‹ Traité des maladies des femmesChapitre 26 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des Maladies relatives à ï accouchement.

L’accouchement et le temps des couches s’étendent depuis le commencement du travail jusqu’aux relevailles de la femme. Ils comprennent donc, nonseulement l’expulsion du fœtus, mais encore la délivrance ou [expulsion de l’arrière-faix, et l’écoulement des lochies. Ce sont là trois fonctions, disons mieux , trois parties de la même fonction , dont le déi angement constitue autant de séries ou d’ordres de maladies.

Or, daus notre Cours théorique et pratique d’ac-

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couchemens , nous avons traité , i°. des divers accidens qui peuvent compliquer le travail, et rendre l’expulsion du foetus plus difficile ; ces accidens tiennent à la mère, à l’enfant, ou à tous les deux en même temps.

Ceux qui concernent la mère sont , outre la mauvaise conformation du bassin, l’hémorrhagie, les convulsions, la foiblesse ou l'épuisement de la femme , la lenteur ou la cessation des contractions utérines, les fausses douleurs, les hernies, l’obliquité dé la matrice , le resserrement spasmodique du col de ce viscère sur celui de l’enfaul, la constipation , la plénitude de la vessie , 1 obturation na turelle ou accidentelle., et plus ou moins completlé de l'orifice utérin , de la vulve et du vagin , par des tumeurs, par des cicatrices , même par des calculs urinaires ; enfin l’étroitesse du bassin , la rupture de la matrice , la grossesse extra-utérine , et la grossesse composée

Les accidens qui dépendent de 1 enfant sont, l’issue prématurée d’un bras, dune anse du cordon ombilical ; l’entortillemenl de ce dernier autour du col, son peu de longueur; la mauvaise situation de la tète ou du tronc ; l’enclavement au détroit supérieur, l’arrêt de la tête au passage ou au détroit inférieur ; le volume excessif des cavités

splanchniques , à cause de l’hydrocéphale , de l’hydrothorax ou de l’ascite; les monstruosités, la

délroncalion , le décollement.

DES MALADIES DES FEMMES. </J8 r

2°. II a été question des obstacles qui pouvoient troubler ou empêcher la délivrance, tels que l'hémorrhagie, la syncope, les convulsions, l’inertie utérine , les adhérences non naturelles du placenta , le chatonnement dé ce corps , son implantation sur le col de la matrice , le resserrement spasmodique de 1 orifice utérin, l’avortement , la grossesse composée.

3°. Nous avons aussi passé en revue les suites naturelles des couches, comme la foiblesse de la femme , les tranchées , la fièvre de lait et l’écoulement des lochies sanguinolentes, séreuses et puriformes. En un mot, nous avons exposé la physiologie et l’hygiène de la femme accouchée.

Il ne nous reste donc à parler ici que de quelques suites accidentelles des couches , ou de quelques maladies qui peuvent en prolonger la durée au-delà du terme ordinaire, et devenir plus ou moins sérieuses pour la femme. Ces maladies peuvent être idiopathiques ou sympathiques, locales ou générales , c est-à-dire , avoir leur siège soit dans le système utérin , soit dans tout autre système de l’organisme.

ARTICLE PREMIER

Des Maladies des Femmes en couches qui ont leur siège dans le système utérin.

La matrice et les organes circonvoisins, tels que la vessie et le rectum , sont d’autant plus comprimés

et froisses , que le travail de l’accoucliemet est plus long et plus difficile. Les désordres ou accidens qui peuvent en résulter , sont la contusion des parties génitales , la déchirure du perin.ee ou de la vulve , la rétention ou l’incontinence d’urine , la descente de matrice , le renversement de cet orgaue celui du vagin , la chute du rectum.

SECTION PREMIÈRE

De la contusion des Parties génitales.

Les causes qui prédisposent à cet accident tiennent à la disproportion du fœtus avec la filière du bassin. Or cette disproportion peut provenir, soit de l’étroitesse des deux détroits ou de l’excavation ; soit de la rigidité ou du défaut d’ouverture du col utérin , du vagin et de la vulve ; soit du volume excessif au fœtus, par exemple quaud il vient parles fesses ou en double , de l’enclavement de la tête ou de son arrêt . au passage , de sa mauvaise situation ou de sa mauvaise direction.

Les causes occasionnelles doivent en être attribuées à tout ce qui presse l’enfant, ou le force d’agir contre le bassin et les parties génitales : telles sont les contractions violentes de la matrice pour l’expulser , ou les efforts immodérés de l’accoucheur pour l’extraire. O11 doit ajouter à ces causes l’emploi du forceps ou d’autres instrumens , quand ils sont mal appliqués ou mal dirigés ; la manœuvre inconsidérée des matrones et de certains praticiens , qui

DES MALADIES DES FEMMES. ^85 ont la funeste démangeaison de toucher à tout instant la femme en travail , et même d’introduire le doigt et la main dans la vulve et le vagin , sous prétexte de préparer les voies. Ces imprudens et aveugles routiniers ne dessèchent-ils pas les parties génitales, et ne les privent-ils pas de celte humidité qui les lubréfie naturellement, et les dispose à livrer passage au produit de la conception ?

On reconnoît la contusion des parties génitales aux signes suivans : après l’accouchement, ces parties se gonflent , se tendent , s’échauffent, et deviennent douloureuses ; la couleur en est rouge , brune , livide, noirâtre, selon le degré ou la violence de l’inflammation qui en résulte. On remarque principalement ces phenomenes a 1 eiitree de la vulve , sur les parties latérales du vagin , sur le méat urinane et le canal de 1 urètre. Le clitoris, quoi qu’eu disent certains auteurs, paroît être à l’abri de toute contusion , parce qu’il se déjette en dehors ; mais il peut être affecté par sympathie.

