‹ Traité des maladies des femmesChapitre 21 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

Des palpitations cle cœur.

Ce genre d’affection paroît être déterminé par l'inégale distribution du sang, et par le reflux de ce liquide vers le cœur, à cause de la gêne qu’il éprouve pour circuler dans les vaisseaux de l’abdomen. Peut-être doit-on l’attribuer aussi , du moins vers la fin de la grossesse, au refoulement du diaphragme , sur lequel appuient le péricarde et le principal organe de la circulation. Ce qu’il y a de certain , c’est que les femmes naturellement délicates, hystériques et irritables, sont plus tourmentées de palpitations que les autres pendant la grossesse ; soit qu’elles en fussent déjà incommodées avant la conception ; soit que leur nouvel état ait

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exalté la sensibilité qui leur est propre ; soit enfin que leur estomac se remplisse alors de vents ou de flatuosités qui refoulent le diaphragme et genent le cœur, comme dans des exemples publies par Senac, Malpigbi , etc.

Le cœur qui palpite se meut avec plus ou moins < d’irrégularité et de violence qu’à l’ordinaire ; il bat plus fortement contre les côtes ; la femme en est quelquefois réveillée en sursaut ; le pouls n est point dans l’état habituel; il est inégal, plus ou moins accéléré, quelquefois intermittent; mais il n’y a point de fièvre.

En pratique , il est essentiel de bien examiner le tempérament de la femme. Est-elle sanguine, nerveuse ou lymphatique ? éprouvoit-elle des palpitations avant la grossesse? dépendoient- elles alors d’un état nerveux ou d’une lésion organique du cœur? si elles sont postérieures à la conception, faut-il les attribuer à un état de pléthore generale ou à la compression de la matrice sur l’aorte et les vaisseaux de l’abdomen? ces afiections sont-elles continues ou passagères ; plus fortes la nuit que le jour ; quand la femme est couchée sur le dos , ou quand elle est debout ? toutes ces recherches sont nécessaires pour s’assurer de la nature et de la gravité des palpitations.

En général , cette incommodité est peu dangereuse pour les femmes grosses, à moins qu’elle ne soit trop violente , ou quelle ne se renouvelle

des maladies des femmes. 4l T fréquemment. Elle mérite alors toute l’attention du médecin.

Le traitement des palpitations doit varier suivant les circonstances. Lorsque c’est une affection purement nerveuse , elle cède presque toujours aux antispasmodiques ; quelquefois les toniques et les amers calment aussi très-promptement cette espèce d’ataxie ou d’irrégularité dans les mouvemens du cœur, surtout quand elle tient à la foiblesse de l’estomac ou à quelque vice de la digestion. L’exercice modéré en plein air est encore très-avantageux dans cette circonstance. Nous avons connu une dame, assez délicate , qui ne prenoil jamais que quelques cuillerées de vin d’Espagne pour dissiper les palpitations de cœur dont elle étoit incommodée dans les premiers mois de ses grossesses. Une autre nous a raconté qu’elle n’avoit besoin que de changer de position dans le lit, ou de se lever pour faire quelques tours dans son appartement lorsqu’elle étoit réveillée par des battemens de cœur. Mais dans les cas où l’on reconnoît que cette espèce de trouble dans la circulation tient à la pléthore générale ou à l’inégale distribution des fluides, il est toujours utile et quelquefois nécessaire de diminuer la quantité du sang par la saignée ou par le régime. Cette indication est d’autant plus urgente, que les palpitations sont plus violentes et plus durables. Pendant la nuit, il est prudent de tenir la tête un peu plus elevée que le tronc. Il ne seroit peut-être pas moins

avantageux de se coucher sans souper, ou de ne prendre que peu d’alimens , et d’attendre qu’on en eût fait la digestion avant de se mettre au lit.

Les palpitations qui accompagnent les maladies' organiques du cœur ou des poumons sont ordinairement incurables. Elles n’exigent que des remèdes palliatifs , tels que de petites saignées, et surtout un régime d’où l’on bannit tous les échauffans , et tout ce qui peut augmenter le mouvement des liquides.

$• III

De la Syncope.

Outre la pression que la matrice exerce durant la grossesse contre les viscères abdominaux et contre les vaisseaux qui les arrosent, pression à laquelle il faut attribuer la difficulté que le sang éprouve pour sortir du cœur et pour y retourner , il y a encore d’autres causes qui déterminent la syncope : telles sont les vives affections de l'ame , la joie , le chagrin , la frayeur, la colère, etc.; voilà aussi pourquoi les individus d’un tempérament nerveux et d’une constitution délicate y sont plus disposés que les autres.

Celte maladie s’annonce ordinairement par quelques signes avant-coureurs. La femme est languissante, abattue; elle croit voir tourner les objets qui Fenvironnent ; sa vue s’obscurcit ; divers fantômes semblent passer devant ses yeux ; ses oreilles tintent ou bourdonnent; son visage s’altère; enhu elle bâille , étend les membres, et s’évanouit.

