CHAPITRE II
Des Maladies relatives à la Grossesse.
Il est mutile de revenir ici sur les signes de la grossesse. Nous les avons exposés assez au Iondans notre Cours théorique et pratique d’accouchemeus; nous avons insisté, non-seulement sur es mouvemens du fœtus, seul signe qui en indique la présence et la vie dans la matrice , mais encore sur les changemens que ce viscère éprouve pendant a gestation, et sur les modifications qu’il détermine
dans toutes les propriétés vitales et dans toutes les fonctions de l’organisme ou de 1 économie animale , avec lesquelles il a des rapports si manifestes.
Nous répéterons encore ici qu’il n’y a rien de plus équivoque ou de plus incertain que les signes de la conception ou de l’ imprégnation. On peut en juger par les méprises des hommes de l’art qui ont voulu leur accorder quelque confiance. On sait qu’Avenzoar , célébré médecin arabe, s y tiompa sur sa propre femme.
Le médecin ne doit point oublier que la grossesse est tan état plus physiologique ou naturel , que pathologique ou maladif, et que par conséquent la conservation de la femme et du fruit qu’elle porte , exige moins les ressources de la thérapeutique que
les préservatifs de l’hygiène.
C’est donc sans raison que le vulgaire appelle lagrossesse une maladie de neuf mois. La femme , depuis qu’elle a conçu jusqu’à ce quelle devient mère, pourroit n’ètre pas plus incommodée que les femelles des animaux , si elle savoit éviter tous les écarts de régime, ou se mettre a 1 abri des accidens qui la menacent.
L’air quelle respire doit être pur, et l’appartement quelle habite parfaitement sain. La fréquentation des grandes assemblées lui seroit nuisible. H faut aussi quelle s’éloigne des endroits trop froids ou trop chauds , de' ceux qui sont humides , mal éclairés, et surtout infects, tels que les voieries,
les égouts , les fumiers , etc. Pline rapporte que l’odeur d’une chandelle mal éteinte fit accoucher unejfemme avant terme. Une blanchisseuse , dont parle Mauriceau , subit le même sort pour s être imprudemment exposée à la fumée du charbon. Les parfums, fussent-ils des plus suaves, ne seroieut pas sans inconvéniens durant la grossesse ; il en seroit de même du grand bruit , tel que le son de grosses cloches, l’explosion de fortes pièces d’artillerie , le fracas du tonnerre , etc.
Si l’habit qui serre trop la taille , le corset qui comprime la poitrine, et le busqué dont les baleines descendent jusqu’au nombril , doivent être interdits à la femme ; si la chaussure à talon haut peut lui être incommode et dangereuse ; en un mot, si sou vêtement doit être aisé et proportionné à la saison , c’est sans contredit durant la grossesse, où la moindre gêne dans le bas-ventre , un faux pas , un léger changement de température , peut tirer à conséquence et occasionner la perte de deux individus.
Eu fait d’alimens , que la femme grosse consulte son goût, son appétit , son habitude : ici point de jeune ni d’abstinence. Qu’on bannisse de sa table , autant qu’on pourra , les substances rances, salées , fumées ou fortement assaisonnées , qui sont trop échauffantes ; les boissons à la glace , qui peuvent causer des coliques et l’avortement ; la salade , les fruits verts, et en général les crudités , qui donnent
des aigreurs d estomac. Un pain léger et bien boulange ; des viandes nourrissantes, telles que celles de bœuf, de mouton , de veau , d’agneau , de volaille , de poule, de chapon , de perdrix , de pigeon, rôties ou bouillies ; des potages avec de bons légumes ; des œufs frais ; du poisson de rivière ou d’eau courante , pourvu qu’il ne soit pas salé , ni trop ancien ; de bon vin vieux, mais suffisamment étendu deau: voila ce qui doit faire la principale nourriture pendant la grossesse.
La femme habituée au travail, dit Aristote , accouche plus facilement que celle qui vit dans un repos continuel : cela est vrai; mais on interpréteroit mal les paroles de ce philosophe , si l’on en concluoit qu’elle doit se harasser de fatigue pendant la grossesse. Un exercice modéré lui est utile et même nécessaire ; elle doit éviter l’oisiveté et la vie inactive , aussi bien que le mouvement excessif. Que faut-il donc penser de celles qui ne quittent point leur appartement , ou qui se tiennent presque toujours au lit après la conception ? Que penser encore de celles qui montent à cheval , ou dans des voitures mal suspendues , de celles qui lèvent de lourds fardeaux , qui haussent les bras r se guindent sur la pointe des pieds , ou exposent tout leur corps aux plus violentes secousses ? Peut- on approuver surtout la conduite de certains accoucheurs qui , sous prétexte de favoriser la culbute et la bonne situation de l’enfant, recommandent à la mère de
sauter , de monter , de descendre , en un mot , de s’exercer plus qu’à l’ordinaire , vers les derniers mois de la grossesse ?
Hippocrate défend le coït à la femme enceinte ; Aristote au contraire le lui permet. Le parti le plus sûr pour elle seroit de s’en abstenir , à moins qu elle n’y fût poussée par un besoin irrésistible ; et dans ce cas-là il faudroit au moins qu’elle prît les précautions nécessaires, afin de ne point exposer son ventre à une trop forte compression, ni son corps à de trop rudes secousses.
Quant au sommeil et à la veille, on doit en éviter l’excès durant la grossesse. Huit ou dix heures sur vingt-quatre suffisent ordinairement. Mais le sommeil de la nuit est plus propre au repos que celui du jour ; la femme fera donc bien de se conformer à cette distribution du temps , qui est si naturelle , à moins qu’elle n’ait déjà contracté dès l’enfance une habitude contraire, comme c’est l'usage dans les cours, parmi les grands et dans les grandes villes.
Toutes les évacuations naturelles doivent être entretenues dans une parfaite liberté. Qu’on prévienne la constipation par un régime doux et un peu émollient ; si elle existe déjà , qu’on la combatte à l’aide des lavemens émolliens et des boissons adoucissantes , telles que l’eau de veau , le jus de pruneaux, quelques bouillons aux herbes; mais qu’on n’insiste pas trop sur les relâchaus ou légers
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purgatifs, de craiule de provoquer le flux de ventre , que le père de la médecine regarde comme dangereux pour la femme enceinte.
Si l’urine étoit trop long-temps retenue dans la vessie, ou en favoriseroit l’issue, au moyeu de la sonde, ou en éloignant un peu la matrice du pubis pour l’empêcher de comprimer la racine ou l’origine de l’urètre.
La transpiration insensible lient à la perméabilité de la peau , qu’on aura soin d’entretenir au moyen des vêtemens , des frictions et des bains. Les derniers ne conviennent guère dans le commencement de la grossesse , parce qu’ils pourroient donuer lieu à l'écoulement du germe ; ils sont mieux indiqués vers la fin , où leur propriété relâchante s’étend non-seulement à toute la surface du corps , mais encore aux parties charnues qui tapissent le bassin , et dont la rigidité peut rendre l’accouchement plus ou moins difficile.
C’est un usage assez généralement reçu de saigner toutes les femmes grosses ; mais cette évacuation est plus nuisible qu’utile à celles qui sont nerveuses ou éminemment lymphatiques : elle ne convient qu a la femme jeune, pléthorique ou sanguine ; et encore est-ce toujours une imprudence de lui ôter du sang lorsque aucun signe n’en indique la superfluité ou la redondance. Le médecin devra donc ici , comme en beaucoup d’autres cas, se conformer aux circonstances individuelles de la icmme , plutôt qu a
la coutume purement routinière de quelques praticiens. Lorsque la saignée est bien indiquée durant la grossesse , il faut la faire sans craindre , comme Tassure Hippocrate , qu’elle provoque la faussecouche. Cette crainte pouvoit avoir quelque fondement chez les anciens qui versoient des flots de sang. Mais de nos jours où l’on ne fait que des saignées modérées , on accuseroit certainement avec raison le père de la médecine d’avoir mal observé.
Que la femme , dès qu’elle soupçonne d’être enceinte, apprenne à modérer ses passions. Si elle est une fois bien pénétrée du devoir que son état lui impose , c’est-à-dire , de l’obligation où elle est de veiller à la conservation d’un, nouvel individu dont elle est responsable envers Dieu et la société , elle ne se laissera point aller à la colère , à la jalousie , ni à aucun de ces mouveméns tumultueux qui troublent le moral, et influent beaucoup sur le physique. Ceux qui l’entourent doivent donc éloigner d’elle tout ce qui seroit capable de la surprendre, de l’effrayer ou de l’alarmer. Qu’on se garde bien de lui annoncer des nouvelles trop affligeantes ou trop agréables. La peine et le plaisir sont deux soi tes d a ficelions morales qui , quoique opposées , produiroicnt 1 avortement , si elles étoient portées à 1 exces.
Ce sera donc en observant cette espèce de régime hygiénique , que la femme passera le temps de la grossesse exempte ou moins tourmentée d’une foule
de maladies el d’incommodités qui ne font qu’aggraver le fardeau qu’elle porte. Pour les décrire avec plus d’ordre et de méthode , nous les diviserons en deux articles , ,dont l’un comprendra les maladies idiopathiques ou qui ont leur siégé dans la matrice , et l’autre , celles qui dépendent de l’influence que ce viscère exerce sur tout l’organisme.
ARTICLE PREMIER
Des Maladies idiopathiques , ou qui ont leur siégé dans la matrice pendant la grossesse.
La matrice, pendant la grossesse , est sujette à divers déplacemens qu’on peut considérer comme de vraies maladies , à cause des funestes effets qui peuvent en résulter : telles sont la rétroversion , l’antéversion, la hernie, la descente, l’obliquité. Nous traiterons aussi dans cet article de lhemoi— . rhaeie et de l’avortement ; mais nous passerons sous
silence les plaies de matrice, sur lesquelles nous croyons avoir assez discouru, eu parlant de l’opération césarienne et de la rupture de matrice , dont l’une peut être mise au rang des plaies artificielles, et l’autre au rang des plaies accidentelles de ce -viscère.
SECTION PREMIÈRE
De la Rétroversion de la Matrice.
Il est bon de se rappeler ici que la matrice est située dans le petit bassin , entre le pubis et la base
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du sacrum. Elle se dirige de haut eu bas et d’arrière en avant, en sorte qu’elle forme antérieurement un angle obtus et rentrant avec le vagin.
Ce viscère peut vaciller en arrière et en avant , mais beaucoup moins sur les côtés, à cause des Kgamens larges qui le retiennent, et le fixent de part et d’autre à la cavité pelvienne.
Cela posé, la rétroversion de l’utérus consiste en ce que son fond se porte en arrière et appuie sur la concavité du sacrum, tandis que son col se fixe eu avant contre la symphyse du pubis.
Si l’on en croit une dissertation de Grunner , imprimée à Jéna , vers la fin du dernier siècle , cette espèce de déplacemenuutérin n’étoit point inconnu a Hippocrate ni à Philumène. Une autre preuve qu’il avoit été remarqué dès l’origine de la médecine , c’est que Piodéric- à -Castro, avant le milieu dû seizième siècle, en avoit fait mention dans son Traité des Maladies des Femmes , d’après le père de la médecine et Aëtius.
Cependant un chirurgien de Paris, nommé Grégoire , fut le premier qui fit bien connoîlre la 1 etrovci sion de la matrice dans ses cours d’accou— cbemens. De retour en Angleterre sa patrie, Walter Wals, son élève, crut la rencontrer dans sa pratique, et la fit observer à Guillaume Hunier, qui appela 1 attention des gens de l’art sur cet accident. Le Mémoire que ce dernier lut à la Société royale de Londres , ainsi que celui de Lyne , sont les prc-
miers où la maladie qui nous occupe ait été Lien décrite , et où elle ait commencé de porter le nom sous lequel elle est parvenue jusqu a nous.
On a beaucoup écrit depuis sur le même sujet en Angleterre , en Allemagne et en France. Mais le Mémoire de Desgrauges de Lyon est celui qui présente le corps de doctrine le plus compléter la rétroversion de la matrice. On peut le regarder comme une suite de celui de Hunter, pour ce qui regarde l’histoire pratique de cette maladie.
Quelques exemples , à la vérité fort rares, prouvent que la matrice peut culbuter en arrière , lorsqu’elle est dans l’état de vacuité ; mais rien ne la prédispose à cet accident comme la grossesse pendant les deux ou trois premiers mois ; c est la 1 époque où la pesanteur de ce viscere jointe a sa mobilité l’entraîne en arriére , sans lui permettre de remonter ou de reprendre son attitude naturelle. Cette culbute n’est jamais plus à craindre que lorsque 1 etioitesse du détroit supérieur se réunit a la profonde excavation du petit b.^sin ; en sorte que la rétroversion de la matrice est impossible passé le quatrième mois , parce qu’ alors elle déborde la saillie
sacro-vertébrale , et que sa longueur excede la largeur sacro-pubienne du détroit supérieur.
La cause occasionnelle , ou du moins accessoire de ce déplacement , tient à la pression des viscères abdominaux sur la face antérieure de la matrice , principalement à la plénitude de la vessie , lorsque
3a femme se couche habituellement sur le clos. Toutefois la culbute ne s’opère alors que d’une manière fort lente , à moins que le fond de 1 utérus ne soit brusquement précipité au-dessous de la saillie sacro-vertébrale par une subite ou violente contraction du diaphragme et des muscles abdominaux. C’est ce qui peut arriver dans les efforts auxquels la femme se livre pour vomir ou pour rendre ses excrémens , pour soulever un fardeau en l’appuyant fortement sur le ventre , comme chez une femme dont parle Desgranges. Une grande frayeur peut encore produire le même effet , parce qu’il se fait alors tout à coup uue profonde inspiration , et par conséquent une prompte dépression du diaphragme qui refoule les viscères abdominaux vers le bassin. On en trouve une observation dans le Mémoire de Hunter.
Les signes auxquels on reconnoît la rétroversion utérine sont sensibles pour la femme et pour l’accoucheur. Us deviennent plus ou moins- remarquables selon l’étendue du déplacement et le volume du viscère déplacé. Le fond peut en être plus élevé, ou sur la même ligne , ou plus bas que le col ; de même la grossesse ne fait que de commencer , et alors la matrice n’occupe pas plus d’espace que dans l’état de vacuité ; ou bien on approche du quatrième mois , et alors elle est assez volumineuse pour se mouler à la cavité du bassin , ou pour s’enclaver entre le pubis et le sacrum.
Au début, la femme n’éprouve que de légères incommodités, telles que la pesanteur sur le fondement , la distension ou tiraillement des lombes, des aines et des cuisses , et une certaine difficulté de rendre l’urine et les matières fécales. Mais, à mesure que le volume et la culbute de la matrice augmentent , les accidens s’aggravent ; le col de la vessie et le rectum sont plus fortement comprimés ; enfin l’urine ne coule plus , et la sonde ne peut surmonter l’obstacle qui retient ce liquide; la constipation est aussi des plus opiniâtres, et les lavemens, loin de la vaincre , reviennent le long de la canule. Dès lors la rétroversion de la matrice multiplie ellemême les obstacles qui l’entretiennent ou qui s’opposent à sa réduction : car , à mesure que la vessie se distend et s’élève dans le bas-ventre , elle entraîne le col utérin dans le même sens ; d’un autre côté , les excrémens accumulés dans le rectum pressent sur le fond de la matrice, et Je dépriment de plus en plus : en sorte que les deux extrémités de ce viscère , placées entre deux puissances opposées , doivent tendre nécessairement à faire la bascule.
Quand la rétroversion est complète , le doigt de l’accoucheur , introduit daus le vagin , rencontre d’abord un bourrelet formé par la paroi postérieure de ce canal qui a été refoulée en bas ; il parvient ensuite avec assez de facilité jusqu’à une tumeur arrondie , qui s’étend en s’élargissant du pubis au
sacrum : c’est la matrice dont la face postérieure est devenue inférieure. On a beau chercher le col ou l’orifice utérin ; on n’en trouve que le bord ou la lèvre postérieure derrière le pubis où elle est fixée.
Si cet état persiste , nouveaux accidens : la malade éprouve des coliques atroces ; le bas-ventre se gonfle et se météorise ; la vessie et l’intestin s’enflamment , se gangrènent et se déchirent ; burine et les matières fécales s’épanchent dans la cavité du péritoine ; bientôt après la mort termine cette scène de douleurs et d’angoisses. Si l’on fait l’ouverture du cadavre , on trouve la matrice culbutée en arrière , et les viscères abdominaux dans le plus affreux délabrement.
Il suit de là que la rétroversion est toujours facile à recounoître , et l’homme de l’art qui a l’habitude du toucher, ne peut jamais la confondre avec la descente de matrice , ni avec aucune autre maladie. Quant aü pronostic , il est d’autant plus sinistre que ce viscère a plus de volume , et que le déplacement en est plus considérable et plus ancien.
Réduire la matrice , et la maintenir dans sa situation naturelle, telles sont les deux principales indications que présente cette maladie. Mais avant de mettre la main à l’œuvre , on doit commencer par remédier à 1 irritation ou à l’inflammation des parties, au moyen des saignées générales ou locales, des fomentations , des bains et des injections vagi-
nalès. Ce préliminaire peut devenir indispensable lorsque la matrice est restée long-temps enclavee selon sa longueur entre le pubis et le sacrum. On tâche aussi d’évacuer l’urine et les matières fecales dont le volume et le poids déterminent ou augmentent la rétroversion. Pour cela , du doigt indicateur dirigé le long de la symphyse pubienne, on s’efforce de détourner à droite ou à gauche le col de la matrice qui comprime la vessie , et on introduit ensuite dans l’urètre la sonde ordinaire ou la sonde courbé comme pour les hommes , selon que ce. canal a plus ou moins change de direction.
Pour réduire la matrice , on donne d’abord une situation convenable a la femme , soit en la faisan., accroupir sur les genoux et les coudes , afin de diminuer la pression des viscères abdominaux ; soit en la laissant couchée sur le dos , pourvu qu on ait soin alors de fléchir les jambes sur les cuisses et celles-ci sur le bassin.
Ensuite ou lâche d’accrocher et d anaisser le col de la matrice, avec l’indicateur conduit derrière la vessie , pendant qu’on en repousse le fond de bas en haut de quelques doigts appliqués immédiatement sur la face postérieure de cet organe , ou introduits dans le rectum , d’après le conseil de Grégoire , du professeur Sabatier , de Riehier et de Dusaussoie.
