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LES INFLAMMATIONS. — LES HÉPATITES CHRONIQUES PALUD

deux granulalions (fig. 29, Vf). Dans les endroits où la cirrhose est le plus développée, ils pénètrent dans l'intérieur de la gra-

FiG. 29. — Cirrhose insulaire, avec hépatite nodulairc. — N, nodules parenchymaleux; Sp, plaque de sclérose; P/", prolongement fibreux grêle partant d'une plaque de sclérose et s'enfonçant entre deux granulations.

nulation dont ils tendent à isoler les divers nodules. La cirrhose est donc à la fois insulaire et périnodulaire.

Deuxième groupe. — Cirrhoses insulaires avec hépatite parenchijmaleuse diffuse. — Lorsque l'hépatite parenchymateuse est diffuse, elle permet à la cirrhose de se développer suivant le type insulaire pur. Notre collection comprend plusieurs faits de ce genre qui montrent la cirrhose à divers degrés de développement. Pour en mettre sous les yeux du lecteur un plus grand nombre, nous ne rapporterons ici que des observations inédites, le priant de se reporter à nos mémoires antérieurs qui en renferment plusieurs de môme ordre, à savoir les observations de Bordet (24.) , Ponel (2/*), Chaudre (12).

Observation IX. — Champeau, quarante et un ans, soldai au \" bataillon d'Afrique; buveur d'absinthe ; nombreuses campagnes au Mexique cl en

LES CllilUIOSKS. '^^

Algérie. A eu plusieurs fois des fièvres palustres de longue durée; dernière

atleinledans l'été de 1876, accompaguée de dysenterie. Depuis lors il est

resté anémié et a maigri. Au retour d'un congé de convalescence, le

19 mars 1877, passant à Batna, il fut obligé d'entrer à l'hôpital, où il eut

encore quelques accès de fièvre. Vers la fin d'avril, premiers indices j

d'ascite, avec douleurs sourdes à la région hépatique, digestions labo- 1

rieuses, alternatives de diarrhée et de constipation; pas d'ictère. Le '

i mai, l'ascile est abondante, accompagnée d'anasarque et d'oppression.

Ponction, suivie de péritonite. Mort le 18 mai.

Autopsie. — Cavité abdominale. — Péritonite récente; 2 litres de pus.

Foie, pèse 1390 grammes, adhérent au diaphragme, capsule épaissie. La surface extérieure et celle des coupes sont mamelonnées par des ' granulations jaunâtres, couleur chamois, du volume d'une tête d'épingle à celui d'un gros pois. Les granulations sont séparées les unes des autres par des dépressions bleuâtres ou rosées, tantôt linéaires, tantôt assez épaisses. La consistance générale est dure et coriace. La vésicule renferme une cuillerée de bile sirupeuse, vert-bouteille. Les voies biliaires et la veiue porte sont libres.

Rate, 345 grammes ; capsule épaissie ; tissu ferme et scléreux. Les autres organes ne présentent aucune lésion intéressant notre sujet.

Observation X. — Josserand, trente-six ans, forgeron, entré à l'hô- ' pilai de Bône le 5 septembre 1875. Avoue faire consommation de bois- ; sons alcooliques, mais sans abus. Habite l'Algérie depuis treize ans, a eu > fréquemment des fièvres palustres; pas d'accès depuis dix-huit mois. Sa santé générale était très bonne, lorsque le 25 décembre 1874, étant en état d'ivresse, il tomba dans un ravin et se fit de fortes contusions à | l'épaule et au côté droit du tronc. Pendant le séjour qu'il fil à l'hôpital à j celte occasion, il fut pris d'ascite et d'œdèine des membres inférieurs. Cette hydropisie se dissipa en peu de jours et l'homme reprit ses occupa- j lions. Sa santé était redevenue parfaite, il n'éprouvait ni douleur ni | aucun symptôme dyspeptique, lorsque dans le courant de juillet 1875, i pendant qu'il travaillait à la forge, il fut pris soudain de vomissements et | rendit une quanlité de sang rutilant qu'il évalue à 2 litres. Cet accident ne se renouvela pas. Mais quelques semaines plus tard, l'ascile se reproduisit.

