‹ Traité des maladies des femmesChapitre 19 sur 38 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

De La Diarrhée.

Dans les premiers mois de la grossesse, la diarrhée est presque toujours nerveuse, et dépend de la sympathie de la matrice avec le canal alimentaire ; plus tard , elle est due à l’embarras saburral de l’intestin ; mais ces différentes causes peuvent exister quelquefois simultanément, et se compliquer avec la foiblesse des organes digestifs , qui peut provenir soit de quelque circonstance antérieure à la grossesse , soit d’un vomissement opiniâtre , ou de quelque appétit dépravé, survenu depuis.

La diarrhée nerveuse ou spasmodique n’ofîre qu’une excrétion abondante de matières plus ou moins liquides et plus ou moins séreuses sans aucun

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dérangement de l’appétit, ni de 1 état de la langue, ni du sommeil : la tête est aussi libre qu a 1 ordinaire.

Dans la diarrhée saburrale les déjections alvines sont plus ou moins foncées et plus ou moins fétides ; il n’y a plus d’appétit ; les digestions se font mal ou avec difficulté ; la langue est plus ou moins chargée j la femme se plaint de pesanteur à la tête , de douleur à l’épigastre et de malaise général.

La diarrhée qui dépend de la foiblesse et de la sensibilité de l’intestin se manifeste par des excrétions blanchâtres, semblables à du chyle. On diroit que ce sont des matières à moitié digérées, qui n ont fait que glisser sur la surface du conduit alimentaire. C’est ce qui a fait donner le nom de lienterie à celte espèce de dévoiement.

Avec un peu d’attention , il sera donc facile de distinguer la diarrhée produite par la grossesse d’avec les autres affections intestinales, telles que l’entérite qui n’est jamais sans fièvre , ni sans coliques , et où l’on n’observe pas toujours le dévoiement. On ne la confondra pas non plus avec la dyssenterie ; car, outre que cette dernière maladie est souvent accompagnée de ténesmes ou de vives épreintes et toujours de fièvre, les déjections, quoique fréquentes, incommodes et quelquefois sanguinolentes, n’offrent que des mucosités ou des glaires. S’il s’y mêle des excrémens , ils sont durs et arrondis , tandis que dans la diarrhée ils sont toujours liquides, et plus ou moins abondans.

En general , la diarrhée des femmes grosses est plus ou moins dangereuse , selon qu'elle est plus ou moins abondante , et plus ou moins continue. On sait qu’IIippocrate redoute l’avortement lorsque le flux de ventre est considérable, surtout lorsqu’il se complique de ténesmes ou de violens efforts pour aller à la garde-robe.

Il suit de là qu’on ne doit rien négliger alors pour venir au secours des femmes , et pour les préserver d’un si fâcheux accident. Mais il s’en faut bien que les moyens de les soulager soient toujours les mêmes ; ils varient selon l’espèce de diarrhée dont elles sont affectées.

Dans le commencement de la grossesse , comme on n’a presque jamais à combattre qu’une irritation sympathique ou nerveuse de l’intestin , il faut être réservé dans l’emploi des médicamens. Ordinairement la diarrhée est alors légère et peu alarmante ; la femme en est à peine incommodée ; on fera donc bien de l’abandonner à la nature, puisque d’ailleurs on observe qu’elle se termine d’elle-même vers le milieu de la grossesse. Si elle étoit accompagnée de coliques ou de douleurs intestinales, on auroit recours aux lavemens émolliens ou anti-spasmodiques et même narcotiques ; les sangsues à l’anus , recommandées par quelques auteurs , ne conviendroient qu’aux individus pléthoriques ou hémorrhoïdaires.

La diarrhée saburrale exige un tout autre traite-

meut. Il s’agit d’abord de debarrasser les premières > voies des matières étrangères qui les obstruent , et de les fortifier ensuite , afin de les mettre à l’abri d’une nouvelle congestion. Pour remplir la pret mière indication , il suffit quelquefois de prescrire à la femme un régime convenable, de diminuer par exemple la quantité de ses alimens , ou. de lui en. donner de plus analogues à son état. Si elle a de la répugnance pour les substances animales , on la nourrit de végétaux , de farineux , de pâles légères , de riz , de vermicel , de semoule , de salep , de fruits secs , etc. Ces alimens fournissent peu de matière excrémentitielle après que la partie nutritive en a été extraite par la digestion , et ne surchargent point les premières voies ; ils leur laissent donc la faculté d éliminer ou d’expulser les impuretés qui s y étoient accumulées : c’est ainsi qu’elles contribuent à diminuer et à guérir la diarrhée , et non par une prétendue vertu astringente que le vulgaire leur attribue. Un puissant auxiliaire du régime chez les femmes enceintes est l’exercice modéré , surtout en plein air ; il n y a peut-être pas de moyen plus capable de prévenir l’embarras des premières voies , ou de le dissiper quand il existe, tant il a d’influence sur les organes de la digestion.

Mais, lorsque la diarrhée dont il s’agit ici perséveie et résisté avec opiniâtreté aux douces ressources de 1 hygiène, il n’y a que les évacuans , les vomitifs ou les purgatifs qui puissent l’arrêter, en

enlevant la cause qui l’entretient. Ces remèdes n ont aucun inconvénient quand on les administre d une main prudente , et avec les précautions necessaires. Trop long-temps continués, les purgatifs surtout affoibliroient le conduit intestinal, et prolongeaient le flux de ventre au lieu de le faire cesser ; quand on les croit bien indiqués , ceux qu’on tire de la classe des amers sont préférables à tous les autres.

Après avoir convenablement nettoyé le conduit intestinal, on réveille les forces digestives , en insistant sur les toniques. Les bouillons , les apozèmes et les extraits amers , les eaux minérales , surtout légèrement ferrugineuses , le bon vin de Beaune ou de Bordeaux , remplissent parfaitement le but qu on se propose.

Dans la diarrhée lientérique , il ne s agit que de fortifier les organes qui servent a la digestion ; 011 emploie alors avec beaucoup d avantage les toniques ci-dessus , auquels on peut ajouter les vins amers d’absynlhe , d’aunée , de gentiane , de quinquina , etc , ainsi que les bons alimens , dont la propriété analeptique, quoiquun peu plus lente,

n’est pas moins efficace.

Si la diarrhée des femmes grosses se complique avec l’acidité des premières voies , ou administre d’abord les absorbans seuls ou associés aux amers ; on passe ensuite aux toniques. Quelquefois les déjections sont si fétides , surtout vers la fin de la grossesse , qu’ elles peuvent faire craindre une fièvre

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putride ou de mauvais caractère après l'accouchement. On prévient alors une suite aussi fâcheuse en donnant à la femme une décoction de quinquina avec quelques gouttes d’acide sulfurique , et en édulcorant les boissons toniques avec le sirop de groseille ou de vinaigre.

Enfin , lorsque la diarrhée est très-ancienne , et qu’elle tient en même temps à la foiblesse et au spasme de l’intestin , on a recours au diascordium , qui jouit d’une propriété astringente et légèrement narcotique. On donne aussi des lavemens toniques et caïmans , qu’on prépare avec la décoction de quinquina ou de toute autre substance amère , à laquelle on ajoute vingt-cinq ou trente gouttes de laudanum liquide.

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