Cette inflammation peut avoir des suites plus ou moins fâcheuses. Elle peut se terminer par résolution , quand elle est légère ; mais la suppuration, et meme la gangrène sont à craindre , quand la cause a été violente, et a fortement meurtri les parties; de là des abcès , même des escarres plus ou moins considérables; de là, des cicatrices plus ou moins difformes et irrégulières, qui agglutinent les lèvres de la vulve, rétrécissent le vagin, bouchent plus ou

moins complètement le col de la matrice, et l attachent quelquefois par des espèces de brides chai nues aux parties circonvoisiues.

On ne saurait donc prendre trop de précautions pour prévenir la contusion des organes génitaux, et pour y remédier quand elle est survenue. La science, l’adresse et la prudence de l’accoucheur en garantissent toujours la femme dans un accouchement naturel ; mais il n’en est pas de même lorsqu’il se sert de la main ou de quelque instrument pour venir au secours de la mère et de l’enfant ; alors cet accident est presque toujours inévitable.

Quant à ce qui concerne le traitement, Mauriceau , Clément et Antoine Petit faisoient appliquer une omelette avec de l’huile sur les parties qui avoient été contuses. Mais ce topique pouvoit avoir l’inconvénient de se rancir, et d’augmenter l’inflanij mation au lieu de la diminuer. Il vaut donc mien* recourir à d’autres émolliens beaucoup plus simples; tels que les cataplasmes avec la farine de graine oe lin , auxquels on ajoute quelques gouttes d acetilev de plomb liquide , et qu’on met entre deux linges. On peut aussi fomenter plusieurs fois le jour les parties affectées avec des décoctions mucilagineuses ; et, si l’on craint que le contact de l’urine ne les irrite, ou les recouvre d’un linge trempé dans quelque liquide légèrement onctueux, ou bien on les enduit de cérat. Quand les lochies sont supprimées , on dégorge le système utérin par l’application des sang

i sues à la vulve ; s’il y a de 1 erethisrue el de la fievre , i ou a recours à la saignée du bras.

Dans la seconde période le traitement varie selon i la terminaison de la maladie. On en favorise la résolution par de légers toniques, tels que le vin, l’infusion de safran , qu’on ajoute d abord aux émoi-» liens, et qu’on emploie ensuite seuls. Si les parties , suppurent, on continue les émolhens jusqu à la 1 formation complète du pus. On ouvre ensuite 1 ab- : cès par une incision longitudinale , et on soigne la I guérison pour l’empêcher de laisser des cicatrices ] difformes. On prévient alors l’agglutination de la vulve et le rétrécissement du vagin, en y plaçant des plumasseaux enduits de cérat pour en écarter les parois. Enfin, lorsque la gangrène , survient , on abandonne à la nature le soin de faire tomber les escarres. Point de scarifications ; il suffit de laver j plusieurs fois le jour les ulcères avec de l’eau-devie camphrée , jusqu’à ce qu’ils soient entièrement détergés.

SECTION II

De la déchirure des Parties génitales '.

Le frein de la vulve ou la commissure postérieure se déchire presque toujours dans les accouchemens même les plus naturels. Cette solution de coutinuiié peut s’étendre aussi au périnée , au sphincter de l’anus, et au rectum. Mais les lèvres., les nymphes et les autres parties conservent ordi-

nairement leur intégrité. On ne connoît qu’une circonstance rapportée par Péan où le clitoris ait cédé à la distension produite par un travail laborieux. Quant à la déchirure du corps et du col de la vessie , ainsi que de l’urètre , dont quelques auteurs ont parlé , on n’en conçoit guère la possibilité , à moins qu’elle ne soit produite par les aspérités desos du crâne , ou par des instrumens tranchans portés dans la matrice.

Quoi qu’il en soit , les femmes , dont la vulve est disproportionnée à la tête ou aux épaules du fœtus, sont les plus sujettes à celte espèce de délabrement. On l’observe surtout lorsque la matrice , par de brusques et violentes contractions, distend les parties génitales plus vite qu’elles ne peuvent céder, ou lorsque les instrumens dont on se sert pour en surmonter la rigidité n’agissent point avec celle lenteur dont la nature donne l’exemple.

La déchirure qui se borne à ce qu’on nomme vulgairement et d’une manière assez impropre la fourchette, n’a jamais des suites fâcheuses, et ne tarde pas long-temps à se cicatriser. La nature guérit aussi quelquefois la division partielle et totale du périnée. Mais il n’en est pas ainsi de celle qui intéresse le sphincter de l’anus et le rectum, ou qui confond la vulve et le fondement en une seule ouverture. Celle infirmité , outre quelle rend la femme dégoûtante et presque insupportable à ellemême , l’expose encore à d’autres accideus, tels que

DES MALADIES DES FEMMES. 4^7 la chute ou renversement du vagin, Ja difficulté ou l'impossibilité de retenir les excrémens, etc.; cependant il semble que le sphincter, après avoir été déchiré , peut se réunir aux parties voisines , et s’opposer aux déjections involontaires , comme on le voit dans le cas de fistule , où ce muscle est divisé par le syringotome. Il peut arriver aussi qu’il ne soit pas totalement déchiré , et que les fibres qui sont restées intactes, acquièrent à la longue assez de ressort pour retenir les matières stcrcorales qu’elles avoient d’abord laissé couler involontairement. Peutêtre même que dans ce cas-là il n’y a eu qu’une atonie ou paralysie de ce muscle , q^i reprend ensuite sa tonicité. C’est ce dont il faudroit s’assurer pour le pronostic.