DES MALADIES DES FEMMES. 4l%

Alors plus de forces, plus de mouvement, plus : de sentiment ; le cœur est immobile , le pouls ne bat point; la respiration est interrompue; le froid gague les extrémités ; les tempes, le front, la poitrine et les mains se recouvrent d’une sueur glaciale ; la face est pâle et défigurée ; toutes les fonctions des . sens et toutes les facultés de J’ame sont suspendues ; ce n’est plus en apparence qu’un corps inanimé, une véritable image de la mort.

Cependant la vie se ranime insensiblement et en peu de temps ; les fonctions se rétablissent ; la chaleur renaît ; le cœur palpite ; le pouls se fait sentir ;

I la respiration recommence ; les sens se réveillent ;

ila femme pousse de profonds soupirs, bâille encore, et se débarrasse de quelques vents par haut et par | bas. La voilà entièrement rétablie ; elle n’éprouve i plus qu’unalégère anxiété , qui est deœourte durée. II est des femmes chez lesquelles la syncope se renouvelle périodiquement tous les mois , toutes les semaines , tous les deux ou trois jours , même plus souvent. On la distingue de l’hystérie , parce que les accès de celle-ci sont presque toujours accompagnes d ecume à la bouche et de mouvemens convulsifs , phénomènes qu’on n’observe point dans l’autre. D’ailleurs la durée de ces deux maladies est bien différente ; la syncope ne se prolonge pas audelà de quatre ou cinq minutes, au heu que l’hystérie peut durer plusieurs heures et même plusieurs jours. Quand on considère les rapports du fœtus avec

la matrice , et ceux de cet organe avec l’économie en général , on conçoit facilement le danger de la syncope. Aussi a-t-on observé que l’avortement en étoit quelquefois la suite. Une femme, dit Vanswieten, se met en colere , bientôt apres surviennent des évacuations copieuses qui durent pendant cinq heures , et finissent par l’épuiser ; elle éprouve quelques convulsions , et tombe en syncope ; on la croit morte. Cependant on lui frotte les membres pendant un quart d’heure avec des linges chauds ; on approche avec prudence des stimulans et des spiritueux de sa bouche et de son nez. Quelques minutes après , on aperçoit le mouvement des carotides ; les paupières s’entr ouvrent*, la femme pousse quelques gémissemens , et recouvre entièrement la vie , au grand étonnement de tout le monde ; les cordiaux et les restaurans achèvent de la fortifier ; mais elle accouche à sept mois d un enfant très-foible, qui périt quelques jours apres.

Le traitement de la syncope est indiqué par les symptômes qui l’accompagnent. Dans l’accès , il s’agit de rappeler toutes les fonctions de la vie, principalement la circulation et la respiration, en excitant, les propriétés vitales dont elles dépendent. Les frictions sèches , des aspersions d’eau froide , les spiritueux introduits dans la bouche , I ammoniaque , l’acide acétique ou vinaigre radical , et en général les odeurs fortes approchées du nez , sont les moyens les plus efficaces en pareil cas.

Pendant l’intermission on prévient la récidive , en saignant la femme, si elle est pléthorique; en recourant aux toniques , si elle est foible ; et aux anti- spasmodiques , surtout à l’exercice, si elle est nerveuse ou délicate.

$. iv.

Des Varices.

On donne le nom de varices à des tumeurs produites par la dilatation des veines. Les femmes naturellement foibles ou dont la fibre est molle y sont les plus exposées. Au contraire, celles qui sont fortes et robustes en sont presque toujours exemptes , à moins quelles ne soient habituellement constipées, ou qu’elles n’exercent des professions qui les obligent de se tenir long-temps debout, comme les blanchisseuses.

A ces causes prédisposantes se joint pendant la grossesse une compression plus ou moins forte que la matrice exerce contre les veines iliaques , et qui empêche le sang de retourner librement au cœur : d’où il suit que les varices doivent paroître plus tôt ou plus tard, selon que le produit de la conception se développe avec plus ou moins de rapidité , et selon qu’il atteint plus ou moins promptement les

veines dont nous venons de parler.

On conçoit donc pourquoi et chez quelles femmes i les membres abdominaux paroissent recouverts de

4*6 .traité

varices , surtout dans le trajet de la veine fémoropoplitée ou saphène , et le plus souvent vers le huitième ou le neuvième mois de la grossesse ; pourquoi on en rencontre aussi quelquefois dans le vagin , à la vulve et au col de la matrice , même avant l’époque ci-dessus ; pourquoi il n’y a souvent qu’un des membres abdominaux et les parties génitales du même côté qui en soient affectés ; pourquoi enfin ces tumeurs diminuent pendant la nuit et par le repos du lit.

Quel que soit le siège des varices , elles se manifestent sous la forme de tumeurs ou plutôt de nodosités sanguines, rouges, livides ou noirâtres; elles sont rondes, oblongues , inégales, indolentes, ou accompagnées de tiraillemeus et de douleurs plus ou moins vives ; elles cèdent facilement à la pression, et reviennent ensuite promptement ; on n’y observe ni pulsation , ni inflammation.

