‹ Traité des maladies des femmesChapitre 4 sur 38 · T HAIT E · texte numérisé non relu

T HAIT E

femme y ressent un chatouillement , un prurit , une sensation , ou une excitation plus agréable qu’incommode , mais inconnue jusqu’alors.

A ces changemens , qui ne sont , pour ainsi dire , que locaux , se joignent une foule d’autres phénomènes qui attestent l’influence générale de la matrice. La fille qui devient pubère éprouve des frissons, de la pesanteur et de la tension dans 1 hypogastre et les lombes , des douleurs de reins , une sorte de lassitude , de paresse ou de nonchalance qui rend le corps lourd et lent à se mouvoir ; les membres abdominaux semblent s’engourdir ; un sentiment d’ardeur se propage le long de la colonne 'vertébrale ; quelquefois les muscles du cou sont clans une sorte de rigidité. Il y a des maux de tete, des tintemens d’oreilles , des vertiges , des e'blouissemens. Toutes les fonctions se ressentent aussi de cette secousse générale; l’appétit se perd ou se déprave ; certaines filles sont tourmentées de caprices ou de goûts bizarres ; la circulation s’accélère ; le pouls rebondit , devient dur , inégal et intermittent; il n’est pas même rare que la fièvre s’allume, surtout lorsque 1 individu est pléthorique , le sang coule des narines ; le cœur palpite à la moindre émotion ; les sécrétions et les excrétions se dérangent , comme le prouvent le ptyalisme, l’iucouliueuce d’urine, la diarrhée ou la constipation , et les sueurs plus ou moins abondantes ; la chaleur monte par bouffées ; la peau se couvre de rougeurs et d’ efflorescences ;

!e visage surtout bourgeonne ; souvent il est abattu et décoloré ; les yeux s’enfoncent et se cernent d’un cercle livide ou plombé ; la respiration est moins libre qu’à l’ordinaire ; il y a plus ou moins d oppression ; il survient des bâillemens, des quintes de toux spasmodique ; la voix est plus rauque ; le sommeil se trouble et s’interrompt ; la jeune personne se réveille en sursaut , épouvantée par des rêves. Tantôt l’imagination s’exalte et se repaît des idées les plus lascives , tantôt l’esprit semble s’émousser ou tomber dans une sorte de stupidité ; quelquefois le caractère s’aigrit ; la susceptibilité devient extrême ; la tristesse , les pleurs, le chagrin, l’inquiétude et l’agitation sont involontaires. Là , c’est un état de langueur qui semble miner tout l’individu ; ici , ce sont des désirs vagues , des frayeurs sans cause connue ; ailleurs , un embarras dont la femme ne peut se rendre raison. En un mot, la fuite de la société èt l’amour de la solitude , l’hypocondrie , la mélancolie et même l’érotomanie , tels sont les sigues qui préludent plus ou moins -constamment à la première éruption des régies.

Mais quelques gouttes de sang ont à peine coulé, que tout rentre comme par enchantement dans le calme et dans l’ordre. Le mal-aise général disparoît, le corps est plus léger et l’esprit moins embarrassé, toutes les fonctions prennent un cours plus libre et plus facile; la gaîle revient, le visage se pare des grâces et de la fraîcheur de la jeunesse; les yeux

pétillent de feu; tout indique une nouvelle vie et la plus brillante santé.

Cette première éruption des réglés est suivie d un intervalle plus ou moins long , selon le tempérament ou la constitution et la manière de vivre de l’individu. Plusieurs mois , quelquefois un an , s écoulent avant qu’une nouvelle congestion utérine exige un nouveau dégorgement. Ensuite la nature s’habitue peu à peu à ce genre de fluxion. Bientôt c’est uue fonction qui devient nécessaire , et dont le retour périodique s’annonce à peu près chaque mois par quelques-uns des phénomènes déjà décrits. Ce sont alors des douleurs utérines, des coliques intestinales , des maux de nerfs , enfin , un sentiment d’anxiété et de gêne dans toute 1 écono-

mie , auquel la femme est si bien accoutumée quelle ne s’y méprend guère. Ces signes sont rarement Trompeurs , parce qu’ils s’enchaînent comme d’euxmêmes à r événement qui doit en justifier l'exacti-

tude.