En exposant la théorie et la pratique des accouchemens, nous avons indiqué les moyens de prévenir l’accident qui nous occupe. Il ne s’agit que de ralentir ou de modérer le travail quand il est trop prompt , de soutenir le périnée quand la tête ou les épaules traversent la vulve , et de ne point mettre sa gloire dans la précipitation, quand on a recours au forceps ou au crochet.

Le traitement consiste ici en fort peu de chose. Situer la femme de manière que les lèvres de la plaie soient en contact, et à l’abri de l’écoulement locliial ; voila ce qui favorise le plus la cicatrisation. Qu on place donc la femme sur le côté, et qu’on tienne ses cuisses rapprochées l’une de l’autre ; celle

précaution nous paroît préférable aux bandelettes . agglutinatives , qui ne tiennent que foiblemenl , et à la suture du périnée , à laquelle peu de femmes voudroient se soumettre. On rapporte néanmoins deux exemples de guérison par ce dernier moyen. Le premier est extrait des Mélanges de Chirurgie/ publiés par Saucerote. Une femme, en accouchant naturellement, éprouva dans la cloison recto-vaginale une déchirure qui laissoit passer une partie des excrémens dans le vagin , tandis que l’autre continuoit de sortir par l’anus , dont le sphincter étoit intact. Le praticien déjà cité, plaça d’abord six points de suivre à surjet sur les bords de la plaie; mais des épreintes vives , l’expulsion de quelques matières dures, et peut-être aussi la résistance du sphincter, firent sauter les trois points inférieurs. Saucerote , loin de se laisser décourager par cet accident, rétablit les points de suture qui avoient manqué , en prenant la précaution d’entretenir la liberté du ventre , et de diviser le sphincter. Cette opération fut couronnée de succès.

Le second exemple est consigné dans le septième volume du Recueil périodique de la Société de Médecine de Paris. M. Noël y rapporte avoir remédié par la suture non-seulement à une déchirure complète et ancienne du périnée , mais encore à celle du sphincter de l’anus et de la cloison rectovaginale. Il raviva d’abord la plaie du périnée, comme on le fait dans l’ opération du bec-de-lièvre; il

plaça ensuite quelques épingles, qu’il assujettit avec I du fil entrelacé. Quant à la cloison recto-vaginale, il se contenta de l’enflammer en y donnant plusieurs ( petits coups de ciseaux. Celte dernière précaution : et le succès qui en résulta ne prouveroient-ils pas que la nature pourroit suffire pour réunir nonseulement les déchirures du sphincter de l’anus, mais encore celles du rectum.

SECTION ni.

De la rétention d’urine.

La contusion des parties génitales, soit qu’elle tienne à la disproportion de l’enfant avec le bassin , soit qu’elle reconnoisse pour cause l’introduction souvent répétée de la maiu ou des instrumens dans la matrice, peut être suivie d’une inflammation plus ou moins violente. On conçoit donc facilement que, si cette espèce de violence a lieu sur le col de la vessie, ou sur le canal de l’urètre, il peut en résulter une rétention d urine.

La femme se plaint alors d’une douleur fixe , et plus ou moins aiguë , à la partie supérieure du vagin ; l’urine ne coule plus, et ce liquide, s’accumulant dans la vessie , en distend les parois, soulève l’hypogasire , et y forme une tumeur plus ou moins saillante ; on y sent quelquefois de la fluctuation.

Cet accident se reconnoît après l’accouchement a la cause qui a précédé , aux efforts le plus souvent inutiles que fait la femme pour rendre l’urine , à la

saillie plus ou moins douloureuse de l’hypogastre , et à quelques gouttes de liquide qui s’écoulent, non i sans causer beaucoup de douleur, en passant sur les parties irritées et enflammées ; symptômes qui j sont ordinairement connus sous les noms d’ischurie, de straugurie et de dysurie. Quelquefois aussi la vessie trop distendue , et entièrement privée de sa contractilité, se vide en partie par regorgement.

Avec une légère attention on distinguera donc toujours la rétention d’urine inflammatoire ou par excès d’irritation, d’avec celle qui est due à l’atonie, ou à la paralysie de la vessie. On ne la confondra pas non plus avec la suppression d’urine qu on observe quelquefois chez les femmes hystériques , et qui dépend du spasme des reins , des urétères , etc. ; celle-ci s’annonce par une douleur et une pesanteur dans l’hypogastre , qui simulent quelquefois 1 inflammation de la vessie , ou la presence d un calcul dans ce viscère.

Il peut arriver que l’irritation et l’inflammation se communiquent aux parties circonvoisines , et quelquefois aux viscères de l’abdomen ; alors la fièvre s’allume, et la femme succombe à celte complication de maux ; ou bien la vessie distendue audelà de son extensibilité naturelle se crève , et se dégorge par des ouvertures qui restent plus ou moins de temps fistuleuses.

Il importe donc beaucoup de prendre les plus promptes mesures pour prévenir de tels désordres.