A son entrée à l'hôpital, on constate l'existence d'une ascite et d'un œdème des membres inférieurs ; les fonctions digeslives étaient régu- ' |

'ières; on notait seulement une légère teinte subiclérique des tégumenls. j Après une première ponction, qui fut faite le 17 septembre, on constata I que le foie débordait les côtes de deux travers de doigt, était dur et lisse.

On fit successivement douze autres ponctions ; la dernière, faite le i 22 novembre, blessa malheureusement l'artère epigaslrique et l'honune ; mourut d'hémorrhagie interne douze heures après l'opération. '

Autopsie. — Cavité abdominale, renferme 5 à 6 litres de liquide fortement teinté en rouge et quelques caillots cruoriques.

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Foie, un peu diminué de volume, mais relativement lourd ; 1520 grammes, 11 a l'aspect d'un gros bloc iibreu,x; la surface blanche et lisse présente seulement trois ou quatre bosselures du volume d'un marron, au niveau desquelles il reste encore des granulations du volume d'une graine de chènevis ; ces granulations sont jaunâtres, peu proéminentes et incomplètement circonscrites par des travées fibreuses. Partout ailleurs les coupes traversent un tissu lardacé, blanc et dur, lisse, où apparaissent quelques points roussâtres comme derniers vestiges du parenchyme. La capsule est entièrement confondue avec la masse de ce tissu scléreux. La vésicule renferme une cuillerée d'un liquide lilant, à peine coloré en jaune pâle. La veine porte est libre; il existe une très belle circulation collatérale dont la description n'importe pas à notre sujet.

Rate, 685 grammes ; tissu ferme, rouge brun.

Aucune lésion intéressante dans les autres organes.

Le simple examen macroscopique permet déjà de voir qu'il ne s'agit pas ici du processus décrit par M. llanot sous le nom de cirrhose hyperlrophique avec ictère.

Le foie est plutôt diminué de volume qu'hypertrophié. Les poids notés dans cinq cas sont : 1760, 1520, 1450, 1390 et 900 gramiTies, c'est-à-dire à peine égaux ou inférieurs au poids normal. Cependant on remarquera que ces poids, à l'exception du dernier, sont bien supérieui^s à ceux de la cirrhose alrophique dont il sera question plus loin. Il est à remarquer aussi que la diminution de poids n'est pas toujours proportionnée au degi'é de développement de la cirrhose car les poids de 1760 et 1520 grammes se rappoi^tent à des foies profondément dégénérés. Dans certains cas donc le tissu conjonctif de nouvelle formation équivaut en poids au parenchyme auquel

il s'est substitué.

Dans les cas où la cirrhose n'est pas très avancée (Gbampeaii, Bordet). le foie est granuleux dans toute sa masse; la disposition insulaire du tissu de cirrhose n'est bien manifeste que sur les coupes histologiques. Cependant on peut déjà remai'quer à l'œil nu que les granulations sont peu proéminenles, hmilees par un contour irrégulier et d'une consistance molle. Çà et h des plaques d'induration stellaires, larges de plus d'un pouce carré, accusent nettement la configuration insulaire de la cirrhose. — A mesure que la cirrhose fait des progrès (observations deChaudre, Ponet, Josserand), les granulations diminuent de nombre et de volume. Il n'en reste plus que quelques groupes, formant des bosselures à la surface extérieure et sur les coupes.

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Le reste de la glande est transformé en un bloc massif de tissu fibreux, à section plane et lisse, parsemée seulement de quelques points jaunâtres.

Aucun de ces foies ne présente les nuauces ictériques sombres, olivâtres du typellanot; la stase biliaire n'y est pas généralisée; quelques granulations seulement sont rousses.