Si la réduction , malgré toutes ces tentatives, est impossible , le professeur Sabatier , pour la rendre
plus facile , propose d’évAcuer l’urine en faisant une ponction à la vessie, au-dessus du pubis. Mais, connue les obstacles dépendent moins de la plénitude de ce viscère que du volume de la matrice , il paroît bien plus rationnel de plonger un trois-quarts dans celle-ci , et d’évacuer les eaux de I’anmios
dont la quantité est alors d’autant plus considérable que le fœtus est plus petit.
Tel étoit le procédé conseillé par Lyne et Hunter : mais il n’a point été encore mis à exécution ; du moins l’histoire de l’art n’en fait pas mention. Toutefois, si le cas l’exigeoit, on pourroit l’exécuter sans aucune crainte ; car, soit hasard , soit méprise, Noël des Marais a eu occasion d’observer qu’un trois-quarts introduit dans la matrice n’entramoit pas la mort de la femme : à la vérité , l’avortement est inévitable; mais qu’est- ce que la perte d’un embryon à peine formé , comparée à la mort de la mère, qui arriverait infailliblement si la matrice étoit irréductible ? On ne peut donc qu’approuver la ponction de ce viscère, puisque de deux individus destinés à périr , elle vient à bout d’en sauver un , et même le plus précieux. C’est bien là de deux maux éviter le pire.
Cependant quelques praticiens se sont occupés aussi de sauver l’enfant , lorsque la rétroversion de la matrice offroil les plus grandes difficultés. Purcell a conseillé pour cela de pratiquer la symphysiotonne, afin de-fairé cesser le contact immédiat
du col utérin avec le pubis , et le docteur Gardien a beaucoup vanté les avantages de celte opération. Mais d’abord est-il bien certain qu’elle expose moins la mère , que ne le leroit le procédé de Lyne et de Hunter? L’expérience de Noël des Marais semble prouver le contraire. Et quant à l’enfant , est-il évident , comme l’assure le docteur Gardien , que la symphysiotomie ne l’empêchera pas de rester dans la matrice jusqu’au terme ordinaire de la grossesse ? N’est-il pas possible que celte opération , pratiquée aussi près du système utérin , y détermine une irritation ou quelque changement qui amène la faussecouclie ? Cela paroît d’autant plus vraisemblable , que la section du pubis ne dispense pas d’agir avec plus ou moins de force sur la matrice pour la redresser. D’ailleurs, quelle ressource pourrait offrir le couteau svmphysien si la rétroversion étoit déjà ancienne et entretenue par l’accumulation de l’urine et des matières fécales , qui pèseraient sur la matrice et en empêcheraient la réduction? Quel espoir auroit-on de sauver alors , nous ne dirons pas les deux individus , mais la femme seulement , si l’abdomen étoit déjà enflammé , météorisé , gangrené ? Concluons que la symphysiotomie est moins avantageuse quelle ne paroît au docteur Gardien, pour faciliter la réduction de la matrice dans le cas de rétroversion.
Quoi qu’il en soit , en réfléchissant sur les dimensions du bassin , il est bien extraordinaire que les
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praticiens n’aient jamais songé à un procédé qui paroît aussi simple que naturel. On sait que le diamètre sacro-pubien du détroit abdominal est ordinairement plus court d’un demi-pouce que les diamètres obliques. Comment donc , lorsque la matrice culbutée en arrière , seroit , pour ainsi dire , enclavée entre le pubis et le sacrum , ne chercberoit-ou pas à lui donner une situation diagonale , et à faire cesser ainsi le contact immédiat de ses extrémités avec le bassin ? Il semble qu’alors la réduction en deviendroit plus facile ; car , la longueur de l’utérus étant moindre que le nouveau diamètre pelvien auquel elle correspondroit , ce viscère passeroit d’un espace plus étroit dans un autre plus large , et la saillie sacro-vertébrale ne s’opposeroit plus aux tentatives qu’on feroit pour en relever le fond au niveau ou au-dessus du détroit abdominal. Une précaution à observer seroit d’incliner le col de la matrice vers la cavité cotyloïde gauche , et le fond vers la symphyse sacro-iliaque droite ; on éviteroit par là l’intestin rectum qui pourrait offrir plus ou moins de résistance. Au reste , le procédé que nous indiquons ici nous paroît d’autant plus avantageux , que rien ne semble s’y opposer , comme on peut le vérifier sur le cadavre après avoir simulé la rétroversion de la matrice.
Quel que soit le procédé qu’on emploie , dès qu’on a réduit la matrice , on tache de la maintenir
dans sa situation naturelle , soit au moyen d’un pessaire , si elle eSt dans l’état de vacuité , et s’il n’y a pioint d’inflammation dans les parties ; soit en faisant garder le lit à la femme jusqu’après le quatrième mois de la grossesse , et en lui recommandant de se coucher plutôt sur le côté que sur le dos, afin de prévenir une récidivé.
Mais, si les parties circonvoisines étoient encore enflammées après la réduction de la matrice , il faudrait avant tout recourir aux anti-pblogistiques , tels que les bains et demi-bains , les injections et fomentations émollientes , les sangsues , etc. Ces moyens fàvoriseroient en même temps l’écoulement de l’ufine dont la rétention seroit due à l’inflammation du col de la vessie trop long-temps comprimé par celui de la matrice. Au contraire , l’inertie dé la vessie qui l’empêcheroit de se contracter pour se désemplir , ou la paralysie de son sphincter qui prodüiroit l’incontinence d’urine , devroient être coniballhes par des injections avec les infusions aromatiques, avec les eaux diermales de Rarèges , de Cauterets , de Balaruc, etc. , par des frictions sur l’bypogastre et le périnée , enfin , par un traitement propre à ranimer l’action de cet orgaüe.
SECTION II
De V Antéversion de la IMatrice.
Cêtte espèce de déplacement , opposé à celui que nous venons de décrire, ne paroît avoir élé
encore observe qu’une fois par Levret. Ce célèbre accoucheur avoue qu’il confondit l’antéversion de la matrice avec une pierre chalonnée dans la vessie, et qu’il ne reconnut sou erreur qu’à l'ouyerture de la femm,e : elle étoit morte des suites de la lithotomie qu’on avoit crue nécessaire.
Si l’on considère la situation , la mobilité et l’inclinaison de la matrice , qui en portent naturellement le foud en arrière , on conçoit que l’acpident dont nous parlons doit être fort rare. D’ailleurs la plénitude de la vessie , sans laquelle Denman pense que la rétroversion de la matrice ne sauroit exister, s’oppose au contraire à l’antéversion de cet organe ; car, à mesure que la vessie se distend et s’élève dans le bas-ventre , elle doit nécessairement repousser le fond de la matrice en arrière , et ,en amener le col en ayant : enfin , les matières fécalès , en s’accumulant dans le rectum , doivent encore éloigner cette dernière extrémité utérine du sacrum, contre lequel elle se fixeroit si la première culbùtoit vers le pubis.
Cependant, si l’antéversion venoit à se présenter ; on la distingueroit facilement d’avec la rétroversion ; le doigt introduit dans le vagin renconlreroit la face antérieure de la matrice qui seroit devenue inférieure j le col de ce viscère seroit fixé en arrière contre le sacrum, et le fond en avant contre Je pubis ; la vessie et Je rectum seroient comprimés ; il y auroit rétention d’urine et constipation; mais
Ces accidens seroient moins graves et moins dangereux que dans le cas de rétroversion , parce que la culbute de la matrice ne seroit jamais aussi complète en avant qu’en arrière.
Quant aux indications , elles se borneroient encore ici a réduire la matrice , et à la maintenir dans sa situation naturelle , ce qui ofïriroit moins de difficulté que dans la rétroversion. Du reste , les procédés seroient les mêmes ; et , lorsqu’on auroit replacé la matrice , il sufïiroit de faire coucher la femme sur le dos pour empêcher la récidive.
SECTION III
De la Hernie dé Matrice.
Cette hernie, dit le professeur Sabatier, est peut-être moins rare qu’on ne pense. Il est possible que la matrice soit entraînée hors du ventre avec l’épiploon et les intestins dans les hernies volumineuses, quelle qu’en soit l’espèce; mais cette complication n’est connue que lorsqu’elle est jointe à un état de grossesse qui donne lieu à l’augmentation du volume de ce viscère.
Voici quelques exemples de hernies de matrice dans ce cas, qui serviront de fondement à la description de cette maladie.
Une pauvre femme de Nisse , dit Sennert , d’après le Journal de Silésie , de Nicolas Polius , enceinte pour la neuvième fois, sentit, auprès de l’aine gauche , une tumeur dont la grosseur lui donna de
DES MALADIES DES FEMMES. 2C)5 l’inquiétude ; celte tumeur devint si monstrueuse qu’elle lui tomboit sur les genoux. On y reconnut la présence d’un enfant. A l’approche du terme de la grossesse, le sénat de Venise , instruit de la pauvreté de cette femme , convoqua une assemblée de médecins , de chirurgiens et de matrones. Il y fut décidé qu’au moment du travail il seroit indispensable de faire une incision sur la tumeur , pour en tirer ce qui y étoit contenu. L’opération fut pratiquée le 9 décembre i53i. L’enfant, quoique robuste , mourut quelques mois après ; la mère ne survécut que trois jours, et souffrit pendant ce temps des douleurs inouïes.
Sennert rapporte avoir donné des soins à uue femme qui étoit dans un cas tout semblable. Elle se blessa en aidant son mari , qui étoit tonnelier , à courber une perche dont il vouloit faire des cerceaux. Il lui survint à l’aine gauche une hernie dont le volume augmentoit de jour en jour, et dans laquelle on sentoit les mouvemens d’un enfant. La malade étoit obligée de la soutenir avec un suspen— soir qui avoit son point d’appui sur les épaules. On lui fît l’opération césarienne , et le succès en parut d’abord assez heureux. Néanmoins elle mourut vingt jours après. L’enfant vécut neuf ans.
Une femme, dit Roussel, fit un effort considérable pour soulever de terre un fardeau fort lourd. Il lui survint une hernie d’un volume énorme , et qui s’étendoit depuis le milieu jusqu’au bas du
ventre. Il en résulta de si grandes incommodités , fjue cette femme résolut de se faire opérer ; ce qui réussit fort bien. Après avoir vécu quelque temps sans rien sentir, elle devint enceinte. Elle ne put se soumettre une seconde fois à l’opération qui avoit été très-douloureuse , et elle se contenta de soutenir sa hernie, qui reparut plus grosse qu’avant , avec un bandage qui prenoit son point d’appui sur ses épaulés. On sentoit manifestement les mouvemens de son enfant à travers les tégumens qui couvroient la tumeur. Malgré cela , elle accoucha sans peine , et quelque temps après elle eut un autre enfant qui vint au monde avec la même facilité. Elle devint veuve plusieurs années après , et prit soin de sa famille avec une activité qu’il n’étoit pas naturel d’attendre d’une femme aussi incommodée.
Plujsc.1i rapporte qu’une femme , à la suite d’un abcès à la partie inférieure du ventre auprès de l’aine , eut une hernie de la matrice. La tumeur descendoit jusque sur les genoux dans les derniers mois de la grossesse. Néanmoins la sage-femme en fit la réduction au moment de l’accouchement, qui se termina par les voies ordinaires.
D’après ces quatre observations , on voit que la hernie de la matrice dépend du relâchement des ligamens et aponévroses qui empêchent les viscères abdominaux de s’élancer hors de leur enceinte. On observe le plus souvent cette maladie à la suite de
quelque grand effort, d’une violente contusion des muscles abdominaux , d’un abcès à l’aine , etc.
Le symptôme pathognomonique consiste dans une tumeur plus ou moins volumineuse, qui paroît d’abord à l’hypogastre ou vers les aines , qui augmente progressivement jusqu'à ce qu elle descende vers les genoux , et dans laquelle on sent manifestement les mouvemens de l’enfant.
Il suit de là que, s’il eloit facile de confondre la hernie de la matrice avec une autre tumeur au commencement de la grossesse , cette méprise seroit impossible , passé le quatrième ou cinquième mois.
Le pronostic est presque toujours fâcheux pour la mère et pour l’enfant. Cependant on peut espérer de les sauver l’un et l’autre, puisque l'accouchement se termine quelquefois par les voies naturelles, ou sans le secours de l’opération césarienne.
Quant à la curation , il faut essayer de réduire la matrice , ce qui peut s’opérer avec facilité dans le commencement , pourvu qu’on donne une situation convenable a la femme , avant d’exercer aucune manœuvre.
Si la réduction est impossible , on soutient la tumeur avec un bandage convenable , et on attend 1 accouchement ; à cette époque , si les contractions de la matrice ne peuvent venir à bout d’expulser
1 enfant, il faut avoir recours à h opération césarienne.
SECTION IV
Du relâchement , de la descente et de la chute ou précipitation de la Matrice.
Ce ne sont là que trois degrés ou variétés de la même maladie. Dans le premier , la matrice descend jusques vers le milieu du vagin ; dans le second 7 jusqu’au périnée , et dans le troisième , elle s élancé i hors de la vulve.
Ces sortes de déplacemens n’arrivent guère avant la puberté , tant à cause de la petitesse et de la legereté de la matrice , qu’à cause du resserrement du vagin et des parties qui l’environnent. On ne les observe communément que chez les femmes adultes dont la matrice a plus de volume et de pesanteur ; et, parmi ces dernières , celles qui ont eu beaucoup d’enfans, qui ont été mal accouchées ou mal délivrées , ou qui par état sont obligées de se livrer à de pénibles exercices, en restant debout, y sont plus sujettes que les autres. Enfin , on peut mettre i au nombre des causes prédisposantes le défaut d’embonpoint , l’évasement du bassin , la grossesse qui rend naturellement la matrice plus volumineuse et plus pesante ; les tumeurs squirrheuses ou sléatomateuses qui se forment sur cet organe ; les fleurs blanches habituelles ou très-anciennes, et le relâchement naturel ou accidentel des productions péritonéales qui fixent la matrice au bassin , au rectum et à la vessie.
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Tout ce qui tend à expulser ou à extraire brusquement la matrice de l’enceinte pelvienne , peut en produire la chute ou descente plus ou moins complète. Tels sont les efforts violens pour soulever ou porter des fardeaux trop lourds sur l’abdomen , une chute sur l’hypogastre ou sur les pieds , les secousses ou ébranlemens qu’imprime à tout le corps le cahotement d’une voiture mal suspendue dans des chemins raboteux ; la contraction forte et souvent répétée du diaphragme et des muscles abdominaux, comme dans les cas de constipation opiniâtre, de ténesmes ou d’épreintes vives, de superpurgation , de vomissemens excessifs ou trop prolongés. Si l’on joint à cela les douleurs réitérées et trop violentes de l’enfantement, surtout quand la femme se lient debout , l’empressement qu’elle a de se lever et de marcher après être accouchée ; l’imprudente manœuvre d’une matrone qui lire sans modération et sans principes sur l’enfant , quand il vient par les pieds , ou sur le cordon ombilical , quand le placenta est retenu par des adhérences non naturelles; on aura le tableau des causes occasionnelles qui peuvent déterminer les déplacemens utérins qui nous occupent.
Quand on se rappelle, dit le professeur Sabatier , la situation de la matrice, la force des ligamens destinés à la soutenir, et les connexions du vagin avec les parties qui l’avoisinent , on conçoit difficilement quelle puisse se précipiter hors de la vulve ,
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surtout pendant la grossesse, et lorsqu’elle est parvenue à sa plus grande dilatation. Cependant ce cas s’est présenté assez fréquemment ; et, à ce sujet, nous ne pourrions passer sous silence l’importante observation que Paul Portai a consignée dans son Traité d’aecoucliemens. Une matrone, appelée pour secourir une femme eu couche, fut surprise de lui trouver entre les cuisses une tumeur de la grosseur d’un ballon. Elle pensa que c’étoit une chute de matrice, et demanda du secours. Portai, qui fut mandé, fut du même avis. Une fente de la longueur Je quelques lignes, par où s’écouloit une humeur de nature muqueuse , fit reconnoîlre le col utérin. La malade étoit à son premier enfant. Depuis l’âge de connoissauce , elle avoit une descente de matrice qu’elle faisoit rentrer aisément ; mais elle n en avoit pas été incommodée , depuis qu’elle étoit enceinte , jusqu’au jour précédent, que la tumeur avoit paru à la suite de quelques ellorts causés par les douleurs. Portai , instruit de toutes ces circonstances, entreprit de dilater peu à peu l’orifice de l’utérus , pour en tirer l’enfant. Il éprouva quelques difficultés, et les premiers efforts qu’il fit causèrent à la malade des douleurs si vives, qu’il fut obligé de suspendre son opération pendant une heure. Il recommença ensuite avec plus de succès. Les doigts qu’il introduisit, l’un après l’autre , opérèrent une dilatation suffisante. Les eaux s’écoulèrent, l'accouchement se termina heu-
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amusement, el la réduction se fit avec assez de facilité.
À côté de cette observation nous pouvons placer celle d’une jeune fille de quatorze ans, qui, à la suite d’un effort violent , éprouva une chute de matrice dont le col dépassa peu à peu les grandes lèvres. On méconnut et on négligea celle incommodité jusqua l’àge de vingt-deux ans , époque où la jeune jeune fille se maria. A quarante-trois elle n’étoit pas encore mère ; ses règles revenoient à leurs périodes ordinaires ; elle travailloit aux champs. Un jour son mari dilata l’orifice utérin, y introduisit le gland, et détermina la conception. A l’époque de l’accouchement qui eut lieu à terme , la matrice avoit la forme d’un ellipsoïde , et la grosseur d’un melon ; le col en etoit dur et calleux ; 1 orifice ne préseu— toit qu un pouce de dilatation. Marrigues fut obligé dy pratiquer une double incision pour l’agrandir. Le travail se termina par l’expulsion d’un enfant mort, mais bien constitué. La femme recouvra la santé , et reprit ses travaux accoutumés.
Les signes qui caractérisent la descente de la matrice varient selon le déplacement de ce viscère. La femme en est plus ou moins incommodée , et 1 homme de 1 art peut en distinguer l’étendue et le degré avec le doigt.
? Sl ]a matrice n’est que relâchée , la femme n éprouve qu un tiraillement, peu fatigant vers les lombes , les aines et 1 ombilic , et le doigt indicateur
introduit dans le vagin trouve le col utérin plus bas qu’à l’ordinaire.
