‹ Traité des maladies des femmesChapitre 3 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

P artager la peine et le plaisir de l’homme dont elle est la teudre et fidelle compagne ; lui donner pour successeurs et pour héritiers des enfans qu’elle conçoit et porte neuf mois dans son sein , pour les nourrir encore de son lait après leur naissance : telles sont les nobles attributions de la femme , et les importantes fonctions qu’elle est destinée à remplir sur la terre. Ce n’est donc pas sans raison que cet être sensible, et pour ainsi dire créateur de notre espèce, a fixé de tout temps l’attention du naturaliste , commandé l’admiration du philosophe , et excité l’enthousiasme du poète. Mais, si le- sexe a de quoi nous intéresser sous le double rapport de la société qu’il embellit , et de la régénération à laquelle il a tant de part, quel sujet de tristesse et de méditation n’offret-il pas à l’ame compatissante qui envisage les dangers dont il est environné aux différentes époques de la vie ! n

La femme est à peine sortie de l’enfance, ce temps

de foîblesse et de pleurs; à peine commence-t-elle de connoître le prix de la santé, de briller des charmes de la jeunesse et de goûter les plaisirs si naturels à cet âge , qu'elle se voit périodiquement menacée de perdre chaque mois tous ces précieux avantages. Devient-elle mère, antre source d’alarmes et de douleurs. Incertitude de la conception, fardeau plus ou moins incommode de la grossesse , travail de l’enfantement, suites des couches, soins de l’alaitement et de l’éducation ; quel enchaînement de circonstances Capables -d’influer sur .la santé de là femme ! de combien d’épreuves , de fatigues et d’angoisses ne payera-t-elle pas les douceurs de la fécondité! Enfin, arrivée à cette époque de la vie, qu’on appelle si justement l’âge critique, elle ne peut cesser d’être sujette au flux périodique des règles, sans être en butte à de nouveaux orages. Falloit-il donc qu’avec de si brillantes prérogatives la plus belle et la plus intéressante moitié de l’espèce humaine fût asservie à tant de misères ! falloit-il qu’elle ne fût, pour parler le langage d’Hippocrate, qu’un foyer d’infirmités et de douleurs !

Nous n’entreprendrons point ici de décrire toutes les maladies auxquelles la femme est naturellement exposée. Il en est un très-grand nombre qui lui sont communes avec l’homme, et qui rentrent par conséquent dans le domaine de la mcdecme generale. Mais il en est aussi beaucoup d’autres qui lui appartiennent exclusivement , parce quelles affectent

les organes qui lui sont propres , ou les fonctions auxquelles ces organes sont destinés. Ce sera donc à ces dernières que nous bornerons notre travail et nos recherches. Les lésions du système utérin et des organes mammaires, ou bien les maladies qui ont rapport à la menstruation , à la génération et à la lactation ; voilà en précis le plan que nous suivrons dans ce Traite. Mais avant de considérer la femme malade et d’indiquer le traitement qui lui convient, jetons un coup -d’oeil rapide sur son état physiologique, sur la menstruation dont la période revient chaque mois, et sur les principales règles d’hygiène qu’elle doit observer pour veiller à sa conservation. Ce préliminaire nous paroit d autant plus avantageux , qu’il nous aidera, pour ainsi dire, à fixer la ligne de démarcation où finit la santé des femmes et où leurs maladies commencent.

ARTICLE PREMIER

, Ee l Etat physiologique de la Femme.

Voulez -vous connoître et approfondir l’état physiologique de la femme? Voulez-vous avoir une idée de sa constitution ? Comparez-la avec l’homme. Un tel rapprochement entre ces deux individus de la même espèce fera ressortir une foule de diffé- 1 euces relatives a 1 organisation , au tempérament et aux fonctions de la vie : différences quiontété d’abord établies par la nature , et que l’éducation a entretenues et fortifiées dans la suite.

Quand on étudie les divers systèmes qui forment le corps de la femme , on y aperçoit partout à peu près les mêmes organes que dans celui de l’homme. Mais que de nuances quant à leur structure , à letir forme et à leur volume !

