‹ Traité des maladies des ovaires, suivi d'une étude sur quelques progrès récents de la chirurgie abdominale et pelvienne. Enlèvement des annexes de l'utérus. Cholécystotomie. Hépatotomie, etcChapitre 9 sur 30 · LES OVAIRES A LA PUBERTÉ · texte numérisé non relu

LES OVAIRES A LA PUBERTÉ

Ce qui a déjà été dit sur le développement et sur la maturation des follicules de Graaf avant la puberté constitue un des nombreux arguments qui militent en faveur de cette idée que la menstruation et l'ovulation sont deux fonctions entièrement distinctes et on peut en donner un grand nombre d'exemples. L'opinion émise par Robert Barnes, que, si on extirpe les ovaires ou s'ils s'atrophient, la menstruation ne reparaît pas, est inexacte; et son assertion que la première dehiscence ovulaire correspond avec la première apparition des règles est également inexacte. Il est absolument certain que l'ovulation n'est nullement une fonction périodique, prise dans le sens de mensuelle, et le fait que ce n'est pour ainsi dire que dans la race humaine qu'on observe un écoulement périodique par l'utérus suffit à démontrer que ce n'est pas dans les ovaires qu'il nous faut chercher la cause de ce phénomène curieux et qui soulève des objections, auquel personne n'a encore assigné un but utile. Nous ne savons où réside cette cause, mais ce qui est tout à fait certain, c'est que, si elle persiste pendant des mois, dans certains cas, après l'enlèvement des deux ovaires, ce ne peut être dans ces glandes. — Elle ne réside pas non plus dans l'utérus, car dans la plupart des cas l'enlèvement des deux ovaires arrête immédiatement la fonction ; et dans les quelques cas où j'ai enlevé des ovaires non développés, l'arrêt s'est toujours produit immédiatement, lorsque j'ai été obligé d'enlever en même temps les trompes. Je soupçonne donc de plus en plus que nous trouverons dans l'excitation mensuelle des trompes, ou dans leur structure, la source réelle de l'écoulement mensuel par l'utérus.

I)H LOVAIRI<: KT DK I.A TRO.Ml»!-: 39.

II est absolument certain que personne n'a encore rapporté un cas dans lequel on ait vu la trompe fixée sur l'ovaire avant ou après la période menstruelle pendant la vie comme elle l'est pendant cette période. Cependant l'ovulation se produit avant la puberté et après la ménopause. Le cliang-cment de volume et de vascularité des trompes à la pubcrié, leur diminution à la ménopause, le commencement et la cessation de leurs mouvements, forment les plus curieux de tous les caractères remarquables de ces cliang-emcnts fonctionnels, et sont absolument suffisants pour montrer soit que les trompes sont d'une façon très nette sous la même influence périodique que celle qui détermine la production de l'écoulement menstruel, soit qu'elles en sont elles-mêmes la cause. Enfin, j'ai eu, pendant ces dernières années, l'occasion do voir les ovaires d'un certain nombre de femmes, dont j'ai eu à ouvrir lacavilé abdominale pour dilTérentes affections n'ayant pas de rapport avec une maladie des ovaires, et j'ai toujours trouvé que, pendant la menstruation, la trompe était fixée sur l'ovaire, qu'il y eut un follicule mùr au point d'adhésion ou non; que les deux trompes étaient généralement fixées sur leur ovaire respectif, bien que sur l'un des ovaires on ne put découvrir aucune apparence d'ovisac mùr. J'ai très souvent vu un ovisac sur le point de se rompre, ou qui venait de se rompre, alors que la malade se trouvait au milieu de deux périodes menstruelles ; cela m'est très fréquemment arrivé, parce que je choisis toujours, quand je le [>eux, une époque intermédiaire à deux périodes pour opérer, et dans ces cas, je n'ai jamais trouvé de trompe fixée sur l'ovaire. Enfin, dans deux cas, j'ai enlevé les ovaires sur lesquels les trompes étaient fixées pendant la menstruation ; ni dans l'un ni dans l'autre cas il n'y avait d'ovaire à peu près mùr.