L'examen histologique montre une répartition des deux substances, parenchyme et cirrhose, tout à fait conforme au type insulaire. La préparation est parsemée de plaques cirrhotiques stellaires, dont le centre est quelquefois, mais non toujours, occupé par un carrefour de Glisson. De ces plaques partent des prolongemeats qui s'enfoncent dans les acini voisins, tantôt en forme de coin, tantôt à la manière d'un éventail. Les masses parenchymateuses, ménagées entre ces plaques fibreuses, ne sont pas arrondies, mais délimitées par un contour très irrégulier, formé de lignes droites ou courbes, avec des dentelures ou des échancrures profondes.

Nous ne décrirons pas ici les lésions élémentaires qu'on observe dans chacun de ces deux territoires. Il nous suffira de mentionner queles granulations présentent au plus haut degré les caractères de l'hépatileparenchymateuse diffuse, et les îlots ceux de la cirrhose épilhéliale, tels qu'ils seront indiqués avec les développements nécessaires au §3.

Troisième groupe. — Cirrhose annulaire avec hépatite imrenchymaleuse nodulaire ou diffuse. — Il nous reste à parler d'une série de foies dont l'aspect général rappelle celui du foie granulé des ivrognes. Ils sont atrophiés, durs et coriaces. Dans une série de huit cas, les poids que nous avons constatés varient entre liOO grammes et 8-29 grammes; ils sont donc d'un tiers ou de moitié au-dessous du poids normal. Quel que soit le degré de l'atrophie, le foie reste granulé; les granulations sont de volume plus variable et plus molles que dans le foie alcoolique, mais, comme dans ce dernier type, elles sont sphél'iques, bien délimitées, et tellement proéminentes sur les coupes du foie que les deux tiers de leur surface peuvent être dégagées, ce qui montre bien qu'elles sont encadrées dans des anneaux fibreux, et non engrenées dans les dentelures du I issu de cirrhose, comme cela avait lieu dans les formes précédemment décrites.

KELSCII et KIENEll. u\

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Parmi les sujets qui ont fourni ces foies, il en est plusieurs qui sont notés comme buveurs, mais d'autres élaientde sobriélc notoire. Presque tous étaient d'anciens résidents et avaient des antécédents paludéens; quelques-uns étaient en puissance de malaria, pendant tout le cours de l'hépatite.

L'examen bistologique montre dans tous ces cas une cirrhose annulaire associée avec une hépatite parenchymateuse. De même que dans les cirrhoses insulaires, l'hépatite parencliymaleuse peut être nodulaire ou diffuse; elle peut encore si; terminer par dégénération adipeuse. Nous donnerons un exemple de chacune de ces variétés.

Observation XI \ Cirrhose annulaire avec hépatite nodulaire. — Bernard, quaranle-quatre ans, maître maçon à Collo, entré à l'hôpital de iJhilippeville, le 29 décembre 1876. Consommation journalière de boissons alcooliques, sans abus. Habite l'Algérie depuis seize ans; antécédenls palustres. Dans le courant d'octobre 1876, nouvelle atteinte de fièvres araves, à la suite de laquelle apparurent l'anasarque et l'ascite. A son entrée, l'anasarque a disparu, l'ascite persiste; amaigrissement et anémie- foie petit et rate volumineuse; fièvre subconUnue, traversée a intervalles irréguliers par de forts accès; pas d'ictère; l'ascite exige, dans un intervalle de deux mois, cinq ponctions, dont la. dernière, pratiquée le 12 mars 1877, est suivie de péritonite. Mort le 16 mars.

Autopsie. — Foie, 829 grammes; petit, coriace et granulé. Les granulations, nettement isolées et proéminentes, varient du volume d'une telc d'épingle à celui d'un gros poids; elles sont diversement colorées par l'hypérémie, la mélanémie et la stase biliaire. Les plus volumineuses sont fréquemment ramollies et transformées en une matière sirupeuse ou en une matière caséiforme très friable. La vésicule renferme un peu de Inle épaisse et très colorée ; les conduits biliaires sont libres ainsi que la ve.ne porte.

