‹ Traité des maladies des femmesChapitre 14 sur 38 · DO · texte numérisé non relu

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tères qui se ressemblent entièrement, ou qui n’offrent quelque contraste ; cela est vrai surtout entre des personnes de différent sexe : par conséquent d'après' ce principe, il ne devroit jamais y avoir de femme stérile. Cependant combien ne voit-on pas tous les jours d’unions ou de mariages entièrement nuis pour la régénération de l’espèce? Il faut donc avoir recours à d’autres moyens qu’à la différence ou à la similitude des tempéramens pour expliquer la fécondité ou la stérilité de la femme.

D’ailleurs les constitutions individuelles ne restent pas toujours les mêmes ; on les voit changer avec les âges, même avec les saisons de l’année. Voilà sans doute pourquoi Anne d’Autriche ne mit Louis xiv au monde qu’après l’avoir fait désirer pendant vingt-deux ans; et pourquoi Catherine de Médicis ne devint mère de dix enfans qu’au bout de dix années de mariage.

On rapporte que des femmes , après avoir été stériles avec certains hommes , ont donné des preuves de fécondité avec d’autres ; mais conclurat-on delà que la faculté d’engendrer tient à la convenance des tempéramens ? Celte logique ne seroit point exacte ; car il est possible que les premiers hommes avec qui ces femmes avoient cohabité fussent impuissans, et que les seconds réunissent toutes les conditions nécessaires pour être pères : donc attribuer la stérilité de la femme à l’analogie de son tempérament avec celui de

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l’homme , ce seroit la faire dépendre d’une cause purement conjecturale , et même entièrement occulte. On doit en dire autant de certaines dispositions de la matrice , qui , selon Lucrèce , la rendent propre à être fécondée par le sperme de tel homme , plutôt que par celui de tel autre.

2°. La disproportion entre les organes génitaux des époux les empêche , plus souvent qu’on ne pense , d’atteindre le but qu’ils se proposent dans leur union. Le membre viril peut être trop long ou trop gros par rapport au vagin ; réciproquement celui-ci peut être trop étroit pour permettre l’introduction du premier. Le col de la matrice est quelquefois situé trop bas ou trop haut ; d’autres fois il s’incline ou se dévie , et devient inaccessible à la liq ueur spermatique ou à la vapeur qui s’eu exhale,, si l’on n’a pas la précaution de le ramener à sa situation naturelle. Cependant la plupart de ces obstacles ne s’opposent pas toujours à la génération. Mauriceau rapporte l’exemple de trois jeunes filles , qui conçurent sans l’introduction du membre viril. L Histoire de l’Académie de Paris cite aussi une femme qui devint enceinte après onze ans de mariage , quoique son jeune et vigoureux mari n’eût jamais pu pénétrer dans le vagin , qui pouvoit recevoir tout au plus un tuyau de plume. Nous avons assiste , le mois de novembre dernier , conjointement avec six de nos élèves , une femme qui est accouchée de deux enfans, quoiqu’une membrane,

située presque à l’entrée du vagin, eût rendu l’approche conjugale impossible.

3°. Certains vices ou défauts dans les caractères, et certaines difformités physiques produisent quelquefois une telle antipathie entre l’homme et la femme , qu’ils s’éloignent l’un de l’autre : tels sont les penchans ou inclinations qui dégradent l’ame , et en attestent la bassesse. On pourroit citer plus d’une femme qui n’a plus voulu recevoir les caresses d’un époux , ni même d’un amant , parce qu’ils n’avoient pas su mourir au poste où le devoir et l’honneur les avoit placés. On sait toute la répugnance , le dégoût et même l’horreur qu’inspirent l’ozène ou puanteur du nez , la mauvaise odeur de la bouche , la vue d’un cancer qui ronge les lèvres, ou de toute autre maladie hideuse qui défigure le visage , l’ouverture du rectum et de l’urètre dans le vagin. Lorsque la femme a le malheur d etre affligée de quelqu’une de ces infirmités , son epoux fût-il naturellement des plus ardens , n’est plus que de glace pour elle. Mais toutes ces causes de stérilité ne sont que relatives ou indirectes. Nous avons connu une femme qui , avant d’être délivrée d’une difformité dégoûtante , n’eu captivoit pas moins le mari le plus délicat et le plus susceptible , parce quelle avoit appris à lui cacher ce qui auroit été capable de le rebuter et d’éteindre tous ses leux. Ne cite-t-on pas encore des filles violées qui sont devenues enceintes , malgré l'aversion qu’elles de-

voient avoir pour leurs ravisseurs ? Enfin des femmes ont conçu , et sout devenues fécondes dans les bras de leurs époux , dont elles n’aimoient ni le moral , ni le physique. Il ne faut pas se figurer que la femme la plus érotique , la plus sensible ou la plus amoureuse , soit la plus propre à la génération.

