INTOXICATION PALUD. CHRONIQUE. — CACHEX.IE PALUDÉENNE
slroma, on remarque des amas de pigment ocre à réaction ferrugineuse ; de pareils amas sont aussi déposés dans le repli de la sous-muqueuse qui pénètre dans le bourrelet, et jusqu'au niveau de la musculeuse de Briïcke qui est elle-même infiltrée de fins granules.
La muqueuse de l'estomac est donc au même litre que le foie et le rein, un organe d'élimination pour le pigment ferrugineux, dont l'accumulation occasionne une irritation inflammatoire de son tissu<
Notons en terminant qu'il n'y a aucune trace de pigment mélanémique dans aucun organe.
Ce fait est des plus démonstralifs. On y voit la cachexie se développer progressivement et aboutir à son terme fatal avec les symptômes d'une lente cholémie. L'autopsie montre d'abondants dépôts ferrugineux dans la rate, le foie et les reins où ils sont manifestement la cause des altérations secondaires que présentent ces organes. Les lésions du foie et des reins sont exclusivement dégénératives; la réaction inflammatoire et cirrhotique ne s'est pas produite.
Observation Ht. Cachexie paludéenne et dysenterie chronique. PéritoniteuUimc. — Surcharge ferrugineuse du foie, des ganglions lymphatiques et de la rate. — Quesnel, trente-trois ans, soldat au 3» zouaves; dix ans de service dont trois en Algérie. Les deux premières années de son séjour en Algérie, 1875 et 1876, il eut chaque été une courte atteinte de fièvres intermittentes. Au mois de décembre 1876, il fut désigné pour accompagner dans ses opérations de cadastre un géomètre qui opérait aux environs du lac Fezzara; cette expédition dura deux mois et demi, pendant lesquels il coucha sous la tente. Dès les premières semaines, les fièvres intermittentes de l'été passé, mal guéries, récidivèrent et furent combattues tant bien que mal par la quinine. Quinze jours après sa rentrée, l'homme dut être admis à l'hôpital de Guelma, le 9 mars 1877, et y fut soigné pour des accès irréguliers avec tuméfaction de la rate jusqu'au 28 avril. A cette date il obtint un congé de convalescence qu'il alla passer en France; pendant la durée de ce congé il eut encore plusieurs accès de ficvrc; il souffrit aussi d'une diarrhée dont le début fut insidieux et dont l'origine ne put être précisée. Dans le courant du mois de juin se déclara une anasarque, en raison de laquelle son congé de convalescence dut être prolongé. Rentré à son corps le 8 août, à PhilippeviUe, il fut quelques jours après, le 13 août, admis à l'hôpital de cette ville.
État actuel (13 août). — Anémie et teint terreux prononcé ; sclérotiques jaunâtres; anasarque assez considérable et légère ascile ; foie et rate tuméfiés, débordant les côtes. Plusieurs selles diarrhéiques ; urine rouge, rare, légèrement bilieuse, sans albumine. Apyrexie.
Les jours suivants, accès de lièvre irréguliers, durant deux à trois jours, et séparés par des intervalles apyrétiques pendant lesquels la diarrhée per.Mste.
A partir du 20 septembre, la diarrhée devient iiUensc; les selles sont mii(|iieuses, jaunes ou verdàlres; le faciès s'altore; l'ascite aug-meiile.
Puis une péritonite subaiguë se déclare; abdonfien tympanisé cl douloul'eux, parfois vomissements bilieux; diarrhée toujours abondante; affaiblissement progressif; mort le 29 septembre, à la suite de vomissements bilieux répétés.
Autopsie. — Anasarque; couleur terreuse des téguments.
Le tissu cellulaire sous-cutané, l'épiploon et les mésentères, la capsule du rein, la base du cœur sont chargés de graisse (alcoolisme).