Qu’on ne manque jamais de recourir aux fomentations émollientes, aux bains et aux demi -bains; qu’on applique des cataplasmes adoucissans sur le périnée ; si l’inflammation ne cède point à ces topiques, qu’on tâche de dégorger les parties affectées ail moyen des sangsues ; et si la fièvre devient sérieuse, qu’on la combatte par des saignées générales plus ou moins répétées. Cependant, lorsque l’urine tarde trop à s’écouler, on lui ouvre une issue avec la sonde, qu’on laisse à demeure jusqu’à la guérison, en ayant soin toutefois de la retirer de temps en temps pour la nettoyer. Dans le cas où aucun de ces moyens ne seroit efficace , il resteroit encore une ressource ; ce seroit la ponction de la vessie.

SECTION IV

De r ncontinence d'urine.

L incontinence d’urine n’est autre chose qu’un écoulement continuel ou intermittent , mais involontaire , de ce liquide excrémeulitiel. Cet accident lient pour l’ordinaire à la paralysie ou à la déclii-

Irure , soit du corps , soit du col de la vessie ou du canal de 1 uretre. On en trouve la cause immédiate dans les manœuvres plus ou moins violentes qu’on est quelquefois oblige d exercer, pour terminer 1 accouchement : par exemple , quand on introduit plusieurs fois la main ou des instrumens tranchans dans le vagin et dans la matrice, quand on pratique la section de la symphyse interpubienne , la cépha-

latomie et l’embryulkie sans précaution et sans méthode \ qui peut alors préserver les organes uri- . naires contigus au bassin de la compression , de l'inflammation , et même de la gangrène? Qui peut les, ( mettre à l’abri des esquilles ou des aspérités osseuses, lorsqu’on met la tête du fœtus en éclats, ou qu’on en arrache le tronc par lambeaux ?

Cependant l’incontinence d’urine est plus ou moins fâcheuse , et plus ou moins difficile à guérir , suivant la cause qui l’a produite , et suivant le déla- ^ brement des organes urinaires. Si elle ne tient qu à l’atonie du col delà vessie , elle peut durer plus ou moins de temps , un mois, même un an entier ; cela dépend de la plus ou moins grande contusion des parties ; mais elle guérit à la longue , soit par l’usage des fomentations émollientes , qu’on continue jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de douleurs ni d irritation ; I soit par l’injection de quelques liqueurs aromati— • I ques, ou bien des eaux de Barèges , auxquelles on substitue la dissolution de sulfate acidulé d alumine et de potasse , ou celle de sulfate de fer , dès que les lochies ont cessé de couler. Pour tenir ces sortes de lotions le plus long temps possible eu contact avec les parties affectées , on soulevé le bassin, ou bien 011 ferme la vulve.

L’incontinence d’urine, qui tient à une fistule, ou à la chute d’une escarre gangréneuse , offre plus ou moins de ressources suivant le lieu où se trouve l’ouverture. Lorsque le canal de l’urètre est seul

intéressé, l’introduction d’une sonde suffit pour rétablir le cours naturel de 1 urine , et pour cicatriser la plaie , à moins qu elle ne soit ancienne ; dans ce cas-là , on est souvent obligé de recourir au caustique, pour en rafraîchir les bords , et y déterminer une inflammation adliésive. La déchirure existe-telle au sphincter, on peut encore espérer d’en obtenir la guérison au moyen de la sonde , quand elle est récente; mais elle est incurable quand elle est ancienne ou qu’elle s’étend au corps de la vessie, parce qu’alors l’urine, qui coule continuellement sur les parties divisées, eu empêche la réunion.

Une précaution très-essentielle dans le traitement des fistules urinaires , à la suite des accouchemens laborieux, est de prévenir l’accumulation de l’urine dans la vessie. On tiendra donc toujours la sonde ouverte au commencement , pour favoriser la libre excrétion de ce liquide , et on ne la fermera que lorsque la guérison sera avancée, afin d’accoutumer peu à peu la femme à garder l’urine. Ou aura même soin, à celte époque, de la déboucher de temps en temps, et de ne jamais la refermer brusquement, de crainte de rompre la cicatrice encore mal affermie.

section v .

Du renversement de matrice.

La matrice est renversée lorsqu’elle est retournée sur elle-même comme un doigt de gant. Dans cet

étal , la face muqueuse de ce viscère , devenue externe , fait saillie dans le vagin , tandis que sa face péritonéale , devenue interne , présente une cavité dont l’ouverture répond à l’abdomen.

Celte espèce de déplacement n’est pas toujours complète. On y remarque, au contraire, le plus souvent , diff'érens degrés ou différentes nuances ; tantôt c’est le fond seul de la matrice qui s’affaisse ou se déprime; tantôt il passe à travers l’ouverture de son col, et se fait sentir dans le vagin ; quelquefois enfin il s’échappe hors de la vulve , et descend juscju’enire les cuisses de la femme. De là trois variétés de renversement, que Leroux, de Dijon, a désignées sous les noms de simple dépression du fond de la matrice , de renversement incomplet , et de renversement complet de cet organe.

Les causes de cet accident peuvent se diviser en prédisposantes et en occasionnelles. Les premières ne sont autre chose que certaines conditions sans lesquelles il ne peut jamais y avoir de renversement de matrice. Ces conditions se réduisent à trois, savoir, au développement de cet organe, à la dilatation de son orifice , et à l’atonie ou flaccidité de ses parois. Les causes occasionnelles sont toutes les puissances capables de pousser ou d’entraîner le fond de la matrice à travers son col : telles sont la pesanteur des parois utérines , surtout lorsque le placenta y est encore attaché ; les contractions simultanées du diaphragme et des muscles abdominaux ,

lorsque la femme se livre à des efforts violens et i répétés , pour expulser le fœtus ou le délivre , surtout lorsqu’elle se tient debout pendant celle opération; les tractions immodérées sur le cordon om- ; bilical, avant que le placenta soit décollé , où quand il est trop adhérent à la matrice ; le tiraillement coni tinuel exercé par un polype utérin sur le lieu où son s pédicule est fixé.