Dans le cas de descente, les tiraillemens des aines et des lombes sont beaucoup plus îucommodes ; la femme sent en outre de la pesanteur sur le fondement et sur le périnée : symptômes qui augmentent quand elle est debout, et diminuent quand elle est couchée sur le dos ; en sorte que la maladie paroît être guérie chaque matin , et se renouveler I immédiatement après le lever. Lorsque la matrice i est ainsi engagée , on rencontre dans le vagin uue tumeur pyn forme ou oblongue , plus ou moins volumineuse , au bout de laquelle le doigt trouve une fente transversale, et le long de laquelle il peut se > promener comme dans un cul-de-sac. A mesure que la grossesse avance , cette tumeur augmente de volume , comprime l’urètre et le rectum , gene ou ralentit l’écoulement de 1 urine et 1 expulsion des matières fécales, quelle supprime quelquefois vers le quatrième mois.
Enfin, lorsque la matrice est complètement hors de la vulve , elle entraîne le vagin qui se retourne sur lui-même , et une partie de la vessie qui lui est adhérente. Quelquefois l’intestin qui flotte dans le bas-ventre s’engage aussi dans l’espèce de cul-desac formé par le vagin , et augmente beaucoup le bourrelet qui entoure la tumeur. On reconnoît alors la matrice ainsi précipitée à sa forme allongée, presque cylindrique , et à la fente transversale qui
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est à son extrémité étroite, et qui laisse échapper le sang menstruel aux temps prescrits par la nature; ou bien la forme en est plus ou moins arrondie , et les mouvemens de l’enfant y sont plus ou moins sensibles, selon que la grossesse est plus ou moins avancée. Les tiraillemens des reins sont très-douloureux ; la femme se plaint de malaise , et éprouve des foiblesses. Mais les épreintes et la difficulté d’uriner et d'aller à la garde-robe , sont moindres que dans le second degré , où la matrice , encore renfermée dans le bassin , comprimoit la vessie et le rectum.
Si 1 on fait attention aux symptômes que nous venons de décrire, et aux circonstances qui les précèdent ou les accompagnent , on reconnoîtra toujours la maladie qu’ils indiquent , quel qu’en soit le degte. Toutefois il faut bien se garder de confondre avec une descente de matrice l’abaissement naturel de ce viscère qui a lieu chez toutes, les femmes pendant les deux premiers mois de la grossesse. Qu on n imite point nou plus la maladresse d un bandagiste qui , ayant pris un simple engorgement du col utérin pour une descente de matrice , introduisit un pessaire de gomme élastique dans le vagin , et y occasionna des douleurs qu’on ne fit cesser qu’en retirant ce fatal instrument. L’homme de 1 art exerce et habitue a loucher la matrice soit dans 1 état de vacuité, soit durant la grossesse, en distinguera facilement la descente d’avec un polype et
So/f.
d’avec toute autre tumeur, même la rétroversion et le renversement de ce viscère , sortes de déplace- j mens dont l’un n’arrive guère qu’au commencement de la grossesse , et l’autre après l’accouchement. Enfin , quelque ancienne que soit la chute ou précipitation de la matrice hors de la vulve, et quelque ressemblance que Faction ou le contact de l’air lui ait donnée avec la peau, on ne peut concevoir qu'on puisse la confondre avec un membre viril , et faire passer l’individu ainsi affecté pour un hermaphrodite : ce fut là néanmoins la méprise scandaleuse que commirent des chirurgiens d’une ville célèbre, à l’éfirard d’une fille dont Saviard nous a conservé
l’histoire.
En général , la descente de la matrice est d’autant plus grave et d’autant plus difficile a guérir , quelle est plus ancienne et plus complète ; que la femme est plus âgée et plus exposée à l’action des causes relâchantes ou expultrices. La chute ou précipitation de ce viscère offre le plus de dangers et de difficultés , moins cependant quand il est vide ou peu volumineux, que dans l’état de grossesse, surtout parvenue à son dernier terme. Quelquefois la tumeur extra-vulvaire devient alors très-douloureuse; elle peut même s’enflammer, s'excorier et s’ulcérer à cause de sa situation déclive , du frottement auquel elle est exposée , et de l’action des urines qui coulent dessus.
Tout le traitement qu’exige la maladie dont il est
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question , quel qu’en soit le degré , se réduit a replacer la matrice, et à la maintenir dans son état naturel. La première de ces deux indications n’offre presque pas de difficulté, lorsque le viscère n’est que relâché ou descendu. Il suffit souvent de faire coucher la femme sur le dos , de manière que le bassin soit uu peu plus élevé que la poitrine. Si , malgré celte situation , la matrice ne se replace pas , on la fait remonter avec les doigts portés dans le vagin.
Après la réduction , ce viscère doit être maintenu dans sa situation naturelle , soit par des injections aromatiques et astringentes , soit par des bains , des douches et des injections sulfureuses , qui ont la propriété de raffermir les ligamens utéro-pelviens. Cependant on ne négligera pas le repos du lit, ni la position horizontale , qui concourent si efficacement au même but. Lorsque ces remèdes seront insuffisans , il faudra recourir aux pessaircs ou à l’éponge. Le dernier de ces moyens mécaniques est plus doux que l’autre ; mais ils ont tous les deux l’inconvénient d’irriter les parties avec lesquelles ils se trouvent en contact ; en sorte qu’ils déterminent presque toujours un catarrhe aigu ou chronique de la matrice et du vagin.
11 ’y a des pessaires de différentes matières et de differentes lormes. On eu a construit de hége qu’on recouvroit de cire , mais ils étoient sujets à s’altérer aussi bien que ceux d’or et d’argent, ce qui les a fait abandonner. On connoît les pessaires à*
lige on en bilboquet , qui sont trop vacillans , et no conviennent que dans le cas où le périnée , à cause de sa déchirure , ne peut soutenir les pessaires ordinaires. Ils sont ordinairement d’ivoire, ce qui les distingue de celui de Bauliin , qui n’étoit qu’un cercle d’argent supporté sur une lige à trois branches , et qu’on assujettissoil, après l’avoir introduit dans le vagin , avec un ruban fixé à la tige , et dont les deux extrémités s’attachoienl à une ceinture. Le pessaire de Levret étoit ovale ; celui de Bruninehausen est en forme de 8 de chiffre ; ou en fait
de gomme élastique seule ou de diverses substances qu’on enduit de cette gomme dissoute dans un menstrue approprié. Le pessaire de Saviard n’éloit qu’un ressort d’acier dont une des extrémités étoit fixée à une ceinture , et l’autre , garnie d’un petit écusson , se recourboit jusqu’au dedans du vagin , et retenoit la matrice dans sa situation naturelle.
En général , quelles que soient la matière et la forme de ces instrumens , le meilleur sera celui qui remplira le mieux le but auquel il est destiné , sans comprimer ni blesser les parties qu’il touche , et surtout sans gêner l’issue de l’urine ou des matières fécales. Voilà pourquoi les pessaires de gomme élastique sont préférables aux autres à cause de leur souplesse ; pourquoi les ovales l’emportent aussi sur les ronds ; pourquoi enfin celui de Levret par oit devoir céder , en quelques cas , à celui de Bruninghausen.
Avant d’appliquer un pessaire , on le graisse avec du beurre frais. On l’introduit ensuite par une de ses extrémités jusqu’à la partie supérieure du vagin , et on lui donne une situation transversale, afin que sou grand diamètre s'étende d’un des côtés du bassin à l’autre , et le petit du pubis au sacrum. Il doit être concave à sa face supérieure , et percé d’une ouverture pour Je passage des excrétions utérines. S’il entre trop facilement dans le vagin , il en est bientôt expulsé par les efforts que la femme fait pour uriner, et pour aller à la garde-robe ; ou bien il devient inutile pour soutenir la matrice , et n’empêche point les désordres qui accompagnent ou suivent le déplacement de ce viscère. D’un autre côté , si cet instrument est trop volumineux , il comprime , contond et enflamme les parties qu’il touche , gêne le passage de l’urine et des matières fécales, et la femme ne peut le supporter long-temps. C’est donc au praticien à lui donner la forme et les dimensions convenables. Après l’avoir introduit , on recommande à la femme de rester couchée pendant quelques jours , pour donner le temps aux parties de revenir sur sa circonférence , et pour les habituer peu à peu à le supporter. Mais celte précaution est inutile quand l’instrument est bien conditionné , et qu il est introduit par une main expérimentée.
La réduction de la matrice n’est pas aussi facile dans le cas de précipitation ou de chute complète, surtout lorsque la grossesse est avancée. Ou fait
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d’abord coucher la femme sur le dos , les cuisses et les jambes à demi-fléchies , et le bassin un peu plus élevé que le tronc. On empoigne ensuite la tumeur, et on la fait rentrer successivement, en commençant par le vagin ou par les parties qui s’étoient déplacées les dernières. Quelquefois celles que ce viscère entraîne s’engorgent et s’enflamment : en sorte qu’on est obligé, avant de faire la moindre tentative, de prescrire le repos, un régime plus ou moins sévère, des saignées générales ou locales, des purgatifs, des bains, des boissons délayantes, et l’application de topiques émolliens ou relâchans. Ruysch ne voul oit pas qu’on tentât de réduire les chutes de matrice très -anciennes et devenues très-volumineuses. Mais l’ expérience a prouvé que ses craintes étoient mal fondées. L’ulcère même de ce viscère ne sauroit être une contre-indication , comme cet auteur l’avoit pensé , puisque la réduction paroît être le meilleur moyen de faire cesser cette espèce de complication, en mettant les parties ulcérées à l’abri du frottement et de l’impression de l’urine.
Lorsque la grossesse est avancée, et que la matrice est très-volumineuse , il serait peut-être plus prudent de renoncer à la réduction que de fatiguer la mère et l’enfant par des tentatives trop multipliées. Toutefois la matrice qu’on laisserait en dehors devrait être soutenue avec un bandage approprié , et la femme ne devroit point quitter le lit.
Si la chute de ce viscère arrivoit pendant le
travail même de l’accouchement , tout essai de réduction deviendroit inutile et dangereux. Il faudroit alors imiter la conduite de Portai , et terminer l’accouchement en dilatant peu à peu l’orifice de la matrice, qu’on feroit soutenir pendant l’extraction de l’enfant ; on iroil chercher ensuite le placenta qu’on décolleroit, et qu’on améneroit avec beaucoup de prudence. Cette opération achevée, on réduiroit la matrice avec d’autant plus de facilité, qu’elle se rapprocheroit davantage de son volume ordinaire.
Dans le cas de chute complète , Ruyscli vouloit qu’on remît à la nature l’expulsion de l’enfaut, lorsqu’il étoit encore en vie , et qu’on soutînt seulement l’orifice utérin pendant le travail; mais que, s’il étoit mort , on en fît l’extraction d’une main , pendant qu’on retiendroit la matrice avec l’autre. Ce sentiment est trop contraire au mécanisme de l’accouchement pour être adopté. L’enfant n’est pas moins passif dans l’acte de sa naissance lorsqu’il est vivant que lorsqu’il est mort , et dans l’un et l’autre cas la matrice n’est nullement soumise à l’action du diaphragme , ni à celle des muscles abdominaux qui contribuent tant à l’accouchement naturel. Le parti le plus sage est donc de la débarrasser du produit de la conception avant de la réduire , comme le fit Portai dans le cas que nous avons rapporté ci-dessus. Si le rebord de l’orifice utérin étoit dur et calleux , on y pratiqueroit des incisions convenables , à l’exemple de Marrigues.
traite
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SECTION Y
T)e V obliquité cle la Matrice.
La direction la plus naturelle de la matrice est celle de l’axe du détroit abdominal ou supérieur ; d’où il suit que son fond ne peut s’écarter de cette ligne imaginaire, sans devenir oblique. Cette inclinaison ou déviation utérine étoit connue des anciens , puisqu’il en est question dans les ouvrages de Philosteus , de Mosclnon et d’Aëtius ; mais ce n’est qu’à Déventer qu’on est redevable d’en avoir développé la théorie d’une manière lumineuse.
En parlant des signes qui rendent la grossesse vraisemblable , dans notre Cours théorique et pratique d’accoucbemens , nous avons prouvé que l’obliquité utérine ne tenoit point à l’habitude de se coucher sur le même côté , ni à la constriction naturelle ou accidentelle des ligamens utéro-pelviens, ni à une tumeur de l’abdomen , de l’ovaire ou de la matrice elle-même , ni enfin à l’implantation du placenta sur les côtés de ce viscère , comme Levret le prétendoit. À la vérité , de telles causes peuvent bien contribuer, d’une manière accessoire, à l’inclinaison de la matrice ; mais elles ne doivent point être regardées comme les principales causes de ce phénomène, attendu qu’elles n’ont point avec lui une analogie constante et uniforme.
Nous avons fait voir que les différentes obliquités
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de la matrice s’expliquoieni bien pins naturellement par la forme plus ou moins arrondie de ce visceie , par la direction de l’axe du détroit supérieur, par la saillie de la base du sacrum , par la convexité de la colonne lombaire , par la distension et le relâchement des parois abdominales , par la plénitude de la vessie , par le bourrelet plus ou moins volumineux cpie le rectum et le colon forment dans le bassin , et peut-être aussi par la situation et la pesanteur des intestins et du mésentère. De là nous avons conclu qu il étoit facile de concevoir pourquoi l’obliquité antérieure étoit constante, ou la plus fréquente ; pourquoi l’ obliquité latérale droite occupoit le second rang ; pourquoi 1 obliquité latérale gauche étoit très-rare , et pourquoi 1 obliquité postérieure ne s’observoit jamais , ou étoit impossible.
Nous avons fait entrevoir aussi que ces sortes de déplacemens ou de déviations ne devenoient sensibles que vers le quatrième mois , ou quand la grossesse étoit un peu avancée, quoiqu’elles pussent exister auparavant. Nous avons ajoute qu alors la vue suffisoit quelquefois pour les reconnoître ; mais qu’on ne pouvoit en déterminer l’espèce ni l’étendue qu’en palpant le ventre de la femme pour s’assurer de l’ inclinaison du fond de la matrice, et en introduisant le doigt indicateur dans le vagin , pour examiner la direction du col. Toutefois nous avons
fait observer que les deux extrémités de l’axe utérin ne pouvoit être comparées à celles d’une bascule,
attendu que le col restoit souvent au centre du bassin , ou s’iüclinoit du même côté que le fond , et non en sens contraire.
Les accidens que détermine l’obliquité de la matrice sont plus ou moins dangereux, selon qu’elle est plus ou moins étendue. Pendant la grossesse , à mesure que cet organe devient plus volumineux , il refoule ou déplace les intestins et les autres viscères , presse , tiraille ou distend les enveloppes de l’abdomen qu’il rencontre , et comprime les nerfs qui s’y ramifient ; de là , des coliques plus ou moins violentes , des douleurs plus ou moins aiguës dans les aines et daus les lombes , l’engourdissement de la partie qui répond à l’obliquité , la contusion et l’inflammation des parties génitales, si elles se trouvent sous le globe utérin.
Deventer prétend que l’obliquité de la matrice est une des causes les plus ordinaires des accoucbemens non naturels ; nous sommes d’autant plus portés à partager son opinion , que ce viscère ne peut guère changer de direction sans entraîner le fœtus , et sans rendre sa position plus ou moins défectueuse par rapport au bassin. A la vérité , l’expéîience atteste qu’une obliquité médiocre ne nuit jamais à l’accouchement, et qu’une obliquité même assez grande ne lui oppose pas toujours un obstacle insurmontable. Mais qui oseroit avancer que la matrice peut se débarrasser du produit de la conception , quand elle tombe sur les cuisses ou jusqu’aux
DES MALADIES DES FEMME S. Ol5 genoux , comme dans les exemples de hernies utérines, rapportés par Sennert?
En général , la femme dont la matrice se détourne beaucoup de sa direction naturelle , est exposée à des dangers quand elle accouche si elle n’est secourue à propos ; car alors les forces expulirices , n’agissant plus parallèlement à l’axe du détroit supérieur , doivent nécessairement se décomposer , et éprouver un déchet d’autant plus considérable que leur direction est devenue plus oblique. On conçoit même qu’elles peuvent être totalement détruites , et même agir d-’une manière opposée à l’accouchement , lorsque le fond de la matrice se penche jusqu’au pubis, ou retombe jusqu’aux genoux. D’ailleurs, dans ces cas-là, l’orifice de l’utérus, ne répondant plus au centre du bassin, mais à l’une de ses parois , s’entr’ouvre et se dilate avec beaucoup plus de difficulté ; enfin , s’il reste des forces suffisantes pour expulser le foetus, sa tête, n’étant plus dirigée vers le col , mais vers le corps de la matrice, entraîne ce dernier jusqu’à la vulve , quand le bassin est assez spacieux ; ou bien , dans le cas contraire , elle l’irrite , le froisse et l’enflamme, quelquefois le distend, le déchire, et passe à travers.
Pour soulager les maux ou incommodités que 1 obliquité de la matrice occasionne pendant la grossesse , le moyen le plus efficace est de faire coucher la femme sur le côté opposé à la dévia-
don; et, si elle est obligée de se tenir debout, de marcher ou de faire de l’exercice , il faut qu’elle soutienne son ventre avec un suspensoir , dont le point d’appui soit fixé derrière le cou quand la matrice est oblique en devant, ou sur l’épaule opposée à la déviation dans les autres cas.
Pendant le travail de l’accouchement il ne suffit pas toujours de faire coucher la femme dans une position opposée à l’obliquité de la matrice ; il est quelquefois nécessaire, pour prévenir les accidens, de redresser ce viscère en le repoussant avec les mains : opération pendant laquelle on doit recommander à la femme de modérer ses douleurs autant qu’il est possible. Mais ce double procédé ne produit pas toujours l’effet qu’on eu attend , parce que le col de la matrice reste appliqué coutre quelqu’un des points du bassin. Alors il faut nécessairement tâcher d’introduire un ou deux doigts dans l'orifice , et de le ramener vers le centre de l’excavation pelvienne , où on le maintient jusqu’à ce qu’il soit convenablement dilaté pour laisser engager la poche des eaux et la tète de l’enfant. Le temps le plus favorable pour opérer ce rapprochement n’est pas l’intervalle des douleurs, comme le croyoit Baudelocque , mais plutôt le moment où la matrice se contracte, et tend elle-même à redresser le fond et le col , et à les remettre dans un état de parallélisme avec l’axe du bassin ; la main ne fait alors que seconder la nature, suivant Smellie et Antoine Petit.
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SECTION V I
De V Hémorrhagie utérine.
Nous avons déjà parlé de l’hémorrhagie qui complique le travail de l'accouchement ou la délivrance ; il ne sera donc question ici que de celle qui arrive pendant la grossesse.
