VI
De quelques Névralgies ■.
Si l’on se rappelle que la matrice, eu se développant dans l’hypogastre, refoule, comprime et tiraille les parties circonvoisines , on aura nécessairement une idée de la cause mécanique ou matérielle qui doit irriter les nerfs contigus au bassin. Qu’on ajoute à cette cause la pléthore utérine ou l’afllux de liquides vers le système utérin, dont les propriétés vitales sont stimulées par le produit de la conception , on expliquera facilement quelques névralgies ou douleurs nerveuses qu’on observe pendant la grossesse.
i°. Des femmes, peu de temps après la conception , ou à une époque plus avancée , le plus souvent vers le troisième mois , quelquefois plus tard , se plaignent de douleurs des lombes ou des reins qui les engourdissent ou les rendent paresseuses , et les empêchent de se livrer à leurs occupations ordinaires. Ce sont de vraies névralgies qui dépendent soit de l’engorgement des vaisseaux spermatiques , soit du tiraillement des productions péritonéales qui assujettissent la matrice dans le bassin, soit de la compression des nerfs lombaires ou rénaux. On les distingue d’avec la néphrite aiguë ou chronique , et d avec toute autre affection des rems, parce que les fonctions de ces organes ne sont point dérangées ; les urines de la femme coulent avec facilité et sans douleur j elles ne sont entremêlées ni de sudat, ni
de gravier. Ou les distingue aussi d’avec le lumbago ou rhumatisme lombaire, parce que la femme meut librement le tronc, ce qu elle ne pourroil fane si les muscles des lombes étoienl enflammés, ou seulement endoloris. Les douleurs dont il est question ici s’annoncent par un sentiment de plénitude et de pesanteur qui n’est pas constant , qui augmente dans certaines attitudes, quand la femme mai che ou se lient long-temps debout , et qui diminue lorsqu’elle est couchée. La saignée et la sobriété dans le régime dissipent ordinairement cette incommodité quand elle tient à un état de pléthore partielle ou générale. Mais, si elle ne dépendoit que du tiraillement des ligamens et des nerfs, on auroit recours aux bains généraux ou de siège , aux lavemeus émolliens , et à tout ce qui pourroit favoriser la souplesse et le relâchement des annexes utérines. Le traitement doit donc varier ici suivant le tempérament de la femme et l’époque de la grossesse.
2°. C’est encore en considérant 1 origine et 1 insertion des ligamens ronds de la matrice , qu’on explique les douleurs des aines , du pubis et des grandes lèvres. L’autopsie ou l’ouverture des cadavres prouve que ces productions vasculo-uerveuses s’engorgent, et prennent nue apparence charnue au commencement de la grossesse , tandis qu à une époque plus avancée elles doivent être nécessairement tiraillées et comprimées , soit par le volume , soit par le poids de la matrice, qui s’incline en
devant. Dans ]e premier cas la saignée , et dans Je second les bains ou les fomentations émollientes, peuvent être utiles pour calmer ces sortes de névralgies. Mais, en général, il n’y a cpie la patience qui soulage de telles souffrances. Elles sont en quelque sorte nécessaires , ou inévitables , puisqu’elles tiennent aux changemens que la matrice éprouve durant la grossesse. Lorsqu’elles dépendent de l’obliquité antérieure de ce viscère, on peut y remédier en soutenant l’abdomen au moyen d’une ceinture élastique.
5°. La matrice, parvenue à un certain volume, comprime aussi les ramifications uerveuses que le plexus lombaire envoie aux parties antérieure et intei ue des cuisses. De la ces douleurs et ces crampes plus ou moins vives que la femme éprouve dès quelle veut marcher , lorsqu’elle fait quelque faux pas, et quelle reste trop long-temps à genoux; de là encore ces chutes plus ou moins fréquentes, et celte vacillation dans la marche, qu’on attribue mal à propos à la saillie de l’abdomen , et au déplacement du centre de gravité. Ces sortes d’incommodités ou d’accidens n’arrivent guère que vers les derniers mois de la grossesse, et n’exigent d’autre précaution que le repos et la position horizontale.