C’est ainsi que la femme est sujette à la menstruation pendant les plus belles années de sa vie; il ne faut en excepter que le temps de la grossesse et de y allaitement, où le sang menstruel semble etre destiné à d’autres usages. Enfin , l’époque arrive où elle cesse d’être féconde , et où, après avoir vécu pour la société , elle ne vit plus que pour elle. Alors, nouvelle révolution, nouvelle secousse qui influe encore sur le physique cl le moral, mais qui n’est

presque jamais redoutable , lorsqu’on a vécu conformément à l'institution de la nature , et sans négliger les précautions de l’hygiène, ni enfreindre les préceptes de la morale. Toute l'economie se dérobe peu à peu et d’une manière presque insensible à l'influence du système ulériu , qui rentre luimême sous l’empire de la vie générale. La femme perd sa constitution propre ; elle ne conserve plus les goûts ni les idées de son sexe ; elle se rapproche de l’homme par la pensée et le sentiment , ou plutôt ce n’est plus qu’un homme travesti , excessivement vivace , sur lequel la maladie et la mort ne semblent plus avoir de prise. La femme qui a le bonheur de franchir cette époque critique sans orage , semble renaître 5 elle fournit ensuite une carrière plus longue que l’homme , et parvient ordinairement à une vieillesse extrême et exempte d’incommodités.

Les signes qui annoncent la cessation des règles de la manière la moins équivoque , sont , outre le déclin de l’âge , les anomalies ou irrégularités qu’on observe alors daus cette excrétion. La quantité du sang menstruel et la durée de l’écoulement varient ; ce ne sont plus les mêmes intervalles d’une période à l’autre. Elles reviennent quelquefois toutes les trois semaines ou tous les quinze jours ; d’autres fois au contraire elles éprouvent des retards considérables, même de plusieurs mois. Que de femmes se font illusion à ce sujet, et prennent pour des signes

de grossesse ce qui devroit plutôt les avertir de la perte de leur fécondité et de la fuite du bel âge ! A cette époque , on voit aussi les règles se changer en des fleurs blanches qui terminent insensiblement la crise , ou en des tumeurs hémorroïdales qui produisent une dérivation salutaire. Enfin , l’ordre et l’équilibre se rétablissent dans toutes les fonctions , et le reste de la vie se passe dans un état de calme qui semble récompenser la femme de la tâche qu’elle a remplie, et des services quelle a rendus à la société.

SECTION III

De V ordre et de la durée des différentes Périodes menstruelles.

C’est une chose assez constante que les règles reviennent périodiquement l tous les mois, quoiqu’on ne puisse pas assurer qu’elles suivent exactement le cours de la lune , plutôt que celui du soleil ou de tout autre corps céleste.

Cet ordre n'est pas néanmoins si invariable , qu’il ne souffre beaucoup d’irrégularités à raison des circonstances individuelles ou hygiéniques. On voit, des femmes qui sont réglées deux fois le mois , ou tous les quinze jours, d’autres une fois tontes les semaines, quelques-unes après la révolution du mois entier, ou plus rarement encore. Il y en a qui ne sont sujettes à cet écoulement que toutes les six semaines , tous les deux ou trois mois. En geneial.

on observe que les périodes de la menstruation sont d’autant plus rapprochées que les femmes se livrent davantage aux plaisirs vénériens , aux boissons spiritueuses , à la bonne chère et à l’indolence. Heureuses encore si elles n’avoient à regretter alors qu’une plus grande perle de sang ! mais la plupart sont punies de leurs excès par la stérilité et souvent par des maladies incurables.

Hans, les climats froids , l’excrétion menstruelle met beaucoup plus d’intervalle entre ses périodes.

En Laponie , elle ne reparoît que deux ou trois fois l’an. Le célèbre Pline du Nord avoit connu des ( jeunes filles dont les unes n’étoient réglées que Pété , et les autres une fois l’an seulement. Il est vrai que celles -g! ne jouissoient pas d’une parfaite santé, puisqu’elles étoient sujettes à l’infiltration des pieds. Mais il en avoit connu plusieurs qui se porloient très-bien , quoique stériles et entièrement exemptes de ce genre d’évacuation. Un exemple bien frappant de l’irrégularité dans les périodes menstruelles , est celui qui est rapporté par Deventer et Baudeloeque. Ils font mention de certaines femmes qui n’ont été réglées que pendant leur grossesse , temps où les autres sont le plus communément affranchies de cette loi.