Il suit de là que le renversement de la matrice paroît absolument impossible , quand elle est saine et dans l’état de vacuité ; car alors ce viscère n’est point développé, son col est serré, et son orifice fermé ; enfin ses parois présentent une contexture trop solide et trop épaisse pour céder à l’action des causes occasionnelles , quelque puissantes qu’elles soient ; celles-ci viendroient plutôt à bout de précipiter la matrice hors de la vulve , que de la renverser, ou seulement d’en déprimer le fond.

iOn voit donc maintenant ce qu’il faut penser de cei tains auteurs qui rapportent avoir vu des exemples de renversement utérin chez des filles ou femmes dont la matrice ne présentoit aucune des conditions > nécessaires pour cet accident. N’est-il pas vraisemil blable que, dans quelques cas, ils auront pris un polype pour une matrice renversée ? D’ailleurs , en li admettant que le renversement fût réel , ne pouvoiti il pas être alors l'effet d’un accouchement clan- I destin . Car on sait combien ces sortes de scènes,

’ qu on veut dérober au public , sont plus fécondes ei

accidens que celles qu’on n’a point iniérêtde cacher. Enfin le renversement ne pourroit-il pas tenir quelquefois à un vice de conformation , comme Baudclocque l’a présumé au sujet d'une fille de quinze ans chez laquelle il croyoit l’avoir observé ?

Ajoutons aussi qu’aucune raison ne sauroit faire attribuer le renversement de matrice à l’embonpoint excessif de la femme , comme Puzos l’avoit dit dans un de ses Mémoires; ni à la pesanteur des viscères abdominaux sur le fond de l’utérus, comme Vigaroux l’a imaginé ; ni à une perle ou hémorrhagie habituelle, comme l’ont cru Sabatier et Leblanc, chirurgien d’Orléans , à moins que dans ce dernier cas la matrice n’eût été préalablement distendue par une congestion de sang.

Les circonstances qui favorisent le plus le renversement de la matrice , sont donc toutes celles où cet organe se développe et acquiert plus de volume qu’à l’ordinaire , comme la grossesse vraie , lorsque un ou plusieurs fœtus eu occupent la cavité ; ou la grossesse apparente , lorsqu’une môle , de l’equ , des hydalidcs , de l’air , un polype ou du sang en ont plus ou moins écarté et aminci les parois.

Il résulte de là, que les femmes ne sont jamais plus fréquemment exposées à cette maladie , qu’après un avortement ou un accouchement à terme , et après l’expulsion des matières qui s’étoient engendrées ou accumulées dans la cavité de la matrice. Elles ont d’autant plus à craindre alors le renversement de ce

viscère , qui se débarrasse avec plus de vitesse du produit de la conception ou de l’arrière-faix, surtout s’il reste immédiatement après dans un état d’inertie et de mollesse.

D’après ces principes, il est facile d’expliquer pourquoi et de quelle manière le renversement de matrice est tantôt brusque ou instantané , et tantôt lent ou progressif; pourquoi il est plus ou moins complet, et pourquoi il arrive plus tôt ou plus tard après l'accouchement et la délivrance. Cela dépend de la nature des causes , et de leur manière d’agir. Ainsi on observe que le renversement s’opère avec plus de lenteur par l’issue progressive d’un polype , que par l’expulsion ou l’extraction du fœtus et de ses annexes.

S’il faut en croire quelques observations de Baudelocque , la matrice peut ne se renverser complètement que plusieurs heures, et meme plusieurs jours après l’accouchement et la délivrance ; mais cela ne suppose-t-il pas qu elle s’étoit déjà renversée d’une manière incomplète? A la vérité, M. Ané rapporte aussi avoir trouvé cet organe complètement renversé à la suite d’une perte effrayante qui survint douze jours après la délivrance, quoiqu’il n’y eût point eu de renversement incomplet. Mais nous avons déjà fait observer que les efforts de la matrice pour expulser le sang qui pouvoit s’y être coagule , suflisoient pour rendre raison de cet événement fâcheux .

Après avoir exposé les causes du renverserueni de matrice , tachons d’en décrire aussi les phénomènes avec le plus de méthode qu il nous sera possible.

i°. Quand il n’y a qu’une simple dépression , la matrice présente vers 1 hypogastre une espece de cul-de-lampe plus ou moins évasé , dont la main peut facilement mesurer la profondeur , à moins que la femme ne soit hydropique ou trop grasse. Le bord en est dur, solide , et comme tranchant; il paroît aussi plus élevé du côté du pubis que du coté du sacrum, ou d une fosse iliaque a 1 autre, selon que la dépression a lieu vers les faces anterieure , postérieure, ou latérales de l’organe. Si l’on touche la femme dans ce cas-là, le doigt indicateur, porté dans la matrice , en trouve le fond ou 1 une des parois déprimée , et plus ou moins rapprochée de l’orifice. Les accidens généraux ne sont alors que.de fort peu de conséquence ; la femme ne se plaint que de quelques douleurs sourdes vers les lombes , dn tiraillemens dans le creux de 1 estomac , et de distension dans l'intérieur du bassin. Nous avons vu néanmoins une fois la simple dépression du fond de la matrice, suivie d’une hémorrhagie assez considérable chez une femme excessivement lymphatique ; elle étoit accouchée naturellement depuis vingt-quatre heures, et avoit eu l'imprudence de marcher nu-pieds sur le carreau jusqu’à la croisée, pour voir ce qui se passoit dehors.