4°. De jeunes époux s’accusent réciproquement de stérilité , parce que la fougue ou l’ardeur de leur passion épuise quelquefois la faculié qu’ils ont de se reproduire. Les jouissances vénériennes, auxquelles ils se livrent sans mesure , les tiennent dans un état continuel d’orgasme ou d’irritation , qui va jusqu’au satyriase chez le mâle , et jusqu’à la fureur utérine chez la femelle. L’abus qu’ils font de leurs organes génitaux finit par en détruire la sensibilité ; ils ressemblent alors à ces courtisanes publiques et mercenaires , dont la matrice , selon la remarque d’Astruc , ne sent plus rien , parce qu’elle a trop senti.

5°. La femme naturellement foible et apathique passe aussi pour être stérile , soit que cette disposition dépende du tempérament général , ou de celui du système utérin en particulier. Mais cette règle n’est pas sans exception , il s’en faut bien : on observe journellement que de nombreux enfaus sont mis au monde par des mères qui paroissoient inhabiles à les concevoir; taudis qu’au contraire des femmes dont tout sembioit annoncer la fécondité,

n’ont jamais pu faire goûter à leurs époux le plaisir d’être pères.

6°. Le défaut de menstruation , à l’époque de la puberté , est encore mis au rang des causes de la stérilité , surtout lorsque la vue ou la présence du mâle n’excite point de chatouillement dans les organes génitaux , ni cette délectation amoureuse qui porte au congrès ou à la copulation. Mais on a vu des femmes devenir enceintes , quoiqu’elles n’eussent jamais répandu une goutte de sang menstruel , et quoiqu’elles ne fussent point lascives.

70. Les maladies aiguës ou chroniques , telles que les fièvres , les phlegmasies , les névroses , etc. , ne causent la stérilité que pour un temps , ou jusqu’après leur guérison. On rapporte néanmoins que des femmes ont conçu , et sont devenues réellement enceintes pendant des accès de syncope , de léthargie , d’hystérie , et même lorsqu’elles étoient dans un état de mort apparente : ce qui prouve bien que la vie de la matrice ne suit pas toujours les modifications ou changemens de la vie générale. On sait aussi que la conception et la grossesse ne sont point incompatibles avec certaines maladies du système utérin , telles que l’hydropisie enkystée on le squirrhe de l'un des ovaires , le polype utérin , l’ouverture du vagin dans le rectum , une môle , etc.

8°. Hippocrate attribuoit encore la stérilité à l’excès de graisse ou d’embonpoint, parce que l’épi-

ploon et l’intestin /devenus trop pesans , surcharge oient le fond de la matrice , et en occasionnoient la déviation. Cette cause peut être généralement admise , même à l’égard de l’homme qui fournit d’autant moins de liqueur prolifique qu’il est plus gras ; mais ou seroit dans l’erreur si l’on croyoit que l’obésité s’oppose à la génération dans tous les cas.

g0. Les filles trop jeunes ou trop âgées sont inhabiles à la génération; les premières, parce que leurs organes ne sont point encore assez développés ; les secondes , parce qu’ils ont perdu leur souplesse naturelle : mais les unes peuvent devenir fécondes avec le temps , et les autres ont laissé passer l’époque où elles auroient pu être mères. Ce ne sont donc là que des causes de stérilité relative.

io°. C’est une opinion vulgaire fondée sur l’expérience et l’observation , que les femmes sont fécondes dans les lieux où les eaux sont de bonne qualité , et stériles dans ceux où elles sont malsaines ; ce qui ne doit pas néanmoins s’entendre d’une manière absolue , puisqu’on peut toujours se déplacer ou passer d’un climat à un autre. Il en est de même de l’influence de l’air, de tel ou tel vent , etc. , qu’on peut corriger ou modifier d’après les règles de l’hygiène.

1 1 . La stérilité peut etre encore occasionnée par des accidens survenus dans les couches précédentes. Il est des femmes qu’une ou deux grossesses

épuisent; d’autres sont blessées par l'impéritie des i accoucheurs ou des sages -femmes , et ne peuvent plus concevoir ; enfin , il en est que 1 avortement rend stériles , parce que le delivre ou le fœtus mort | reste dans la matrice.

12°. 11 est presque inutile de parler de certaines, causes de stérilité auxquelles les anciens ajoutaient beaucoup de foi ; telles que les sortilèges , les maléfices, les philtres , les enchantemens dont l’effet ne portoit sur les organes génitaux qu après avoir frappé l’imagination des femmes crédules et superstitieuses. La clôture de la matrice ou du vagin ne dépend guère plus aujourd’hui du pouvoir de la magie , ni de la sorcellerie.