On seroit fort embarrassé pour assigner les véritables causes qui prédisposent à cet accident; car on l’a observé chez la femme pléthorique ou sanguine , comme chez celle qui étoit éminemment lymphatique ; l’embonpoint n’en exempte pas plus que la maigreur, selon le père de la médecine. Il paroît néanmoins assez vraisemblable que cette prédisposition tient à un étal particulier de la matrice , qui , selon Duret , la rend incapable de porter ou de nourrir le fœtus ; par exemple , à un ulcère , à une squirrhosilé , à une leucorrhée habituelle ; peut-être à un excès de chaleur ou de ton , d humidité ou de relâchement, de sensibilité ou d’irritabilité ; en un mot , à une augmentation ou à une diminution des propriétés vitales de ce viscère.
Parmi les causes occasionnelles de l’hémorrhagie ou perle utérine chez les femmes enceintes , on peut compter la respiration d’un air insalubre; l’habitation dans les lieux bas et humides ; une chaleur ardente ; des bains trop chauds ou trop froids ; le son trop bruyant, tel que celui de grandes cloches ou de grosses pièces d’ariillêrie ; des vêlemens
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trop serres , principalement autour de la poitrine et de 1 abdomen ; des alimens très-échauffans ; l’abus des liqueurs spiritueuses ; des médicamens âcres ou irrilans, comme les drastiques ouïes emménagogues ; l’exercice forcé à pied, à cheval ou en voilure dans des chemins escarpés ou inégaux; la danse; le saut; des coups et des chutes sur la matrice ou sur les genoux , comme chez la malheureuse sœur de Maunceau ; la rétention d’urine , la constipation opiniâtre ; le ténesme et les efforts qu’on fait pour rendre les excrémens , ou pour soulever des fardeaux ; des affections vives de l’ame, telles que la crainte , la terreur , la colère , une joie excessive, un mouvement de surprise , etc.
À ces causes on doit ajouter les maladies aiguës ou chroniques de la mère , telles que les fièvres continues , la pleurésie , l’entérite , la petite-vérole, Ta phthisie , l’hydrôpisie , etc. ; de même que la mort 'tu foetus ou les maladies qui peuvent l’affecter; la nriéveté du cordon ombilical ; son entortillement autour du col; l'implantation du placenta sur l’orifice de la matrice , phénomène que les anciens avoient méconnu , et que personne ne conteste aujourd’hui , quoiqu’on ne puisse pas l'expliquer ; en un mot, tout ce qui peut détruire l’harmonie entre la mère et l’enfant , c’est-à-dire , tout ce qui peut déterminer le décollement du placenta et des membranes, ou la rupture des vaisseaux du cordon ombilical , comme dans un cas dont parle La-molle.
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Nous avons été appelés, l’année dernière , auprès de deux femmes enceintes , dont l’une avoit été affectée de perte utérine pour avoir soulevé trop brusquement ses bras, et l’autre, pour n’avoir pas su se modérer dans un emportement de colère. Peu rapporte plusieurs cas semblables au dernier, et Vauswiéten cite l’exemple d’une femme qui , au quatrième mois de sa grossesse, après avoir dormi tranquillement la nuit , inonda tout à coup sa couche de sang , lorsque sa mère vint la féliciter le matiii de n’avoir point été réveillée par un incendie qui avoit alarmé le voisinage.
Quoique l’hémorrhagie utérine puisse survenir dans tous les temps de la grossesse , les femmes y sont néanmoins plus sujettes dans les premiers mois qui suivent la conception , et dans ceux qui avoisinent l’accouchement. Cela tient peut-être à ce que le placenta, dans la première de ces deux époques, adhère encore trop foiblement à la matrice , tandis que , dans la seconde , il est plus exposé à l’action des causes qui peuvent rompre ses adhérences avec ce viscère. Dans l’un et l’autre cas la perte est aciive ou passive, selon qu’elle lient à des causes qukaugmentent ou diminuent le ton de l’organisme en général , ou du système utérin en particulier.
Le sang que rendent les vaisseaux utérins ne coule pas toujours hors de la vulve ; il peut être retenu dans la cavité de la matrice : ce qui a fait diviser aussi l’hémorrhagie en apparente ou externe.
ei en latente ou interne. La première a lieu lorsqu’après le décollement total ou partiel du placenta le sang peut se frayer un passage entre la matrice et les membranes, et sortir par l’orifice : elle est presque inévitable dans les derniers mois de la grossesse , et surtout pendant le travail, lorsque le placenta s’implante sur le col de la matrice. La seconde , au contraire , arrive lorsque le sang s’accumule dans le cul-de-lampe formé par le placenta, qui se décolle à son centre et non à sa circonférence , ou bien dont l’un des bords se détache , tandis que les membranes restent adhérentes. Elle peut arriver aussi lorsque le placenta et les membranes sont décollés , pourvu que l’orifice de la matrice reste complètement fermé ; ou lorsque le cordon ombilical, se rompt, et que le sang est versé dans la cavité des membranes qui ne se sont pas encore déchirées , comme dans des exemples rapportés par Levret, Lamotte et Baudelocque : enfin on conçoit que l’hémorrhagie peut être latente ou. cachée , malgré la dilatation de l’orifice utérin , la rupture des membranes et l’évacuation des eaux , lorsque la tête de l’enfant est assez volumineuse pour boucher le col où elle s’engage , et pour s’opposer à l’issue du sâng quelle force de refluer vers le fond de la matrice , comme dans des observations publiées par Mauriceau, Levret, Baudelocque et le docteur Balmc.
Les signes qui indiquent l’hémorrhagie utérine
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varient selon la cause qui l’a déterminée, et les circonstances où la femme se trouve ; selon qu’elle lient au décollement du placenta, à l’insertion de ce corps sur le col de la matrice , ou à la rupture du cordon ombilical ; et selon qu’elle est apparente ou cachée.
En général , toutes les fois que le placenta se décolle , surtout à la suite de quelque violence externe , ou de quelque affection morale vive , en un mot pour quelque cause qui détruit ou dérange brusquement les rapports de la circulation fœtale avec celle de la mère , l’hémorrhagie est précédée , accompagnée ou suivie de douleurs plus ou moins vives, qui commencent vers les lombes et se dirigent vers 1 hypogastre. Presque toujours aussi les mamelles sont douloureuses, et éprouvent des changemens plus ou moins prompts dans leur fermeté et leur volume. Bientôt après l’orifice de l’utérus se relâche et s’entr’ouvre ; le sang coule lentement ou jaillit à flots ; il est tantôt fluide et d’un rouge vermeil , tantôt en caillots noirâtres et plus ou moins épais, qui s’arrêtent dans le vagin, et que le vulgaire prendroit pour des môles ; la femme éprouve du malaise , de la foiblesse ; quelquefois l’hémorrhagie paroît s’arrêter par intervalles , pour recommencer ensuite plus abondamment. Alors le visage pâlit ou s altère , la foiblesse augmente, le pouls Ma plus la même force; les yeux’se couvrent de nuages ; les oreilles bourdonnent ; la matrice bal-
Joite de côté et d’autre, entraînée par sa pesanteur; i) survient des syncopes plus ou moins fréquentes; tels sont les symptômes qui ont été décrits par Hippocrate , Mauriceau , Puzos , etc. , et que nous avons eu occasion d’observer nous-mêmes plusieurs fois, lorsque l’hémorrhagie éloil apparente, soit que le placenta eut son siège au fond ou sur les parois de la matrice , soit qu’il se fût implanié sur le col de ce viscère. Nous remarquerons seulement que, dans le dernier cas, l’écoulement du sang précedoit toujours les douleurs ou contractions utérines, au lieu que , dans le premier , il se manifesloit en même temps ou peu de temps après.
Mais il y a encore d’autres signes propres à l’hémorrhagie qui dépend de l’insertion du placenta sur le col de la matrice. Elle s'annonce d’une manière subite ou spontanée, sans cause connue, vers le septième ou huitième mois , le plus souveut vers le commencement ou la fin du neuvième. D’abord peu abondante , elle n’est que momentanée ou passagère ; mais elle reparoît ensuite avec plus de facilité, plus tôt ou plus tard, quelques jours ou quelques heures après , et toujours plus abondante à mesure que les récidives se multiplient. Enfin , lorsque les douleurs ou contractions de la matrice se déclarent, elles accélèrent 1 écoulement du sang, tandis quelles le ralentissent si le placenta s’im*plante sur toute autre partie de la matrice.
Les phénomènes auxquels on reconnoît ou l'on
soupçonne l'hémorrhagie latente ou cachée sont biendifiêrens,au moins dans le commencement. De deux choses l’une : ou le sang s’épanche d’une manière lente, ou tout à coup et en grande quantité. Dans le premier cas , l’hémorrhagie peut être méconnue pendant quelque temps , parce qu’il peut s’accumuler alors beaucoup de sang dans la matrice, sans que la santé de la femme en paroisse seulement altérée. Peut-être aussi se coagule-t-il alors avec plus de facilité , et houche-l-il les orifices des vaisseaux d’où il s’écoule : ce qui serviroit à expliquer ces concrétions noirâtres qu’on rencontre quelquefois, entre la matrice et le placenta, chez des femmes qui parviennent au terme de leur grossesse, malgré des acculens capables de produire l’avortement. Quoi qu’il en soit , dans le second cas , c’est-à-dire, lorsque l’hémorrhagie latente est subite et assez abondante , la femme éprouve un sentiment de pesanteur ou une douleur sourde dans le lieu où le placenta s’est décollé : symptôme qui fait soupçonner une pei te interne, et aide a la distinguer d'avec celle qui tient à la rupture du cordon ombilical. Mais bientôt après le développement rapide et démesuré de la matrice , dont le corps devient en même temps plus tendu et plus ferme qu’à l’ordinaire, la pâleurou altération du visage , la foiblesse du pouls, le tintement d oreilles et même la défaillance , augmentent beaucoup la probabilité de cette espèce d’hémorrhagie. Enfin , 1 issue de caillots plus ou moins noirâtres et
épais , ou des eaux de l’amnios plus ou moins teintes de sang, ne laissent plus de doute sur la dilatation de l’orifice et la déchirure des membranes. Mais celte débâcle n’a pas toujours lieu avant la mort de la femme, comme on peut s en convaincre par l’observation suivante rjue nous avons extraite du Journal de Médecine , de Chirurgie et de Pharmacie, mai 181 1. Chevalier rapporte qu’une dame de vingt-quatre ans, parvenue au troisième mois de sa quatrième grossesse, fut prise tout à coup de difficulté de respirer et de syncopes fréquentes. En même temps son ventre grossit à vue d’œil, et six heures après elle expira sans avoir eu la plus légère hémorrhagie à l’extérieur. On pratique l’opération césarienne sur-le-champ , et 1 on trouve la matrice distendue par une énorme quantité de sang, au milieu duquel étoit un fœtus mâle , sans vie.
Le grand point en pratique seroit de bien distinguer l’hémorrhagie , soit apparente , soit cachée , afin de ne pas confondre la première avec le flux menstruel qui a lieu chez certaines femmes pendant la grossesse , ni la seconde avec le dégagement et l’expansion de l’air ou de tout autre fluide élastique qui peut gonfler la matrice : or ce diagnostic n’est pas toujours aussi facile qu’on pourroit le penser. D’abord l’état de l’orifice utérin n’indique rien de très-positif; car les auteurs qui prétendent qu’il est dilaté pendant l’hémorrhagie apparente, et clôturé au contraire pendant les règles , supposent
que ces dernières viennent toujours des vaisseaux du vagin , quand la femme est grosse ; ce qui n’est pas encore prouvé. On conçoit donc que l’orifice utérin peut être dilaté lorsque le sang menstruel vieut de l’intérieur de la matrice , surtout s’il est un peu coagulé , et réciproquement qu’il peut être presque fermé , sans néanmoins s’opposer à l’hémorrhagie utérine qui tient au décollement du placenta , pourvu que le sang conserve encore sa fluidité ordinaire. D’un autre côté, la douleur qui, suivant quelques auteurs, précède ou accompagne l’hémorrhagie utérine, n’en est pas toujours un signe caractéristique, puisqu’elle existe aussi chez certaines femmes pendant l’écoulement des menstrues. Enfin Hippocrate n’a-t-il pas parlé d’abondantes hémorrhagies utérines pendant lesquelles la femme étoit exempte de douleurs ? Et ne coucoiton pas que cela peut avoir lieu toutes les fois que l’écoulement du sang tient à la rupture du cordon ombilical? Comment donc distinguera- 1- on alors cette dernière espèce d’hémorrhagie d’avec celle qui tient au décollement du placenta ? Lamotte rapporte que, dans le cas ou un nœud du cordon ombilical s étoit rompu , 1 écoulement du sang augmenloit à chaque douleur. Mais celle augmentation n’auroit point heu , si la tête de l’enfant étoit assez engagée pour boucher l’orifice de l’utérus. D’ailleurs, on observe aussi que 1 hémorrhagie est plus abondante pendant chaque douleur, lorsque le placenta s’im-
plante sur l’orifice de la matrice. La raison en est , qu’à chaque contraction utérine il se décollé une nouvelle portion du placenta , et que le sang coule par un plus grand nombre de bouches vasculaires.
Concluons que les signes tires de 1 orifice utérin , des douleurs que la femme éprouve et de la manière dont le sang coule , ne peuvent fournir que des probabilités quand on les considère séparément; mais ils ne laisseront plus d’équivoque sur l'existence d’une hémorrhagie utérine pendant la grossesse , s’ils se trouvent reunis , et surtout si on les compare avec les circonstances qui ont précédé ou qui suivent. Ainsi , le sang coule-t-il tout a coup , a plein canal, fluide ou sous forme de caillots, chez une femme enceinte qui s’est exposée à quelqu’une des causes dont nous avons parlé ; survient-il en même temps des douleurs sourdes ou aiguës dans les lombes et dans 1 abdomen , de la foihlesse et des syncopes ; nul doute que ce ne soit là une hémorrhagie ou perte utérine , surtout lorsque la femme n’a point été réglée depuis quelle est enceiute, ou que cet accident arrive hors le temps ordinaire de la période menstruelle. Ce diagnostic sera encore confirmé , si le doigt indicateur introduit dans le vagin trouve l’orifice de la matrice dilaté , la poche des eaux plus ou moins formée , ou le placenta implanté sur le col.
Quant à l’hémorrhagie latente ou cachée, elle peut présenter quelques difficultés de plus dans la
UES MALADIES DES FEMMES. 3a5
pratique ; mais on parviendra néanmoins à la distinguer d’après les symptômes que nous avons indiqués ci-dessus , pourvu qu’on y fasse une scrupuleuse attention.
Tous les auteurs s'accordent à regarder l’hémorrhagie utérine comme un des accidens les plus graves qui puissent arriver pendant la grossesse. L’avortement et la mort du fœtus sont toujours à craindre , comme l’attestent plusieurs aphorismes cl’Hippocrate , surtout lorsque le sang coule avec abondance. La mère elle-même n’est point à l’abri de danger ; elle peut périr d’épuisement ou victime des maladies auxquelles elle est exposée par rapport à la perte de sang , ou par rapport à la cause qui l’a déterminée : c’est ce dont on peut se convaincre aussi par le témoignage du père de la médecine , et par plusieurs observations de Mauriceau, de Puzos , etc. On a vu néanmoins des pertes ou. hémorrhagies utérines , à la vérité peu considérables , qu’on arrêloit facilement , et après lesquelles les femmes parvenoient heureusement au terme de la grossesse.
De toutes les hémorrhagies apparentes , celle qui dépend de l’implantation du placenta sur l’orifice de l’utérus csL la' plus dangereuse pour la mère et l’enfant. En effet, comme elle tient au développement du col utérin , qui a lieu pour l’ordinaire depuis le sixième jusqu’au neuvième mois, et souvent du septième au huitième ; elle con-
tinue presque toujours jusqu’à ce que la femme ait perdu tout son sang , à moins qu’on ne vienne à son secours , ce qui se fait rarement sans nuire à 1 enfant. En général , les deux individus sont voués à une mort certaine , toutes les fois que le sang ruisselle, que la nature est impuissante, et que l’art n’est pas invoqué à temps. C’est ce que prouvent plu- , sieurs observations de Lamotte , de Smellie , de Leroux, etc. ; le danger est toujours d’autant plus grand , que le placenta recouvre une plus grande portion du col , que le décollement en est plus éle.ndu , la perte qui en résulte plus considérable , et la femme plus épuisée.
Cependant l’hémorrhagie latente est encore plus redoutable, parce qu’il est plus facile de la méconnoîlre , et qu’elle peut foudroyer , pour ainsi dire , la femme avant qu’on ait seulement avisé aux moyens de pourvoir à son salut.
On conçoit sans peine le danger qui menace l’enfant et la mère , quand le sang provient de la rupture du cordon ombdical. Mais un point de contestation parmi les praticiens , est de savoir à quelle époque de la grossesse rhémorrhagie utérine en général est la plus dangereuse. Mauriceau met en axiome ou en fait, que celle maladie offre d’autant moins de sûreté qu’elle arrive plus près de l'accouchement ; et Puzos a observé que les femmes en périssoient rarement avant le quatrième ou le cinquième mois de la grossesse : tandis quelles cou-
des maladies DES FEMMES. 527
roient beaucoup plus de risques pendant, le septième , le huitième ou le neuvième. C’est bien ici le cas de dire que l’expérience est d’accord avec la théorie ; car on sait que les vaisseaux utérins acquièrent d’autant plus de diamètre ou de calibre, et que par conséquent ils fournissent d’autant plus de sang dans un temps donné , que la grossesse est plus avancée. Cependant, malgré tous ces motifs, le professeur Alphonse Leroy soutient une opinion contraire à celle des deux célèbres praticiens déjà cités. Il pense que l’hémorrhagie utérine est plus dangereuse au commencement qu’à la fin de la gestation , parce que, dans le premier cas, la délivrance doit entraîner une déchirure de la face interne de l’utérus, dont le placenta fait partie. Mais' cette raisou n’est qu’une hypothèse gratuite , puisque l’anatomie et la physiologie démontrent aujourd’hui qu’il n’y a point d’anastomose ou de continuité entre les vaisseaux de la matrice et ceux de l’arrièrefaix. Donc, si l’hémorrhagie utérine présente quelques chances défavorables dans les premiers mois de la grossesse , on ne peut Jes attribuer qu’à la difficulté de la délivrance après l’avortement : difficulté qui résulte de la loiblesse et de la ténuité du cordon ombilical , du resserrement de la vulve et du vagin, et principalement de l’excès de volume du délivre par rapport au foetus.