Eate, 373 grammes ; noire comme du charbon, assez terme. Mélanémie intense de la rate et du foie. Pas de lésion notaliie des autres organes.

Les coupes bistologiques de ce foie se composent d'un certain nombre de granulations arrondies, présentant lob caractères de l'hépatite parenchymateuse à éléments hypcrt. ophiques (fig. 30, G]>). Dans quelques-unes de ces granulations, l'hépatite parenchymateuse est diffuse, dans quelques auucb elle a abouti à la dégénéralion adipeuse; mais dans le pm^

* Celte observation a été publiée in exlemo in Arch. tle phys. normale d palh., année 1879, p. 388.

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i^rand nombre clic aflcclc une belle disposilion nodulairc cl a pour terme Icgilime la fonte colloïde et graisseuse (fig. 30, N).

Les granulations sont circonscrites par des anneaux fibreux réguliers qui relient entre eux plusieurs espaces interacineux, comme dans la cirrhose annulaire typique(l]g. SO,Af ). Indépendamment de ces cloisons périlobulaires et fdjreuses, on remarque dans l'intérieur des granulations d'autres anneaux

l'i,;. 3U. - C.rriiosc annulaire avec hépatite nodulaire. ~ Af, anneaux fibreux réguliers; N, nodules parenchymateux miliaircs ; Gp, granulations parcnchymateuses ; s, subdivision d'un îlot parenchymateux suivant la veine porte • ce, cirrhose cpitliéiiale détruisant le parenchyme en faisant apparaître les canalicules biliaires.

incomplets, plus grêles, de structure embryonnaire, indépendants des carrefours et contournant les foyers nodulaires. La cirrhose annulaire n'est donc pas pure, il s'y joint une cirrhose périnodulaire.

Odseuvation XII. Cirrhose annulaire avec hépatite parenckijmaleuse diffuse. — Lakdar, Arabe d'une trenlainc d'années, apporté à l'Jiôpital de Philippcville le 15 octobre 1874, sans connaissance, au dernier degré de l'épuisement et du marasme; ascite, pas d'ictère; température a.\iliaire, 36%1. Mort trente-six iieures après l'admission.

Autopsie. — Ascite abondante ; pas de péritonite. ^ Foie, 1100 grammes; diminué de volume, coriace et granulé Capsule épaissie et adbérente au diapiiragme. La surface des coupes est sillonnée P-irdes travées fibreuses qui, d'une pari, vont s'insérer à la capsule el

m LES INl-LAMMATIONS. - LES HÉPATITES CllKUNlQUES PALUb. (l'autre part, s'anaslomosenl entre elles encirconscrivantdes granulations dont les dimensions sont comprises entre celles d'une lentille et celles d'un noyau de cerise. Ces granulations proéminent fortement et semblent comme étranglées à leur base par le cercle fibreux qui les délimite; elP's ont une coloration jaune café au lait, et sont mollasses, mais non li(iuéfiécs. La vésicule a des parois épaissies et renferme deux cuillerées de bile poisseuse et fortement colorée. Les vaisseaux portes et sus-hépaliques paraissent dilatés.

Rate, 940 grammes ; capsule épaissie ; tissu ferme, rouge clair.

Gros intestin, la muqueuse estparsemée de petites ulcérations, arrondies ou serpigineuses, très coniluentes au niveau du rectum.

Les autres organes ne présentent aucune lésion intéressante.

Pas de mélanémie.

Les lésions histologiques constatées dans les pi-éparations . du foie de ce sujet sont :

FiG.ai. - Cirrhose annulaire avec hq.ulitc paroncl,ymatci.sc dilVuse - P./^^^^^ d'hôpalilc parenchy.natcusc iliiïusc; C«, cirrhose anmda.rc , T", l"i . normales.

1° Une hépatite parenchyinateuse à gros élcmcnls, sans hypéfémie notable, diffuse, avec de petits foyers de degeneia

LKS cinnuosKs. 72.)

lion adipeuse disséminés (fig. 31, l'd). Dans quelques granulations seulement se dessine une vague évolution nodulaire.