Il suit de tous ces détails qu’on doit user de la plus grande circonspection avant de prononcer sur la stérilité de la femme. Souvent elle n’est qu apparente ou temporaire ; tantôt elle ne dépend qurç d’un obstacle facile à surmonter, tantôt au contraire elle présente des difficultés qui lassent et déconcertent l’homme de l’art le plus patient , le plus éclairé et le plus verse dans la pratique. Quelquefois c’est au mari qu’il faut imputer la stérilité qu’on reproche à son épouse. Combien d’hommes se plaignent de n’avoir pas d’enfans lorsqu’ils sont incapables d’en être les pères ! Il y a des individus naturellement ou accidentellement impuissaus ; tels sont ceux qui ont une mauvaise santé, ou qui sout affaiblis par des jmaladies antérieures , les vieux

libertins que J’excès des plaisirs et la débauche ont ruinés , les gens de lettres usés par les travaux du cabinet, et chez lesquels de profondes méditations détournent continuellement les forces vitales des organes génitaux pour les diriger vers la tête. Uu mathématicien , dit-on , ne pouvoit jamais accomplir l’acte vénérien après l’avoir commencé , parce que son imagination se portoit aussitôt vers des questions de géométrie , dont il s’occupoit sérieusement. Différentes affections de lame peuvent encore suspendre ou ralentir la faculté génératrice de l’homme : par exemple , le mépris , la haine ou l’aversion , quand la femme est laide ou méchante ; la crainte de gagner avec elle quelque maladie , quand elle est gâtée ; le trouble ou désordre de 1 imagination , quand on a été menacé de sortilèges, d’enchantement.

Parmi les causes d’impuissance virile on peut compter encore la privation naturelle ou accidentelle , totale ou partielle de la verge , la courbure, la grosseur ou la petitesse excessive de ce membre,

1 absence des artères spermatiques , comme chez un sujet dont parle Riolan ; le défaut de testicules ou le dessèchement, la dénudation , la flétrissure et le sqmrrhe de ces organes ; l’obstruction ou l’oblitération des canaux déférens , des vésicules séminales ou de leurs conduits éjaculateurs par des cicatrices , des fongosités , des concrétions pierreuses dans la vessie ou la prostate ; la constriction

spasmodique de tout le système généra leur, comme chez des hommes très -sensibles et très-irrilables ; l’excès d’ardeur ou d’orgasme vénérien , comme chez le Vénitien dont parle Gokburn •, 1 occlusion ou l’imper foration de l’urètre ; un phymosis trop prolongé qui recouvre le gland ; certaines espèces ‘d’hypospadias , quand la verge s’ouvre près de sa base , en dessus , en dessous ou sur les côtés ; la paralysie des muscles ischio-caverneux , soit quelle tienne à l’équitation trop prolongée, comme Hippocrate l’observe à l’égard des Scythes ; soit à une chute sur le dos , sur le sacrum , comme Fabrice de Hilden en cite des exemples ; en un mot , tout ce qui s’oppose à l’érection , à l’introduction du membre viril dans le vagin et a 1 éjaculation de la liqueur spermatique , doit etre compte au nombr e des causes de l’impuissance virile. Cependant il faut se garder de prononcer avec trop de précipitation sur l’absence de certains organes génitaux, qui peut n’être qu’apparente ; par exemple , quand le* testicules sont restés dans le ventre , ou qu’une maladie , une chute , un saut les y a lait rentrer bi usquement chez les adultes. La privation de 1 un de ces organes n’est pas non plus un signe d’impuissance. On rapporte que le Hottentot s’en fait enlever un pour être plus agile ; des individus se sont trouvés plus vigoureux après la castration partielle; Scylla et Tamerlan éloient des monorchis , ou n’avoienl qu’un testicule. On parle aussi de tnor-

chis ou d’hommes qui eu a voient trois. Mais il est possible qu’on s’en soit laissé imposer par un gonflement de l’épididyme. Au reste, cette pluralité d’organes génitaux , si elle existoit, ne produiroit vraisemblablement qu’un surcroît de vigueur.