Quant à la durée de l'écoulement menstruel , elle présente aussi les plus grandes variétés et les plus grandes anomalies. Chez la plupart des femmes le sang coule pendant trois ou quatre jours , chez

cl autres pendant deux seulement , et chez quelquesunes pendant six , huit ou dix. On en a vu chez lesquelles les règles s’arrêtoient au bout de trois ou quatre jours, pour achever ensuite leur cours. Astruc avoit remarqué celte espèce d’irrégularité chez des femmes d’ailleurs très-saines et très-fécondes. Elles n’éprouvoient pendant ceLte interruption que de légères douleurs de tête , un peu de tension au cou , et quelques autres phénomènes qui ont coutume de précéder la première éruption , ou d’annoncer la puberté. Il faut néanmoins convenir que la menstruation la plus naturelle est celle où il n’y a point d’intermittence , et où le sang coule goutte à goutte , sans trop de vitesse ni d’abondance. C’est au médecin à s’informer cle l’ordre que les règles suivent dans leurs retours périodiques , et du temps pendant lequel elles coulent , s’il ne veut pas s’exposer à nuire au lieu d’être utile, en prenant pour des maladies ce qui est un effet de la nature ou de l’habitude.

SECTION IV

De la source des Menstrues ou des Règles .

Les auteurs ne sont point d’accord sur la source et l’origine du sang menstruel. Les uns veulent qu’il vienne des sinus ou follicules qu’on a remarqués sur le fond et le corps cle la matrice ; les autres le font jaillir du col de ce viscère et du vagin. Ceux-ci prétendent que ce fluide est fourni par les

artères , ceux-là par les veines. Comment décider ces questions ?

Si l’on s’en rapporte à certaines marques ou caractères que le sang menstruel imprime dans les lieux d’où il coule , il est incontestable qu'elles paroissent favorables aux partisans des opinions les plus opposées.

Ainsi, Columbus assure avoir montré à un grand nombre de spectateurs les vaisseaux du col'utérin dilatés et très-noirs, sur le cadavre d’une femme qui avoit élé condamnée au dernier supplice , un mois après avoir donné le jour à deux jumeaux qu’elle avoit étouffés. Cet anatomiste rapporte encore avoir observé plusieurs fois le même phénomène , en disséquant des femmes qui avoient été emportées par une mort violente, soit pendant l’écoulement des règles , soit à l’approche de cette évacuation périodique ; d’où il conclut que Je sang lochial et menstruel vient du col de la matrice.

Mais des praticiens très-dignes de foi citent des observations contraires. Mauriceau trouva chez une femme , qui avoit été pendue durant le temps des règles, tout le fond de la cavité utérine couvert de sang grumele , et les vaisseaux correspondons beaucoup plus dilates que ceux du col. Littré a ouvert les cadavres de plusieurs femmes qui étoient mortes pendant leurs règles , et a trouvé au fond de la cavité uterine une infinité de petits vaisseaux pleins de sang rutilant qu’on en faisoit sortir par une lé-

gère pression ; mais il n’a rien vu de semblable dans le vagin. En outre , il a observé sur des femmes affectées de chute de matrice , que les règles sortoientpar 1’orifioe de ce viscere, tandis que pas une seule goutte ne eouloit des environs.

Morgagni est du même sentiment. À 1 ouverture d’une fille qui éloit morte d’un coup à la tête pendant ses règles, il trouva tout le fond de la cavité utérine couvert de taches rougeâtres sur lesquelles il suffisoit d’appuyer le doigt pour en exprimer le sang. Il dit avoir fait nombre de fois la meme obseivalion sur des femmes qui venoient d avoir leuis règles ; mais il n’a jamais vu de pareilles taches dans le vagin, ni sur le col de l’uterus. Il ne nie pas cependant que le sang menstruel ne puisse couler des vaisseaux du vagin , attendu , dit-il , que c est un fait attesté par des auteurs de poids et dignes

de foi. . . , ,

Ainsi Pison , en disséquant une fille qui avoit ete

pendue durant l’écoulement des règles , trouva le vagin arrosé de sang , tandis que l'intérieur de l’utérus étoit sec et son col fermé- Heister a vu couler le sang de la matrice et du vagin , en ouvrant le cadavre d’une femme qui étoit morte pendant ses

règles .

Enfin , Vauswieten et d’autres auteurs rapportent avoir vu plusieurs femmes sujettes aux règles durant la grossesse ; or, le sang ne pouvoit pas venir alors de h cavité de la matrice , puisse le col de

ce viscère étoit fermé : il falloil donc qu'il sortît des vaisseaux du vagin.

