DE LA PNEUMONIE DANS LA PÉRIODE DES HYPÉRÉMIES, ETC
que l'auteur déduit de l'expectoration fétide pendant la vie, de l'aspect des cavernes et de l'odeur fétide de leur contenu. Trois de ces observations sont rapportées aux n°' 228, 229 et 230.
Les autres altérations, telles que les thrombiis fibriueux ou cruoriques des vaisseaux, l'engorgement purulent des bronches, la tuméfaction des ganglions bronchiques n'ont rien de spécial et ne méritent pas de nous arrêter.
Plèvres. — Nous avons noté la pleurésie avec épanchement treize fois, soit une fois sur sept, proportion semblable à celle donnée par Grisolle (trente et une sur deux cent quarantesept). L' épanchement, de nature séro-fibrineuse ou purulente, était généralement peu abondant (1/2 — 1 litre). Une seule fois, le volume considérable du liquide a rendu la thoracentèse indispensable.
Cœur. — Outre la dilatation et la réplétion de ses cavités, surtout des cavités droites par des caillots moitié fibrineux, moitié cruoriques, nous avons fréquemment noté une hypertrophie plus ou moins notable de cet organe, sans lésions valvulaire ou artérielle concomitantes. Vingt-cinq fois dans nos soixante-dix autopsies, son poids dépassait la norme, variant entre 300 et 400 grammes; l'hypertrophie, étendue aux quatre cavités, portait toutefois plus spécialement sur le ventricule gauche.
La pe'ricardite est mentionnée quinze fois, une fois sur six, proportion trois fois plus forte que dans la pneumonie simple (un sur dix-neuf d'après Grisolle). Trois fois il y a eu coexistence de la pleurésie et de la péricardite.
Foie. — Cinquante-huit fois nous l'avons trouvé augmenté dans son poids et son volume ; rarement il pesait moins de 3000 gi^ammes et souvent il atteignait 4 kilogrammes. A l'hypertrophie s'ajoutait d'ordinaire quelque altération dans la texture, l'hypérémie œdémateuse ou l'induration, quelquefois l'hépatite nodulaire ou la mélanose.
Reins. — Dans près de la moitié des cas (trente-quatre fois sur soixante-dix), les reins tuméfiés, lourds, pesant réunis de 300 à 400 grammes et au delà, présentaient à des degrés variés les caractères de l'hypérémie phlegmasique: congestion vive de l'écorce, paiiois avec pâleur partielle, granulations non saillantes à la surface et sur la coupe, hémorrhagies
miliaires au sein de l'écorce, dans les tubuli, etc., en un mol toutes les altérations de la néphrite parenchymateuse au début.
Bate. — Soixante-quatre fois, c'est-à-dire dans presque la totalité de nos faits, elle était hypertrophiée, l'augmentation de poids étant généralement considérable ; très souvent celui-ci atteignait ou dépassait même un kilogramme ; dans un cas, nous avons noté 2270 grammes. Le tissu rouge sombre était tantôt ramolli, d'autres fois ferme, sclérosé, parfois mélanotique.
Estomac et intestin. — Nous n'avons à y signaler que des rougeurs partielles de la muqueuse, la surabondance fréquente de la bile et dans quelques cas des ulcérations dysentériques concomitantes.
CONCLUSION s
La pneumonie qu'on observe si fréquemment chez les sujets atteints d'impaludisme chronique, diffère à bien des égards, d'après ce qui précède, de la pneumonie franche. Cliniquement, elle s'en distingue par sa marche irrégulière, par l'effacement des symptômes classiques, par le dévelopjjement fréquent de manifestations insolites constituant l'état typhoïde, par la tuméfaction rapide et douloureuse du foie et de la rate, et enfin par son excessive gravité.
L'anatomie pathologique, de son côté, nous montre des caractères spéciaux dans la tendance à la suppuration, la formation d'abcès ou de foyers nécrotiques, les fluxions sanguines, les infiltrations séreuses et hémorrhagiques du parenchyme pulmonaire, dans la fréquence des complications pleurétiques, péricardiques et méningées, enfin dans la tuméfaction excessive des viscères de l'abdomen.
11 serait intéressant, au point de vue théorique, et utile à la pratique, de déterminer la signification de ces anomalies. Bien que ce problème nous ait préoccupés comme il le mérite, nous ne sommes pas en mesure de lui donner une solution nette et précise.
Les profondes modifications organiques que les fièvres rebelles déterminent chez les anciens paludéens peuvent paraître suffisantes pour altérer la physionomie des maladies qui viennent les atteindre. D'autre part, c'est une des parti-
ciilarités les plus caractéristiques du poison paludéen que de pouvoir se fixer à l'état latent dans notre organisme pendant une période fort longue, pour ne se réveiller que par intervalles, sous la stimulation de maladies intercurrentes, auxquelles il ajoute ses effets et imprime ainsi une modalité spéciale, différente de leur forme habituelle.
Cette double notion nous amène à nous demander si les pneumonies en question, à l'instar de celles qui surviennent chez les alcooliques, sont exclusivement redevables de leurs caractères spéciaux à la dégradation organique produite par la longue action du poison ; ou s'il y a lieu de mettre en cause la participation directe de ce dernier, éveillé et mis en activité par l'affection dominante.
Dans la première alternative, nous aurions affaire à une maladie solitaire, qui emprunte ses allures insolites à la nature du terrain ; la deuxième nous mettrait en présence de deux affections combinées, d'une fièvre paludéenne proportionnée à une pneumonie.