En raison de ces faits, et d'autres dont nous donnerons les détails dans un autre chapitre, je suis persuadé que l'ovulation est complètement indépendante de la menstruation, et vice versa ; que le trait caractéristique le plus important de la période menstruelle est le mouvement vers l'ovaire, de l'ouverture frangée de la trompe, et la saisie de la glande par le pavillon; que cette saisie persiste à peu près pendant toute la période menstruelle, et que ce n'est qu'accidentellement qu'il y a un ovisac mùr dans la partie de l'ovaire qui est recouverte par l'une ou

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l'autre trompe et qu'une ovulation véritable, c'est-à-dire le passage de l'ovule dans l'utérus, se produit, et qu'il y a possibilité (le conception. S'il n'en est pas ainsi, il est tout à fait impossible de comprendre comment les femmes mariées peuvent ne pas avoir une progéniture extrêmement nombreuse, en présence du nombre d'ovules mûrs qui sont produits et de la régularité de la menstruation. Si l'ovulation coïncidait avec la menstruation, les probabilités, pour une femme dont les organes seraient sains, mariée à vingt ans, et qui cesserait d'être menstruée à quarante-huit ans, seraient d'avoir dix-huit enfants, au lieu de six, qui est la moyenne actuellement. De plus, le nombre des femmes stériles serait considérablement diminué, et il serait absolument impossible de diriger l'accroissement de la population humaine. En diminuant le taux de notre mortalité ou, pour parler plus exactement, en nous efforçant de le diminuer, car nous devons tous mourir, en augmentant l'âge moyen où l'on meurt par l'abolition des guerres et des maladies zymotiques, il n'est pas difficile de voir que quelques autres agents doivent venir en aide à la civilisation. Si nous produisions autant d'enfants que le font les animaux inférieurs, la civilisation serait une impossibilité; la lutte pour la vie serait si ardente que la barbarie l'emporterait. La loi inévitable de l'évolution a, cependant, assuré un procédé quelconque que nous ne connaissons pas encore, au moyen duquel le chiffre de la reproduction est limité,, et nous sommes Malthusiens en dépit de nous-mêmes. Regardez les myriades déjeunes procréés par le poisson, ils ne font guère que servir de nourriture à leurs semblables ou aux oiseaux. Le nombre des petits diminue graduellement des poissons à la race humaine et il est de règle que la femme ne donne naissance qu'à un enfant par grossesse; celle-ci cependant est quelquefois double et très rarement triple ou quadruple. Ces conceptions sont nettement ataviques. Chez quelques-uns des singes les plus parfaits on trouve des signes de quelque chose d'analogue à une période menstruelle, mais comme tous les traits caractéristiques de ce genre dans l'histoire animale se pervertissent dans la réclusion, nous les connaissons peu. Dans les races humaines les plus inférieures, les signes de la menstruation sont très peu marqués, l'accouchement est facile et l'histoire sexuelle entière diffère

OK i;OVAIHF': KT I)K I.A THOMPE 41

(le celle des races très civilisées. 11 est abondamment prouvé que plus la civilisation (et j'emploie ce mot dans son sens le plus littéral) est avancée, plus s'accroit le trouble sexuel chez les femmes. Les flexions, les atrophies, la dysménorrhée etlaménorragie qui afl'ectent les femmes do la ville, sont comparativement inconnues chez les femmes de la campagne, et la puissance procréative sainement abondante de l'épouse du travailleur campagnard est une source fréquente d'envie pour la patricienne.

Chez toutes, la menstruation est le facteur principal, et je soupçonne qu'on trouvera que le manque de synchronisme entre l'embrassement de l'ovaire par l'oviducte et le rejet de l'ovule, et peut-être aussi la maturation incomplète de l'ovule sont les traits caractéristiques les plus importants de la ménopause.