L homme de l’art qui entreprend de remédier à la stérilité doit donc tacher d ’en bien recounoître l es- ' pèce, afin de ne rien faired mutile ou de nuisible : sou rôle se borne à fort peu de chose , quand il s’agit de tempéramens semblables ou disparates qui ne fournissent que des indications fort vagues. Toutefois , si 1 un des époux ou tous les deux sont excessivement lymphatiques , on leur prescrit un régime propre à les fortifier. C’est là que conviennent les bons alun eus , le vin généreux , la chair des animaux faits, la truffe, le céléri , peut-être la roquette , dont Columelle et Martial ont vanté la vertu aphrodisiaque; la carotte et le poireau, recommandés par Diosconde ; la sauge, qui, au rapport de l’Histoire, rendit les femmes égyptiennes si fécondes , qu’elles eurent bieu tôt repeuplé leur pays ravagé par la peste : le chocolat à la vanille , le café , l’ambre , le musc et l’opium , dont les Turcs et les Perses tiroient leur remède de magnanimité ; les cantharides , la flagellation tant préconisée par Meibomius, l’électricité , 1 équitation , et tout ce qui est propre à enflammer l’imagination , ou à réveiller les désirs.

C était la tout le secret d un charlatan anglais, Jiommé Graham , qui avoit la réputation de guérir

la stérilité. Pour cela il faisoit coucher les époux dans un appariement , qu’il nommoit temple de la santé , et où il avoit réuni tout ce qui pouvoit émouvoir les sens , et inspirer la volupté. Au contraire , la femme est -elle trop ardente , ou l’homme trop vigoureux , on leur conseille un régime tempérant , une nourriture moins succulente , les delayans , c’est ici que peuvent trouver place la laitue , la

nymphæa , le nénuphar , 1 agnus castus , etc. Si les solides , et surtout les organes génitaux offrent trop de sécheresse ou de rigidité , on recommandera aux époux de ne se voir qu'au sortir d’ùn bain émollient.

Dans le cas de disproportion entre les organes génitaux des deux sexes , différens moyens peuvent contribuer à la faire cesser. Si le vagin est trop étroit , on tâche de le dilater , comme le fit Benevoli dans une circonstance analogue , par 1 usage des bains ou demi-bains emolhens , des injections ou fumigations de même nature , par 1 introduction de pessaires , dont on augmente successivement la grosseur. Le membre viril est-il trop long, l’homme doit le conduire avec modération , e.t le proportionner à la profondeur du canal -, avec ce ménagement il lève l’obstacle qui s’oppose à la fécondation , et évite de froisser ou de contondre le col de la matrice , ce qui 11e seroit pas sans danger pour la femme. Quand l’orifice utérin est oblique ou dévié, on essaie de le ramener et de le retenir dans

sa situation naturelle , ou bien on modifie la posture dans le coït.

La femme d’un âge encore trop tendre doit être éloignée de son mari jusqu’à ce qu’elle ait acquis assez de force pour en supporter les caresses ; une défloration prématurée affoibliroitou détruiroit peutêtre en elle la faculté de concevoir. Au contraire, la femme qui a laissé passer la fleur de sa jeunesse sans écouter la voix de la nature, doit tâcher de rendre à ses orgaues génitaux la souplesse qu’ils ont perdue ; les bains de siège , les fomentations émollientes sont spécialement indiquées en pareil cas.

La stérilité qui tient à l’ardeur excessive des époux exige de la modération ; celle qui dépend des lieux , des eaux , de l’air , se guérit par l’émigration ou par des précautions que l’hygiène adapte aux circonstances r celle qui est produite par l’application des astringens ou de toute autre substance anti-aphrodisiaque sur les organes de la génération , disparoît dès que la cause cesse, ou par l’application de topiques contraires. La chirurgie fournit les moyens de remédier à l’imperforation du vagiu et à l’occlusion de l’orifice utérin , quand cela est possible. On combat 1 atonie de la matrice par les toniques, son excès de ton ou de chaleur par les débilitans , et sa trop giande sensibilité par les anti-spasmodiques. Si un fœtus mort ou quelqu’une de ses dépendances est renfeimee dans ce viscere, on l’aide à s’en débarrasser, suivant les préceptes de l’art des accouchemens.

Si l’un des conjoints avoit par hasard l'imagination frappée , et qu’il se crût ensorcelé ou enchanté, on se garderoit d’abord de heurter trop brusquement l’opinion qui l’abuseroit. On auroit l’air au contraire de le plaindre , et de le croire sous la puissance de quelque sortilège ou maléfice ; mais on s’occuperoit en même temps de chercher les moyens propres à rompre lé charme : souvent les plus extraordinaires sonL ceux qui réussissent le mieux. On raconte qu’un philosophe, consulté par un mari à qui une sorcière avoit noué l’aiguillette, lui prêta sou manteau, en lui recommandant de l’étendre le soir sur la couche nuptiale : ce qui produisit le meilleur effet possible. Un autre fut désenchanté par un médecin qui lui conseilla gravement de pisser à travers l’anneau conjugal. Des pièces d’or où étoient gravées des figures célestes, la graisse de loup, de chien noir, etc., ont eu le même succès.