Les os de la femme , en général , sont plus Lianes , plus petits , plus légers , plus humides et plus huileux ; on y observe des saillies moins âpres , des engrenures moins avancées , des gouttières et. des dépressions moins profondes. Les os longs sont plus grêles et moins compactes ; les os courts , plus spongieux ; les os plats, moins épais et moins larges.

Le squelette de la femme présente moins d’étendue que celui de l’homme dans toutes ses dimensions. La boîte osseuse du crâne est moins volumineuse , la colonne vertébrale plus grêle ; le thorax a plus de capacité d’avant en arrière qu’en travers et de bas en haut ; il est moins alongé que dans l’homme , mais plus élevé par rapport à la longueur totale de l’individu. Les clavicules et les cotes sont plus aplaties • celles-ci forment des demi-courbes moins obliques ou plus horizontales , et donnent ainsi plus d’élévation et de convexité au sternum. Le bassin est plus large et plus évasé ; il y a plus d’écartement entre les os des iles ou des branches et entre les trochanters : disposition admirable qui influe sur la marche , mais qui rend la grossesse moins incommode et l’accouchement plus facile.

Les cartilages, les ligamens et tous les tissus blancs

df,s mai.adxes des FEMMES-.' 5

de la femme sont plus extensibles et moins élastiques ; ils n’acquièrent jamais , ou que fort rarement. , cette dureté qui les solidifie , ou les fait passer à l’état osseux chez l’homme ; de là plus de flexibilité, de souplesse et de mobilité dans les articulations de la femme.

La fibre musculaire et tendineuse est plus molle, plus ténue et plus pâle ; aussi les muscles sont -ils plus petits, moins vigoureux et moins rouges; les tendons moins compactes, plus grêles et plus foiblement implantés sur les os.

Le système vasculaire de la femme offre plus de mollesse et de ténuité ; ce qui fait peut-être qu’il est moins sujet à l’obturation et à l’ossification. On observe surtout que les vaisseaux qui vont se distribuer au bassin et aux organes de la génération, ont plus de calibre et d’extensibilité.

Les nerfs sont plus déliés et moins solides, ce qui doit les rendre plus sujets à l’ébranlement et à l’agitation.

Combien n’observe- 1 -on pas encore de différences entre les deux sexes , relativement au système splanchnique! La pulpe cérébrale est moins dense et moins volumineuse que chez l’homme ; les poumons sont moins rouges et moins fermes , le cœur plus petit et plus mou , les viscères abdominaux moins gros , l’estomac moins ample , l'intestin plus grêle et plus étroit.

Le tissu cellulaire est plus graisseux , plus lâche

et plus abondaut chez la femme ; il domine surtout vers la poitrine et le bassin , où il forme ces contours moëlleux qui vont se perdre avec tant de grâce le long des cuisses et des bras. Partout il remplit les interstices des os , des fibres musculaires et des tendons ; il lie tous les viscères , tous les vaisseaux et tous les nerfs entr’eux ; il recouvre toute la superficie du corps, oùql produit cette délicatesse dans les formes extérieures , que le ciseau a su faire admirer sur la Vénus de Médicis, et fait disparoître ces saillies fortement prononcées qui distinguent l’Hercule de Farnèse.

La peau de la femme diffère encore beaucoup de celle de l’homme ; le grain en est plus fin , ce qui la rend plus douce et plus délicate au toucher ; elle ne se couvre de poil qu’au pubis, au pourtour de la vulve et sous les aisselles ; la couleur en est aussi plus blanche ou moins foncée ; la lymphe , en se mêlant avec le sang , y répand ce teint d’albalre , et ces nuances de lys et de rose , qui sont l’apanage du sexe et l’emblème de la beauté.

La chevelure de la femme est plus longue , plus épaisse, plus fine et plus ondoyante; elle tombe aussi beaucoup plus tard. L'homme, dont le corps est naturellement plus sec , est chauve à trente ou quarante ans; tandis que la femme, plus humide, ne perd le plus bel ornement de sa tète que dans un âge plus avancé.