Puisque la femme court de si grands risques quand elle est attaquée d’hémorrhagie utérine, on
ne sauroit donc trop s’empresser de la secourir, pour l’empêcher de succomber et d’entraîner avec elle le fruit qu’elle porte. Il seroit à désirer ici qu’on put arrêter le sang , amener la grossesse au terme ordinaire , et prévenir l’avortement ou rendre l’accouchement naturel. Mais il s’en faut Lien qu’il soit toujours au pouvoir de l’art de remplir ces indications !
Avant toutes choses, il est absolument indispensable de prendre quelques renseignemens , afin de ne point porter de faux jugemens sur la nature de la maladie , eide ne point l’attaquer par des moyens inutiles ou dangereux. La femme est-elle réellement enceinte ou non ? quelle est l’époque de sa grossesse ? a-t-elle été soumise à la période menstruelle depuis la conception ? quelles sont les circonstances hygiéniques où elle se trouve? à quelles causes s’est-elle exposée ? l’hémorrhagie s’est-elle déclarée brusquement ? est-elle récente ou aucienne, légère ou abondante , continue ou intermittente , avec ou sans douleurs ? le sang coule-t-il dans l’état de supination ou pendant la station seulement ? quel est l’état des forces ? sont-elles conservées , diminuées ou perdues ? l’enfant continue -t-il de remuer ? le travail s’est-il déclaré ? est-il avancé ou non ? telles sont les considérations les plus capables d’éclairer l’homme de l’art , et d’après lesquelles on peut juger s’il y a encore des ressources , tout est désespéré.
ou si
Qu’on recommande d’abord le repos absolu du corps et la tranquillité de l’ame. Ces deux moyens sont d’autant plus efficaces , que le plus souvent l’hémorrhagie tient à un excès d’agitation , soit au physique , soit au moral. Qu’on place la lemme sur un lit de crin ou de paille plutôt que sur la plume et la laine , en supination , les cuisses et les jambes à demi-fléchies , et le bassin un peu plus élevé que le reste du tronc ; ou choisira pour cela un appartement frais ou facile à rafraîchir, éloigné du bruit,
et à l’abri d’une trop vive lumière. On déshabillera la femme sans trop la remuer , ou bien on se contentera de relâcher ses vêtemens , et on ne la couvrira que légèrement , afin qu’elle puisse sentir l’influence de l’air , quand on le renouvelle. Le silence est ici de rigueur. Point d’efforts pour tousser ou pour cracher, ni pour rendre les excrémens. La sonde et la seringue tiendront la vessie et le ventre libres, si cela est nécessaire. Point de boissons toniques ou échauffantes; les délayans et les rafraîchissaus suffisent , tels que l’eau d’orge ou de riz acidulée avec le sirop de limon , de vinaigre , de groseille , la limonade ou l’orangeade. On évitera avec soin tout ce qui pourroit exciter les passions, ou les renouveler quand elles sont mal éteintes.
Tels sout en général les moyens sur lesquels il paroît que les anciens insisloient beaucoup, si l’on en juge au moins par la lecture des ouvrages d’Ilippocrale et de Moscliion. Ils avoient encore recours
à l’eau fraîche clans laquelle ils trempoient des éponges et des compresses qu’ils appliquoient ensuite sur le ventre , sur les reins , sur les aines et la vulve , et qu’ils renouveloient fréquemment pour les empêcher de s’échauffer par la température du corps. Ils faisoient des aspersions d’eau froide sur le visage ; ils exposoient tout le corps à une ventilation continuelle, et le plongeoient même dans uue décoction de plantes astringentes ; mais cette espèce de hain convenoit moins pour arrêter 1 hémorrhagie quand elle étoit abondante , que pour en prévenir la récidive quand elle s’étoit arrêtée. Cette immersion , en resserrant les vaisseaux de la superficie du corps , avoit l’inconvénient d’accélérer la circulation intérieure qu’il s’agissoit de ralentir. D’ailleurs , comment plonger la femme dans une baignoire sans l’agiter, et sans augmenter le mouvement du sang ?
Nous avons dit ailleurs , en traitant de l’hémorrhagie qui complique le travail de l’accouchement, ce que nous pensions des ligatures dont Moschion conseilloit d’entourer et de serrer les membres. Pour peu qu’on y réfléchisse , on voit qu’elles dévoient produire un effet opposé à celui qu’on attendoit , comme l’ont prouvé depuis les expériences d’Hamilton. Cette pratique ne pouvoit donc avoir des partisans que dans des siècles reculés où fou iguoroit encore la véritable progression des fluides ; et l’on est étonné que le commentateur de Boër-
DES MALADIES DES FEMMES. 5 ^ l
haave l’ait préconisée pour modérer les hémorrhagies en général.
Quand on songe aux médecins qui proposoient autrefois la saignée pour arrêter 1 hémorrhagie utérine , peut-on ne pas se rappeler le trait plaisant que leur adressoit Vanhelniont? Ils ressemblent , disoitîl , à des écuyers qui couperoient les jarrets de leurs chevaux pour les rendre moins fougueux . Cetle espece d évacuation artificielle pourroit convenir tout au plus à la femme pléthorique ou sanguine qui seroit menacée d hémorrhagie utérine , soit après une chute, soit au commencement d’une maladie aiguë qui vieudroit compliquer la grossesse. Mais quel avantage pourroit-on en retirer après le décollement du placenta, ou après la rupture du cordon ombilical ? Conçoit-on qu’une saignée du bras ou du pied puisse empêcher le sang qu’elle laisse dans le corps, de s’échapper par les extrémités béantes des vaisseaux utérins ?
Pasta, et tout récemment Kok de Bruxelles, ont conseillé les injections astringentes avec le vinaigre ou avec une dissolution de sulfaté d’alumine et de potasse ; mais comment faire parvenir ces liquides jusqu’aux vaisseaux d’où le placenta s’est décollé, à moins que ce corps ne fût implanté sur l’orifice de 1 utérus ? et, dans ce dernier cas, linjection ne pourroit-elle pas en augmenter le décollement, ou dé ranger le caillot salutaire qui serviroit de digue au sang? Enfm, que (croient les injections les plus
ÔD2 TRAITÉ
astringentes, si l’hémorrhagie éloil due à la rupture du cordon ombilical ?
Les opiacés donnés à l’intérieur nous paroissent avoir beaucoup plus d’efficacité : d’un côté ils apaisent l’agitation clés femmes grosses cpii s’alarment si facilement aux premières gouttes de sang cju' elles perdent par la matrice ; de l’autre , ils ralentissent 3a circulation des liquides, comme l’ont bien prouvé les expériences d’Alston et de Withe en Angleterre. IV! ai s ces remèdes ne peuvent guère convenir que lorsque l’hémorrhagie est nouvelle et peu abondante , surtout quand la femme est très-sensible et très-irritable : dans tout autre cas ils seroient insuffisans.
Que dirons-nous du pessaire préparé avec des substances astringentes , qui étoit en usage du temps d’Hippocrate ? Que dirons-nous encore du tampon dont Hoffmann et Smellie passent pour être les inventeurs, et que Leroux de Dijon a tant recommandé? Il est certain cju’en général ces instrumens n’arrêtent point l’hémorrhagie utérine , puisqu’ils n’agissent pas directement sur le trajet ou sur les extrémités des vaisseaux qui fournissent le sang. On ne doit donc les considérer que comme unadigue qui empêche ce fluide de couler au dehors, ou cpii rend la perle cachée et intérieure, d’apparente et externe qu’elle étoit. Ainsi retenu et privé de mouvement , le sang doit nécessairement se coaguler et former un caillot pl us ou moins volumineux,
DES MALADIES DES FEMMES. 35d
et plus ou uioins solide , qui distend la matrice , l’irrite comme tout autre corps étranger, et en détermine la contraction. Qu'on joigne à celte irritation secondaire l’irritation mécanique et primitive , produite par le pessaire ou le tampon sur le col de la matrice , on aura uue juste idée de leur manière d agir. Mais on se gardera de croire , avec l’accoucheur de Dijon déjà cité , que le sang coagulé dans la matrice empêche une hémorrhagie ultérieure, en formant autant de caillots particuliers qu'il y a de vaisseaux ouverts. En résumé, opposer une digue au sang qui coule par la vulve , et irriter mécaniquement la matrice, ou déterminer la formation d’un caillot qui l’irrite d’une manière consécutive : tels sont les vériiables effets du pessaire et du tampon.
Cela posé , il est facile de juger qu'il est très-peu de cas , si toutefois il en existe , où ces inslrumens puissent être de quelque avantage pour la femme grosse qui s’est blessée , ou qui perd son sang par la vulve.
D’abord il seroit absurde de recourir au tampon simple , ou trempé dans des liqueurs stvptiques , pour arrêter une hémorrhagie active de la matrice ; en irritant cet organe , il ne feroit qu’augmenter 1 afflux du sang qui s y porte déjà en trop grande quantité. Il seroit peut-être plus utile de boucher le vagin ou 1 orifice de 1 utérus , si l’hémorrhagie etoil passive : encore faudroit-il pour cela qu elle ne fut ni trop abondante , m trop ancienne ; car, si
îe placenta s’étoit déjà décollé dans nne étendue considérable , aucun moyen ne pourroit en rétablir l’adhérence, et s’opposer à l’écoulement du sang. ; L’avortement seroit donc inévitable alors, malgré le ! tampon.
Des praticiens ont conseillé cet instrument lorsque le placenta s'implante sur le col de la matrice mais ici il faut distinguer : ou l’hémorrhagie est j récente et peu considérable ; ou bien le sang coule abondamment , et le travail s’est déjà déclaré. Dans le premier cas, on conçoit que le tampon appliqué contre l’orifice utérin peut déterminer la formation d’un caillot qui , s’interposant entre la portion décollée du placenta et le lieu de son insertion , arrête ou suspend l’hémorrhagie , jusqu’à ce quelle se renouvelle par la rupture de quelques autres vaisseaux. C’est peut-être de celte manière que le docteur Kok a conduit une grossesse à son terme ordinaire, quoiqu’elle eût été troublée vers le septième mois par une hémorrhagie qui dépendoit de linsertion du placenta sur le col de la matrice. Mais de tels succès doivent être fort rares ; car il est à craindre que le tampon n'agisse comme un moyen irritant , et ne détermine la fausse-couche qu’il s'agissoit de prévenir.
Dans le second cas, c’est-à-dire, lorsque l’hémorrhagie est abondante , et que le travail s’est déclaré, quel avantage peut-on retirer du tampon ? Il ne peut servir qu’à augmenter les contractions utérines , et
par conséquent le décollement du placenta. Il est donc inutile alors pour arrêter l'hémorrhagie qui tient à cette cause ; si quelques praticiens le proposent , c’est seulement comme un remède douteux qu il vaut mieux employer en pareille conjoncture , que de ne rien faire. On peut le conseiller aussi pour irriter la matrice, pour rendre le travail plus énergique , et pour accélérer la dilatation de l’orifice , lorsqu’elle s’opère trop lentement; mais aussitôt qu’elle est suffisante pour permettre l’introduction de la main , il faut se liater de terminer l’ac— couchement • c est la 1 unique moyen de faire cesser 1 hémorrhagie , et de sauver la femme. Un tel pré-' cepte est surtout de rigueur , si la nature est impuissante ou l’enfant mal situé.
L accouchement artificiel est aussi indiqué dans les cas où le placenta s'implante sur toute autre partie que le col de la matrice , pour faire cesser une hémorrhagie très-abondante que rien ne peut modérer. Mais faut-il procéder à cette opération d’une manière prompte et violente , comme le conseilloient Louise Bourgeois , Mauriceau , de Lamotte et Devenir ? ou bien faut-il , comme le célèbre Puzos le recommande, exciter d’abord le travail ou les douleurs de l’enfantement, rompre ensuite la poche des eaux , et enfin extraire Je foetus que la matrice ne peut expulser? Il est certain que cette dernière méthode est beaucoup plus douce et plus ingénieuse q^e la piemiere. D ailleurs elle est plus conforme à
la marche de l’accoucliement naturel, ce qui sufliroit pour la faire adopter préférablement à toute autre. En procédant à la manière de Louise Bourgeois et des anciens , on expose le col et le corps de la matrice à l’inflammation , à la déchirure et à une infinité d’autres désordres. Joint à cela que la terminaison trop prompte de l’accouchement peut faire tomber ce viscère dans l’inertie , ce qui augmenteroit l’hémorrhagie au lieu de l’arrêter. Ces accideus seroient au contraire bien moins à craindre si l’on opéroit avec lenteur et d’une manière successive , comme l’indique Puzos. Il est vrai que ce dernier prescrit aussi d’eulr’ ouvrir ou de dilater l’orifice de la matrice avec quelques doigts pour exciter les contractions utérines quand elles sont trop foibles, et de terminer l’accouchement avec toute la promptitude possible , lorsque l’hémorrhagie continue après l’écoulement des eaux. Cette méthode ne seroit donc pas tout-à-fait exempte des inconvéuiens qu’on reproche à celle des anciens. On auroit encore à redouter ici les suites de la violence exercée contre la matrice et l’inertie de ce viscère.
Pour prévenir le premier de ces accideus, le docteur Gardien propose le tampon, qui lui paroît un moyen beaucoup plus doux que la main de l’accoucheur , quand il s’agit de provoquer ou d’augmenter les contractions delà matrice; et, pour donner à ce viscère le temps de revenir sur lui-même à mesure qu’on le désemplit , Leroux de Dijon conseille de
laisser les fesses à l’orifice , après avoir dégagé les pieds , jusqu’à ce quelles soient expulsées par les efforts de la nature; ou de ne les extraire qu’après avoir pris toutes les précautions contre l’inertie utérine. Ce précepte avoit été mis en pratique par Smellie, qui avoit sauvé une femme déjà affoiblie par une perte, en laissant les fesses pendant une demi-heure à l’orifice, avant de terminer l’accouchement.
Mais quelque avantageuse que soit celte lenteur ou expectation pour la mère, on ne peut se dissimuler qu’elle n’augmente les dangers de l’enfant , puisqu’elle l’expose à la compression du cordon ombilical ; ce qui prouve combien il est difficile de prévenir ou d’éviter tous les inconvéniens. D’ailleurs la méthode de Puzos, avec toutes les corrections dont nous venons de parler, ne sauroit être utile ou suffisante dans tous les cas d hémorrhagie utérine. Par exemple, lorsque le placenta s’implante sur le col de 1 utérus , on peut bien suspendre l'hémorrhagie pour un moment , en rompant la poche des eaux , comme le recommande ce praticien ; mais le travail ne peut continuer ensuite , sans que le sang coule de nouveau. Ce seroit encore une témérité de déchirer les membranes pour arrêter une perle utérine au commencement de la grossesse ; car il pourroit arriver que l’embryon fut emporté par le flot des eaux de 1 amnios , et que le placenta fût retenu dans la matrice, ce qui rendroil la délivrance très-
difficile, peut-être impossible, ou très-dangereuse. Le tampon ofFriroit, ce semble, alors plus de ressources , eu arrêtant le sang dont les caillots irnteroient la matrice , et délermineroient 1 expulsion de l’œuf tout entier. Enfin , la méthode de Puzos ne sauroit suffire, si, après l’écoulement des eaux, le col de la matrice conservoit assez de dureté ou de rigidité pour s’opposer à l’introduction de la main ou à l’extraction du fœtus. Il faudroit donc recourir alors aux moyens que l’art indiqueroit pour lever cet obstacle.
section vii.
De V Avortement ou Fausse-Couche.
Les anciens avec Hippocrate , attentifs observateurs de ce qui se passoit chez les femmes dont la grossesse étoit arrêtée dans son cours , avoient
donné le nom d’efïïuxion ou d’écoulement à ce quelles rendoient avant le quarantième jour qui suivoit la conception. Mais , passe cette epoque , ils nommoient avortement 1 expulsion du icelus qui avoit lieu avant le terme fixe par la nature.
Suivant Lafosse , il n y a d avortons que les fœtus nés avant d’être viables ou aptes à vivre. Mais à quelle époque doit-on fixer la viabilité ? Le ternie n’en est pas le même pour tous les individus. Demonteux rapporte qu’un chambellan de Henri n naquit à cinq mois; le maréchal de Richelieu vint., dit- on, au monde à six mois; et une femme de Dijon, selon
DES MALADIES DES FEMMES. 5 5c)
Hoin , accoucha à ceul quatre-vingt-dix jours de deux cnfans qui continuèrent de vivre.
Mercatus ne donne le nom d’avortement qu’à 1 expulsion du fœtus , provoquée par une cause violente on extraordinaire : ce qui paroîl assez naturel et assez raisonnable.
Cependant Mauriceau et Deventer ne considèrent l’avortement que depuis la fin du premier mois de la grossesse, jusqu’à la fin du septième. Ils prétendent qu'avant la première de ces deux époques ce n est qu une efiluxion ou un écoulement , et qu’après la seconde l’accouchement est seulement prématuré.
Sans avoir égard à celte diversité d’opinions , nous regardons ici comme avortement toute expulsion prématurée et non naturelle du fœtus, n’impoitc Je terme de la grossesse ou elle arrive.
Les causes de cet accident peuvent se diviser en prédisposantes et en occasionnelles ou excitantes ; mais le concours des unes et des autres est absclulument nécessaire , puisqu'il y a des femmes qui avortent avec la plus grande facilité , et pour ainsi dire spontanément; tandis que d’autres mettent - quelquefois en usage les plus infâmes et les plus criminelles manœuvres , sans pouvoir se débarrasser du fruit de leur débauche.
Les premières de ces causes paroissent tenir à un état individuel de la femme ou de la matrice, et du fœtus ou de ses dépendances. Ainsi ou observe
que les femmes naturellement nerveuses ; sensibles ou irritables ; celles qui sont d’une constitution foible ou détériorée, et celles qui sont pléthoriques ou sanguines ; celles qui sont affectees de maladies aiguës ou chroniques , de douleurs , de convulsions j d’insomnies , de toux ou de vomissemens , d’hémorrhagies , de virus vénérien , de scorbut , de diarrhée ou de constipation , de ténesme , de coliques , de fleurs blanches , de rétention d urine , de calculs urinaires , etc. , etc. , avortent plus fréquemment que les autres. Il en est de meme des femmes qui ont déjà fait plusieurs fausses-couches, et qui s’y sont , en quelque sorte , habituées , comme celle dont parle Schulzius , a qui cet accident arriva vingt-deux fois à la même époque de la grossesse. La menstruation qui a lieu après la conception paroît aussi y disposer, puisque Boërhaave dit avoir observé que les neuf dixièmes des avortemens spontanés arrivoient à l’époque de l’écoulement menstruel ; d’ailleurs les femmes éprouvent alors plus de malaise et d’incommodités qu’à toute autre époque : enfin , cette dernière cause ne serviroit-elle pas à expliquer celle que Sacombe attribuoit à la conception qui s’opéroit peu de temps avant l’apparition du flux menstruel ?