Lorsqu’un mari , trop distrait ou trop livre a l’élude, laisse errer son imagination, ou s’occupe de quelque objet qui l’empêche d’exercer l’acte vénérien, on doit le rappeler à son devoir. Consulté par une femme qui se plaignoit de l’absence et de la nullité de son mari pendant qu’elle le tenoit entre ses bras , Peyrilhe lui conseilla de le faire boire un peu plus qu’à l’ordinaire le soir avant de se coucher. Par cet innocent stratagème , elle rendit la présence d’esprit et la vigueur à celui dont elle maudissoit auparavant la distraction et l’impuissance.

C’est donc en recherchant la cause de la stérilité qu’on peut espérer d’en voir la fin , et non en l’attaquant par des remèdes insignifians. Quelle vertu peut-on attribuer, par exemple , à l’œil d’hyène que Pline recommande , ou aux testicules de certains animaux que d’autres proposent de faire manger à la femme pour la rendre féconde ?

Une considération qui ne doit pas échapper à l’homme de l’art , c’est que la stérilité est bien différente de l’impuissance dans l’un et l’autre sexe. A la vérité , ces deux états peuvent se trouver réunis sur le même individu ; une femme qui n’auroit point d’ovaires , et dont le vagin seroit imperforé, seroit en même temps impuissante et stérile , parce qu’elle ne pourroit ni consommer l’acte vénérien , ni le rendre fécond. De même un homme qui n’auroit ni testicules, ni membre viril, ne pourroit ni sécréter le sperme, ni l’éjaculer dans le vagin. La stérilité est aussi une suite immédiate de l’impuissance. La femme ne peut jamais concevoir si elle est dépourvue de vagin, et l’homme est dans l’impossibilité d’engendrer sans membre viril. Mais la première peut être stérile sans être impuissante, et le second peut exercer l'acte de la reproduction, quoiqu’il ne puisse pas toujours fournir de liqueur prolifique.

ARTICLE II

De la Conception dépravée.

La conception se déprave toutes les fois qu’au lieu d’un fœtus il se forme un monstre ou une môle dans la matrice.

SECTION PREMIÈRE

Des Monstres.

Ne perdons point ici le temps à discourir sur les productions monstrueuses qu’on a prétendu provenir du commerce illicite de l’homme avec la brute. Laissons à la fable son fameux minotaure que Pasipliaë conçut, dit-on, par l’approche d’un taureau; laissons-lui ses deux jumeaux , Castor et Pollux , et ses deux jumelles , Hélène et Clytemnestre , qu’on nomme communément les deux œufs de Léda, parce que Jupiter se métamopliorsa, dit-on, en cygne pour séduire l’épouse de Tyndare sur les bords de l’Eurotas. Le commerce de Pbylire avec le dieu des mers ne mérite pas plus d'importance. Stalpart-v an-Derviel ne débite qu’un conte quand il rapporte qu’une chienne sans poil et enveloppée de ses membranes naquit d’une femme, parce qu’un mari brutal l’avoit forcée de se laisser caresser à la manière des chiens : ïe fait analogue quePaullini dit être arrivé sous le pontifical d’Alexandre vi , est aussi peu vraisemblable.

La Physiologie et l’Histoire naturelle ne nous empêchent-elles pas d’ajouter foi à ce prétendu croi-

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sement, qui confondroit l’homme avec l’animal, et ieroit rentrer le monde dans le chaos ? Quel cas fautil donc faire des puérilités que Fortuuius Licetus a consignées dans sonTraitédesMonstres?Que penser des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, des reptiles , etc. , dont le crédule Schurrigiùs assure , dans son Embryologie , que la femme peut devenir mère ? Rivière , le croira-t-on ! ce respectable membre de la Faculté de Montpellier, rapportoit de bonne foi j qu’une femme , pour avoir mangé des huîtres avec passion, avoit été punie de sa gourmandise en accouchant d’un crapaud qui avoit plus de vingt pattes.

Mercatus et Rodéric- à -Castro parlent aussi des Cyclopes qui n’avoient qu’un œil au milieu du front ; des peuples sans bouche qui mangeoient et respiroient par le nez ; des satyres du mont Amyaï qui avoient les jambes renversées ; des hermaphrodites , des géans, des nains, des êtres mi-partis de l’homme et de la brute, etc.; mais ne sait-on pas que ces deux auteurs vivoient dans un siècle où l’on affectoit' de croire tout ce qui avoit l’air du merveilleux?

A 1 exemple de Buffon, nous n’admettrons que trois classes de monstres ; savoir , les monstres par excès, par defaut et par renversement, ou fausse position de parties.