En gérç éral , la stature de la femme est plus petite;

la partie supérieure du tronc offre moins de volume, et les traits du visage sont moins prononcés ; mais, la région des lombes est plus large et les cuisses plus grosses.

Enfin , rien ne distingue mieux l’homme et la femme, que les organes de la génération. La matrice et les ovaires, le vagin et la vulve, ne ressemblent çri rien aux testicules , aux vésicules séminales et au membre viril.

Si l’on a, égard au rapport des liquides avec les solides, il est infiniment rare que le sang prédomine chez la femme. Ce que l’on nomme tempérament sanguin appartient plus exclusivement à l’homme ; chez lui, la physionomie est plus hardie , l’œil plus étincelant, le visage plus sec et plus brun, les cheveux plus crépus et plus uoirs , l'embonpoint moindre , les vaisseaux plus saillans à la surperficie du corps,, les formes plus rudes.. C’est au contraire le tempérament lymphatique qui excède chez la femme. Voyez cette finesse et celte blancheur de la peau, cette mollesse des chairs , celte délicatesse et cette rondeur dans les formes ; le tissu cellulaire abondamment répandu partout, l’apathie, la froideur, l'inertie ou l’indifférence pour le mouvement et l’exercice; tout n’annonce-t-il pas que la lymphe surabonde chez la femme , et qu’elle forme , pour ainsi dire, la base de sa constitution?

Il en est de même du système musculaire parrapport au système nerveux. Le premier domine

chez l’homme , et le second chez la femme. D’un cote , ce sont la contractilité , la force et la vigueur athlétiques; de l’autre, une sensibilité et une mobilité excessives. Là, se trouvent J’intensité, l’énergie et la persévérance des mouvemens ; ici,- des ébranïemeus nombreux, précipités, souvent tumultueux, quelquefois- opposés.

En un mot, le tempérament lymphatique porte à l’excès , mais dont l’influence est toujours modifiée par la combinaison du système sanguin et du système nerveux ; tel est le caractère naturel ou constitutionnel qui distingue la femme. En cela , elle ressemble beaucoup à l’enfant qui ne paroît être qu’un amas de lymphe , de gélatine et de pulpe nerveuse.

Mais cette différence essentielle ou primordiale doit nécessairement influer sur les propriétés vitales et sur les fonctions qui en dépendent. Aussi observet-on que la circulation , la respiration, la digestion, la nutrition et les sécrétions s’exécutent avec moins d’énergie , mais avec plus de vitesse chez la femme que chez l’homme. Il en est de même de la locomotion ou progression. La démarche du mâle est plus sûre et plus fière ; celle de la femelle plus légère et plus élégante. L’un a la voix plus grosse, plus forte et plus sonore ; l’autre l’a plus aiguë, plus douce et plus flexible.

Au moral , la femme montre beaucoup plus de susceptibilité ou de mobilité que l’homme. De ces

deux individus, l’un semble être né pour sentir, et l’autre pour penser. Chez la femme , il y a plus de vitesse et de promptitude dau's la perception. Les idées ou les impressions se succèdent dans son esprit avec une rapidité qui les empêche de s’y graver et d’y laisser des traces profondes ; elle apprend avec facilité et oublie de même. Ses affections sont vives, tendres , mais passagères ; elle se rapproche encore , sous ce rapport, de l’enfant qui s’émeut et se calme, s’alarme et se rassure, pleure et rit, pour ainsi dire, dans le même instant.

La femme juge et conçoit avec une sagacité qui étonne ; mais elle le cède à l’homme pour le raisonnement et la réflexion. On pourroit dire que le brillant de l’esprit , la finesse du goût et la délicatesse du sentiment appartiennent à la femme ; mais la force et la profondeur du jugement , l’«im agi nation et le génie sont le partage de l’homme. Chacun d’eux a des qualités qui lui sont propres , et la nature leur a également prodigué ses dons. On auroit donc tort de croire , avec de prétendus philosophes , que la femme n’est qu’un homme imparfait ; ou bien , il faudroit dire que l’homme n’est qu’une femme imparfaite. Ils sont aussi accomplis l’un que l’autre au physique et au moral. La femme est lymphatique, nerveuse , sensible , timide , facile à émouvoir ; 1 homme , au contraire , est sanguin , musculeux , robuste, hardi, ferme, intrépide.