4°. Enfin , chez les femmes dont le bassin est naturellement très -évasé, la matrice descend de bonne heure dans 1 excavation du petit bassin , et y comprime les nerfs sacrés d’un côté, rarement de
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tous les deuxàla fois. Telle estla cause des crampes, des engourdissemens , enfin de la névralgie femoropoplitée qui tourmente les femmes a 1 approche du terme de la grossesse ,- et surtout pendant le travail de l’accouchement. On voit donc qu’il n’est pas au pouvoir de l’art de les faire cesser , et que les frictions qu’on pratique sur la cuisse servent tout au plus à distraire l’imagination, et ne produisent qu’un soulagement momentané.
SECTION Y
Des Maladies aiguës qui compliquent la grossesse.
O N donne ordinairement le nom de maladies aiguës à toutes celles qui parcourent leurs périodes en peu de temps , et menacent la vie des individus : telles sont toutes les fièvres continues et rémittentes , surtout les intermittentes ataxiques ou malignes ; on doit y joindre la plupart des flegmasies j cutanées , comme l’érysipèle , la petite-vérole confluente, la rougeole ; celles des membranes sei euses, comme la pleurésie, la péritonite, la frenesie ; celles j des organes parenchymateux, comme la péripneumonie , l’hépatite , la néphrite , la métrite ; enfin celles des membranes muqueuses, comme le catarrhe de la poitrine, la gastrite, 1 enterite, la dyssenterie. On assimile encore à ces maladies 1 apoplexie, ainsi que les convulsions et l’épilepsie, qui tiennent à des causes graves , et dont les accès reviennent fréquemment.
DES MALADIES DES FEMMES. /t6j On ne peut se dissimuler que la femme ne coure de grands risques pendant la grossesse , lorsqu’elle vient à êlre saisie de quelqu’une de ces maladies. Car, soit qu’elles attaquent la substance générale de l’individu, comme les fièvres, soit qu’elles se bornent à un seul organe ou à un seul système d’organes , comme les flegmasies, elles doivent nécessairement déranger les fonctions de l’organisme , et même altérer les forces vitales qu’elles exaltent, diminuent ou pervertissent. Or, comment le fœtus se conservera-l-il sain et sauf, et comment continuera-t-il de se développer dans la matrice au milieu de ces mouvemens plus ou moins tumultueux qui menacent la mere ? D ailleurs celle-ci pourra-t-elle lui pieparer et lui transmettre une nourriture suffisante, étant obligée de suivre elle-même un régime plus ou moins sévère , et de s’abstenir d’alimens pour ne pas aggraver son propre état ?
Aussi les médecins, dès la plus haute antiquité, avoient bien senti que les maladies aiguës n’éloient jamais de peu de conséquence pendant la grossesse ; ils croyoient qu’elles pouvoient toujours compromettre la vie de la mère et de l’enfant. Hippocrate dit formellement que toute maladie aiguë est mortelle pour les femmes grosses ; il ajoute que les fièvres qui les affoiblissent beaucoup sans cause manifeste, les exposent à des accouchemens difficiles et dangereux , ou à l’avortement ; qu’enfm les maladies compliquées de fièvre menacent d’abord
le fœtus à cause de la chaleur et de la putridité qui détruisent facilement sa frêle existence. Galien regardent aussi l’apoplexie et les convulsions comme mortelles chez les femmes enceintes ; et Levret,, parmi les modernes , assure que la dernière de ces maladies , quand elle est essentielle , est un des plus grands aecidens qui puissent arriver à la femme, quel que soit le terme de la grossesse. Ce célèbre accoucheur avoit observé que les convulsions provenant d’inanition étoient toujours mortelles.
Cependant quelque promptes et dangereuses que puissent être les maladies aiguës pendant la gros-
sesse , il faut convenir qu’il y a des femmes qui ont le bonheur d’en réchapper. Telle fut, au rapport d’Hippocrate , la femme d’Epicharmi , qui guérit d’une dysseniene aiguë ; telle fut aussi la treizième malade du premier Livre des Epidémies, qui habitoit sur le bord de la mer. Au troisième mois de sa grossesse elle fut attaquée d’une fièvre aiguë , avec aphonie ou perte de la parole, délire, convulsions, insomnie , et plusieurs autres symptômes du plus mauvais présage. Cette maladie se jugea néanmoins le quatorzième jour.