Cette maladie est donc toujours facile à distinguer d’avec toute autre, si l’on fait attention à la cause, à la nature et au siège des tumeurs , aux circonstances où la femme se trouve , à l’époque de la grossesse, au volume , à la situation et à la direction de la matrice.

Les varices ne sont primitivement qu’une affection de peu de conséquence ; la plupart des femmes ne s’en inquiètent presque point, parce qu’elles voient disparoître ces tumeurs aussitôt qu'elles sont accouchées ; cependant il peut arriver que les veines

DES MALADIES DES FEMMES. y

distendues outre mesure se rompent, et donnent heu à une hémorrhagie dangereuse, ou à des ulcères difficiles à guérir. Quelquefois ces vaisseaux perdent entièrement leur tonicité, et restent plus ou moins engorgés après l'accouchement. On observe toujours que les varices qui ont paru dans une premiei e grossesse reparoissent dans les grossesses subséquentes , et plutôt que la première fois. Celles qui entourent le col de la matrice ne sont incommodes que pendant le travail, parce qu’elles peuvent s’opposer à la dilatation de l’orifice , ou se rompre , et produire des accidens fâcheux.

En considérant la cause des tumeurs variqueuses chez les femmes grosses , on imagine bientôt les moyens d’en prévenir la distension démesurée et la

îuptuie. Il faut d abord conseiller à la femme de se

tenir debout le moins possible, de se coucher au contraire de temps en temps dans la journée , horizontalement et sur Je côté, les jambes et les cuisses à demi-fléchies , afin de diminuer la pression de la matrice sur les veines iliaques, et de favoriser le retour du sang au cœur. Toutefois, il faut prendre garde que , par le changement de situation , la progression de ce liquide ne soit trop accélérée, et que 1 oreillette et le ventricule pulmonaires n’en soient engorgés ; ce qui pourvoit occasionner la syncope.

Lorsque les varices sont devenues très - volumi-

neuses, il est prudent de les soutenir, en appliquant un bandage méthodique autour du membre

abdominal. On choisit pour cela le malin au sortir du lit, époque où les tumeurs sont affaissées. On commence par faire quelques legeres filetions sut le trajet des veines ; on prend ensuite une bande assez large pour quelle puisse exercer une compression uniforme , et on en fait des circulaires autour du membre , en allant de bas en haut. Ce

bandage peut être remplacé par un bas ou un caleçon , soit de coutil , soit de peau de chien , lace par derrière , et sous lequel on peut mettre des compresses trempées dans une décoction aromatique ou astringente.

Des auteurs, tels qu Antoine Petit, conseillent la saignée avant l’application de ce bandage ou de ces vêtemens. Elle peut être avantageuse aux femmes

naturellement pléthoriques et sanguines ; mais elle ne paroîtroit pas convenir à celles qui sont d’une constitution lymphatique , et qui ont la fibre molle ; car on n’auroit point à craindre chez elles que le reflux du sang vers la matrice ou la poitrine causât l’avortement, l’hémoptysie ou la phthisie.

L’ouverture des tumeurs variqueuses avec la lancette ne sauroit être approuvée , parce qu’il pourroit en résulter une hémorrhagie grave. Mais, si cette ouverture avoit lieu spontanément le long de» membres abdominaux , on pourroit se rendre toujours maître du sang, en comprimant les deux extrémités de la veine , qui aboutiroient à la crevasse.

Pendant le travail de l’accouchement, si les

vaisseaux qui répondent au col de la matrice sont variqueux , on tâche d’en prévenir la rupture , en les repoussant, et en les soutenant du bout de quelques doigts. La saignée ou l’application de quelques sangsues à la vulve peuvent encore être utiles dans ce cas-là, soit pour dégorger le col , soit pour favoriser la dilatation de l’orifice utérin. Si, malgré ces précautions, quelqu’un de ces nœuds variqueux vient à se crever, on peut arrêter l’hémorrhagie, après l’accouchement, avec le tampon ou un morceau d’éponge trempé dans l’oxycrat ou dans quelque autre liqueur styptique.

Des Hémorrhoïdes.

Cette maladie consiste dans un bourrelet ou amas de tumeurs sanguines qui entourent 1 anus , ou se développent dans le rectum pendant la grossesse. On les divise en externes et en internes , selon quelles paraissent au-dehofs , ou quelles se cachent à l’intérieur. Elles sont encore simples ou compliquées , selon qu’elles existent seules ou avec des vai ices , des ulcérés, des excroissances, etc. ; enfin on leur donne le nom de fluentes quand elles rendent du sang, des matières muqueuses, albumineuses, puriformes ; et celui de non fluentes quand elles sont sèches, ou qu’il n’en sort rien.

Une des causes qui disposent le plus à ces tumeurs est la situation des vaisseaux hémorrhoïdaux. Ils

rampent , et s’entrelacent au milieu d un tissu cellulaire plus ou moins abondant, sans y être soutenus comme ailleurs , et surtout le long des membres , par des muscles ou des aponévroses qui concouient tant à hâter le retour du sang vers le cœur. Les femmes naturellement maigres et sèches, celles qui sont pléthoriques ou éminemment lymphatiques, sont plus sujettes à cette maladie que les autres.