Que conclure de toutes ces autorités opposées ? que le sang menstruel peut venir quelquefois du vagin et du col de l’utérus ; mais qu’en général et le plus souvent sa principale source est dans l’intérieur de la matrice. En effet, la membrane muqueuse qui en tapisse la cavité est parsemée de petites ouvertures, que Winslow et d’autres observateurs ont trouvées remplies de sang durant la menstruation. D'un autre côté, on sait que les liquides injectés dans les vaisseaux de la matrice, pénétrent dans l’intérieur de ce viscère. Tout porte donc à croire que le sang menstruel s’exhale par les extrémités capillaires des artères utérines , comme cela arrive dans les hémorragies actives qui ont leur siège ou leur origine sur les surfaces muqueuses.

SECTION V

De la cause des Menstrues.

On citeroit peu de questions en médecine , sur lesquelles les écrits se soient plus multipliés et les opinions plus divisées que sur la cause de la menstruation.

Aristote , parmi les anciens , et Méacl , parmi les modernes, l’altribuoient a l'influence de la lune, sous prétexte qu’il existoit une certaine analogie entre les phases de cette planète et les périodes menstruelles. De-là , sans doute , ce fameux adage ,

que la lune purgeoit les vieilles femmes clans son déclin , et les jeunes dans son renouvellement; delà aussi cette plaisante assertion, que les femmes étoient lunatiques. Mais qu’ou est loin de s’arrêter

aujourd’hui à de si misérables idées , quand ou considère cjue les femmes ne sont pas toutes réglées en même temps , comme cela devrait avoir lieu si elles étoient sous la dépendance delà lune , et que les périodes de la menstruation chez les différentes femmes coïncident indistinctement avec tous les aspects du satellite de la terre !

Des auteurs fort recommandables , parmi lesquels on compte Galien, Moselnon et beaucoup d autres moins anciens , faisoient dépendre les règles d un état de pléthore qui surebargeoit toute 1 économie

en général , où seulement le système utérin en paiticulier. Celle opinion éloit fondée sur 1 abondance de sang menstruel que perdent les femmes liviées à la bonne chère et à l'indolence , tandis que les femmes grosses , les nourrices , les indigentes et celles qui mènent une vie aclive ou exercee , sont presque toujours exemples de celle excrétion périodique. Oulre cela , on avoit cru observer que la première éruption des règles n arrivoit qu a 1 époque où le corps de la femme , parvenu au terme de son accroissement , élaborait plus de sang que le système vasculaire n’en pouvoit contenir. C’etoit-la ce

qui donuoit lieu à celte pléthore ou superfluité de liquides, dont la nature devoit tâcher de se débar-

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rasser pour eu prévenir les suiles fâcheuses. Mais pourquoi cette décharge se faisoit-elle par la matrice plutôt que par une autre voie ? Celle question , il faut en convenir , paroît plus embarrassante aux partisans de la pléthore generale , qu à ceux qui admettoient seulement une congestion uterine. Eu effet, ceux-ci, considérant que la matrice occupoit la région la plus basse du tronc , à cause de la situation droite ou verticale de la femme , et que cet organe , essentiellement vasculeux , étoit , pour ainsi dire , libre et flottant dans un bassin naturellement plus évasé que celui de l’homme, dévoient se figurer qu’il servoit de réservoir et d’émonctoire à la surabondance du sang menstruel chez la femme pubère.

Mais que toutes ces raisons , si spécieuses en apparence , sont frivoles aux yeux du physiologiste qui raisonne en observateur ! D’abord , la théorie de la pléthore générale suppose que la femme cesse de croître à l’époque delà puberté, ou aussitôt qu’elle est réglée : hypothèse gratuite , si jamais il en fut, et entièrement opposée à l’observation même du vulgaire. D’ailleurs, si la menstruation étoit due à un état pléthorique , ne suffiroit-il pas de diminuer la masse des liquides, par la diète , par la saignée ou par une autre évacuation artificielle , pour prévenir, retarder ou modérer cet écoulement périodique ? Or , c’est-là précisément le contraire de ce qu’on a remarqué , d’après le témoignage de Simson , du çélèbre Hoffm^nu , et du commentateur de Boër-

liaave. L’expérience a prouvé mille fois qu’une saignée pratiquée avant le temps des règles en hâtoit l’éruption , et la rendoit plus abondante et plus libre.