Le péritoine est notablement hypérémié; l'abdomen renferme environ six litres de sérosité, dont les dernières portions sont louches; le liquide contenu dans le petit bassin est tout à fait purulent; une couche de pus crémeux tapisse la face concave de la rate. Les anses intestinales sont ballonnées, mais sans adhérence entre elles; le mésentère fortement adipeux est infiltré de sérosité; l'épiploon est parsemé de petits pelotons adipeux de consistance ferme ; les franges du gros intestin ont le volume de petites noix.
Les ganglions lymphatiques des mésentères, du bile du foie, du bile de la rate et de la tête du pancréas sont légèrement tuméfiés et d'une nuance marron sombre (siderosis).
Gros intestin. Lésions de dysenterie chronique, ulcères de toutes dimensions, reposant sur une base indurée.
\j estomac renferme un demi-liire de bile ; l'intestin grêle est également rempli de bile; leur muqueuse ne paraît pas altérée.
Rate. Elle pèse 1240 grammes ; très longue et plate, d'une coloration sombre, noirâtre; d'une consistance ferme; deux larges infarctus en forme d'Y proéminent à la surface convexe; leur centre est décoloré et un peu ramolli. Ces infarctus paraissent avoir été le point de départ de la péritonite.
Foie, un peu plus volumineux qu'à l'état normal ; poids, 1910 grammes; capsule un peu épaissie ; tissu très ferme et résistant à la section. La surface des coupes montre des mamelons de diverses dimensions, jaunâtres ou brunâtres, proéminant sur un fond rouge sombre, hypérémié.
Les voies biliaires ne présentent pas d'altération manifeste; la vésicule renferme une assez grande quantité de bile épaisse, poisseuse et noirâtre.
llien de particulier dans le système porte.
Reins volumineux, pesant ensemble 2d0 grammes; la surface, bosselée et légèrement brunâtre, est parsemée de taches acajou, grandes comme des pièces de 50 centimes ou de 1 franc. Sur les sections de la glande, on voit que ces taches assez nettement délimitées pénètrent dans la profondeur et intéressent toute l'épaisseur de la substance corticale. On remarque par places une diminution de la substance corticale, et l'adhérence de la capsule, indices d'une sclérose disséminée.
Poumons, légèrement engoués dans leurs parties déclives et pigmentés.
Cœur. Pèse 250 grammes ; normal.
Les centres nerveux n'ont pas été examinés.
INTOXICATION l'ALUD. GIIHONIQUK. — CACHEXIE PALUDÉENNE.
Examen histologique. — Foie. — Les coupes monlrent des altérations mulliplcs :
t" Une sclérose peu prononcée, caractérisée par l'élargissement des gaines fibreuses de Glisson ; quelques carrefours sont reliés les uns aux autres par d'étroites traînées conjonctives interlobulaires ;
2° Une transformation adipeuse des cellules hépatiques ; celte altération est disséminée irrégulièrement; tantôt elle intéresse la partie centrale d'un acinus, tantôt elle occupe une portion périphérique assez large de plusieurs acini voisins; les portions adipeuses, ayant augmenté de volume, refoulent les parties voisines dont les trabécules sont déviées et légèrement atrophiées ;
3° Une dilatation liypérémique des réseaux capillaires, distribuée comme la précédente altération, très irrégulièrement, tantôt centrale, tantôt périphérique. Dans les territoires ainsi hypérémiés, les trabécules sont atrophiées et souvent réduites à des dimensions linéaires ;
4° Une accumulation de pigment ferrugineux sous forme de granules, de gouttelettes ou de gros amas dans les cellules hépatiques, principalement dans celles qui avoisinent les gaines de Glisson. Les cellules très chargées de pigment ont un proloplasma pâle, transparent, coloré en rose par le picro-carmin. Dans les cellules adipeuses, les granules pigmentaires sont refoulés à la périphérie, dans la mince bordure protoplasmique qui entoure la goutte huileuse.
On rencontre aussi de gros amas de pigment dans le tissu de cirrhose, où ils proviennent des cellules hépatiques atrophiées; ces amas sont ordinairement environnés de leucocytes. Dans le tissu fibreux des gaines de Glisson, le pigment sous forme de fins granules est infiltré dans les cellules rameuses, ou déposé en traînées linéaires, correspondant probablement aux vaisseaux lymphatiques.