Arthur Farre (article Utérus : Encyclopedia of anat. and.phys.) a très bien prouvé, par un raisonnement serré, que la menstruation est un nouveau trait caractéristique dans la vie sexuelle, qui n'apparaît qu'au haut de l'échelle animale et n'a aucune analogie avec le rut des animaux inférieurs.

Ces changements imprimés au système général par l'avènement de la puberté ne nous importent pas ici, et, par conséquent, je me limiterai à ceux qui ont trait à l'ovaire et à l'oviducte, et c'est à mes recherclics personnelles que je dois les observations sur lesquelles sont basées mes conclusions.

La structure de l'ovaire ne semble pas être le moins du monde changée par l'avènement de la puberté, sauf dans la disposition de ses vaisseaux. Avant la puberté, lemésovarium est mince et transparent, il contient des artères et des veines dont le nombre n'augmente probablement pas, mais qui sont plus droites et plus petites; les veines particulièrement sont à peine marquées et ne ressemblent nullement à un sac de vers pourpres, comme plus tard. Après la puberté, les vaisseaux se contournent en hélice et se distendent. L'ovaire lui-même augmente légèrement de volume, mais il ne peut se produire un changement très marqué dans ce sens: c'est là une chose que les mensurations de Henning ont confirmée. Le principal changement consiste dans un volume plus grand des artères dont le revêtement musculaire s'épaissit et qui prennent la forme hélicoïdale, ce qu'il m'a été absolument impossible de reconnaître dans l'ovaire avant la puberté. C'est là, du

reste, tin point extrêmement difficile à décider, car je soupçonne beaucoup que cette disposition hélicoïdale des artères dans l'ovaire, et peut-être dans d'autres glandes, peut être due au degré de tension avec lequel on les injecte. C'est une chose très difficile à démontrer, car l'épaisseur d'une coupe transparente ne semble que rarement contenir une spire complète, et cependant les spires s'y trouveraient-elles en grand nombre et complètes, qu^il n'est pas difficile de voir qu'en raison de la méthode d'examen, elles pourraient passer inaperçues. J'ai vu si souvent des coupes d'hélices de ce genre dans les ovaires après la puberté et particu-

FiG. 27. — Coupe de la substance corticale île l'ovaire (d"après Turuer): e, epithelium; s s, stroma ovarien; 1 1, follicules très développés; 2 2, moins développés; 3 3, plus petits; o, ovule dans le follicule; vv, vaisseaux du stroma; (7, cellules de la membrane granuleuse.

lièrement dans les glandes des multipares — quoiqu'il me soit souvent arrivé de n'en pas trouver traces dans de semblables ovaires, que je ne puis m'empêcher de penser que leur présence doit avoir une raison ; on les trouvera dans un état qui ressemble il celui dans lequel elles se trouvent dans l'engorgement du tissu erectile qu'on observe dans les ovaires pendant la menstruation et plus particulièrement pendant la grossesse (V. Henning). Dans le tissu erectile normal on a expliqué par ces hélices le mécanisme intrinsèque de l'engorgement, idée que je n'ai

UE L'OVAIRH KT DI-: [.A TROMPK 43

jamais pu accepter, car pour mui celle disposition n'a qu'un bul, c'est de permettre l'élong-ation du vaisseau lorsque le diamètre de l'organe s'accroît. Lorsqu'ils sont vides, ces vaisseaux sont enroulés comme une corde molle, et c'est pour cela que j'ai déjà dit que les hélices qu'on trouve dans une coupe microscopique dépendent beaucoup de la tension de l'injection. Si l'organe est fortement distendu, les artères seront droites. S'il est légèrement distendu, elles seront ou pourront être repliées, et il est possible que si je ne les ai pas trouvées dans les ovaires avant la puberté, cela peut être du à ce fait que le tissu de la glande est alors plus facilement affecté par la distension et leur absence peut tenir à une mauvaise préparation. 11 est aussi vraisemblable que la modification de la circulation du sang dans la glande après la puberté puisse les produire.