Vanswieten rapporte avoir guéri deux femmes, dont l’une fut atteinte d’une pleurésie au sixième mois de sa grossesse , et l’autre d’une fièvre aiguë , avec une douleur violente du côté gauche pendant le dernier mois. Elles accouchèrent ensuite toutes les deux d’enfans qui se portôient très-bien. Cm
pourroit citer encore plusieurs observations sem- , blables d’après le témoignage de Forestus, et d’autres i médecins. Nous avons vu nous-mêmes que les con- 1 vulsions et le tétanos n’étoient pas toujours suivis I de la mort , ni même de l’avortement. Enfin une
I femme, dont nous avons parlé dans notre Cours théorique et pratique d’Accouchemens , mit au monde un enfant très-sain pendant une attaque de carus ou d’apoplexie qui avoit succédé à de fortes convulsions. Elle revint ensuite de son assoupissement, et j ne couserva qu’une foible lésion de la mémoire pendant deux ou trois jours. La femme que Rigaudaux , chirurgien de Douai, accoucha, pour ainsi dire, sous le drap mortuaire, ne vivoit-elle pas encore avec son enfant trois années après cette opération?
Il ne faut donc pas toujours désespérer du salut des femmes affectées de maladies aiguës pendant leur grossesse ; on doit au contraire leur prodiguer tous les secours nécessaires , soit en excitant ou en modérant à propos les forces vitales , soit en les ramenant au type ou à l’état de régularité qui leur est propre. Pour cela il ne s’agit point de recourir aux ressources presque toujours perturbatrices d’une médecine trop active. Il suffit le plus souvent de s en tenir au rôle de simple spectateur, afin de saisir la véritable indication, ou du moins l’occasion d’être utile sans jamais nuire. En général le traitement est ici a peu près le même que dans tout autre cas, La prudence exige seulement qu’on ne perde point de
vue ]a grossesse , et qu’on ne fasse rien qui puisse en troubler ou interrompre le cours.
Que le médecin commence donc par régler le régime de la femme enceinte qui est attaquée de quelque maladie aiguë. Qu’il sache tenir un juste milieu entre une excessive prodigalité et une trop sévère parcimonie par rapport à la nourriture. Point d’alimens solides; quelques substances médicamenteuses suffisent , telles que les crèmes d’orge ou de riz , l’eau de veau ou de poulet , ainsi que les gelées animales et végétales. On aura égard, pour cela, au tempérament, à l’âge et à l’habitude de la femme, à l’époque de sa grossesse, à la nature , à la période et à la violence de la maladie, à la saison et à la constitution régnante. C’est d’après toutes ces considérations qu’on peut juger s’il faut accorder ou refuser de la nourriture , si les boissons doivent être toniques, débilitantes ou calmantes, laxatives ou délayantes , fades et insipides ou acidulés, froides ou chaudes, etc.
Quant aux médicamens , ou en déterminera l’espèce et la dose d’après les indications qui se présenteront. Ainsi la femme enceinte est- elle pléthorique ou sanguine ; la maladie dont elle est affectée offre-t-elle des symptômes inflammatoires ; a-t-on à redouter quelque congestion locale sur les organes essentiels à la vie , on prescrit la saignée, et on brave la sentence de l'oracle de Cos , qui menace de l’avortement toute femme grosse à qui
des maladies DES FEMMES. 47 ï
]’od ouvre la veine. Celle e'vacualion po.uvoit être dangereuse du temps des anciens, qui n’epargnoient peut-être pas assez le sang des malades ; Celse l’approuve néanmoins chez les femmes grosses quand elle est nécessaire et bien indiquée ; mais de nos jours on ne manqueroit certainement pas d autorités pour prouver qu’elle est de toute innocuité. Mauriceau rapporte que deux femmes furent saignées impunément, l’une quarante -huit fois, et l’autre quatre-vingt-dix fois pendant la grossesse pour une oppression de poitrine. Enfin Vanswielen n’obtint le double succès dont nous avons parle ci-dessus , qu’ après avoir combattu par la saignée une pleurésie qui compliquoit la grossesse. Cette évacuation n’est donc pas aussi redoutable qu’on pourroit l’imaginer d’après le témoignage d’Hippocrate. Le grand point est de n’en jamais abuser pendant la grossesse, ni dans toute autre circonstance.
