VI
De la Cardialgie ou douleur d’estomac.
Nous comprenons sous cette dénomination les différentes espèces de douleurs que la femme éprouve dans la région épigastrique pendant la grossesse. Ce sont presque toujours de véritables névroses ou affections spasmodiques qui tiennent à l’influence de l’utérus sur le principal organe de la digestion.
On les observe rarement chez les femmes pléthoriques ou sanguines, mais plus souvent chez celles qui sont naturellement nerveuses ou irritables, principalement chez les hystériques ou vaporeuses dont la grossesse exalte la sensibilité. Ces douleurs peuvent être aussi déterminées, augmentées ou entretenues idiopathiquement par la foiblesse de l’estomac , par les flatuosités qui s’y dégagent , par toutes les affections morales qui semblent se concentrer vers l’épigastre, telles que la colère, le chagrin, la jalousie , la terreur ; par une métastase arthritique ou rhumatismale fixée sur cette région ; et en général par le mauvais état des premières voies , comme chez les individus qui , après la conception , recherchent par bizarrerie ou par caprice les substances les plus indigestes et quelquefois les plus malsaines. Les acides , les boissons trop froides , les viandes salées ou fumées , les assaisonnemens de trop haut goût, les crudités, les alimens rances ou trop oxigénés, ont bientôt troublé l’ordre naturel des diges-
lions , surtout quand l’estomac est déjà mal disposé, ou influencé par quelque changement considérable dans l’organisme.
La cardialgie n’ofTre pas toujours le même caractère , ni la même marche , et la femme en est diffé-
iremment affectée suivant les circonstances. Ce n’est quelquefois qu’un sentiment d’anxiété et de douleur gravative précédée, accompagnée ou suivie de nausées, d’envies de vomir, de rots aigres, ou de vomissemens glaireux ; il y a des femmes qui éprouvent cette incommodité dans les premiers mois de la grossesse , et même jusqu’à l’accouchement, tous les matins à jeun , et qui en sont délivrées immédiatement après leurs repas. Certaines se plaignent d’une chaleur âcre et mordicante dans le creux de l’estomac , d’où elle se propage le long de l’œsophage jusqu’au gosier, semblable à l’impression d'un fer chaud qu’on promèneroit sur ces organes. C’est là ce que les nosologistes ont nommé soda ou pjrose.
I D’autres plus vivement affectées encore ressentent les douleurs les plus aiguës et les plus atroces , comme si on leur tordoit , tirailloit, déchiroit ou serroit fortement l’estomac : sorte de cardialgie que les médecins désignent vulgairement sous le nom de colique d’estomac , et Buchau skius celui de crampe nerveuse de cet organe , parce qu’il l’attribue à la contraction spasmodique et douloureuse de ses fibres musculaires. Cette maladie apporte toujours plus ou moins de désordre dans les autres fonctions ;