Pendant la grossesse les hémorrhoïdes sont déterminées le plus souvent par la pression que la matrice exerce sur les veines pelviennes ou circonvoisines. Celte cause peut être encore secondée par une vie sédentaire , par le repos ouïe sommeil dans des lits trop mous, par des alimens échauffans, par l’abus de purgatifs âcres et résineux , par des bains d’une température trop élevée , et enfin par les efforts répétés que nécessitent des constipations opiniâtres, ou des rétentions d’urine trop long-temps prolongées. Peut-être aussi le voisinage de la matrice et du rectum permeltroit-il d’attribuer, au moins en partie , les tumeurs hémorrhoïdales des femmes grosses à la suppression des menstrues.

Quoi qu’il en soit , celte maladie se manifeste a une époque plus ou moins avancée de la grossesse , rarement dans les premiers mois, quelquefois vers le milieu, elle plus souvent vers la fin. Dès l’invasion la femme se plaint ordinairement d’une démangeaison plus ou moins incommode aux environs de l’anus, et jusque dans l’intérieur du rectum.

quelquefois elle y porte la main , et s’écorche à force de gratter. Si les tumeurs hémorrhoïdales sont intérieures, elles causent pour l’ordinaire un sentiment de pesanteur vers le rectum , et un besoin illusoire d’aller à la garde-robe ; de là des ténesmes et des efforts infructueux pour rendre les excrémens ; de là l’issue de matières glaireuses, blanchâtres et quelquefois sanguinolentes; de là enfin la chute du rectum et l’étranglement de cet intestin par le sphincter, si on ne le fait rentrer à temps ; l’inflammation la plus douloureuse, la suppuration, l’ulcération, et même la gangrène du bourrelet hémorrhoïdal ; en un mot , la mort de la femme , si la douleur et l’inflammation se propagent jusque dans l’abdomen.

Qu’on ajoute à ce tableau la difficulté de marcher et de s’asseoir, l’engourdissement des membres abdominaux , le météorisme ou la flatuosité du conduit intestinal, le trouble de la digestion, la difficulté de respirer, la chaleur à la paume des mains et à la plante des pieds, la lassitude et le malaise général, l’insomnie , le mal de tête et la fièvre plus ou moins violente, on aura une peinture achevée des souffrances que les hémorrboïdes peuvent causer pendant la grossesse.

Quelques auteurs ne considèrent les hemorrhoïdes que comme des varices ou des tumeurs produites par la dilatation des veines qui rampent à 1 extrémité du rectum. Mais, si celle opinion éloit fondée , comment observeroit-on tant de différences

dans le débat , la marche et la terminaison de ces deux maladies ? Il est de fait que les varices se forment lentement sans être précédées d’erethisme , ni accompagnées d’inflammation ; qu elles cedent facilement à la pression du doigt ; qu’elles dis— paroissent immédiatement après l’accouchement ; qu’ enfin elles présentent un caillot inorganique, lorsqu’on a occasion de les disséquer. Or on observe précisément tout le contraire pour les hémorrhoïdes. Elles s’annoncent toujours par une démaugeaison incommode; et, pour peu quelles durent, elles donnent lieu à un état d’éréthisme et de malaise général ; elles offrent des tubercules plus ou moins durs qui résistent à la pression du doigt; si elles disparoissent ou se flétrissent, après avoir duré longtemps , elles laissent des poches vides , flasques , ridées et pendantes autour du fondement comme des doigts de gant ; la dissection n’y trouve point de caillot inorganique , mais un tissu cellulaire rougi par le sang qui l’infiltre, ce qui les a fait regarder, par Ledran et par Cullen, comme des tumeurs spongieuses ; enfin les hémorrhoïdes ne disparoissent pas aussitôt après l’accouchement comme les varices ; il y a au contraire des femmes qui n en sont affectées qu’à cette époque , après en avoir été exemptes pendant toute la grossesse ; c’est ce que nous avons eu occasion de remarquer nous -mêmes deux ou trois fois.

Les suites des hémorrhoïdes sont d’autant plus

des maladies des femmes. 425

fâcheuses , qu’elles sont plus anciennes , plus volumineuses, plus compliquées et plus mal traitées. On en a vu dégénérer en ulcères fistuleux , cancéreux , incurables. Le tenesme et les efforts de la femme pour satisfaire au besoin , quelquefois illusoire , d’aller à la garde-robe , peuvent aussi provoquer l’avortement , outre les accidens dont nous avons parlé ci-dessus. En général ces tumeurs ne nuisent point à la grossesse quand elles sont fluentes, pourvu que l’écoulement en soit modéré ; mais elles pourroient épuiser la femme , et causer la mort de l’enfant , si elles rendoient du sang à l’excès.