Les anciens regardoient aussi le vomissement comme suspect et dangereux chez la femme grosse. Mais faut-il être étonné de letirs craintes à cet égard , quand ou sait qu’ils n’avoient pour le provoquer que des moyens infidèles ou violens, tels que l’euphorbe et l’ellébore? Les modernes ont appris à être bien moins timides , depuis qu’ils ont observé que des femmes vomissoient quelquefois naturellement , pendant les trois ou quatre premiers mois de leur grossesse, sans en éprouver le moindre accident. Aussi Stoll ne bulançoil-il jamais de donner l’émé-
tique aux femmes enceintes, toutes îes fois qu’elles éloienl affectées de quelque maladie aiguë qui se compliquent avec la saburre ou l’embarras des premières voies. Ce seroit doue sans raison qu’on attribueroit à ce médicament la propriété abortive, pourvu qu’on ne le manie point au hasard et sans précaution. Le moyen de l’administrer d’une manière sûre est d’avoir toujours égard aux contreindications ou aux circonstances qui doivent en interdire et eu modifier l’usage. Ainsi on ne fait jamais vomir une femme pléthorique, ou disposée à l’hémoptysie , sans l’avoir saignée auparavant , de crainte que les efforts et les secousses déterminées par l’émétique ne produisent la rupture des vaisseaux pulmonaires , un engorgement cérébral , ou l’apoplexie. Celle qui est dans un état d’érétlnsme ou d’irritation doit prendre avant, quelque boisson délayante, conformément au précepte d'Hippocrate, qui recommande de ne jamais purger les corps sans rendre la matière dont ils sont surchargés plus fluide et plus facile à émouvoir. Si la femme est affectée de quelque hernie, on lui recommande de ne point quitter le bandage pendant le vomissement ; enfin la foiblesse et la sensibilité excessive exigent qu’on combine l’émétique avec les toniques et les antispasmodiques. Quand il ne s’agit que d'évacuer l’estomac sans produire de violentes secousses, ni d’effet consécutif, on préfère l’ipécacuanha ou poudre de Brésil au tartrile antimomé de potasse.
( On n’oubliera point de donner une ample boisson à la femme, pendant l'action du vomitif, pour pré- > venir l’inflammation ou la déchirure de l’estomac ;
Iet , quand elle aura cessé de vomir, ou lui fera prendre quelques cuillerées d’une potion calmante pour remédier à l’ébranlement et à l’ agitation de l’organisme.
Les purgatifs exigent encore la même réserve ; on ne doit les administrer aux femmes enceintes qu’avec la plus grande précaution. Point de drastiques ou de résineux ; ils irrileroient trop le tube intestinal , et délermineroient des accidens , tels que la superpurgation, la dyssenlerie , l’entérite, la syncope , l’avortement ; ils pourroient même causer là mort, comme chez la femme d’Atimachus, qui, au rapport d Hippocrate , périt le même jour qu’elle fut purgee avec 1 élatérium. Il ne faut donc purger les femmes pendant la grossesse qu’avec des substances douces ou seulement minoralives; encore ne doit -on pas les leur donner sans nécessité, sans qu’il y ail des signes de turgescence, et sans
I rendre la matière plus fluide avant de l’évacuer. Or le pere de la medecine déclare qu’il est rarement necessaire de purger dans les maladies aiguës , surtout au commencement. Ce ne peut être qu’à la fin , lorsque la coction s’est opérée , et que la crise a lieu par les selles d’une manière mcomplèie ; car, si elle etoit louable , à quoi serviroient les purgatifs , sinon a troubler la nature , ou à produire quelque
rechute ? Il est inutile de réfuter ici les anciens qui proscrivoient les amers, tels que l’aloès et la rhubarbe , sous prétexte qu’ils faisoient périr le fœtus ; comme si l’amertume pouvoit parvenir de 1 intestin dans la matrice. C’étoit aussi sans aucun fondement qu’Hippocrate avoit borné l’usage des purgatifs entre le quatrième et le septième mois de la grossesse ; l’expérience a prouvé qu’ils convenoient avant et après cette époque, quand ils étoient bien indiqués.