2° Une cirrhose annulaire, constituée par un tissu fibreux, dense, pauvre en vaisseaux et en cellules, paraissant issue des carrefours de Glisson sur lesquels elle est toujours appuyée et suivant, tant dans l'intérieur des granulations qu'à leur pourtour, un contour périacineux (fig. 31, Ca).

Observation XIII. Cirrhose annulait e et hépatite parenchymateiise avec dégénération graisseuse. — Parazol, quaranle-lmitans, cultivateur à Jemmapes, entré à l'hôpital de Philippeville, le 20 août 1875. Affirme n'être point adonné aux boissons alcooliques. Depuis longtemps sujet aux fièvres paludéennes, est arrivé graduellement à un état cachectique. A l'entrée, on constate une anémie prononcée, de l'amaigrissement, un teint terreux, un peu d'ascite, l'amoindrissement de la malité hépatique, la tuméfaction de la rate, de la diarrhée. Pendant son séjour à l'hôpital, le malade s'affaiblit graduellement sans nouveaux symptômes. Vers la fin de septembre, survient un érysipèle phlegmoneux de la cuisse, qui amène la mort le i octobre.

Autopsie. — Cavité abdominale, renferme environ 3 litres de sérosité ; pas de péritonite.

Foie, 850 grammes, petit, coriace, granuleux. Les surfaces de section montrent des granulations jaunâtres, grasses et onctueuses, du volume d'une tête d'épingle à celui d'un pois, très proéminentes, spliériques, enserrées dans des anneaux fibreux déprimés. La vésicule renferme une notable quantité de bile ocreuse, fortement colorée. La veine porte et les conduits biliaires sont libres.

Rate, 320 grammes; diffluente et noirâtre.

Reins, petits.

Cœur, petit.

Intestin, normal.

Mélanose du foie, de la rate et de la moelle osseuse. . Pas de surcharge adipeuse des organes.

Le sujet de celte observation porte les traits de la cachexie paludéenne. Il est possible, malgré ses dénégations, que l'alcoolisme ail contribué à détériorer son organisme. Mais les symptômes se rapportent plutôt au progi^ès d'une cachexie paludéenne qu'à ceux d'une ciiThose alcoolique du foie, l'ascile est tardive et peu abondante ; la mélanémie est généralisée.

L'examen histologique du foie montre une cirrhose annulaire périacincuse, enserrant dans son réseau des granulations où l'on reconnaît les signes d'une hépatite parenchymateiise diffuse, avec une stéatose très généralisée. Dans un grand

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nombre d'acini la transformalion adipeuse est tolalc, dans d'auLres elle occupe seulement la périphérie ou un secteur plus ou moins large.

§ 3. — Analyse des lésions élémentaires.

Après avoir indiqué les grandes lignes du processus, il nous reste à donner quelques détails sur les lésions élémentaires que nous y avons observées, et à en déduire les conséquences qu'elles comportent relativement aux problèmes que soulève la physiologie pathologique du foie.

A. De l'hépatite parencliyinateuse, forme nodiilaire, forme difTiise, dégéiiératîoii adipeuse. — L'inflammation du parenchyme hépatique, presque passée sous silence par la plupart des anatomo-pathologistes, est signalée comme une lésion constante dans tous les faits que nous avons analysés. Elle se présente sous deux formes, nodulaire ou diffuse.

Hépatite nodulaire. — On nous permettra de ne pas revenir sur le procès de ïhépatite nodulaire que nous avons envisagée sous tous ses aspects, en tant que processus pur, dans la première partie de ce chapitre. Nous la retrouvons dans l'étude des cirrhoses, avec ses caractères précis, mais jouant un rôle plus effacé, arrêtée le plus souvent dans son premier stade d'évolution, et n'aboutissant qu'exceptionnellement au ramollissement nécrosique. La formation nodulaire n'est plus ici la lésion primaire et prépondérante, à laquelle toutes les autres se subordonnent. La cirrhose se joint à elle, non plus comme une conséquence, mais comme un processus indépendant, conservant son type particulier insulaire ou annulaire, modifié seulement et contrarié dans son extension par la présence des nodules qui lui opposent une barrière.