A l'égard de la matrice , il est incontestable qu’un excès de rigidité ou de relâchement , de sensibilité ou d’insensibilité dans ce viscère , peut être mis au nombre des causes prédisposantes de 1 avoi lement.
On doit en dire autant dn stéatôme , de l'ulcère , du cancer, de l’hydropisie utérine , et de quelques autres maladie^ qui désorganisent les parties qu’elles affectent , ou y développent un foyer d’irritabilité peu naturelle ; cependant il est de fait qu elles ne troublent pas toujours la marche de la grossesse.
Enfin , la mort ou les maladies , la foiblesse ou la langueur du fœtus , l’implantation du placenta sur le col de la matrice, les callosités ou duretés de ce corps spongieux , la brièveté du cordon ombilical , la ténuité des membranes , et la trop petite quantité des eaux de l’amnios , sont encore autant de circonstances qui prédisposent à l’avortement.
Les causes occasionnelles ou excitantes de cet accident ne sont ni moins fréquentes , ni moins nombreuses. Elles tiennent particulièrement aux circonstances hygiéniques où la femme se trouve ; par exemple , à l’air malsain qu’elle respire au séjour quelle fait dans des lieux bas , humides et obscurs ; à l’odeur ou aux émanations qui s’exhalent des animaux ou des végétaux en putréfaction ; à la vapeur du charbon, etc.; au bruit du tonnerre ou de 1 artillerie. La femme a beaucoup à redouter encore, sous le rapport de l’avortement, l’abus des bains trop chauds ou trop froids, lesvêtemens trop serres autour du ventre ou de la poitrine , ceux qui laissent à nu certaines parties du corps , telles que la gorge et les bras, surtout dans les saisons où le temps est très-variable ; les lits trop mous ou trop
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chauds peuvent nuire aussi à la femme grosse , quand elle est pléthorique ou sanguine. On devine sans peine l’effet que doivent produire la disette ou les alimens de mauvaise qualité , la nourriture trop succulente, les liqueurs spiritueuses ou échauffantes ; les médicamens emménagogues , les drastiques , les vomitifs violens , les saignées trop répétées ou trop copieuses ; la suppression de quelque évacuation habituelle ; les veilles prolongées ; le travail pénible , principalement quand on est obligé de rester debout ; les efforts violens pour soulever des fardeaux , la danse , la course , le saut , l’équitation ; le cahotement des voilures suspendues , les coups ou les chutes sur l’abdomen ; enfin les affections morales vives , les passions tumultueuses , l’incontinence ou l’excès des jouissances vénériennes, les mouvemens de surprise, et tout ce qui peut fortement émouvoir la femme , soit au physique , soit au moral.
Si l’on considère que l’avortement peut être le résultat de toutes les causes qui augmentent , diminuent ou troublent les propriétés vitales de la matrice ; qui accélèrent , ralentissent ou dérangent la progression des fluides destinés , soit à favoriser le développement de cet organe , soit à nourrir le fœtus; on expliquera facilement pourquoi la femme des villes avorte plus fréquemment que celle des campagnes; pourquoi cet accident arrive, pour ainsi parler, épidémiqucment dans les printemps secs et
froids , qui succèdent aux hivers chauds et humides, comme Hippocrate l’avoit observé ; pourquoi et dans quel cas la saignée est redoutable aux femmes enceintes , suivant l’observaliou du meme auteur ; pourquoi un flux de ventre abondant fait craindre l’avortement , et pourquoi le ténesme le détermine; pourquoi les femmes d'une maigreur extrême et celles d’un embonpoint médiocre , mais dout la matrice est pleine de mucosités , avortent sans cause manifeste ; pourquoi cet accident est si dangereux après des fièvres qui exténuent , ou qui sont de trèslongue durée ; pourquoi l'avortement spontané est plus fréquent dans les premiers mois de la grossesse , où l’embryon adhère moins à la matrice , tandis qu’il est plus souvent produit par des causes violentes vers la fin, où la matrice, devenue plus volumineuse , est plus exposée à l’impression des a«ens extérieurs.
L’avortement se déclare quelquefois brusquement et saus cause manifeste, en sorte qu’on n’en est averti qu’au moment où le fœtus est expulsé de la matrice ; d’autres fois , au contraire , il y a des signes avant-coureurs qui l’annoncent, pour ainsi dire , de longue main ; tels sont l’affaissement subit des mamelles , phénomène que le père de la médecine avoit remarqué , mais duquel il déduisoit sans fondement , dans le cas de grossesse composée , que la femme ne devoit avorter que d’un des jumeaux mâle ou femelle , lorsque l’une des mamelles , la
gauche ou la droite , venoit à s’affaisser ; telles sont aussi les douleurs des lombes , des aines ou de l’hypogastre , qui se dirigent vers le fondement et qui sont souvent précédées , accompagnées ou suivies d’hémorrhagie , selon les circonstances. En même temps , la femme se plaint de frissons , de foiblesse , de malaise , de mal de tête ; son visage se flétrit , ses yeux s’enfoncent et s’entourent d’un cercle livide ou plombé; son ventre s’affaisse, et la matrice ballotte de côté et d’autre , entraînée par le poids du fœtîts , qui ne vit plus ou qui est devenu irès-foible ; de là un sentiment de pesanteur vers le pubis ou le périnée , selon que ce viscère appuie sur le rebord du bassin , ou qu’d s’enfonce dans l’excavation ; il y a de fréquentes envies d’uriner ou d’aller à la garde-robe. Cependant le col de la matrice s’efface peu a peu , et 1 orifice commence à s’entr’ouvrir ; les douleurs se déclarent, et acquièrent plus ou moins d’intensité ; la poche des eaux se forme , les membranes se déchirent, et le fœtus est expulsé plus ou moins de temps après ; ou bien la matrice se débarrasse de l’œuf tout entier , lorsque l’avortement arrive dans les premiers mois de la grossesse.
Il suit de là qu’un médecin prudent , surtout s’il est versé dans l’art des accouchemens , distinguera toujours l’avortement. , et évitera toute erreur funeste en faisant attention aux circonstances qui ont pu le déterminer , aux incommodités de la femme
qui le précédent, et aux signes du travail qui l'indiquent actuellement, ou qui se manifestent avant la fin de la grossesse. Cet accident arrive plus ou moins de temps après la cause qui l a provoque. Nous avons connu l’épouse d’un de nos confrères , qui avorta le troisième jour après un mouvement de frayeur , occasionné par une souris qu’elle avoit rencontrée dans ses hardes. Il y a environ dix ans que nous assistâmes , avec Baudelocque , une dame qui fit fausse - couche un mois après la mort de sa fille aînée , dont elle avoit été vivement affectée. L’hiver dernier , la femme d’un marchand de musique fut attaquée de maux de reins et de coliques violentes , huit jours après avoir soulevé les bras , en se guindant sur la pointe des pieds , pour placer des rideaux à son lit : l’avorton qu’elle rendit n’avoil tout au plus que trois mois et demi. Une autre , malgré une hémorrhagie utérine qu’elle avoit éprouvée , presque immédiatement après un accès de colère , a néanmoins prolongé encore sa grossesse pendant près de cinquante jours. Enfin , dans le moment où nous écrivons , une femme , naturellement délicate , et enceinte de huit mois et demi environ , souffre depuis plus de dix jours des douleurs de rems , occasionnées par une chute , sans que le travail se soit encore déclaré. Il est vraisemblable quelle arrivera encore à son terme , moyennant le repos et le régime qu’elle observe.
Il est rare qu’un avortement ne soit pas plus dan-
gereux qu’un accouchement, à terme ; l’un est naturel , et l’autre ne l’est pas. Cependant la femme risque plus ou moins , selon la cause à laquelle elle s’est exposée , l’époque de la grossesse où elle se trouve , et quelques autres circonstances individuelles.
En général , l’avortement spontané est moins grave pour les suites que l’avortement forcé. Le premier ne diffère presque pas de l’accouchement naturel ; il n’y a que peu de lochies et de lievre de lait : le second, au contraire , est toujours précédé , accompagné ou suivi d’accidens proportionnes à la violence des impressions que le système utérin a reçues. Les emménagogues , les drastiques , et tous les breuvages abortifs que les femmes prennent à dessein , sont capables de ruiner la santé la plus affermie ; témoin ce qu’Hippocrate rapporte d une femme de vingt-six ans , qui avoit pris un bouillon composé de différentes drogues , pour se faire avorter : elle éprouva des coliques atroces et de violentes convulsions , pendant lesquelles elle se mordit. la langue ; ses yeux étoient rouges et enflammés ; elle étoit dans une agitation et une insomnie continuelle ; sa langue noirâtre sortoit hors de la bouche ; elle mourut en peu de temps : tableau bien capable d’épouvanter les femmes qui font périr le fruit de leurs amours , plus féroces sous ce rapport , dit Ovide , que la bonne et la tigresse .
Quant à l’époque de la grossesse où l’avortement
survient , si l’on ne considère que l’expulsion du fœtus, il est certain qu elle est plus facile et moins dangereuse , pour la mère , dans les premiers mois que dans les derniers ; mais , si l’on a égard à la délivrance , elle est au contraire plus difficile au commencement qu’à la fin de la gestation , parce que l’arrière-faix est proportionnément plus volumineux dans le premier cas que dans le second ; joint à cela que la ténuité du cordon ombilical ne permet pas de tirer dessus , lorsque la grossesse est peu avancée ; si l’on compare le travail de l’avortement avec celui de l’accouchement à terme , l’un est évidemment plus long , tandis que l’autre est plus énergique ou plus intense ; enfin , sous le rapport de l’hémorrhagie , dont la femme est menacée , l’avortement est moins fâcheux dans le premier trimestre que dans le dernier , quoi qu’en dise un praticien moderne. La raison en est que les vaisseaux de la matrice sont d’autant plus gros , et rendent par conséquent d’autant plus de saug que cet organe est plus développé.
Pour ce qui concerne l’état individuel de la femme . l'avortement est plus dangereux pour celle qui n’a jamais eu d’enfans, parce que ses parLies génitales sont moins souples et moins disposées à livrer passage au produit de la conception.
La méthode de traiter l’avortement se réduit à le prévenir avant qu’il arrive , et à le rendre le moins dangereux possible quand il se déclare. Il faut, pour
remplir la première de ces deux indications , modifier les causes prédisposantes ou individuelles , et repousser les causes occasionnelles ou externes.
Ainsi la femme est-elle naturellement nerveuse ou irritable , et sa matrice dans un état de spasme continuel ; c’est le cas de recourir aux anti-spasmodiques , aux bains tièdes et à un régime adoucissant dès le commencement de la grossesse , si l’on veut la prolonger jusqu’à son terme. S’agit-il d’une constitution délicate ou affoiblie par la diète , la fatigue , les veilles , les évacuations excessives ; on devine sans peine les moyens de prévenir l’avortement : ce sont le repos, le sommeil et les bons alimens. Une femme pléthorique et sanguine a-t-elle déjà fait plusieurs fausses - couches ; on est presque assuré d’éviter désormais cet accident, en pratiquant quelques saignées dans le cours de la grossesse , surtout aux époques de la menstruation. Les maladies aiguës ou chroniques qui attaquent la femme enceinte exigent le même traitement que dans toute autre circonstance , comme nous aurons occasion de le faire remarquer dans la suite. Le virus vénérien , le scorbut, les scrophules, la leucorrhée, la phthisie ne provoquent pas toujours l’avortement , quand on a soin de les combattre par des remèdes convenables. U est vrai que la dernière de ces maladies, quand elle est héréditaire , fait presque toujours périr la femme après la seconde ou troisième grossesse , et se communique aux enfans dont la vie est
DES MALADIES DES FEMMES. 54d
le plus souvent chétive ou de courte durée. Si la présence d’un calcul dans la vessie cause des douleurs trop aiguës, on doit tacher de les apaiser par des bains de siège , par des injections émollientes , par le repos. La lithotomie seroit, sans contredit, le meilleur moyen d’enlever la cause du mal, si cette opération n’éloit pas de nature à provoquer l’avortement qu’on se propose d’éviter. Quant à l’habitude de faire fausse-couche à la même époque de la grossesse, elle peut tenir à un excès de sensibilité , ou à un vice organique de la matrice. Dans le premier cas , les anti-spasmodiques peuvent produire d’heureux effets ; dans le second , il n’y a presque point de ressources. Il en est de même pour la plupart des causes qui tiennent au fœtus ou à ses dépendances. Comment remédier, par exemple, à la mauvaise situation ou à des callosités du placenta , à la brièveté , à l’entortillement , à la rupture du cordon ombilical, à la ténuité des membranes, au défaut des eaux de l’amnios ? Les convulsions ou les mouvemens vifs et irréguliers de l’enfant, qui fatiguent souvent la mère , se calment, selon Antoine Petit, par des saignées plus ou moins répétées , par des lavemens anti-spasmodiques : mais comment le soulager dans d’autres maladies qu’on connoît à peine et qui sont toujours mortelles , telles que l’acéphale , l’hydrocéphale, l’hydrothorax , l’ascite, etc.?
S’il n’est pas toujours possible de dérober la femme à l’influence des causes externes qui pro-
voquent l’avoiTement,on peut au moins, dans presque tous les cas, recourir aux précautions que l’hygiène indique pour en diminuer les fâcheuses impressions. Que la femme ne s’expose pas imprudemment à l’intempérie 'des saisons ; qu’elle ne porte point des vêtemens trop serrés ; qu’elle n’use point d’alimens indigestes ou malsains. Un exercice modéré , un sommeil proportionné aux besoins du corps , beaucoup de retenue dans tout ce qui concerne les passions ou les affeclions de l’ame ; en un mot , la fuite de tout ce qui pourroil déterminer une trop prompte ou trop forte irritation du système utérin, et y attirer une accumulation de fluides : telles sont les principales règles quelle doit observer pour arriver sans accident au terme de la grossesse.
Mais quelques précautions qu’on prenne , on ne peut pas toujours prévenir l’avortement, dont la pratique ne fournit que trop d’exemples. C’est dans de pareilles circonstances que les secours de l’art , prudemment administrés , peuvent être de la plus grande utilité, et même éloigner encore un malheur très-prochain en apparence. Combien de fois n’a-l-on pas vu une saignée pratiquée à propos faire cesser des douleurs de reins , et d’autres signes avantcoureurs d’un travail prématuré chez des femmes qui avoient eu l’imprudence de s’exposer à des causes plus ou moins violentes ! On en citeroit un grand nombre à qui le repos du corps et la tianquilhtc de l’ame , secondés de quelques boissons acidulées ou
DES MALADIES DES FEMMES. 55 1 anti-spasmodiques,. ont été salutaires après une chute, une grande agitation, un accès de colère, etc.; ce sont donc là des moyens qu’il ne faut jamais négliger. La saignée est indiquée toutes les fois que la grossesse vient à être troublée par des causes capables d’irriter l’organisme en géuéral ou le système utérin en particulier, à moins qu’on n’ait à faire à des constitutions excessivement nerveuses ou lymphatiques, et naturellement foibles ou délicates.
Enfin , lorsque les soins qu’on administre à la femme n’empêchent point les douleurs de continuer et de prendre de l’intensité; lorsque le col de la matrice commence à se ramollir et l’orifice à se dilater, l’avortement devient inévitable. Il ne s’agit donc plus alors que d’aider la femme à se débarrasser de l’œuf ou du produit de la conception de la manière la plus facile et la moins dangereuse. C’est ici le cas de ne pas oublier que , dans les trois premiers mois de la grossesse , le placenta est proportionnément plus volumineux que le fœtus, tandis qu’il est dans un rapport contraire après cette époque. On se gardera donc bien de rompre la poche des eaux dans le premier cas , et l’on attendra patiemment que 1 œuf soit expulse en entier, sous peine d éprouver la plus grande difficulté pour la délivrance. Màis, passe le cinquième ou sixième mois , on peut se comporter comme dans un accouchement à terme. On déchiré les membranes lorsque l’orifice de la
matrice est complètement dilaté, et la tête du fœtus suffisamment engagée ; on attend ensuite 1 expulsion de ce dernier qui prépare la voie au délivre : en un mot, on tâche d'imiter cette lenteur et celte succession que la nature met dans le travail.
Mais nous avons déjà exposé la conduite que l’accoucheur doit tenir auprès de la femme qui est menacée d’avortement aux différentes époques de la grossesse , ou qui éprouve quelque difficulté pour se débarrasser de l’arnere-faix apres cet accident ; il est donc inutile d’insister plus long-temps sur celte matière. On peut consulter ce que nous en avons dit , en parlant de la délivrance après l’avortement , dans notre Cours théorique et pratique d’Accouchemens.
ARTICLE IL
Des Maladies sympathiques ou qui dépendent de l’influence de la matrice sur les différentes fonctions de V organisme pendant la grossesse.
Il faudroit avoir bien peu rhabilude d observer, pour méconnoîlre l’influence de la matrice sur 1 organisme en général. Elle est fondée sur un si grand nombre de faits , qu’il seroit presque absurde de la mettre encore en question. C est a cette influence qu’on doit rapporter, comme à leur véritable source, tous les changemens ou modifications qui s’opèrent dans les propriétés vitales de la femme après la conception , et toutes ces incommodités plus ou moins tumultueuses qui viennent troubler le cours de la
DES MALADIES DES FEMMES. 355 grossesse. Mais, s’il est vrai, comme on ne peut en douter, que le système ute'rin devienne alors un centre de vitalité, ne pourroit-on pas dire aussi que c’est aux dépens des autres systèmes , ou au moins de quelques-uns d’entre eux ? Ce qu’il y a de certain, c est qu’une femme, dès qu’elle est enceinte, paroî t plus nerveuse, plus lymphatique et plus foible qu’à l’ordinaire ; elle a plus de susceptibilité' ; son tissu cellulaire semble s’infiltrer ; les fluides blancs prédominent de toutes parts ; en un mot , la vie générale paroît alors moins énergique et moins active. Ne seroil-ce donc pas d après cette sorte de dégénérescence qu’on pourroit expliquer pourquoi certaines maladies disparoissent ou restent stationnaires pendant la grossesse , tandis que d’autres se développent ou deviennent plus graves; pourquoi la phthisie pulmonaire , par exemple , qui est toujours mortelle , respecte néanmoins cet état , etatiend la terminaison de 1 accouchement pour frapper sa victime ; pourquoi la contagion a moins de prise sur la femme enceinte, mais l’immole plus promptement quand elle vient à l’atteindre ; pourquoi l’épilepsie les dartres cutanées, etc. , se manifestent quelquefois apres la concept, on , et cessent après l’accouchement i pourquoi certains virus, tels que le sip|, iliaque, après avoir été plus ou moins de temps assoupis, fout alors explosion; pourquoi enfin si peu de femmes succombent quand elles sont enceintes ,
et pourquoi la probabilité de la vie semble augmenter avec la grossesse.
