon le tempérament, l’éducation, le climat, etc.
L homme qui cohabite avec la femme est censé jouir d une bonne sanie , et posséder tous les attributs de la virilité. Gela posé , les causes au moins présumables de la stérilité absolue ne peuvent tenir qu’a l’absence, à la mauvaise conformation naturelle ou accidentelle, mais incorrigible, ou bien à quelque maladie grave et incurable des organes qpi servent à la génération.
i . U est certain que la matrice n’existe pas chez toutes les femmes. Elle manquoit entièrement, ainsi que la vessie , chez le fœtus femelle , mal conformé , dont Bousquet communiqua l’observation en 1757; et chez une femme hydropique , dont le docteur Frédéric Chardel ouvrit le cadavre à l’hospice Cochin. Theden , Engel , le docteur Cadlot , d’après le professeur Boyer , ont aussi rapporté des exemples d’un semblable défaut. Il est viai que des écrivains modernes ne regardent pas la matiice comme essentiellement nécessaire à la
génération ; ils croient même que la femme pourroit en être privée sans cesser à la rigueur délie féconde, pourvu qu’elle conservât les ovaires. Mais celte opinion nous paroîtra toujours une chimère et une extravagance, tant qu’on ne citera pas une femme qui ait conçu sans matrice, ou qu’on n’assignera pas des voies de communication immédiate entre la vulve et les ovaires , organes auxquels on voudroit faire jouer le principal rôle dans l’acte de la génération.
D’ailleurs , lorsque la matrice existe , ne peut-elle pas être si mal conformée, quelle rende la conception impossible? On l’a trouvée quelquefois réduite en une masse compacte et dépourvue de cavité. Littré et Morgagni ont observé l’imperforation du col utérin , en ouvrant les cadavres de certaines femmes qui avoient été stériles ; d autres ont trouvé cet organe complètement ossifié, à la vérité chez des femmes tres-agees.
Enfin, la matrice peut être attaquée dune maladie qui en désorganise complètement le tissu, et en altère les propriétés vitales ; par exemple , d’un squirrhe ou d’un cancer. Or, qui oseroit assurer que cette maladie ne seroit pas un obstacle à la conception , à moins quelle n’affectât que le çol utérin , comme chez une femme , citée pai Levret, laquelle conçut, quoique le museau de tanche fûlde la grosseur du poing et remplit le vagin? Le docteur Gardien dit avoir vu plusieurs femmes concevoir , malgré des maladies organiques très-
IDES MALADIES DES FEMMES s/,5
avancées de la matrice. Mais quelles éloient ces maladies , et quelle partie du globe utérin occupoienl-elles ? ce n’étoit sans doute ni un squirrhe, ni un cancer, qui en eussent atteint le corps ou le fond. Outre ces lésions organiques , la matrice est encore sujette à l’inflammation aiguë qui peut en unir accidentellement les parois , en oblitérer la cavité ou l’orifice , et détruire ainsi l’aptitude à la conception, ou, si l’on veut, la communication du vagin avec les trompes de Fallope.
2°. L’absence naturelle ou accidentelle des ovaires ne sauroit être contestée. Morgagni rapporte un cas où ils manquoient tous les deux ; et Potl assure qu’un chirurgien , les ayant trouvés dans le sac d’une hernie qu’il opéroit , les prit pour une portion d’épiploon épaissi , qu’il coupa. Ces organes peuvent aussi devenir squirrheux ou carcinomateux ; on en connoît l’hydropisie enkystée. Personne ne révoque en doute l’absence des artères spermatiques, l’oblitération des trompes; or, toutes ces défectuosités ou ces vices organiques ne s’opposent-ils pas à la conception ?
3°. La femme peut être privée de la vulve et du Vagin , ou bien cette ouverture et ce conduit peuvent cire naturellement ou accidentellement oblitères. Maret , de Dijon, a vu ce dernier s’ouvrir par son extrémité postérieure dans la vessie , au lieu de se rendre directement au col de la matrice; ou 1 a vu aussi se termiuer antérieurement à la ves-
sie, au lieu d’aboutir à la vulve. Voilà donc encore des défectuosités ou des vices de conformation qui rendent la conception absolument impossible , à moins que dans le dernier cas l’urètre , avec lequel le vagin se confond , ne soit assez dilaté pour permettre l’introduction du membre viril.