Hépatite parenchymateuse diffuse. — C'est constamment avec ce caractère de lésion accessoire que se présente VJiépn- Hte parenchymateuse diffuse. Elle n'existe pas comme processus isolé, chronique, ayant pour terme la mort. Môme dans les foies hypérémiés de l'intoxication palustre récente (voy. liv. ^, chap. Yi), où elle est souvent très généralisée et assez prononcée, elle s'accompagne déjà de cirrhose; dans les hépatites

ANALYSE DES LÉSIONS ELÉMENTAlUliS. 7i7

chroniques, la cii-rhosû s'associe loiijours à clic cL devieni, le processus prépondérant. L'hépatite parenchymateuse diffuse est donc moins un processus qu'une lésion élémenLaire, et c'est ici la place de préciser ses caractères et son rôle dans l'hépatite chronique.

Comme l'indique son nom, elle est diffuse, ne se concentre pas en foyers d'intense prolifération, ne donne pas lieu à des lésions reconnaissahles à l'œil nu comme les tumeurs nodulaires ramollies. Elle n'apparaît nettement que dans les préparations histologiques, et particulièrement dans celles où l'on a obtenu une belle élection de la matière colorante sur les noyaux. En examinant de pareilles préparations, on est immédiatement frappé de l'inégalité de volume et de l'inégale distribution des noyaux dans les trabécules hépatiques. A côté de noyaux de dimensions moyennes, on en voit de géants, ayant le volume d'une cellule hépatique ordinaire et pourvus d'un ou deux nucléoles grands comme des noyaux ordinaires; sur d'autres points des noyaux plus petits sont réunis en groupes de quatre à cinq. A cette prolifération des noyaux correspond une multiplication des cellules hépatiques, dont les unes sont plus petites que les cellules normales, et d'autres considérablement tuméfiées. Suivant les cas, c'est l'hyperplasie ou l'hypertrophie qui prédomine. Les trabécules sont élargies, présentent de deux à cinq rangées de cellules, et quelquefois laissent voir une lumière centrale. En général la disposition rayonnéedu réseau trabéculaire est conservée; sur quelques points cependant, on retrouve quelques vestiges d'une évolution nodulaire imparfaite; sur d'autres points, les trabécules élargies finissent par se toucher et présentent un champ ininterrompu de cellules polygonales dont les plus centrales sont en voie de destruction graisseuse (fig, 3i, Vd).

L'hyperplasie cellulaire est habituellement accompagnée d'hypércmie, à moins qu'une autre condition, telle qu'une cirrhose annulaire alrophique, ne s'oppose à la dilatation des réseaux capillaires par son action compressive.

Peut-être convient-il d'ajouter à ce tableau l'existence au sein du parenchyme de très petits abcès que nous avons rencontrés dans deux cas de cirrhose insulaire (obs. de Chaudre et de Bordel). Ces petits foyers, visibles seulement au microscope, montraient dans leur centre une agglomération de leuco-

728 LKS INFLAMMATIONS. — LES HÉPATITES CHRONIQUES PALUI).

cyLes libres, mélangés avec quelques débris de cellules hépatiques; ils étaient circonscrits par un feutrage de libi-illes conjonctives , infiltré de leucocytes. Ils siégeaient dans le parenchyme, mais toujours à proximité des îlots de cirrhose; en sorte qu'on pouvait aussi bien les rattacher au processus cirrhotique qu à l'hépatite parenchymateuse.

En fait, l'hépatite parenchymateuse diffuse n'a que deux modes réguliers de terminaison, la dégénération adipeuse et la cirrhose épithéliale. Comme il sera question tout à l'heure de la cirrhose, nous ne parlerons ici que de la dégénération adipeuse.