Injecter un ovaire avant la puberté n'est pas une lâche aisée et trouver Toccasion d'en examiner un est rare. Je n'ai donc pas pu obtenir des résultais parfaitement satisfaisants quant à l'état de l'alimentation vasculaire des ovisacs. D'après ce que j'ai vu, elle ne diffère guère de ce qu'on la trouve après la puberté ; cependant, il est possible que les vaisseaux soient tous plus volumineux, quoique sur ce point je ne sache rien de positif. Mais il est une chose dont je suis certain, c'est que tous les phénomènes qui se passent au moment de la rupture, la fermeture et la cicatrisation de la cavité se produisent fréquemment avant la puberté et que la disposition caractéristique des capillaires dans ce qu'on appelle le corps jaune peut être vue longtemps avant l'apparition de la menstruation.

Spiegelberg dit [Monatsclirift fi'w geburskunde, 1867) qu'on a vu dès la seconde année de la vie la couche interne de l'ovisac bien marquée et colorée en jaune. Je suis sur d'avoir vu, sur un ovaire de neuf ans, quelque chose qui ne pouvait être qu'un corps jaune adulte d'environ quinze jours après la rupture de l'ovisac.

En fait, l'ovulation se produit avant la puberté, et la seule différence qu'il y ait alors, différence importante du reste, c'est que l'ovule est transporté dans l'utérus et qu'il peut y être fécondé. Ces additions n'intéressent pas, cependant, la fonction de l'ovaire qui était complète avant cela, ainsi que le prouvent la production

parlliénogénélique des tumeurs de l'ovaire, et, en anatomie comparée, la parthénogenèse complète.

Nous remplirons notre but, en complétant maintenant l'anatomie normale de l'ovaire, en donnant en détail l'histoire d'un ovisac après sa formation.

L'ovule humain mur mesure en diamètre 2/10 de millim., et sa vésicule germinative environ 3/100 de millim., quoique sa mensuration exacte, libre de substance vitelline, n'ait probablement [»as encore été faite. La nucléole ou tache germinative a environ S 1000 de millim. de diamètre. L'ovule occupe le centre de l'ovisac, ou vésicule deGraaf; mais lorsque cette dernière mûrit, l'ovule se

Fio. 28. — Coupe d'nn follicule de Graaf de la femme adulte (gross, de 40 diam.) (De Sinétj') ; a, couche externe du follicule; h, couche interne; d, membrane ffranuleuse; e, cumulus proligère; /, liquide albumineux coagulé ; o, ovule ; c, coupe des vaisseaux sanguins.

porte vers la périphérie du sac et on le trouve toujours appliqué contre la surface de Fovaire lorsqu'à la fin l'ovisac se rompt. On explique ce mouvement de diverses façons, mais il est fort probable qu'il est dû à la formation d'un liquide folliculaire par dissolution de l'épithélium, particulièrement à la partie externe du sac et i'i l'épanchement du liquide de l'autre côté de l'ovule qui refoule /<? disque proligère contre la paroi amincie. Cette paroi comprend deux couches: la couche externe, formée par le stroma de l'ovaire et le péritoine, et la couche interne, d'abord non vasculaire, formée par l'épithélium folliculaire. La couche interne s'épaissitrapidement et

I)i: l/dV.MHK KT OK LA T|{OMI»K Hi

prend une couleur jaune distincte, longtemps avant que le follicule soit prêt à se rompre; ou l'a appelée la mcrubraiu' granuleuse^ mais ce nom supplémentaire \\v fuit que décrire un de ses caractères et prête à confusion. C'est la couche épithéliale, et elle s'épaissit partout, excepté au point où l'ovule entre en contact avec elle, prêt à s'échapper au moment de la rupture ; l'ovule est légèrement retenu à sa place par une attache cellulaire qui la relie à cette couche au niveau du bord mAé^xm du disque proligère . Au moment où Tovisac est prêt à se rompre, cette couche est devenue très mince et vasculaire, et se compose entièrement de cellules épithéliales larges, arrondies et s'accroissant rapidement,

Kio. 29.— Coupe de l'ovule et du follicule de Graaf du lapin (gross, de :i80 de diaua.) (De Siuéty) ; a, libres coujouctives; 6, cellules conjouclives ou lymphatiques; c, coupe des vaisseaux; d, membrane granuleuse; e, cellules radiées entourant l'ovule; f, zone pellucide ; rj, vitellus; v, vésicule germiuative ; t, tache germiuative.