A toutes ces causes ou pourroit peut-être ajouter certains étals ou dispositions de l’organisme , qui semblent tenir de l’homme : c’est ce qu’on observe chez les femmes qu’on appelle vulgairement bornasses, viragines des Latins. On les reconnoît aux traits suivans : elles ont les mamelles peu saillantes , la lèvre supérieure et le menton garnis de barbe , la poitrine souvent couverte de poil. , la peau brune ou basauée , la voix forte et un peu rauque. Insensibles aux plaisirs de l’amour , elles paroissent entièrement indifférentes pour les personnes de l’autre sexe ; elles ne rendent que peu ou point de sang bu chaque période menstruelle , et les travaux des hommes ont plus d’attrait pour elles que les occupations de leur sexe. Mais lorsque ces espèces d’hommes-femmes éloient stériles, s’est-on assuré si l’impossibilité de concevoir n’étoit pas chez elles plutôt l’effet de l’absence ou de la mauvaise conformation des organes génitaux , ‘que d’une constitution particulière? A-t-on fait aussi les recherches nécessaires pour savoir si leurs époux jouissoient d’une bonue santé , et réunissoient toutes les qualités nécessaires pour être hommes ?
Que penser de Pythagore et d’Apollonius , dont le premier altribuoit la cause de la stérilité à l’usage des fèves , et le second prétendoit que les coques de cette graine , placées auprès des plantes , les empêclioient de se reproduire ? Ne sont ce pas là des préjugés ou des erreurs populaires , aussi bien que l’opinion de ceux qui condamnoient l’huile de jayet, le camphre , le nitre à haute dose , le saphir , l’os du cœur du cerf, etc. , comme des substances antiaphrodisiaques ?
Il n’est, pas toujours facile de reconnoître les signes de la stérilité absolue. On sent aujourd’hui l’absurdité de l'épreuve admise par Hippocrate , qui avoit la simplicité de croire que la femme étoit douée de toutes les qualités requises pour la conception , lorsque l’odeur des fumigations aromatiques , placées sous ses vêtemens , sortoit par la bouche ou par les narines. On doit avoir la même opinion de ceux qui déclaroient stériles les femmes dont l’urine arrêloit la germination de l’orge qu’on y faisoit macérer.
Si l’on en croit Rodéric-à-Castro, une voix rauque et dure , des poils rudes , des cheveux noirs , épais et ci épus , sont des marques de stérilité ; Bufïon prétend , au contraire , que c’est à ces signes qu’on reconnoît le penchant à l’amour et la fécondité.
La vérité est qii’on ne peut jamais acquérir la certitude de la stérilité absolue , sans examiner l’état des organes qui servent à la génération. S’il y en a
qui manquent , ou qui offrent quelque vice de conformation qu’011 ne peut corriger , ou qui soient affectés de lésions organiques incurables , la conception est tout-à-fait impossible. On voit donc que le toucher est ici du plus grand secours ; mais quelque habile que soit le praticien qui l’exerce , il ne peut jamais prononcer que sur ce qui est à la portée des sens ; et ce qui est inaccessible à la vue ou au tact n’offre que des conjectures : comment s’assurer, par exemple, de la cavité utérine ou de son orifice interne , de l'oblitération ou perméabilité des trompes , de l’absence ou de la présence des ovaires, des vaisseaux spermatiques , etc. ? Peutêtre dans ce cas-là a-t-on rejeté quelquefois sur la constitution ou tempérament de la femme , des causes de stérilité qui ne lenoieut qu’à la mauvaise conformation de quelqu’un de ses organes génitaux.
Ce n’étoit donc pas sans raison qu’Hippocrate et Aristote parmi les anciens , et Mercatus parmi les modernes , regardoient la stérilité absolue comme incurable ; quel seroit en effet l’homme de l’art capable de donner à la femme des organes génitaux qui lui manqueroient , d’eu corriger tous les vices de conformation , ou d’en guérir les maladies organiques très-anciennes et très-développées ? La stérilité ne peut être combattue avec quelque succès que lorsqu’on peut surmonter facilement les obstacles qui s’opposent à la conception. Mais alors on
rentre dans la question de la stérilité relative, dont il nous reste à parler.
SECTION II
De la Stérilité relative.
La stérilité relative ést celle qui dépend de certains obstacles naturels ou accidentels , qu’on peut surmonter avec plus ou moins de facilité ; par exem- / pie , de certaines circonstances qui ont rapport au tempérament ou à l'age des époux , à la disproportion de leurs organes génitaux , à l’antipathie de leurs caractères , etc.
i°. Hippocrate , Galien , et quelques modernes , ont pensé que l’homogénéilé ou identité de tempérament étoit une cause de stérilité. Aussi conseiîlûientils d’unir la femme blonde avec l’homme brun , celle qui étoit grasse avec celui qui étoit maigre, etc. Cette opinion a été renouvelée de nos jours , et appuyée de quelques faits par l’auteur des Etudes de la Nature; Bernardin de Saint-Pierre croit que la fécondité des deux conjoints est en raison de leur contraste ou de leur différence ; en sorte qu’on peut toujours faire à un amant passionné le portrait de la personne dont il est épris , sans la connoitre ou sans l’avoir jamais vue. Mais combien ne pourroil-on pas citer d’exemples qui prouveroient la fausseté de cette manière de calculer l’aptitude a concevoir chez la femme ? II est presque impossible de trouver deux tcmpéramens ou deux carac-