Le traitement des hémorrboïdes pendant la grossesse doit nécessairement varier suivant une foule de circonstances. Si c’est une maladie en quelque sorte constitutionnelle , et qui dépende de Petat pléthorique de l’individu , la saignée du bras et le régime délayant sont indiqués. Mais, si elle ne tient qu’à un simple engorgement des vaisseaux qui arrosent le rectum ou le fondement , l’application des sangsues suffit pour le dissiper. On conseille en même temps à la femme le repos du lit, et la situation horizontale sur l’un ou l’autre côté , afin de favoriser le retour du sang au cœur. Dans tous les cas , il faut avoir soin de tenir le ventre libre au moyen des lavemens; et, si la constipation étoit opiniâtre , on auroit recours à quelque relâchant , tel que le jus de pruneaux , la manne , la casse , les tamarins seuls, ou les sels neutres cathartiques.

Point de topiques astringens ou répercussifs sur les tumeurs hémorrhoïdales. Si elles sont douloureuses , on peut y appliquer quelque corps onctueux et anodin, tels que l’onguent populeum, le baume tranquille , la crème fraîche, le beurre , un mélange d’huile de camomille avec un jaune d’œuf. Certains praticiens conseillent aussi d’exposer les parties à la vapeur de l’eau chaude ; mais d’autres désapprouvent ce moyen, parce qu’en raréfiant le sang il dispose les tuniques des vaisseaux à se laisser distendre davantage ; ce qui doit augmenter la douleur. Les sangsues conviennent encore dans ce cas-là ; mais ce seroil une imprudence et une grande témérité que d’ouvrir les tumeurs sous prétexte d’en apaiser la douleur excessive. Antoine Petit assure que le pédicule prendroit alors un mauvais caractère , et pourroit dégénérer en fistule. Si elles s’ouvrent spontanément , on en bassine la plaie avec de l’oxycrat , du vinaigre , avec une décoction de rhubarbe, ou une dissolution de sulfate d’alumine , pour soutenir le ton des vaisseaux. Cette rupture n’arrive guère , à moins que les tumeurs ne soient très-volumineuses , compliquées de varices, ou comprimées par la tête de l’enfant pendant les efforts d’un pénible accouchement.

Lorsque les hémorrhoïdes sont internes et douloureuses , au lieu des topiques ci-dessus , on peut introduire dans le rectum des suppositoires avec le beurre de cacao qu’on enduit d’onguent populeum ;

on y injecte du lait tiède , ou une décoction de tètes de pavots ; on a soin de tenir le rectum vide ; et, si la diathèse hémorrhoïdale se complique avec l’atonie de cet intestin , on a recours aux lavemens avec l’eau froide , avec les dissolutions plus ou moins étendues de sulfate d’alumine ou de fer, d’acétate de plomb, etc. Si aucun de ces moyens n’arrêtoit le sang hémorrhoïdal , et que la femme parut trop s’affoiblir , on emploieroit le tampon de J. L. Petit; ou bien, à l’exemple du professeur Boyer, on bourreroit de charpie le cul de sac formé par un morceau de linge , dont le centre s’enfonceroit dans le rectum , et on le soutiendroit au moyen d’un bandage convenable.

Il est bien rare que pendant la grossesse le bourrelet hémorrhoïdal se gangrène , et oblige de recourir aux scarifications , ou qu’il dégénère en une masse spongieuse , fongueuse , squirrheuse , qu’on ne puisse plus résoudre , et dont l’extirpation soit nécessaire pour l’empêcher de passer à l’état carcinomateux. Les moyens ci-dessus, et un régime analogue aux circonstances où la femme se trouve , préviennent presque toujours des suites aussi dangereuses. En general , on ne voit guère d’hémorihoides, pendant la grossesse, qui ne disparoissent après l’accouchement.

De V (E dème ou infiltration des membres abdominaux.

Nous avons jugé à propos de ne pas séparer celle < maladie de celles qui affectent les organes de la circulation , à cause du rapport des vaisseaux lymphatiques avec les vaisseaux sanguins.

On est bien éloigné d’adopter aujourd’hui 1 opinion de Rodéric-à-Castro sur l’oedème des femmes grosses. Ce médecin pensoit que le sang menstruel de la mère , ne pouvant être absorbé par le fœtus , s’épanchoit dans le tissu cellulaire , et en produisoit l’infiltration, parce que le foie vers lequel il refluoit ne pouvoit l’élaborer. Mais il résulteroit de la qu on ne devroit jamais observer d’œdème chez les femmes qui conlinueroieut d’être réglées pendant leur grossesse , ce qui n’est point conforme à l’expérience.

11 en résulteroit encore que cette affection devroit commencer avec la grossesse , et diminuer ensuite à mesure que le fœtus se développeroit dans la matrice : autre conséquence non moins fausse et absurde que la première.