Les orifices des vaisseaux portes renferment presque tous, mélangées avec les globules rouges, de grandes cellules, d'origine splénique, infiltrées de pigment ferrugineux. De pareilles cellules se rencontrent aussi çà et là échouées dans les réseaux capillaires.
Les conduits biliaires ne présentent aucune altération notable.
Ganglions lymphatiques abdominaux. — Ces ganglions, qui présentent une coloration brune et un volume plus considérable qu'à l'étal normal, sont très riches en pigment ferrugineux; le pigment est situé dans les follicules et dans les cordons médullaires, tantôt inclus dans les cellules lymphatiques, tantôt libre, en gros amas, au milieu du réticulum. Les ganglions sont légèrement sclérosés.
Beins. — Les lâches acajou, mentionnées à raulopsie,correspondent à des groupes de tubes dont l'épithélium est fortement infiltré de grosses goulteleltes ferrugineuses et proémine au point d'effacer la lumière du tube. Dans quelques tubes, le pigment s'est rassemblé en cylindres volumineux, d'aspect granuleux, d'une couleur orangée, noircissant par le sulfure ammonique; au niveau de ces cylindres, l'épithélium esl aplati et formé d'une mince lame protoplasmique transparente, entourant le noyau. La surcharge pigmentaire s'observe exclusivement dans les luhos contournés et dans les branches larges de l'anse de ilenle.
DESCIUl'TION CLINIQUE ET OBSEH VATIONS. 0-25
Les alléralions secondaires de la glande consistent en une sléatosc à lines granulations des épilhéliunis et en une faible sclérose diffuse.
Dans ce cas, la cachexie paludéenne a été l'clalivenicnl rapide (neuf mois) et a occasionné une siderosis assez forte et généralisée. Cependant la mort n'a pas été amenée par les désordres organiques résultant de la surcharge pigmentaire. La péritonite ultime, liée à l'existence d'infarctus ramollis de la rate, est plutôt sous la dépendance de la dysenterie que de la malaria. Le sujet était d'ailleurs alcoolique , ainsi qu'en témoignent la surcharge adipeuse du tissu cellulaire et la stéatose du foie, et cette complication a pu précipiter les progrès de la dysenterie et de la malaria.
11 n'a pas été fait de préparations de la rate chez ce sujet, mais on peut présumer que le tissu splénique, dans ses portions non sclérosées, fabriquait activement du pigment, puisque les vaisseaux portes, dans l'intérieur du foie, charriaient de nombreuses cellules pigmentées d'origine splénique.
L'emmagasinement des résidus ferrugineux a eu lieu simultanément dans le foie et dans les reins, et secondairement dans les ganglions lymphatiques abdominaux.
Les lésions hépatiques sont un peu plus complexes que dans les cas précédents. Outre la dégénération des cellules hépatiques et la cirrhose diffuse, on observait encore des foyers d'infiltration adipeuse (probablement d'origine alcoolique), et des territoires hypérémiés au niveau desquels la stase sanguine avait amené l'atrophie des trabécules.
Nous mentionnerons encore un dernier fait, dans lequel l'examen histologique n'a porté que sur le foie, mais qui nous fera connaître quelques circonstances intéressantes.
Observation IV. Cachexie paludéenne, fièvres rebelles ictère ana marque. - Surcharge ferrugineuse du foie avec hypertrophie, cirrhose et angiockoiUe. - Beauby, cinquante-doux ans, habite l'AI<^éric depuis vingt-cmq ans; bûcheron à Medjez-Amar, lieu très insalubre 11 a eu l-i licvre inlcrmittcnle si souvent qu'il ne peut faire l'histoire de chacun,> d. ces atteintes ; il se rappelle avoir été plusieurs fois enllé de tout le corn, et depuis de longues années il porte une tumeur splénique. Depuis irois n n ' qu'a, habite Medje.-A.nar, les f.èvres ont été incessantes et part c i graves; 1 an dern.cr il a ete alleint d'anasarque et d'ictère. I/anis' ouo s est reproduite il y a quelques semaines, et ficlère il y a div iôui-s I p.