SECTION VI
Des Maladies chroniques qui compliquent la grossesse.
Les affections auxquelles on a donné cette dénomination sont toutes celles qui parcourent leurs périodes avec plus ou moins de lenteur , et avec ou sans danger pour les individus. Tels sont, par exemple, la phthisie, 1 hydropisie , le cancer, les dartres, quelques ulcères , certaines lésions organiques , les anévrismes du cœur ou des gros vaisseaux , le scorbut , les scrophules , la siphihs ou maladie vénérienne, etc.
11 est de fait que ces maladies, quelque graves qu’elles soient, ne provoquent pas toujours 1 avortement; Mauriceau rapporte avoir assisté dans ses couches une femme hydropique depuis neuf ans, dont l’abdomen contenoit trente -deux pintes de liquide; ce qui ne l’empêcha pas de parvenir quatre
fois au ternie de sa grossesse , et de mettre au monde des enfans pleins de vie et de santé. Nous avons connu plusieurs dames , entre autres l’épouse d’un de nos confrères, qui ne laissèrent pas de devenir mères, quoiqu’elles fussent dans l’état de phthisie confirmée. On voit tous les jours des femmes accoucher naturellement , quoique souillées de virus siphilitique. Il y a quelques années qu’une malheureuse ouvrière vint se réfugier dans notre amphithéâtre, où elle se débarrassa très-heureusement , malgré un ulcère cancéreux et fort dégoûtant qui lui rongeoit le sein. Dans son enfauce , elle avoit été affectée de scrophules et de rachitis , dont il étoit resté des traces ineffaçables sur plusieurs parties de son corps. Si les annales de l’art sont fidèles , des femmes ont été affectées de squirrhe et d’hydropisie de l’un des ovaires , pendant près d’un demi-siècle , sans que ces dégénérescences organiques les aient empêchées de concevoir, de parcourir les différentes périodes de la grossesse , ni d’accoucher heureusement. Toutes les maladies chroniques des femmes ne s’opposent donc pas à la génération ; on en voit même peu qui soient mortelles pour la mère et pour l’enfant pendant la grossesse , et quelques-unes , telles que la phthisie , au lieu d’empirer alors , semblent au contraire faire des progrès vers la guérison ; du moins elles n’empêchent pas toujours le fœtus de parvenir aü terme de sa maturité. On a observé aussi plus d une fois que la conception , la grossesse et
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l'accouchement avoient guéri des maladies chroniques , soit du système utérin , soit de toute l'économie ; que de filles mal réglées , chlorotiques et réduites , pour ainsi dire , a l’elat de cachexie , n’ont -elles pas retrouvé la santé, la fraîcheur et l’embonpoint dans les liens du mariage et dans une heureuse fécondité !
Mais quelque salutaire que soit l’influence du système utérin sur l’organisme animal , et quelque avantageuse que puisse être la grossesse pour la guérison des maladies chroniques, il s en faut bien qu’on doive la regarder comme un remède souverain dans tous les cas. Comment auroit-elle la propriété de réparer la dégénérescence des organes , ou 1 altération notable des fonctions^essentielles à la vie? Pour quelques femmes délabrées , a qui la conception a offert une lueur d’espérance , on en compterait beaucoup dont la santé est devenue alors plus | chancelante; beaucoup plus encore qui ont suc-, . combé peu de temps après être accouchées. De ce nombre sont presque toutes celles que la phthisie dévore, et dont la grossesse ne semble exciter ou ranimer les forces vitales que pour les consumer plus vile. Telles sont aussi les femmes qui, après avoir traîné une vie languissante pendant plusieurs années , se croient affranchies de toute crainte , parce qu’elles sont devenues enceintes. Cette douce , mais foible illusion s’évanouit quelquefois avant la fin tle la grossesse; et, quand ces infortunées arrivent a
terme , elles périssent pour l’ordinaire des suites de couches ; on diroit alors qu’elles ne quittent la vie que pour la transmettre à l’enfant qui vient au monde, si toutefois il n’est pas enseveli dans le même tombeau.
