IV
J)e VAgrypnie ou défaut de sommeil.
Si l’ou en croit certains auteurs, cette affection dépend toujours d’un état de pléthore qui engorge lés vaisseaux céphaliques. Mais alors pourquoi la femme se plaint-elle assez souvent d’insomnie dès le commencement de la grossesse , époque où il n y a presque jamais de liquides superflus dans le système vasculaire ? D’où vient aussi qu’elle est toujours éveillée alors au lieu d etre assoupie ? 1 out porte donc à croire que Tagrypnie ou défaut de sommeil est le plus ordinairement une espèce de névrose , soit qu’elle tienne à l’inégale distribution du fluide nerveux, soit que la matrice irritée par le produit de la conception réagisse par sympathie sur le cerveau , et y détermine un excès de ton ou d’excitement, pour parler le langage de Culleu.
La vérité est que la femme naturellement ner-
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veuse est plus souvent privée de sommeil pendant la grossesse que la femme pléthorique et sanguine, à moins que celle-ci ne se livre a la bonne chère, ou ne mène une vie entièrement oisive ; encore a-t-on plus à redouter alors l’assoupissement ou les affections comateuses que l’insomnie , à cause de la compression du cerveau ou de l’origine des nerfs.
Quoi qu’il en soit, la femme qui 11e dort pas durant la grossesse est inquiété et de mauvaise humeur ; un rien l’émeut et l’irrite ; elle s’échauffe à la longue, et finit par être réellement malade. Les yeux étincelans ; la peau sèche , aride , brûlante ; le pouls plus ou moins vif et irrégulier ; les urines rouges et limpides, quelquefois légèrement briquetées -, le ventre resserré ; les mouvemens brusques et insolites de l’enfant ; tout annonce alors une agitation générale.
On ne sauroit doue faire trop d’attention à cet état. 11 faut d’abord examiner s’il est l’effet de la grossesse , ou s’il ne dépend pas de quelque cause différente ; et, pour cela, qu’on prenne tous les renseignemens nécessaires par rapport à l’âge , au tempérament , à la manière de vivre , et aux habitudes de la femme. C’est là le vrai moyen d’éviter ces honteuses méprises que commettent tant de gens de l’art, inconsidérés, en attaquant des indispositions dont ils ignorent souvent, la cause et la nature.
En général l’agrypuie des femmes grosses est peu fâcheuse quand elle est légère et de courte durée ,
comme cela arrive à celles qui oui nouvellement concu , et dont les incommodités diminuent à mesure que la grossesse avance. Mais il n en est pas de même lorsque le sommeil et le repos ont entièrement disparu , que tout le corps est agité , et que cet étal est permanent. Alors les femmes sont menacées des plus grands accidens , tels que les convulsions, l’hémorrhagie, l’avortement, etc.
Avaler un verre d’eau froide avaut de se mettre au lit , ou envelopper une main d’une serviette trempée dans ce même liquide, et dont un des bouts pend hors du lit; voilà, selon Denmann, de puissans somnifères. Mais dans quelles circonstances individuelles et hygiéniques étoient lés femmes qui en ont retiré tant d’avantages? C’est ce qu’on nous laisse ignorer. Loin d’imiter cette espèce de vague et d’incertitude , nous indiquerons un traitement plus méthodique et plus rationnel de l’agrypme. Cette affection est-elle modérée , et altaque-t-elle des femmes naturellement irritables, on a recours à quelques légers caïmans, tels que des pédiluves tièdes, des lavemens émolliens et anodins. On prescrit en même temps un régime adoucissant, d'où I on
bannit tous les excitans, comme les viandes fumées,
les vins capiteux , les liqueurs , le café , etc. On y admet au contraire tout ce qui peut relâcher les solides , et modérer l’effervescence des liquides ; par exemple, les fruits d’été, les viandes de jeunes animaux, etc. Si l’insomnie et l’agitation persévèrent
DES MALADIES DES FEMMES. /\5'J encore, ou prescrit à la femme quelques émulsions , avec le sirop diacode, de karabé, ou quelque autre hypnotique • on iusisle principalement sur 1 exercice modéré. Si la foiblesse se joint à l’irritabilité ou à la sensibilité nerveuse , on unit les toniques aux caïmans; c’est alors que les gouttes anodines et le laudanum liquide de Sydenham peuvent obtenir du succès , ainsi que les eaux martiales coupées avec le lait. La femme est-elle forte et robuste , offre- t-elle quelques signes de pléthore, onia saigne, et on la met à l’usage des délayans. On a soin entre autres choses d’éloigner de son lit tout ce qui pourroit en augmenter la mollesse et la chaleur , comme la laine, la plume et le duvet. Enfin, si la femme est constipée , on débarrasse l’intestin au moyen des lavemens, et ou tient désormais le ventre libre au moyen de quelques laxatifs. On se tromperoit donc bien grossièrement en n’attribuant la vertu somnifère qu’à un seul médicament ; elle appartient à tout ce qui peut éloigner ou détruire la cause de l’insomnie.
