‹ Traité des maladies des femmesChapitre 18 sur 38 · VIL · texte numérisé non relu

VIL

Des Coliques.

Beaucoup de femmes sont sujettes a des colicjucs ou douleurs abdominales pendant tout le temps de la grossesse. Dans les premiers mois , ces affections ne sont le plus souvent que des névroses intestinales qui tiennent à l’irritation spasmodique du système utérin-, vers le troisième mois, elles sont plus ordinairement le résultat d’un embarras du conduit intestinal, surtout chez les femmes qui ont fait usage d’une nourriture peu salutaire , ou dont les digestions ont été dérangées-, dans le dernier temps, elles peuvent être produites par la pression que la matrice exerce mécaniquement sur les viscères du bas-ventre. Toutefois , ces causes ne sont pas tellement séparées et indépendantes, quelles ne puissent se trouver réunies ou exister en même temps. L’impression du froid, à laquelle des femmes s’exposent imprudemment, peut aussi déterminer les douleurs ou tranchées dont elles se plaignent après la conception.

Ces sortes de coliques ne présentent pas toutes les mêmes phénomènes. Celles qui sont essentiellement nerveuses ne sont presque jamais continues , et changent souvent de place. Elles ressemblent beaucoup à la colique hystérique , et ne sont poiut accompagnées de fievre. Le venue, au lieu d au0

menter de volume, semble au contraire se resserrer et se contracter spasmodiquement.

Quand elles tiennent à l’embarras du conduit intestinal , la femme se plaint en même temps de lassitudes et de malaise, de nausées ou d’envies de vomir ; la langue est plus ou moins chargée ; il n’y a que peu ou point d’appétit ; quelquefois il survient des déjections abondantes , à moins que la constipation ne soit opiniâtre.

Si la colique n’est que venteuse ou flatulenie , elle se manifeste par une quantité plus ou moius considérable de vents qui roulent et murmurent dans l’intestin, le distendent quelquefois outre mesure , et s’échappent avec explosion par le fondement.

Enfin la piession plus ou moins douloureuse des viscères abdominaux a cela de particulier , qu’elle augmente ou diminue suivant l’obliquité de la matrice, les différentes attitudes de la femme , l’intervalle qui s’écoule après les repas, et quelquefois suivant les vêtemens plus ou moins serrés qui entourent le bas-ventre.

C’est à l’aide de ces signes qu’on peut reconnoître les coliques dépendantes de la grossesse , et les distinguer d’avec ce qu’on nomme vulgairement coliques inflammatoires, telles que l’entérite, l’hépatite, la néphrite , la péritonite , etc. Ces dernières ne sont que des inflammations idiopathiques, caractérisées par une douleur plus ou moins vive, mais toujours

fixe et continue , et par une fièvre plus ou moins violente t symptômes qui ne s’observent point dans la colique nerveuse , saburrale , flatulente ou compressive.

Les douleurs intestinales des femmes grosses sont pour l’ordinaire plus incommodes que fâcheuses. Celle qui est spasmodique ou nerveuse se prolonge rarement au-delà du troisième mois ; celle qui tient à des flatuosités ou à des substances mal digérées se dissipe souvent par une diarrhée critique et salutaire ; enfin celle qui dépend de la pression ou du refoulement de l’intestin dure moins , et on la supporte mieux que les autres. Cependant on conçoit que ces douleurs pourroient acquérir assez de violence pour agiter toute l’économie , et assez de continuité ou de persévérance pour occasionner l’avortement, si on ne s’empressoit de les apaiser.

Les anti-spasmodiques sont les remèdes qui ont paru le mieux réussir contre les coliques nerveuses. On donne à la femme une infusion de fleurs de tilleul, de camomille ou de lierre terrestre, à laquelle on ajoute de l’eau de fleurs d’oranger, de l’éther sulfurique ou acétique , du sirop diacode ou du laudanum liquide de Sydenham. On peut seconder l’effet de ces boissons par des bains, des lavemens ou des fomentations émollientes sur l’abdomen. Barthez rejette les bains et les narcotiques , parce qu’ils lui ont paru aggraver les douleurs. Il ne conseille donc que les anti-spasmodiques, tels que l’assa-fetida et

le camphre , qu’il mêle avec le nilrale de potasse , et qu’il donne sous forme pilulaire.

La colique saburrale est avantageusement combattue par les purgatifs amers, tels que les préparations de rhubarbe ou quelques sels neutres cathartiques, dont on prépare l’action par les délayans. Après le rétablissement du calme, on tâche de fortifier les organes digestifs, afin de prévenir un nouvel embarras intestinal. Les infusions amères , les eaux martiales, etc. , remplissent très-bien cette indication secondaire.

Les flatuosités de l’intestin sont soulagées par l’application des corps chauds , et par les frictions sèches sur l’abdomen. Elles cèdent le plus souvent à l’usage des infusions amères, comme à celles de petite centaurée , de genièvre , d’aunée , etc. , ou aux layemens carminatifs et and - spasmodiques , composés avec l’infusion de camomille ou de menthe et des têtes de pavot. Les bains sont en général plus nuisibles qu’utiles, parce qu’ils augmentent la distension, et par conséquent la douleur intestinale.

Si la matrice , en s’élevant et se développant dans l’abdomen, en comprime trop les viscères, les bains émolliens procurent un relâchement favorable. On doit recommander en même temps à la femme de ne pas trop serrer ses vêtemens , et de ne prendre que peu d’alimens à la fois , afin que l’estomac et 1 intestin , moins volumineux, soient moins exposés, à la compression.

Les douleurs qui sont dues à l’impression du froid n’exigent que le rétablissement de la transpiration insensible. Les moyens les plus efficaces en pareil cas sont le repos du lit , secondé de quelque boisson qui porte à la peau , telle qu’une infusion de fleurs de sureau ou de toute autre plante légèrement aromatique. Les frictions sur l’abdomen, les fomentations émollientes, et en général la chaleur appliquée sur les membres inférieurs, sont aussi très- avantageuses.

Il est rare que les coliques des femmes grosses dépendent d’un état pléthorique-, si cela étoit , la saignée seroit le meilleur moyen d’y porter remède.

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