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2°. Dans le cas de renversement incomplet, la fosse , ou cul-de-lampe , formée par la matrice vers l’hypogastre, est moins évasée que dans la simple dépression ; l’ouverture en est plus étroite , et la main n’eü peut plus sonder la profondeur. Le doigt , introduit dans l’orifice de la matrice , y découvre une tumeur hémisphérique plus ou moins grosse ; elle est entourée d’un bourrelet plus ou moins épais , formé par le col de l’organe , à travers lequel elle semble sortir. Si le placenta est encore adhérent, il s’engage plus ou moins dans Je vagin , où il paroît plus solide qu’à l’ordinaire. Lorsque la maladie est parvenue à ce second degré, la femme est plus tourmentée de douleurs , et plus exposée à des hémorrhagies que dans le premier cas.

5°. Enfin, lorsque la matrice est complètement renversée , la tumeur qu’elle forme remplit le vagin sans franchir la vulve , ou pend entre les cuisses. Dans le premier cas , si la femme est maigre , la main appliquée sur l’hypogastre distingue encore , à travers les enveloppes abdominales , le col de la matrice renversée, mais sans ouverture ni éva- ' sentent ; elle y sent aussi un corps rond , et d’une solidité moyenne , qui dépasse assez le niveau des os pubis, pour faire croire qu’il n’v a pas de renversement , si l’on n’est appelé que dans celte occasion. Mais le doigt indicateur, introduit dans le vagin, y découvre une tumeur de forme

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conique, entouré^ d’un bourrelet plus ou moins épais, et occupant la cavité pelvienne : de là résulte la compression de la vessie , ou de l’urètre et du rectum , ainsi que la difficulté d uriner et d aller à la garde-robe.

Si la matrice renversée a franchi la vulve , elle pend entre les cuisses sous la forme d’une tumeur pyriforme et rougeâtre , d’où suintent des mucosités sanguinolentes. Alors la cavité pelvienne est vide , et la main placée sur l’hypogastre n’y découvre plus de tumeur. Lorsque la matrice s’est renversée brusquement , la malade se plaint de tiraillemens et de douleurs déchirantes , comme si on lui arrachoit les viscères du bas-ventre ; elle éprouve des syncopes ou des convulsions , dont la fréquence et la durée sont effrayantes ; phénomènes qui se. ralentissent néanmoins , et deviennent moins insupportables , si l’on repousse la matrice dans le vagin , et si on l’y soutient jusqu’à ce qu’on puisse en opérer la réduction.

Mais quelque précis que soient les symptômes qui caractérisent le renversement de matrice , on ’ peut cependant s’y méprendre quelquefois dans la pratique , et confondre cet accident avec une chute de cet organe , ou avec un polype qui sort de sa cavité. Le diagnostic mérite donc ici la plus sérieuse attention .

D’abord on distinguera toujours sans difficulté le renversement d’avec la descente de la matrice : car,

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dans le premier cas , on trouve clans le vagin une tumeur pyriforme , ou plus grosse en bas qu’en baut ; elle est très-sensible , à moins que le renversement ne soit chronique ou ancien. La partie supérieure, qui est la plus grêle, est entourée d’un bourrelet, formé par le col utérin , et sous lequel le doigt ne peut parcourir qu’un sillon ou fossé peu profond. Au contraire , dans le cas de relâchement ou de chute de üiatrice , le doigt rencontre dans le vagin ou hors de la vulve un corps plus large en haut qu’en bas , et peu sensible , à moins qu’il n’ait été déjà irrité ; la partie supérieure en est bordée d’un cul-de-sac qui n’est que le fond du vagin , et la partie inférieure offre une ouverture qui n’est autre chose que l’orifice de l’utérus. D’ailleurs, les accidens généraux qui accompagnent ou suivent la chute de la matrice ne sont ni aussi nombreux , ni aussi graves que ceux de son renversement.

Quant à la différence du polype utérin avec la matrice renversée , elle est plus ou moins facile à saisir , suivant les circonstances. Si le renversement est incomplet, ou même complet, on le distingue toujours d’avec le polype, parce que l’un est sensible et douloureux, tandis que 1 autre ne l’est pas, à moins qu il n ait été irrité par des altouchemens indiscrets. A la vérité, dans ces deux maladies, on rencontre avec le doigt une tumeur pyriforme, entourée du col utérin; mais le pédicule du polype est plus grêle et pl us long que celui de la matrice renversée.

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et celle-ci peut être ordinairement réduite , au lieu que la réduction de celui-là est impossible.

Les auteurs parlent de polypes , qui , après avoir compliqué la grossesse , pourroient sortir de la matrice immédiatement après l’expulsion du fœtus ou du délivre , et faire croire au renversement de cet organe ; mais dans ces cas-là , ne suffiroit-il pas de faire attention à l’insensibilité et à l’irréductibilité de ces tumeurs fongueuses, pour éviter toute espèce de méprise à leur égard ?