Les auteurs classiques, Louis, Grisolle, et la plupart des contemporains, Sée, Lépine, Jurgensen s'efforcent de nous représenter la pneumonie comme une affection locale, n'étendant que très rarement son influence ailleurs que sur le poumon : ils s'accordent en général à mentionner l'intégrité du foie, de la rate, des reins et du cœur. La tuméfaction congestive des viscères abdominaux, signalée si souvent dans nos faits, serait donc un témoignage en faveur d'une affection proportionnée, pneumonique et paludéenne. Mais nous récusons ce témoignage, parce qu'il se fonde sur des notions anatomo-pathologiques insuffisantes. Des faits personnels recueillis en France, nous ont effectivement démontré que la tuméfaction du foie est commune dans la pneumonie pure, que la dilatalion du cœur et même l'hypertrophie sans lésions valvulaires ou artérielles s'y observe' quelquefois, et que la rate elle-même n'y est pas toujours indemne. D'autre part, comme nous l'avons marqué au début, les pneumonies cl Alrique régnent de préférence dans les localités où domine la malaria chronique et elles sont plus communes et plus gi-aves chez ceux qui en sont atteints que chez les fébricilanis fie Iraiche date. Or, dans l'intoxication invétérée, le poison paludéen est plus difficile à réveiller et à entrer en combi-
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liaison avec d'autres poisons morbides que dans l'inloxicalion récente.
Il s'agit donc ici, en général, de pneumonies favorisées dans leur développement et modifiées dans leurs caractères par la dégradation que de longues fièvres ont fait subir au sang et aux tissus.
La malaria agit indirectement en créant pour la pneumonie une prédisposition réelle, accusée par la fréquence de cette affection chez les anciens paludéens, et par les récidives à courts intervalles notées dans quelques-uns de nos faits. Elle marque ensuite son influence par la gravité particulière de la phlegmasie pulmonaire, sa tendance à la suppuration, la difficulté de sa résolution, l'état typhoïde, la profonde dépression des forces, les lésions concomitantes ou consécutives, tels que les abcès du poumon, les pleurésies purulentes, les péricardites et les méningites, par l'insuccès des médications violentes (saignée, tartre stibié), enfin par l'irrémédiable afl'aissement de l'individu qui succombe alors même que la fièvre est tombée. Une semblable conclusion toutefois n'exclut pas la possibilité de l'association à la phlegmasie pulmonaire de manifestations paludéennes proprement dites. Cette réserve est justitiée par la mélanose hépato-splénique que nous avons constatée dans treize cas, et par le développement mentionné deux ou trois fois dans nos observations de fièvres intermittentes précédant immédiatement le début de la pneumonie, ou de symptômes pernicieux survenant brusquement pendant son décours.
Il est donc nécessaire de rechercher dans chaque cas particulier les caractères spécifiques de la malaria ; leur existence, surtout celle de la pigmentation mélanique dont la signification est décisive dans l'espèce, permettra d'affirmer l'intervention directe et active du poison palustre, et de régler la thérapeutique de ces cas complexes.
De la pneumonie dans les fièvres paludéennes. - (1) Grisolle Traité , • « ;î19 Pi suivantes — (2) Pallier, Consideralions
do la pneumonie, p. 412 el suivantes. tai^ui , .,p„,j,
pratiques sur les fièvres paludéennes des pays intertropicaux, thèse d. Par , 1861 n" U - CORNiDERT, Essai sur la fièvre pernicieuse pneunion.que obse;vée au Brésil, thèse de Paris, 1872, n» 385 - (3) L;;^,^^^^. y;;;;;; fièvre intermittente pneumonique (Gaz. des hôp., 1874, p. 801). - W M^heR. Essai sur les fièvres inlcrmittenles pernic, tl'f^sc de Montp , 18J7, n ii- ^ JACCOUD, Leçons de clinique médicale de la Pitié {1884-188o), p. W/.
niBLIOGRAPUIE.
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Consultez en outre Laennec, Traité d'auscultation, p. 317. — Puntous, Revue méd., t. III, 1836. — Cazentre, Lancette franç., t. YllI, 1836. — Bonnet, Traité des fièvres intermittentes, 1835. — Fleury, Obs. sur une pneum. intermitt. tierce, fait recueilli à l'hôp. du bagne de Rochefort (Lanc. fr., 1829, t. I, n° 92, p. 366, et Journ. univ. des se. méd., 1829, t. LIV, p. 354). — Delourmel, De l'épid. de f. intermitt. qui a régné, etc. (Arch. de méd., 1829, p. 255).— Chardon, Pneum. rémitt. modifiée dans sa nature, etc. (Gaz. méd., 1834, p. 253). — Saillard, De la fièvre pernic. pneumon., thèse de Paris, 1860, n» 160. — Gilbert, Considérât, cliniques sur la pneum. à qqna., thèse de Montp., 1872, n" 83. — Féneux, Fièvres intermitt. pn. ou pneum. pernic. (Gaz. des hôp., 1873, n° 1, p. 3, et ibid., n" 7, p. 50). — Hildebrandt, Ein intermitt. pneum. (Deutsch. med. Wochens., 1876). — Dumeige, De la congestion pulmon. d'orig. palud., thèse de Paris, 1880, — Bax, De la congestion pulm. d'orig. palud. (Gaz. des hôpit., 1881).
De la pneumonie dans la malaria chronique. — (14) Catteloup, De la pneum d'Afrique (Rec. mém, méd. mil., 1853, 2° série, t. XI, p. 268). — (15) Frison, De la fièvre rémittente pneumonique {Ibid., 1867, t. XVII, 3° série, p. 97).