En général , la femme naturellement foible et lymphatique est la plus disposée à l’œdème des membres abdominaux , surtout quand elle mène une vie sédentaire ou inactive. Cependant la femme pléthorique et sanguine n’en est pas toujours exempte, surtout quand elle se nourrit mal , ou qu’elle est en

i proie à des affections morales tristes. Les coups ,

; les chutes , la frayeur, qui causent la mort du fœtus , produisent aussi cette espèce d’hydropisie. On l’ob- ] serve encore chez les individus scorbutiques ou cacochymes ; mais alors il est indépendant de la grossesse , pendant laquelle on ne peut l’attribuer qu’à la pression ou au poids de la matrice, qui empêche la lymphe de remonter des extrémités abdominales vers le canal thorachique. La compression de la veine-cave abdominale paroît être la cause immédiate de ce phénomène , d’après les expériences de Richard Lower, qui a déterminé artificiellement des épanchemens séreux en liant les veines. Ne seroit-il pas possible qu’il dépendît en partie de cette espèce de dégénérescence temporaire que la femme éprouve pendant la grossesse , lorsque les propriétés vitales semblent irradier et se concentrer vers la matrice aux dépens des autres organes ?

Quoi qu’il en soit, l’œdème des membres abdominaux se manifeste le plus ordinairement du septième au huitième mois de la grossesse , quelquefois même un peu plus tard. Il commence par les pieds et les jambes , gagne ensuite les cuisses , et s’étend souvent jusqu’aux aines et à la vulve , même à l’hypogastre , aux parois abdominales , à la face et aux membres thorachiques ; tantôt c’est une tumeur non circonscrite , plus ou moins étendue , indolente , dune couleur blanchâtre, male ou luisante, qui

augmente le soir et diminue le matin , et qui conserve plus ou moins de temps l’impression du doigt; tantôt au contraire cet engorgement est accompagné de douleur, de chaleur, même d’une légère rougeur, et d’une certaine rénitence qui l’empêche de céder au tact. De là deux sortes d’œdèmes, l’uu Monique , et l’autre tonique, selon que la femme est naturellement lymphatique et foible , ou sanguine et robuste.

Celte distinction est bien essentielle en pratique, pour éviter des méprises qui pourroient devenir préjudiciables. Du reste, l’œdème qui ne dépend que de la grossesse n’a rien de dangereux ; il se dissipe de lui-même immédiatement après l’accouchement ; mais il n’en est pas de même de celui qui se complique avec une fièvre adynamique ou quelque flegmasie abdominale. Lamotle assure n’avoir jamais vu périr les femmes enceintes , de cette maladie , à moins qu’elle ne fût occasionnée par des perles de sang considérables, ou par d’autres causes extraordinaires. Quant à l’étendue, l’œdème qui ne passe pas les jambes est de peu de conséquence ; mais celui qui atteint les parties génitales peut devenir incommode pour la mère , et même nuisible à l’enfant ; il est possible que la grossesse se complique alors avec l’hydropisie utérine. D’ailleurs l’accouchement peut être gêné ou retardé , quand les parties molles qui tapissent le bassin sont excessivement infiltrées. Nous avons assisté dans ses

couches une dame dont la vulve étoit si gonflée , qu’elle ne put permettre le passage de la tête de l’enfant lorsqu’elle fut descendue dans l’excavation ; il fallut avoir recours au forceps pour en surmonter la résistance.

L’œdème qui ne dépend point de la grossesse , mais d’un vice particulier de l’organisme , pe disparoît point après l’accouchement. On a vu alors des femmes tomber dans un tel état d’anasarque et même d’hydropisie , que leurs lochies se supprimoient sans qu’on pût en rappeler le cours. En pareil cas la mort étoit presque toujours inévitable.

Dans le traitement, il faut avoir égard à la constitution de l’individu, et à la nature de l’œdème. La saignée peut convenir aux femmes robustes et sanguines , dont les membres s’engorgent pendant la grossesse sans conserver l’impression du doigt , surtout lorsqu’elles éprouvent des vertiges , des bluettes, des étourdissemens , etc. , ou quelles ont reçu quelque coup. Stoll la recommandoit dans le premier cas, et Bâcher dans le second. Mais elle seroit contre-indiquée , si la prédominance du système lymphatique donnoit lieu à l’atonie et au relâchement de l’organisme. Il convieudroit peut-être mieux de pratiquer alors des lymphées ou des scarifications ; encore faudroit-il ne pas trop les multiplier, de crainte que la gangrène n’y déterminât des escarres.

Lorsque la lymphe s’épanche ou reste en stagnation dans les membres abdominaux , il faut lâcher

d'en rétablir le mouvement par de légères frictions avec un morceau de flanelle , par une position horizontale ; si. les parties sont trop engorgées , on y fait des lotions avec le vin aromatique ; on y applique des compresses trempées dans un mélange d’eau, d’esprit-de-vin et de sel ammoniac , ou bien on les soutient au moyen du bandage roulé.

Quelquefois la femme est constipée , ce qui ne contribue pas peu à retarder le retour de la lymphe vers le canal thorac.hique. On tient alors le ventre libre au moyen des lavemens ou des purgatifs légers, tels que la casse, la manne, la rhubarbe, etc.

Quand l’oedème des membres abdominaux dépend de quelque vice particulier , on adapte le régime et le traitement aux circonstances où la femme se trouve.

SECTION III

Des Maladies qui affectent la poitrine et les organes de la respiration pendant la grossesse.