La difficulté sembleroit être un peu plus grande , si , comme Denmann assure l’avoir observé , un polype utérin enlraînoit le fond de la matrice, où il seroil implanté, et, en produisoit le renversement. Mais alors on trouveroit avec le doigt deux tumeurs pyriformes , dont l’une , insensible ou indolente , seroit fixée par son pédicule sur la base de l’autre , qui seroit sensible et douloureuse. La première appartiendroit au polype, et la seconde à la matrice plus ou moins renversée.

Enfin le cas le plus épineux seroit celui où le

renversement complet auroit duré depuis plusieurs années, comme Baudèlocque dit l’avoir rencontré chez plusieurs femmes dont la matrice avoit été prise pour un polype. Ce qui peut causer alors la méprise , dit l’auteur , c’est que cet orgaue rentre dans le bassin après quelque temps, pèse moins sur le périnée , perd insensiblement de son volume , et se réduit même au-dessous de celui

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qu’il auroit, s’il n’éloit pas renversé; il diminue aussi de longueur , et semble rentrer dans son col à mesure que le renversement s’invétère ; le col | embrasse plus exactement le pédicule de la tumeur ; il devient plus mou, plus flasque; sa cavité oflre plus de profondeur, et le doigt y pénètre plus aisément; joint à cela, que la tumeur perd beaucoup de sa sensibilité, quand elle reste long-temps sans être réduite. Cependant on peut encore alors se mettre à l’abri de l’erreur, si l’on redouble d’attention ; car le pédicule du polype , toujours plus long et plus grêle, est entouré d’un bourrelet plus saillaut que la matrice renversée. Dans le premier cas, le doigt qui parcourt la tumeur de la base au sommet trouve une gaine ou un sillon plus profond que dans le dernier. Si c’est un polype, la main qui palpe î’bypogastre ressent encore la matrice au-dessus du pubis, à moins que la femme n’ait trop d’embonpoint , ou que le fond de cet organe n’ait été entraîné par la tumeur, dont le pédicule s’y implante ; au contraire , lorsque le renversement complet dure depuis nombre d’années , on ne découvre rien dans 1 hypogaslre , quoique la femme soit, pour l’ordinaire, très-maigre. On ne sent que l’épaisseur des parois abdominales entre le doigt indicateur d’une main, et la face palmaire de l’autre.

En général, la maladie qui nous occupe est d’autant plus ou moins dangereuse, qu’elle existe à un plus ou moins grand degré. Lorsqu’il n’y a qu’une

simple dépression , ou un renversement incomplet de matrice, non-seulement les suites n’en sont presque jamais redoutables , mais l’observation atteste encore qu’on peut en espérer la réduction spontanée, même plus d’un mois après l’accident. En effet , tant que le fond de cet organe n’a pas franchi le col , ou conçoit qu’il peut être repoussé ou replacé à sa hauteur naturelle par les efforts de la portion qui n’a pas été renversée. D’ailleurs les fibres de la portion qui se déprime , venant à recouvrer leur contractilité , doivent aussi tendre à se redresser ou à se relever jusqu’à leur entière réduction. Mais il n’en est pas de même lorsque le poids de l’arrière-faix , ou l’impulsion des muscles et des viscères abdominaux , ou les tractions exercées sur le cordon ombilical , ont précipité la plus grande partie du corps de la matrice dans le vagin : alors la portion renversée , loin de se réduire elle-meme , semble, au contraire , devoir entraîner ce qui reste encore au-dessus de l’orifice , et rendre le renversement plus complet.

On peut diviser les accidens qui compliquent le renversement de motrice , en primitifs et en consécutifs. Les premiers arrivent aussitôt que le fond de l’organe vient à se déprimer ; tels que l’hémorrhagie ou l’écoulement de matières muqueuses , des douleurs dans la région des lombes, des tiraillemens dans î’hypogastre et la cavité pelvienne , des tranchées , des syncopes, des convulsions, des nausées, des

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vomissemens , le hoquet , etc. Les accidens consecutifs, qui se manifestent plus tard , sont 1 étranglement de la portion renversée , par le cercle de l'orifice quelle a franchi; l’engorgement, 1 inflammation , et même la gangrène , qui en résultent, surtout après de violentes, mais inutiles manœuvres pour opérer la réduction. Il est possible encore qu’une anse d’intestin s’insinue dans la cavité de la matrice renversée , et qu’elle s’y étrangle , lorsque l’embouchure vient à se resserrer ; ce qui doit avoir les suites les plus déplorables , comme des coliques atroces , le boursouflement de l’abdomen, et tous les symptômes de l’entérite la plus aiguë.

Cependant il s’en faut bien que tous ces phénomènes soient aussi fréquens et aussi daugereux qu’on pourroit le croire. L'expérience atteste que l’hémorrhagie est un des plus communs et des plus redoutables; elle suit toujours l’inertie de la matrice , et a pour cause le décollement total ou partiel du placenta. Quoiqu’elle diminue à mesure que l’organe se contracte , il est rare qu’elle cesse entièrement dans les premiers jours , ou bien elle ne disparoît que pour recommencer, quelque temps après ; en sorte que la femme , dont le renversement utérin n’a pas été réduit de bonne heure, est sujette à des pertes fréquentes de sang ou de mucosités qui finissent par la conduire au tombeau , après l’avoir fait passer par tous les degrés de la

