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Le traitement de la toux qui complique la grossesse exige beaucoup de précautions ; on doit toujours avoir égard aux causes qui la provoquent. Si la toux n’est que nerveuse , les anli-spasmodiques, secondés d’un régime adoucissant et de quelques pédiluves ou bains de jambes chauds , suffisent pour la calmer. Quand elle est opiniâtre, continue ou trop violente, on a recours à la saignée, après laquelle on insiste sur les moyens déjà indiqués. Mais ce genre d’évacuation n’est jamais plus nécessaire que pour dissiper la congestion pulmonaire , et pour en prévenir les suites fâcheuses. Les flatuosités intestinales ou stomacales cèdent aux toniques et aux amers, ainsi que la toux qui en dépend. Les affections catarrhales n’exigent que les adoucissans et les béclnques , comme hors le temps de la grossesse. Quelquefois la saignée peut devenir utile si la femme est robuste , et tourmentée d’une toux violente. Enfin , dans les maladies chroniques et invétérées de la poitrine , on ne peut employer que des palliatifs ; il est rare qu’on puisse compter alors sur le retour de la santé, surtout pendant la grossesse.
$• III
De V Hémoptysie chez les femmes grosses.
On donne le nom d’hémoptysie à l’expulsion ou crachement de sang qui vient de Farnère-bouche , des bronches ou des poumons.
Cette espèce d’hémorrhagie s’observe le plus
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fréquemment, pendant la grossese , chez la femme pléthorique ou sanguine , de même que chez celle qui est irritable ou nerveuse. Les individus lymphatiques ou robustes y sont peu sujets. On doit encore mettre au nombre xles causes prédisposantes la phthisie héréditaire , la mauvaise conformation de la poitrine , son aplatissement ou son rétrécissement , la gibbosité , la déviation de la colonne vertébrale , l’habitude de porter des vêlemens trop serrés, comme des buses, des corsets à baleine, etc.
Quant aux causes occasionnelles , elles tiennent toutes à la grossesse , pendant laquelle la matrice chargée du produit de la conception , se développe dans l’abdomen, et empiète même vers la fm sur la cavité du thorax. De là résulte la gêne de la circulation dans le bas-ventre , l’inégale distribution du sang, le refoulement de ce fluide vers la poitrine, l’engorgement, l’irritation des poumons, la toux plus ou moins opiniâtre , la rupture de quelques ramuscules des vaisseaux pulmonaires ou bronchiques ; en uu mot , l’hémorrhagie et l’expectoration du sang.
On reconnoit celte maladie à un sentiment continuel de chaleur ou d’ardeur , quelquefois à une espèce de constriction spasmodique , dont la femme se plaint durant la grossesse , le plus ordinairement vers le quatrième ou cinquième mois. Bientôt après elle ressent comme un goût de sel ou de sang dans 1 arriere-bouche ; enfin l’expectoration se manifeste,
et les crachais sont rosés ou sanguinolens cl écumeux. Cette excrétion augmente par l’exercice, apres le repas , par le séjour dans des lits trop chauds, et toutes les fois qu’une cause quelconque accélère la circulation ou progression des fluides.
C’est d’après l’ensemble de tous ces symptômes, et surtout d’après le tempérament et l’état actuel de la femme, qu’on distinguera l’hémoptysie d’avec l’hématémèse. Dans celle dernière maladie le sans
vient de l’estomac, et est rejeté par le vomissement.
Il est noirâtre , en grumeaux , et entremêlé de quelques restes d’alimens. Pour la sûreté du diagnostic , le médecin doit encore examiner si la toux et le s crachement de sang ne dépendent pas ou ne se compliquent pas de catarrhe, de pleurésie, de péripneumonie , de phthisie , d’hydrothorax , d’anévrysmes du cœur, etc.
Le danger que court la femme est relatif à la prédisposition antérieure , à sa constitution , à la forme de sa poitrine , aux maladies qu’elle a déjà essuyées. Dans ce cas-là l’hémoptysie s'aggrave par la continuité à mesure que la grossesse avance ; elle peut devenir funeste ou mortelle par les efforts de l’accouchement. Chambon rapporte l’avoir vue dégénérer en une phthisie incurable par rapport à la fièvre de lait et aux suites des couches. La femme qui fait le sujet de cette observation périt en peu de temps, pour avoir négligé un crachement de sang qui avoit commencé au septième mois de la grosse ssc.
Le traitement consiste ici à diminuer l’afflux du sang vers la poitrine , et à calmer l’irritation des poumons. On remplit le premier but par la saignée, qu’on réitère plus ou moins selon la constitution et la force de la femme. La crainte d’affoiblir le fœtus ne doit pas empêcher de recourir à ce moyen ; cor sous ce prétexte on risqueroit plutôt de le perdre , puisqu’on comprometlroit la vie de la mère. Mais il n’est pas toujours nécessaire d’ouvrir la veine du bras ; il suffit quelquefois d’appliquer des sangsues aux environs de la vulve, au fondement, ou bien au haut des cuisses.