On met au nombre des monstres par excès de polies les enfans h deux têtes, à plus de deux jambes ou a plus de deux bras ; ceux à deux troncs pour une seule tete, ou a deux corps entiers réunis par

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un seul point, comme chez les deux filles de Tzoni en Hongrie , dont parlent Linné et Bufïon , et qui se tenoient par les reins ; elles étoient indépendantes l’ime de l’autre sous certains rapports ; mais elles avoient aussi quelques besoins communs. Elles eurent les règles , la petite-vérole et la rougeole en même temps. L’une mourut de maladie à vingt-un ans , et l’autre ne lui survécut que de quelques minutes.

On peut encore considérer comme monstrueux Je prolongement excessif de la peau du ventre chez J es Hotten totes. Celte espèce de tablier avoit été d’abord observée par le jésuite Tackard , qui fut ensuite démenti par Sparmano , disciple de Linné , et compagnon du capitaine Cook dans son voyage particulier au Cap-de-Bonue-Esperance ; mais des détails plus récens, publiés par le naturaliste Pérou, qui avoit suivi l expédition du capitaine Baudin , prouvent que cette excroissance abdominale est propre à la peuplade Boschismann.

Quant aux géans, on ne peut les regarder comme des monstres , attendu qu’ils n’ont ni plus ni moins de parties que les autres hommes. Ils ne sont remarquables que par l’excès de volume et de stature.

Les monstres par défaut de parties sont les monocles , dont on rapporte quelques exemples dans le Mercure de France et le Journal des Savans pour l’année 1766; les unipèdes , comme l’individu dont il est question dans le dernier de ces journaux pour

l'année 1696. Il n’avoit qu’une jambe sortant du milieu de l’hypogastre, et bien formée jusqu’au pied, qui ressembloit à celui d’un veau; mais il n ofiroit aucune apparence de sexe. Ou range encore parmi les sujets défectueux les becs-de-lièvre, les acéphales, et ceux qui n’ont que la moitié des membres, comme le grand sauteur nain dont il est question dans la physiologie du professeur Dumas ; il avoit les cuisses articulées avec les pieds, les bras et avantbras enkylosés.

Enfin il n’y a que l’ouverture des cadavres qui ait pu faire connoîlre les monstres par renversement ou fausse position de parties. On peut consulter làdessus Riolan , le Journal des Savons pour l’année 1681 ; il y est parlé de deux petits chiens qui naquirent avec le cœur hors de la poitrine. Méry,. en 1688, trouva toutes les parties de la poitrine et du bas-ventre changées de place dans le cadavre d’un soldat ; Winslow, Engueuhard rapportent de semblables phénomènes. Nous eûmes aussi occasion d’observer ce déplacement de parties sur le cadavre d’un enfant pendant que nous disséquions dans l’amphithéâtre de Bichat.

Que d opinions et d hypothèses sur la génération des monstres ! Les anciens l’expliquoient par l’excès, le defaut ou le desordre total ou partiel de la liqueur spermatique ; Bufïon , par l’excès , le défaut ou le dérangement des molécules organiques ; quelques modernes, tels que Lémeri , par des changemcns ou

modifications survenues dans les œufs; Duverney et Winslow prétendoient que les monstres veuoient d’un germe préexistant -, Perrault et Bayle les ont attribués à l’influence de l’imagination maternelle; opinion que Bfondel et le baron de Haller ont attaquée et combattue par Loutes sortes de faits anatomiques et physiques.

La vérité est que le choc de toutes ces opinions n’a produit aucun trait de lumière , et que la génération des monstres tient à des causes qu ou n a point encore pu approfondir. Il est donc impossible à la médecine d’empêcher cette espece de dépravation des germes , puisque c’est un phénomène qui est hors de son domaine.

SECTION II

Du faux Germe ou de la Môle .

Que d’opinions ! que d’hypothèses ! que de fables sur la môle ! Aristote , Hippocrate , Galien et les Latins la considèrent comme une masse charnue et informe , qu’ils attribuent à un vice du sperme ou à une surabondance de sang menstruel.

Quelques modernes croient qu’elle lieut a une disposition de l’œuf qui l’empêche d’être fécondé. Buffon prétend que le sperme de la femme suffit pour la produire , de même que la poule peut pondre des œufs sans avoir vu le coq. Pour appuyer ce sentiment , Valentini , Forestus et Lassone assurent que des filles cloîtrées ont rendu des môles. Klein et

Senuert en disent autant des veuves honnêtes. Il y en a qui font dépendre ces masses de la propriété qu’a le sang de s’organiser; d’autres du froid ou de la chaleur. Lanswerde admet deux espèces de môles ; l’une de génération, et l’autre de nutrition.