loiblesse et du marasme. Plusieurs ouvertures de cadavres ont prouve à Leroux , de Dijon , que les écoulemens habituels des femmes, après leurs couches , n’ètoient entretenus que par une dépression méconnue de la matrice ; or, comme cette espèce d’incommôdité résiste à toutes les ressources de l’art , on a cru devoir mettre en question , si l’on ne devroit pas alors conseiller à la femme de recourir aux jouissances vénériennes, pourvu qu’elle pût les supporter sans aggraver l’hémorrhagie dout elle est affectée. Ce qu’il y a de certain , c’est que le fœtus, en se développant dans la matrice après la conception , devroit nécessairement relever le fond de l’organe déprimé. D’un autre côté , une observation communiquée à Baudelocque par M. Chevreul, médecin d’Angers , sembleroit indiquer la possibilité de la conception par l’une des trompes , dont les extrémités utérines s’ouvriroient dans le vagin. Mais ces sortes de faits ne sont-ils pas trop extraordinaires et trop rares pour servir de base à des règles pratiques? D’ailleurs, comment concilier 1 usage même le plus modéré des droits conjugaux avec la position des femmes dont la matrice est renversée ou simplement déprimée?

Celte maladie , de quelle manière qn’on l’envisage , est donc toujours très-grave. Mais elle n’est pas essentiellement mortelle, quoi qu’en disent certains auteurs qui en ont exagéré les dangers. Deumann rapporte que des femmes ont joui d uuc bonne saule ,

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: malgré ]e renversement de leur matrice , et Baudelocque assure que l’ hémorrhagie dont cet accident : est accompagné, n’est alarmante qu’autant qu’elle est entretenue par l’inertie et la flaccidité de l’organe.

! Aucune des femmes chez qui il en a observé le renversement , n’a perdu au-delà de deux à trois palettes de sang dans le premier moment.

Réduire la matrice à son état naturel, et en prévenir le renversement ultérieur , telles sont les indi-

Î cations qui se présentent pour venir au secours des femmes affligées de cette maladie. On place d’abord la malade en supination , la tête un peu relevée par un oreiller , et les membres abdominaux à demi fléchis. On porte ensuite une main sur l’hypogastre, pour fixer la matrice, et en soutenir le col à travers ■ lequel l’autre main, introduite dans le vagin, doit , faire repasser la portion renversée quelle refoule. Ces deux mains agissent ainsi d’une manière simultanée , et se prêtent un mutuel secours; celle qui : est placée à l’extérieur empêche l’autre de tirailler J et de déchirer 1 union de la matrice avec le vaeiu ,

la vessie et le rectum.

Le moment le plus favorable pour opérer la réduction de la matrice est celui où elle vient de se renverser. Qu’on y procède donc sur-le-champ, ou du moins aussitôt qu’on est appelé. Pour peu que 1 on diftère , on manque l’occasion qui ne reparoîlra 1 peut-être plus, ou qui sera moins opportune ; car le tissu de l’organe s’engorge, s’épaissit, et même

s enflamme sous les contractions du col qui l’entoure. Dès lors il faut nécessairement renoncer à toute tentative, ou s’exposer avoir expirer la femme victime des efforts violens qu’on feroit pour la guérir.

Loin d’insister sur la nécessité de réduire la matrice qui s’est engorgée et enflammée , il faut au contraire combattre cette complication par des saignées plus ou moins répétées , par des fomentations et des injections émollientes , par des bains ou demi-bains. Mais le calme rétabli, la douleur dissipée , et les parties devenues plus souples , on réitère les tentatives, qui sont alors plus efficaces. M. Ané, au rapport de Baudelocque, a pu réduire la matrice chez la femme d’un vigneron de Ruel huit jours après l’accouchement. Quelques heures, meme quelques jours de retard, ne doivent donc pas toujours faire désespérer du succès. Cependant, si, après la chute des accidens , l’orifice de l’utérus étrangle et comprime encore la partie du corps qui s’y est engagé , au point d’en rendre la réduction impossible , il faut se contenter de la soutenir au moyen d’un pessaire pour en empêcher le renversement complet.

Qu’on se garde bien d’envelopper ses doigts avec des bandelettes de linge fin , comme des accoucheurs l’ont conseillé , sous prétexte de ménager la matrice. Outre que la main nue , quand elle est bien dirigée, ne sauroit endommager cet organe, elle est

des maladies des femmes. * 5og

I encore , de l’avis de tons les bons praticiens , le meilleur de tous les inslrumens, et même le seul qui puisse instruire des progrès de la réduction à mesure quelle s’opère. Il suffit donc de l’oindre d’huile ou de graisse avant de l’ introduire dans le vagin .

Lorsque la matrice n’est que déprimée , la réduction spontanée en est presque toujours possible , i surtout après la délivrance ; car alors l’arrière-faix ne tendant plus à l’entraîner par son poids, les fibres utérines se redressent avec plus de facilité dés qu’elles viennent à recouvrer leur énergie , et à se contracter ; d’où il suit que les plus légères tractions sur le cordon ombilical coutrediroient nécessairement les efforts salutaires de la nature.

Dans le cas de dépression considérable, ou de renversement incomplet , on repousse la portion déprimée ou renversée , même avec le placenta, s’il est encore adhérent, et on laisse quelque temps la main dans la cavité de cet organe pour en solliciter les contractions. Mais, quand les parois utérines offrent assez de solidité pour s’opposer à un nouveau renversement, on procède à la délivrance suivant la méthode ordinaire.

Pour faciliter la réduction de la matrice complètement renversée, on en diminue d’abord le volume eu décollant le placenta, supposé qu’il soit encore adhèrent ; on fait aussi rentrer cet organe dans le vagin, quand il a franchi la vulve. Ensuite on

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