La vascularité des parois de l'ovisac est plus marquée au point où la rupture est imminente, et ses vaisseaux sont visibles à l'œil nu à la surface de l'ovaire. La rupture se fait enfin, et l'ovule s'échappe soit dans la cavité abdominale, où il périt, sauf dans des cas exceptionnels, soit dans le pavillon de l'oviducte, d'où il est conduit à l'utérus. Je crois que l'ovule tombe et périt dans la cavité péritonéale dans le plus grand nombre des cas, et qu'un petit nombre d'ovules passe dans l'utérus. Les vaisseaux rom-

4f) ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

pus par suite de l'échappement de l'ovule saignent légèrement et cette hémorragie occupe la cavité qui s'est vidée, et doit, dans beaucoup de cas, accompagnée du liquide folliculaire, passer aussi dans la cavité péritonéale. J'ai vu, à plusieurs reprises un caillot pendant d'un ovisac rompu dans la cavité péritonéale, et j'ai vu une fois le follicule se rompre avant que j'eusse touché à l'ovaire, qui reposait sous mes yeux sur une tumeur utérine. Spiegelberg [loc. citât.) nous dit que chez les femmes cette hémorragie est très insignifiante ; il en est de même chez la vache. Chez la jument et la brebis elle n'existe pas, mais elle est très marquée chez la truie. Je n'ai rien vu qui puisse me faire croire que chez les femmes elle soit jamais assez importante pour devenir pathologique; mais je m'imagine facilement qu'il puisse quelquefois en être réellement

FiG. 30. — Coupe de l'ovaire montrant le corps jaune trois semaines après la menstruation (d'après Dalton.)

ainsi^ et cela explique ces cas rares et mystérieux d'hématocèle pelvienne récurrente d'étendue limitée, dont j'ai vu récemment un très curieux exemple chez la femme d'un de mes confrères.

Après la rupture, le follicule revient sur lui-même, et le feuillet interne épaissi forme une série de circonvolutions qui ressemblent étonnamment à celles du cerveau, quoique je ne sois nullement sur que ces circonvolutions n'existent pas avant que la rupture se produise. Je les ai vues sur un ovisac non rompu avant la puberté, mais comme l'ovaire avait été conservé dans l'acide chromique afin d'en faire des coupes, elles peuvent avoir été produites par la préparation. Je les ai vues aussi sur un sac non

arrivé à maturité, ouvert immctliatement après renlèvemont de l'ovaire. Ici encore elles peuvent avoir été produites instantanément par la disparition de la tension. Quand j'en aurai l^occasion, je congèlerai un ovaire frais avant de le couper, et je résoudrai cette intéressante question.

La déchirure de l'ovaire se cicatrise bientôt, et la cavité se trouve de nouveau fermée; elle contient un petit caillot à son centre, et on admettait autrefois que ce caillot était la source de tous les phénomènes présentés par ce corps jaune tant discuté. Il ne mérite pas une telle distinction; il se décolle bientôt et est résorbé, à ce point que les sommets des circonvolutions se mettent en contact, se soudent plus lard, et forment enfin la cicatrice étoilée qui marque pendant long-temps le siège do l'ovisac. Les capillaires du revêtement interne ou jaune sont très réguliers, et, sur une coupe bien injectée ils ressemblent beaucoup à ceux des villosilés intestinales. Ils se portent d'une petite artère hélicinc