Des Névroses de la Locomotion.
Les muscles soumis à la volonté, qui sont les principaux organes de la locomotion , peuvent se mouvoir sans ordre, et tomber dans le relâchement d une maniéré plus ou moins tumultueuse , ou bien rester dans un état d’immobilité et de roidcur. C’est
là ce qui constitue les convulsions, la paralysie et le tétanos , maladies qui peuvent survenir pendant la grossesse , et que nous avons eu occasion d’observer.
La femme d’un artisan , née à la campagne , et mariée à Paris , d’un tempérament sanguin , mais très-irritable , devint enceinte pour la première fois à l’âge de vingt-quatre ans. Elle éprouva d’abord quelques maux d’estomac , et des envies de vomir qui se dissipèrent en peu de temps. Chaque mois, à l’époque où ses règles auroient dû couler, si elle n’avoit pas été enceinte , elle se plaignoit d’un engourdissement dans tous les membres, et de quelques soubresauts ou agitations involontaires durant la nuit. Vers le milieu de la grossesse les convulsions se déclarèrent tout-à-coup, et furent si violentes, qu’on pouvoit à peine la contenir pour 1 empecher de se blesser. On pratiqua une saignée qui ne produisit que peu de soulagement , et n’empêcha pas ce mouvement tumultueux de durer pendant trois ou quatre jours. On conseilla la sobriété, l’exercice, les bains tièdes et les délayans ; mais le mois suivant les convulsions revinrent avec la même violence , et eurent la même durée quoique la saignée eût été réitérée , et qu’on eût employé les anti-spasmodiques les plus puissans. Chaque époque correspondante à la période menstruelle fut ainsi marquée par la contraction et le relâchement alternatifs des muscles du tronc et des membres. La feinmç
DES MALADIES DES FEMMES/ 4^9 accoucha néanmoins vers Ja fin du neuvième mois d’un enfant mâle et très -bien constitué; mais le travail fut des plus orageux , et l’agitation surpassa toutes celles qui avoient précédé. Nous en avons donné la description, en parlant des convulsions, dans notre Cours théorique et pratique d’Accouchemens.
Nous avons vu ensuite , conjointement avec M. Carrère, chirurgien-accoucheur, demeurant rue de Hanovre, la femme d’un traiteur dont la moitié du visage fut frappée de paralysie au commencement du neuvième mois. Les paupières et tous les muscles de la joue gauche éloient dans le relâchement. Il en résultoit une telle distorsion de la bouche, que la parole étoit gênée, et moins distincte qu'à l’ordinaire. Celte femme éprouvoit aussi une telle perversion dans le goût, que toutes les substances placées sur sa langue, même le sel, le poivre et le vinaigre à haute dose , lui paroissoient douces comme du sucre ou du miel.
Une autre femme, âgée de dix-huit ans, naturellement délicate et très-nerveuse, fut saisie immédiatement après la conception d’une rigidité tétanique dans tous les muscles de la partie antérieure du tronc. Elle se courba peu à peu en devant, et se ploya en deux ; lorsqu’elle étoit couchée horizontalement sur le dos, ses genoux remonioient jusque vers la lele , qui se penchoit un peu sur la poitrine , et il etoit impossible de redresser ou
d’allonger les membres abdominaux. Celle altitude représentoit parfaitement ce que les auteurs désignent sous le nom d ’ emprostonos , ou de tétanos en devant. Du reste point de lièvre, ni d’autre incommodité ; toutes les fonctions de l’organisme, hormis la locomotion , étoient dans leur état d’intégrité. La femme fut obligée de garder le repos absolu jusqu’à la fin de sa grossesse. A cette époque elle se redressa insensiblement à mesure que le travail faisoit des progrès , et après la délivrance elle avoit repris son attitude naturelle. Ses couches furent heureuses et exemples d’accidens. L’enfant vécut, et se porta bien.