KBLSCII et KIliNICIl. ■' JOUIS. LOS
6-20 INTOXICATION 1>ALUD. OUUONlQUE. — CAC11EX.IE PALUDÉENNE.
forces ont rapidement décliné. Entré ù l'iiôpilal de Guelma le 13 octobre
Au moment de l'entrée, fièvre rémittente; anémie profonde; faciès apathique ; somnolence ; grande faiblesse ; se tient à peine debout; ictère prononcé; légère anasarque et ascile. ilate énorme, descendant jusqu'à la crête iliaque ; foie tuméfié, douloureux à la pression ; bronchorrhée ; pas de diarrhée.
Les jours suivants, la fièvre, momentanément supprimée par l'administration du sulfate de quinine, se reproduit; la faiblesse devient de plus en plus grande; la mort a lieu inopinément dans la nuit du 28 au 29 octobre, au milieu d'un accès de fièvre intense.
Autopsie. — Cavité abdominale. Renferme plusieurs litres de sérosité fortement ictérique.
Le péritoine, dans toutes ses parties, présente un pointillé hémorrhagique très serré, d'une couleur variant du rouge vif au rouge sombre, et paraissant avoir été produit par plusieurs éruptions successives, mais récentes.
Foie adhérent au diaphragme et à la rate. Poids, 1880 grammes ; un peu plus volumineux qu'à l'état normal; bords amincis; capsule épaissie et adhérente. Consistance ferme; la surface des coupes a un aspect mamelonné, et une coloration générale jaune-chamois; parmi les mamelons, quelques-uns ont une coloration vert foncé, d'autres ocre ou jaune clair.
La vésicule, distendue par une bile épaisse et rousse, renferme un calcul mùriforme, d'un vert sombre, gros comme une noisette, très friable. Les parois de la vésicule sont épaissies et lardacées. Le canal cholédoque est libre et de calibre normal.
Rate adhérente à tous les organes voisins; poids, Si*", 625; capsule épaissie; tissu rouge clair, très ferme, sec.
Reins. Poids, 290 grammes ; assez fortement ictériques.
Poumons. Quelques adhérences pleurales; bronchite dans les parties déclives.
Cœur dilaté et légèrement hypertrophié ; concrétions calcaires dans les valvules aortiques.
Examen histologique. — Foie. La cirrhose occupe environ un dixième de la surface des coupes; elle présente cette particularité d'être disséminée en petits îlots indépendants au sein des acini, au lieu d'avoir pour point de départ, comme à l'ordinaire, les carrefours deGlisson; ceux-ci ne soiil que médiocrement élargis et n'envoient que de rares prolongements dans les fissures interacineuses. Les îlots cirrhotiques sont constitués par un tissu ûbrillaire riche en cellules rondes, traversé de vaisseaux capillaires et de canalicules biliaires de nouvelle formation, et parsemé de gros amas de pigment ferrugineux.
Les cellules hépatiques sont la plupart remplies de grosses gouttelettes ferrugineuses, et, lorsqu'elles n'en renferment pas, elles sont uniformément teintées en noir par le sulfure ammonique. La pigmentation est surtout abondante au voisinage immédiat des Ilots cirrholi(iues et au pourtour di.s
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carrelbui's Je Glissoii. On remarque en oulrc dans l'axe de quelques Irabécules, des llirombus d'un vert sombre, indices de stase biliaire.
Les conduits biliaires interlobulaircs sont généralement dilatés et déformés, contournés en tire-bouchon, en sorte que le même conduit est rencontré plusieurs fois sur la coupe; leur lumière renferme de la bile concrète mélangée avec des leucocytes et quelques globules rouges; leur gaine fibreuse est épaissie et quelquefois infiltrée de leucocytes. Les parois de la vésicule biliaire sont également épaissies et infiltrées de cellules rondes (angiocholite).