Outre la vie générale qui anime la femme , on y

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distingue encore chez elle une vie particulière , qui paroît avoir son siège dans le système utérin , et dont l’influence modifie, trouble et maîtrise souvent toutes les fonctions de l’économie. Cette vie, loin d’ètre uniforme dans tous les individus , y offre au contraire deux extrêmes fort opposés , l’excès et le défaut de sensibilité. Dans le premier cas, elle s’annonce , dès la plus tendre jeunesse , par des désirs vagues et concentrés, par la recherche des sensations vives, par une grande disposition à l’amour, et par une menstruation précoce ou orageuse 5 dans l’âge adulte , elle se manifeste par des affections morales ou des passions presque indomptables. Au. contraire , l insensibilité , ou l’apathie de 1a, matrice , a pour caractères l’indifférence pour les plaisirs de l’amour, la modération , même la froideur dans les désirs, des règles tardives , dont l’éruption est lente et sans orage ; en un mot, des affections calmes et jamais des passions tumultueuses.

L’éducation , dont les législateurs on t si bien conuu les effeis, et dont l’observation atteste l’influence sur la vie générale et sur la vie de chaque organe , doit encore fortifier les différences physiques et morales que la nature a établies entre les.deux sexes. L’homme s’habitue , dès l’enfance, aux grands exercices , et s’endurcit à la fatigue. Les travaux des champs et le commerce , la mer et les combats , l’étude du cabinet et les combinaisons de la politique , les arts mécaniques et les sciences abstraites*

tels sont les objets de ses occupations ordinaires. La femme, au contraire, élevée dans l’intérieur du ménage , ne cultive que quelques arts ou sciences de pur agrément. Son esprit, naturellement léger, réussit dans Je genre frivole et badin ; mais tout ce qui est sérieux ou profond, l’ennuie et le rebute. Ses mains délicates ne semblent être propres qu'à manier l’aiguille et le fuseau. La vie de l’homme est active, laborieuse, bruyante, extérieure; celle de la femme , douce , paisible , obscure , sédentaire et intérieure. Gomment donc ces deux individus pourroient-ils avoir la même constitution, le même tempérament, la même force et la même santé ?

Ce n’est pas tout : l’ éducation modifie encore le système utérin , dont elle augmente ou diminue la sensibilité. Qu’on suppose deux jeunes filles dont le tempérament général et particulier soit d’ailleurs égal, mais dont l’une soit élevée au milieu des exemples d’une dissolution domestique , et l’autre au sein de la vertu ; la première , daus l’oisiveté ou dans l’habitude de fréquenter les bals et les spectacles ; la seconde, dans 1 assiduité au travail. Certainement, ces deux élèves éprouveront de grandes différences dans l’exercice des fonctions utérines. La puberté et la menstruation seront plus précoces et plus orageuses chez l’une que chez l’autre; et, dans la suite, elles n auront ni les mêmes goûts , ni les mêmes peucbans, ni les mêmes mœurs. On verra d’un côté la légèreté , 1 effronterie, la licence et l’impudicité;

de l’autre , la retenue , la décence , la pudeur et la chasteté.

ARTICLE II

De la Menstruation ou des Règles.

Il s’en faut bien que la menstruation ou l’écoulement des règles soit un état contraire à la sauté , comme quelques auteurs modernes se plaisent à le croire ; tout annonce , au contraire , que c’est une des fonctions les plus naturelles. Elle est la première qui distingue la femme de l’homme ; elle est le signe le plus commun et presque toujours inséparable de la fécondité ; avec elle commence et finit la vie proprement dite de la femme ; enfin , la pratique enseigne que cette fonction, loin de nuire à l’économie générale , y entretient cette harmonie et cet équilibre , sans lesquels il n’y auroit plus que désordre et confusion.