Le vulgaire regarde ces sortes de végétations comme l’effet de quelque sortilège , ou de quelque conception miraculeuse. Les commères , dit Mahon , croient que non-seulement, les môles prennent les formes de certains animaux , mais encore qu’elles marchent , qu’elles courent , qu’elles volent, qu’elles cherchent où se cacher , même à rentrer dans la matrice de laquelle elles sont sorties ; que , si on n’y mettoit obstacle , elles feroient périr les accouchées , etc. N’a-t-011 pas vu, continue le même auteur lorsque la sage-femme avoit l’air d’aunoncer l’existence d’un pareil monstre, loutes les graves assistantes s’enfuir précipitamment dans la crainte qu’elles avoient qu’il n’entreprît d’élire son domicile chez quelqu’une d’elles ?

C’est avec bien plus de fondement que Levret explique la formation de la môle par la dégénérescence d’un fœtus avorté , dont le placenta continue de prendre de l’accroissement dans la matrice. Si Je fœtus , encore mucilagiueux , vient à périr et à s e dissoudre complètement dans l’eau de l’amnios, la fausse-couche ou l’avortement ne présente qu’une poche ovoïde , transparente et remplie de liquide ; on la prendroit pour une hydatide. Mais si les se-

condines continuent encore de recevoir la nourriture destinée au fœtus pendant quelque temps, après sa dissolution , le placenta prend une apparence charnue, que des accoucheurs comparent grossièrement à un gésier de volaille; c’est ce qu’on appelle un faux germe , ou un germe avorté , si l’embryon s’y trouve encore plus ou moins développé. Enfin, le placenta , devenu plus volumineux , plus dense et entièrement charnu, prend le nom de môle.. L’opinion de Levret paroÎL d’autant plus vraisemblable , qu’on a vu quelques-unes de ces masses parenchymateuses , accompagnées d’un autre fœtus ou de quelques-uns de ses débris , tels que des os , qui avoient résisté à la dissolution ou à la fonte survenue après l’avortement. Joint à cela , qu’en envisageant la môle comme le résultat d’une conception dégénérée , on peut facilement rendre raison de tous les phénomènes quelle présente.

En effet , on voit , d’après cette explication , pourquoi le faux germe et la môle offrent à leur centre une cavité tapissée d’une membrane , et pourquoi on les rencontre plus souvent chez de jeunes époux ou dans un âge plus avancé qu’cuire ces deux extrêmes ; pourquoi la môle est plus volumineuse et plus mal organisée que le placenta ordinaire ; pourquoi elle ne présente pas toujours des débris de fœtus avortés ; pourquoi elle est souvent gorgée de sang , .et rend la femme sujette à des perles irrégulières , quelquefois , au contraire ,

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flétrie et desséchée; pourquoi elle prend des formes bizarres ; pourquoi, au lieu d’une seule, il en existe plusieurs qui accompagnent même la vraie grossesse ; pourquoi elle adhère plus ou moins fortement à la matrice.

Il suit de là qu’une légère attention doit suffire pour distinguer la môle , après sa sortie ou son extraction , d’avec une concrétion ou un caillot de sang qui ne peut en avoir que l’apparence ; d’avec un squirrhe utérin avec lequel elle avoit été confondue par Aëtius et Paul d’Ægine ; d’avec un polype , qui n’est autre chose que la môle de nutrition admise par quelques auteurs ; d’avec une tumeur aqueuse ou flatuleuse, qui ne lui ressemble pas du tout ; enfin on la distinguera d’avec des hydalides ou vésicules remplies d’eau qui compliquent quelquefois la grossesse ordinaire , même la conception dégénérée ; et que le vulgaire attribue à quelques envies ou désirs non satisfaits dont la femme a été tourmentée , lorsqu’elles ressemblent à des grappes de raisin ou de , groseillier.

Mais comment reconnoître la présence d’une mole pendant qu elle est eucore renfermée dans la matrice, et comment distinguer celte espèce de fausse grossesse d’avec celle qui est véritable ? Rien de plus facile suivant certains auteurs, et rien de plus difficile au contraire daus la pratique. D’abord, la suppression des réglés, l’appétit dépravé ou le dégoût , la nausée , etc. , la pâleur du visage , le

gonflement du sein et deTabdomen, la dyspnée et autres incommodités de la femme, ne sont ici que des signes fort équivoques , puisqu’ils appartiennent à la vraie comme à la fausse grossesse. Il en est de même des accidens qui vont , dit-on , en augmentant jusqu’à la fin de la grossesse , quand il existe une môle ; de l’affaissement du sein , passé une certaine époque ; de l’humeur séreuse qui suinte des mamelons ; du défaut d’aplatissemeut du ventre dans les deux premiers mois , selon la remarque de Lamotte ; et du défaut d’inégalité dans le globe utérin, suivant Puzos.Tous ces signes, pris séparément ou réunis ensemble, ne fournissent que des probabilités , parce qu’ils ne conviennent pas uniquement à la môle.