Couchions donc qu’il seroit bien imprudent d$ livrer aux seules ressources de la nature les maladies chroniques dont la grossesse peut être compliquée. Il est, au contraire, indispensable de les traiter, pour les empêcher de nuire à la mère et à l’enfant, ou à l’un d’eux. A la vérité , l’état de grossesse s’oppose à l’administration de tout médicament âcre ou irritant , qui pourroil devenir abortif et même mortel pour la mère; mais il n’exclut pas du moins l’emploi des palliatifs qui peuvent rendre la maladie en quelque sorte stationnaire , ou l’empêcher de faire de nouveaux progrès , en attendant qu’on puisse l’attaquer de front et la dissiper lorsqu’elle n’est pas
(incurable. Ainsi , par exemple , dans le cas d’hydropisie , on se gardera bien de donner à la femme des 1 hydragogues ou apéritifs violeus , tels que les prépai rations de scille trop rapprochées et à trop haute dose, la résine de jalap, la scammonée, etc. Unmédecin prudent évitera toujours ce qui est incen-
Idiaire , et saura se borner à de légers diurétiques , comme à quelque boisson mirée , à quelques prises d eaux minérales ; il insistera principalement sur le régime et les alimens les plus analogues aux circonstances où la femme se trouve. Ce que nous
disons de l’hydropisie peut s’appliquer à toute autre maladie chronique durant la grossesse.
Une de ces affections qui mérite le plus d attention , et sur laquelle les médecins n’ont pas été toujours d’accord, est la siphilis, ou maladie vénérienne. L’expérience , quoi qu’en disent des écrivains systématiques, atteste quelle se communique à l’enfant, et le fait naître dans un état si chétif et si misérable , qu’on peut à peine espérer de le conserver. Son visage flétri , sa peau ridée, ses membres frêles et délicats , ses cris plaintifs , en un mot , tout son corps réduit à l’état de marasme , représentent moins les prémices et les grâces de l’enfance, que les traits de l’âge décrépit.
Quelques médecins , et notamment le docteur Doublet, avoient conseillé d’attendre jusqu’après raccouchement pour guérir la mère et l’enfant; d’autres , au contraire , parmi lesquels on remarque lej docteur Garnier, ont fait sentir 1 avantage du traitement anti-vénérien pendant la grossesse , et ces vues philantropiques sont adoptées aujourd hui de tous les praticiens. On administre donc le mercure aux femmes grosses, soit à l’extérieur, ou en frictions avec l’onguent napolitain ; soit à l’intérieur, sous forme liquide , comme dans la liqueur de Vanswieten , et sous forme pilulaire , avec le muriate de mercure suroxigéné , avec le muriate de mercure doux ; enfin seul ou combiné avec les sudorifiques, tels que la tisane de gayac et de salsepareille, ainsi
que le sirop composé avec celte dernière substance. Pour préparer les malades à l’usage de ce médicament, on leur fait prendre quelques bains, si cela est nécessaire ; mais on évite qu’ils soient trop chauds et trop fréquens , surtout si les individus sont foibles , de crainte de provoquer l’avortement. On peut empêcher aussi les frictions d’agir sur les nerfs , en associant deux scrupules de camphre à chaque once d’onguent ; si les dissolutions mercurielles agacent l’estomac et irritent la poitrine, on les donne dans un looch gommeux , dans un liquide mucilagineux. On peut consulter là dessus notre Tableau de la Maladie vénérienne , où nous avons exposé en détail les moyens de la traiter chez les femmes grosses.