On calme l’irritation des poumons en administrant à la femme les anti-spasmodiques , et même quelques préparations d’opium, dont l’efficacité est généralement reconnue pour arrêter les hémorrhagies. Ainsi, dans quelques onces d’eau de fleurs de tilleul, ou d’une infusion de feuilles d’oranger, on versera une once de sirop diacode ou de karabé, ou une trentaine de gouttes d’opium de Rousseau, et on fera prendre ce mélange à la malade par cuillerées. On secondera aussi l’effet de ces médicament par un régime convenable. On proscrira l’usage des toniques ou échauffans, et on se bornera aux aliment solides et liquides , les plus propres à modérer l’effervescence du sang. Les crèmes d’orge ou de riz, les viandes de jeunes animaux , le poisson de rivière , les (ruils d’été ou d’automne ; pour boisson, l’eau de veau ou de poulet légèrement nitrée, la décoction
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d’orge édulcorée avec le sirop de vinaigre , de groseilles , elc. ; le repos ou un exercice modéré pris matin et soir , la liberté des excrétions naturelles , la paix et la tranquillité de l ame : tels sont les moyens les plus propres à modérer l’hémoptysie, et à en prévenir la récidive.
De la Mastodynie ou douleur des mamelles.
Point de femme qui n’éprouve quelque changement aux mamelles pendant la grossesse : c est un fait qu’aucun praticien ne peut révoquer en doute. Mais à quelle cause faut-il l’attribuer ? Est-ce à la sympathie qui existe entre le sein et la matrice, sympathie que 1 observation atteste , et que ni 1 anatomie 111 la physiologie n ont encore demontiee . Est- ce au refoulement du sang vers les vaisseaux mammaires lorsqu’il ne peut circuler librement dans l’abdomen? Est- ce enfin à cette vigilance de la nature qui préside non-seulement a la formation du fœtus, mais qui pourvoit encore à la nourriture qu il doit trouver après sa naissance ?
Laissons toutes ces questions a la merci de ceux qui veulent tout comprendre et tout expliquer: conlens d’observer les phénomènes mammaires qui ont lieu pendant la grossesse , tâchons seulement de les exposer le plus fidèlement qu’il nous sera
possible.
D’abord il est certain que la femme nerveuse ou
irritable , aussitôt qu’elle a conçu , ressent diverses affections aux mamelles ; tantôt c est une espèce de prurit ou de légère démangeaison avec un gonflement plus ou moins considérable de ces organes ; tantôt c'est un sentiment de spasme ou de conslriclion qui s’étend vers les aisselles. Mais, à mesure que la grossesse avance, le sein devient plus volumineux et plus dur. Quelquefois la femme y éprouve des picotemens, delà tension , et même des douleurs intolérables.
En second lieu , la femme pléthorique ou sanguine est exposée aux mêmes affections ; mais elle les sent à un plus haut degré : on en a vu chez lesquelles les douleurs mammaires éloient si aiguës qu’elles produisoient de l’agitation , de l’insomnie, de la fièvre , du délire ; quelques-unes ont eu au sein des engorgemens ou de vrais phlegmons qui se sont terminés par la suppuration.
Le médecin que la femme consulte doit donc user ici de la plus grande attention. Qu’il examine d’abord si elle est réellement enceinte , ou si les maux qu’elle éprouve tiennent à une' suppression des règles. Est-elle douée d’un tempérament nerveux ou sanguin ? est-elle dans l’habitude de comprimer le sein avec des corsets ou autres instrumens de ce genre, pour l’empêcher de se développer ou pour en conserver la forme ?
C’est d’après toutes ces recherches qu’on peut reconnoîlre la véritable cause et le caractère des
douleurs mammaires , en prévoir lissue , et prescrire les médicamens convenables. Il est rare que celles qui existent immédiatement après la conception ne se dissipent pas d’elles-mêmes , ainsi que beaucoup d’autres légères incommodités. On observe, au contraire, que celles qui arrivent vers le milieu de la grossesse sont plus opiniâtres , et tourmentent davantage la malade.
En général , toutes les fois que les douleurs mammaires deviennent insupportables , et qu’elles troublent les fonctions de l’organisme, il faut nécessairement tâcher d’y remédier. Si la constitution de l’individu est excessivement nerveuse ou irri— t table , on a recours à une nourriture adoucissante ; . et, si elle ne suffit pas pour ramener le calme , on passe à l’usage des narcotiques à petite dose : ou j les donne à 1 intérieur dans quelque mixture , ou bien on les mêle avec des cataplasmes anodins qu on applique sur le sein.