Tout se lie et s’enchaîne dans l’organisme animal ; la vie n’est qu’un concours , une correspondance , ou plutôt une réciprocité d’actions et de réactions ; d’où il suit qu’un organe ou une fonction quelconque ne peut se déranger sans que les autres en souffrent. Voilà sans doute pourquoi les changemens que la circulation et la digestion éprouvent pendant la grossesse influent le plus souvent sur la respiration.

D’un autre côté , la matrice , qui se distend à < mesure que le fœtus se développe , empiète sur la capacité du thorax, et la rétrécit, soit qu elle refoule les intestins et le diaphragme ; soit qu’elle s’oppose à l’élévation des côtes auxquelles se fixent les muscles abdominaux ; soit enfin qu’en pressant l’aorte et ses principales branches elle fasse refluer une plus grande quantité de sang dans- les vaisseaux pulmonaires.

Quoi qu’il en soit, il se présente ici une nouvelle série d’affections non moins incommodes, et non moins importantes à connoître que les précédentes. Tantôt les femmes respirent avec difficulté, et sont comme dans un état d’angoisse et d’oppression ; tantôt elles toussent avec plus ou moins de violence , et courent même risque de faire faussecouche. Quelquefois elles rendent une plus ou moins grande quantité de sang par les voies aériennes ; souvent elles se plaignent de douleurs aux mamelles.

$■ Ier.

De la Dyspnée ou difficulté de respirer .

Il y a des femmes naturellement nerveuses qui respirent avec plus de difficulté qu’à l’ordinaire aussitôt qu’elles ont conçu : cela dépend alors d’un | état de spasme ou de resserrement produit par la sym- : pathie de la matrice avec tout l’organisme. D’autres n’éprouvent cette incommodité que vers le milieu de la grossesse ; et ce sont principalement celles

qui , douées cl’une constitution pléthorique ou sanguine, rendoient auparavant beaucoup de sang à chaque période menstruelle ; ou celles qui mènent une vie indolente , et se livrent à la bonne chère et aux plaisirs de la table. Enfin il n’y a presque pas de femme grosse dont la respiration ne soit plus ou moins gênée dans les derniers mois. C’est ce qu’on observe surtout vers la fin de la première grossesse , parce que les parois de l’abdomen offrent alors plus de résistance , et forcent la matrice de s’élever plus directement vers le diaphragme. Celte incommodité est encore d’autant plus fréquente, que la poitrine est plus mal conformée ou plus étroite , et le bassin moius évasé ; que la femme est plus sujette aux affections aiguës ou chroniques de la poitrine , telles que l’asthme , le catarrhe, les tubercules du poumon , la phthisie , l’hydrothorax , les anévrismes du cœur et des gros vaisseaux.

Il suit de là que la dyspnée ou difficulté de respirer chez les femmes grosses peut se diviser en idiopathique et en sympathique, selon qu’elle dépend d’une affection inhérente aux poumons ou à la poitrine , ou des cliangemens qui surviennent dans le système utérin. La première existe toujours avant la conception , et ne cesse point après l’accouchement ; la seconde au contraire ne s’observe que pendant la grossesse, et tient à l’état nerveux ou pléthorique de la femme , ou bien à la pression mécanique de la matrice. Ces considérations

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anamnestiques ou commémoratives sont bien essentielles pour établir le diagnostic , sans lequel la pratique est toujours incertaine.

Mais il ne faut point négliger pour cela les signes qui se déduisent de l’état présent ou actuel de la femme, de son tempérament, de l’époque de la gi ossesse , du volume de 1 abdomen , etc. ; ainsi la dyspnée purement nerveuse se reconnoît à l’absence de tout ce qui indique la pléthore ; elle est augmentée par tout ce qui indue sur la sensibilité , et le plus souvent elle disparoît vers le quatrième mois de la grossesse , époque où se manifeste au contraire la dyspnée qui dépend de congestion pulmonaire. Celle-ci est accompagnée de rougeur à la face , de fiequence et de dilatation dans le pouls, de pesanteui à la tête , d oppression ou de suffocation , quelquefois d hémoptysie ou de crachement de sang. Elle augmente après les repas, pendant l’exercice, et surtout lorsque la température du corps est plus elevée qu’à l’ordinaire.

La dyspnée nerveuse est plus incommode que dangereuse; d ailleurs elle est rarement continue, et elle ne dure presque jamais pendant toute la grossesse. Il n’en est pas de même de celle qui tient à la pléthore générale de l’individu , ou à la pléthore particulière de la poitrine; en un mot, à l’inégale distribution du sang ; elle augmente continuellement a mesure que la grossesse avance ; et , si l’on ne prend de^ précautions, elle peut être suivie des

plus funestes accidens, tels que la suflocauon , les coups de sang, l’apoplexie et la mort.

Une légère réflexion suffit aussi poui entrevoit la gravité et le danger de la dyspnée idiopathique produite par une maladie aiguë ou chronique de la poitrine , par une pleurésie ou uu catarrhe, par un

anévrysme du cœur ou de l’aorte, etc.