Fie. 31. ^ Coupe schématique d'un corps jaune récent : a, stroma île l'ovaire; b, feuillet fibreux ou externe du follicule de Graaf; c, feuillet interne hypertrophié et plissé ; d, reste de la membrane granuleuse; e, vaisseau propre du follicule de Graaf (Balbiani).

dans la paroi externe de l'ovisac; ils ont des parois musculaires très épaisses et deux couches de fibres exactement comme les arterioles du rein. Cette arteriole se divise tout de suite en un réseau ramifié qui semble être placé entre les deux couches du sac et qui probablement fournit les vaisseaux qu'on voit à la surface externe de l'ovaire au niveau de la rupture. De ce réseau, des capillaires droits et larges se portent du centre de chaque lobe vers son sommet, donnant de petites branches de chaque côté. Au sommet de chaque villosité ou lobe (sur une coupe il est absolument impossible de dire lequel de ces mots est exact, bien que je pense que le terme loôe soit l'expression propre) amve une

veine qui descend entre les lobes vers le point d'origine des vaisseaux, et entre ces veines interlobulaires et les artères intralobulaires, se trouvent les systèmes généraux de communication capillaire. Le long du bord libre du lobe semble courir un système de canaux communiquants, et c'est ce qui m'amène à regarder ce second système de vaisseaux comme des veines, conjointement avec le fait, que je ne puis pas établir, qu'ils ont des parois musculaires épaisses. En l'absence d'une double injection faite avec succès, ce à quoi je n'ai jamais pu arriver, il est possible que la description de ces tissus que je viens de donner soit inexacte. Dans les mailles des vaisseaux on voit des cellules épithéliales arrondies, disposées de façon à donner un contour général de circonvolution, et la cavité est remplie de corpuscules sanguins altérés.

Il faut expliquer le manque de précision plus grande dans cette description par le fait qu'il est très difficile de faire une préparation d'ovaire, réussie à tous égard ; je n'ai pu que rarement v arriver, et depuis quelques années j'ai été trop occupé par la clientèle pour continuer des recherches qu'il ne faut pas interrompre et qui exigent beaucoup de loisirs.

La disparition de la couleur rouge du caillot central est le premier changement qu'on observe dans la cavité revenue sur ellemême, et c'est ce qui fait que le tout forme une plaque contournée jaune. A mesure qu'elle diminue de volume, la couleur jaune disparait; ce changement se produit en deux mois environ en dehors de la grossesse. Les caractères microscopiques de ce changement consistent dans la disparition des cellules qui, dit-on, se produit par dégénérescence graisseuse, bien que je n'en aie jamais vu aucune preuve. Cette résorption s'accompagne du ratatinement des vaisseaux sanguins et de leur disparition finale, en sorte qu'en huit ou dix mois, il ne reste rien qu'une cicatrice étoilée qui se prolonge dans la substance de l'ovaire ; mais, avec le temps, cette cicatrice disparaît probablement entièrement sur l'ovaire jeune. Après l'imprégnation, ces changements s'effectuent plus lentement, à cause de l'altération de la nutrition de tous les organes; en sorte que la couleur jaune peut ne disparaître qu'au bout de douze à quatorze mois (Farre) et le retrait de la cicatrice peut mettre deux ans à s'effectuer. Il ne s'ensuit nullement, cependant, qu'un ovisac qui

DE i;ovAii\K i:i 1)1-: i,a tiîompk 40

tarde ainsi ci disjmraîlre, ait été le siège d'un ovule qui a été fé- (Miiidé; car j'ai vu trois corps jaunes de cette espèce sur l'ovaire d'une femme, qui n'était accouchée que sept mois avant mon opération, d'un seul enfant, — son seul enfant. Farre dit que pendant la grossesse, dans un ovisac de ce genre rompu, il se fait un accroissement particulier en épaisseur du revêtement epithelial, et un dépôt plus considérable de granules huileux, mais il m'est imj)Ossible de confirmer son affirmation. Pondant la grossesse, et pendant un certain temps après, les ovaires s^accroissent particulièrement en volume, par suite de l'élargissement de leurs vaisseaux, et aussi par suite de la présence des corps jaunes qu'ils contiennent. L'auteur distingué que je viens de citer dit:« Le