Quant à la pléthore particulière de la matrice , qni est incontestable , et dont le savant Astruc a fait la base de sa chimérique hypothèse , elle ne fait que reculer la difficulté au lieu de la résoudre. 11 resteroit encore à décider si cette congestion ou afflux de sang ne seroit pas plutôt l’effet que la cause de l’effort hémorragique qui se manifeste à chaque période menstruelle. D’ailleurs, comment expliquer pourquoi cet état pléthorique paroît régulièrement tous les mois ? Auroit-ou recours au pouvoir de l’habitude avec Stalh? Mais ce subterfuge suppose que les règles sont déjà habituelles , lorsqu’elles paroissent pour la première fois : ce qui implique la plus révoltante contradiction. Enfin , la position verticale de la femme , que les partisans de celte opinion ont tant fait valoir , pour prouver la tendance du saug vers la matrice , est un bien foible motif , puisqu’il n’est pas démontré que les femelles de certains quadrupèdes dont le tronc est horizontal , ne soient sujettes , sinon aux menstrues, du moins à un écoulement utérin.

Une autre opinion , non moins extravagante que les précédentes , est de considérer la menstruation comme l’effet de l’œstre ou orgasme vénérien. Les naturalistes ont observé , dit-on , que les testicules et autres organes de la génération disparoissoient

chez le rat musqué , lorsqu’il n’étoit plus en chaleur ; que l’ovaire des gallinacées étoit entièrement vide dans l’hiver, saison peu favorable à l’amour; qu’en fin les femelles de certains quadrupèdes rendoient une humeur sanguinolente par la vulve avant leur accouplement. De-là on a conclu que les règles , chez la femme , pouvoient bien n’ètre que le résultat de cet irrésistible penchant qui la porte à s’unir avec l’homme. Mais , d’après cette opinion , les femmes ne devroient être amoureuses que pendant le temps des règles , et celles qui rendroient alors le plus de sang seroient aussi les plus lascives et les plus ardentes : deux conséquences entièrement fausses, puisqu’il y a des femmes très-voluptueuses et toutes de feu hors le temps de leurs règles , taudis que d’autres sont de marbre ou de glace , en perdant des flots de sang.

Il paroîtroit donc plus raisonnable d’envisager la menstruation comme un effet de celle secousse générale que la nature imprime à tout l’organisme ou à la matrice en particulier, pour la disposer à concevoir, à retenir le germe , et à le développer durant la grossesse. Toutefois il faut se garder de donner trop d’extension à cette idée : car Fernel, Fabrice de Hildcn , Skenkius et plusieurs autres, assurent avoir connu des femmes qui, quoique exemples de la période menstruelle, n’avoientpas laissé de goûter le plaisir d'être mères. De tels exemples ne sont pas rares en Laponie , au rapport de Linné ; et, si l’on

en croit des voyageurs , il n’y a pas une seule femme, chez les Tapuyes , dans le Brésil, qui ne soit affranchie de cette loi.

Mais ces exceptions suffisent- elles pour faire croire avec Emett, médecin anglais , que les mens-trues ne sont point dans la nature , ou avec Pioussel, qu’elles sont un besoin factice qui lient à l’état social ; ou enfin , avec le docteur Aubert, que la continence en est l’origine ou la cause première ? Toutes ces opinions sont encore autant de paradoxes , qui n’ont pas même l’ombre de la probabilité ou de la vraisemblance. Si les règles ne sont point une fonction naturelle , qu’on assigne donc l’époque où les femmes ont commencé d’y être assujetties. Si cet écoulement n’est qu’un besoin factice et accidentel, pourquoi se trouve-t-il le même, dans tous les climats et. dans tous les temps ? S’il est le produit des institutions sociales, pourquoi ne varie-t-il pas comme elles? D’où vient, au contraire , qu’il commence et finit constamment à des époques déterminées , qu’il reparoît périodiquement tous les mois, et qu’il observe tant d’uniformité dans sa durée ? En un mot , si la continence est la cause première de cette excrétion , pourquoi la femme cloîtrée ou vouée au célibat , ne perd-elle pas plus de sang que celle qui est libre ou jouit des plaisirs? Pourquoi le mariage , la grossesse et l’allaitement ne sont-ils pas toujours un préservatif de cet écoulement peiio— dique ?