Ce n'est donc pas la menstruation qui doit être considérée comme une maladie. Elle ne mérité pas plus ce titre que la digestion ou la circulation , taut qu’elle. observe la loi conforme au vœu de la nature. Mais y a-t-il quelque cause accidentelle qui rende cette excrétion périodique plus abondante qu’à l’ordinaire ; vient-elle à se supprimer , à se déranger ou à se détourner de son cours , dès -lors la santé de la femme chancèle , les maux arrivent en foule , et les secours de la médecine sont plus ou moins promptement indiques.

DES MALADIES DES FEMMES. l3

A quelle époque de la vie la menstruation commence et finit - elle ? A quels sigues reconnoît-on l’approche de la première éruption menstruelle chez la jeune fille , le retour de cet écoulement devenu ordinaire ou habituel chez la femme adulte , et sa discontinuation ou cessation complète à l’âge critique ? Quel ordre la menstruation suit- elle dans ses périodes ? Combien de temps dure-t-elle chaque fois ? D’où provient le sang menstruel , et à quelle cause faut-il en attribuer l’évacuation? Quelle en est la quantité à chaque période ? Quelles en sont les propriétés ? Telles sont les questions qui nous semblent offrir le plus d’intérêt , concernant la menstruation ou les règles dans l’état naturel.

SECTION PREMIÈRE

Des Epoques de la vie où la Menstruation commence et discontinue.

La femme n’est pas sujette à la menstruation durant toute la vie. Cette fonction n’occupe guère que l’intervalle qui sépare la puberté et l’âge de retour : deux époques pour ainsi dire extrêmes, qu’on pourroit appeler le printemps et l’hiver de la femme, parce qu’elles indiquent le commencement et la cessation de la fécondité.

La première éruption des menstrues , au moins en France et dans les pays où règne une douce température, arrive communément de douze à quatorze

ans , rarement avant ou après. La dernière éruption , au contraire , ou ]a cessation complète de cet écoulement périodique , a lieu depuis quarante jusqu’à cinquante ans, quelquefois plus tôt ou plus tard ; en sorte qu’on peut en fixer la durée totale entre une trentaine et une quarantaine d’années.

Mais celle loi de la nature n’est pas si constante, qu’elle n’offre plusieurs exceptions, dont il n’est pas toujours facile de se rendre compte. Ainsi, on lit,

. dans l’Histoire de l’Académie des Sciences , qu’une petite fille fut réglée, selon quelques relations, huit jours après sa naissance , et , selon d’autres , au bout de trois mois ; à l’âge de quatre ans , elle avoit trois pieds et demi de haut, et des membres proportionnés à sa taille -, les organes de la génération et les mamelles étoient aussi développés qu’à dix-huit ans ; eu un mot, rien ne lui mauquoit pour être apte au mariage . Wauswielen rapporte aussi avoir vu une fille réglée dans le premier mois de sa vie , quoiqu’elle fût d’un foible tempérament ; elle fut nubile à sept ans; mais elle ne se maria qu’à dix-neuf, et eut plusieurs en fans. Ce dernier exemple doit paroître d’autant plus extraordinaire , qu’en général la menstruation est plus précoce chez les jeunes personnes d’une constitution pléthorique et sanguine, et plus tardive chez celles qui sont naturellement foildes et d’une santé délicate , ou bien chez celles qui ont été épuisées par des maladies antérieures ou par de tristes aücctious de l’âme, On peut en dire

alitant de la femme sensible et nerveuse , par rapport à celle qui est apathique et sans énergie.

