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I. - CACHEXIE AVEC SXJRCHARGE FERRUGINEUSE DES ORGANES

(SIDEROSIS).

§ l«^ — Historique.

En étudiant le rôle physiologique qui appartient, dans les manifestations aiguës de la malaria, à la formation des pigments granuleux de couleur ocre, nous avons constaté que la littérature était pauvre en documents. Les pigments dont il sera question ici, bien qu'étant de même nature que les précédents et ayant la même signification, ont davantage attiré l'attention des observateurs, sans doute parce que leurs granulations sont plus volumineuses et qu'elles possèdent une propriété qui permet de les reconnaître avec la plus grande évidence dans toute préparation histologique, celle de noircir par l'action du sulfure ammonique et de bleuir par l'action des cyanures doubles de fer et de potassium.

La présence d'un pigment possédant les réactions des sels de fer avait été signalée par Péris (1), d'une part dans les foyers hémorrhagiques, d'autre part dans le foie, le poumon et la rate à la suite de diverses maladies. Les travaux ultérieurs ont porté sur ces deux ordres de faits.

Formation du -pigment dans les foyers hémorrhagiques. — L'évolution du pigment dans les épanchements sanguins étant étrangère à notre sujet, nous ne suivrons pas les progrès de son étude depuis les travaux déjà anciens de Virchow jusqu'aux plus récents. Nous nous bornerons à rappeler que depuis Langhans (2), la plupart des auteurs ont fait jouer un rôle essentiel aux leucocytes, soit dans la formation du pigment, soit dans son transport à travers l'économie. D'après Langhans, dont les vues ontété confirmées notamment par Quincke (3), on voit, à la périphérie des extravasats, des globules rouges incorporés dans des leucocytes, et subissant dans l'intérieur de ces éléments des transformations qui aboutissent à la formation du pigment ferrugineux; ce pigment existerait d'abord à l'état de gros blocs et se diviserait ultérieurement en granu-

KELSCII et KIENEU. 3<\

610 INTOXICATION PALUD. GllHONlQUE. — CACHEXIE PALUDÉENNE.

lalions de plus en plus fines, propres à êlre résorbées par les voies lymphatiques.

Dans une étude approfondie, dont les conclusions intéressent surtout les conditions chimiques de la formation du pigment, Kunckel (4) chercha à montrer que le pigment ferrugineux n'est autre chose que de l'hydrate d'oxyde de fer, et que cet hydrate prend naissance, aux dépens de la matière colorante des globules rouges extravasés, sous Tinfluence d'une forte oxydation favorisée par un milieu fortement alcalin.

Quelques personnes, notamment Orth (5) et Hindenlang (6), qui firent leurs observations chez l'homme, émirent des doutes sur la nécessité de l'intervention des leucocytes dans la formation sur place du pigment ; mais tous les auteurs que nous avons cités s'accordent à reconnaître que les leucocytes jouent le rôle de véhicule pour le transport du pigment, d'une part aux ganglions lymphatiques, d'autre part aux glandes internes, foie, poumon, rate, etc.

Formation du pigment dans les maladies dyscrasiques. — La surcharge ferrugineuse des organes dans ses rapports avec les maladies où la destruction globulaire est activée a surtout été étudiée par Quincke, qui a donné à cet état morbide le nom de siderosis. Il en trouva les premiers exemples dans cette forme de cachexie décrite par Biermer sous le nom d'anémie pernicieuse progressive, et dont les principaux symptômes consistent dans la pâleur légèrement jaunâtre de la peau, l'anasarque, la faiblesse du cœur, les troubles digestifs, les hémorrhagies rétiniennes, etc. Chez de tels individus, ayant subi une destruction globulaire forte et relativement rapide, Quincke trouva le pigment ferrugineux accumulé dans le foie, le rein et le pancréas; par une anomalie difficile à expliquer, la rate et la moelle osseuse parurent saines. D'autres maladies aiguës et chroniques lui fournirent plus tard de nouveaux exemples de siderosis (7 et 8). Le processus fut étudié par lui expérimentalement chez des chiens auxquels il injecta dans la veine du sang d'un animal de même espèce, en quantité équivalente au tiers ou à la moitié de la masse totale de leur sang. Ces chiens pléthoriques ayant été sacrifiés d'un à six mois après l'opération, on trouva le pigment accumulé dans les tissus de la rate et de la moelle osseuse, et dans les leucocytes encombrant les ctipillaires du foie. De ses

IIISTOIUQUE.

expériences, rauleur conclul que les globules en excès, ayant atteint le terme de leur vitalité, ont été saisis dans le sang par les leucocytes, et transportés dans les organes où s'accumulent aussi les poussières inorganiques (cinabre), à savoir la rate, la moelle et les capillaires du foie. Si le foie est insuffisant à éliminer leurs détritus, le fer peut aussi être déposé dans d'autres glandes, pancréas, rein, etc.

Le rôle si considérable attribué aux leucocytes par divers auteurs, soit dans la genèse, soit dans le transport du pigment ferrugineux, n'a pas été confirmé par les recherches que l'un de nous a faites, avec M. Engel, sur les pigmentations résultant de l'action de certaines substances destructives des hématies, telles que le sulfure de carbone et la toluylendiamine (12). Chez les animaux soumis à ces intoxications, les leucocytes du sang ne sont pas pigmentés; le pigment prend naissance aux dépens de l'hémoglobine dissoute et extravasée, soit dans les cellules propres de la rate et de la moelle osseuse, soit dans les épithéliums du foie et des reins.

Nous rappellerons que nous sommes arrivés à des conclusions analogues dans l'étude que nous avons faite du pigment ocre dans l'intoxication paludéenne aiguë (liv. IV, chap. I, § 3).

A cette série d'études se rattache encore, pensons-nous, un travail très intéressant dans lequel MM. Hanot et Chauffard (9) décrivent une forme particulière de cachexie qu'ils ont observée dans le diabète sucré. Les observations de ces auteurs, confirmées récemment par celles de M. Letulle (10) et complétées par une cinquième observation de MM. Hanot et Schachmann (li), signalent chez les diabétiques une cachexie caractérisée par l'amaigrissement, la faiblesse musculaire, une coloration bronzée delà peau (dans quatre cas), la tuméfaction douloureuse du foie, les ecchymoses et le purpura, et finalement le coma. A l'autopsie, on trouva des dépôts pigmentaires de couleur ocre dans divers organes, et particulièrement dans le foie. Bien qu'il ne soit pas question dans les travaux de ces auteurs des réactions ferrugineuses du pigment qu'ils ont observé, nous ne doutons pas que celui-ci ne soit identique avec le pigment étudié par Péris et par Quincke.

La contribution nouvelle, due à M. Ilanot et à ses collaborateurs, est d'avoir montré (|ue la surcharge pigmentaire occa-

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