SECTION VI

De la quantité du Sang menstruel.

Les auteurs qui ont cherché à déterminer la quantité de sang que les femmes perdent à chaque période menstruelle, n’ont pas tous obtenu le même résultat. Hippocrate l’a évaluée à deux colyles ou mesures at tiques à peu près , ce qui faisoit deux, hé mi nés ou livres romaines, dont chacune étoit de dix ou douze onces.

Freind porte la perte de chaque menstruation à vingt onces , et d autres auteurs la fout monter Lien moins haut • car Astruc ne la fixe qu a huit ou seize onces , et Haller à six ou huit.

Dehaën , ne jugeant de la quantité du sang menstruel que par la quantité de linge qui en étoit imbibe , 1 a fixee a trois, quatre ou cinq onces , rarement à demi-livre, plus rarement encore à dix onces, à moins que la matrice ne fût affectée de quelque vice organique.

Il est bon d’observer que celte manière d’estimer le sang des règles par les linges qui en sont imprègnes, est bien sujette cà erreur, ainsi que Dehaën. lui-même s’en est assuré. En effet, des sages-femmes hu assuroient que le sang des lochies, dans des cas d avortement, s’élevoit à plus de huit ou dix livres; tandis qu’en examinant les linges mouillés, ou pouvoit 1 évaluer à demi-livre tout au plus.

Quoj qu il en soit de toutes ces mesures ou évu-

traite

luations , il est certain que la quantité du sang menstruel varie suivant une infinité de circonstances relatives au tempérament , au climat, à la manière de vivre , aux fnaladies , etc. Ainsi , la femme d’un tempérament lymphatique et atone , perd plus de sang que celle d’un tempérament opposé. La citadine opulente, oisive, voluptueuse, livrée aux plaisirs de la table , et surtout aux liqueurs spintueuses , est plus abondamment réglée que l’indigente et sobre villageoise qui est obligée de pourvoir à sa subsistance par l’exercice et la fatigue. La femme du Lapon , qui habite des contrées glaciales , perd beaucoup moins de sang que celle du Cafre ou du Hottentot, qui est sous l’influence d’un soleil brûlant. La Hollandaise , qui tient toujours une chaufferette entre les cuisses pendant l’hiver , tombe dans une sorte de cachexie à cause de l'abondante quantité de sang quelle perd à chaque période menstruelle.

SECTION VII. I

Des qualités du Sang menstruel.

Quelque respect que l’ou ait pour les anciens, on est presque porté à croire qu’on lit des contes ou des romans, en parcourant le long et curieux detail de toutes les qualités bénignes et malfaisantes qu ils ont attribuées an sang menstruel. Qu’on ouvre, pour s’en convaincre , les livres d’Aristote , de Pline , de Columelle et de Bonaciole. Hippocrate comparoit le sang des règles à celui des victimes qu’on unmo-

Joit aux dieux. Suivant lui, il se coaguloit trèspromptement, quand la femme étoit saine : caractère qui n appai tient qu au sang artériel le plus pur. Cette opinion a ele confirmée depuis par IVTaunceau, de Graaf et Astruc. D’autres, au contraire, out regarde ce liquide comme l’excrément le plus impur qui pût sortir du corps de la femme , et dont les qualités deleleres , si elles etoient réellement constatées , devroient inspirer de 1 horreur et exiger les plus grandes précautions. Telle étoil, sans doute, 1 opinion des juifs et de quelques peuplades africaines, dont les législateurs séquestroient les femmes et les bannissoient de la société pendant l’écoulement des règles. Quelques partisans outrés ou admirateurs passionnés de tout ce qui concerne le sexe , ont poussé , au contraire , leur aveugle crédulité et leur folle superstition jusqu’à proposer le sang menstruel comme le philtre le plus propre à inspirer de 1 amour, et même comme une panacée ou remède contre presque toutes les maladies. Ici, c’est une femme réglée qui ne peut entrer clans un laboratoire de chimie , dans une cuisine ou une laiterie , sans altérer les liqueurs sucrées qui fermentent, sans faire tourner les sauces, ou aigrir le lait ; là , une femme n’a qu’à parcourir durant ses règles l’enceinte et les alhes de son jardin, nu-pieds, le sein dé— couvert et les cheveux epars , pour frapper d’une

moi t soudaine des nuees de chenilles qui désolent la végétation.

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