Le climat, l’éducation et le genre de vie, sont aussi des causes qui peuvent hâter ou retarder l’époque de la première période menstruelle. Les femmes de la zone torride sont réglées long-temps avant celles qui habitent les zones glaciales. Les Indiennes sont capables d’être mères à neuf ans , tandis que les Laponnes ne peuvent goûter ce plaisir qu’à dix-huit ou vingt. On sait que Cadisja n’avoit que cinq ans quand elle épousa Mahomet , et trois ans de plus quand elle partagea sa couche. En Barbarie , les femmes ne passent pas la onzième année -sans être nubiles , au lieu qu’elles le sont beaucoup plus lard en Sibérie. Tout ce' qui échauffe le corps, tel que l’usage du café, des aromates et des liqueurs spiritueusés ; tout ce qui enflamme l’imagination ou développe la sensibilité, comme les grandes sensations et les vives impressions de l’ame , accélère la puberté du sexe. Voilà sans doute pourquoi la femme de la ville e§t plus tôt réglée que celle de la campagne. La première fréquente les sociétés nombreuses, les bals et les spectacles , où tout frappe les sens et, emeut le cœur ; elle cultive de très-bonne heure la musique , la danse et la peinture ; tandis que la seconde est élevée loin du trouble, dans l’enceinte d’une famille paisible/ et vertueuse , en un mot , dans la simplicité des mœurs , et ne eonnoît guère des arts d'imitation et du luxe que le nom.

Mais combien de variétés n’a-t-on pas observées encore à l’égard de la cessation des règles ou de l’âge critique. En général, les femmes dont la puberté est précoce , commencent plus tôt à décliner, et deviennent , pour ainsi dire , stériles avant les autres. Quelques-unes ont néanmoins prolongé leur fécondité bien au-delà de quarante et de cinquante ans. On en cite qui sont encore devenues mères à soixante ; Cornélie , si l’on en croit le naturaliste latin, mit au monde Valérius-Saturninus à soixantedeux ; Valescus, de Tarente, assista dans ses couches une femme de soixante-sept ; Haller parle de deux dames, dont l’une accoucha à soixante-trois et l’autre à soixante-dix. C’est surtout dans les régions septentrionales qu’on a remarqué de tels phénomènes. Olaüs et Rudbeck ont même assuré qu’ elles y éloient plus fécondes qu’ailleurs, et qu’elles y metloient au monde jusqu’à trente enfans.

Enfin on a vu, ce qui est encore bien plus extraordinaire , la menstruation reparoître à un âge très-avancé, même dans celui de la décrépitude, quoiqu’elle eût cessé à l’époque ordinaire. Daniel, médecin de Genève , écrivoit à Bartholin , qu’une femme octogénaire éto^t réglée depuis deux ans, sans en éprouver la moindre incommodité. On trouve aussi , dans l’Académie des Sciences , des exemples d’un semblable retour à l’âge de cent six /ans. Mais, en général, ne faut -il pas se méfier de toutes ces merveilleuses exceptions, et n’est-xl pas

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vraisemblable , qu’au lieu d’annoncer la santé, elles ne cachent le plus souvent qu’une maladie chronique de la matrice ?

SECTION IL

Des Signes qui indiquent l’approche des règles chez la jeune fille , le retour périodique de cet écoulement chez la femme adulte , et sa discontinuation à l’âge critique ou de retour .

Il faudi oit etre bien aveugle, ou n’avoir aucune teinture de physiologie , pour méconnoître la révolution qui s’opère dans le physique et le moral de la femme aux approches de la puberté. Tout annonce alors que l’économie animale s’ébranle et acquiert une nouvelle énergie. La matrice et le sein deviennent deux Centres d’action ou de vitalité , qui vont maîtriser désormais toutes les autres parties de l’organisme. Voyez comme le tissu cellulaire s’amasse autour de la poitrine et du bassin, pour aller se distribuer ensuite aux membres thorachiques et abdominaux. Alors les parties externes de la génération s accroissent et se resserrent ; le duvet qui couvre le mont de Vénus et le pourtour de la vulve prend de la consistance 5 les mamelles se gonflent et acquièrent de la fermeté ; quelquefois elles deviennent trèsdouloureuses ; leurs aréoles se rembrunissent, et eut s papilles se redressent; le vagin s’humecte de sérosité ; tout indique une modification particulière dans les Propriétés vitales du système utérin; la

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