11 n’y auroit donc que les mouvemens de l’enfant après le quatrième mois et demi, qui pourroient dissiper le doute et 1 incertitude. Mais les praticiens n’ignorent point que des femmes sont accouchées d’en fans très- vigoureu x , sans les avoir sentis remuer pendant tout le temps de la grossesse ; tandis que d’autres, après avoir pris des mouvemens spasmodiques de l’abdomen pour ceux d’un enfant, n’ont rendu que des môles. Nous avons vu nous-mêmes une femme soupçonnée d’hydropisie accoucher, à la Charité, d’un enfant à terme et très-volumineux, quoique les plus célèbres praticiens de Paris n’en eussent point senti le ballottement la veille de sa

naissance.

DES MALADIES DES FEMMES. 3^5 Les femmes qui portent une môle, dira-t-on éprouvent dans leur ventre le sentiment d’une boule qui se porte toujours vers la partie la plus déclive, qui pend sur les cuisses, quand elles sont debout, et qui s’incline à droite ou à gauche , quand elles fee couchent sur le coté. Mais ce signe est loin d’être caractéristique , puisque cette espèce de procidence ou de chute de l’abdomen peut exister avec la grossesse vraie, par exemple, lorsque le foetus est mort, foible ou languissant. D’ailleurs, supposé qu il fût possible de reconnoître une môle quand elle est seule , il seroit du moins impossible d’en constater la présence quand elle viendroit à compliquer la grossesse.

Concluons donc qu’en médecine légale il faut avoir la plus grande circonspection pour ne pas confondre la fausse grossesse produite par une môle , avec la véritable qui dépend d’un fœtus; et dans le doute, le parti le plus sûr est de demander aux magistrats un sursis ou un délai de plusieurs mois après le terme de 1 accouchement , afin de ne point compromettre 1 honneur de l’art , ni sa propre réputation , ni la vie d’un fœtus qui peut se trouver dans la matrice , quoiqu’il ne donne aucun signe de sa présence.

Les auteurs en général se plaisent à exagérer les | dangers que la femme court quand ejle est grosse d une môle. Avicenne prétend qu’elle périt , si elle «e s en débarrasse pas de bonne heure ; mais il est

2y4 TRAITÉ

vraisemblable qu’on aura confondu alors celte espèce de végétation avec une excroissance carcinomateuse qui est toujours fatale , ou avec un polype qui peut exposer à des hémorrhagies mortelles ; ou bien qu’elle se sera compliquée avec quelque maladie grave , telle que l’hydropisie à laquelle la femme aura succombe. On conçoit bien que le fœtus peut être incommodé de la présence d’une môle avec laquelle il se trouve dans la maince , parce que ce corps étranger peut absorber une portion de sa nourriture , et s’opposer à son développement. Mais la femme ne risque pas plus alors que dans une vraie grossesse.

Il résulte de là que le séjour de la môle dans la matrice , quelque prolongé qu’il soit , n est point aussi redoutable que les anciens l’a voient pensé ; ce seroit donc une grande témérité d’en solliciter l’expulsion avant le temps indique par la nature : car les moyens employés prématurément dans cette intention , outre qu ils pourroient occasionnel la fausse couche , entraîneroient peut-être aussi la mort de la femme. Cet accident seroit surtout à craindre , si l’on avoit recours aux remèdes violens que l’usage a consacrés en pareil cas , tels que les purgatifs drastiques ou résineux, les lavemens îrnlaus , les vomitifs, les emménagogues , les sternutatoires , les saignées du pied etc.

La prudence exige donc qu’on attende avec patience les efforts que la nature fait elle-même pour

expulser la mole. Si l’on craint qu’elle ne soit impuissante ? on vient à son secours , soit en relâchant les parties extérieures de la génération et, même le col de la matrice , au moyen des bains généraux , des bams de siège , des fumigations et des injections émollientes ; soit en faisant l’extraction de la môle avec la main. Ce dernier procédé seroit surtout bien indiqué, si une hémorrhagie ou quelque autre accident mettoit la femme en danger de perdre la vie.

Lorsque Je sang continue de couler après l’expulsion ou l’extraction de la môle , on l’arrête par les mêmes moyens qu après l’accouchement proprement dit, ou après la délivrance. La principale indication dans l’un et l’autre cas est de solliciter les contractions de la matrice , afin que les vaisseaux qui arrosent ce viscère, devenus plusflexueux et plus étroits, opposent plus de résistance au sans.

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