FiG. 32. — Corps jaune au quatrième mois de la grossesse (d'après

Daltou).

véritable corps jaune est le follicule dans son état le plus grand de développement tel qu'il se présente après l'imprégnation, tandis que dans toutes les autres conditions, lorsqu'il n'a pas été amené à son plein développement par l'imprégnation, soit avant, soit après la rupture, on l'appelé le faux corps jaune, tant qu'il possède une coloration jaune. » Les différences ne sont donc que des questions de degré, et elles cessent de présenter des caractères spéciaux longtemps avant que les autres signes de grossesse aient disparu. On ne peut donc donner à ce corps une importance médico-légale; et bien que j'aie eu de nombreux rapports avec les ovaires, je ne voudrais pas m'aventurer à donner une opinion, d'après un nombre quelconque de corps jaunes, sur le point de

MALAD. DES OVAIRES. 4

oO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

savoir s'ils indiquenl une grosscsso'passée ou non. Le grand débat qui a eu lieu sur ce point a été singulièrement infécond en résultats.

A la puberté, un changement très notable s'eiïectue dans Faspect et les fonctions de la trompe de Fallope ou oviducte. Avant la puberté la trompe est petite et droite, et l'étendue de ses franges est insignifiante. Lorsqu'elle est injectée, sa vascularité n'est pas son trait caractéristique le plus important, et sa circulation sanguine (liiïère très notablement de ce qu'elle est chez l'adulte où on observe un réseau de capillaires à larges mailles. Les fibres musculaires des franges sont aussi très mal définies avant la puberté, et personne n'a démontré qu'elles exécutassent aucune espèce de mouvement fonctionnel. Chez l'adulte, comme chacun sait, l'une des trompes ou les deux trompes se portent vers leurs ovaires respectifs, et s'y fixent par adhérence cellulaire pour un certain temps, qui, je crois, doit concorder avec la menstruation. Il n'est pas rare de rencontrer les trompes adhérentes d'une façon permanente, ce qui résulte de la péri-ovarite, chez les femmes qui ont mené la vie de prostitution, et chez elles il existe fréquemment une sorte de métrorragie permanente. Il m'a été impossible de trouver, avant l'âge de la puberté, dans la trompe d'une jeune fille, l'épithélium à cils vibratiles qui la tapisse plus tard.

Mes conclusions sont donc que les changements qui se font à la puberté sont entièrement vasculaires ; que dans la trompe, ils sont vasculaires, musculaires et épithéliaux; mais que le changement le plus important de tous est le mouvement fonctionnel de la trompe, dont l'absence seule rend la grossesse impossible avant la puberté. D'ailleurs, je ne crois pas que la puberté ait grand'chose à faire avec la puissance procréative chez les femmes.

Au moment de la ménopause une série de changements s'effectue dans l'appareil sexuel qui retentit sur toute l'économie, mais dont les résultats ne se montrent dans les organes euxmêmes qu'un temps considérable après la ménopause. Ritchie et autres ont montré, d'une manière concluante, que la formation de véritables ovules persiste longtemps après cet événement, et j'ai vu, sur des ovaires de très Adeilles femmes, des organes qu'il m'est impossible de trouver en quoi que ce soit différents de ceux

Di-] L'ovAiiu: ET m-: la trompk m

quo j'ai vus sur des ovaires de femmes au début de la vie. Il est absolument ccilain que le développement des ovules persiste jusqu'à la lin de la vie, bien qu'à mesure que l'âge avance ils se «iéveloppent plus faiblement; les cellules deviennent moins nombreuses, et mûrissent moins. Les ovaires, cependant, continuent à être le siège d'un développement de cellules, et des kystes pathologiques s'y forment quelquefois même dans l'extrême vieillesse, à un moment où l'intervention opératoire devient sans espoir en raison de l'âge de la malade. L'atrophie générale qui accompagne la sénilité alîecte du reste, les ovaires, et à un nge avancé, ils sont habituellement petits et ratatinés, marqués d'abondantes cicatrices, et on pourrait croiic qu'ils ont été opérés. Mais menu;

FiG. 33.