Lorsque la mastodynie tient à la pléthore , soit parce que la femme est naturellement sanguine , . soit parce qu’elle a conçu au moment où elle étoit sur le point d’avoir ses règles , la saignée est indiquée ; on en seconde l'effet par le régime et par des lavemens rafraîchissans.
Dans tous les cas , c’est une bonne précaution que de garnir le sein d’une peau de cygne on d’un morceau d’ouate. Ces sortes de vêtemens sont préférables à tout autre topique , même aux cataplas-
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mes, et surtout aux corps huileux ou emplastiques. 11 est inutile de défendre ici le corset ou toute autre machine capable de conlondre et de meurtrir les mamelles. L’hygiène réprouve ces instrumens d’une coquetterie aussi dangereuse que mal entendue.
SECTION IV
Des Maladies qui affectent le cerveau ou V origine clés nerfs, et les fonctions qui en dépendent durant la grossesse .
Les trois principales fonctions de la vie organique , dont nous avons déjà parlé , ne sont presque jamais dérangées sans que le cerveau et les sens externes soient affectés en même temps ; c’est ainsi que le mal de tête survient , que le goût et l’odorat s’émoussent ou se dépravent, et que la vue se trouble , pendant les maladies des organes qui servent à la digestion. Le tact lui-même, quoique le plus universellement répandu , n’est pas toujours à l’abri d’altération , à la suite des secousses plus ou moins tumultueuses qui agitent l’organisme ; mais ce seroit nous écarter ici de notre plan que d’entrer dans le détail de toutes les maladies qui peuvent affecter l’origine des nerfs, elles fonctions qui en dépendent immédiatement. Nous allons donc nous borner à la céphalalgie ou mal de tête , à 1 agrypnie ou défaut de sommeil , et à quelques névroses de la vue, de l’ouïe , et de la locomotion
dont les femmes sont tourmentées pendant la grossesse. La principale cause de cçs affections paroît exister alors dans la sympathie de la matrice avec le cerveau , où le plus ingénieux et le plus celehre des physiologistes modernes a placé le centre de la vie animale.
$• Ier-
Des Névroses ophtllalmiques.
Ces sortes d’affections ne s’observent pas chez toutes les femmes , ni à la même époque de la grossesse ; elles se manifestent quelquefois immédiatement après la conception : ce qui indique alors qu’elles tiennent plutôt à quelque anomalie de la sensibilité qu’à toute autre cause. Mais le plus souvent les femmes ne se plaignent d’avoir la vue affectée qu’à une époque plus ou moins avancée de la grossesse ; c’est ordinairement lorsque le sang reflue vers la tête , parce qu’il circule avec peine dans les vaisseaux de l’abdomen. Cette dernière cause doit avoir heu principalement chez les femmes sanguines qui se livrent aux excès de la table, qui prennent des bains trop chauds , qui serrent beaucoup leurs vêtemens , qui ne modèrent pas leurs passions , etc.
On conçoit donc que les névroses oplithalmiques des femmes grosses peuvent être attribuées , soit a une extrême mobilité de la rétine , soit à un état de pléthore qui dilate les vaisseaux de cette expansion
nerveuse, ou y détermine de légères espèces d’ec- ■ chymoses ; de là l’interception ou la direction vicieuse des rayons lumineux et une infinité d’illusions optiques , telles que le vertige , où il semble à la femme que tous les objets tourneut devant ses yeux ; l’éblouissement , où l’excès de clarté l’empêche de rien distinguer ; la berlue , où elle croit voir des images fantastiques , des mouches , des guêpes ou d’autres insectes , des réseaux , des brouillards, des bluettes , des étincelles , etc. ; la diplop'ie , où les objets simples lui paroissent doubles , même multiples ; enfin , l’amaurose , où elle se croit dans les ténèbres , quoiqu’elle n’ait aucun vice dans les organes de la vue.
Dans la pratique , il ne faut rien faire sans avoir attentivement pesé les circonstances tant individuelles qu’hygiéniques où la femme se trouve. Estelle naturellement sensible , délicate , nerveuse ? habite-t-elle la ville ou la campagne ? est-elle sujette à l’hystérie ou à d’autres affections de ce genre? les organes de la vue sont-ils bien disposés ? quelle est l’époque de sa grossesse ? y a-t-il des signes de pléthore générale ou de congestion cérébrale ? On sait que cet état se manifeste ordinairement par la stupeur et l’assoupissement , par la turgescence du visage , par la rougeur et le gonflement des yeux , par la gene ou douleur qu’ils éprouvent en roulant dans les orbites , surtout lorsque la femme baisse la tête ou se couche en supination , lors qu’elle a bu ou