Bégénération adipeuse. — Sans prétendre à traiter incidemment un problème de physiologie pathologique aussi ardu que la signification des stéatoses viscérales, nous ferons remarquer seulement que, dans les processus dont il est question ici, la transformation adipeuse se rattache étroitement à un phénomène d'irritation nutritive, caractérisé par l'hyperplasie et surtout par l'hypertrophie des cellules hépatiques. Elle ne peut être confondue ni avec le dépôt transitoire de graisse qui est lié à l'activité physiologique de la glande, ni avec les transformations chimiques qui s'accomplissent dans les substances nécrosées. Les lobules devenus adipeux ne sont pas nécrosés; on y distingue encore des noyaux qui attirent d'autant plus l'attention qu'ils présentent à un haut degré les phénomènes de l'hyperplasie et de l'hypertrophie ; ils peuvent être ultérieurement envahis par la cirrhose et ne sont pas enkystés comme les foyers de nécrose.

La dégénération adipeuse n'obéit à aucune règle dans sa distribution; limitée dans quelques acini à la zone périphérique, elle occupe dans d'autres un secteur ou un petit foyer circulaire ou seulement un petit groupe de cellules. On l'observe dans l'hépatite nodulaire et dans l'hépatite parenchymateuse diffuse avec cirrhose, plus particulièrement dans les cirrhoses annulaires.

Pourquoi cette dégénération est-elle si générale dans certains cas, si discrète dans d'autres? nous ne le saurions dire. L'alcoolisme paraît hors de cause dans plusieurs de nos observations.

On ne saurait invoquer un trouble général de la nutrition, bien que plusieurs de nos sujets fussent cachecliqucs,

puisque dans d'autres cas de cachexie elle fait défaut et que les autres organes ne sont pas stéatosés.

B. Cirrhose interstitielle et cirrhose épithéliale. —

M. Charcot a, comme on sait, schématisé la distribution du tissu conjonctif dans les différentes variétés de cirrhose, en la rapportant à deux types : le type annulaire, dans lequel les principaux espaces interacineux sont reliés entre eux par des travées fibreuses; le type insulaire, dans lequel des îlots cirrhotiques primitivement isolés, développés ou non autour d'un carrefour interacineux, s'agrandissent et se relient entre eux par des prolongements en forme de coins ou en forme d'éventails qui pénè trent dans les acini voisins. Nous avons vu qu'à ces deux types, si nettement distingués, il convient d'en ajouter un troisième, le type périnodulaire, dans lequel les traînées cirrhotiques se développent au pourtour des nodules parenchymateux. A l'aide de ces trois clés, il est facile de se rendre compte des figures, quelquefois assez compliquées, que présentent les préparations du foie cirrholique. Mais la pathogénie de ces lésions n'est pas aussi aisée que leur description; examinons-la dans chacun des trois types.

Cirrhose annulaire. — La cirrhose annulaire est constituée par des travées de tissu fibreux dense et peu vasculaire, qui prennent insertion sur la capsule et se ramifient dans la glande en suivant les principales divisions de la gaine de Glisson. Ce réseau a tendance à se rétrécir, comprimant les granulations parenchymateuses qu'il enserre, et amenant la diminution progressive du volume du foie (fig. 30, A/).

M. Straus (33), qui a eu l'idée d'étudier expérimentalement le début de la cirrhose annulaire chez les lapins intoxiqués par l'alcool, a vu chez ces animaux chaque lobule entouré d'une mince cloison de tissu conjonctif infiltré de leucocytes, et conclut que la cirrhose annulaire est primitivement monolobulaire. Mais on ne sait quelle évolution était réservée à cette cirrhose alcoolique, puisque, quelle que fût la durée de l'intoxication, le processus n'a pas dépassé ce stade initial. Les résultats obtenus, si intéressants qu'ils soient, ne permettent donc pas des conclusions applicables à la pathogénie des cirrhoses chez l'homme.

Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer la

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