Quoi qu’il en soit , rien de plus difficile que de coordonner les maladies qui s observent depuis la conception jusqu’à 1 accouchement. Klles offient des caractères si variés, et même si disparates, qu’il est impossible de les réunir en une meme famille. On a proposé de les diviser par trimestre ; mais cette distribution seroit nécessairement vicieuse, attendu que celles du premier qu’on attribue à 1 irritation du système nerveux se prolongent souvent dans le second où le système sanguin prédomine. On ne seroit pas moins embarrasse si 1 on vouloit foudei la nomenclature de ces maladies sur les causes qui en sont le plus souvent méconnues. Nous ne suivrons donc , pour les décrire , que l’ordre indiqué par les différentes fonctions qu elles affectent , et qui sont alors sous 1 influence du système uteiin.
SECTION PREMIÈRE
Des Maladies qui affectent les organes de la digestion pendant la grossesse.
La digestion commence avec Ja mastication , se continue dans l’estomac et le conduit intestinal , pour se terminer avec les déjections alviues et l’excrétion de l’urine, qui enlèvent tout ce qui est impropre à la nutrition. On peut donc ranger, parmi les maladies ou incommodités qui affectent cette fonction durant la grossesse , l’odontalgie ou mal
de dénis, le ptyalisme ou excès de salivation, l’anorexie ou défaut d’appétit , la nausée et le vomissement , les goûts bizarres ou dépravés , la cardialgie ou douleurs d’estomac, la colique, la diarrhée, la constipation, la rétention ou l’incontinence d’urine , et les hernies.
§• Ier-
De V O cloutai gie ou mal de dents.
Cette maladie , chez les femmes grosses , n’est autre chose qu’une irritation sympathique du nerf de la dent , déterminée par l’influence du système utérin sur le système nerveux en général. On peut doue la considérer comme une vraie névrose ou névralgie dentaire.
Il y a des femmes qui commencent à souffrir des dents aussitôt qu’elles ont conçu , et qui même ne reconnoisseut leur nouvel état qu’à ce signe. La douleur quelles éprouvent a, ses degrés, ainsi que ses périodes ; tantôt sourde ou obtuse , elle disparoît pai intervalles 5 tantôt au contraire vive et aigue, elle tourmente nuit et jour. Alors le sommeil s’enfuit, l’appétit se perd , la digestion se dérange , la fièvre s’allume, et quelquefois l’avortement se déclare.
1 oui consiste ici a s assurer de la grossesse , ce qui n’est pas toujours facile , ni même possible , dans le commencement. Mais , si l’on 11e peut se proci.li ei alors des signes décisifs et certains , on pourra du moins arriver au diagnostic par des sigues néga-
tifs, c’est-à-dire, en faisant abstraction de toutes les causes qui produiroîent l’odontalgie , indépendamment de la grossesse. Ainsi on examinera d’abord si la dent est saine ou cariée. La femme jouit-elle d’une bonne constitution , ou bien estelle scorbutique , affectée de chlorose , d’hystérie , de rhumatisme ou de goutte? Est-ce la première fois qu’elle se plaint de ce mal , ou bien en avoilelle déjà souffert antérieurement? S’est-elle exposée à quelque cause capable d’attirer une fluxion sur les dents , comme à un courant d’air froid et humide , lorsque le corps étoit échauffé ? La gencive qui entoure la dent malade est-elle dans 1 état naturel ? Est-elle indolente ou douloureuse, enflée? Le gonflement est-il inflammatoire ou simplement œdémateux? La bouche et la langue sont -elles nettes, ou bien leur saleté indique-t-elle un embarras des premières voies , duquel peut dépendre l’affection dentaire? Telles sont les recherches nécessaires pour déterminer la cause , la uatuie et l’espèce d’odontalgie qui se présente , et pour décider si elle est idiopathique ou sympathique , si elle dépend de la grossesse ou non.
En géuéral , cette maladie est presque toujours de peu de conséquence. Elle n’est redoutable que par rapport à ses suites, et surtout à l’avortement quelle peut provoquer , quand elle est trop violente , ou la femme trop sensible.
Le traitement de l’odontalgie varie selon les
circonstances. De deux choses l’une : ou la douleur est inflammatoire et idiopathique , ou nerveuse et sympathique. Dans le premier cas, la gencive et la joue sont, pour l’ordinaire, gonflées ; la fièvre est continue; l’œil et l’oreille du même côté participent à l’état inflammatoire. C’est alors le cas de recourir aux saignées générales ou locales , de couvrir la partie de cataplasmes émolliens, de l’exposer à la vapeur de l’eau chaude , de faire des gargarismes adoucissans , et de tenir la tête bien enveloppée. Après la chute des accidens inflammatoires, on passe à l’usage des résolutifs , tels que le vinaigre , l’eau-de-vie , ou les eaux spiritueuses de mélisse , de lavande, etc. Si la douleur persévère encore, un vésicatoire placé dans le voisinage achève de l’enlever.
Cette espèce d’exutoire est surtout indiquée lorsque l’inflammation odontalgique est chronique et accompagnée d’une douleur sourde et d’un gonflement oedémateux de la gencive. Mais il faut en seconder les effets par des gargarismes sialagogues , où l’on fait entrer des substances irritantes ; par la mastication de la racine de pyrèlhre et de feuilles de tabac ; par l’application de topiques âcres sur la gencive , pour en opérer le dégorgement.
Dans le second cas , c’est-à-dire , lorsque l’odont algie est nerveuse et sympathique , il faut dirigea' le traitement vers la maladie primitive ; ainsi la femme est-elle sujette à l’hystérie , ce sont les
caïmans et les anti-spasmodiques , et meme les narcotiques , qui conviennent , tels que l’opium , le laudanum avec l’éther , des emplâtres opiacés sur la tempe ; on préserve en meme temps les parties affectées de l’impression du froid et de l’humidité. La douleur dentaire tient- elle à une répercussion de goutte ou de rhumatisme , on rappelle ces maladies à leur siège primitif, en y appliquant un vésicatoire. Si elle n’est qu’un symptôme de l’embarras des premières voies , l’émétique ou les purgatifs sont le meilleur moyen de la dissiper. Quelquefois cette affection prend une marche intermittente , revient à des temps marqués ; le quinquina produit alors des succès merveilleux , comme dans toutes les maladies périodiques. Chez les femmes nouvellement enceintes, les anti-spasmodiques et les narcotiques ont souvent calmé l’odontalgie ; mais, en général, ils ont paru moins efficaces que la saignée.
Lorsque la dent est cariée , le meilleur remède est de l’arracher, pourvu qu’on n’ait point à redouter des accidens , tels que les convulsions ou l’avortement ; ce qui est infiniment rare , à moins que la femme ne soit trop foible , trop nerveuse ou trop sensible. Alors il vaudroit mieux recourir à des palliatifs , comme à l’opium inséré dans le creux de la deut , à l’éther , à l’alcool , à l’huile essentielle de gérofle ou de lavande , à l’ammoniaque liquide , pour engourdir ou cautériser le nerf den-
DES MALADIES DES FEMMES. 55g
taire ; enfin , à des feuilles d’or ou de plomb , pour le mellre à l’abri de toute impression externe.
Les femmes naturellement scorbutiques ou pituiteuses sont très-sujettes à la carie des dents; il est même assez ordinaire qu elles en perdent quelqu’une à chaque grossesse. Dans ces cas-là Bell a observe que la douleur subsisloit encore, même après la chute de toutes les dents. 11 vaudroit donc bien mieux alors souffrir pendant quelque temps , que de les faire arracher. Cependant la femme pourroit faire usage de quelque gargarisme astringent ou anti-scorbutique , tel que l’eau alumineuse ou l’esprit de cochléaria à la dose de demi-gros , dans cinq ou six onces de liquide. En fortifiant et en resserrant ainsi le tissu des gencives , on raffermiroit les dents et leurs alvéoles. Il faudroit néanmoins prescrire en même temps un régime convenable pour combattre le vice constitutionnel.
On a vu des maux de dents , rebelles à toute espèce de remèdes , disparoître d’eux-mêmes vers le troisième ou quatrième mois delà grossesse.
Du Ptyalisme ou excès de salivation.
Cette incommodité ne s’observe guère que chez les femmes très-nerveuses. Elle ne mérite point le nom de maladie , quand elle ne dépend que de l'influence exercée par le système utérin sur tout l’organisme.
On la reconnaît à une surabondance de salive , dont la bouche est inondée ; en sorte que la femme est dans un besoin continuel de crachoter. Elle éprouve aussi en même temps quelques maux de cœur.
Le diagnostic se tire de l’état de grossesse ; cependant on a vu même alors que la salivation éloit produite ou augmentée par des causes bien différentes , telles que les frictions mercurielles , quand elles étoient administrées à trop haute dose pour combattre quelque affection vénérienne.
En général , c’est une affection passagère ; elle cesse dès le troisième mois de la grossesse ; et , quand elle dure plus loug-temps, elle est plus désagréable que fâcheuse.
Ce seroit une imprudence que de conseiller les astringens , pour modérer cet excès de salivation chez une femme enceinte. Il suffit de tenir le ventre libre par des boissons délayantes , par des lavemens ou par quelques sels catarthiques.
Si la femme se plaint de maux d’estomac , on peut lui donner, dans la journée , quelques cuillerées d’une eau aromatique légèrement éthérée , ou quelques tasses d’une infusion de mélisse , de camomille , de menthe , etc. , même de petites doses de rhubarbe en poudre ou en infusion.
$• III-
De V Anorexie ou défaut d’appétit .
Rien de plus ordinaire cpie de voir les femmes perdre l'appétit , et avoir du dégoût pour la nourriture , dès le commencement ou dans les premiers mois de la grossesse. Toutefois on observe plus fréquemment cette incommodité dans les villes que dans les campagnes , et la femme nerveuse y est généralement plus sujette que les autres.
On ne peut guère en soupçonner d’autre cause que le changement occasionné dans tout l’organisme par l’imprégnation ou la conception ; soit que ce changement dépende d’un état de spasme ou d’irritation , dont le système utérin est devenu le foyer principal , soit qu’il tienne à l’état de pléthore, qui résulte de la suppression des. menstrues. Dans le premier cas , l’anorexie se manifeste aussitôt ou peu de temps après la conception ; dans le second , elle ne se déclare que vers le troisième ou quatrième mois de la grossesse , à moins que la femme n’ait conçu au moment où le flux menstruel etoit sur le point de paroîlre , surtout lorsqu’elle est naturellement robuste et sanguine.
Quoi qu il en soit , la perte d’appétit est générale ou particulière , selon que le dégoût s’étend à toute espèce d alimens , ou à quelques -uns seulement. Quelquefois la femme n’a de l’aversion que pour ceux qu’elle recherchoit auparavant , et se montre
au contraire passionnée pour ceux qu’elle avoit dédaignés.
Quand l’anorexie est purement nerveuse , elle est ordinairement accompagnée d’autres symptômes qui en indiquent' le caractère : tels sont un excès de mobilité ou de susceptibilité qu’excitent les moindres impressions , quelquefois même la pâleur du visage et une foiblesse générale. Mais les signes concomitans de celte indisposition sont bien differens , quand elle tient à la pléthore ; car alors, outre que l’époque de la grossesse est plus avancée , la face est aussi plus colorée , le pouls plus fort et plus plein, et la tête plus lourde. i Dans 1 on et l’autre cas la langue est nette ou peu chargée , et il n’y a point d’amertume dans la bouche.
U ne s’agit donc que de bien connoître 1 état de grossesse , afin de ne pas confondre 1 anorexie qui en dépend , avec celle qui accompagne certaines maladies, ou qui tient à d’autres causes. Mais , comme ce diagnostic n’est point facile dans les premiers mois , le1 moyen le plus sur et le plus simple de parvenir à la vérité , est de procéder par voie d’abstraction. Ainsi la santé est-elle d’ailleurs en bon état ; la figure , et surtout les yeux conseryent-ils leur couleur naturelle ; on ne peut raisonnablement soupçonner la chlorose. De même , la perte d’appétit est indépendante des règles , quand la femme ne s’est exposée à aucune des causes capables d’en supprimer ou d’en déranger
l'écoulement périodique ; enfin , cette affection ne peut être que rarement attribuée à l’embarras des premières voies, quand elle est seule et sans d’autres symptômes gastriques. Or Hippocrate parmi les anciens , et de nos jours le professeur Pinel , ont établi des différences bien marquées entre l’embarras stomacal et l’embarras intestinal. Le premier se manifeste chez les individus d’un tempérament bilieux , par le dégoût pour les alimens , par Pamertume de la bouche , et l’enduit, jaunâtre deN la langue , par le vertige et l’obscurcissement de la vue , par la douleur de l’épigastre , par des nausées et des vomissemens bilieux , par la céphalalgie susorbitaire , par un malaise et des lassitudes considérables, mais sans fièvre. Chez les individus d’un tempérament lymphatique ou pituiteux , cette affection a pour caractères le défaut d’appétit , l’empâtement de la bouche , l’enduit blanchâtre de la langue , quelquefois le vomissement de matières muqueuses ou glaireuses , une douleur obtuse audessus des orbites , avec peu ou point de sensibilité à l’épigastre , un léger sentiment de malaise ou de lassitude. Suivant les praticiens déjà cités , on reconnoît aussi l’embarras intestinal à l’absence de la fièvre , à la perte d’appétit , à des tranchées , à la pesanteur des genoux , à des douleurs lombaires , à la tension plus ou moins incommode des hypocondres et de l’abdomen.
On voit donc qu’avec de la prudence on peut
toujours venir-à Lout de distinguer l’anorexie qui dépend de la grossesse , d’avec celle qui reconnoît d’autres causes, telles que la chlorose, la suppression des règles, l’embarras des premières voies, la foiblesse d’estomac , une fièvre gastrique , etc. : on a soin d’examiner encore si la perte d’appétit a précédé ou non l’époque à laquelle on rapporte la conception ; on fait bien attention à la manière de vivre de la femme , à ses goûts particuliers , à son tempérament, et surtout au temps de la grossesse, pour distinguer l’anorexie nerveuse d’avec celle qui tient à la pléthore.
En général, celte affection n’est point dangereuse pour la mère ni pour l’enfant. On la voit raremeut se prolonger au-delà des premiers mois; et, quand elle dure plus long-temps , même jusqu’à la fin de “ la grossesse , l’observation atteste qu’elle n’entraîne pas toujours de grands inconvéniens.
Il suit de là qu’il faut user de la plus grande circonspection pour traiter l’anorexie ou perte d’appétil des femmes grosses. Qu’on n’imite donc point ces praticiens inconsidérés, ou plutôt ces routiniers qui s’empressent de leur administrer l’émétique ou des purgatifs, au moindre dégoût qu’ elles éprouvent.
L’anorexie est- elle purement nerveuse , comme on l’observe presque toujours immédiatement après la conception ; il faut recourir aux anti-spasmodiques , tels que l’éther sulfurique , la liqueur anodine d’Hoffmanu , le laudanum liquide de Sydenham,
« la dose de quinze , -vingt ou trente poulies , dans trois ou quatre onces d’une infusion théifornie de fleurs de tilleul ou de camomille romaine. Les . bains, les fomentations émollientes, les frictions sur la région épigastrique, et les lavemens anodins, peuvent aussi procurer du soulagement. Mais on observe qu'il n’y a rien de plus avantageux qu’un exercice modéré. Si la femme a de l’aversion pour les substances animales, on peut lui permettre quelques végétaux assaisonnés avec des aromates ou des acides, quoi qu’en ait dit Antoine Petit.
Le dégoût qui tient à la débilité de l’estomac se dissipe au moyen des toniques et des amers. C’est alors qu’une rôtie au vin d’Espagne, de Madère on de Chypre , quelques cuillerées de vin de gentiane ou de quinquina, une infusion de pelite centaurée, de camomille romaine, de rhubarbe, et les embrocations aromatiques conseillées par Bai lliez d’après les anciens , sont très-propres à réveiller l’appétit.
Vers le milieu de la grossesse, quand l’anorexie pai oit dependie d un étal de pléthore , chez une femme naturellement sanguine , dont le pouls est élevé et le visage coloré , on débute par la saignée, et on passe ensuite aux moyens les plus propres à fortifier les organes digestifs.
Mais il peut arriver que cette incommodité ne soit réellement qu un symptôme de l’embarras des premièi es voies, ou qu’elle se complique avec lui , soit que la femme fût déjà indisposée avant la con-
cepiion , soit que ses digestions aient éprouvé quelque dérangement consécutif. Dans ces cas -là, comme le système digestif est plus ou moins irrité , al convient de le calmer par l’usage de quelque boisson délayante et légèrement acidulée , telle que la limonade , ou l’eau d’orge avec le sirop de groseilles. D’ailleurs ces moyens préliminaires ne contribuent pas peu à faciliter l’expulsion de la matière saburrale , puisqu’ils la rendent plus mobile , comme Hippocrate l’avoit recommandé.
Ensuite on a recours aux émétiques ou aux catartbiques , ou ;jux uns et aux autres , selon que l’estomac ou l’intestin , ou tous les deux sont embarrassés. Le tactrite de potasse antimonié convient mieux dans l’embarras stomacal bilieux ; on le dissout dans de l’eau distillée , et on le donne plus ou moins étendu , suivant la secousse ou l’ébranlement qu’on veut exciter ; on y ajoute même quelques anti-spasmodiques , tels que le sirop ou l’eau de fleurs d’oranger^, lorsque la femme est très-sensible ou très-irritable. L’ipécacuanha , au contraire, mérite la préférence dans le cas d’embarras stomacal muqueux ou glaireux. Cette poudre végétale jouit de la double propriété de vider l’estomac des matières qui l’engouent , et de réveiller l’action de la membrane muqueuse qui en tapisse la cavité.
