‹ Traité des maladies des femmesChapitre 17 sur 38 · T RAI T K · texte numérisé non relu

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quand elle vient à s’exaspérer , les membres se roidissent, le corps frissonne et se couvre de sueurs froides ; la circulation et la respiration éprouvent beaucoup de gêne ; la déglutition devient impossible ; les évacuations se suppriment ; les lavemens ne surmontent la constipation qu’avec peine, et n’entraînent que des matières dures et noires , comme des crottins de chèvre. Enfin les malades en proie à de telles angoisses peuvent en périr en moins de trois heures , suivant le témoignage de Boërbaave et de quelques autres observateurs.

C’est encore ici que le but du médecin doit être de bien distinguer la nature et le degré de cette maladie. Qu’on s’assure d’abord de la constitution et de l’état de la femme. Est-elle nerveuse ou sanguine ? est-elle habituellement sujette ou non à des affections gastriques? Qu’on rassemble surtout les signes ou les probabilités qui sont en faveur de la grossesse , et qu’on examine si la douleur de l’estomac est idiopathique ou sympathique. Tient-elle à la foiblesse ou à l'embarras des premières voies , à une métastase de rhumatisme ou de goutte, ou à l’influence de la matrice sur le système ou appareil de la digestion ? La cardialgie se borne-t-elle à une simple douleur ou anxiété gastrique ; ou bien s’exaspère-t-elle jusqu’à l’ardeur de la pyrose, ou jusqu’aux tourmens de la colique ou crampe nerveuse ? Dans aucun cas on ne peut la confondre avec la gastrite ou inflammation de l’estomac ; car celle-ci est tou-,

jours accompagnée de fièvre et d’une douleur continue, tandis que l’autre se caractérise par l’absence de la fièvre , par un pouls lent, serré et convulsif,

1er. par des douleurs atroces, mais intermittentes. La cardialgie , poussée' même jusqu’à l’état de crampe nerveuse, diffère essentiellement de la colique des peintres, puisque l'une est fixée à l’estomac, et que l’autre se dirige plus spécialement vers le nombril. D'ailleurs la première marche avec rapidité, et tue en peu de temps quand elle est très-violente j au lieu que la seconde est chronique ou plus lente.

Ces considérations doivent suffire pour faire entrevoir la gravité ou le danger de la maladie qui nous occupe chez les femmes grosses. En général, on doit l’estimer d’après les causes secondaires qui concourent à la produire, conjointement avec l’influence de la matrice, d’après le degré auquel elle se borne , et d’après la violence , ainsi que la rapidité des accès. On a observé que la simple douleur d’estomac et même la pyrose dispâroissüient ou diminuoient d’elles-mêmes, à mesure que la grossesse âvançoit. La crampe nerveuse est la plus dangereuse ; mais elle est aussi la plus rare.

Quant au traitement, il est très-analogue à Celui des affections précédentes. La cardialgie est-elle seulement Sympathique et nerveuse , comme chez les femmes hystériques dont la grossesse ne fait que de commencer ; ou la combat par le régime , par 1 exercice modéré , par les bains , par les fomenta-

lions émollientes sur l'épigastre , enfin par les antispasmodiques et les narcotiques , suivant la violence de la douleur.

Si au contraire cette maladie est idiopathique et dépend de la présence de matières acides ou de l’accumulation de matières saburrales dans l’estomac , comme cela arrive ordinairement dans la pyrose , il faut d’abord en débarrasser ce viscère , et ensuite lui donner assez de ton pour s’opposer à la génération d’une pareille cause. Or l’expérience atteste que la magnésie et le muriate calcaire absorbent ou neutralisent les acides de l’estomac, et que le vomitif, précédé de quelque boisson délayante, suivant le précepte d’Hippocrate , est le meilleur moyen d’en expulser les matières qui le surchargent. Il faut donc y avoir recours quand l’exercice , le régime ou le changement d’air sont inefficaces. On fortifie ensuite l’eslomac par l’usage des amers et des toniques , tels que l’infusion de camomille romaine , de petite centaurée , de rhubarbe , le vin d’Espagne , le vin calybé , etc.

Les femmes dont l’estomac est naturellement foible ou a été débilité par de longs chagrins , par l’abus de boissons tièdes , etc. , et chez lesquelles la cardialgie augmente ordinairement après le repas, se trouvent très-bien de l’usage d’un vin généreux , du vin de quinquina , ou de quelques alimens assaisonnés avec des aromates. Ces mêmes remèdes conviennent aussi pour dissiper les flatuosités ou

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vents qui se dégagent dans l’estomac , et le rendent plus ou moins douloureux. On vante beaucoup alors les infusions amères, auxquelles on ajoute une pincée d’anis et quelques gouttes d’éther ou de liqueur anodine d’Hoffmann.

Dans le cas de crampe nerveuse , il faut d’abord calmer la douleur de l’estomac , soit au moyen des boissons délayantes , telles que l’eau de veau ou de poulet ; soit au moyen des lavemens adoucissans et d’un régime analogue. Si la femme n’en est pas soulagée, on lui administre les anti-spasmodiques et même les narcotiques , tels que le sirop diacode , le laudanum liquide , l’éther sulfurique ou acétique , même 1 cxti ait muqueux d opium , a plus ou moins haute dose, selon l’intensité de la douleur ; enfin, lorsque le spasme de l’estomac est si violent, qu’il résiste aux remèdes internes , on excite un point d’irritation à l’extérieur pour détourner ou soutirer le stimulus qui concentr e les forces vitales vers le principal oigane de la digestion. Ainsi on tient constamment des linges très-chauds sur l’épigastre ; on y fait des frictions sèches avec des flanelles chaudes , des embrocations avec l’huile d’olives chaude et le baume tranquille. Quand tous ces moyens sont inefficaces; on applique sur le creux de l’estomac un large vésicatoire, quon saupoudre de camphre pour empêcher les cantharides d’irriter les voies urinaires, et dont on rend l’action plus prompte , en frottant la partie avec de l’ammoniaque.

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