Ici le traitement consiste plus en préservatifs ou en remèdes de précaution qu’en moyens pharma-3 ceutiques. Comme la grossesse est un état qu on ne peut faire cesser à volonté , il ne s agit que d eu rendre le fardeau plus supportable. En conséquence la femme naturellement nerveuse , qui se plaint de gêne ou de conslriction spasmodique de la poitrine, doit se mettre à l’usage des caïmans et d un régime analogue. Quelle mange peu à la fois, et quelle évite surtout les alimens indigestes , les crudités , et en général les substances venteuses. La femme pléthorique doit être encore plus sévère pour son régime ; il faut qu’elle s’interdise tout excès ; les liqueurs spiritueuses , les lits trop mous , les appaitemens trop échauffés , les vêlemens trop serrés , les passions vives , lui sont également contraires , et peûvent lui devenir funestes. Si elle est menacée de suffocation, la saignée du bras est le meilleur et le seul moyen de prévenir cet accident. Elle ne doit jamais se coucher sans avoir la tête relevée, et

appuyée sur un oreiller.

La dyspnée idiopathique exige le même traite-

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ruent que les maladies aiguës ou chroniques de la poitrine dont elle dépend ; mais alors il ne faut jamais perdre de vue la grossesse qui exige les plus grands ménagemens.

De la Toux.

Les causes de cette affection sont les mêmes que celles de la précédente. Au commencement de la grossesse la femme tousse , parce que l’irritation spasmodique de l’utérus se communique aux organes de la respiration , ou parce que les flatuosités , qui gonflent l’estomac après de mauvaises digestions , le forcent de refouler le diaphragme , et de rétrécir la poitrine. A une époque plus avancée les poumons se gorgent de sang , parce que la progression de ce fluide est gênée dans les vaisseaux de l’abdomen ; ce qui donne encore lieu à la toux. Enfin dans les derniers mois la matrice s’élève jusqu’à l’épigastre, et détermine une sorte d’irritalion mécanique sur les viscères thorachiques.

Si 1 on ajoute à cela les catarrhes, ou les rhumes auxquels la femme est exposée après la conception , ainsi que les maladies organiques du cœur et des poumons , dont elle pouvoit être affectée antérieurement, on aura le tableau de toutes les causes qui peuvent provoquer la toux pendant la grossesse.

Ou conçoit donc maintenant ce que l’on doit

entendre par toux sympathique ou nerveuse , et par toux idiopathique ou catarrhale , etc. Dans 1 une les poumons ne sont aflectés ou irrités que d une manière secondaire ou consecutive , au heu que dans l’autre iis le sont primitivement.

La toux nerveuse n’est point humide , mais sèche ou sans expectoration , ce qui la distingue d’avec la toux catarrhale. Elle n’est point accompagnée de nausées , de dégoût , d’amertume à la bouche , ou d’autres symptômes gastriques , comme la toux qui provient de la flatulence de 1 estomac , ou d un embarras des premières voies.

Lorsque cette affection dépend de la pléthore ou congestion des poumons , le pouls est plus plein et; plus fort qu’à l’ordinaire ; la femme se plaint de maux de tête , de gene et d anxiété qui augmentent : au moindre mouvement, et surtout apres les repas, le visage est rouge et animé ; le sang coule quelquefois par le nez ou est rejeté par les bronches, signe qui mérite la plus sérieuse attention.

Notre objet n’est point de décrire les maladies organiques du cœur ou des poumons. Il nous suflit de faire observer quelles s’aggravent toujours pendant la grossesse. Cependant on a vu des femmes phthisiques se porter mieux en apparence , croire ■ même à une guérison radicale pendant le commencement de la grossesse : foible et courte illusion qui s’évanouit vers le quatrième ou le cinquième mois ! car alors la toux s’exaspère , la douleur s’irrite , et

D-ES MALADIES DES FEMMES. 4^7 la mort ne tarde pas à frapper sa victime après l'accouchement.

En général la toux qui complique la grossesse n’est jamais de bon augure, quelle qu’en soit la cause.

, Les secousses qu’elle imprime à toute 1 économie sont d’autant plus dangereuses, qu’elles sont plus i fréquentes. Elles peuvent interrompre le sommeil , i produire une irritation générale , même la fièvre ,

; la congestion cérébrale, des hémorrhagies, etc. On conçoit aussi que la femme court risque de faire fausse-couche, à cause de rébranlement qui se communique à la matrice par l’agitation du diaphragme et des muscles abdominaux ; désordre qui détermine presque toujours la rupture des adhérences utérines avec le placenta et les membranes.

Cependant toutes les espèces de toux ne sont pas également redoutables. Celle qui est purement nerveuse dure moins que les autres, et se dissipe le plus souvent d’elle-même; celle qui lient à la flatulence de l’estomac et de l’intestin n’a presque jamais lieu qu’après la digestion , surtout lorsque la femme fait usage de substances venteuses. L’une et l’autre sont moins à craindre que la toux produite par la congestion sanguine ou l’engorgement des poumons. Celle-ci peut être suivie des accidens les plus fâcheux , à moins qu’on n’y remédie à temps ; enfin la plus alarmante de toutes est celle qui dépend de vices organiques ou d’affections chroniques des poumons, ou des autres viscères thorachiques.

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