Si l’embarras n’existe que dans l’intestin , il faut le dissiper au moyeu des purgatifs. Mais ici point de drastiques , ni de résineux -, les légers catarthi-
ques suffisent , et on a observé que les sels neutres dissous dans un véhicule convenable , ainsi que les préparations de rhubarbe , méritoient alors la préférence.
Enfin , s’il y a des signes qui indiquent l’embarras simultané de l’estomac et de l’intestin , on doit avoir recours à l’éméto-catarthique. L’ipécacuanha purge quelquefois par haut et par bas ; le tartrite de potasse antimonié peut être aussi émétique et catarlhique ; il suffit pour cela de le donner d’abord à la dose d’un ou deux grains dans deux ou trois verres d’eau distillée ; si le premier ou le secoud verre excite le vomissement , on étend le reste dans une plus grande quantité de liquide pour provoquer les déjections alvines.
En général , on ne doit jamais se presser d’émétiser , ni de purger la femme pendant la grossesse. On a vu plus d’une fois l’embarras des premières voies se dissiper de lui-même , par le changement d’air, par l’exercice, et par une diète plus ou moins sévère ; on peut y joindre quelques boissons délayantes, et légèrement acidulées , ou bien de l’eau vineuse, ou une infusion aromatique , selon que la matière saburrale est de nature bilieuse ou muqueuse. Lorsque ces moyens , qui ne sont jamais violens , ne réussissent point , on administre les vomitifs ou les catartluques ci-dessus , et l’on em— pecfie 1 embarras des premières voies de dégénérer en fièvre gastrique ou putride. On prévient aussi le
choiera - morbus , espèce de crise plus ou moins tumultueuse , qui se manifeste par des vomissemens et des déjections fréquentes , par des ardeurs d’estomac et d’entrailles , par des défaillances et le froid des extrémités ; cependant , si cet accident arrivoit , on le combatlroit par les délayans et les émollieps , tels que l’eau de veau , le petit-lait , etc. , en lavement ou en boisson. Dans le cas de foiblesse extrême, on associeroit les toniques aux caïmans, suivant la méthode de Sydenham, qui employoit alors son laudanum liquide , dont il donnoit d’abord vingt-quatre gouttes dans une once d eau , et qu’ri réitéroit deux fois le jour , mais à moindre dose.
$. iv.
De la Nausée et du V omissement.
Ce ne sont ici que deux degrés de la même indisposition. Dans la nausée , la femme a seulement des envies de vomir ; et dans le vomissement , elle rejette tout ce qui est contenu dans l’estomac.
Cette sorte d’affection s’observe le plus souvent presque aussitôt après la conception , surtout chez les femmes qui jouissent d’une grande sensibilité; il y en a néanmoins qui ne l’éprouvent que vers le quatrième mois , et d’autres seulement vers la fin ou quand elles sont près du terme de la grossesse. Dans le premier cas , c’est un effet de l'irritation utérine qui se communique par sympathie au
système de la digestion ; dans le second , on peut eu accuser , avec plus de vraisemblance , un e'tat de pléthore , produit par la suppression des menstrues, surtout chez les femmes naturellement sanguines et tres-abondamment réglées ; dans le troisième , on doit l’attribuer à la pression mécanique , ou au refoulement de l’estomac par la matrice , qui s’élève jusqu à 1 épigastre , et occupe la plus grande partie de 1 abdomen.
La pléthore sanguine n’est donc pas toujours la cause de cette incommodité pendant la grossesse , comme quelques auteurs le prétendent ; car des femmes sont tourmentées de vomissemens , quoi— qu elles soient réglées, comme à l’ordinaire , depuis la conception jusqu’à l’accouchement ; et d’autres n’en sont pas exemptes , malgré leur constitution lymphatique.
La nausée et le vomissement des femmes grosses varient beaucoup par rapport à leur intensité, à leur fréquence , à leur durée , et aux heures du jour où ils arrivent. Ils sont quelquefois trèsfviolens, et d’autres fois ce ne sont que de simples soulèvemens d estomac , sans expulsion de matières , et même sans renvois. On a vu des vomissemens qui se renouveloient fréquemment dans la journée , et qm alfectoient une sorte de continuité. Tantôt les femmes ne vomissent que le matin à jeun , et se portent bien le reste de la journée ; tantôt au conii aire elles rejettent les alimens qu’elles viennent
de prendre , el en conservent à peine assez pour se nourrir. Le plus souvent ces mouvemens convulsifs de l’estomac finissent d’eux-mêmes vers le milieu de la grossesse ; dans quelques cas ils perseverent jusqu’à l’époque de l'accouchement. Enfin des femmes vomissent dans une de leurs grossesses , et non dans les autres.
C’est encore ici le cas de distinguer en pratique la nausée et le vomissement sympathiques , ou qui tiennent à l’influence du système utérin, d’avec ceux qui sont idiopathiques , ou qui dépendent d un embarras des premières voies , d’un vice organique de l’estomac , etc. Il s’agit donc de bien reconnoître l’état de grossesse, et de ne pas le confondre avec une suppression des règles , ou avec toute autre affection utérine. Mais comment parvenir à ce diagnostic avant qu’on puisse apercevoir les mouvemeus du fœtus ? Et supposé même qu’on puisse s’assurer de la grossesse , comment distinguer alors le vomissement nerveux ou spasmodique , d avec celui qui tient à l’état pléthorique de la femme ? En théorie rien ne paroît plus tranché que cette différence ; mais nous savons qu’il n en est pas de même en pratique , et que les yeux les plus clairvoyans peuvent fort bien s’y tromper. Nous avons été témoins de quelques méprises en ce genre. D’ailleurs il faut bien que la chose ne soit pas aussi facile qu’on le dit dans les livres , puisque , du temps de Mauriceau , plusieurs médecins consultans ne sa-
DES MALADIES DES FEMMES. 3yi voient trop quel parti prendre à l’égard d’une jeune dame qui éloit sue le point d’avorter pour la seconde lois , à cause de vomissemens continuels. Il n’y avoit que Mauriceau qui proposoit la saignée. Mais comment auroit-on déféré à son avis , attendu que tous les autres, dont l’âge éloit Leaucoup plus mur , avoient opiné pour le contraire. Enfin , ce ne lut qu’après avoir essayé inutilement plusieurs remèdes que la dame résolut de suivre le Conseil du jeune accoucheur , dont la réputation avoit devancé le nombre des années. Elle fut saignée , et la violence des vomissemens fut modérée sur-lechamp. Cet exemple seul ne devroit-il pas suffire pour inspirer la plus grande circonspection à tout homme de l’art qui soigne Ito femmes pendant leur grossesse ?
En général, la nausée et Je vomissement ne sont pas aussi dangereux qu’on le croiroit au premier abord; des femmes sont sujettes à des vomissemens continuels pendant toute la grossesse , et n’en accouchent pas moins à terme d’en fans qui se portent bien. D’ailleurs, comme Louis l’a observé , les contractions du diaphragme et des muscles abdominaux ne sont pas très- violentes dans le vomissement; il ny a, pour ainsi dire, alors que l'estomac qui se contracte de bas en haut , pour expulser les matières qu il contient. Cependant on ne peut se dissimuler que le vomissement ne soit toujours à craindre chez les femmes grosses , et ne puisse
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produire l’avortement , quand la violence , la durée et la fréquence en sont trop considérables. Joint à cela que la femme qui vomit plusieurs fois dans la journée , surtout après les repas , risque de tomber dans le marasme ou 1 appauvrissement , faute de nourriture ; ce qui doit nécessairement porter atteinte à la vie et a la sanie du fœtus.
Lorsque la nausée et le vomissement sont purement nerveux , on les combat par les anti- spasmodiques , tels que le camphre , lassa- fetida , l’opium , etc. , dont on varie la dose suivant les circonstances. La femme qui n est que legerement affectée de ces mouvemens convulsifs , s’en voit pour l’ordinaire assez promptement délivrée par le régime , le changement d’air , le séjour de la campagne , l’exercice et les bons alimens pris avec modération. Les légers acides , tels que le jus d’orange ou de citron , la groseille , le sirop de vinaigre , etc. , ont été souvent utiles pour calmer l’agitation spasmodique de 1 estomac; les bains , les lavemens et les fomentations émollientes , ainsi que de légères frictions sur le bas-ventre ont aussi rempli la même indication. Quand l’estomac est foible et languissant , les amers et les aromatiques méritent la préférence.
Dans le cas de pléthore , le vomissement exige la saignée avant les and- spasmodiques. Celte évacuation est principalement indiquée chez les femmes robustes et sanguines , qui ont conçu au moment
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où les règles éloient sur le point de paroilre , et qui sont tourmentées presque aussitôt après, de nausées et de vomissemens. Elle convient aussi lorsque ces affections ne se manifestent que vers le milieu de la grossesse chez des femmes dont le flux menstruel étoit habituellement très -abondant. Le docteur Lorentz a calmé , par l’application des sangsues sur l’épigastre , des vomissemens rebelles à tout autre moyen .
La nausée et le vomissement , provoqués par le mauvais état ou l’embarras des premières voies , cèdent aux vomitifs ou aux purgatifs employés à propos , et avec la prudence qu’exige la grossesse.
Lorsque le fond de la matrice , dans les derniers mois , presse mécaniquement et refoule l’estomac , il est bien difficile , pour ne pas dire impossible , de remédier à l’irritation du système gastrique. Smellie conseilloit alors d’exercer une douce compression sur la matrice , pour l’empêcber de monter jusqu’à l’épigastre. Mais ce moyen auroit les mêmes inconvéniens que les buses ou corsets , et les vêtemens trop serrés , que ceriaines femmes emploient pour conserver l’élégance et la forme de leur taille , ou pour cacher leur grossesse ; il vaudroit donc mieux qu’elles s’accoutumassent alors à manger peu et souvent , afin que l’estomac, moins distendu, fût moins exposé à être irrité par la matrice.
Des Appétits bizarres ou dépravés.
Rien de plus irrégulier et de plus variable que les appétits des femmes grosses. Il y eu a qui , dans cet état , ont envie de manger les choses les plus absurdes , les plus bizarres , et meme les plus dégoûtantes , telles que du plâtre, du charbon, de la craie , des acides , des excrémens , etc. Tulpins rapporte qu’une femme mangea impunément quatorze cents harengs salés pendant sa grossesse , ce qui faisoit environ cinq par jour , et ce qui auroit suffi pour incommoder l’homme le plus robuste. Vanswiéten parle d’une dame qui n’avoit pas de plus grand plaisir que de boire beaucoup de vin , quoiqu’elle fut naturellement très-sobre. Une autre, suivant Scnnert , avaloit deux livres de craie et de pierre broyées sans en être incommodée. On en a vu avaler plusieurs livres de poivre et de gingembre en une seule fois , sans en éprouver la moiudre ardeur au gosier ni à l’estomac. On se rappelle de celle qui , au rapport de Rodéric-à Castro , vouloit absolument manger l’épaule d’un boulanger qu’elle avoit vu nu ; et de celle qui avaloit avec délice l’air fourni par le canon d’un soufflet. Langius cite une femme , des environs de Cologne , qui , désirant de manger de la chair de son mari , l’assassina pour satisfaire son féroce appétit , et en sala une grande partie pour prolonger son plaisir. Une autre femme,
dit Vives dans ses Commentaires sur la Cité de Dieu, par Saint-Augustin , seroit avortée si elle n’eût assouvi le barbare désir de mordre au cou un jeune homme , à qui elle causa des douleurs insupportables. Mais de telles atrocités , si elles ont jamais existé , ne passoient-elles pas les bornes de la modération , et ne cacboient-elles point quelque sujet de haine ou de vengeance ?
Ces sortes d’anomalies, dans une des plus importantes fonctions de l’organisme , ont reçu différentes dénominations. Les Grecs leur donnoienl le nom de Kitto. ou K ma. ^ qui répond à celui de pica des Latins , par allusion à la pie , oiseau dont la voix , le plumage et le vol sont l’emblème de l’irrégularité , de la bigarrure et de l’inconstance. On les connoissoit aussi sous le nom de a. ,
qui signifie mollesse ou relâchement , saus doute à cause d'une certaine fadeur ou paresse de l’estomac dont elles étoient accompagnées.
Quoi qu’il en soit de toutes ces dénominations , à peine usitées de nos jours , les incommodités qu’elles expriment ne sont pas seulement propres à l’état de grossesse ; on les observe encore chez les filles chlorotiques , et chez les femmes dont les règles coulent mal ou se suppriment , sans qu’on puisse en expliquer la cause , au moins d’une manière très-satisfaisante. Des auteurs pensent qu’elles sont idiopathiques dans la chlorose , tandis que , durant la grossesse , elles tiennent à la sympathie
de J utérus avec l’estomac , où l’on place le siège des appétits dépravés. Mais celte sympathie, qu’estelle au fond , qu’un mol qui cache la défaite des physiologistes , ou plutôt leur ignorance sur la cause des phénomènes de l’ organisme ?
Au reste , qu’importe qu’on explique ou non les goûts bizarres ou capricieux des femmes? Il y a tant d’autres choses en elles dont on ne peut se rendre raison ! Le point essentiel ici est de savoir si ces sortes d’anomalies ou de bizarreries dépendent de la grossesse ou de quelque autre cause. Il faut donc que le médecin prenne tous les renseigneniens nécessaires pour éviter la méprise ou l’erreur , et pour ne point troubler la marche de la nature. Mais qu’il ne soit jamais assez complaisant, ni assez lâche pour approuver des envies qui couvriroient des passions condamnables. La grossesse ne sauroit être, pour les femmes, un prétexte de commettre des abus ou des forfaits contraires aux lois divines et humaines.
Des praticiens , tels que Rodéric-à-Castro , Mauriceau et quelques autres, attribuent constamment les appétits dépravés des femmes grosses à la pléthore , qu’ils croient résulter de la suppression des règles. Mais comment peut-on soutenir une pareille opinion , quand on observe presque toujours ces sortes d’irrégularités dès le commencement de la grossesse , et avant qu’on puisse soupçonner une redondance de sang? D’ailleurs des femmes grosses
n’y sont-elles pas quelquefois sujettes , malgré la continuation des menstrues ? et celles qui sont naturellement robustes et sanguines n’en sont- elles pas plus exemptes que celles dont la mobilité ou la langueur attestent l’état nerveux ou cachectique ? Enfin , une autre preuve que cette bizarrerie de l’appétit ne dépend pas , au moins dans tous les cas , d’un état pléthorique , c’est qu’elle diminue pour l’ordinaire à mesure que la grossesse avance , et que presque toutes les femmes en sont entièrement délivrées vers le quatrième mois , époque où l’on observe le plus fréquemment la pléthore , et où l’on est dans l’habitude de recourir à la saignée pour la dissiper.
Dans le traitement de cette affection , il faut avoir égard au temps de la grossesse , au tempérament de la femme , à sa manière de vivre , à ses goûts particuliers. Les appétits dépravés , qui se manifestent immédiatement après la conception , guérissent souvent d’eux -mêmes ou sans remède , surtout si la femme a soin de changer d’air, et de se livrer à un exercice modéré. Quand elle est d un tempérament nerveux , et qu’on peut attribuer ces dérangemens de la digestion à l’influence de la matrice sur le système gastrique , on conseille les bains , les fomentations émollientes et les antispasmodiques , comme l’éther sulfurique , le laudanum liquide de Sydenham. On passe ensuite aux ioniques et aux amers, au vin d’Espagne, au quin-
quina , à la rhubarbe , aux préparations martiales. La saignée ne convient que clans les cas où la femme est robuste, et où la rougeur du visage, la force et la plénitude du pouls indiquent une exaltation des propriétés vitales de l’utérus et de tout l’organisme.
11 y a des femmes dont l’estomac, naturellement affadi ou paresseux , digère mal ou avec beaucoup de lenteur ; deviennent-elles enceintes , elles ressentent mille incommodités , parmi lesquelles on observe quelquefois les goûts les plus bizarres. Elles éprouvent en même temps des renvois, surtout après le repas. Le matin à jeun elles rendent , sans de grands efforts, beaucoup de matières glaireuses par la bouche. Les amers et les toniques sont encore ici les moyens les plus propres à réveiller l’appétit, et à favoriser la digestion. La femme peut prendre , à son choix , une infusion de sommités de petite centaurée de fleurs de camomille romaine , de petite sauge ou de mélisse ; si cela ne suffit pas , elle peut avaler quelques grains de rhubarbe en poudre , ou quelques tasses d’infusion de cette racine, à la dose d’un gros par pinte. L’oxymel scillitique , l’ipécacuanha en poudre ou sous forme de pastilles , trois ou quatre grains de résine de jalap , avec le double de potasse , après lesquels on boit une tasse d’infusion amère ; la rhubarbe en poudre et le savon médicinal , incorporés dans l’extrait de genièvre, à la dose de quatre ou cinq grains chacun*; le sirop d’ipécacuanha avec l’eau de meu-
tlie ou de mélisse; tels sont aussi les remèdes que divers praticiens conseillent pour donner du ion aux organes digestifs , et pour tarir la source des glaires dont elles sont inondées durant la grossesse. Cependant, s’il se manifesloit quelques sigues d embarras dans les premières voies , tels que l’amertume de la bouche , l’enduit jauuâtre de la lan-
Igue , etc. > on commenceroit par administrer les émétiques , ou les purgatifs, ou les éméto-catharliques, suivant l’indication, et l’on passeroit ensuite à l’usage des amers.
En général , on ne doit jamais trop contredire les appétits des femmes grosses , à moins que les substances qu’elles désirent ne soient évidemment nuisibles. C’est ici le cas de préférer , d’après le précepte d’Hippocrate et de Maningham , une nourriture agréable , quoiqu’un peu moins succulente et moins saine , à une autre qui seroit meilleure , mais qu’on prendroit avec répugnance.
Quelquefois le goût particulier, ou la prédilection que la femme montre pour certaines substances , indique les moyens de ramener l’appétit à son type ou à son état naturel. C’est ainsi que quelques grains de magnésie ou de muriate calcaire ont souvent absorbé l’acidité des premières voies, et ont détruit l’espèce d’iqslinct qui portoit naturellement à rechercher la craie , le plâtre , la terre , etc. ; mais dans ces cas -là il convient encore d’administrer quelques toniques ou amers après les absorbans.