Ces trois observations prouvent bien quelle est l’influence du système utérin sur les organes de la locomotion pendant la grossesse , et quels sont les individus les plus sujets aux désordres qui en résultent. La première femme éloit naturellement robuste et sanguine, mais irritable, et la troisième très-nerveuse. L’une n’éprouva des convulsions que vers le milieu de la gestation, et les vit se renouveler ensuite tous les mois, surtout pendant l'accouchement ; l’autre se pelotonna ou se courba immédiatement après la conception , et fut clouée sur son lit par une rigidité tétanique , dont elle ne commença d’être délivrée que par les premières douleurs du travail. Quelle bizarrerie, et quelle irrégularité !
Ces deux exemples prouvent encore que les
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convulsions et le tétanos des femmes grosses, queln que violence qu’on leur suppose , offrent beaucoup moins de danger que ces mêmes affections lorsi qu’elles dépendent de certaines autres causes, n comme d’une plaie , d’une évacuation trop abondante, d’une lésion des nerfs, etc. Nous avons vud a que ni la grossesse, ni l’accouchement n’avoient été i‘ troublés dans leur marche , et que tout s’y étoit ü passé conformément au vœu de la nature.
Cependant gardons-nous de conclure qu’il faille c abandonner alors les femmes à leur propre sort. Ce ^ seroil peut-être le moyeu d’en laisser périr beaucoup il plus qu’on n’en sauveroit , ou de les exposer du il moins à faire fausse-couche. A la vérité, nous ne I croyons pas non plus qu’on doive trop multiplier il les remèdes, de crainte d’augmenter le trouble qui existe déjà dans les propriétés vitales du système musfl culaire. Le grand art consiste ici à n’employer que des moyens les plus analogues ou les plus conformes I aux indications qui se présentent. Ainsi qu’on I examine d’abord la constitution de l’individu, et i l’époque de sa grossesse. S’agit -t -il d’une femme i; naturellement robuste , pléthorique ou sauguine ; i quelle que soit l’époque de la grossesse où elle est > attaquée de convulsions, de spasme, de tétanos, etc. ; la prudence veut qu’on diminue la masse des liquides | par la saignée , pour prévenir une trop forte conges- >1 tion cérébrale. On prescrit ensuite les relâcbans et sj les délayans, tels que les bains lièdes, une nourriture
adoucissante , les fruits muqueux et légèrement acides, comme la groseille, la framboise , les oranges , etc. ; on tient le ventre libre au moyen des lavemens ; on évite la vie trop sédentaire, et surtout le repos dans des lits trop mous ou trop chauds ; on f Recommande un exercice modéré. Ce sont là les vrais caïmans sur lesquels il convient d insister ^principalement à l’approche des époques où les menstrues avoient coutume de couler avant la grossesse.
Mais ces moyens seroient loiu de produire les ' mêmes avantages chez les femmes délicates et sensibles. Il faudroit plutôt les fortifier pour prévenir les convulsions, et autres névroses de la locomotion. L'exercice leur seroit alors très-utile, ainsi que lafuite de tout ce qui pourroit leur causer de trop vives ; impressions. Dans les accès il faudroit avoir recours aux anti-spasmodiques, tels que l’eau de fleursd’oranger, l’éther, le musc, le castoreum, lassa-felida , le sirop diacode , et même l’extrait muqueux d’opiutn , dont on proportionneroit la dose à l’intensité et à l’opiniâtreté de la maladie ; toutefois , si ces médicamens ne produisoient aucun effet salutaire après un temps déterminé, il vaudroit mieux les discontinuer, et attendre l’événement, qui n'est pas toujours aussi fâcheux qu’on pourroit le penser.
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