Ovaire à la méuopause (Arthur Farrc)

FiG. 34.

Ovaire senile (Arthur Farrc).

alors, ils portent les traces de leurs vieux produits ; et j'ai vu un ovaire provenant d'une femme d'environ soixante-dix ans, qui était dans un état tel, qu'on aurait juré qu'il avait été enlevé du corps d'une femme de trente ans.

Les changements très apparents sont ceux que subissent l'utérus et les trompes. Ces organes diminuent rapidement de volume, et les trompes se redressent et cessent de se mouvoir. C'est là une nouvelle preuve que la menstruation n'est pas sous la dépendance des ovaires ou do l'ovulation. Je pense aussi que c'est là une preuve additionnelle en faveur de cette opinion vers laquelle je penche, que la menstruation est entièrement une fonction des trompes de Fallope.

L'ovaire n'est alors qu'une glande, développée comme les autres glandes, et formée d'éléments semblables; ce qu'ell<3 a de particulier, c'est que ses noyaux cellulaires possèdent un pouvoir spécial pendant un certain temps de la vie, et cette simplification de sa physiologie simplifie beaucoup sa pathologie.

.le crois qu'il est à propos de donner ici quelques-unes de

idées de Balfour, sur les phénomènes observés dans la maturation et l'imprég-naLion de l'ovule. Je les cite à la lettre, car c'est là un point sur lequel je n'ai fait aucune reclierclie.

« Chaque ovule, lorsqu'il approche de la maturité, se compose : i° d'un corps protoplasmique ou vitellus, contenant habituellemiuit en suspension des spherules du jaune, 2° une vésicule germinalive ou noyau, contenant 3" une ou plusieurs taches germinatives ou nucléoles. La vésicule germinative, lorsqu'elle est complètement développée, a une forme plus ou moins sphérique, et est enveloppée par une membrane distincte. Son contenu est en grande partie liquide, mais peut être plus ou moins granuleux. Son élément le plus caractéristique est, cependant, un réseau protoplasmique, qui s'étend de la tache germinative à la membrane enveloppante; mais qui est particulièrement concentré autour de la première tache germinative, y forme un corps presque homogène, et présente souvent une ou deux vacuoles, qui occupent un des points excentriques de la vésicule germinative, et il est fréquemment mis fortement en relief par sa haute réfrangibilité; il est quelquefois capable de mouvements amœboïdes (Auerbach et Hertwig) et il est plus solidement et plus fortement teinté parles agents colorants que les autres éléments constituants de la vésicule germinative.

(( Pendant la maturation ultérieure de Fovule, la vésicule germinative se porte vers la surface de l'œuf, sa membrane se résorbe et elle se transforme en un corps fusiforme, qui se constitue aux dépens de la tache germinative. Une des extrémités de ce fuseau fait une saillie protoplasmique à la surface de l'œuf; le fuseau lui-même se divise alors en deux, une moitié reste dans l'œuf, et l'autre dans la saillie. Cette saillie, en même temps, s'isole presque de l'œuf sous forme de cellule polaire, et une seconde cellule polaire se forme de la môme façon. Quant à la partie du fuseau restée dans l'œuf, elle se convertit en noyau, — le pronucleus femelle — qui se porte vers le centre de l'œuf. Lorsqu' un spermatozoïde pénètre dans l'œuf, sa tête se convertit en un autre noyau, le pronucleus mâle. Autour de ce dernier, des stries radiées apparaissent immédiatement qui le conduisent vers le pronucleus femelle. La fusion des deux pronuclei par l'intermédiaire des stries unissantes, constitue la première segmentation du noyau. »

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